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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 12:55

Voici quelques unes des informations simples que j'essaye de faire passer à mes élèves en cours d'introduction aux polymères (sans grand succès):

 

- Les matériaux polymères sont constitués d'un grand nombre (on va dire typiquement le nombre d'Avogadro, 6.10E23 molécules) de macromolécules. On parle aussi de "chaînes polymères".

- Ces macromolécules sont le plus souvent organiques (base C, H, O, N etc). Ce sont des produits issus la plupart du temps de la synthèse chimique. Certaines (comme par exemple les protéïnes) sont cependant naturelles.

- Comme leur nom l'indique, ces macromolécules sont de grandes molécules, constituées de 1000-10000 atomes (là ou l'eau, par exemple, est constitutée de 3 atomes, l'éthanol de 9).

- Ces grandes molécules ne sont pas constituées d'enchaînements au hasard d'atomes, mais d'"unités de répétition", répétées un grand nombre de fois, et reliées entre elles par des liaisons covalentes. Ceci permet de simplifier la nomenclature, en représentant par exemple le polyéthylène par (CH2-CH2)n où (CH2-CH2) est l'unité de répétition (dérivée de l'éthylène), et n le nombre de fois où cette unité est répétée.

- On peut contrôler le nombre d'unités de répétition par le biais de la méthode de synthèse. Deux polymères avec la même structure chimique en terme d'enchaînements d'atomes (par exemple deux polyéthylènes) mais des nombres d'enchaînements (et par voie de conséquence des tailles de chaînes différentes) conduiront à des matériaux aux propriétés différentes (viscosité, par exemple).

- On ne sait pas faire de synthèse "parfaite", donc on a toujours une distribution du nombre d'unités de répétition (donc de la taille, donc de la masse des objets) autour d'une valeur moyenne. La valeur moyenne, en plus de la largeur de la distribution, influent sur les propriétés du matériau.

- En lien avec leur structure chimique, l'organisation microscopique de la majorité des polymères (dits thermoplastiques) peut être de 2 sortes: désorganisée (ou "amorphe") ou semi-organisée (ou "semi-cristalline"). Un matériau polymère ne peut être totalement cristallin, notamment à cause de la taille des objets agissant comme des "défauts" en terme d'organisation. Il est donc au mieux partiellement organisé ("semi-cristallin" = assemblage de zones "amorphes" et de "zones cristallines").

- Cette organisation implique l'existence d'une température caractéristique (amorphe: température de transition vitreuse Tg) ou de deux températures caractéristiques (semi-cristallin: température de transition vitreuse Tg + température de fusion Tf avec Tf > Tg). La valeur "absolue" de ces températures caractéristiques dépend de chaque polymère, notamment de sa structure chimique.

- Ces températures caractéristiques définissent les conditions de mise en oeuvre des matériaux (par le biais du passage d'un état solide vitreux à liquide visqueux, par exemple), mais aussi leurs propriétés mécaniques (module d'Young, ductilité, etc), notamment en fonction de la température d'utilisation du matériau.

 

Bref, tout ça pour faire comprendre que mon domaine d'études est à la frontière entre:

- la mécanique

- la physique (expérimentale ou théorique)

- la chimie (synthèse)

- la science des matériaux ("engineering")

voire même

- la biologie

 

Des personnes de chaque communauté travaillent sur les polymères et apportent des résultats pertinents.

La gageure est désormais, me semble-t-il, pour les "grands résultats de demain", de réussir à faire collaborer et même dans un premier temps communiquer ces personnes issues de communautés si différentes.

Un mécanicien n'a a priori pas grand chose à faire de la structure chimique ou de l'architecture microscopique de son matériau tant qu'il peut écrire des équations; un physicien va mieux prendre en compte ces aspects mais va faire des calculs approchés type "lois d'échelle" qui déplaieront au mécanicien; le chimiste n'a pas forcément envie de voir des tenseurs chaque matin; le spécialiste des procédés se contrefout le plus souvent de savoir que le produit qu'il utilise n'est pas ultra pur ou de connaître la physique des écoulements dans sa machine. Le biologiste se pose peu de questions liées à la mécanique des objets qu'il étudie.

 

 

Pour ma part, j'ai eu l'occasion au cours de mon cursus de me frotter, de plus où moins près, à presque tous ces aspects.

Inconvénient: j'ai un profil flou, "bâtard", pas forcément conforme aux canons en vigueur où, avec les évaluations AERES, h-index, et autres "critères objectifs d'excellence", on aime bien ranger les gens dans des cases bien définies.

Avantage: je parle un peu tous les langages, donc je peux faire le "tampon" entre différentes communautés, ou en tout cas essayer. Je tente de jouer cette carte, pour l'instant ça ne se passe pas trop mal.

 

Il me semble qu'il n'est que tant de développer cette approche transverse qu'on trouve assez classiquement dans la recherche US, avec les départements "Materials Science" et "Polymer Science", allant de la synthèse chimique jusqu'au "procédé", du microgramme au kilo.

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

François 15/07/2012 11:52


@DM et mix


 


On vante à tous les étages et dans les brochures officielles l'aspect "transversal, multidisciplinaire et intégratif" des recherches…sauf qu'en pratique, les acteurs de la recherche ne brillent
pas souvent par leur curiosité en dehors de leur domaine strict (où tout juste font-ils le service minimum pour s'assurer des collaborations).


 


Concernant l'avantage du profil du chercheur Spécialiste "qui creuse son sillon" vs. le profil du chercheur Transversal "qui s'étend en surface", je dirais qu'il est le résultat de contraintes
structurelles liées au mode de recrutement.


