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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 12:38

Faidherbe-Chaligny, à cheval entre le 11ème et le 12ème arrondissement (la rue du Faubourg Saint-Antoine constitue la limite, le nord étant le 11ème, le sud le 12ème)  est une station de métro finalement peu connue puisque seule la ligne 8 y passe, mais qui se situe à proximité de Nation, Gare de Lyon, Bastille, et Voltaire. 

C'est aussi, de façon un peu inexplicable, l'un des coins de la capitale présentant le plus de restos "connus" au mètre carré, dans le registre bistrot/bistrot chic/"ethnique" tout au moins (on y trouve peu d'étoilés, par contre).

 

Ainsi, la fameuse rue Paul-Bert, mais aussi la moins connue mais tout aussi intéressante (pour manger dehors) rue de Montreuil, la rue du Faubourg Saint-Antoine, et à peine plus loin, la rue de Charonne, comptent toutes plusieurs options que l'on peut avoir envie d'essayer, surtout si comme moi on vient d'emménager dans le quartier il y a quelques semaines. D'autant plus lorsqu'on habitait avant dans un quartier, le bas 15ème ouest, qui, sans être pauvre gastronomiquement, se révélait assez uniforme dans ses choix et sa clientèle (assez peu portée sur la hype dans l'ensemble, ce qui ne me dérangerait pas si à ce point là, on n'avait pas parfois l'impression de dîner dans un resto de notables de petite ville de province dans l'après-guerre), malgré là aussi quelques cuisines "exotiques" sympathiques, iranienne, kazakhe, ou coréenne notamment.

 

Article 1: Le bistrot Paul Bert vs La Ravigote

 

Histoire de ne pas lasser le peu de lecteurs que j'ai avec un article interminable, et de me ménager l'inspiration pour les semaines à venir, je vais choisir ici d'"opposer" deux "bistrots" du coin, l'incontournable Paul Bert, et le moins connu la Ravigote.

La suite sera consacrée à d'autres tenants de la cuisine française, et j'aborderai plus tard les cuisines "non-françaises" (c'est vaste) là aussi probablement en plusieurs parties... bref, ça devrait nous tenir un moment.

 

Le bistrot Paul Bert: 18 rue Paul Bert (11ème). Bertrand Auboyneau. Une institution, cataloguée comme l'un des meilleurs bistrots de Paris par toute la critique depuis probablement pas loin d'une dizaine d'années maintenant. Toute la blogosphère (qui à cette époque préhistorique était plus réduite qu'aujourd'hui) en a chanté les louanges en 2007, et j'avais envie d'y aller avant de partir aux USA, où j'ai finalement eu le temps de passer 2 ans, et d'être revenu depuis 4, avant de finalement y poser mon séant, à la toute fin 2013.

Pour le coup, c'était une "semi-occasion" (eg on savait qu'on irait au resto ce jour là), donc j'ai réservé une table deux semaines à l'avance, sans problèmes aucun. Je ne sais pas quel est le temps de réservation, mais comptez probablement une semaine pour être tranquille (un pote avait essayé sans succès un jeudi 48h à l'avance). Ils répondent au téléphone et sont plutôt courtois en tout cas si on appelle vers 19h avant le coup de feu, ça devient suffisamment rare pour être signalé. C'est assez grand (probablement une cinquantaine de couverts), et avec l'écailler du bistrot à côté qui fait au moins la même taille plus le plus petit 6 Paul Bert, tous tout le temps plein, le patron n'a probablement pas de problèmes de fin de mois, good for him. 

Ma chronique sera sans doute plus philosophique que factuelle.

En quelques mots toutefois, le menu-carte est à 38€ (notez que plat-dessert ou entrée-plat est à 36... et que le menu prend 1€ par an depuis 6 ans), avec environ 5 propositions pour chaque séquence entrée-plat-dessert.

On y trouve des produits assez nobles, majoritairement de saison en sus de quelques classiques intemporels, saint-jacques, ris de veau, du gibier en saison. Les préparations sont relativement simples ou traditionnelles: saint-jacques au kari gosse, feuilleté de ris de veau et champignons, côte de veau, marcassin ou rôti de cerf aux airelles avec purée de céleri, Paris-Brest, macaron aux châtaignes etc. Les cuissons et assaisonnements sont justes, les produits sont bons, c'est bien. Les portions sont correctes pour les plats mais sans excès, gargantuesques pour les desserts.

La carte des vins est extensive (plusieurs centaines de reférences à des prix allant de la vingtaine d'euros à plusieurs centaines si je me souviens bien, avec des coefficients typiquement parisiens).

C'est vraiment bien, le service est efficace, et si on sent que le roulement est optimisé (il y a au moins 2 et probablement 3 services par soir), on n'a pas l'impression qu'on cherche à vous mettre dehors. L'espace est extrêmement optimisé. Franchement, ça vaut le coup, au moins une fois ou deux, dans un registre pas si éloigné que ça de l'Ami Jean de Jégo. D'ailleurs, comme l'Ami Jean, c'est à mon avis probablement plus intéressant pendant la saison de la chasse qu'à un autre moment.

 

Après, mon questionnement porterait plutôt sur la définition même de ce qu'est un bistrot. Si on appelle bistrot tout ce qui a un comptoir en zinc, des tables en bois, des vieilles affiches au mur, des serveurs forts en gueule et de la cuisine traditionnelle française, alors oui, on a la un vrai bistrot. Mais en ce qui me concerne, j'entends dans ce mot une dimension populaire... et à 50€ minimum pour le menu et le vin (dans notre cas, une bouteille de Saint-Joseph à 60€ et une assiette de fromage pour 2, cela a plutôt fait 75 chacun), je sais qu'on est à Paris, mais tout de même. Cela ne veut pas dire que le rapport qualité/prix est exécrable (même si je pense qu'on paye un peu la réputation malgré tout): les prix s'expliquent par le fait que la cuisine, certes traditionnelle, est plutôt d'inspiration bourgeoise que populaire. 

La question annexe, c'est la définition de la "bistronomie" dont le bistrot Paul Bert est parfois érigé en figure tutélaire, au-delà de la vaste définition "gastro dans l'assiette, bistrot dans la déco et dans les prix" (Aaron Ayscough a également disserté là-dessus récemment en prenant l'exemple de la Régalade). Comme je l'ai dit plus haut, la cuisine du Paul Bert est relativement simple (ça n'est pas une critique et ne veut pas dire simpliste comme cela peut parfois se trouver - par exemple un blanc de boulet de chez machin avec des légumes vapeurs de chez truc, le tout au prix du caviar -; je veux dire par là qu'en opposition à la "cuisine d'auteur", elle reflète un chef qui "se contente de bien maîtriser ses classiques, ce qui n'est déjà pas si mal). Personnellement, je serais tenté de définir la bistronomie comme quelque chose d'un peu plus créatif, surtout quand les prix ne sont plus si légers que ça, maintenant que ce "concept" s'est révélé suffisamment bankable. Un Abri, par exemple, malgré toutes les réserves que je peux avoir sur l'endroit, me semblerait largement plus correspondre.

Mes goûts personnels, enfin, me pousseraient à aller chercher, pour les soirées restos à 50-75€, du plus suprenant (par exemple, la Fourchette du Printemps, que je n'ai pas blogué mais que j'avais trouvé épatant, mais dont les prix augmentent eux aussi avec régularité, et qui se situe donc aujourd'hui plutôt dans la gamme 75-100...), voire du plus formel. Comme lorsque l'on paye un sandwich pastrami à emporter 15€, qu'on fait 1h30 de queue devant un food-truck ou pour un brunch, je trouve qu'il y a un fond de snobisme (dont je ne suis pas toujours exempt) ou quelque chose d'un rien artificiel, à claquer 3 ou 4 billets de 20 pour boire dans un verre duralex, sur une table en bois de récup de 20cm2, tout en se prenant le coude du serveur dans l'oreille chaque fois qu'il passe. Et ce même si j'ai beaucoup de tendresse pour la bonne cuisine bourgeoise, vers laquelle je retourne régulièrement. D'autant qu'elle se perd un peu, à Paris notamment, où la mode des chefs basquo-nordiques autodidactes de 21 ans a quelque peu poussé vers une tendance de "non-cuisine" consistant à proposer, comme dans mon exemple plus haut, des produits à peine touchés sous prétexte qu'ils sont luxueux. Il est donc bon qu'il en reste quelques bastions à Paris, comme le Paul Bert, l'Ami Jean ou l'Auberge du 15 (que je souhaiterais découvrir un de ces quatre). Mais en province, il me semble que ces tables sont encore assez bien représentées, et qu'on n'est pas obligé de lâcher 5% d'un SMIC pour y dîner. 


 

La Ravigote: pour continuer à alimenter ma réflexion gustativo-philosophique, je vais donc opposer le bistrot Paul Bert à la Ravigote, 41 rue de Montreuil, 75011 Paris, qui, pour le coup, m'apparaît comme la quintessence d'un vrai bistrot populaire (certains diraient presque trop, mais j'y reviendrai).

