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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 09:49

Je l'ai peut-être déjà mentionné, mais ça a vraiment tendance à me perturber: depuis que je suis en poste, je constate que, pour un grand nombre de responsabilités, l'important est que "quelque chose soit fait".

Que ce quelque chose soit bien fait, fait dans sa globalité, etc n'est finalement qu'un détail, du moment qu'un vide est comblé.

 

Soit je suis trop cynique, soit trop naïf. Ou alors je me pose trop de questions.

 

Un ou deux exemples:

 

- les cours. Un enseignant-chercheur n'a aucun retour sur la qualité de ses enseignements, il n'y a pas ou peu de vérification de l'adéquation du cours avec le programme validé par la CTI ou équivalent. L'important, c'est que le cours soit donné. Il y a quelques établissements qui pratique l'évaluation par les élèves. Pour l'avoir "subie", son importance me semble pour le moins relative (la encore, c'est quelque chose qui "devait être fait"... ça y est c'est bon, on passe à autre chose).

 

- le "reviewing". Encore un domaine où le retour est assez nul. Pour un éditeur, la qualité principale d'un referee semble être de rendre le rapport dans les temps (de plus en plus courts).

Le "pedigree" du referee est assez secondaire, et devient négligeable une fois que celui-ci est rentré dans la "base de données"; idem pour ce qu'il raconte visiblement, du moment, j'imagine, que les divergences avec les autres rapports ne sont pas extrêmes et systématiques.

Récemment, on m'a contacté pour donner mon avis sur un bouquin, parce que mon ancien chef de post-doc, initialement sollicité, a refusé et mentionné mon nom... 

Je me suis dit que c'était une bonne expérience, j'ai accepté et ça m'a plu, et mon contact était visiblement très content, mais ai-je bien fait ce que j'avais à faire? Le contact a-t-il pris le temps de se renseigner sur mon parcours ou avait-il simplement besoin d'une réponse rapide et a donc suivi l'avis qu'on lui a donné sans se poser plus de questions?

 

Je pourrais également multiplier les exemples ayant trait à des responsabilités administratives...

 

 

C'est peut-être lié à un manque de confiance en soi, dont la cause (ou la conséquence?) est la structure historiquement très pyramidale des labos de recherches français.

Possible, mais il me semble aussi faire preuve d'une certaine lucidité: en y réfléchissant, je me dis que, élément "de base", ma force est que je peux compenser moyens et pratiques limités par du temps.

 

En clair, une review d'un "débutant" qui ne sait pas trop ce qu'on attend de lui mais qui a pu y consacrer une journée entière est-elle moins profitable que la review d'un ponte qui aura fait ça en 3 fois 13 minutes entre deux salles d'attente d'aéroport et l'aura rendue avec 2 mois de retard?

Difficile de trancher, mais de mon expérience personnelle, je préfère recevoir un rapport de deux pages argumenté, même si je ne suis pas d'accord avec toutes ses recommandations, que deux lignes disant que c'est nul ou au contraire génial.

 

 

Plus généralement, si mon chef ou quelqu'un d'autre de très occupé me donne une tâche à effectuer, c'est souvent qu'elle est suffisamment mineure (en tout cas de son point de vue) pour qu'il n'ait pas le temps de s'en charger lui-même.

Dans ce cas, même si ce que j'accomplis est relativement médiocre, c'est toujours mieux que ce qui lui aurait fait (à savoir rien).

 

Et donc, ce qu'on appelle souvent l'"efficacité", c'est de simplement accomplir les tâches assignées, que personne d'autre ne pouvait/voulait effectuer. En temps et en heure si possible, mais sans réelle évaluation qualitative.

 

 

 

Je pourrais définir ainsi 4 comportements successifs, généralement corrélé au degré de responsabilité (mais pas toujours):

- ceux qui, au bas de l'échelle, ont le temps de (presque) tout faire assez soigneusement.

- ceux qui discriminent de façon raisonnée entre l'"important", qu'ils font eux-mêmes, et le "moins important" qu'ils délèguent (catégorie assez rare des bons managers, surtout s'ils discriminent bien et parviennent à durer).

- ceux qui ne font plus rien de "palpable": ils sont tellement partout qu'ils ne sont nulle part. On peut distinguer ceux qui en au moins conscience de ceux qui s'imaginent toujours indispensables... Mais on trouve là ceux dont le rôle est d'avoir "une vision" (on peut discuter de la pertinence d'une vision de l'horizon quand on n'a pas vu ses pieds depuis des lustres, mais c'est un autre débat).

-  le cas le plus grave, proche du "burnout", est atteint pour ceux qui ne sont plus capables de distinguer le nécessaire du futile, ou qui sont tellement en retard qu'ils perdent des journées à régler des problèmes qui ont déjà été réglés par les sous-fifres 2 semaines plus tôt...

 

 

 

 

Bon, sur ce, bonnes vacances (je parle pour moi) et à dans dix jours.

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commentaires

Mr_Noisy_ 23/04/2012 22:02


Très juste.... enfin, juste, je ne sais pas, mais j'ai eu longtemps le même sentiment, jusqu'à au je passe dans la case "croule sous des masses de conneries à faire et doit-échantillonner à mort"
(j'aime pas, entre nous). 

mixlamalice 24/04/2012 11:28



Je suis encore au stade où je croule sous les conneries mais j'arrive à peu près à tout faire (sauf de la recherche bien sûr)... cela dit je vois que je commence à: oublier de répondre à des
mails, rate des réunions, avoir besoin de 3 semaines de délai pour caser un rdv... chose qui me semblait inconcevable il y a encore 2 ans. Bref, je pense que je ne vais pas tenir longtemps à ce
rythme là...



postdoc 06/04/2012 18:28


Au final je pense qu'il s'agit surtout de conscience professionnelle. Je passe énormément de temps quand je rapporte un papier. Je le lis au minimum 2 fois (plutôt 3) et mes rapports sont très
détaillés, du problème conceptuel majeur à la clareté du texte. Sans doute parce que je préfère avoir des rapports détaillés ou argumentés qu'un rapport laconique disant que c'est bon. Après, ça
ne m'aide sans doute aucunement pour mon CV et au mieux j'ai les remerciements des auteurs (et je trouve ça assez gratifiant en fait).

mixlamalice 18/04/2012 18:26



Ah j'avais laissé passer... reviewer peut aider pour le CV, mais plutôt une fois qu'on a déjà un job...


Sinon, je voulais dire qu'hélas, travail fait consciencieusement et travail bien fait, c'est pas toujours pareil. Dans le cas des "reviews", c'est particulièrement délicat, puisqu'il n'y a pas,
que je sache, de "recette préétablie", donc beaucoup de gens font ce qu'ils pensent être bien (il doit bien y en avoir quelques uns qui torchent ça avec cynisme). Mais c'est un peu comme pour la
conduite: 80% des gens pensent conduire mieux que la moyenne...