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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 09:12

Cette année, 25% des universités françaises arriveront au 31 décembre en déficit. Pas loin de 10% sont en déficit chronique, et si l'on lit un peu dans le détail, on peut estimer que près de 50% ont des sueurs froides au moment de boucler le budget...

Quant aux établissement qui sur le papier ne se portent pas mal, par exemple le mien, cela passe aussi par une gestion à la hache et un climat en interne peu réjouissant, par exemple cet email reçu de l'administration centrale mi-septembre exigeant une baisse de 10% du quota horaire d'enseignement. Fermer des formations ou bosser gratuit, le choix nous était laissé, mais cela doit être acté au plus vite, alors que la rentrée des étudiants a déjà eu lieu, et des tractations assez violentes sont toujours en cours. 

 

 

Les cas les plus emblêmatiques des établissements en difficulté ces derniers mois sont ceux de

- Montpellier, où A. Fraïsse, présidente et opposante de longue date à la LRU et aux RCE, a voulu démontrer par l'absurde les résultats attendus de cette politique en l'appliquant de façon on ne peut plus zélée jusqu'à l'agonie. 

- Versailles Saint-Quentin, qui malgré de bons résultats en termes de formation, a du quémander une rallonge de 4M€ (sur un budget d'environ 20!) pour boucler l'année. Le président, J.L. Vayssière, dont on peut louer la transparence, en est à envoyer un mail surréaliste à ses personnels, où il annonce quasi-triomphalement que oui, les salaires seront versés en novembre et décembre.

 

Bien sûr, il y en a d'autres...

 

Or, la réponse du Ministère est toujours la même: les difficultés sont dûes à une mauvaise gestion de la part des équipes dirigeantes, uniquement. 

Ici, c'est le nombre de formations qui est critiqué, là les PPP... L'équipe dirigeante de l'UVSQ, arrivée en 2012, n'a visiblement pas le droit à l'excuse du gouvernement actuel, "c'est la faute à nos prédecesseurs".

Les présidences d'université sont, selon le Ministère, tellement nulles qu'il est question de les envoyer se former à l'ENA (dont tout le monde sait qu'elle n'a formé que des gestionnaires modèles). 

Or, si les présidents sont nommés, et sont souvent d'anciens universitaires "politisés", dont les qualités de gestionnaire ne sont donc pas forcément ce qui les a amenés là, il ne faut pas oublier toute une équipe autour d'eux, secrétaires généraux, comptables etc, qui sont eux des hauts-fonctionnaires "classiques". Il me semble alors difficile d'affirmer benoîtement qu'ils sont tous plus nuls que ceux que l'on trouve dans les ministères ou les administrations.

Qui plus est, même s'il y a certainement eu de mauvaises décisions de prises dans certains cas (reste à savoir dans quelle mesure il y a eu le choix), si l'offre de formation mériterait très probablement d'être rationalisée (mais l'Etat peut il imposer ce genre de choses quand l'autonomie a été actée?) il me semble que le message adressé au "monde extérieur" est déplorable: en gros, les agents publics sont incapables de gérer l'argent public, malgré la clairvoyance et la qualité des réformes du Ministère. Déconnexion des élites, fonctionnaires incapables et fainéants, tout ce que le poujadiste qui sommeille de plus en plus en chacun de nous a envie d'entendre est sous-entendu dans ces déclarations.

 

Probablement que le message politique consistant à déclarer franco, puisque cela semble être quand même l'une des principales motivations derrière la politique de l'ESR de ces dernières années, "les caisses sont vides, nous préférons investir le peu qui reste ailleurs que dans les Universités" ne passerait pas dans la population. Et encore, en est-on bien sûr? Tous les sondages montrent que, pour le citoyen lambda, la formation de la jeunesse est une priorité, mais qui connaît et qui s'intéresse réellement à la politique de l'ESR, ou même à son fonctionnement? En plus, les personnels sont plutôt discrets (dans la rue 1 fois tous les 3 ou 4 ans depuis le mouvement fondateur de Sauvons la Recherche en 2004), et les Grandes Ecoles continuent à attirer les enfants des classes dirigeantes et n'ont pas de problèmes financiers, elles*.

