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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 15:43

Après presqu'un trimestre, voici un petit compte-rendu d'une soirée au restaurant la Scène de l'hôtel Prince de Galles (33 avenue Georges V, Paris 8, http://www.restaurant-la-scene.fr/fr/, de S. Le Quellec, qui avait gagné la deuxième saison de Top Chef (en étant chef de cuisine de l'hôtel Terre Blanche, 2 étoiles à l'époque, sous les ordres de Franck Ferigutti MOF, si je ne me trompe pas).

 

Pas de surprise au départ, on est dans un hôtel de luxe aux abords des Champs-Elysées. La salle du restaurant, réouvert au début 2013, par contre a de la gueule. C'est moderne mais bien foutu, assez lumineux malgré l'espace clos (beaucoup de marbre et de tons clairs) et aéré, avec la cuisine ouverte au centre de la salle, qui oblige la brigade à travailler avec discrétion (pas d'ambiances à la Gordon Ramsay possibles). L'éclairage a été hyper travaillé pour mettre en valeur l'assiette, avec carrément des spots au plafond qui pointent dessus: idéal pour les tarés qui prennent en photo leurs plats.

 

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La carte est organisée en 4 "actes", en clair, entrée poisson viande dessert (le fromage s'appelant "entracte"). Les 4 actes sont à 120€ (125 aujourd'hui). Ce sera notre choix (l'autre étant, le soir, le menu dégustation en 6 services à 160 - 165€ aujourd'hui).

La carte des vins, une fois n'est pas coutume dans un palace, me semble avoir des coefficients relativement raisonnables et ne propose, en tout cas pour l'instant, que peu de bouteilles destinées aux millionnaires russes (peut-être parce qu'elle est de constitution récente). Après discussion avec le sommelier, je choisis un Bourgogne Chardonnay de Mikulski, 2011, vendu à 62€ si je me souviens bien (contre une vingtaine chez le caviste). Un bon bourgogne, dont j'envisage d'acheter quelques bouteilles si je tombe dessus, et que j'ai demandé au serveur de sortir du seau au milieu de l'entrée pour qu'il monte en température tranquillement au fil du repas. Il nous accompagnera bien tout du long.

 

Bien sûr, nous avons toujours la faiblesse de commencer par une coupe de champagne malgré les marges; c'est ça de ne faire ce genre de restos que pour des occasions à fêter (et d'être alcooliques).  C'est accompagné de mini-pissaladières revisitées. C'est avouons-le un peu éloigné de l'esprit initial de ce plat traditionnel niçois, mais c'est un travail de précision assez impressionnant, et excellent.

 

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La pré-entrée m'échappe un peu, je crois qu'il s'agit d'une sorte de blanc-manger au céleri avec du thon. Que mon oubli ne vous refroidisse pas, c'était bien exécuté et assez imaginatif.

 

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Mon entrée: langoustines pochées minute, verveine, avocat fumé, bouillon de crevettes grises.

 

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Celle de Priscilla: légumes de chez Thiébault encore croquants, huile bergamote, amande, brousse sorbet aux herbes.

 

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Poisson:

Pour moi, turbot sauvage cuit sur l'os, caviar de sologne, courgette-fleur, citron, oignon doux.

Pour Priscilla, homard bleu rôti, abricots, girolles, pomme ratte, mimolette vieille.

 

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Viande: 

Pour moi, ris de veau, pommes dorées, girolles, dattes, lomito, écume talégio.

Pour Priscilla, veau de lait limousin, côte rôtie, compression de romaine, agnolotti buratta, citron confit.

 

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Nous partageons une assiette (préparée, pas issue d'une plateau) de fromages pour 2 (qui ne nous sera pas facturée, précisons-le).

Suit un pré-dessert, et ensuite pour moi, figue fraîche, shiso, dacquoise, noix.

Et pour Priscilla, abricots, coriandre, biscuit amande.

 

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Enfin, avec le café, quelques mignardises servies dans une grosse boîte à tiroirs avec à l'intérieur une sculpture en chocolat (peut-être le seul truc d'un goût discutable jusque là).

 

Bon, je n'ai pas détaillé chaque plat, mais vous pouvez juger d'après les photos que toutes les assiettes sont extrêmement graphiques, très contemporaines. C'est beau, vraiment.

Et c'est aussi excellent, toujours parfaitement équilibré et juste. Dans l'air du temps, avec des "contrepoints" (croquant-fondant, terre-mer, aigre-doux...), mais tous les ingrédients (hormis peut-être le petit tic des émulsions, qui ne m'avait pas marqué sur le coup mais que je vois sur les photos) ont un sens et sont parfaitement dosés.

Vraiment une belle cuisine, personnelle (je n'ose dire féminine), limpide, avec des produits nobles. Pour chipoter, on peut juste trouver que le sorbet au basilic prenait un peu trop le pas sur les légumes.

 

Le service est très gentil, mais encore un peu frais émoulu de l'école hôtelière, il veut trop en faire et on sent qu'il a encore du mal à savoir rester discret tout en étant tout le temps présent, la plus grande qualité des maisons d'exception.

