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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 09:42

Petit contre-argumentaire au sujet d'Intouchables, le nouveau succès surprise du cinéma français, que pour une fois je n'ai pas vu avec deux ans de retard.

 

Comme toujours devant un quasi-consensus entre le public et la critique, une frange d'irréductibles qui, pour paraphraser Desproges, ne supporte pas d'être plus de douze à avoir aimé un truc, s'échine à nous expliquer à quel point tout le monde, c'est des cons.

 

En l'occurrence, le critique des Inrocks s'est lâché dans le Cercle, l'émission de ciné de Canal, et Libé nous pond aujourd'hui, sur deux pages, un papier philosophico-mordant sur les dérives de l'unanimisme. En gros, on nous explique que le film est un "flingue émotionnel sur la tempe, un chantage au vécu, une fable qui abolit la lutte des classes, une dictature de l'émotion comme cache-misère de l'absence totale de pensée, un film qui parle TF1 en première langue et Canal+ en option"...*  

 

Une petite poussée d'élitisme ne fait pas de mal, je m'y laisse aller plus souvent qu'à mon tour.

Mais comme dans le cas d'espèce je fais partie de la majorité moutonnière, je vais rapidement me faire l'avocat du diable: je n'étais pas allé au cinéma voir le dernier Ken Loach. Je n'ai pas non plus l'impression qu'il était dans l'intention des auteurs de délivrer un message profond sur la lutte des classes ou l'état de la banlieue.

J'ai été un spectateur très premier degré: le film a pour moi fonctionné grâcé à une "alchimie" entre les deux acteurs principaux (rare, et donc probablement raison principale du succès), et parce qu'il raconte, plutôt bien, l'histoire de deux personnes "en crise", qui se trouvent en dépit de leurs différences, se soutiennent, s'enrichissent l'un l'autre et deviennent potes.

En somme, un scénario classique de "buddy movie" pas mal ficelé appliqué à un couple original auquel on croit.

D'où vient la richesse de Cluzet, le traitement de la banlieue, qu'Omar aime les grosses bagnoles, le fait que ça soit basé sur une histoire vraie, franchement, on s'en fout un peu, à mon avis.

Le film n'est pas sans défauts (le personnage d'Omar est clairement plus axé "petit zonard de banlieue qui fume des pétards" qu'"ancien braqueur taulard juste libéré", une pré-fin un peu abrupte et artificielle, quelques "confessions" qui ne s'imposaient pas, etc), ce n'est pas nécessairement une oeuvre sur laquelle on peut disserter des heures, mais il communique beaucoup de bonne humeur. Les feel-good movies ne doivent pas nécessairement être perçus comme des objets populistes et honteux. 

 

Ah, il y a plus particulièrement une critique, qui revient souvent, qui selon moi symbolise une lecture complètement fausse du film (ou une certaine mauvaise foi).

"L'art contemporain est décrit comme une imposture puisque j'en fais autant tous les matins dans ma salle de bains", confortant et réconfortant le mouvement aculturel actuel dans ses clichés.

Cela se réfère à deux scènes dans le film: dans la première, Cluzet achète 40000 euros une toile blanche tâchée de rouge. Omar Sy s'insurge du prix de ce qu'il appelle une croute, Cluzet explique que beaucoup de sérénité s'en dégage.

Dans la seconde, Omar peint une toile dans la "même veine" (mais clairement plus moche, pour souligner que non "on n'en fait pas autant dans sa salle de bain") et Cluzet, pour s'amuser, la propose 10000 euros à un membre de sa famille cul serré et un peu ridicule, en lui expliquant que le peintre est un jeune qui expose à Londres et est sur le point d'exploser, et qu'elle vaudra le triple sous peu. Après quelques réticences, le dindon de la farce finit par sortir le carnet de chèques, pour ne pas "encore une fois passer à côté d'une affaire". 

A mon humble avis, la critique est ici plutôt orientée sur certains acheteurs ou "suiveurs de mode" influençables que sur l'art lui-même. 

Si je vous raconte qu'un resto médiocre orienté "resto-bistrot à vins naturels" a rempli son agenda pour trois mois parce qu'il a été recommandé dès l'ouverture comme "ze new place to be" par B. Verjus et le Fooding, est-ce que je critique les faiseurs d'opinion (la réponse est oui, un peu), le concept même du bistrot à vins naturels, ou plus simplement surtout la foule de pseudo-branchés qui s'y précipite ventre à terre?

Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence. Mais peut-être que certains ont fait semblant de ne pas se sentir visés... 

 

 

* en passant, bonjour la profondeur de pensée, pour le coup. L'argument du "toi t'es qu'un décérébré qui regarde TF1", je le trouvais déjà recuit dans les joutes oratoires de post-boutonneux d'école d'ingénieurs "rebelles softs et révolutionnaires sans la sueur". Ce qui fait maintenant presque 10 ans, ça ne me rajeunit pas.

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Published by mixlamalice - dans Cinéma
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commentaires

Docadn 16/11/2011 19:11



Salut Mix,


PAs encore vu "Ze next 10 millions tickets movie !!". Sinon pour un autre "bistrot-vin-bio to be" j'ai quelque chose, vécu hier soir, dans les tuyaux pour les prochains jours !!



mixlamalice 16/11/2011 22:29



Tu me fais un teaser la?


Quant à moi, pour mon resto de groupe, j'ai finalement opté pour Pramil: j'y suis passé vu que c'est à deux pas de mon boulot, le mec a été super accomodant. J'ai hésité avec les Caves Schmidt
(anicennes caves de l'os à moelle), mais vu qu'on se voit pas souvent, le cadre "vrai resto" me semblait plus approprié que le côté table d'hotes on va se servir la popote (style la cantine des
tontons en beaucoup mieux mais quand même). Ca me donnera l'occasion de retester en version plus complète (déjeuner rapide la première fois).