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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 17:39

Depuis quelques années visiblement, on demande aux enseignants-chercheurs de mon honorable institution de remplir une fiche d'activités prévisionnelle concernant les enseignements et autres activités administratives pouvant faire l'objet d'une équivalence en heures enseignées, statutaires (à hauteur de 192h "équivalent TDs") ou complémentaires (voire en primes).

 

Je peux imaginer un certain nombre d'avantages à cette façon de procéder:

- depuis l'autonomie, les facs et autres établissements d'enseignement supérieur sont censés gérer leur budget à peu près comme elles le veulent. Surtout comme elles le peuvent d'ailleurs, notamment en ce qui concerne leur déficit. Il y a plusieurs rumeurs (dont j'ignore le degré de véracité mais que j'ai entendu de plusieurs sources) qui courent dans le milieu de personnels qui auraient failli ne pas être payés en fin d'année dernière, dans certaines Universités en proie à des difficultés financières.

Bref, avoir une idée un peu à l'avance du nombre d'heures complémentaires qu'il va falloir payer peut être bienvenu.

- le fait qu'il y ait une vérification un peu plus poussée qu'au bon vieux temps où les crédits étaient sans fin (au moins pour le paiement des enseignements) devrait permettre aussi, en théorie, d'éviter que certains enseignants-chercheurs, majoritairement de la vieille école, ne se gavent en se comptant par exemple 120h de cours pour une UE valant six crédits d'enseignements (c'est à dire représentant 60h de présence devant les élèves, soit au grand maximum pour l'enseignant 80h équivalents TDs, en comptant 40h de cours magistral - comptant 1,5 équivalent TD - et 20h de TPs-TDs).

- ça permet d'occuper une certaine catégorie de personnels administratifs qui auraient sans ça, eux aussi, du mal à justifier leur salaire et leur nombre.

 

Hélas.

 

Dans les faits:

- comme des règles ultra-strictes ont été posées sur des fondations, notamment en ce qui concerne la gestion des enseignements, qui elles sont restées, pour parler pudiquement, un bordel infâme*, on se retrouve, comme souvent, avec un système censé faciliter la vie qui en fin de compte vous la pourrit.

- déjà, tout le monde, du secrétaire général aux directeurs de départements en passant par les administratifs, jette un voile pudique sur ceux qui abusent réellement du système, parce que généralement ce sont des personnes trop haut placées ou trop proches de la retraite pour qu'on estime nécessaire de leur faire des remontrances.

- il y a aussi l'"inertie" des collègues en place depuis 20 ans, qui refusent de faire les choses proprement ou ne serait-ce que de lire la circulaire explicative (rébarbative mais pas mal faite), parce qu'"ils font comme ça depuis toujours et que ça n'avait jamais posé de problèmes", même si visiblement désormais ça en pose beaucoup.

- de toute façon, très rapidement on se rend compte que les vérifications portent quasi-uniquement sur la qualité du remplissage du tableau excel fourni: si vous cochez les bonnes cases et que vous arrivez aux totaux attendus par le personnel administratif, même si pour cela vous gonflez éhontément vos chiffres, personne ne vous posera la moindre question. Au contraire même, tout le monde sera content: "ah, enfin un tableau cohérent".

Si par contre, vous mettez le code de l'UE dans la case voisine de celle où il était attendu, si vous dépassez de trois heures le total "normal" d'une UE (s'il manque 10h au total d'une autre, que donc vous donnez visiblement gratos, on vous fera la remarque mais on insistera beaucoup moins pour que vous corrigiez), ou si les heures complémentaires sont indiquées dans la mauvaise colonne, même si leur total est correct, c'est le drame.

 

Oui, parce que c'est une fiche "prévisionnelle", mais qui doit visiblement être parfaitement exacte et conforme à la fiche "réalisée" que l'on doit compléter à la fin de l'année scolaire.

Gageure, car un certain nombre de nos enseignements n'ouvre que si le nombre d'inscrits est suffisant, nombre d'inscrits que bien sûr nous ne connaissons pas à la date où nous remplissons ces fiches prévisionnelles. Bref, si nous pouvons prédire la majorité des UEs par habitude, il en est quelques unes dont l'ouverture est chaque année très aléatoire: nous sommes de toute façon, ipso facto, bon an mal an, incapables de prédire notre charge d'enseignement avec une marge d'erreur inférieure à 20h.

Dans mon cas, il y a au deuxième semestre 8h de TPs et une dizaine d'heures de cours magistraux dont je ne sais toujours pas si je serai amené à les donner. Le deuxième semestre commence dans 6 semaines. 

Mais allez expliquer le concept de précision de la mesure (à quoi bon pinailler pour 2h sur une prévision quand le résultat final sera potentiellement différent d'au moins 15?) au personnel en charge d'analyser ces fiches...

 

Voila, ça fait donc deux fois que mon collègue est convoqué par l'administration, quant à moi ça fait trois fois en trois mois que je refais - c'est à dire que je déplace des chiffres et des lettres dans des colonnes - et antidate ma fiche (qui devait être remplie et signée par le directeur du département début novembre).

Du coup, ça me permet de rajouter en temps réel les impromptus (jury, surveillance d'exams) qui sont venus se greffer depuis la première version.

J'imagine que la fiche prévisionnelle, à ce rythme là (car à l'heure actuelle elle est encore dans les mains d'un service subalterne qui écrême les erreurs avant de l'envoyer au service du grand manitou), sera validée en mai. Comme ça on pourra direct enchaîner et remplir notre fiche réalisée.

Et nos heures sup' seront payées en 2012.

Et pendant ce temps là, la recherche avance.

 

 

 

 

* Nous pratiquons notamment beaucoup la formation continue, dont les modalités pratiques comme comptables ne sont pas vraiment gravées dans le marbre...

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

postdoc 06/01/2011 20:59



Je trouve ça un peu aberrant ces « heures équivalent TD ». Après on se demande pourquoi des crétins^Wpersonnes non encore informées hurlent après ces « salopards de chercheurs qui ne bossent que
192 heures par an. Un scandale ma bonne dame ! ». Déjà que je trouve qu'au-delà de 50-60 heures par an devant les élèves ça devient excessif …



mixlamalice 07/01/2011 12:20



Je dirais que 100h (ce qui était la norme il y a je crois quelques décennies, et ce qui apparaît aux US comme un programme chargé pour un Prof.), ça serait honnête.


Enfin, tant que le paradoxe:


1. l'enseignement, c'est encore ce qui rapporte le plus de blé par le biais des heures sup défiscalisées


2. mais l'enseignement n'est pas considéré dans l'évolution de carrière et si tu veux passer Prof. un jour, il vaut mieux y consacrer le moins d'effort possible


perdurera, il y en a qui ne feront que ça et d'autres qui le feront par-dessus la jambe selon leur priorité perso, et pas grand monde capable de -ou souhaitant- réaliser un
compromis potable, et le nb d'heures restera finalement secondaire...