 


En effet, le jeune chercheur doit publier suffisamment  et au bon moment au cours de sa carrière. Au sortir d'un doctorat, combien de jeunes chercheurs s'aventureraient
dans un postdoc dans un domaine d'étude étranger et des techniques étrangères à leurs thèses ? Très peu, et de moins en moins : c'est sûrement excitant intellectuellement d'explorer de nouvelles
pistes (vraiment nouvelles !), mais risky voire suicidaire sur le plan de carrière. Je pars de quelques postulats de base. Le premier est qu'il faut publier pour être recruté (évidence).
Ensuite, je pars du principe qu'en moins de trois ans de postdoc, il sera en général plus facile de publier si on sait déjà où on évolue et si on maîtrise parfaitement des techniques,
que si l'on devait partir de zéro. Cela est d'autant plus vrai que ces trois années de postdoc ne seront jamais entièrement consacrées à la recherche pure (administration, le postdoc doit
sécuriser son avenir en démarchant d'autres labos, etc.).


 


Bref, la situation socio-professionnelle d'un postdoc lambda de nos jours ne le pousse pas à aller hors des sentiers battus, c'est incompatible avec la recherche de paillasse qui doit désormais
fixer à l'avance (!) ses objectifs chiffrés dans des cases bien délimitées. Un postdoc doit être opérationnel rapidement, c'est à dire produire et surtout publier des résultats (si le plaisir
intellectuel est là, tant mieux !). C'est bien beau de musarder dans d'autres domaines, si au final on n'a pas une biblio personnelle suffisante, le couperet de la sélection est là.


 


Bien sûr il y a des exceptions, il y a des profils "atypiques" séduisants, couronnés de succès…et c'est tant mieux, mais ils représentent les bords de la courbe de Gauss. En tout cas ce constat
ne souffre d'aucune exception dans mon entourage. Mieux (ou pire) : tous ceux qui ont été recrutés de ma promo de DEA (en l'occurrence, que des mecs) travaillent désormais dans leurs équipes
d'accueil de…thèse (plus caricatural que ça tu meurs, mais c'est la réalité !), perpétuant ainsi la vieille tradition du candidat local. Leur postdoc s'est déroulé à l'étranger dans un labo qui
collaborait déjà avec leur labo de thèse, sur un sujet similaire avec des techniques similaires. Bref, les faits (pas les discours creux, ni les promesses) me poussent à croire que leurs seuls
mérites est d'avoir été à la bonne place au bon moment, et d'avoir creusé leurs sillons. Le touche-à-tout transversal, qui s'étend en surface, il est bien démuni dans ce tableau. Aucune
aigreur ni attaque personnelle dans mon propos, les premiers intéressés savent d'où ils viennent, connaissent parfaitement leur marge de manoeuvre et comment ils ont trimé pour y arriver (bref,
ils sont lucides sur la part de chance et d'opportunisme qu'il faut avoir, indépendamment des qualités personnelles).


 


Sinon je vous présente les dernières nouvelles de la Recherche française  : http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/07/le-gouvernement-coupe-29-millions-de-cr%C3%A9dits-de-recherche.html


 


(cette coupe budgétaire, qui ne surprend personne, va encore plus polariser et restreindre les choix de carrière dans la recherche, et donc la façon dont elle se fait au quotidien)


 


 


 


 


 

mixlamalice 15/07/2012 12:56



Les coupes annoncées sont d'ailleurs dans les recherches pluridisciplinaires, c'est un signe qui ne trompe pas...


 


L'avantage de partir aux US pour opérer une "petite reconversion thématique" (pas énorme, mais suffisante tout de même parce qu'il y a aussi des sections ou on vous reprochera un peu d'avoir fait
exactement la même chose, ou en tout cas ça servira à pondérer le nb de publis tel quel*), c'est qu'on hésitera moins à publier un truc moyen et à "bien le vendre" que dans beaucoup de labos
français...


Après il y a toujours une part de chance de toute façon (je n'ai eu un poste que parce que le 1er n'est pas venu, je n'aurais peut-être pas eu d'autre poste l'année d'après etc)


 


*entendu plusieurs fois: pas besoin d'avoir reconversion thématique ET relocalisation géographique, par contre au moins un des deux est un peu nécessaire, et la reconversion thématique plus
appréciée bien sûr.



DM 14/07/2012 10:52

Un collègue bien placé dans les commissions CNRS m'a dit, en substance, que d'un point de vue de carrière, mieux vaut être spécialiste d'un micro-domaine (comme cela on devient LE spécialiste du
micro-domaine en France) qu'être à l'interface et avoir fait plusieurs choses dans sa carrière...

mixlamalice 14/07/2012 17:12



Ah, ça je n'en doute pas, que la France prèfère le profil "creuseur de sillon" au profil "touche à tout dilettante". Ca se voit jusqu'aux sections CNRS ou CNU, dont on ne peut pas dire qu'elles
laissent beaucoup de place à la transversalité...


Après, dans un système qui se mondialise, LE spécialiste français d'un micro-domaine c'est bien joli pour finir DR et dans les comités théodule, mais pour s'amuser et avoir des collaborations
internationales, le profil interface semble plutôt plus adapté... et puis, pour certaines instances, (l'IUF par exemple), ça peut aider de bosser avec plein de collègues sur plein de sujets
plutôt que d'être le seul à bosser sur le même truc depuis 20 ans. 


Après, on ne choisit qui on est que dans une certaine mesure... les projets sur lesquels j'ai bossés font que j'ai un profil touche à tout, autant l'assumer plutôt que de faire semblant que non.