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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 14:04

J'ai très vaguement suivi hier, grâce aux tweets de @titechofie et @TotoroInParis et au lien radio de @b_abk6, les débats du comité national de la recherche scientifique (CoNRS) réuni en plénière pour discuter de la crise de l'emploi scientifique et de moyens d'actions éventuels (initiative qui me semblait aussi nécessaire que bien venue).

 

J'ai lu (via @lazette) le texte adopté par le comité et transmis au ministère.

 

C'est toujours une gageure de faire une synthèse rigoureuse et consensuelle d'une situation extrêmement complexe et de solutions potentiellement multiples. 

 

Donc, first and foremost, je précise que je suis globalement d'accord sur le constat, sur la nécessité d'essayer de faire quelque chose (même si ma posture personnelle est plutôt celle d'un nihiliste).

 

Quant aux propositions, mon coeur balance*, voici rapidement pourquoi:

- le CoNRS demande la création de "plusieurs milliers de postes" dans la recherche publique. Le texte fait bien soin de mentionner ingénieurs et techniciens, mais bon, je crois qu'on pensait plus aux chercheurs et enseignants-chercheurs (c'est quand même principalement d'eux dont on parle quand on mentionne la pression de sélection et l'envol de l'âge des recrutés). 

Plusieurs milliers de postes est un peu vague. Dans la suite, on lit "1% du CIR = 1000 postes". Je ne sais pas s'il y a eu un calcul un peu sérieux effectué, m'est avis que ça ressemble à du bon gros coin de table.

Démonstration: 1% du CIR ~ 50M€. 1 poste ~ 50k€ brut chargé/an.

Ca m'interpelle dans la mesure où cela suppose quand même que le montant actuel du CIR est "éternel" (parce qu'un poste permanent, c'est pas qu'un an, c'est 40). Même s'il est actuellement "sanctuarisé", cela me semble malgré tout une hypothèse forte. Mais soit.

Il faut quand même donner quelques chiffres: on diplôme en gros 10000 docteurs/an, toutes disciplines confondues.

Cette année, entre les postes MCF et CNRS, on est à 1700 recrutements de chercheurs et enseignants-chercheurs. Il faut rajouter les autres EPST (~100 à l'INSERM, 40 à l'INRA, ~20 à l'INRIA...) et on pourrait discuter de la pertinence de rajouter des EPIC, Pasteur etc. Il faudrait aussi probablement rajouter les postes d'ingénieurs de recherche qui ne concernent guère plus que des docteurs aujourd'hui.

Bon, en gros, on doit être à 2000 postes de docteurs dans la recherche publique**.

Comme je l'avais souligné, on devait être à pas loin de 2500 il y a moins de 5 ans (localisation du pic des départs en retraite des baby-boomers), ce qui confirme bien la préoccupation du CoNRS.

Cela dit, je ne suis pas complètement convaincu que le malfonctionnement de l'ESR ne soit que le fruit d'une pénurie de postes, finalement assez récente. Je suis par contre complètement persuadé qu'il y a des efforts importants de restructuration à faire: le CoNRS en parle, même si son exemple concernant les investissements d'avenir me semble très mineur vis-à-vis de ce qui devrait être fait dans le cadre d'un choc de simplification.

De plus, il n'est pas clair pour moi que le public doit absorber beaucoup plus de 25% des docteurs "produits"***.

Quelle est cette proportion à l'étranger, par exemple? Sous-entendre que le public doit absorber une très large partie des docteurs ne viendrait-il, dans un effet de balancier mal évalué, pas renforcer les "préjugés" du privé vis-à-vis de ces diplômés? 

 

- Ce qui m'amène à mon deuxième point: un pote encore plus cynique (et probablement encore plus de mauvaise foi consciente) que moi, qui bosse dans une grosse boîte faisant pas mal de R&D (et d'aussi loin que je puisse juger, plutôt de la bonne), défendait un soir assez fortement le CIR. 

Il m'expliquait notamment que si le CIR cessait, probablement qu'une bonne partie de l'activité recherche de sa boîte cesserait aussi, en tout cas en France. 

On buvait des bières alors, même s'il suffit que l'un dise blanc pour que l'autre dise noir, on n'est pas allé très loin dans la discussion. Quoi qu'il en soit il me semble étonnant (je suis soit trop coco, soit trop libéral, je ne sais plus) qu'un groupe mondial ait besoin de subventions de l'Etat pour faire ce qu'elle devrait faire anyway. D'autant plus que, de ce que je m'étais laissé dire, le chercheur R&D français bossant en France était plutôt moins cher que dans pas mal d'autres pays développés (ce qui n'est pas le cas des ouvriers/techniciens: si les usines ferment, le "high tech" ne se porte pas si mal).

