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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 09:13

A 32 ans, je suis devenu un vrai scientifique moderne.

 

Je passe mes journées à répondre à des mails, dans des réunions de labo, à chercher des partenariats ou écrire des projets pour trouver du pèze.

 

Quand je n'en ai pas, j'essaye de négocier au mieux la répartition des crédits du labo. Quand j'en ai en propre, j'essaye de le dépenser en achetant du matos (demander des devis, comparer les devis, négocier les prix, obtenir un devis réactualisé, passer un bon de commande, etc) et en recrutant des étudiants à qui je donne de plus ou moins vagues pistes de recherche en espérant qu'ils soient suffisamment bons pour qu'ils sortent des trucs sans avoir trop besoin de mon aide. 

 

De temps, en temps, quand il y en a 2 ou 3 qui sont partis (si ce sont des stages courts type DUT, M2 etc), j'essaie de recouper tant bien que mal les résultats et d'en faire un tout un minimum cohérent pour le publier. Ce qui peut être une gageure quand on n'a pas fait soi-même une seule manipe, qu'un an s'est écoulé et qu'on compile les résultats de 3 stages*.

 

Et les seules manipes que je maîtrise vraiment au labo sont celles sur lesquelles je donne des TPs (et un peu celles que j'ai achetées...).**

 

Je ne me plains pas spécialement, parce que mon directeur de thèse toujours de bon conseil m'avait bien briefé, que j'ai pu observer mon boss de post-doc aux US, jeune aux dents longues, et savais donc que c'était une transition "naturelle" pour une majorité de chercheurs. Et sans être une star qu'on verra à l'IUF dans 5 ans, je pense me débrouiller honorablement.

Cette transition est toutefois arrivée relativement vite pour moi, probablement parce que j'ai intégré une jeune équipe, ni très riche financièrement ni très "assise" scientifiquement, avec un directeur "par intérim" qui a fait beaucoup pour notre visibilité "administrative" mais n'avait pas forcément les compétences et le temps pour nous aiguiller scientifiquement.

Bref, tout ça pour dire que, parfois, je me dis que j'aurais apprécié grandir dans un labo plus structuré "à l'ancienne mode française", avec un senior qui se tape le management proprement dit (au sens le plus vaste possible), où j'aurais pu apprécier encore quelques années la paillasse, même au détriment d'un peu de liberté intellectuelle***. Parce que la paillasse, c'est quand même chouette quand tu peux t'y consacrer à peu près pleinement (quand tu y passes 1h par semaine, c'est juste horrible, l'impression d'être inefficace, incompétent, et presque l'envie de remonter répondre à des mails).

 

Bon, à part ça l'année n'a pas été mauvaise, 1 article publié, 1 brevet, 1 proceeding, 1 conf' orale. L'an prochain, objectif 3 publis. 

 

 

 

 

* Enfin, j'imagine que c'est comme tout, que ça s'apprend, et qu'au bout d'un moment ça paraît naturel. Mais pour l'instant je galère encore un peu.

 

** A la base, je suis un expérimentateur pur jus. Pas le type qui construit les manipes à partir du néant, mais plutôt celui qui n'a pas peur de se frotter à des techniques qui ne sont pas dans sa "confort zone". Dans le cadre de ma thèse, il a fallu se taper 1 an de chimie, je m'y suis collé. Il a fallu adapter un test mécanique, je m'y suis collé. Dans mon post-doc il a fallu maniper avec des cellules vivantes dans un labo de biologie, je m'y suis collé. Dans mon deuxième post-doc, j'ai refait de la chimie, de la RMN, etc.

 

*** Et de facto, je ne pense pas que je me serais super épanoui dans le système US, où la transition que j'ai vécue est la norme (avec probablement 10 fois plus de pression - mais peut-être 10 fois moins d'emmerdes de type administratif au sens large). Bref, je ne regrette pas de ne jamais m'être posé la question de savoir si je voulais y rester ou pas (la question n'avait pas de sens pour moi à l'époque, elle n'en a toujours pas aujourd'hui).

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

JF 15/10/2012 13:48


"Si on passait moins de temps à chercher de l'argent puis (si on en obtient) à gérer les problèmes administratifs liés à celui-ci, on pourrait peut-être faire de la recherche scientifique. :-)"


 


Mais ça, c'est justement la différence entre un MC "ancienne mode" et un prof assistant. Un MC est juste le sous-fifre du patron, et le boss gère les sous et l'administration. Un PA se fait
lui-même tout ce travail. Le revers de la médaille, c'est que le MC n'a pas d'autonomie scientifique, il n'est que l'éxecutant du patron.