Le rythme est aussi un peu rapide, surtout tant que la salle est peu remplie (elle ne commencera à l'être que vers 21h), à tel point qu'alors que nous ne sommes là que depuis 45 minutes - 1 heure et avons déjà fini notre poisson, je demande aux serveurs de ralentir un peu. La suite se déroulera avec un tempo plus agréable, laissant le temps d'apprécier le moment, et nous passerons finalement 2h30 à table, pas inhabituel dans ce genre de repas. Je précise ceci car c'est un problème qui a déjà été signalé ailleurs.

 

 

Avec le menu, le vin, deux coupes, de l'eau, et deux cafés, l'addition s'est monté à 180-190€ par tête. A mon sens, l'un des meilleurs repas de l'année si ce n'est le meilleur. En étant plus sobre, on peut rester sous la barre des 150, et le menu déjeuner est à 60. Le brunch est paraît-il une tuerie, si j'en crois Louise et V. Delmas mais à 98€ tout de même (je pense qu'on ne m'y verra pas...).

 

Nous repartons avec un exemplaire de la carte ("trophée" que j'aime bien récupérer dans les gastros), avec en prime une dédicace sympathique de la chef.

 

 

S'ils n'obtiennent qu'une étoile en 2014, ce qui semble le minimum, les prix n'augmenteront probablement pas trop; mais s'ils en gagnent 2, ce qui du strict point de vue de l'assiette me semble largement les valoir (ça n'engage bien sûr que moi), je pense qu'on peut s'attendre à une flambée des tarifs... pour comparer avec d'autres palaces ou bi-étoilés de la capitale, et au vu des produits servis (turbot, ris de veau, homard, langoustine...), le menu en 4 actes à 150-160 ou le menu dégustation à 200 ne me sembleraient pas scandaleux... Donc mon conseil, allez-y tant qu'il est temps, ça vaut le coup.  

 

 

 

PS: dédicace à Docadn, et son article http://escapades.over-blog.fr/2013/12/auberge-du-pont-d-acign%C3%A9-%C3%A0-noyal-sur-vilaine.html qui a contribué à me motiver à enfin écrire cet article.

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 10:26

Le facteur d'impact, ou impact factor (IF) est l'une de ces métriques à la mode qui gouvernent désormais la vie des scientifiques (et qu'ils se sont, j'ai l'impression, dans une certaine mesure, auto-imposés, comme le h-index; c'est un peu l'équivalent du porsche cayenne dans notre milieu, un substitut phallique, ou, dit autrement, "qui qu'à la plus grosse").

 

En deux mots, c'est un nombre censé indiquer la visibilité d'une revue scientifique, donc un mélange de "popularité" et de "qualité scientifique". Le calcul a été développé par la base de données ISI, et très simplement, il consiste, pour une année donnée, à additionner le nombre de citations de tous les articles parus les deux années précédentes d'une revue, puis diviser par le nombre d'articles publiés par la revue pendant cette période.  

Bref, à la grosse louche, c'est le nombre moyen par an de citations d'un article (en supposant que l'indice est stable dans le temps, ce qu'il devrait être s'il était bon, mais qu'il n'est pas nécessairement, voir plus bas), et plus ce nombre est élevé, plus la revue est lue et citée, et donc plus votre article a de chances de l'être. Ca, c'est en théorie, puisque certaines revues ont en fait une distribution bimodale de citations, comme Nature par exemple, qui a quelques articles énormément cités et beaucoup d'articles très peu cités, de sorte que la valeur moyenne n'a finalement pas beaucoup de sens.

Il y a d'autres défauts, comme pour le h-index, que vous pouvez lire sur la page wikipédia en lien, mais il se trouve que ce chiffre a pris une importance considérable, tant dans la communication des éditeurs de revues, que dans la carrière des chercheurs, à tel point qu'il n'est pas rare d'entendre demander "tu l'as publié où?" avant "ça parle de quoi?" au sujet d'une étude.

L'avantage pouvant être, pour les recrutements (et parfois les avancements pour des personnes jeunes) de s'"affranchir" (même si indirectement et de façon un peu biaisée) de la problématique du temps d'incubation des papiers nécessaire à leurs citations. Le corollaire, c'est qu'il devient impossible dans certains domaines d'être recruté sans avoir dans son CV au moins un "gros papier", eg pas un papier nécessairement très cité, mais un papier publié dans une revue à fort IF (la notion de "fort" dépendant du domaine, mais souvent, disons, supérieur à 20).

 

Essayons quand même de voir si en première approche, il y a une corrélation entre nombre de citations d'un papier et impact factor de la revue dans laquelle le papier est publié.

