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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 16:15

Sans raison apparente, j'ai au cours des derniers mois lu un certain nombre d'autobiographies. Pas le genre suranné linéaire, exhaustif, et le plus souvent écrit par des nègres à propos de semi-people en fin de carrière (de Drucker à Ginola), mais plutôt des bouquins un peu ambitieux d'un point de vue littéraire ou un poil iconoclastes.

 

A savoir,

 

- J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates

- Mes Vies d'Edmund White

- Le Poète russe préfère les Grands Nègres d'Edouard Limonov

- Life de Keith Richards

- Théorème Vivant de Cédric Villani

 

De façon assez amusante, il existe un certain nombre d'interconnexions (lointaines parfois, je le reconnais) entre tous ces livres.

 

Joyce Carol Oates raconte dans "A Widow's Story" (titre plus subtil que la traduction française...) la mort "subite" de son mari et éditeur, avec qui elle était mariée depuis plus de 50 ans, en 2008. Le livre est étrange, comme souvent chez Oates, dans la mesure où, ai-je trouvé, le mari est à la fois présent dans toutes les pages et complètement absent: il y a un petit côté "artificiel" dans la façon dont Oates expose son amour et son chagrin, ou peut-être trop "littéraire", idéalisée et intellectualisée, sans rien de concret. Bref, cela m'a laissé quelque peu dubitatif et je préfère de beaucoup ses romans dérangés, même si eux non plus ne filent pas la patate. Il est toutefois amusant de voir de près l'univers princetonien et sa faune (Oates y est Professeur de littérature), probablement aussi représentatif du "real world" que ce que peut être en France la rue d'Ulm ou la Sorbonne.

 

Ce qui m'amène au livre de Villani, notre dernier médaille Fields ou comme on l'a surnommé - à cause de son look assez personnel- le Willy Wonka des maths. Le livre est aussi déprimant qu'enthousiasmant, et parfois imbittable aussi: j'ai parfois eu l'impression en lisant certains passages pourtant censés être "explicatifs" d'être à la place de mes parents quand je leur parle de mon boulot... les côtés déprimants sont les passages du style "il y a 10 ans avec mon thésard" (alors que Villani à 35 ans au moment de l'action) ou ceux où on lui propose de diriger un établissement prestigieux (c'est là qu'on apprend que l'homme est loin d'être aussi "perché" qu'il peut en avoir l'air, et qu'il n'est ni dénué d'ambition personnelle - énorme- ni de sens politique). L'enthousiasme vient du fait que, de façcon plutôt bien écrite, on suit "la science en train de se faire" et le déroulement d'une carrière exceptionnelle. De façon assez amusante, Villani passe plusieurs mois à Princeton à peu près au même moment où Oates se remet de la mort de son mari (2ème semestre 2008 pour Oates, 1er semestre 2009 pour Villani).

 

Il se trouve également qu'Oates est une très bonne amie d'Edmund White, qui apparaît à de nombreuses reprises dans son livre en tant que l'un des proches sur qui elle s'est appuyée, et que celui-ci est aussi Professeur à Princeton. Dans Mes Vies, Edmund White se lance dans l'autobiographie, pourtant déjà très présente de façon assez transparente dans ses romans. "Ses vies", regroupées par "thématiques", ce sont celles d'un homosexuel américain bourgeois qui a vécu de nombreuses années en France. Là encore, j'ai préféré les romans (notamment le bouleversant la Symphonie des Adieux). Toutefois, on appréciera les évocations du New-York "destroy" des années 70 ou celles du Paris "intello" des années 80. Et on sera également surpris d'apprendre qu'un écrivain respecté et à l'allure vénérable n'aimait rien temps, il y a une dizaine d'années (donc à 60 piges bien tassées), que de se faire pisser dans la bouche ou de sucer son amant, de 30 ans plus jeune que lui, pendant que celui déféquait. Et après, on se croit libéré, open minded et tout... 

 

