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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 13:31

L'hiver est propice à la replongée dans les salles de cinéma, et ce surtout aux mois de janvier et février, quand la saison des Oscars se rapproche, et que sortent à la pelle ces films dont le but est de réconcilier la plèbe et la critique élitiste.

 

Je suis donc récemment allé voir trois films qui ont à la fois reçu un accueil quasiment unaniment dithyrambique de la critique, et connu un succès commercial, qui, sans atteindre celui d'Avatar ou de Bienvenue chez les Ch'tis, n'en est pas moins enviable.

A savoir "des hommes et des dieux" (dans le cadre d'une rétrospective de type best-of 2010), "le discours d'un roi", et "black swan".

 

Il y a eu, as usual, quelques voix dissonantes dans le concert de louanges pour ces trois films. Alors, comme je suis comme tout le monde, à savoir que je suis persuadé de ne pas être comme tout le monde, je vais vous dire ce que je pense de ces critiques qui ne disent pas comme tout le monde.

 

- Des hommes et des dieux: L'histoire plus ou moins romancée des moines de Tibhirine et de leur assassinat en 1996, encore à ce jour pas complètement élucidé. Le récit de leurs doutes, leurs peurs, leur courage, leur foi.

Je n'ai pas grand chose à dire ici. Les seuls qui n'ont pas aimé (une partie de la rédaction de Télérama, du JDD et de Brazil) ont trouvé ça chiant. Soit. Je dois avouer que la bande-annonce, dans le style ronflant "film français qui se la pète" (musique ampoulée, longs silences et jeux de regard, dialogues surécrits), me faisait aussi craindre le pire.

En fait, bonne surprise, j'ai plutôt accroché à ce film effectivement très contemplatif, grâce aux acteurs et notamment à M. Lonsdale.  

Chronic'Art n'a pas goûté la scène du repas, qui est un peu la scène clef du film: si on n'y croit pas, c'est mort, si elle vous prend c'est gagné. J'y ai cru.

 

 

- Le discours d'un roi: La aussi un film "basé sur une histoire vraie", celle de l'accession au trône de Georges 6, et surtout de ses efforts pour vaincre un fort bégaiement, terriblement handicapant à l'heure de la naissance des allocutions radiophoniques, où le roi ne peut donc plus se contenter de saluer la foule de loin et de monter à cheval.

Ca m'a beaucoup plu: là encore le rythme n'est pas effrené, mais le film est porté par un grand Geoffrey Rush, et Colin Firth devient très bon dans la dernière partie du film. J'ai rigolé, j'ai fini très ému, ça n'est pas si fréquent.

J'ai trouvé l'imbrication de la petite histoire (le bégaiement) dans la grande (succession complexe en Angleterre et tensions pré-deuxième guerre mondiale) extrêmement bien faite, même si pour cela, pas mal de libertés ont été prises avec la réalité historique (le roi aurait guéri de son bégaiement plusieurs années avant son couronnement), ce qui a suscité une première salve de critiques. Si Dumas peut estimer légitime de "violer l'Histoire pour lui faire de beaux enfants", apparemment tout le monde n'est pas du même avis (à ce sujet, on peut lire l'excellent HHhH, de Laurent Binet, qui raconte les tourments de l'écrivain souhaitant raconter le plus fidèlement possible l'assassinat d'Heydrich, et pour qui chaque dialogue, nécessairement apocryphe, est source de ratiocinations sans fins). En ce qui me concerne, je n'allais pas voir un documentaire, et je ne connaissais pas suffisamment la politique anglaise du milieu des années 30 pour me sentir lésé.

D'autres ont trouvé la mise en scène trop académique, le film trop théâtral, trop machine à oscars. Peut-être... mais même si le film prend des libertés avec la réalité qu'il décrit, il se veut plutôt un "film d'époque" centré sur ses acteurs, j'aurais donc trouvé malvenu une réalisation à la Gaspar Noé.

Enfin, certains y ont vu une fable apologétique de la famille royale, sortie à propos peu avant le mariage princier, où le peuple n'est qu'un pur élément de décor célébrant la guérison de son roi niaisement pendant que l'Europe se prépare à la guerre... C'est, selon moi, un grave contresens. Les anglais ne sont pas "contents" d'entendre un discours bien prononcé: par contre, ils sont galvanisés par une déclaration de guerre martiale, tandis qu'une version bégayante aurait pu, je pense, avoir des conséquences dramatiques. On peut être pacifiste bobo et concevoir ça, surtout connaissant la façon assez déplorable dont la situation a été gérée par Chamberlain et Daladier. Quant à la façon dont est présentée la famille royale, je comprendrais que des anglais en débatent, mais je ne vois pas ce que ça peut bien nous foutre... 

Cela dit, ce même critique voit dans Comment savoir, avec Reese Witherspoon le film le plus merveilleux de l'année, le comparant à du Rohmer. Ne l'ayant pas vu (et n'ayant jamais rien vu de regardable avec Witherspoon à part Freeway), je ne commenterai pas si ce n'est pour dire que ce monsieur n'est décidément pas comme tout le monde.  