A priori, le nombre de citations est le véritable juge de paix de la qualité d'un papier, même si là aussi il faut nuancer un peu: papier passé sous le radar, justement parce que sorti dans une revue obscure - c'est le cas d'un certain nombre de papiers pendant la guerre froide, publié dans des revues d'Europe de l'Est en version orginale... ou bien papier auto-cité (même si, au-delà d'un certain nombre de citations, il est difficile de croire qu'elles viennent toutes de l'auteur lui-même ou de ses copains)... papier très cité parce qu'il a raconté des conneries (souvent en étant le "pionnier" d'une thématique)... et enfin, effet "buzz", un peu comme pour les vidéos youtube: au-delà d'un certain nombre de citations, on finit par citer le papier parce que tout le monde le cite (notamment dans le cas de reviews)... mais bref, faisons l'hypothèse qu'un papier très cité est un bon papier qui a fait avancer le domaine.

 

 

J'aurais bien pris mon cas pour étude, mais avec ma dizaine de papiers et mon histoire de publications qui remonte a à peine 7 ans, ce serait un peu léger statistiquement.

Alors j'ai combiné trois jeux de données, à partir des papiers de mes ex-chefs et de la base ISI Web of Knowledge.

Je me suis intéressé aux papiers pré-2010 (inclus). Le domaine de recherche est celui de la Science des Matériaux, plus précisément des matériaux polymères.

Quelques détails quant aux données:

- Cas 1: Directeur de Recherches CNRS, un peu plus de 50 ans. Pas une superstar, mais quelqu'un de reconnu internationalement. h-index environ 35, . Quelque chose comme 120 publis peer-reviewed en un peu plus de 20 ans de carrière (de 1991 à 2013). Plutôt mécanicien/physicien initialement, plus matériaux et physico-chimiste aujourd'hui. L'échantillonnage est sur 85 papiers, représentant 3426 citations et 27 journaux différents.

- Cas 2: PU d'une bonne université française, même âge, mêmes années de publication. Reconnu nationalement. h-index de 20 à 25, environ 60 publis. Plutôt chimiste/physico-chimiste. Echantillonnage sur 42 papiers, 1397 citations et 11 journaux.

- Cas 3: Full Professor d'un bon département US, 40 ans (Full Prof à 38-39 ans, Associate à 34-35, Assistant à 29). Considéré comme un "jeune qui monte" depuis pas mal de temps aux US, commence à avoir une reconnaissance internationale. Publie depuis 1997, environ 90 publis, h-index de 20 à 25. Plutôt mécanicien/physicien et ingénierie. Echantillonnage sur 47 articles, 1299 citations et 18 journaux (la structure américaine de travail fait que le nombre de publis a tendance à croître exponentiellement avec la taille du groupe, donc il y a environ 30-40 articles sur les années 2011-2013, qui n'ont pas été pris en compte)

 

Sur le total, on a donc 37 journaux différents. Je n'ai pas pris en compte ceux qui ont disparu entre temps, et il doit en manquer deux ou trois pour lesquels j'ai eu du mal (ou la flemme) à trouver l'IF. J'ai pris l'IF 2012 dans la plupart des cas, même s'il aurait peut-être fallu prendre l'IF de l'année de publication (mais difficile de trouver ceux des années 90...). Cela dit, sur les 10 dernières années, hormis cas assez rares où la publi explose ou au contraire ceux où elle tend à disparaître, c'est généralement relativement stable avec une légère inflation (disons, typiquement, un IF passera de 4 à 5 en 10 ans). Les IF des revues concernées oscillent entre 0.8 et 14.8, ce qui me semble un assez large spectre. En dessous de 1, c'est très obscur, au-dessus de 8-10, c'est une revue généraliste de référence (eg, PRL) ou "à la mode", même si ça n'atteint pas les 20 et plus de Nature (et de ses spin-offs) et de Science. Dans le domaine des polymères, les revues spécialisées oscillent, à un chouïa près, entre 2 et 5, et on est plutôt content si on publie tout le temps dans cette gamme là.

 

donnees-brutes.jpg

Légende: losange bleu, cas 1. Triangle vert, cas 2. Cercle violet, cas 3.

 

J'ai enlevé un point unique à 350 citations ou quelque chose comme ça, histoire que ça soit plus "lisible". Bon, malgré tout, on ne voit rien de bien concluant. Ou alors, si vous vous voyez quelque chose, je suis preneur en commentaires...

 

Du coup, je me suis dit qu'il fallait normer par le nombre d'années depuis la publication, et que peut-être ça aiderait à voir quelque chose (un papier publié depuis 15 ans ayant plus de chances d'être beaucoup cité qu'un sorti depuis 5, à "niveau égal").

 

normalisation.jpg

Mêmes symboles, en rouge la droite de pente 1

 

Hélas (c'est là qu'est l'os), ça reste hyper bruité, et il me semble difficile de conclure grand chose.

La droite en rouge est une espèce d'"extension de l'IF sur x années", ce qui est au-dessus pourrait donc être qualifié de "mieux cité" que la moyenne du journal, en-dessous de moins bien cité. 

Sur les trois jeux de données, il y a 37% des articles au-dessus de la droite (et 5% moins de 10% en-dessous). Si on individualise, c'est 45% au-dessus dans le cas 1, 26% pour le cas 2, 32% pour le cas 3. On peut donc sans doute corréler ça un minimum à la reconnaissance par les pairs de la carrière scientifique, mais l'effet n'est pas bluffant...

