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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 13:46

Avec mes gros a priori de français moyen, je croyais qu'il n'y avait que des thésards américains pour claquer approximativement 20% de leur salaire dans une bagnole, quand un réseau de bus gratuit sillonnait la ville avec une fréquence de l'ordre du quart d'heure.

Et en plus, l'arrêt était au pied du labo alors que le parking étudiants était en bas de la côte...

 

Aux US, j'avais calculé que ma caisse m'avait coûté, tout compris (achat, parking, péages, essence, réparations, contrôle technique, assurance, péage, etc, et en déduisant le prix de la revente), quelque chose comme 150-200$ par mois.

Et je n'avais fait "que" 10000 kms par an avec, préférant le bus ou mes pieds en semaine, et ne m'en servant que pour aller à Boston, faire les courses au mall, ou en vacances.

Pour le thésard moyen qui avait une bagnole plus grosse, plus consommatrice que la mienne, qui payait plus cher à l'assurance (conducteur moins expérimenté) et qui payait en plus le parking de la fac, on arrive bien à au moins 20% ou plus des revenus, qui doivent tourner autour de 1300$/mois avant impôts.

Je persiste à penser que c'était une hérésie, mais je voyais bien que c'était avant tout culturel. Il faut voir le réseau de bus et de train, hors mégapoles ou villes campus, pour comprendre à quel point les non motorisés sont les symboles de la lose dans ce pays.

Et si on ne vit pas dans une grande ville comme Boston ou New-York, on a finalement peu le choix.

 

Ce qui me chagrine, c'est qu'apparemment, ce n'est pas aussi proprement américain que je ne le pensais...

Ainsi, au labo de la fac dans la prairie, plusieurs collègues vivent comme moi à Paris, et viennent tous les jours en bagnole au lieu de prendre le ReuReuReu. 

Se rendre compte qu'il est aussi con que l'américain moyen, ça met un coup au français moyen, quand même.

 

Ces collègues ont tous plein de justifications, mais je dois avouer que malgré tout, je ne pige pas. Ou plutôt, je les considère absolument non valides.

Je ne parle même pas de l'empreinte écologique, parce que, s'il m'arrive de me donner bonne conscience ou du courage parfois en évoquant cette raison, elle n'est pas vraiment rentrée en jeu dans mon choix de faire confiance aux transports publics*. 

 

Parlons chiffres, plutôt.

 

- En RER, porte à porte, c'est à dire entre le moment où je ferme la porte de mon studio à clefs et celui où je pose mon cul sur la chaise de mon bureau, il s'écoule 55-60 minutes quand tout marche bien.

Typiquement, d'après une étude indépendante sur le respect des horaires dans les transports parisiens (dont je n'arrive pas à retrouver le lien, mais d'expérience ça me semble ok), c'est le cas 80% du temps. Je dirais que 15% du temps, le retard est inférieur à 15 minutes, et qu'il est supérieur à 1h moins de 1% du temps (hors grêves, j'ai eu droit à 2 grosses merdes en 5 mois de RER, soit environ 250 trajets).

En voiture, en partant sensiblement du même endroit, on met, en été, 30 minutes. Cool, 20 minutes de gain. Cela dit, le reste du temps, c'est à dire à des périodes où il n'y a pas la moitié de population coincée dans les embouteillages dans le sud, d'après les témoignages, c'est également de l'ordre de la cinquantaine de minutes le matin, et souvent au-dela de l'heure le soir (perso, les deux fois où je l'ai fait le soir, j'ai mis 1h30).

L'argument du gain de temps est donc franchement bof. La plupart du temps, c'est kif kif, on perd à certaines périodes de l'année ce qu'on va gagner à d'autres.

Et précisons que pourtant le RER B est largement le transport parisien qui fonctionne le plus mal (les autres sont plutôt autour de 90% en terme de respect des horaires).

 

- La carte d'abonnement aux transports, pour ces zones, ça coûte 105 euros/mois, avec 40% remboursés par la fac (généralement, le remboursement est plutôt de 60 à 100%). Et il faut se souvenir que ça permet de prendre le métro/bus à l'année en région parisienne, pas que d'aller au taf.

La bagnole, avec l'essence plutôt beaucoup plus chère que chez les ricains, ça va vite coûter dans les 200 euros/mois. Voire facilement 100 euros de plus si vous devez payer un parking dans Paris. Sans compter qu'a priori, vous aurez quand même besoin de vous acheter une carte intégrale zone 1-2, à 60 euros/mois (ou de fonctionner avec des tickets, ce qui amène vite à au moins 30 euros/mois même si on utilise peu les transports en commun).

