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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 13:28

Avant de reprendre le fil du blog, une petite réflexion à brûle-pourpoint.

 

Il arrive des choses un peu étranges dans les labos. C'est peut-être simplement lié à la tension sur le marché de l'emploi scientifique privé comme public (dans ce cas là, que mes lecteurs du privé n'hésitent pas à m'en informer), mais peut-être faut-il aussi y voir une certaine idée de la gestion des ressources humaines par des personnes dont ce n'est généralement pas le point fort.

 

Exemple:

"Je déteste mon job depuis 1 an, ce qu'on me demande de faire est débile, et en plus personne ne me calcule dans le laboratoire"

"Nous on trouve que tu es vraiment nul(le), tu fais pas du tout l'affaire et tu ruines ce super projet"

...

"Bon, est-ce que tu veux continuer 18 mois de plus?"

"Ok"

 

 

Bien sûr, le "dialogue" est fictif et outrageusement simplifié, en vrai c'est un peu plus subtil, mais dans le fond, c'est ce qui se dit. Ca arrive plus fréquemment qu'on ne le croit, pour un post-doc, un ATER, un CDD ingénieur de recherches etc etc. 

Du côté des superviseurs: solution de facilité, flemme de chercher, de devoir faire semblant d'être sympa pendant les interviews et de se retaper beaucoup d'administratif.

Du côté des "précaires": solution de facilité aussi, peur du chômedu quand ce n'est pas de l'expulsion...

 

Cela créé parfois des ambiances un peu étranges dans un laboratoire ou des situations ubuesques, comme cette réunion où une personne en CDD absente se fait déboîter non-stop pendant 2h avant que l'on ne conclue par "bon, tout le monde est d'accord, on la prolonge?".

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

Cub 29/01/2014 12:01


Au final on dit qu'il faut faire un post-doc à l'étranger à tout prix pour avoir de bons postes en France mais on se rend compte que ce qui prime c'est avant tout un bon réseau de contacts...
Franchement avez-vous déjà entendu lors d'un recrutement "ah oui mais lui il a fait 2 ans à l'étranger alors que lui non, c'est un gros plus" ? Les gens s'en fichent, ils voient les papiers et la
motivations du candidat. On reste chauvins et on refuse de donner priorité à quelqu'un qui a justement quitté la France pour un temps...


Après c'est sûr que virer le post doc en cours pour en recruter un autre ça veut dire 3 mois de perdu probablement. Mais ça veut aussi dire voir un nouveau gars motivé pour publier, tandis que
conforter dans sa routine le post doc actuel peut être dangereux...

mixlamalice 30/01/2014 17:16



J'en avais déjà parlé ailleurs, mais le "plus", c'est le post-doc avec reconversion thématique. S'il est dans un gros labo de l'étranger c'est un "gros plus", mais s'il est dans le bon labo d'à
côté et que ça a permis de se faire un réseau, c'est un "gros gros plus"... parce que le gars qui est parti, si c'est pas à Harvard, il s'est sûrement fait un peu oublier dans le contexte
franco-français.



postdoc 08/01/2014 17:03


« Cela dit, quand j'étais aux US, les journals clubs, où on discutait de la littérature, c'était un peu ce que tu racontes "regardez encore ce papier de merde accepté dans une super revue, ah la
la"... »


 


Ah zut, je me reconnais un peu là. En fait je râle principalement contre deux choses. 1) les papiers que je reçois comme rapporteur qui sont dans un état tel que je si j'avais écrit ça je
n'aurais jamais osé le montrer à mes collaborateurs. 2) les papiers acceptés qui sont dans un état similaire. Mais que font les rapporteurs ?


 


J'en ai discuté avec des collègues séniors (dont l'ancien éditeur-en-chef d'un des gros journaux de la discipline) parce que je me demandais si je n'étais pas juste un infâme psychopate qui
trouve ce que les autres font vraiment nul. En fait non, ils ont la même proportion de papiers médiocres à rapporter que moi. Ou alors c'est qu'on est tous des sociopathes. Bon, au final je n'ai
jamais refusé un papier mais ça ne m'amuse que moyennement de faire une bonne part du boulot de réflexion à leur place. Le dernier rapport que je viens d'envoyer est sur un papier soumis depuis 1
an. Heureusement, on commence à voir le bout du tunnel. Ce ne sera pas le papier du siècle mais le niveau de qualité est enfin acceptable.

mixlamalice 13/01/2014 18:59



Je deviens plus sympa avec l'âge, moi... je n'ai pas encore eu à reviewer le "papier iranien - par exemple - complètement faux et déjà fait juste 10 foix..." non plus. Par contre il m'arrive de
refuser (principalement parce que pas nouveau du tout, ou pas bien compris selon moi), mais l'éditeur ne suit pas toujours mon choix (notamment une fois quand un papier assez bof venait de Mr
Grand Dude...). Je passe aussi souvent du temps à tenter d'apporter des commentaires pertinents, mais vu certaines reviews que je reçois ("c'est bien, corrigez la typo l.24 p.3" ou au contraire
"c'est nul, virez-moi ça"), je me demande parfois si certains reviewers lisent vraiment...



postdoc 08/01/2014 12:12


La psychose à propos de la loi Sauvadet va bien au-delà du recrutement d'un postdoc. Le CNRS a refusé de soutenir mon ERC au prétexte qu'à la fin du contrat j'aurais dépassé les 5 ans. Et pendant
ce temps là nos chères ministres de la recherche nous disent qu'il faut aller chercher des bourses européennes. Cherchez à comprendre.