On peut essayer de définir un critère de "bon papier" (ou plutôt de papiers "très cités"): on peut voir un gap entre en-dessous de 10 citations/an et au-dessus. Difficile de discriminer entre les 3 cas aussi (on varie entre 3 et 6% sur le nombre de papiers).

On peut essayer a contrario d'identifier un critère de "mauvais papier" (ou plus politiquement correct, de papier peu lu ou peu visible), qui apparaît moins clairement, et que l'on peut donc définir semi-arbitrairement comme inférieur à 1 citation/an. La aussi, entre les cas 1 et 3, ça varie entre 7, 14 et 8% mais avec un échantillonnage finalement assez faible (respectivement 6,6 et 4 papiers).


Si on regarde par journal, difficile de trouver une vérité générale aussi, même si on peut être tenté de dire qu'il y a une proportion plus forte de points au-dessus dans les IF inférieurs à 2.5 (dans les 60%), mais l'échantillonnage pour les IF supérieurs à 6 est aussi beaucoup plus faible... De plus, ils ne sont pas très au-dessus de la droite, ce qui veut dire qu'ils sont plutôt mieux cités que la moyenne des articles dans ces journaux, mais pas qu'ils sont très cités en valeur absolue (au-dessus de 10 citations/an en moyenne).

Pour le journal le plus utilisé, celui à IF = 5.5 (47 articles soit 27% du nombre de points), on est à 25% au-dessus de la droite. Il y en a 10% qu'on peut qualifier de "très cités".

Pour le 2ème plus utilisé (IF = 3.5) (17 articles), on est à 30%, mais seulement 5% au-dessus de la limite "très cité"...

 

 

Bref, pas vraiment de corrélation claire entre nombre de citations d'un article et journal dans lequel il est publié. Peut-être une indication que les outils bibliographiques sont efficaces et qu'un bon article qui fait avancer le schmilblick ne passera plus sous le radar s'il n'est publié "que" dans une revue "honnête". On pourrait aussi être tenté de dire, au vu des données, que pour la communauté, les articles qui servent sont plus dans les journaux "spécialisés" que dans les revues "généralistes", mais je surinterprète peut-être et il se peut également que, même si c'est vrai, ce ne soit qu'un biais lié au domaine scientifique observé (les biologistes ne publiant quasiment que dans des journaux d'IF élevés - en tout cas comparativement à ce qu'on a en science des matériaux-, il y a sûrement moins de distinguo).

 

Voila, je laisse les amateurs de big data ou les gens plus doués que moi pour automatiser des collectes de données (les "numériciens") faire ça sur un échantillon plus vaste si ça les amuse. Ou alors, donner des idées pour traiter/plotter les données... voire donner des liens vers des études similaires, j'imagine que ça a déjà du être fait en mieux ailleurs...

 

 

Merci à @JaromilD pour l'idée même si le résultat n'est pas très concluant (c'est peut-être ça la conclusion intéressante), et je renvoie vers Gaïa qui a fait des choses un peu similaires, sur l'IF et sur le h-index.

 

Je dis prout d'avance à ceux qui me diront que mes figures sont moches.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 18:31

Le (bon) physicien va s'attaquer à un problème en posant l'équation correspondante, puis en essayant de la simplifier au maximum suivant les conditions aux limites et le domaine d'application de son modèle.

Puis, par un calcul "coin de table", il va par exemple comparer 2 systèmes, l'un pour lequel il trouvera 50 x (x étant une unité quelconque), l'autre 100 x.

Ensuite, il comparera ce facteur 2 entre ces deux valeurs, en fonction des différences du système, et en tirera certaines conclusions.

 

Le numéricien va arriver, en expliquant que la simplification de l'équation est outrageuse, parfois il va rajouter que l'analytique c'est sale et que rien ne vaut une bonne grosse résolution numérique par un gros ordinateur.

Bref, il va faire ou faire faire par une machine toute une série de calculs extrêmement complexes, puis montrera qu'on trouve en vrai 49.57 et 101.37, et que donc il n'y a pas un facteur 2 entre les deux valeurs, mais un facteur 2.04. Généralement il s'arrêtera là parce que les conclusions physiques c'est pas trop son truc.

 

Je vous laisse deviner lequel, dans cet exemple caricatural, écrira éventuellement un papier qui aura un impact, ou aura un raisonnement utile à la communauté.

 

Alors, après, il y a les numériciens qui cherchent à bosser avec des physiciens parce qu'ils finissent par apprécier les vertus de "l'intuition" (ou plutôt du sens physique). Il y a aussi ceux qui penseront toujours que les physiciens sont des imposteurs en sortant tous les contre-exemples où cette approche "premier ordre" échoue dans les grandes largeurs (et il y en a). Car il est vrai qu'il y a des physiciens qui, à force d'obsession du scaling, finissent par négliger des préfacteurs pas du tout négligeables...

 

Mais bon, n'empêche, souvent, et même dans la vraie vie, un petit calcul coin de table permet de mieux poser les idées que des pages de calcul qui ne font que perdre l'auditoire...