Alors, tous les "défauts" du CIR sont largement énumérés dans la communauté des chercheurs du public: son coût qui a fait quelque chose comme x30 en 10 ou 15 ans si je ne m'abuse, l'absence de contrôle sur l'utilisation des crédits ayant induit tout un business parallèle d'optimisation fiscale, de boîtes de conseils etc****, la relative complexité des mécanismes faisant qu'il finance largement plus les "gros groupes monopoles ronronnants qui n'ont pas besoin de ça" que les "petites start-ups qui font la vraie innovation", corrélation avec les indicateurs de l'innovation peu clairs...

Il y a néanmoins une contribution du CIR que je trouve intéressante et qui rejoint ce dont je parle plus haut: celle qui incite les entreprises à embaucher en CDI des jeunes docteurs (par jeune, on entend 1er CDI: ainsi, Priscilla a pu en bénéficier malgré quelques années de contrats post-doctoraux divers après sa thèse) en les finançant intégralement pendant 2 ans

La encore, probablement que Total, Saint-Gobain, Michelin, et consorts, devraient pouvoir faire sans, mais ça me semble un très bon mécanisme pour les start-ups et PME.

Bref, le CIR mériterait probablement une remise en cause assez profonde, mais on y trouve des choses pas mal qui me semblent oeuvrer pour une revalorisation du doctorat en France et plus pertinentes que doubler les postes de MCF.

 

 

 

* Le texte manque de détails, donc je ne sais pas si je suis en désaccord ou en accord "masqué". Et puis, je suis en pleine réflexion avec moi-même, d'où l'écriture de ce billet, ça m'aide toujours.

** Il faut noter que pour les postes de MCF, 15% des recrutés sont étrangers. C'est plutôt autour d'1/3 au CNRS si ma mémoire est bonne.

*** Même si je simplifie en ne tenant pas compte de flux pluriannuels, mais bon, on fait ce qu'on peut.

**** "faire réparer la photocopieuse par le cir" est un cliché dont j'ignore la véracité, ne serait-ce que partielle, mais qui revient souvent.

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

Me 14/06/2014 19:03


Concernant l'experience de pensée de mix, je pense que ce serait quelques chose d'instructif a essayer (et pas seulement au concours CNRS ou McF, mais aussi aux appels a projets). C'est meme
etonnant que personne l'ai essayée, vu le nombre de décisions dans l'EST qui dependent de ce qui se passe quand on fait déliberer 20 personnes.


Une des choses qui emerge quand on discutent avec les gens qui ont l'habitude de ce genre de jury, c'est la nonlinearité des délibérations. Par exemple l'ordre des
votes a clairement une importance. Savoir si on vote pour éliminer ou garder des candidats change apparement aussi la teneur des deliberations: dans le
1er cas on scrute les points negatifs d'un dossier, dans le second cas on cherche le ptit truc qui mettent en avant. Et souvent le candidat qui partait
outsider se met a progressivement passer devant tout les favoris, paske au fil des discussions on lui trouve de plus en plus de qualités (et de moins en moins au autres). Il y a une espece
d'effet "memoire" car les jurys ont du mal a renier leur vote passé (cette mémoire s'etend un peu d'une année a l'autre)

mixlamalice 14/06/2014 12:02


Concernant mes impressions sur l'emploi doctoral et le CIR, peut-être un peu d'eau dans mon vin avec ce vieil
article de @gaiauniversitas: http://rachelgliese.wordpress.com/2013/05/25/y-a-t-il-eu-une-fraude-generalisee-des-entreprises-pour-beneficier-du-credit-impot-recherche-cir/


 


Je m'étais peut-être aussi emballé sur mon x30 sur le CIR (mais il me semble qu'il a été longtemps plafonné
autour de 200M€, je ne retrouve pas de source).


Ici, chez sciences au 2, une info plus précise et pertinente: http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/06/le-cr%C3%A9dit-dimpot-recherche-on-savait.html


Il a triplé (de 2 milliards à 6) suite aux réformes Sarkozy Pécresse, donc probablement sur une échelle de temps très courte (2-3 ans)

mixlamalice 14/06/2014 11:48


On peut écrire les choses plus simplement concernant les classements des auditions: imaginons que l'on refait passer les auditions avec les mêmes candidats, le même comité. On peut juste
éventuellement changer les rapporteurs et les sous-sections.