Ce bistrot m'était totalement inconnu avant de passer devant. Mais je ne vais pas vous la jouer "découvreur de talents": s'il ne figure pas dans les guides branchés, il n'est pas tout à fait inconnu non plus, avec plusieurs mentions, si j'en crois la devanture, au guide Lebey des bistrots (qu'on oublie trop souvent de consulter, je trouve), dans l'annuaire Pudlo, ou au guide du routard, la plupart datant d'il y a quelques années (mais pas 25 non plus), du temps de l'ancien chef.

Le nouveau propriétaire, Christophe de son prénom, est arrivé si j'en crois ce que je peux lire sur le net en 2012, et n'a pas vraiment bouleversé l'endroit. C'est un long couloir avec un comptoir en rentrant à droite, environ 25 couverts bien serrés.

Au service, une dame d'âge mûr qu'on dirait, tant par le physique que par la gouaille, sortie d'un film de Jeunet. Le patron fait un peu tout, la popotte, le service, la discute. En salle, c'est varié, il y a des mamies du quartier qui viennent se faire leur sortie du vendredi, quelques alcooliques au bar, des groupes de jeunes qui font la fête pas cher, et quelques bobos comme nous. Le week-end, il peut même y avoir un chanteur à guitare, qui vous fera à la demande du Jean Ferrat ou du Brassens (je le signale pour ceux que le concept rebute...). C'est blindé, ça rigole et ça parle fort.

Dans l'assiette, c'est du pur jus franco-français orienté aveyronnais: oeufs mayo, pâté, céleri rémoulade, harengs pomme à l'huile ou charcute pour les entrées, quelques extras du jour du style poêlée de chanterelles (avec encore quelques épines de pin pour le côté nature) ou ravioles à la crème... puis boudin truffade, tête de veau ravigote bien sûr, andouillette, pied de porc, confit... Les desserts donnent aussi dans le "tradi comme en 74" (tarte aux pommes, crème brûlée, mousse au chocolat...).

Le chef ne pleure pas la matière grasse et l'ail, c'est du fait maison plutôt basique mais bien exécuté.

Les prix sont franchement doux, tous les plats ou presque rentrent dans une formule ou une autre, soit à 21 soit à 28€ pour l'entrée-plat-dessert (17 ou 24 pour entrée-plat ou plat-dessert).

Le week-end, il faut réserver et il y a plusieurs services. Ils servent tard (on proposait à des clients de repasser vers 22h30), et ils font rade entre le midi et le soir, pour ceux qui veulent boire des canons en bouffant du jambon ou du fromage. Petite (très petite) carte des vins de vignerons indépendants pas chers (le Morgon Charvet à 22€ était pas mal). 

En semaine, il y a une promo la Fourchette dont je me demande à quoi elle sert puisqu'elle est hors-formule et que, de ce j'ai compris, tous les plats peuvent être inclus dans la formule... bref, dans tous les cas, il y a de quoi faire avec elles. 

Si on ne traversera pas le pays et peut-être même pas Paris pour y manger, voila un vrai bon bistrot traditionnel sans aucune prétention gastronomique donc, à recommander plutôt aux repas de groupe pour manger plutôt bien, copieux, tout en restant sous la barre des 40€ en picolant sans calculer (voire moins de 30), qu'aux dîners en amoureux. Ce qui, finalement, devient aussi une rareté parisienne, cette gamme de prix, en sus d'être en voie de disparition dans une ville où un PEL rempli au maximum ne permet guère de payer plus qu'une salle de bain, ayant été colonisée par cette merveille marketing qu'est le "bistrot en bois sorti de Ratatouille avec son tartare-frites de chez Métro".

L'ambiance "rade de quartier comme dans les vieux films" peut aussi convenir aux âmes solitaires, je suis sûr qu'on finit par taper la discute et refaire le monde. Mais si l'on cherche à "voir et être vu", pour paraphraser le Fooding, ça n'est probablement pas là qu'il faut aller. Pour chercher en quoi un zeste de modernité ou de diversité culturelle peut transcender la tradition, non plus.

 

 

Bon, je ne vais pas pousser ma comparaison plus loin que ça: l'ambition, les prix et l'assiette qui vont avec sont très différents, et du coup la clientèle également. Mais si l'on n'était pas à Paris et qu'on me demande de citer un bistrot typique dans le coin, je pencherais spontanément plutôt pour la Ravigote que pour le bistrot Paul Bert... 

 

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 13:28

Avant de reprendre le fil du blog, une petite réflexion à brûle-pourpoint.

 

Il arrive des choses un peu étranges dans les labos. C'est peut-être simplement lié à la tension sur le marché de l'emploi scientifique privé comme public (dans ce cas là, que mes lecteurs du privé n'hésitent pas à m'en informer), mais peut-être faut-il aussi y voir une certaine idée de la gestion des ressources humaines par des personnes dont ce n'est généralement pas le point fort.

 

Exemple:

"Je déteste mon job depuis 1 an, ce qu'on me demande de faire est débile, et en plus personne ne me calcule dans le laboratoire"

"Nous on trouve que tu es vraiment nul(le), tu fais pas du tout l'affaire et tu ruines ce super projet"

...

"Bon, est-ce que tu veux continuer 18 mois de plus?"

"Ok"

 

 

Bien sûr, le "dialogue" est fictif et outrageusement simplifié, en vrai c'est un peu plus subtil, mais dans le fond, c'est ce qui se dit. Ca arrive plus fréquemment qu'on ne le croit, pour un post-doc, un ATER, un CDD ingénieur de recherches etc etc. 

Du côté des superviseurs: solution de facilité, flemme de chercher, de devoir faire semblant d'être sympa pendant les interviews et de se retaper beaucoup d'administratif.

Du côté des "précaires": solution de facilité aussi, peur du chômedu quand ce n'est pas de l'expulsion...

 

Cela créé parfois des ambiances un peu étranges dans un laboratoire ou des situations ubuesques, comme cette réunion où une personne en CDD absente se fait déboîter non-stop pendant 2h avant que l'on ne conclue par "bon, tout le monde est d'accord, on la prolonge?".

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 17:20

Depuis quelques mois, Child in Time de Deep Purple exerce une profonde fascination sur moi. Je pense que c'est parce qu'il y a tout ce que j'aime dans une seule chanson: de la montée en puissance, un grand chanteur, une partie instru qui tue.

Une chanson qui date de 1970 (écrite en 69), comme hélas plus personne n'en fait (enfin, il me semble). Ci-dessous, la version studio.

 

 

De façon générale, Deep Purple est vraiment un groupe que je redécouvre, qui vaut largement plus que le riff de Smoke on the water, l'un des plus célèbres de l'histoire du rock, auquel tout boutonneux avec une guitare se doit de s'attaquer et à quoi on les réduit souvent. Tous les musiciens sont d'un niveau impressionnant, à l'aise dans de nombreux styles, du hard-rock au jazz et capables d'improvisations énormes. Leurs compos sont complexes et en même temps "évidentes", bref, il y avait une vraie alchimie dans ce groupe, tout au moins dans son incarnation la plus connue (voir plus bas).

 

Je ne vais pas refaire toute l'histoire, si ce n'est rappeler rapidement que la chanson a été largement pompée sur un instrumental d'un groupe californien It's a Beautiful Day, intitulé Bombay Calling (de 69 également). A l'époque, où la circulation des oeuvres était limitée (peu de "radios libres"), ce genre d'emprunts était fréquent entre anglais et américains (les Stones, Led Zep et autres s'y sont aussi adonnés). Jon Lord, le clavier, avait certainement entendu la chanson et a commencé à la jouer en studio de répète, les autres se sont mis à jammer dessus, Gillan, le chanteur (qui a toujours dit qu'il n'avait jamais entendu l'instrumental en question, mais je ne pense pas que Lord, RIP, aurait pu utiliser la même défense), a rajouté des paroles et des hurlements, etc. 

 

 

 

Bref, je ne suis pas là pour faire un cours de droit, mais pour parler de Ian Gillan, le chanteur de Deep Purple, tout au moins de la mythique "Mark 2" et de quelques autres (Deep Purple existant depuis 45 ans, il a connu de nombreuses incarnations, regroupées sous le vocable de Mark, allant de 1 à 8, la Mark 2 ayant pondu les mythiques In Rock, Machine Head et Made in Japan au début des années 70, plus 3 autres albums suite à une reformation au milieu des années 80 et au début des années 90). 

 

Ian Gillan (né en 1945), dans les années 70, c'est une voix, mais aussi une gueule. En live, il touche les notes sans souci, il n'y avait pas Autotune à l'époque.

Je conseille également de réécouter ses "duels" live voix-guitare avec R. Blackmore, sur Strange Kind of Woman notamment. Mais franchement, pas étonnant que peu de chanteurs aient essayé de se frotter à reprendre le Pourpre Profond de ces années là*.

 

Voici une version live de 1970, où le public est le seul à s'emmerder (mais on en trouve d'autres, comme Copenhague 72 pour ceux qui ne connaissent pas la version du Made in Japan). On notera la maîtrise parfaite de la partie criée (2 fois voix claire, 1ère montée 2 cris, 2ème montée 2 cris), c'est presque mieux qu'en studio, à donner des frissons.

