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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 15:23

Existe depuis 2009 pour les chercheurs et enseignants-chercheurs la PES ou Prime d'Excellence Scientifique*.

 

Derrière ce jargon de commercial mal dégrossi (la cellule qui s'occupe de ça aime visiblement foutre de l'excellence dans tout ce qui touche à la vie scientifique française) se cache une sorte de "prime au mérite", valable pour 4 ans, qui va bien dans le sens d'une certaine idéologie "fonctionnaires = feignants profiteurs inutiles qu'il faut supprimer ou refoutre au boulot".

 

Qu'on ne se méprenne pas: je pense qu'on peut trouver plein de bonnes raisons objectives d'attribuer de telles primes.

 

Mais comme souvent, le but premier semblant avant tout de communiquer là-dessus sans réel souci d'une quelconque efficacité, la mise en place s'est faite à la va-vite: l'opacité des règles d'attribution et leur modulation établissement par établissement ainsi que l'absence totale d'explications et/ou de recours en font une vaste usine à gaz étant, aujourd'hui, loin de récompenser les plus méritants.

Le plus important n'est-il pas (de faire semblant) d'y croire?

 

En quelques mots, comment cela se passe:

 

- l'enseignant-chercheur remplit chaque mois de mars un dossier assez volumineux et chronophage (vu qu'il doit faire la demande de PES tous les ans tant qu'il ne la touche pas, on pourrait qualifier ceci de perte de temps**) où il détaille à quel point il est génial suivant quatre critères pas forcément dissociés, qui sont la production, l'encadrement, le rayonnement et les responsabilités, tout en rappelant bien entendu un nombre certain d'informations purement administratives (le fameux NUMEN dont vous ignoriez l'existence ou pensiez qu'il ne servait à rien -petits naïfs-, par exemple).

Les "médaillés" CNRS et quelques autres sont, je crois, exonérés de cette démarche fastidieuse et touchent automatiquement la prime. Certains la refusent d'ailleurs.

 

- le dossier est ensuite transmis à la CNU (Conseil National des Universités) de rattachement dudit EC (ou au CNRS ou à l'organisme d'accueil pour les chercheurs, me semble-t-il) qui dispatche à des rapporteurs anonymes, évaluant chaque dossier en attribuant pour chaque critère la note A, B ou C. Ceci définissant ensuite une note globale au dossier, A, B ou C (apparemment un C dans l'un des critères attribue d'office la note finale C***, ce qui sera important dans la suite).

 

- On peut connaître ses notes, mais pas qui les a données ni ce qui les a motivées. Il n'y a pas de rapport écrit, rien de consultable, rien de contestable****.

 

- Les notes sont renvoyées à l'Université, qui, selon ses moyens et ses envies, définit les critères d'attribution de la prime.

Dans mon établissement, il fallait avoir au minimum AABB, ce qui fait que 11 personnes sur 370 l'ont touchée (soit moins de 3% des effectifs, waouh). Ailleurs, ils ne prennent en compte que la note finale: A conduit automatiquement à la prime, C élimine d'office, B est laissé à la discrétion du Président d'Université ou du Conseil d'Administration/Conseil Scientifique, option favorisant comme on l'imagine une grande objectivité.

L'excellence est certes subjective, mais je connais des jeunes MCF aux dossiers meilleurs que certains profs qui se sont fait bouler, et au contraire des semi-branleurs qui l'ont eu.

Encore une fois, l'excellence n'a plus grand chose à voir quand certains établissements ont les moyens (ou font le choix "politique") de financer des primes à hauteur de 1% des effectifs alors que d'autres peuvent se permettre de la payer pour 50% des chercheurs ou EC.

 

- L'établissement décide également du montant de la prime, dans une certaine fourchette: pour les MCF cela peut aller de 3500 euros/annuel à 6000, pour les Profs cela peut monter jusqu'à 15000. Tout cela est assez flou, et, de même que le nombre de "primés", semble avant tout dépendre de la santé financière de l'établissement de tutelle, et/ou de la "popularité" du primé (autant dire qu'à part pour ceux qui ont la chance de travailler dans des grandes écoles prestigieuses, ça ne va pas aller en s'améliorant).