Finalement, chez nous aussi on tourne autour de 20% du budget mensuel pour un thésard, engloutis par le dieu bagnole.

Même avec les déductions d'impôts du kilométrage, même en comptant qu'un non motorisé louera une caisse quelques fois dans l'année pour ses villégiatures, niveau pognon y a pas photo en faveur des transports en commun.

Une économie de l'ordre de la centaine d'euros/mois, quand on est doctorant, c'est franchement pas négligeable: c'est ce qui permet de se payer un beau voyage en été, ou un grand resto de temps en temps...

 

On va rentrer dans le plus subjectif maintenant:

- "Le RER, ça pue et on est serré".

C'est pas faux, surtout en été (le nombre de train supprimé pour les horaires d'été étant supérieur au nombre de personnes parties en vacances, et la clim' étant une utopie, c'est pas tous les jours la fête).

Cela dit, depuis le mois de mars, après avoir tatonné au début, j'ai pris le pli d'avancer mon départ d'un quart d'heure le matin (8h15 au lieu de 8h30), et vu que je le prends presque au terminus le soir en plus d'être plutôt à contre-sens du trafic, j'ai quasiment réussi à être assis tous les jours.

Et personnellement, en règle générale, je préfère être assis à bouquiner, qu'à devoir, la tête dans le fion, me concentrer pour rouler roue à roue sur l'autoroute au milieu de parisiens agressifs.

Ca reste subjectif: certains me soutiennent qu'ils préfèrent largement se faire chier dans leur bagnole, parce qu'au moins ils se font chier TOUS SEULS. Well, j'adhère pas trop, mais je peux comprendre. Après deux ans aux US, la philosophie du "chacun pour sa gueule et qu'on m'emmerde pas", je m'y suis fait et je peux même en conçevoir les bons côtés, parfois.

 

 

article rer

Tu kiffes? Non? 

 

embouteillage.jpg

Et ça? 

 

- "La bagnole, ça permet d'aller faire des trucs entre midi et deux si t'as besoin".

Alors ouais, c'est imparable. Mais en pratique, on est au milieu de la pampa, et y a pas grand chose à faire alentours, voiture ou pas. Peut-être que trois fois dans l'année, ça va permettre d'aller au centre commercial de Vélizy acheter une friteuse, ou de partir en week-end plus tôt...

C'est un peu le succès de la consommation moderne que d'arriver à te faire croire que tout ce dont tu t'étais très bien passé jusque là t'est en fait indispensable parce que ça va très exceptionnellement et ponctuellement te simplifier la vie (et le reste du temps, ne servir à rien mais te coûter un pognon fou).

Dans le même registre, on me parle de la possibilité de prendre la bagnole le week-end pour aller se balader. 

Ok, mais je connais pas grand monde qui part très souvent quand même: si c'est pour aller au Parc de Sceaux, ou à Fontainebleau les 4 week-ends où il fait beau, on peut prendre les transports. Si c'est pour aller dans une ville de province, le train va généralement aussi vite et reste moins cher ou de prix équivalent si l'on est seul ou à deux. Et pour les cas exceptionnels, il reste la location.

 

 

Alors, je conçois que pour ceux qui ont un ou des gamins, le problème soit différent. De même pour les banlieusards, tant les transports de banlieue à banlieue sont pourris (du coup, partir en banlieue pour économiser sur le loyer, ça reste à calculer proprement au cas par cas, si ça implique d'acheter une bagnole). Ou encore pour ceux qui vivent dans des villes de province ou le réseau de transports urbains n'est pas aussi développé que le parisien (par exemple, Nice).

Mais pour les couples ou les célibataires de Paris intra muros, qui en plus possèdent souvent une voiture ET un deux roues, désolé, je reste, la plupart du temps**, peu convaincu de l'utilité de la chose. Pour faire dans la litote.

 

 

* Mais bon, ça me fait toujours marrer de voir des gens qui conduisent 50 bornes par jour te faire un caca nerveux parce que t'as jeté le carton dans la poubelle verte.
** Oui, vous pouvez toujours me parler du cas de ce pote à vous qui a besoin de faire 5 changements et qui gagne 2h de temps en prenant sa caisse, et je serai d'accord avec vous. Mais je reste peu convaincu que ça soit la majorité des cas.
Photos tirées de 20 minutes et rue89 par le biais de Google images.