 

 

Le problème, c'est que c'est aussi un anglais, et un anglais chanteur d'un groupe de rock célèbre. Pour le dire pudiquement, il a un peu profité de la vie. Plutôt à la mode traditionnelle anglaise (pubs, bière, whisky, clopes... gonzesses et clubs aussi bien sûr) qu'à la façon ricaine des 80's (coco, héro...), mais tout de même. 

Bref, Gillan n'a pas trop pris soin de sa voix et cette chanson est assez exigeante.

 

Lors de la reformation des années 80, ça allait encore. Notons que son timbre s'est un peu modifié (plus grave et plus nasillard), que le cri entre "you'd better close your eyes" et "you'd better bow your head" a disparu, et que sur la 2ème montée de la partie criée, ça commence déjà à fatiguer, le cri étant accompagné de pas mal de reverb et d'une note tendue de guitare (me semble-t-il).

 

 

 

En 1995, on commence à avoir mal pour lui (certains disent que son "manque de sérieux" explique en partie le départ de Blackmore - cela dit, les deux semblent caractériels et ont toujours eu du mal à cohabiter).

Donc, la voix est encore plus grave et nasillarde (la tonalité de départ a-t-elle été changée? je n'ai pas une assez bonne oreille pour le dire), Gillan fait un peu bouffi aussi (bon, il a 50 balais quand même), le cri entre les deux phrases est esquissé mais il semble vite se rendre compte que ça ne passera pas, et la 2ème montée est là quasiment masquée par la guitare de S. Morse, le remplaçant de Blackmore.

 

Ou une version avec Blackmore de 1993, juste avant son départ, ou la 2ème montée est simplement squizzée (mêmes cris répétés 4 fois), probablement que Ritchie n'était pas prêt à les "soutenir".

 

 

En 2002, Gillan a pris cette fois un vrai coup de vieux, finis les longs cheveux noirs et le gilet ouvert sur le torse, mais finie aussi la possibilité de chanter cette chanson, même si le son n'est pas terrible et que le public aide beaucoup. Le peu qu'il lui reste est tout de même, signalons-le, juste. Ici, la guitare vient aider dès la première montée. Après cette tournée, elle n'apparaîtra plus jamais dans la setlist, game over.

 

 

 

Voila pour l'analyse de la grandeur et de la décadence de ce grand chanteur sur cette grande chanson. La même chose se produit apparemment en ce moment (Purple tourne toujours activement) avec Space Truckin'. 

Encore un groupe que je regrette de ne pas avoir vu sur scène du temps de sa splendeur, ou même dans les années 80, mais bon, à 4-5 ans ça n'aurait pas été facile...

 

 

* j'essaye aussi, sans succès, au grand dam de mes voisins, car c'est assez facile à transposer en guitare-voix (impossible de toucher cette 2ème montée). Priscilla y arrive, elle, mais son timbre est un peu trop "pur" (plus "lyrique" que rock).

 

 

PS: on notera aussi une reprise "jazz" de Gillan lui-même après son départ de Purple au milieu des années 70. Pas très excitant selon moi...

 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 15:43

Après presqu'un trimestre, voici un petit compte-rendu d'une soirée au restaurant la Scène de l'hôtel Prince de Galles (33 avenue Georges V, Paris 8, http://www.restaurant-la-scene.fr/fr/, de S. Le Quellec, qui avait gagné la deuxième saison de Top Chef (en étant chef de cuisine de l'hôtel Terre Blanche, 2 étoiles à l'époque, sous les ordres de Franck Ferigutti MOF, si je ne me trompe pas).

 

Pas de surprise au départ, on est dans un hôtel de luxe aux abords des Champs-Elysées. La salle du restaurant, réouvert au début 2013, par contre a de la gueule. C'est moderne mais bien foutu, assez lumineux malgré l'espace clos (beaucoup de marbre et de tons clairs) et aéré, avec la cuisine ouverte au centre de la salle, qui oblige la brigade à travailler avec discrétion (pas d'ambiances à la Gordon Ramsay possibles). L'éclairage a été hyper travaillé pour mettre en valeur l'assiette, avec carrément des spots au plafond qui pointent dessus: idéal pour les tarés qui prennent en photo leurs plats.

 

DSC06005

 

La carte est organisée en 4 "actes", en clair, entrée poisson viande dessert (le fromage s'appelant "entracte"). Les 4 actes sont à 120€ (125 aujourd'hui). Ce sera notre choix (l'autre étant, le soir, le menu dégustation en 6 services à 160 - 165€ aujourd'hui).

La carte des vins, une fois n'est pas coutume dans un palace, me semble avoir des coefficients relativement raisonnables et ne propose, en tout cas pour l'instant, que peu de bouteilles destinées aux millionnaires russes (peut-être parce qu'elle est de constitution récente). Après discussion avec le sommelier, je choisis un Bourgogne Chardonnay de Mikulski, 2011, vendu à 62€ si je me souviens bien (contre une vingtaine chez le caviste). Un bon bourgogne, dont j'envisage d'acheter quelques bouteilles si je tombe dessus, et que j'ai demandé au serveur de sortir du seau au milieu de l'entrée pour qu'il monte en température tranquillement au fil du repas. Il nous accompagnera bien tout du long.

 

Bien sûr, nous avons toujours la faiblesse de commencer par une coupe de champagne malgré les marges; c'est ça de ne faire ce genre de restos que pour des occasions à fêter (et d'être alcooliques).  C'est accompagné de mini-pissaladières revisitées. C'est avouons-le un peu éloigné de l'esprit initial de ce plat traditionnel niçois, mais c'est un travail de précision assez impressionnant, et excellent.

 

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La pré-entrée m'échappe un peu, je crois qu'il s'agit d'une sorte de blanc-manger au céleri avec du thon. Que mon oubli ne vous refroidisse pas, c'était bien exécuté et assez imaginatif.

 

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Mon entrée: langoustines pochées minute, verveine, avocat fumé, bouillon de crevettes grises.

 

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Celle de Priscilla: légumes de chez Thiébault encore croquants, huile bergamote, amande, brousse sorbet aux herbes.

 

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Poisson:

Pour moi, turbot sauvage cuit sur l'os, caviar de sologne, courgette-fleur, citron, oignon doux.

Pour Priscilla, homard bleu rôti, abricots, girolles, pomme ratte, mimolette vieille.

 

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Viande: 

Pour moi, ris de veau, pommes dorées, girolles, dattes, lomito, écume talégio.

Pour Priscilla, veau de lait limousin, côte rôtie, compression de romaine, agnolotti buratta, citron confit.

 

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Nous partageons une assiette (préparée, pas issue d'une plateau) de fromages pour 2 (qui ne nous sera pas facturée, précisons-le).

Suit un pré-dessert, et ensuite pour moi, figue fraîche, shiso, dacquoise, noix.

Et pour Priscilla, abricots, coriandre, biscuit amande.

 

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Enfin, avec le café, quelques mignardises servies dans une grosse boîte à tiroirs avec à l'intérieur une sculpture en chocolat (peut-être le seul truc d'un goût discutable jusque là).

 

Bon, je n'ai pas détaillé chaque plat, mais vous pouvez juger d'après les photos que toutes les assiettes sont extrêmement graphiques, très contemporaines. C'est beau, vraiment.

Et c'est aussi excellent, toujours parfaitement équilibré et juste. Dans l'air du temps, avec des "contrepoints" (croquant-fondant, terre-mer, aigre-doux...), mais tous les ingrédients (hormis peut-être le petit tic des émulsions, qui ne m'avait pas marqué sur le coup mais que je vois sur les photos) ont un sens et sont parfaitement dosés.

Vraiment une belle cuisine, personnelle (je n'ose dire féminine), limpide, avec des produits nobles. Pour chipoter, on peut juste trouver que le sorbet au basilic prenait un peu trop le pas sur les légumes.

 

Le service est très gentil, mais encore un peu frais émoulu de l'école hôtelière, il veut trop en faire et on sent qu'il a encore du mal à savoir rester discret tout en étant tout le temps présent, la plus grande qualité des maisons d'exception.

Le rythme est aussi un peu rapide, surtout tant que la salle est peu remplie (elle ne commencera à l'être que vers 21h), à tel point qu'alors que nous ne sommes là que depuis 45 minutes - 1 heure et avons déjà fini notre poisson, je demande aux serveurs de ralentir un peu. La suite se déroulera avec un tempo plus agréable, laissant le temps d'apprécier le moment, et nous passerons finalement 2h30 à table, pas inhabituel dans ce genre de repas. Je précise ceci car c'est un problème qui a déjà été signalé ailleurs.

 

 

Avec le menu, le vin, deux coupes, de l'eau, et deux cafés, l'addition s'est monté à 180-190€ par tête. A mon sens, l'un des meilleurs repas de l'année si ce n'est le meilleur. En étant plus sobre, on peut rester sous la barre des 150, et le menu déjeuner est à 60. Le brunch est paraît-il une tuerie, si j'en crois Louise et V. Delmas mais à 98€ tout de même (je pense qu'on ne m'y verra pas...).

