Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:16

Je me demande depuis quelques temps pourquoi il y a, quasiment devant chaque boulangerie parisienne, un mendiant, et ce à l'exclusion d'autres commerces.

 

Bon, cela veut surtout dire qu'il y a énormément de mendiants à Paris, mais pourquoi ceux qui "choisissent" de mendier à la sortie des magasins (par opposition à ceux qui utilisent un mode plus actif comme la guitare dans le métro) ont-ils une nette préférence pour les boulangeries?

 

On me répond que c'est très simple et qu'il y a deux raisons:

- tout le monde va à la boulangerie (ou: il y a toujours du monde dans une boulangerie).

- on a plein de petite monnaie quand on sort d'une boulangerie.

 

Cela me semble un peu court: je connais plein de gens qui achètent du pain de mie dégueulasse ou de la baguette industrielle dans leur supermarché de quartier favori et ne vont jamais chez le boulanger.

Moi-même, je ne vais chez le boulanger que deux ou trois fois par semaine.

Hormis le week-end et la pause sandwich le midi, il y a beaucoup de "périodes creuses" chez un boulanger.

Est-il donc si clair qu'une boulangerie draine plus de clientèle que d'autres commerces de proximité?

 

Concernant la petite monnaie, il me semble qu'on en a, de façon équivalente, dans ses poches dans plein de petits commerces de quartier (primeur, boucher, tabac presse...).

 

Bref, selon moi, si seuls ces deux critères étaient d'actualité, il serait aussi voire plus "rentable" de se placer à la sortie d'un tabac-presse ou d'une petite supérette, qui génèrent probablement un trafic similaire.

En tout cas, je trouve qu'ils ne suffisent pas à expliquer cette uniformité de choix de la boulangerie devant par exemple, le primeur.

 

Alors, je rajouterais au moins une raison, moins prosaïque mais que je pense importante:

- le côté "chaleureux" de la boulangerie. Le pain chaud, les viennoiseries, ça sent bon, ça réconforte, et ça met de bonne humeur. Quand on sort d'une boulangerie, qu'on croque dans son quignon tiède, on est probablement plus facilement touché par la misère humaine par opposition à son propre bonheur relatif que quand on sort d'une poissonnerie avec son kilo de harengs ou du PMU avec son paquet de clopes montrant des poumons calcinés.

 

Y aurait-il aussi une dimension historique ou culturelle qui m'échappe?*

 

Ou faut-il y voir tout simplement la signature d'une certaine propension au conformisme ou "effet de mode" chez les mendiants (de même que les bobos ont tous un iPad alors que personne n'a jamais été capable d'expliquer à quoi ça servait, juste parce que le voisin en a un et qu'il fallait bien s'offrir un truc pour Noël)?

 

 

En conclusion, je serais curieux de savoir s'il existe des travaux, études sérieuses avec statistiques et tout, sur ce genre de sujets. Si vous avez des références sous le coude, n'hésitez pas en commentaires.

 

 

Dans le même style, je me demande aussi pourquoi les "musiciens" du métro jouent tous la même merde (les Gipsy Kings pour les guitareux, par exemple) alors qu'il est facile de voir qu'un mec un peu original dans son choix de chansons attirera plus facilement l'attention (ou en tout cas moins le rejet: qui n'a pas eu envie d'égorger le mec qui vous braille faux pour la 5ème fois de la journée la bamba avec une guitare désaccordée?).

J'ai vu un reggaeman aussi émouvant que Ben Harper ou un type déchirer Sultans of Swing de Dire Straits se faire probablement 20 euros dans le wagon, quand le violoniste massacrant Those were the days doit péniblement atteindre les 2 euros. 

 

 

Voila: c'était la question con de la semaine du bourgeois qui détourne les yeux et marmonne "bonjour" quand il sort de la boulangerie en bas de chez lui avec ses croissants sous le bras, mais qui a un coeur (ou au moins un cerveau analytique) sous son indifférence cynique et glacée.

 

 

* Par exemple, on pourrait imaginer que les boulangeries étaient construites à proximité des églises ou quelque chose comme ça? C'est ce que semble entendre cet article.

Il y a également toute une symbolique du pain et du misérable chez Victor Hugo et beaucoup d'"humanistes" du 19ème: quand on n'avait même pas de pain, on était au plus profond de la misère. Cette idée subsiste peut-être dans le subconscient collectif?  

Partager cet article

Repost 0

commentaires

régis 02/02/2012 12:23


Béotien, béotien... Joshua Bell est une star aux US et au Japon, il ne vient que rarement en France, où d'ailleurs "la critique" ne l'encense pas beaucoup.


Sinon, pour les boulangeries, je peux demander à mon père si c'est réel, mais si c'est le cas, cela pourrait aussi quand même un peu venir de la tradition chrétienne de la France et d'un
inconscient collectif marqué par le Notre Père et l'eucharistie...

mixlamalice 02/02/2012 13:53



"réel", je ne sais pas vu que je ne peux pas proposer de chiffres "macros", mais sur la dizaine de boulangeries proches de chez moi ou de mon lieu de travail, il y a à chaque fois
que j'y passe une personne faisant la manche à la sortie pour au moins 2-3 d'entre elles. 


C'était moins vrai à Nice par exemple (mais Nice, par des lois humanistes, "planque" beaucoup plus ses mendiants que Paris: à Paris, le clochard fait partie du "so Paris" populaire et
éclectique, à Nice, ça dérange les touristes russes pendant qu'ils vont chez Vuitton).



régis 02/02/2012 10:33


Qu'est-ce qui marche bien pour faire la manche dans le métro? Joshua Bell a mené l'expérience il y a qq années  (vidéo sur you tube) avec un jean à trous des baskets pas fraîches
et un vieux tee-shirt. A part une mélomane qui l'a reconnu, lui a filé 20 dollars et a engagé la conversation avec lui, la quête fut maigre. Il jouait une variation personnelle sur
la chaconne de Bach et avait son célèbre Strad à 4 millions de dollars (le fameux violon rouge, autrefois volé à Bronislaw Hubermann...)

mixlamalice 02/02/2012 10:42



Faut dire qu'un béotien comme moi ignore qui est Joshua Bell: par contre je connais Mark Knopfler et je sais qu'un gars qui joue Sultans of Swing tout seul est meilleur gratteux que celui qui me
joue la bamba...


Le journaliste qui a fait le reportage a obtenu le Pulitzer pour ça, apparemment.


Les gens ne sont probablement pas très sensibles à la beauté dans un environnement ordinaire, mais je reste persuadé qu'en moyenne, Keziah Jones devait se faire plus de blé dans un wagon que le
3000ème gars à massacrer l'Amant de Saint-Jean...



Pof 02/02/2012 09:46


Probablement que, par comparaison avec une boucherie ou un marchand de légume, le pain c'est pas cher, et qu'il y a donc plus de chances qu'un type file une demi-baguette en sortant plutôt qu'un
faux-filet...

mixlamalice 02/02/2012 10:09



Oui, mais le prix du kilo de patates est encore moins cher... cela dit c'est moins pratique à bouffer quand on est SDF qu'une baguette, c'est vrai.


Encore que je vois finalement peu de gens filer un croissant ou une baguette.