mixlamalice 08/01/2014 14:15



Le ministère n'a je pense pas encore intégré que la recherche était surtout le fruit des non-permanents (et qu'il y a un paradoxe entre la loi Sauvadet et un monde de l'ESR qui fonctionne surtout
sur des AAP... même si fondamentalement je pense que la loi Sauvadet est plutôt une bonne chose, au moins en théorie*)


 


* le fait qu'un système tienne grâce à une armée de précaires dont tout le monde sait sauf eux qu'ils n'auront jamais de position un tant soit peu stable dans le dit système est selon moi très
mauvais, et la loi Sauvadet part donc d'une bonne intention: forcer les différentes parties à se responsabiliser. Même si, quand on a des grants et qu'on ne peut plus recruter personne et qu'on
n'a pas le temps matériel de faire les choses soi-même ça pose évidemment problème, la quadrature du cercle.



nathalie 08/01/2014 10:30


Il y a aussi une tendance à "déboîter non-stop" de façon systématique, peut être une façon de se rassurer et de créer des liens dans un environnement hyper compétitif et individualiste. Rien de
tel qu'une bonne séance de "tous des nuls sauf nous" pour remotiver les troupes. A un autre niveau de réflexion, les gens restent conscients que la perle rare est... rare.

mixlamalice 08/01/2014 14:11



Ah, ça, on ne pratique pas trop dans l'équipe, on a un "leader" (je mets entre guillemets parce que c'est juste le plus vieux de l'équipe, mais il a 3 ans de plus que nous et le même rang) assez
fataliste de nature. Les réunions c'est plutôt (un peu moins maintenant) pour se fouetter avec des orties en disant que l'équipe américaine qui a 10 ans d'avance sur nous, et 10x plus de moyens
humains et financiers, est géniale et nous nuls (il y a du vrai là-dedans, mais le sujet est étroit mais peut soulever une infinité de questions, et derrière eux il n'y a pas grand monde).


Au niveau du labo, en tout cas chez nous, les gens sont plutôt du genre à conchier leur voisin de paillasse que le labo concurrent, étonnamment (probablement liée à l'histoire, mouvementée, du
labo).


 


Cela dit, quand j'étais aux US, les journals clubs, où on discutait de la littérature, c'était un peu ce que tu racontes "regardez encore ce papier de merde accepté dans une super revue, ah la
la"...



Aisling 08/01/2014 08:58


Carrement abherent. Mais c'est sur qu'il y a des contraintes tres fortes au recrutement d'un post-doc, et ca va en s'agravant avec la psychose des instituts autour de la loi sauvadet.
Typiquement, dans mon labo le recrutement d'une personne nous a ete refuse a cause de ses 2 ans de contrat institut (non continus, gros trou de post-doc a l'etranger au milieu) sur les 5
dernieres annees! Pour un recrutement dans le cadre d'un financement borne dans le temps: il ne faut pas trainer a trouver le candidat, sinon le temps de faire les papiers pour l'embauche, une
partie du financement est deja perdue car le contrat deborde des bornes fixees qui sont bien sur immuables. Un autre probleme pour moi c'est l'absence de competence et de formation des chercheurs
pour recruter quelqu'un: perso, je ne sais vraiment pas comment deviner si une personne va faire l'affaire ou si ca sera une catastrophe ingerable (si quelqu'un a une recette magique de depistage
des catastrophes, ca m'interesse!). Du coup, a moins d'avoir sous la main un candidat dont on sera sur qu'il sera mieux que celui en place, je comprends qu'il puisse y avoir un certain fatalisme.

mixlamalice 08/01/2014 13:47



Je n'ai pas de martingale ni de compétences spécifiques en recrutement, même si pour l'instant j'ai eu la chance de ne pas avoir de grosse catastrophe (même si elle arrivera certainement un
jour). 


Mon principal problème est en fait la "communication" de l'offre et là je n'ai pas encore trouvé le bon compromis: notre site web est probablement trop confidentiel, et le problème de l'ABG est
de drainer toutes les candidatures désespérées, noyant les 2 potentiellement correctes au milieu de 50 atroces. J'ai opté pour quelque chose d'intermédiaire: les sites des sociétés savantes de
mon domaine et l'envoi à quelques copains en leur demandant de forwarder, le plus à l'avance possible, histoire de se laisser du temps. Je garde l'ABG pour les cas désespérés. Pour les stages
"courts" (M1, DUT etc), on transmet directement aux quelques formations avec lesquelles on bosse.


Pour le niveau scientifique, le CV est finalement assez efficace au 1er ordre, même s'il y a des surprises (j'ai recruté un post-doc qui a très peu publié jusque là mais qui donne globalement
satisfaction, même si l'aspect "communication" est effectivement son gros point faible, que j'essaye de lui faire améliorer). A contrario, j'ai reçu récemment un CV tout à fait correct, mais il
se trouvait que le précédent PI était mon encadrant de thèse, que j'ai appelé pour en savoir plus et qui m'a dit "surtout pas". Appeler le précédent PI est de toute façon une bonne idée... (et
c'est inquiétant si un CV ne comporte pas de références)


 


A l'entretien, quelqu'un qui a un peu fait l'effort de regarder le sujet en détails est aussi un discriminant plus fort qu'on ne le pense. J'aime bien ceux qui sont un peu curieux
scientifiquement, rebondissent ou posent des questions, et j'ai appris à me méfier de ceux qui te disent à chaque phrase "oui c'est clair, j'ai tout compris, je connais". 


 


Bref, surtout du bon sens, mais parfois, et c'était le sens de mon article, des 2 côtés d'ailleurs, "on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a".