 

Nous repartons avec un exemplaire de la carte ("trophée" que j'aime bien récupérer dans les gastros), avec en prime une dédicace sympathique de la chef.

 

 

S'ils n'obtiennent qu'une étoile en 2014, ce qui semble le minimum, les prix n'augmenteront probablement pas trop; mais s'ils en gagnent 2, ce qui du strict point de vue de l'assiette me semble largement les valoir (ça n'engage bien sûr que moi), je pense qu'on peut s'attendre à une flambée des tarifs... pour comparer avec d'autres palaces ou bi-étoilés de la capitale, et au vu des produits servis (turbot, ris de veau, homard, langoustine...), le menu en 4 actes à 150-160 ou le menu dégustation à 200 ne me sembleraient pas scandaleux... Donc mon conseil, allez-y tant qu'il est temps, ça vaut le coup.  

 

 

 

PS: dédicace à Docadn, et son article http://escapades.over-blog.fr/2013/12/auberge-du-pont-d-acign%C3%A9-%C3%A0-noyal-sur-vilaine.html qui a contribué à me motiver à enfin écrire cet article.

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 10:26

Le facteur d'impact, ou impact factor (IF) est l'une de ces métriques à la mode qui gouvernent désormais la vie des scientifiques (et qu'ils se sont, j'ai l'impression, dans une certaine mesure, auto-imposés, comme le h-index; c'est un peu l'équivalent du porsche cayenne dans notre milieu, un substitut phallique, ou, dit autrement, "qui qu'à la plus grosse").

 

En deux mots, c'est un nombre censé indiquer la visibilité d'une revue scientifique, donc un mélange de "popularité" et de "qualité scientifique". Le calcul a été développé par la base de données ISI, et très simplement, il consiste, pour une année donnée, à additionner le nombre de citations de tous les articles parus les deux années précédentes d'une revue, puis diviser par le nombre d'articles publiés par la revue pendant cette période.  

Bref, à la grosse louche, c'est le nombre moyen par an de citations d'un article (en supposant que l'indice est stable dans le temps, ce qu'il devrait être s'il était bon, mais qu'il n'est pas nécessairement, voir plus bas), et plus ce nombre est élevé, plus la revue est lue et citée, et donc plus votre article a de chances de l'être. Ca, c'est en théorie, puisque certaines revues ont en fait une distribution bimodale de citations, comme Nature par exemple, qui a quelques articles énormément cités et beaucoup d'articles très peu cités, de sorte que la valeur moyenne n'a finalement pas beaucoup de sens.

Il y a d'autres défauts, comme pour le h-index, que vous pouvez lire sur la page wikipédia en lien, mais il se trouve que ce chiffre a pris une importance considérable, tant dans la communication des éditeurs de revues, que dans la carrière des chercheurs, à tel point qu'il n'est pas rare d'entendre demander "tu l'as publié où?" avant "ça parle de quoi?" au sujet d'une étude.

L'avantage pouvant être, pour les recrutements (et parfois les avancements pour des personnes jeunes) de s'"affranchir" (même si indirectement et de façon un peu biaisée) de la problématique du temps d'incubation des papiers nécessaire à leurs citations. Le corollaire, c'est qu'il devient impossible dans certains domaines d'être recruté sans avoir dans son CV au moins un "gros papier", eg pas un papier nécessairement très cité, mais un papier publié dans une revue à fort IF (la notion de "fort" dépendant du domaine, mais souvent, disons, supérieur à 20).

 

Essayons quand même de voir si en première approche, il y a une corrélation entre nombre de citations d'un papier et impact factor de la revue dans laquelle le papier est publié.

A priori, le nombre de citations est le véritable juge de paix de la qualité d'un papier, même si là aussi il faut nuancer un peu: papier passé sous le radar, justement parce que sorti dans une revue obscure - c'est le cas d'un certain nombre de papiers pendant la guerre froide, publié dans des revues d'Europe de l'Est en version orginale... ou bien papier auto-cité (même si, au-delà d'un certain nombre de citations, il est difficile de croire qu'elles viennent toutes de l'auteur lui-même ou de ses copains)... papier très cité parce qu'il a raconté des conneries (souvent en étant le "pionnier" d'une thématique)... et enfin, effet "buzz", un peu comme pour les vidéos youtube: au-delà d'un certain nombre de citations, on finit par citer le papier parce que tout le monde le cite (notamment dans le cas de reviews)... mais bref, faisons l'hypothèse qu'un papier très cité est un bon papier qui a fait avancer le domaine.

 

 

J'aurais bien pris mon cas pour étude, mais avec ma dizaine de papiers et mon histoire de publications qui remonte a à peine 7 ans, ce serait un peu léger statistiquement.

Alors j'ai combiné trois jeux de données, à partir des papiers de mes ex-chefs et de la base ISI Web of Knowledge.

Je me suis intéressé aux papiers pré-2010 (inclus). Le domaine de recherche est celui de la Science des Matériaux, plus précisément des matériaux polymères.

Quelques détails quant aux données:

- Cas 1: Directeur de Recherches CNRS, un peu plus de 50 ans. Pas une superstar, mais quelqu'un de reconnu internationalement. h-index environ 35, . Quelque chose comme 120 publis peer-reviewed en un peu plus de 20 ans de carrière (de 1991 à 2013). Plutôt mécanicien/physicien initialement, plus matériaux et physico-chimiste aujourd'hui. L'échantillonnage est sur 85 papiers, représentant 3426 citations et 27 journaux différents.

- Cas 2: PU d'une bonne université française, même âge, mêmes années de publication. Reconnu nationalement. h-index de 20 à 25, environ 60 publis. Plutôt chimiste/physico-chimiste. Echantillonnage sur 42 papiers, 1397 citations et 11 journaux.

- Cas 3: Full Professor d'un bon département US, 40 ans (Full Prof à 38-39 ans, Associate à 34-35, Assistant à 29). Considéré comme un "jeune qui monte" depuis pas mal de temps aux US, commence à avoir une reconnaissance internationale. Publie depuis 1997, environ 90 publis, h-index de 20 à 25. Plutôt mécanicien/physicien et ingénierie. Echantillonnage sur 47 articles, 1299 citations et 18 journaux (la structure américaine de travail fait que le nombre de publis a tendance à croître exponentiellement avec la taille du groupe, donc il y a environ 30-40 articles sur les années 2011-2013, qui n'ont pas été pris en compte)

 

Sur le total, on a donc 37 journaux différents. Je n'ai pas pris en compte ceux qui ont disparu entre temps, et il doit en manquer deux ou trois pour lesquels j'ai eu du mal (ou la flemme) à trouver l'IF. J'ai pris l'IF 2012 dans la plupart des cas, même s'il aurait peut-être fallu prendre l'IF de l'année de publication (mais difficile de trouver ceux des années 90...). Cela dit, sur les 10 dernières années, hormis cas assez rares où la publi explose ou au contraire ceux où elle tend à disparaître, c'est généralement relativement stable avec une légère inflation (disons, typiquement, un IF passera de 4 à 5 en 10 ans). Les IF des revues concernées oscillent entre 0.8 et 14.8, ce qui me semble un assez large spectre. En dessous de 1, c'est très obscur, au-dessus de 8-10, c'est une revue généraliste de référence (eg, PRL) ou "à la mode", même si ça n'atteint pas les 20 et plus de Nature (et de ses spin-offs) et de Science. Dans le domaine des polymères, les revues spécialisées oscillent, à un chouïa près, entre 2 et 5, et on est plutôt content si on publie tout le temps dans cette gamme là.

 

donnees-brutes.jpg

Légende: losange bleu, cas 1. Triangle vert, cas 2. Cercle violet, cas 3.

 

J'ai enlevé un point unique à 350 citations ou quelque chose comme ça, histoire que ça soit plus "lisible". Bon, malgré tout, on ne voit rien de bien concluant. Ou alors, si vous vous voyez quelque chose, je suis preneur en commentaires...

 

Du coup, je me suis dit qu'il fallait normer par le nombre d'années depuis la publication, et que peut-être ça aiderait à voir quelque chose (un papier publié depuis 15 ans ayant plus de chances d'être beaucoup cité qu'un sorti depuis 5, à "niveau égal").

 

normalisation.jpg

Mêmes symboles, en rouge la droite de pente 1

 

Hélas (c'est là qu'est l'os), ça reste hyper bruité, et il me semble difficile de conclure grand chose.

La droite en rouge est une espèce d'"extension de l'IF sur x années", ce qui est au-dessus pourrait donc être qualifié de "mieux cité" que la moyenne du journal, en-dessous de moins bien cité. 

Sur les trois jeux de données, il y a 37% des articles au-dessus de la droite (et 5% moins de 10% en-dessous). Si on individualise, c'est 45% au-dessus dans le cas 1, 26% pour le cas 2, 32% pour le cas 3. On peut donc sans doute corréler ça un minimum à la reconnaissance par les pairs de la carrière scientifique, mais l'effet n'est pas bluffant...