 

 

* L'auto-flagellation typiquement française devant le classement de Shangaï est un non-sens. Il faudrait célébrer la 37ème place de l'UPMC comme une grande victoire, quand on voit les conditions de travail, les moyens financiers et humains, et le fait qu'en général, ce ne sont pas les meilleurs étudiants qui s'y retrouvent. Il faut plutôt tirer un coup de chapeau à tout ce petit monde qui arrive à faire aussi bien avec aussi peu. Comparons un peu à Northwestern, UCSB, Rockefeller qui sont à des places similaires...

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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Paul B. 27/05/2014 19:15


Pardonnez moi pour ce commetaire tardif, mais pour connaitre assez bien la situation d'une grande école d'ingénieur rattachée au ministere de l'enseignement superieur et la recherche, la
situation est egalement tres loin d'etre idylique.


Pour l'année prochaine, il y a une baisse de 30% des credits d'ensignements pour le departement que je connais, avec à la clef non renouvellement de presque tous les vacataires en 1er année de
cycle. Cela fait deux ans qu'aucun poste de MCF et Prof n'a été ouvert sur l'école et tous les labos se partagent 2 aters...


A avoir la hausse importante des frais de scolarité dans d'autres écoles, je ne suis pas sur que leur situation soit meilleure. En définitive, ĺ'X est l'arbre qui cache la foret sur la situation
des GE et qui produit une legere distortion de la perception que nous pouvons en avoir ! 

mixlamalice 27/05/2014 20:21



Merci pour ce commentaire, toutes les infos sont bonnes à prendre!


Même à l'X ou dans une autre école que je connais bien, je pense plus "protégée" que la moyenne, la situation, d'après certains collègues, se tend aussi (mais ils ont encore pas mal "d'avance").



DM 10/12/2013 21:45


Curieux également comment tout le monde parle des enseignants et personne ne semble vouloir se poser la question des circuits administratifs : qui dit multiplication des procédures et des
signatures dit multiplication des personnels...


(À ce propos, étant dans un labo avec un rapport ITA/C+EC faible, je suis parfois perplexe devant des laboratoires où il semble y avoir pléthore de personnels administratifs.)

mixlamalice 11/12/2013 09:52



Chez nous, on est à 2 gestionnaires, 1 secrétaire et 1 informaticien pour environ 60 permanents (C+EC+Ingés+Tech) (ingés et techs faisant a priori des manipes et pas de la gestion). Si je compte
uniquement C+EC, ça fait 4/37, soit à peu de choses près 1/10...


On est dans le phénomène que je décrivais ici: http://laviedemix.over-blog.com/article-echelle-d-observation-118992372.html


1/10, c'est pas tout à fait assez, mais selon moi il faudrait qu'une bonne part des services centraux soient redispatchés vers les labos plutôt que de continuer à les alimenter (vive la
décentralisation locale en somme: l'échelle qui fait avancer les choses, c'est celle du labo)



DM 10/12/2013 21:43


Lors d'un jury M1 maths/info, j'ai fait remarquer qu'un étudiant ne savait ni programmer, ni faire des mathématiques de niveau L1 (algèbre linéaire). On m'a dit qu'il aurait tout de même son
année. De fait, son diplôme ne vaut rien.


On m'a rapporté des faits semblables dans des masters d'autres disciplines (p.ex. histoire). La boucherie arrive évidemment quand ces gens se présentent à des concours de recrutement tels que
l'agrégation.


Mais changer quoi que ce soit à cela mécontenterait trop de monde:


Les néo-bourdieusiens qui expliqueront que c'est un geste élitiste.

Les enseignants des masters concernés, qui se verront sucrer des cours prestigieux (M1/M2) et renvoyer à enseigner en licence (et même en licence, le niveau, comment dire...).

Les syndicats étudiants, qui, outre leur positionnement idéologique, ont intérêt à augmenter le nombre d'étudiants.

Le gouvernement, qui se sert de l'Université comme d'un parking (autant de jeunes qui ne s'inscrivent pas au chômage).



Et donc, on continuera de se tordre les mains et de se comparer avec des universités étrangères qui sélectionnent à l'entrée et ne craquent pas sous les effectifs (ce qui a un impact sur la
recherche: l'enseignant-chercheur qui passe sa vie à régler des problèmes d'intendance ne fait pas de recherche).