 

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 09:12

Cette année, 25% des universités françaises arriveront au 31 décembre en déficit. Pas loin de 10% sont en déficit chronique, et si l'on lit un peu dans le détail, on peut estimer que près de 50% ont des sueurs froides au moment de boucler le budget...

Quant aux établissement qui sur le papier ne se portent pas mal, par exemple le mien, cela passe aussi par une gestion à la hache et un climat en interne peu réjouissant, par exemple cet email reçu de l'administration centrale mi-septembre exigeant une baisse de 10% du quota horaire d'enseignement. Fermer des formations ou bosser gratuit, le choix nous était laissé, mais cela doit être acté au plus vite, alors que la rentrée des étudiants a déjà eu lieu, et des tractations assez violentes sont toujours en cours. 

 

 

Les cas les plus emblêmatiques des établissements en difficulté ces derniers mois sont ceux de

- Montpellier, où A. Fraïsse, présidente et opposante de longue date à la LRU et aux RCE, a voulu démontrer par l'absurde les résultats attendus de cette politique en l'appliquant de façon on ne peut plus zélée jusqu'à l'agonie. 

- Versailles Saint-Quentin, qui malgré de bons résultats en termes de formation, a du quémander une rallonge de 4M€ (sur un budget d'environ 20!) pour boucler l'année. Le président, J.L. Vayssière, dont on peut louer la transparence, en est à envoyer un mail surréaliste à ses personnels, où il annonce quasi-triomphalement que oui, les salaires seront versés en novembre et décembre.

 

Bien sûr, il y en a d'autres...

 

Or, la réponse du Ministère est toujours la même: les difficultés sont dûes à une mauvaise gestion de la part des équipes dirigeantes, uniquement. 

Ici, c'est le nombre de formations qui est critiqué, là les PPP... L'équipe dirigeante de l'UVSQ, arrivée en 2012, n'a visiblement pas le droit à l'excuse du gouvernement actuel, "c'est la faute à nos prédecesseurs".

Les présidences d'université sont, selon le Ministère, tellement nulles qu'il est question de les envoyer se former à l'ENA (dont tout le monde sait qu'elle n'a formé que des gestionnaires modèles). 

Or, si les présidents sont nommés, et sont souvent d'anciens universitaires "politisés", dont les qualités de gestionnaire ne sont donc pas forcément ce qui les a amenés là, il ne faut pas oublier toute une équipe autour d'eux, secrétaires généraux, comptables etc, qui sont eux des hauts-fonctionnaires "classiques". Il me semble alors difficile d'affirmer benoîtement qu'ils sont tous plus nuls que ceux que l'on trouve dans les ministères ou les administrations.

Qui plus est, même s'il y a certainement eu de mauvaises décisions de prises dans certains cas (reste à savoir dans quelle mesure il y a eu le choix), si l'offre de formation mériterait très probablement d'être rationalisée (mais l'Etat peut il imposer ce genre de choses quand l'autonomie a été actée?) il me semble que le message adressé au "monde extérieur" est déplorable: en gros, les agents publics sont incapables de gérer l'argent public, malgré la clairvoyance et la qualité des réformes du Ministère. Déconnexion des élites, fonctionnaires incapables et fainéants, tout ce que le poujadiste qui sommeille de plus en plus en chacun de nous a envie d'entendre est sous-entendu dans ces déclarations.

 

Probablement que le message politique consistant à déclarer franco, puisque cela semble être quand même l'une des principales motivations derrière la politique de l'ESR de ces dernières années, "les caisses sont vides, nous préférons investir le peu qui reste ailleurs que dans les Universités" ne passerait pas dans la population. Et encore, en est-on bien sûr? Tous les sondages montrent que, pour le citoyen lambda, la formation de la jeunesse est une priorité, mais qui connaît et qui s'intéresse réellement à la politique de l'ESR, ou même à son fonctionnement? En plus, les personnels sont plutôt discrets (dans la rue 1 fois tous les 3 ou 4 ans depuis le mouvement fondateur de Sauvons la Recherche en 2004), et les Grandes Ecoles continuent à attirer les enfants des classes dirigeantes et n'ont pas de problèmes financiers, elles*.

 

 

* L'auto-flagellation typiquement française devant le classement de Shangaï est un non-sens. Il faudrait célébrer la 37ème place de l'UPMC comme une grande victoire, quand on voit les conditions de travail, les moyens financiers et humains, et le fait qu'en général, ce ne sont pas les meilleurs étudiants qui s'y retrouvent. Il faut plutôt tirer un coup de chapeau à tout ce petit monde qui arrive à faire aussi bien avec aussi peu. Comparons un peu à Northwestern, UCSB, Rockefeller qui sont à des places similaires...

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 09:13

Une "lettre ouverte" a pas mal circulé sur la toile récemment, émanant d'un doctorant de l'EPFL et adressée à tous les chercheurs ainsi que quelques administratifs de l'institut, expliquant les raisons de sa future démission, à quelques mois de sa soutenance. 

 

C'est un texte dense, plein de maturité, et qui soulève de façon pertinente de réels problèmes mais relève aussi par certains points, selon moi, d'une vision un peu naïve, assumée par l'auteur mais qui le mène probablement à des conclusions erronées. 