 

 

- Black Swan: Autre grand favori des Oscars. La descente aux enfers d'une danseuse un peu nunuche et habituée des seconds rôles, devant trouver sa part d'ombre pour incarner le cygne noir dans le ballet de Tchaikovsky, entre une rivale vénéneuse, un directeur lubrique, et une mère possessive.

Le nouveau film d'Aronofsky est à mettre en parallèle avec son précédent, The Wrestler, bon film "indé" sur une rédemption ratée, servi par une distribution au top: une ballerine obsédée par son métier et n'acceptant plus l'anonymat face à une ancienne gloire du catch vivant quant à elle mal son retour à l'obscurité. Des relations complexes fille-mère ou père-fille, la mort "sur scène"... Une certaine complaisance à filmer les corps mutilés (eczéma, désquamation, ongles cassées pour Portman, blessures à l'agrafeuse ou à la trancheuse à jambon pour Rourke)...

Là où The Wrestler, malgré l'éxubérance du milieu dépeint, restait pourtant relativement sur la retenue, Black Swan et son monde a priori policé sombre malheureusement à mon goût largement dans la grandiloquence (mention spéciale à Vincent Cassel qui parvient à surjouer un personnage déjà au-delà du cliché).

La dernière demi-heure du film est même à la limite du grotesque, avec effets spéciaux kitsch dignes d'un film d'horreur italien des seventies, tout en se prenant diablement au sérieux. Le public m'a d'ailleurs semblé aussi incrédule que moi (et pourtant, le public du MK2 Beaubourg, c'est pas mal dans le genre cinéphile qui se prend au sérieux). 

Dommage car les deux premiers tiers étaient plutôt prenants, avec une bonne montée dans la folie et l'angoisse (notamment le personnage de la mère): rien ne semblait nécessiter un tel sabotage...  

Le Monde a eu le mérite de souligner que le film divisait. La chronique de Libé me semble poser des bonnes questions (notamment sur la difficulté que semble avoir Aronofsky à rester "en contrôle") avant de se laisser aller à la branlette intellectuelle. Par contre, leur interview d'un chorégraphe suisse m'a bien fait rigoler: "On découvre Portman, agitant les bras comme un cygne, ce qui sera le leitmotiv gestuel du film." C'est vrai que, dès qu'elle est censée danser, elle accomplit ce geste filmé en plan serré, à la limite du ridicule surtout à force de répétition... peut-être cela lui vaudra-t-il l'Oscar, mais on peut trouver ça un peu court.

Bref, au milieu des louanges onanistes du type: "Le cinéaste est allé jusqu'au bout de ses fantasmes, de ses hallucinations. Au mépris de la bienséance et de la vraisemblance, il les agence sur un rythme exaltant et épuisant", "La fascination qu'exerce le film sur son spectateur et sa réussite résident dans ce paradoxe : l'adresse de saltimbanque d'Aronofsky à jongler avec de lourds symboles, avec des personnages archétypiques fortement connotés comme s'ils étaient légers comme une plume", "Chaque scène est un morceau de bravoure où le fantastique, le cinéma indépendant et l'exercice de style forniquent jusqu'au vertige final" (la critique de Première dans son intégralité est d'ailleurs extrêmement savoureuse, sans parler de celle de Technik'art), c'est hélas finalement Paris-Match qui résume le mieux ma pensée: "ce drame chorégraphique se prend malheureusement les chaussons dans le gore fantastique et finit sur les pointes du ridicule." 

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Published by mixlamalice - dans Cinéma
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mixlamalice 21/02/2011 15:55



Tiens, un autre film où la critique me laisse songeur, vu hier: Match Point (W. Allen) (en VF, ça n'aide pas).


Encore une description pseudo-ravageuse de la bourgeoisie-aristocratie qui m'a surtout semblée complaisante.


Les personnages sont d'un débile et d'un cliché achevé: la fille de famille oisive et plus niaise que moi tu meurs, le pseudo-Rastignac sans burnes, et la bonnasse populo, dont le côté
vénéneux un peu intéressant est hélas gommé au bout de 45 minutes pour laisser place à une mollesse affligeante. Sans parler de la mère salope alcoolique et du père ultra-protecteur à la
Lagardère. Remarque, les acteurs font plutôt bien ce qu'on leur demande et sont assez crédibles dans ces personnages insupportables.


L'histoire était déjà banale du temps de Balzac et Flaubert.


Quant au dénouement, on sombre dans l'absurde le plus total en moins de 15 minutes, meurtre au fusil de chasse en pleine ville qui passe inaperçu, et flics demeurés qui classent le dossier en 2h.


On a même droit aux visions du meurtrier.


Ah, et c'est subversif parce qu'il ne se fait pas choper à la fin.


 


J'avais lu partout que c'était un des meilleurs Allen. Je suis pas un gros fan, mais je rigole généralement à ses comédies, même et surtout celles qualifiées de mineures d'ailleurs (trop
"écrites" et trop tout le temps pareil à mon goût, mais au moins il y a un talen de plume). Dans un autre registre, Vicky Cristina Barcelona ne m'avait pas déplu... mais là, on flirte franchement
avec le téléfilm adapté d'un mauvais roman à l'eau de rose (même le ralenti de la balle de tennis et son écho font cheap).