 

- Généralement, tous ces résultats mettent 11 mois à revenir, donc comme ça, on peut direct commencer le dossier 2012 quand comme moi on s'est fait jeter pour 2011. Je n'ai pas la prétention d'être excellent, mais il y a aussi probablement un effet "file d'attente" (qu'on retrouve par exemple dans les concours CNRS).

Et puis, 100% des gagnants ont tenté leur chance.

D'autres, qui ont des convictions et donc toute mon admiration, refusent de participer à ces conneries.

 

 

 

* Cette prime remplace la prime d'encadrement doctoral et de recherche (PEDR) que je n'ai pas connue, mais dont les critères d'attribution semblaient plus explicites, à défaut d'être plus justes.

 

** Rajoutons à cela l'évaluation quadriennale individualisée qui commence cette année (censée reprendre le modèle d'une HDR mais une fois tous les 4 ans au lieu d'une fois dans sa vie auparavant).

 

*** L'un des défauts de la PEDR était qu'elle excluait de facto les MCF sans HDR (habilitation à diriger les recherches) puisqu'il fallait "encadrer", et que la HDR est obligatoire pour encadrer "légalement".

On a beaucoup communiqué sur la PES sur le mode "la valeur n'attend pas le nombre des années". De facto, comme il y a un critère explicitement intitulé "encadrement" dans la notation, qu'un MCF débutant est très rarement impliqué dans l'encadrement de thésard pendant les premières années (et que les stages de M2 ne comptent quasiment pour rien), et comme la lettre C est "éliminatoire", cela n'a quasiment rien changé de ce point de vue là.

 

**** Problème potentiel tant une communauté scientifique donnée est, en France, un tout petit monde. Les connivences/inimitiés des uns et des autres jouent souvent un rôle important pour les recrutements, il n'y a pas de raison de penser que la transparence la plus totale règne ensuite. 

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

postdoc 31/01/2013 20:43


Et tu sais qui l'a eue ? Ce ne seraient pas en partir des « politiques » bien placés ? J'ai peur que la PES porte en fait très mal son nom et induise largement en erreur sur les critères réels
d'attribution.

mixlamalice 01/02/2013 18:08



difficile à dire... a priori les "très bons" l'ont (genre les médaillés CNRS et les IUF, rarement que des "politiciens" quand même); les non-publiants ne l'ont je pense pas (il y a peut-être des
contre-exemples). C'est pour l'immense majorité des "moyens" que l'excellence dépend de beaucoup de choses difficiles à contrôler (un peu comme pour les recrutements, en fait).


 


Je connais un mec au labo qui l'a probablement plus eu pour ses responsabilités, ses encadrements voire son rayonnement que pour son impact scientifique (qui sans être nul n'a rien d'"excellent",
en tout cas au sens où je l'entends ou même au sens des indicateurs h, IF etc)



mixlamalice 31/01/2013 15:37


Je suis donc encore moins excellent que l'an dernier, et si j'étais une équipe évaluée par l'AERES, je serais même probablement dissous...


Et ce qui est amusant, c'est que je suis jugé plutôt "rayonnant" mais nul en "production scientifiqueé".


Bon, il y a moins de trois ans, j'avais eu une candidature plutôt favorablement évaluée au CNRS et j'avais obtenu des bons classements dans des auditions de labos réputés.


Alors, plusieurs explications pas forcément exclusives:


- je suis vraiment devenu nul en trois ans, donc je devrais moins me casser le cul et en profiter pour rentrer chez moi plus tôt.


- l'établissement nuit plus vite à mes qualités que je ne pensais.


- avec 4 articles premier auteur sur la période (qui comprend l'année d'installation au poste MCF, généralement pas la plus productive de la carrière quand on vous file 0 décharge), une ANR
blanche acceptée, 3-4 confs internationales, sans mériter A, peut-être que le C en production est un peu abusé... de même pour les responsabilités de 3UEs et 2 diplomes qu'on m'a collé dans les
pattes pour ma 1ère année et qui me valent C dans la catégorie correspondante.

JF 19/01/2012 15:32


"Même si c'est à peu près la même chose, tout est dans la "comm'" faite autour. Grâce à la PES, enfin les vrais bosseurs vont être récompensés et on va enfin évaluer ces chercheurs qui viennent
juste parce que c'est chauffé."