 

Je vais donc faire un petit commentaire de texte perso de quelques passages (en anglais), dans le désordre:

 

"There seems to exist an unhealthy obsession among academics regarding their numbers of citations, impact factors, and numbers of publications. This leads to all sorts of nonsense, such as academics making “strategic citations”, writing “anonymous” peer reviews where they encourage the authors of the reviewed paper to cite their work, [etc]. No one, when asked if they care about their citations, will ever admit to it, and yet these same people will still know the numbers by heart. I admit that I’ve been there before, and hate myself for it.
At the EPFL, the dean sends us an e-mail every year saying how the school is doing in the rankings [...]. Why should it matter to a scientist if his institution is ranked tenth or eleventh by such and such committee? Is it to boost our already overblown egos? Wouldn’t it be nicer for the dean to send us an annual report showing how EPFL’s work is affecting the world, or how it has contributed to resolving certain important problems?"

et

"the goal of “science” is to search for truth, to improve our understanding of the universe around us, and to somehow use this understanding to move the world towards a better tomorrow. At least, this is the propaganda that universities use to put themselves on lofty moral ground, to decorate their websites, and to recruit naïve youngsters like myself.
I’m also going to suppose that in order to find truth, the basic prerequisite is that you, as a researcher, have to be brutally honest – first and foremost, with yourself and about the quality of your own work. Here one immediately encounters a contradiction, as such honesty appears to have a very minor role in many people’s agendas. [...] Being “too honest” about your work is a bad thing and stating your research’s shortcomings “too openly” is a big faux pas. Instead, you are taught to “sell” your work, to worry about your “image”, and to be strategic in your vocabulary and where you use it."

Sur cette partie il y a hélas beaucoup de vrai, et cela me semble vraiment récent. En tout cas, contrairement à l'auteur de cette lettre je n'étais pas conscient de ces choses là pendant mon PhD et je ne vivais pourtant pas spécialement dans ma bulle. 
Je me suis aussi interrogé sur cette "obsession" (dont j'ignore si elle concerne une majorité de chercheurs) pour les métriques de performance individuelles, surtout car, paradoxalement, tout le monde où presque s'accorde dans le même temps pour souligner les limites des "nombres uniques" évaluant la qualité d'un chercheur (et encore plus dans le cas d'une institution) et cherchant à faire ressortir des individus lorsque toute la recherche ou presque est aujourd'hui collaborative.
La raison est probablement simple: en tant que jeune chercheur avec un minimum d'ambition, je sais que, quel que soit ce que j'en pense, je serai jugé au moins partiellement sur la base de cette métrique.
Donc ça ne m'empêche pas de dormir, mais je connais "mes chiffres", j'ai un profil google scholar qui permet en un clic de suivre leur évolution, et je sais à peu près ce qu'il me faut viser si je veux passer Prof. un jour (et c'est a priori quelque chose que je veux - ou alors j'essaierai de me barrer d'Academia, mais je ne compte pas finir MCF aigri de 65 ans...).
En ce sens, il y a donc du vrai dans ce qu'il écrit ici "[academia is]  fueled by people whose main concerns are not to advance knowledge and to effect positive change, though they may talk of such things, but to build their CVs and to propel/maintain their careers", même si la réalité est plus subtile et qu'on peut reprocher, après 4 ans de PhD, la naïveté de croire qu'Academia est le monde des bisounours. On se rend assez vite compte (en tout cas j'avais pigé pendant avant la fin de mon stage de DEA), je crois, dans n'importe quel labo, que les comportements humains ne sont globalement pas très différents de ce qu'on peut trouver dans n'importe quelle entreprise. Ils sont même d'ailleurs parfois exacerbés, du fait de l'absence de hiérarchie claire et d'"agenda" commun...

Après, je ne construis pas non plus mes collaborations en consultant le h-index des gens à qui je vais parler... mais il est vrai aussi que je cherche plutôt à collaborer avec des gens que j'estime plus intelligents que moi: pour le coup, on peut voir ça comme une démarche carriériste, mais honnêtement je suis la dans une démarche scientifique: on fait ce métier pour apprendre des choses, on peut côtoyer plein de gens extrêmement brillants intellectuellement donc autant ne pas se priver de ce point de vue là.
Quant à l'"honnêteté intellectuelle", je nuancerais: effectivement, il faut "vendre son travail" notamment pour publier dans certaines revues. Publier dans ces revues, hélas, est nécessaire dans certains domaines scientifiques pour espérer décrocher un job permanent (et le garder).    
Ce n'est pas encore le cas dans le mien. On peut donc publier dans des bons journaux spécialisés sans être grillé scientifiquement, et dans ces journaux on peut ne pas surjouer, même si on va bien sûr plus insister sur ce qui a marché que le contraire.  
Idem dans les conférences: il est de bon ton, surtout lorsqu'on est invité, de se passer quelque peu la brosse à reluire, mais il en existe encore (notamment les Gordon, créées et réputées pour ça) dans lesquelles le but est de présenter des idées neuves (et potentiellement fausses), des travaux non publiés, et de discuter à bâtons rompus. Et puis, de façon générale, on discute quand même ouvertement et en laissant tomber son costume de vendeur de bagnoles dès que le cadre formel de la conférence est derrière nous, je trouve.
Donc à ce propos, "certain researchers attack, in the bad way, other researchers’ work. Perhaps the most common manifestation of this is via peer reviews, where these people abuse their anonymity to tell you, in no ambiguous terms, that you are an idiot and that your work isn’t worth a pile of dung. Occasionally, some have the gall to do the same during conferences", nous avons tous des anecdotes à raconter à ce sujet, mais je reste persuadé que c'est un comportement minoritaire.