Ces évocations des 70's, 80's à New York ou Paris peuvent nous ramener aux vies de Limonov et de K. Richards. Limonov est un personnage dont j'ai entendu parler en lisant sa "biographie" par E. Carrère. C'est un homme qui a eu une vie extraordinaire, ou plutôt dont on a l'impression qu'il a eu 10 vies condensées en une seule: délinquant ukrainien, poète underground soviétique, semi-clochard new-yorkais, serviteur d'un milliardaire américain, écrivain et journaliste branché parisien, soldat en Serbie, dissident puis prisonnier russe et dirigeant d'un parti nationaliste d'opposition, aujourd'hui has been, etc. Une espèce de phoenix et de "loser magnifique"... le succès du roman de Carrère a fait que ses bouquins ont été réédités en France, le Poète russe étant son premier, décrivant ses années de dèche à NYC à la fin des années 70, à l'époque ou c'était une ville dangereuse, et sa découverte de l'homosexualité auprès de clochards noirs en réaction à la rupture d'avec sa femme, le quittant pour des semi-mondains dans l'espoir de faire partie de la jet-set. Le personnage est aussi torturé que sa vie ne l'a été, le livre est à cette image, complètement foutraque, écrit quasiment sur le vif comme un journal intime. Manifeste anarchiste, foi en son destin, complexe d'infériorité, mégalomanie, obsession sexuelle teintée visiblement d'impuissance, romantique et haineux... on s'y perd. Le mérite du livre de Carrère était de remettre un peu tout ça dans l'ordre pour en faire un excellent livre, mais je pense que je lirai un jour Histoire de son serviteur.

 

En parlant de 10 vies en une, Keith Richards semble comme les chats en avoir 9. On dit de lui "I picture nuclear war and two things surviving: Keith and cockroaches" (j'imagine une guerre nucléaire et deux survivants, les cafards et Keith). Son autobiographie (écrite avec l'aide d'un nègre dont on ne sait s'il est grand) les décrit une par une, un peu dans le désordre. Si l'histoire du rock vous botte, si le n'importe quoi des 70's vous intéresse, c'est à lire et ça vous donnera envie d'écouter de très vieux groupes et de vous refaire les premiers albums des Stones tout en ayant droit à la génèse de leurs plus grandes chansons. On a aussi droit à la version de Richards de ses relations avec Jagger, ultra-créatives et complices au début, exécrables depuis le milieu des années 80... l'estime se mêle à l'incompréhension, l'amitié à la haine. Et vous saurez tout sur la chute du cocotier...

 

 

 

 

PS: Ah, et puis tant qu'il est temps, bonne année, meilleurs voeux, et à bientôt, votre serviteur partant en conférence en Californie pour une petite semaine (sans rien à présenter qui plus est), histoire de reprendre un peu en douceur. 

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Published by mixlamalice - dans Littérature
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commentaires

Jérôme 21/01/2013 19:55


Coucou, juste pour dire "bonne année" ! (un lecteur plus ou moins régulier)

mixlamalice 22/01/2013 09:24



Bonne année à toi aussi, tant qu'il est encore temps!



JaromilD 06/01/2013 11:07


Ah tiens, je me suis penché récemment sur Edmund White. J'hésitais entre Mes vies et la Symphonie des Adieux et finalement je suis tombé sur le second en
premier et en occase. L'as-tu lu en VO ou en traduction ? J'ai débuté ma lecture avec appétit, mais j'ai assez vite était rebuté pas le style. On sent bien l'influence de Proust, mais j'ai trouvé
la construction des phrases assez maladroite. D'après les extraits que j'ai lus sur amazon.com ça semble mieux couler en VO. Le déroulé du bouquin m'a aussi paru légèrement bordélique, aussi (je
sais, "le désordre de la mémoire", mais quand même...). Bref, je suppose que le roman se déploie par la suite, mais j'ai été un peu déçu.


Sinon, j'ai aussi fort apprécié le Villani. Malgré les mondes qui nous séparent, je me suis assez retrouvé dans sa façon de représenter la recherche, c'est sans doute éclairant pour le grand
public (puisque son audience semble dépasser largement les lecteurs-chercheurs). Après, c'est sûr, on sent un peu un nain intellectuel quand même... (d'autant plus qu'il ne nous la joue pas
faux-modeste)


Au plaisir de te lire et de suivre tes réflexions sur twitter...

mixlamalice 07/01/2013 16:31



Bonjour et bienvenu,


 


Bon je dois avouer que je n'ai jamais lu Proust, qui est effectivement une référence assumée de White (j'ai l'impression qu'une certaine catégorie d'américains lit vraiment Proust, plus que
nous...) et que j'exècre une autre ses idoles littéraires (Colette).


Concernant la Symphonie des Adieux, mes souvenirs sont vagues, je m'en souvient comme d'un joli livre triste et cru, qui m'avait parlé, peut-être parce que je l'avais lu à un moment ou j'étais
moi-même un peu triste, je ne sais pas... Mais je l'ai lu en VF. 


De White, en VO, j'ai lu "le Flaneur", éloge de  la marche au hasard dans Paris et livre très agréable aussi, plus bucolique, pas trop compliqué du point de vue de la langue.


 


Oui, Villani ne la fait pas faux-modeste dans son livre... après tout tant mieux.