 


Ouais, ben, hein, bon. Après qu'on m'ai dit je ne sais combien de fois que "ah oui mais vous n'êtes pas assez impliqué dans la Vie Universitaire", "vous n'avez pas pris assez de Responasbilités",
"Oui mais la recherche c'est pas tout, hein, qu'est-ce que vous faites en adminbistration", "ah oui on a préféré recruter/promouvoir Machin qui n'a rien publié depuis 10 ans mais qui fait
teeeeeeeellement de choses dans son labo", "Quand même, il ne faudrait pas faire passer le message selon lequel il suffit d'être un bon chercheur pour être promu", "on a pensé que vous étiez trop
bon en recherche pour venir chez nous", "Comment ça, écrire un article par an pour avoir une HDR ? Mais c'est énorme, ils sont fous c'est pas possible", etc. [tous sic, un peu reformulés à la
rigueur] ... hé ben, quand il y a un dispositif qui affiche, au moins officiellement, une volonté de récompenser les gens qui font leur boulot en recherhe, eh ben, on va pas bouder son plaisir,
hein ! A la rigueur, ce qui me troue le .. est qu'il faille récompenser les gens qui font leur boulot, comme si ce n'était pas normal. Tout salaire mérite travail, comme disait l'autre.

mixlamalice 19/01/2012 17:57



Encore une fois, ce n'est pas le principe qui me dérange, mais la mise en oeuvre foireuse, chronophage et couteuse en personnel, et qui fait comme pour les recrutements, encore la part belle aux
spécificités locales et à la politique, sous couvert d'"excellence scientifique" et de vernis "national".


Je suis aussi conscient qu'il y aura toujours des mécontents et que mettre en place quelque chose de cohérent n'est pas facile. Juger le travail d'un chercheur de grande école qui a pléthore de
bons étudiants et plein de subventions comme celui d'un EC d'une petite IUT de province qui fait en plus du reste doit faire appariteur et secrétaire pédagogique n'est pas forcément aisé, mais
celui qui a le plus de publis n'est pas forcément celui qui travaille le plus...



JF 19/01/2012 15:27


"Pour passer DR en tout cas c'est clair qu'être un excellent chercheur n'est ni nécessaire ni suffisant"

Bon, je me fais un peu l'avocat du diable là, mais quand même dans "DR" il y a certes "R", mais il y a aussi "D". C'est clairement une partie du cahier des charge des rangs A (Pr ou DR), où que
ce soit au monde d'ailleurs, de coordonner le travail d'un groupe plus ou moins gros, le financer, etc.

"... Il faut aussi bien comprendre que les gens élus dans ces sections le sont par un certain nombre parce qu'ils n'ont pas grand chose d'autre à faire. ... la recherche ils en font relativement
peu et ne veulent surtout pas la pousser parce que ça leur mettrait des bâtons dans les roues pour les promotions (si la recherche acquiert un poids majeur, comment promouvoir quelqu'un DR si les
3/4 des candidats CR2 ont un meilleur dossier ?)."

Voilà, c'est ce que je voulais dire en gros. Vu qu'on a confié l'évaluation au CNU (qui est bien l'équivalent universitaire des sections du CNRS), on pouvait s'attendre à ce que les critères
d'évaluation soient modifiées dans une direction qui surtout permette à des gens qui ont abandonné la recherche pour les "responsabilités collectives", pardon les Responsabilités Collectives
[personne ne se prend plus au sérieux qu'un membre de ce genre de comités !!] de ne pas se rtrouver à poil.

"J'aimerais qu'on m'explique ! "

Ben, relis ton commentaire, précédent, il contient toutes les explications...

mixlamalice 19/01/2012 18:00



Tout cela dépend sans doute pas mal des sections: dans les miennes (en CNU), il y a quand même pas mal de plutôt jeunes (même dans les rangs A) et assez balèzes, même si je ne connais pas tout le
monde...



postdoc 19/01/2012 13:25


Continuons à nous amuser, je consultais la liste de membres fraîchement élus d'une commission, je cherche leurs papiers pour savoir sur quoi ils travaillent, je tombe sur le site d'une de ces
personnes qui mentionne qu'elle a eu la note A pour la PES. Sauf que bon, elle a autant de papiers que moi et autant de citations. J'aimerais qu'on m'explique ! (c'est
rhétorique, ne vous fatiguez pas les amis :))