 

 

 

"Perhaps the most crucial, piercing question that the people in academia should ask themselves is this: “Are we really needed?” Year after year, the system takes in tons of money via all sorts of grants [...to] produce some results. In many cases, these results are incomprehensible to all except a small circle, which makes their value difficult to evaluate in any sort of objective manner. In some rare cases, the incomprehensibility is actually justified. In many cases, however, the result [...] is close to useless in application.
[...] There often does not appear to be a strong urge for people in academia to go and apply their result, even when this becomes possible."

 

Je vois la une approche utilitariste de la recherche à laquelle je n'adhère pas vraiment, voire pas du tout, bien que je travaille dans un domaine où les collaborations avec les industriels sont extrêmement fréquentes, jusqu'à représenter pas loin de 100% des sources de financement dans mon labo en particulier. Je travaille moi-même avec des industriels, il m'est arrivé de (faire) déposer des brevets, mais je l'avoue sans honte, la démarche "produit", "commercialisation" ne m'intéresse absolument pas. En clair, je suis très content que ce que je fais puisse servir, mais j'estime que ce n'est pas un prérequis à mon implication dans un projet, et encore moins mon job de travailler sur l'application. J'adhère parfaitement à ce que m'a dit un jour un grand ponte industriel (et ancien chercheur académique réputé): ce n'est pas le même métier. Donc qu'on donne éventuellement des moyens aux chercheurs de valoriser leurs recherches est une bonne chose, qu'on imagine que tout chercheur doit être un entrepreneur (au mieux) ou la "petite main" d'un grand groupe industriel (au pire) est un non-sens. En bref, quand je collabore avec des industriels, il faut aussi qu'il y ait un avantage autre que financier pour moi, à savoir qu'il y ait un minimum de challenge intellectuel (une question scientifique raisonnablement intelligente sur laquelle travailler) et de liberté.

 

Sur le même registre, je suis plus d'accord avec 

"The good, healthy mentality would naturally be to work on research that we believe is important. Unfortunately, most such research is challenging and difficult to publish, and the current publish-or-perish system makes it difficult to put bread on the table while working on problems that require at least ten years of labor before you can report even the most preliminary results. Worse yet, the results may not be understood, which, in some cases, is tantamount to them being rejected by the academic community."
et 
"The black hole of bandwagon research: indeed, writing lots of papers of questionable value about a given popular topic seems to be a very good way to advance your academic career these days. The advantages are clear: there is no need to convince anyone that the topic is pertinent and you are very likely to be cited more since more people are likely to work on similar things. This will, in turn, raise your impact factor and will help to establish you as a credible researcher, regardless of whether your work is actually good/important or not. It also establishes a sort of stable network, where you pat other (equally opportunistic) researchers on the back while they pat away at yours."

 

Il est vrai que le chercheur actuel est généralement hyper-spécialisé, mais il serait difficile qu'il en soit autrement. A mesure que la connaissance avance, repousser ses frontières (pour paraphraser l'ANR) exige de travailler sur des problèmes de plus en plus "pointus", et donc obscurs pour 99.99% de la population. Mais ne nous leurrons pas, il n'y a pas d'alternative où l'on pourrait encore aujourd'hui trouver des philosophes-mathématiciens-chimistes-physiciens comme Descartes ou Pascal, et on ne peut pas baser un système sur les quelques exceptions comme feu de Gennes, capable d'apporter au cours de sa carrière des contributions majeures dans la physique de deux domaines extrêmement différents.

Toutefois, je pense comme l'auteur qu'effectivement, le système de recherche sur projets et l'importance générale accordée aux métriques d'évaluation favorise l'absence de "prise de risque individuelle", et le développement de recherches "incrémentales" qui n'apportent pas de grands bouleversements en termes de connaissances. La multiplication des revues est probablement un autre facteur (cause ou conséquence du point précédent?) qui favorise la "dispersion de l'information".