- je suis persuadé que dans la très grande majorité des cas (genre 99%), le classement ne serait pas le même dans les 2 expériences.


- @lazette est persuadée que si (si j'ai bien compris).


Et vous?


(cela dit ça reste je crois globalement un point de détails vis-à-vis du point de vue général du texte) 

lazette 13/06/2014 17:43


Le truc c'est que les 10 premiers "méritent" le poste.


La différence entre le 1 et le 10 c'est que le 10 est moins bon à l'oral, publie un peu moins haut, maitrise un peu moins son sujet.


ça changera quoi de l'auditionner devant les 20 membres pendant 1h?


Si à la fin il ya toujours 3 postes?


 


 


 

mixlamalice 13/06/2014 17:55



Justement, je suis pas du tout convaincu que le 10 est "moins bon", ni à l'oral ni rien: le courant aurait pu mieux passer avec l'autre partie de la commission, il a peut être fourni une réponse
moyenne à une question sur laquelle il aurait pu revenir s'il avait eu plus de temps, il peut être tombé sur un ou deux rapporteurs pas hyper transcendants (il ne faut pas oublier que le sort du
candidat dépend beaucoup de la "pub" que son sous-comité et encore plus que ses rapporteurs font, et du lobbying désintéressé ou non de ceux-ci).


Pour les publis, on peut se limiter aux indicateurs chiffrés, avoir plus de temps permet de voir aussi s'il y a une adéquation avec un projet/un labo, et si les publis du candidat correspondent à
ce qui est attendu (bref, aller un peu au-delà de l'if de la revue).


Moi j'ai vraiment l'impression que les auditions CR/MC augmentent très fortement la proportion d'impondérables, de critères subjectifs que le candidat ne peut absolument pas maîtriser.


Après, un choix est un choix, le subjectif joue toujours etc, mais le temps de la réflexion (think fast and slow, comme le dit le bouquin) permet de diminuer les impondérables. Et les
frustrations pour le candidat (pour avoir passé un certain nombre d'auditions, je n'ai jamais vraiment l'impression de maîtriser quoi que ce soit à part mon top théâtral, et j'ai souvent eu
l'impression que les critères extérieurs à ma candidature - les amitiés/inimitiés/pouvoir politique dans le jury - avaient un rôle majeur).


 


Tous les sélectionnés qui ne sont pas des génies ou des personnes à gros melons le diront "j'ai eu de la chance" (par exemple, j'ai été vachement défendu par mon rapporteur, je sais pas trop
pourquoi mais il a été très élogieux etc) 



lazette 13/06/2014 17:16


Vous savez que maintenant il y a une préselection au concours CNRS dans la plupart des sections? et que par conséquent, le candidat passe devant au moins la moitié du jury? :)


Bien sur, l'exercice du concours n'a rien à voir avec celui d'un véritable recrutement. mais il n'est pas secret car tout est dans les décrets, c'est un exercice de style auquel il est facile de
se préparer si on s'en donne les moyens. Et les heureux élus sont loin d'être des tocards.


 


"fétichisme du projet versus performances passées"


C'est une blague? Vous croyez vraiment que le jury ne regarde pas le CV du candidat ni ses publications?


Quant à réformer le mode de recrutement...


 


 


 


 


 


 

mixlamalice 13/06/2014 17:23



on chipote un peu là quand même, non? ok, c'est mieux qu'avant, on pré-sélectionne mais c'est entre a minima et très a minima (les sections que j'avais regardé, le % d'auditionnés était entre 40
et 70% des candidats).


Bien sûr que les sélectionnés ne sont pas des tocards, avec typiquement 25-50 candidats pour 1 poste, et 15-30 auditionnés, heureusement que le mec bon est pris... après, il est assez bie
documenté que quand la sélection est trop forte, le processus redevient aléatoire: ça veut pas dire que l'heureux élu n'est pas bon, ça veut dire qu'entre lui et les 15 autres, ce n'est pas
vraiment des points rationnels qui déterminent.


Alors, ok, on passe plus devant 4 gusses pendant 20mns mais devant 8 pendant 20mns... c'est toujours mieux mais un peu cosmétique, y a encore du boulot.