On peut essayer de définir un critère de "bon papier" (ou plutôt de papiers "très cités"): on peut voir un gap entre en-dessous de 10 citations/an et au-dessus. Difficile de discriminer entre les 3 cas aussi (on varie entre 3 et 6% sur le nombre de papiers).

On peut essayer a contrario d'identifier un critère de "mauvais papier" (ou plus politiquement correct, de papier peu lu ou peu visible), qui apparaît moins clairement, et que l'on peut donc définir semi-arbitrairement comme inférieur à 1 citation/an. La aussi, entre les cas 1 et 3, ça varie entre 7, 14 et 8% mais avec un échantillonnage finalement assez faible (respectivement 6,6 et 4 papiers).


Si on regarde par journal, difficile de trouver une vérité générale aussi, même si on peut être tenté de dire qu'il y a une proportion plus forte de points au-dessus dans les IF inférieurs à 2.5 (dans les 60%), mais l'échantillonnage pour les IF supérieurs à 6 est aussi beaucoup plus faible... De plus, ils ne sont pas très au-dessus de la droite, ce qui veut dire qu'ils sont plutôt mieux cités que la moyenne des articles dans ces journaux, mais pas qu'ils sont très cités en valeur absolue (au-dessus de 10 citations/an en moyenne).

Pour le journal le plus utilisé, celui à IF = 5.5 (47 articles soit 27% du nombre de points), on est à 25% au-dessus de la droite. Il y en a 10% qu'on peut qualifier de "très cités".

Pour le 2ème plus utilisé (IF = 3.5) (17 articles), on est à 30%, mais seulement 5% au-dessus de la limite "très cité"...

 

 

Bref, pas vraiment de corrélation claire entre nombre de citations d'un article et journal dans lequel il est publié. Peut-être une indication que les outils bibliographiques sont efficaces et qu'un bon article qui fait avancer le schmilblick ne passera plus sous le radar s'il n'est publié "que" dans une revue "honnête". On pourrait aussi être tenté de dire, au vu des données, que pour la communauté, les articles qui servent sont plus dans les journaux "spécialisés" que dans les revues "généralistes", mais je surinterprète peut-être et il se peut également que, même si c'est vrai, ce ne soit qu'un biais lié au domaine scientifique observé (les biologistes ne publiant quasiment que dans des journaux d'IF élevés - en tout cas comparativement à ce qu'on a en science des matériaux-, il y a sûrement moins de distinguo).

 

Voila, je laisse les amateurs de big data ou les gens plus doués que moi pour automatiser des collectes de données (les "numériciens") faire ça sur un échantillon plus vaste si ça les amuse. Ou alors, donner des idées pour traiter/plotter les données... voire donner des liens vers des études similaires, j'imagine que ça a déjà du être fait en mieux ailleurs...

 

 

Merci à @JaromilD pour l'idée même si le résultat n'est pas très concluant (c'est peut-être ça la conclusion intéressante), et je renvoie vers Gaïa qui a fait des choses un peu similaires, sur l'IF et sur le h-index.

 

Je dis prout d'avance à ceux qui me diront que mes figures sont moches.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 18:31

Le (bon) physicien va s'attaquer à un problème en posant l'équation correspondante, puis en essayant de la simplifier au maximum suivant les conditions aux limites et le domaine d'application de son modèle.

Puis, par un calcul "coin de table", il va par exemple comparer 2 systèmes, l'un pour lequel il trouvera 50 x (x étant une unité quelconque), l'autre 100 x.

Ensuite, il comparera ce facteur 2 entre ces deux valeurs, en fonction des différences du système, et en tirera certaines conclusions.

 

Le numéricien va arriver, en expliquant que la simplification de l'équation est outrageuse, parfois il va rajouter que l'analytique c'est sale et que rien ne vaut une bonne grosse résolution numérique par un gros ordinateur.

Bref, il va faire ou faire faire par une machine toute une série de calculs extrêmement complexes, puis montrera qu'on trouve en vrai 49.57 et 101.37, et que donc il n'y a pas un facteur 2 entre les deux valeurs, mais un facteur 2.04. Généralement il s'arrêtera là parce que les conclusions physiques c'est pas trop son truc.

 

Je vous laisse deviner lequel, dans cet exemple caricatural, écrira éventuellement un papier qui aura un impact, ou aura un raisonnement utile à la communauté.

 

Alors, après, il y a les numériciens qui cherchent à bosser avec des physiciens parce qu'ils finissent par apprécier les vertus de "l'intuition" (ou plutôt du sens physique). Il y a aussi ceux qui penseront toujours que les physiciens sont des imposteurs en sortant tous les contre-exemples où cette approche "premier ordre" échoue dans les grandes largeurs (et il y en a). Car il est vrai qu'il y a des physiciens qui, à force d'obsession du scaling, finissent par négliger des préfacteurs pas du tout négligeables...

 

Mais bon, n'empêche, souvent, et même dans la vraie vie, un petit calcul coin de table permet de mieux poser les idées que des pages de calcul qui ne font que perdre l'auditoire...

 

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 09:12

Cette année, 25% des universités françaises arriveront au 31 décembre en déficit. Pas loin de 10% sont en déficit chronique, et si l'on lit un peu dans le détail, on peut estimer que près de 50% ont des sueurs froides au moment de boucler le budget...

Quant aux établissement qui sur le papier ne se portent pas mal, par exemple le mien, cela passe aussi par une gestion à la hache et un climat en interne peu réjouissant, par exemple cet email reçu de l'administration centrale mi-septembre exigeant une baisse de 10% du quota horaire d'enseignement. Fermer des formations ou bosser gratuit, le choix nous était laissé, mais cela doit être acté au plus vite, alors que la rentrée des étudiants a déjà eu lieu, et des tractations assez violentes sont toujours en cours. 

 

 

Les cas les plus emblêmatiques des établissements en difficulté ces derniers mois sont ceux de

- Montpellier, où A. Fraïsse, présidente et opposante de longue date à la LRU et aux RCE, a voulu démontrer par l'absurde les résultats attendus de cette politique en l'appliquant de façon on ne peut plus zélée jusqu'à l'agonie. 

- Versailles Saint-Quentin, qui malgré de bons résultats en termes de formation, a du quémander une rallonge de 4M€ (sur un budget d'environ 20!) pour boucler l'année. Le président, J.L. Vayssière, dont on peut louer la transparence, en est à envoyer un mail surréaliste à ses personnels, où il annonce quasi-triomphalement que oui, les salaires seront versés en novembre et décembre.

 

Bien sûr, il y en a d'autres...

 

Or, la réponse du Ministère est toujours la même: les difficultés sont dûes à une mauvaise gestion de la part des équipes dirigeantes, uniquement. 

Ici, c'est le nombre de formations qui est critiqué, là les PPP... L'équipe dirigeante de l'UVSQ, arrivée en 2012, n'a visiblement pas le droit à l'excuse du gouvernement actuel, "c'est la faute à nos prédecesseurs".

Les présidences d'université sont, selon le Ministère, tellement nulles qu'il est question de les envoyer se former à l'ENA (dont tout le monde sait qu'elle n'a formé que des gestionnaires modèles). 

Or, si les présidents sont nommés, et sont souvent d'anciens universitaires "politisés", dont les qualités de gestionnaire ne sont donc pas forcément ce qui les a amenés là, il ne faut pas oublier toute une équipe autour d'eux, secrétaires généraux, comptables etc, qui sont eux des hauts-fonctionnaires "classiques". Il me semble alors difficile d'affirmer benoîtement qu'ils sont tous plus nuls que ceux que l'on trouve dans les ministères ou les administrations.

Qui plus est, même s'il y a certainement eu de mauvaises décisions de prises dans certains cas (reste à savoir dans quelle mesure il y a eu le choix), si l'offre de formation mériterait très probablement d'être rationalisée (mais l'Etat peut il imposer ce genre de choses quand l'autonomie a été actée?) il me semble que le message adressé au "monde extérieur" est déplorable: en gros, les agents publics sont incapables de gérer l'argent public, malgré la clairvoyance et la qualité des réformes du Ministère. Déconnexion des élites, fonctionnaires incapables et fainéants, tout ce que le poujadiste qui sommeille de plus en plus en chacun de nous a envie d'entendre est sous-entendu dans ces déclarations.

 

Probablement que le message politique consistant à déclarer franco, puisque cela semble être quand même l'une des principales motivations derrière la politique de l'ESR de ces dernières années, "les caisses sont vides, nous préférons investir le peu qui reste ailleurs que dans les Universités" ne passerait pas dans la population. Et encore, en est-on bien sûr? Tous les sondages montrent que, pour le citoyen lambda, la formation de la jeunesse est une priorité, mais qui connaît et qui s'intéresse réellement à la politique de l'ESR, ou même à son fonctionnement? En plus, les personnels sont plutôt discrets (dans la rue 1 fois tous les 3 ou 4 ans depuis le mouvement fondateur de Sauvons la Recherche en 2004), et les Grandes Ecoles continuent à attirer les enfants des classes dirigeantes et n'ont pas de problèmes financiers, elles*.