Comme Mix le signale, ça existe encore par endroit et ça peut même être un choix positif de la part de jeunes MC; mais c'est quand même en forte régression. La plupart des "jeunes" recrutés en
France le sont à un niveau PA, et n'apprécieraient pas le degré de dépendance scientifique qui vient avec le statut de MC.  On peut pas avoir à la fois le beurre et l'argent du beurre,
l'indépendance scientifique sans la responsabilité financière.


Et c'est relativement indépendant du mode de financement du système (si le financement est du "récurrent", on passe du temps à aller convaincre le directeur de l'UMR et à négocier avec son patron
-- le temps qu'on aurait sinon passé à écrire des projets). Il n'y a pas à sortir de là : faire tourner un groupe, ça demande de l'administration, que ce soit pour trouver des sous, attirer des
étudiants, et de façon générale prendre des décisions non-purement scientifiques (quelle machine on achète, comment on aménage le labo, etc). Croire que si on n'avait pas à écrire de projets, on
ne ferait pas d'administration -- c'est une illusion. Il resterait toujours des ressources à chercher, à obtenir et à répartir. Que ce soit des euros, des mètres carrés ou du temps de machine,
c'est pareil.


 


Par contre c'est vrai que si la gestion administrative était plus simple, si on n'était pas obligé de faire en plus d'administrateur un boulot de comptable, agent de voyage, secrétaire et juriste
....


 

DM 14/10/2012 15:31


Si on passait moins de temps à chercher de l'argent puis (si on en obtient) à gérer les problèmes administratifs liés à celui-ci, on pourrait peut-être faire de la recherche scientifique. :-)

mixlamalice 15/10/2012 11:39



c'est surtout dans la gestion du pognon obtenu qu'il y a du temps à gagner, il me semble... mon chef us passait sans doute plus de temps que moi à chercher des contrats, mais il arrivait
relativement bien à gérer 10 étudiants quand je galère avec 2 ou 3, parce qu'il y avait un pool admin au sein du labo d'environ 1 personne pour 2 Profs, et que les étudiants étaient impliqués
dans le processus de gestion des stocks et de commande. Bref, de ce côté là ça semblait beaucoup plus simple, où en tout cas tout ne reposait pas sur ses épaules et n'était pas immensément
complexe dès qu'il fallait racheter des pilluliers... notion de "service" contre notion de "contrôle a priori"...



JF 05/10/2012 09:24


"Update: et thanks pour la petite touche de réconfort de type "ça finit par se stabiliser". Encore que toi, tu n'as plus le temps de blogguer..."


 


Plus le temps, ou plus l'intérêt.... J'ai aussi trouvé d'autres choses à faire de ma vie (y compris professionelle). Retrospectivement blogguer était aussi une façon de garder des liens avec une
communauté large, depuis le bout du monde là-bas loin au Sud. Mais en Europe, on est à moins de 4h de voyage de centaines d'universités, de milliers de collègues, de dizaines de milliers
d'étudiants et de curieux : il est nettement plus facile d'entretenir des liens et des échanges "pour de vrai" avec les gens, nettement moins "nécessaire" de faire vivre un blog.


 


Le temps libre n'aide pas, mais c'est un facteur parmi tant d'autres (incluant la géographie, les bugs et le vieillissement technique de la platefome que j'utilisais, etc....)

mixlamalice 15/10/2012 11:36



dis tout de suite que les blogueurs sont des losers...



JF 05/10/2012 09:20


En fait, je pense que les maitres de conf' ont disparu de facto. Maintenant il y a des "assistant professor". Les MC, c'était les aides du professeur qui gérait l'équipe; une équipe était formé
d'un prof et de son entourage. Dans une logique de recrutement immédiatement post-thèse, ça collait très bien. Mais dans le monde actuel, on est recruté après X années de postdoc, c'est à dire
que au moment où on est recruté MC, on a déjà eu cette expérience de travailler comme assistant d'un prof, membre de son équipe, etc. Bref on est recruté au moment de monter son propre groupe,
i.e. ce qui serait un "assistant professor" (remplacer par le nom équivalent du pays de votre choix) ailleurs...

mixlamalice 15/10/2012 11:36



Pas tout à fait aussi simple, si?


