Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 09:37

Je viens de commencer Le Président des Riches, de M. et M. Pinçon, "enquête sur l'oligarchie dans la France de Sarkozy".

 

D'ores et déjà je ne sais pas si j'irai au bout.

 

Le scientifique en moi, à la lecture de l'introduction, a été confronté à un problème majeur: le flou artistique entre "étude scientifique" et "livre à thèse".

 

En quatrième de couverture, on insiste largement sur le fait que les auteurs sont sociologues, (anciens) directeurs de recherche au CNRS, etc. Le livre est publié à la Découverte, qui publie pas mal d'études scientifiques d'historiens (Arno J. Mayer, par exemple) ou autres, et de témoignages historiques majeurs.

 

Pourtant, l'introduction ressemble plus à un tract du NPA ou du Front de Gauche qu'autre chose.

Exemple: "Il ne s'agit pas de refonder le capitalisme en faisant confiance une nouvelle fois à Sarkozy ou à un socialiste acquis au libéralisme. Il s'agit de le confondre pour lui substituer une société plus juste dont l'enrichissement illimité de quelques uns ne sera plus l'ultime objectif".

 

Vient ensuite l'exposé de la méthode de travail des auteurs: "Le Monde et le Canard Enchaîné ont été nos sources d'information ainsi que d'autres journaux et des sites sur Internet". On a quand même vu des démarches scientifiques plus poussées, même, j'imagine, chez les sociologues (c'est le "physicien méprisant" qui parle...).

 

Du coup, même si en bon bobo, je risque d'être probablement (plutôt) d'accord avec un certain nombre d'idées avancées, je pense avoir du mal avec le côté "manifeste politique plus ou moins maquillé en étude scientifique".

 

 

Cela me permet d'exprimer une question qui me hante depuis longtemps concernant les sciences humaines et sociales. 

J'ai pu voir dans un bon nombre de cas des études procédant d'une vraie démarche scientifique, avec hypothèses, construction d'expériences types, analyse statistique des données, évaluation des hypothèses etc.

Cependant j'ai toujours pensé que la construction des expériences était très fortement induite par l'hypothèse de départ. Bref, que les conclusions, liées à l'interprétation des données (surtout si elles valident cette hypothèse) pouvaient être biaisées par la façon même dont l'expérience a été construite.

C'est un simple ressenti, je serai heureux d'en discuter plus profondément...

Petite remarque: j'imagine qu'on peut souvent dire la même chose d'expériences en sciences dures, même si en toute logique un phénomène physique existe ou n'existe pas. Mais il est vrai que certaines "sciences dures" se basent essentiellement sur des statistiques dont on peut parfois penser qu'elles sont surinterprétées. Et que certains physiciens concluent souvent un peu vite qu'un modèle qui fitte bien des données expérimentales est nécessairement vrai.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article

commentaires

Guils 02/10/2012 12:34


 


Pour répondre à tes interrogations sur les sciences humaines qui ne seraient pas des « vraies » sciences.
Dans le cas de ce que je connais, l’Histoire, il est vrai que les questions de méthodes prennent une grande part dans les débats scientifiques et les « écoles » historiques se
constituent et se disputent avant tout sur la démarche ; chacune de ces méthodes devant permettre d’approcher le près possible la « vérité ». J’ai ainsi l’impression que les
résultats sont parfois presque accessoires par rapport au raisonnement adopté et aux sources utilisées. D’ailleurs, la partie sur les « sources » prend souvent plus de dix pages dans un
ouvrage historique.


 L’approche téléologique d’un sujet représente le biais le plus difficile à éviter pour l’historien,
c’est-à-dire construire le raisonnement en partant de la fin ou de la conclusion ; cela arrive tout particulièrement lorsqu’il a un parti pris idéologique, comme ici. Pour empêcher cela, il
lui est nécessaire de multiplier les sources. Il doit utiliser les sources primaires (« brutes ») et secondaires (avec interprétation), les faire dialoguer entre elles en vérifiant les
affirmations des acteurs. D’où l’importance des notes en bas de page pour les historiens afin que les lecteurs puissent « suivre » le raisonnement et le reproduire.


 De plus, lorsque l’historien se sert d'une source, il doit prouver qu’il a utilisé un spectre suffisamment
large pour être représentatif et que les séries utilisées sont continues ; en général, il l’annonce dès l’introduction, en disant par exemple : « on s’est appuyé sur la lecture
intégrale des journaux X, Y et Z (chacun représentant une
partie de l’opinion) entre les dates a et b. »


 Par exemple, je ne suis pas spécialiste d’histoire immédiate, mais il me semble qu’on aurait pu s’appuyer sur
autre chose que « le Canard enchaîné, le Monde et des sites internet » (le Figaro, discours de Sarkozy, statistiques INSEE, OCDE…).


 Cette précaution dans la démarche doit permettre d’effacer au maximum l’interprétation de l’historien,
forcément sujette à caution. J’ai cependant remarqué que plus l’auteur a de l’expérience, moins on est exigeant avec lui sur sa démarche ; un grand ponte n’aura pas besoin d’indiquer les
milliers de notes en bas de page exigées pour le thésard.


 Deux exemples d’articles historiques : http://ahrf.revues.org/11382 et http://ahrf.revues.org/10894


Il me semble néanmoins que ce parti-pris marxiste était assumé par les auteurs ? une autre review, par un politiste, qui considère le livre d’emblée comme politisé :
http://bouillaud.wordpress.com/2011/09/30/michel-pincon-monique-pincon-charlot-le-president-des-riches-enquete-sur-loligarchie-dans-la-france-de-n-sarkozy-nouvelle-edition/

mixlamalice 02/10/2012 13:57



Merci pour le comm' détaillé.


 


Je lis assez régulièrement des études historiques, et j'avais effectivement cru y voir assez souvent cette volonté de définir la méthodologie avec extrêmement de précision. Après, le travail de
l'historien consiste en la découverte/compilation/mise en perspective de sources et cela est trop différent de ce que l'on fait en sciences dures pour comparer.


Il y a par contre des domaines SHS où la démarche expérimentale est proche de celle que l'on peut avoir en sciences dures, notamment lorsque c'est lié à la physiologie/psychologie, qui se fait de
plus en plus en partenariat avec les neurosciences par exemple. Mon interrogation vient alors de la construction des expériences, qui me semblent plus "ex nihilo" que dans le cas des sciences
dures, c'est à dire plus potentiellement influencées par les perceptions/idées de départ/idéologie etc de l'auteur que dans le cas des sciences dures. Bon, j'imagine que même ce postulat est
discutable (ce que je disais dans mon article...).


 


Pour revenir au bouquin, vu le titre on s'attendait en effet un peu à ce qu'il soit politisé, mais je me disais que c'était plus un choix "marketting" de l'éditeur, alors qu'en fait ça résume
assez bien la subtilité du propos... probablement que j'aurais plutôt du lire "les ghettos des riches" (dont le titre n'est pas plus subtil mais qui relève apparemment plus de l'étude)