 

 

* L'auto-flagellation typiquement française devant le classement de Shangaï est un non-sens. Il faudrait célébrer la 37ème place de l'UPMC comme une grande victoire, quand on voit les conditions de travail, les moyens financiers et humains, et le fait qu'en général, ce ne sont pas les meilleurs étudiants qui s'y retrouvent. Il faut plutôt tirer un coup de chapeau à tout ce petit monde qui arrive à faire aussi bien avec aussi peu. Comparons un peu à Northwestern, UCSB, Rockefeller qui sont à des places similaires...

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 09:13

Une "lettre ouverte" a pas mal circulé sur la toile récemment, émanant d'un doctorant de l'EPFL et adressée à tous les chercheurs ainsi que quelques administratifs de l'institut, expliquant les raisons de sa future démission, à quelques mois de sa soutenance. 

 

C'est un texte dense, plein de maturité, et qui soulève de façon pertinente de réels problèmes mais relève aussi par certains points, selon moi, d'une vision un peu naïve, assumée par l'auteur mais qui le mène probablement à des conclusions erronées. 

 

Je vais donc faire un petit commentaire de texte perso de quelques passages (en anglais), dans le désordre:

 

"There seems to exist an unhealthy obsession among academics regarding their numbers of citations, impact factors, and numbers of publications. This leads to all sorts of nonsense, such as academics making “strategic citations”, writing “anonymous” peer reviews where they encourage the authors of the reviewed paper to cite their work, [etc]. No one, when asked if they care about their citations, will ever admit to it, and yet these same people will still know the numbers by heart. I admit that I’ve been there before, and hate myself for it.
At the EPFL, the dean sends us an e-mail every year saying how the school is doing in the rankings [...]. Why should it matter to a scientist if his institution is ranked tenth or eleventh by such and such committee? Is it to boost our already overblown egos? Wouldn’t it be nicer for the dean to send us an annual report showing how EPFL’s work is affecting the world, or how it has contributed to resolving certain important problems?"

et

"the goal of “science” is to search for truth, to improve our understanding of the universe around us, and to somehow use this understanding to move the world towards a better tomorrow. At least, this is the propaganda that universities use to put themselves on lofty moral ground, to decorate their websites, and to recruit naïve youngsters like myself.
I’m also going to suppose that in order to find truth, the basic prerequisite is that you, as a researcher, have to be brutally honest – first and foremost, with yourself and about the quality of your own work. Here one immediately encounters a contradiction, as such honesty appears to have a very minor role in many people’s agendas. [...] Being “too honest” about your work is a bad thing and stating your research’s shortcomings “too openly” is a big faux pas. Instead, you are taught to “sell” your work, to worry about your “image”, and to be strategic in your vocabulary and where you use it."

Sur cette partie il y a hélas beaucoup de vrai, et cela me semble vraiment récent. En tout cas, contrairement à l'auteur de cette lettre je n'étais pas conscient de ces choses là pendant mon PhD et je ne vivais pourtant pas spécialement dans ma bulle. 
Je me suis aussi interrogé sur cette "obsession" (dont j'ignore si elle concerne une majorité de chercheurs) pour les métriques de performance individuelles, surtout car, paradoxalement, tout le monde où presque s'accorde dans le même temps pour souligner les limites des "nombres uniques" évaluant la qualité d'un chercheur (et encore plus dans le cas d'une institution) et cherchant à faire ressortir des individus lorsque toute la recherche ou presque est aujourd'hui collaborative.
La raison est probablement simple: en tant que jeune chercheur avec un minimum d'ambition, je sais que, quel que soit ce que j'en pense, je serai jugé au moins partiellement sur la base de cette métrique.
Donc ça ne m'empêche pas de dormir, mais je connais "mes chiffres", j'ai un profil google scholar qui permet en un clic de suivre leur évolution, et je sais à peu près ce qu'il me faut viser si je veux passer Prof. un jour (et c'est a priori quelque chose que je veux - ou alors j'essaierai de me barrer d'Academia, mais je ne compte pas finir MCF aigri de 65 ans...).
En ce sens, il y a donc du vrai dans ce qu'il écrit ici "[academia is]  fueled by people whose main concerns are not to advance knowledge and to effect positive change, though they may talk of such things, but to build their CVs and to propel/maintain their careers", même si la réalité est plus subtile et qu'on peut reprocher, après 4 ans de PhD, la naïveté de croire qu'Academia est le monde des bisounours. On se rend assez vite compte (en tout cas j'avais pigé pendant avant la fin de mon stage de DEA), je crois, dans n'importe quel labo, que les comportements humains ne sont globalement pas très différents de ce qu'on peut trouver dans n'importe quelle entreprise. Ils sont même d'ailleurs parfois exacerbés, du fait de l'absence de hiérarchie claire et d'"agenda" commun...

Après, je ne construis pas non plus mes collaborations en consultant le h-index des gens à qui je vais parler... mais il est vrai aussi que je cherche plutôt à collaborer avec des gens que j'estime plus intelligents que moi: pour le coup, on peut voir ça comme une démarche carriériste, mais honnêtement je suis la dans une démarche scientifique: on fait ce métier pour apprendre des choses, on peut côtoyer plein de gens extrêmement brillants intellectuellement donc autant ne pas se priver de ce point de vue là.
Quant à l'"honnêteté intellectuelle", je nuancerais: effectivement, il faut "vendre son travail" notamment pour publier dans certaines revues. Publier dans ces revues, hélas, est nécessaire dans certains domaines scientifiques pour espérer décrocher un job permanent (et le garder).    
Ce n'est pas encore le cas dans le mien. On peut donc publier dans des bons journaux spécialisés sans être grillé scientifiquement, et dans ces journaux on peut ne pas surjouer, même si on va bien sûr plus insister sur ce qui a marché que le contraire.  
Idem dans les conférences: il est de bon ton, surtout lorsqu'on est invité, de se passer quelque peu la brosse à reluire, mais il en existe encore (notamment les Gordon, créées et réputées pour ça) dans lesquelles le but est de présenter des idées neuves (et potentiellement fausses), des travaux non publiés, et de discuter à bâtons rompus. Et puis, de façon générale, on discute quand même ouvertement et en laissant tomber son costume de vendeur de bagnoles dès que le cadre formel de la conférence est derrière nous, je trouve.
Donc à ce propos, "certain researchers attack, in the bad way, other researchers’ work. Perhaps the most common manifestation of this is via peer reviews, where these people abuse their anonymity to tell you, in no ambiguous terms, that you are an idiot and that your work isn’t worth a pile of dung. Occasionally, some have the gall to do the same during conferences", nous avons tous des anecdotes à raconter à ce sujet, mais je reste persuadé que c'est un comportement minoritaire.

 

 

 

"Perhaps the most crucial, piercing question that the people in academia should ask themselves is this: “Are we really needed?” Year after year, the system takes in tons of money via all sorts of grants [...to] produce some results. In many cases, these results are incomprehensible to all except a small circle, which makes their value difficult to evaluate in any sort of objective manner. In some rare cases, the incomprehensibility is actually justified. In many cases, however, the result [...] is close to useless in application.
[...] There often does not appear to be a strong urge for people in academia to go and apply their result, even when this becomes possible."

 

Je vois la une approche utilitariste de la recherche à laquelle je n'adhère pas vraiment, voire pas du tout, bien que je travaille dans un domaine où les collaborations avec les industriels sont extrêmement fréquentes, jusqu'à représenter pas loin de 100% des sources de financement dans mon labo en particulier. Je travaille moi-même avec des industriels, il m'est arrivé de (faire) déposer des brevets, mais je l'avoue sans honte, la démarche "produit", "commercialisation" ne m'intéresse absolument pas. En clair, je suis très content que ce que je fais puisse servir, mais j'estime que ce n'est pas un prérequis à mon implication dans un projet, et encore moins mon job de travailler sur l'application. J'adhère parfaitement à ce que m'a dit un jour un grand ponte industriel (et ancien chercheur académique réputé): ce n'est pas le même métier. Donc qu'on donne éventuellement des moyens aux chercheurs de valoriser leurs recherches est une bonne chose, qu'on imagine que tout chercheur doit être un entrepreneur (au mieux) ou la "petite main" d'un grand groupe industriel (au pire) est un non-sens. En bref, quand je collabore avec des industriels, il faut aussi qu'il y ait un avantage autre que financier pour moi, à savoir qu'il y ait un minimum de challenge intellectuel (une question scientifique raisonnablement intelligente sur laquelle travailler) et de liberté.

 

Sur le même registre, je suis plus d'accord avec 

"The good, healthy mentality would naturally be to work on research that we believe is important. Unfortunately, most such research is challenging and difficult to publish, and the current publish-or-perish system makes it difficult to put bread on the table while working on problems that require at least ten years of labor before you can report even the most preliminary results. Worse yet, the results may not be understood, which, in some cases, is tantamount to them being rejected by the academic community."
et 
"The black hole of bandwagon research: indeed, writing lots of papers of questionable value about a given popular topic seems to be a very good way to advance your academic career these days. The advantages are clear: there is no need to convince anyone that the topic is pertinent and you are very likely to be cited more since more people are likely to work on similar things. This will, in turn, raise your impact factor and will help to establish you as a credible researcher, regardless of whether your work is actually good/important or not. It also establishes a sort of stable network, where you pat other (equally opportunistic) researchers on the back while they pat away at yours."