Il me semble que pas mal de jeunes MCF ne sont "pas prêts" à ça, entre autres parce que culturellement on est moins "entrepreneurs" qu'ailleurs... et que certains labos ne sont pas prêts non plus
à donner tous les moyens d'indépendance aux jeunes recrutés... quand une équipe parvient à recruter un MCF elle a envie qu'il bosse pour l'équipe, pas qu'il monte son truc dans son coin... ça
créé souvent des tensions (qui s'aplanissent vite si le mec est talentueux et ramène beaucoup de fric/matos, et est enclin à collaborer, moins sinon).



JF 04/10/2012 12:17


T'as quand même le temps de blogguer.... :-)


 


Si ça peut te rassurer, ça se tasse un peu. En ce qui me concerne, à la 4e rentrée (donc après 2 ans 1/2 de galère) les choses finissent par se stabiliser; il y a assez de projets qui ont
démarrés pour que je ne passe plus mon temps à chercher des sous; et tout prend un rythme de croisière. Je dirais que j'arrive, grosso modo, à compresser toute la partie "organisationelle" en 50%
de mon temps, ce qui me laisse un mi-temps d'enseignant-chercheur, plus un peu de temps pour rentrer à la maison avant 19h et voir les enfants...  Un progrès notable par rapport à la
situation que tu décris (ou c'était plutôt 100 % de mon temps en organisationnel, plus un peu de recherche, plus les cours - dans les 2 premières années les jours où je n'ai pas rebossé le soir
jusqu'à 22h ont été rares, comme l'ont été les WE sans travail).


 


Dans la période de transiition, une stratégie de survie à une période a été de dire que un jour par semaine je faisais de la recherche -- et rien d'autre. Tant pis pour les devis et les mails
urgents, ils seront encore là demain. Ca m'a pas mal aidé.


 


Ceci dit, je ne retournerais pas en arrière. Chercheur de base à la paillasse (sur le terrain ou devant mon écran pour moi), c'est sympa mais j'en ai fait le tour. Je trouve bcp plus de
gratification à former des étudiants ou monter des collaborations internationales (c'est cool d'avoir des copains dans 15 pays !).

mixlamalice 04/10/2012 12:38



Je triche un peu pour le blogging (l'article a été écrit il y a 2 soirs, après manger, publié ce matin pour espacer un peu et avoir l'air "cool", en tout cas moins mec qui passe sa vie devant son
ordi)...


Il m'arrive de rebosser le soir, mais uniquement en organisationnel justement. Sinon, j'essaye d'éviter histoire de profiter un peu de ma vie de couple sans enfant (déjà qu'on ne se voit que de
~19h30 à 23h30 puis de 08h à 08h45 en semaine...).


 


La journée recherche, j'ai un copain qui fait ça et qui s'y tient. De mon côté ce qui me déprime est mon inefficacité totale devant une paillasse désormais. Avec quelques étudiants désormais
c'est un peu mieux, je peux venir donner mes conseils de "vieux briscard" ou leur expliquer les petites techniques que j'utilisais tout en les laissant maniper, vu qu'ils sont bien plus efficaces
que moi. Je suis aussi sensible au stress des mails urgents (c'est mal et puéril, mais c'est comme ça, j'essaie de me soigner). Cela dit, j'aime bien passer 30mns/1h à la paillasse avec mes
étudiants, ça c'est quelque chose pour lequel j'essaie d'être disponible dès qu'ils ont une question.


 


Je ne retournerai pas en arrière de toute façon, mais j'ai pas passé assez de temps à la paillasse pour en avoir fait le tour. En gros, j'y ai passé 3 ans de thèse + 1 grosse année de post-doc
(allez, on peut dire 2 ans pour pas chipoter), ensuite j'ai passé 1 an à trouver un job ce qui a presque été du temps plein... et depuis je fais tout le reste (avec quand même chaque année 1 ou 2
mois tranquilles sans enseignements ou deadlines critiques ou je peux maniper presque à plein temps et retrouver un peu d'efficacité).


Mais oui, les collaborations internationales, c'est bien sympa. Bosser sur plein de trucs différents aussi quand on est curieux et qu'on a un peu le choix des armes. Former des étudiants, je
débute mais c'est chouette aussi.


 


 


Update: et thanks pour la petite touche de réconfort de type "ça finit par se stabiliser". Encore que toi, tu n'as plus le temps de blogguer...