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commentaires

mixlamalice 30/07/2010 14:20



J'ai quand même vécu un grand moment de solitude quand au repas collègues d'hier soir, ça a parlé 20 minutes des mérites comparés de la Twingo 4 85 chevaux diesel par rapport à la Twingo 2
essence ou la Dacia...


Dans ma famille aussi, ça leur arrive de parler bagnole, mais au moins de grosses Audi ou Merco. Ca un peu plus de panache, à défaut d'être intéressant.



postdoc 23/07/2010 21:24



Je ne dirais pas que c'est normal. Je dirais que c'est plutôt « habituel ». (oui, en plus d'être les champions du monde du manque d'hygiène selon les américains, on est aussi les champions du
monde de l'impolitesse selon eux, et ils n'ont pas tout à fait tort).



postdoc 23/07/2010 20:25



Et le pire, quand tu fais la queue, aucun n'essaie de couper la file pour passer en premier. Un autre truc qui semble inconnu aux USA aussi, c'est le concept de grève (enfin j'exagère, les
conducteurs de métro de NY ont essayé une fois dans les années 60, le résultat a été immédiat : suppression du droit de grève dans les transports publics). Et ça ne me manque pas. Du tout. Une
journée en France avec une grève débile me revaccine pour un an ou deux.



mixlamalice 23/07/2010 20:56



La semaine dernière j'ai passé une soirée avec des membres de mon groupe US, de passage pour la première fois en France (brièvement, en transit entre deux avions).


Eux aussi ça leur a fait bizarre de se faire griller dans la queue au Louvre, ça leur était jamais arrivé apparemment. Je leur ai dit que c'était normal.



Aisling 23/07/2010 19:29



Ben, c'est clair que je ne vais empecher personne d'habiter dans une banlieue residentielle avec une grosse voiture - mais je suis bien contente d'etre libre de faire un choix completement
different et de raler contre les bus de temps en temps, ca defoule



mixlamalice 23/07/2010 19:41



Je sais pas si E. Besson serait d'accord, mais je crois que râler, c'est un peu l'identité française. Les américains sont beaucoup trop zens: pas un qui a gueulé quand on nous a fait changer de
bus sur la bande d'arrêt d'urgence. Pas un pour te klaxonner, pas un pour agresser verbalement une hôtesse au sol quand le vol est annulé... ça manque vite tout ça.



Aisling 23/07/2010 17:51



Ouais, c'est clairement une question de philosophie de la vie. Un des trucs que j'aime a DC c'est que tu peux tres bien y vivre sans voiture. Et en plus en tant que postdoc europeen dans mon
institut de recherche, tu cumules les avantages en habitant a DC et en prenant le metro: reduction d'impots et prise en charge a 100% des transports en commun par l'institut. Et bien malgre ca,
il se trouve quand meme un nombre non negligeable de post docs francais et europeens pour debarquer ici et aller habiter dans le maryland ou ils vont se prendre $3000 d'impots supplementaire par
an (donc pas une paille), ou il est impossible de vivre sans voiture a moins de vouloir marcher 30 minutes sur l'autoroute avec ses sacs de course (legere caricature) et sachant que c'est un
cauchemar de trouver une place sur un parking qui est a 15 minutes de ton batiment apres 8h30 alors que le metro est a 5 minutes. Et les justifications imparables sont du meme tonneau que celles
de tes collegues: les loyers sont moins chers (genre $50 par mois... ), tu as la voiture le week-end (comme si ZipCar n'existait pas), le Maryland c'est vert, j'en passe et des meilleures.



mixlamalice 23/07/2010 19:08



C'est la liberté. La liberté de s'auto-faire chier, surtout. Mais tant qu'on est content...


 


Mais c'est vrai qu'il y a quand même des endroits, en France et surtout aux US, où la bagnole n'est pas vraiment un choix... quand le seul endroit oú tu peux acheter des trucs est le mall, et
qu'il est au milieu de la highway à 30 bornes du quartier résidentiel, tu fais contre mauvaise fortune bon coeur... Le concept des épiciers arabes (ou "commerces de proximité") n'a pas
franchi l'Atlantique (ou alors il s'est arrêté à NYC: même à Boston, t'as intérêt à prier d'avoir un mega Stop and Shop près de chez toi - ce qui est le cas, la  plupart
du temps). Ah non, généralement, on trouve facilement des distributeurs de DVD et des liquor stores.