 

Il est vrai que le chercheur actuel est généralement hyper-spécialisé, mais il serait difficile qu'il en soit autrement. A mesure que la connaissance avance, repousser ses frontières (pour paraphraser l'ANR) exige de travailler sur des problèmes de plus en plus "pointus", et donc obscurs pour 99.99% de la population. Mais ne nous leurrons pas, il n'y a pas d'alternative où l'on pourrait encore aujourd'hui trouver des philosophes-mathématiciens-chimistes-physiciens comme Descartes ou Pascal, et on ne peut pas baser un système sur les quelques exceptions comme feu de Gennes, capable d'apporter au cours de sa carrière des contributions majeures dans la physique de deux domaines extrêmement différents.

Toutefois, je pense comme l'auteur qu'effectivement, le système de recherche sur projets et l'importance générale accordée aux métriques d'évaluation favorise l'absence de "prise de risque individuelle", et le développement de recherches "incrémentales" qui n'apportent pas de grands bouleversements en termes de connaissances. La multiplication des revues est probablement un autre facteur (cause ou conséquence du point précédent?) qui favorise la "dispersion de l'information".

 

Enfin, pour conclure (il y aurait encore beaucoup à dire mais ça commence à faire long):

"I sometimes find it both funny and frightening that the majority of the world’s academic research is actually being done by people like me, who don’t even have a PhD degree. Many advisors, whom you would expect to truly be pushing science forward with their decades of experience, do surprisingly little and only appear to manage the PhD students, who slave away on papers that their advisors then put their names on as a sort of “fee” for having taken the time to read the document. Rarely do I hear of advisors who actually go through their students’ work in full rigor and detail, with many apparently having adopted the “if it looks fine, we can submit it for publication” approach.
Apart from feeling the gross unfairness of the whole thing – the students, who do the real work, are paid/rewarded amazingly little, while those who manage it, however superficially, are paid/rewarded amazingly much – the PhD student is often left wondering if they are only doing science now so that they may themselves manage later. The worst is when a PhD who wants to stay in academia accepts this and begins to play on the other side of the table. Every PhD student reading this will inevitably know someone unlucky enough to have fallen upon an advisor who has accepted this sort of management and is now inflicting it on their own students – forcing them to write paper after paper and to work ridiculous hours so that the advisor may advance his/her career or, as if often the case, obtain tenure. This is unacceptable and needs to stop. And yet as I write this I am reminded of how EPFL has instituted its own tenure-track system not too long ago."

 

 

Là encore, du vrai mais quelque peu exagéré ou généralisé à mauvais escient, et sans doute un peu de naïveté aussi sur les alternatives possibles.

Que la majorité du "travail de recherche" soit effectué par des étudiants en thèse ou en master, ou des chercheurs post-doctorants est une évidence. Que cela soit une mauvaise chose l'est selon moi beaucoup moins.
C'est tout du moins, notons-le, un mode de fonctionnement assez naturel: dans la plupart des grands groupes que je connais, le "travail de recherche" est effectué par des techniciens, si l'on entend par ce terme la réalisation d'expériences voire leur analyse, sous la supervision d'ingénieurs et de PhD, eux-mêmes largement mieux payés que les techniciens (attention, je ne compare pas le travail d'un doctorant à celui d'un technicien - autre sujet qui agite parfois la communauté-, je parle ici simplement d'"organisation"). 
La thèse est une formation par la recherche, il me semble important que le doctorant soit donc l'acteur principal de son projet, même si celui-ci est souvent défini en amont (et encore, pas partout: dans mon laboratoire US, le futur advisor se contentait de donner quelques pistes aux nouveaux arrivants, l'expression décrivant ensuite le début de la thèse est d'ailleurs révélatrice: "go mess around in the lab") et que le directeur soit avant tout un mentor (j'en avais déjà parlé).
Quant à l'encadrant tyrannique imposant le travail forcé à ses étudiants et se contentant de mettre son nom sur des papiers qu'il n'a fait que relire et encore, on a tous aussi, comme plus haut, des histoires à raconter, entendues ou vécues, mais cela reste, je crois, peu répandu. Il ne me viendrait pas à l'idée de prétendre que mes chefs passés ne m'ont rien apporté, et pourtant ils ne sont jamais venus maniper avec moi (si, en gros une demi-journée pour l'un de mes co-directeurs de thèse).
On pourra me reprocher d'être l'abusé devenu abuseur décrit dans la lettre, mais sincèrement je ne pense pas, et si je suis parfois nostalgique de mes années de thésard, c'est parce que finalement, la paillasse sans "responsabilités" autres que produire des résultats avait un certain confort. La conception du "chef" (même si le sens du mot dans l'académique a une valeur toute relative) comme le mec bien payé (là aussi, tout est relatif) qui s'astique le manche en attendant que les loufiats se décarcassent pour en tirer toute la gloriole me semble peu en phase avec la réalité. Définir un projet pertinent, le financer, recruter, le suivre, le recentrer, guider l'étudiant ou le post-doctorant et le faire pour plusieurs projets en parallèle, en plus d'activités annexes mais chronophages, n'est pas forcément évident.
Je reconnais cela dit que ce n'est pas ce à quoi thèse et contrats post-doctoraux nous préparent le mieux. Encore que, indirectement, il n'est pas dit que cela ne soit pas une conséquence: définir son projet de recherche original et personnel (à un certain degré) grâce au cumul de ses expériences, fondés sur des projets plus ou moins définis en amont par d'autres, en contribuant parfois à obtenir les financements, etc. 
C'est également une évolution de "carrière" là encore assez naturelle: dans un centre R&D privé, un bon ingénieur (même sans parler de ceux qui finissent par aller vers le management pur) obtiendra assez rapidement des responsabilité de chef de projet, chef d'équipe ou de département etc, dans lesquelles il s'éloignera nécessairement peu ou prou de la "technique pure". Cela ne rend pas le travail inutile ni la personne "vendue". Non, je ne fais pas le même boulot que quand j'étais en thèse, mais non ça ne me déplaît pas et je ne me considère pas comme inutile, comme un mauvais scientifique ou un imposteur, en tout cas pas tous les jours (on a tous ses moments de doute...).

Quant à l'alternative au chercheur permanent "manager" (eg chef d'équipe, en charge de trouver le budget, d'écrire les projets, de donner la direction scientifique générale), quelle peut-elle être?
Le chercheur permanent "à la paillasse"? Jusqu'à il y a peu, c'était la norme en France, et cela reste assez fréquent dans certains domaines même si ça tend à se perdre dans d'autres (peut-être moins pour les chercheurs des EPST que pour les enseignants-chercheurs). L'inconvénient potentiel de cette façon de faire c'est de "créer" des profils de chercheurs encore plus le nez dans le guidon que ce qui était reproché précédemment (la recherche sur projets à plein de défauts, mais écrire une proposal et "gérer un projet" permet quand même, si on le fait bien, de prendre un peu de hauteur). J'ai un collègue qui lors de son HDR a remercié publiquement "son chef", eg le professeur qui l'avait recruté en thèse, puis gardé en post-doc, puis recruté en MCF, et qui a ouvert pour la 1ère fois un document ANR cette année. Alors oui, il publie beaucoup et il connaît très bien les manipes, est-ce pour autant un modèle alternatif à suivre face au modèle anglo-saxon, je n'en suis pas sûr?
Sauf à imaginer passer à l'échelle internationale à un mode de financement sur crédits récurrents, mais je crains que cela ne soit guère une option. Même si cela l'était, l'expérience française des décennies précédentes montre que ce n'est pas un remède à la recherche "de niche", bien au contraire (quand on n'a pas de compte à rendre, on bosse sur ce qu'on veut, comme on veut, même si ça n'intéresse que nous - ou parfois, on ne bosse pas).
Du côté des doctorants, cela peut aussi, je pense, avoir tendance à donner des chefs "invasifs" et, j'y reviens, à transformer le thésard en technicien supérieur. 
 
Que l'uniformisation actuelle vers un modèle dérivé de la "tenure-track" n'ait que des avantages, certes non. Qu'il y ait des modèles objectivement meilleurs à tous points de vue, je n'en suis par contre pas certain.
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Published by mixlamalice - dans La recherche
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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 10:29

Cette semaine, les enseignants-chercheurs de mon établissement reçoivent une "notice explicative" concernant l'utilisation d'un nouveau service administratif, mis en place à peine 11 mois auparavant. Ce nouveau service, au coeur de la vie de l'institution, nous sert au moins de façon hebdomadaire: de facto, nous avons donc tous déjà eu affaire à ses personnels et du, bon gré mal gré, apprendre "sur le tas" son fonctionnement*.