 

mixlamalice 11/12/2013 09:38



Je n'ai jamais vraiment compris cette espèce de course à l'échalotte chez certains collègues pour maintenir en vie mais sous perfusion (en recrutant tous azimuts et/ou en diminuant drastiquement
sous azimuts) un certain nombre de diplômes M2 (qui finissent par péniblement être constitués de 15 personnes dont 95% d'étrangers ne maîtrisant pas la langue et les prérequis). 


Je ne crois pas vraiment à l'argument du "prestige". Quel prestige à enseigner ou gérer une formation merdique? 


Souvent j'entends des collègues parler de "leur service" (ah je vais pas faire mon service mon Dieu). Mais bon sang, quel est le levier de l'administration face à un EC qui ne fait pas son
service (hint: aucun, je pense) si celui-ci est de bonne foi (eg s'il ne refuse pas de le faire, mais si une part des formations qu'il assure disparaît) (d'ailleurs, c'est probablement vrai aussi
même s'il y met de la mauvaise volonté). Et puis, avec toutes les vacations et les heures sup' qui se baladent... 



postdoc 28/11/2013 11:06


Dans ces budgets, quelle est la part des salaires ? Et dans ces salaires quelle est la part des salaires des EC par rapport aux non-EC ? Comment ces deux composantes ont-elles évolué depuis 50
ans ? Aussi, si on donne l'autonomie aux université, pourquoi ne leur donne-t-on pas complètement le contrôle de leur masse salariale ? Par là je veux dire, que hors le passage MC → PR, les
promotions sont sous le contrôle du CNU il me semble.

mixlamalice 29/11/2013 08:07



J'avoue que la part de salaire, je l'ignore...


Pour les promotions, desquelles parles-tu? Passage PR2 -> PR1, PR1 -> PRCE, MCF -> MCFCE? J'ai l'impression que ces dépenses sont assez marginales dans un budget global annuel, non?



JF 27/11/2013 20:38


Mix: de ce que j'ai compris (mais j'avoue ne pas trop m'être posé la question) une partie des problèmes financiers des universités en galère viennent de choix un peu hasardeux ("on crée plein de
postes, l'Etat n'aura pas d'autre solution que d'allonger des sous pour les payer après -- tiens, non ?"). Le pres de Versailles-St Quentin dit à peu près ça
(http://enseignementsup.blog.lemonde.fr/2013/11/27/universite-versailles-saint-quentin-pourquoi-une-telle-stigmatisation/) : "on a fait comme l'Etat, on a fait notre budget en surestimant nos
recettes, nous aussi"...


 


Pour le coup, là aussi il y a une dose soit d'incompétence, soit de machiavélisme politique qui a "backfiré" ("on va essayer de forcer la main au gouvernement, et ... tiens ? Ca a pas marché ?").
Ca me rappelle, à un échelon plus haut, les divers exemples d'incompétence ou de mauvaise volonté, ou de mauvaise organisation tout simplement d'alleurs, qu'on voit tout les jours dans les
services qu'on fréquente -- mutatis mutandis. Ce qui ne m'étonne pas outre mesure, la culture des équipes centrales étant influencée par l'origine des gens qui y sont : des universitaires
jusqu'au coup dans la politique académique et des administratifs.... J'y vois, en tout cas, le même élément central : une culture de l'irresponsabilité, dont j'ai déjà pas mal parlé en com' dans
ce blog ou d'autres...


 


A part ça, je te rejoins sur le fait que quand le ministère donne des directives aux universités etc. sans en assumer le coût, l'autonomie se résume à "démerdez vous tout seul pour gérer les
emmerdes que je vous ai crées".... irresponsabilité encore ?

mixlamalice 29/11/2013 08:05



Tu as raison, l'excuse du "nous avons surestimé notre budget, mais pas plus que l'etat lui-même, n'en faisons pas un plat" est un peu douteuse... après, UVSQ était jusqu'à il y a peu "le bon
élève de la LRU", premiers sur les RCE, les PPP etc. Amusant de voir le retournement de veste
ministériel http://rachelgliese.wordpress.com/2013/11/28/du-super-heros-aux-pouvoirs-exorbitants-au-gestionnaire-tableur-excel-les-presidents-duniversite-vont-changer-de-metier/


Le fait qu'il y ait beaucoup de publicité sur le sujet et que visiblement ça plaise aux médias va peut-être amener un poil plus de prudence, je ne sais pas si beaucoup de présidences ont envie de
se faire déboîter en live par le ministère dans le Monde ou ailleurs...