 

 

En parallèle, j'ai reçu en recommandé mon avis de changement d'échelon, qui aura lieu en ... août 2014**. 

 

 

* Cela dit, la "notice" faisant un recto-verso en police 12 avec des photos, on peut espérer que sa rédaction n'a pas été une perte de temps trop longue pour la personne en charge.

 

** Information qui plus est de toute façon totalement inintéressante, puisque les durées entre échelons sont bien connues (visible sur le site du ministère par exemple), les passages d'un échelon à l'autre automatiques, et les dates de changement consultables sur notre dossier personnel en ligne. Mais bon, c'est gentil de nous tenir informés.

 

P.S.: Je suis bien conscient qu'il est facile de se moquer et que ces deux évènements n'ont rien à voir l'un avec l'autre, mais ce 11 mois de retard d'un côté, 10 mois d'avance de l'autre, la même semaine, m'a fait sourire, et je ne peux m'empêcher de me remémorer le récit de ce post-doctorant américain en quête de sa carte vitale.

Malgré ses déboires, son principal problème a été "philosophique": en bon anglo-saxon cartésien, il était tout à fait prêt à se plier à autant de règles que nécessaires, même inutiles, du moment qu'elles étaient claires. Or, il n'y a pas de règles, ou plutôt elles sont pour plein de raisons évolutives et donc impossibles à comprendre. Cela l'a rendu fou.

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 08:56

Les règles administratives liées à gestion des activités de recherche, en France, sont je pense globamement pénalisantes tant pour le bon fonctionnement d'un organisme que pour la qualité de la production.

On peut lister rapidement (je l'ai déjà fait plus souvent qu'à mon tour) une non réactivité absolue, une volonté de surmultiplication des contrôles a priori et d'engagement par signatures, l'incapacité à parler anglais quand ce n'est pas à comprendre que le fournisseur matériel ne se trouve pas toujours dans nos frontières et que les étrangers n'ont pas forcément un RIB société générale, les problèmes financiers des organismes -multipliés depuis la RCE- qui poussent à faire de la rétention de crédits, les périodes de clôtures budgétaires infiniment longues, le refus de la responsabilité ("moi j'y peux rien c'est la règle - ou c'est la faute du service d'à côté- ou encore, mais nous sommes en sous-service soyez indulgents") voire parfois la méconnaissance des dites règles poussant à la création de procédures purement internes qu'on présente comme essentielles, l'obsession des fournisseurs marchés publics qui vendent tout sauf ce qu'on cherche, l'amour très 80's du papier rendant quasi impossible l'"achat en ligne", qui n'en déplaise aux huiles, s'est suffisamment démocratisé pour concerner aujourd'hui autant Sigma-Aldrich qu'Amazon, et j'en passe...

 

En clair, ça explique qu'il faille 2 semaines pour commander un bécher, pas loin d'1 an pour du matos à quelques dizaines de kilos euros, et 6 mois pour se faire rembourser son congrès à Chalon-sur-Saône. Qu'on apprenne par le fournisseur 2 mois plus tard qu'un contrat a été annulé unilatéralement par l'administration sans raisons explicites, comme cela m'est arrivé récemment. Qu'il faille fréquemment une dizaine de coups de fils à 3 interlocuteurs différents pour faire bouger le schmilblick là où, dans un monde où les choses fonctionneraient bien, il suffirait de donner le devis à la bonne personne. Voire, soyons fous, de passer nous-mêmes nos commandes au moins pour les "consommables", par le biais d'une carte alimentée par nos contrats recherche, comme cela se pratiquait, visiblement sans problèmes majeurs, dans mon département américain. 

 

Et donc, ce qui se passe, c'est que les laboratoires ou organismes suffisamment puissants/prestigieux/à la pointe scientifiquement n'ont qu'une priorité: trouver un moyen de contourner ces règles.

 

Fleurissent ainsi des organismes de gestion internes (au laboratoire ou à l'institution), bien réels même si je m'explique difficilement leur existence ou la possibilité même de leur existence (des vestiges d'un temps ancien peut-être, ou un symbole de "puissance" suffisante pour s'affranchir des règles du tout-venant comme évoqué plus haut ? - ce qui ne serait pas impossible, nous sommes en France où les vestiges de l'ancien régime perdurent, mais j'y reviendrai en conclusion-).

 

Donc, ces organismes de gestion s'occupent de vos contrats recherche (j'imagine qu'il s'agit dans une très grande majorité de contrats avec des partenaires industriels, mais je connais aussi des organismes qui peuvent gérer des ANR et autres), et contrairement aux services centraux universitaires ou EPST, ils ont le bon goût d'être réactifs et de ne pas poser de questions, en échange d'un prélèvement plus ou moins élevé (souvent substantiel d'ailleurs) sur les dits contrats.


Les avantages, c'est entre autres qu'on s'affranchit des fournisseurs marchés publics et que l'on peut acheter où on veut, que les gestionnaires se démerdent avec votre devis et que vous avez le temps de faire des choses plus intéressantes, qu'on peut avoir des avances relativement facilement et être remboursé rapidement, qu'on peut inviter un industriel, lorsqu'on évoque un partenariat de 3 ans à 200k€ ailleurs qu'au couscous-PMU d'en face parce que sinon on dépassera le plafond de remboursement, ou loger ailleurs que dans le 1* qui sert aux passes en face de la gare quand on part en mission dans une ville chère, etc. Cela permet sur des reliquats de financement de payer quelqu'un qui n'était pas prévu quelques semaines-mois de plus, de donner un complément de salaire ou de s'affranchir des grilles de la fonction publique pour certains candidats, de ne pas être bloqué deux mois sans pouvoir passer une commande parce que les comptes sont fermés...

Bref, pour résumer, le gros avantage c'est de donner la flexibilité et la réactivité qui, qu'on le veuille ou non, sont nécessaires pour faire de la recherche de qualité dans un contexte de "compétition internationale" (dont je ne discuterai pas ici le bien-fondé, mais qui existe), tout au moins dans les domaines assez expérimentaux que je fréquente.

 

 

Mais il y a aussi des inconvénients potentiels, que l'on peut imaginer facilement tant ils sont corrélés aux avantages, et que l'on peut résumer comme suit: les risques de dérives.

Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais j'ai été témoin, direct ou indirect, ici et là, de pratiques "douteuses" au moins d'un point de vue de l'éthique: contrats de partenariats industriels dont une partie des crédits finissent dans la poche du chercheur sous couverts d'activités de "consulting" (on peut aller faire directement du consulting avec la boîte, pas de problèmes, mais se payer un complément de salaire sur les crédits d'accompagnement quand on a une thèse ou autre avec un industriel, ce n'est pas pareil), utilisation de crédits pour le paiement de voyages persos ou de matériel qui n'est visiblement pas à l'usage du laboratoire (changer d'ordi portable tous les 6 mois, ce n'est pas très raisonnable) quand ce n'est pas encore plus direct.

J'ai également beaucoup entendu gloser sur le salaire du responsable d'une telle structure, qui atteignait les 200k€ annuels. Les sources sont multiples et pour certaines de première main, et je crois donc à la véracité de cette assertion même si la seule chose que je peux confirmer c'est que le type se ramenait en Porsche Cayenne ou Audi Q7 (je ne suis pas très voiture) le matin et que sa voiture se remarquait bien au milieu des Corsa des chercheurs. 

 

 

En conclusion, c'est me semble-t-il un schéma assez typique par chez nous: par crainte de dérives (tout utilisateur étant un fraudeur en puissance), on crée un système ultra-rigide où il y a quasiment plus de contrôleurs que d'acteurs, qui paralyse le tout-venant.

Ceux qui ont les moyens, le pouvoir, la réputation nécessaires font alors en sorte de s'en affranchir pour mettre en place un système complètement opaque et hors de tous les règlements en vigueur. Qui permet de se donner les moyens de son ambition, mais parfois au détriment de certaines bases déontologiques.  

C 'est par exemple, si j'ai bien compris, ce que la Cour des Comptes a expliqué à propos de l'IEP Paris période Descoings et la défense de l'institution fut d'ailleurs en gros "nous nous sommes donnés les moyens de l'excellence et il n'y en a pas d'autres". 

 

 

Aucune de ces deux options, l'une étant la conséquence logique de la mise en place de l'autre, ne me semble très positive. Je reste persuadé que les fraudeurs sont ultra-minoritaires et que leur proportion n'est pas directement impactée par la qualité des contrôles (eg qu'il y a une proportion toujours à peu près constante de gens qui seront prêts à passer beaucoup de temps pour détourner le système à leur avantage) et qu'il est donc absurde de bâtir tout un protocole sur la mise au pas de cette minorité.

Si l'on donnait aux 99% de gens honnêtes et consciencieux les moyens et la liberté d'être efficaces, on éviterait de créer des systèmes parallèles qui ne font que conforter encore plus une recherche à 2 vitesses et incitent à la pratique de méthodes douteuses, mélange de culture "latine" et de préservation d'une caste persuadée qu'elle est intellectuellement au-dessus des règles contraignantes qu'elle définit pour la populace.

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