 

Enfin, pour conclure (il y aurait encore beaucoup à dire mais ça commence à faire long):

"I sometimes find it both funny and frightening that the majority of the world’s academic research is actually being done by people like me, who don’t even have a PhD degree. Many advisors, whom you would expect to truly be pushing science forward with their decades of experience, do surprisingly little and only appear to manage the PhD students, who slave away on papers that their advisors then put their names on as a sort of “fee” for having taken the time to read the document. Rarely do I hear of advisors who actually go through their students’ work in full rigor and detail, with many apparently having adopted the “if it looks fine, we can submit it for publication” approach.
Apart from feeling the gross unfairness of the whole thing – the students, who do the real work, are paid/rewarded amazingly little, while those who manage it, however superficially, are paid/rewarded amazingly much – the PhD student is often left wondering if they are only doing science now so that they may themselves manage later. The worst is when a PhD who wants to stay in academia accepts this and begins to play on the other side of the table. Every PhD student reading this will inevitably know someone unlucky enough to have fallen upon an advisor who has accepted this sort of management and is now inflicting it on their own students – forcing them to write paper after paper and to work ridiculous hours so that the advisor may advance his/her career or, as if often the case, obtain tenure. This is unacceptable and needs to stop. And yet as I write this I am reminded of how EPFL has instituted its own tenure-track system not too long ago."

 

 

Là encore, du vrai mais quelque peu exagéré ou généralisé à mauvais escient, et sans doute un peu de naïveté aussi sur les alternatives possibles.

Que la majorité du "travail de recherche" soit effectué par des étudiants en thèse ou en master, ou des chercheurs post-doctorants est une évidence. Que cela soit une mauvaise chose l'est selon moi beaucoup moins.
C'est tout du moins, notons-le, un mode de fonctionnement assez naturel: dans la plupart des grands groupes que je connais, le "travail de recherche" est effectué par des techniciens, si l'on entend par ce terme la réalisation d'expériences voire leur analyse, sous la supervision d'ingénieurs et de PhD, eux-mêmes largement mieux payés que les techniciens (attention, je ne compare pas le travail d'un doctorant à celui d'un technicien - autre sujet qui agite parfois la communauté-, je parle ici simplement d'"organisation"). 
La thèse est une formation par la recherche, il me semble important que le doctorant soit donc l'acteur principal de son projet, même si celui-ci est souvent défini en amont (et encore, pas partout: dans mon laboratoire US, le futur advisor se contentait de donner quelques pistes aux nouveaux arrivants, l'expression décrivant ensuite le début de la thèse est d'ailleurs révélatrice: "go mess around in the lab") et que le directeur soit avant tout un mentor (j'en avais déjà parlé).
Quant à l'encadrant tyrannique imposant le travail forcé à ses étudiants et se contentant de mettre son nom sur des papiers qu'il n'a fait que relire et encore, on a tous aussi, comme plus haut, des histoires à raconter, entendues ou vécues, mais cela reste, je crois, peu répandu. Il ne me viendrait pas à l'idée de prétendre que mes chefs passés ne m'ont rien apporté, et pourtant ils ne sont jamais venus maniper avec moi (si, en gros une demi-journée pour l'un de mes co-directeurs de thèse).
On pourra me reprocher d'être l'abusé devenu abuseur décrit dans la lettre, mais sincèrement je ne pense pas, et si je suis parfois nostalgique de mes années de thésard, c'est parce que finalement, la paillasse sans "responsabilités" autres que produire des résultats avait un certain confort. La conception du "chef" (même si le sens du mot dans l'académique a une valeur toute relative) comme le mec bien payé (là aussi, tout est relatif) qui s'astique le manche en attendant que les loufiats se décarcassent pour en tirer toute la gloriole me semble peu en phase avec la réalité. Définir un projet pertinent, le financer, recruter, le suivre, le recentrer, guider l'étudiant ou le post-doctorant et le faire pour plusieurs projets en parallèle, en plus d'activités annexes mais chronophages, n'est pas forcément évident.
Je reconnais cela dit que ce n'est pas ce à quoi thèse et contrats post-doctoraux nous préparent le mieux. Encore que, indirectement, il n'est pas dit que cela ne soit pas une conséquence: définir son projet de recherche original et personnel (à un certain degré) grâce au cumul de ses expériences, fondés sur des projets plus ou moins définis en amont par d'autres, en contribuant parfois à obtenir les financements, etc. 
C'est également une évolution de "carrière" là encore assez naturelle: dans un centre R&D privé, un bon ingénieur (même sans parler de ceux qui finissent par aller vers le management pur) obtiendra assez rapidement des responsabilité de chef de projet, chef d'équipe ou de département etc, dans lesquelles il s'éloignera nécessairement peu ou prou de la "technique pure". Cela ne rend pas le travail inutile ni la personne "vendue". Non, je ne fais pas le même boulot que quand j'étais en thèse, mais non ça ne me déplaît pas et je ne me considère pas comme inutile, comme un mauvais scientifique ou un imposteur, en tout cas pas tous les jours (on a tous ses moments de doute...).

Quant à l'alternative au chercheur permanent "manager" (eg chef d'équipe, en charge de trouver le budget, d'écrire les projets, de donner la direction scientifique générale), quelle peut-elle être?
Le chercheur permanent "à la paillasse"? Jusqu'à il y a peu, c'était la norme en France, et cela reste assez fréquent dans certains domaines même si ça tend à se perdre dans d'autres (peut-être moins pour les chercheurs des EPST que pour les enseignants-chercheurs). L'inconvénient potentiel de cette façon de faire c'est de "créer" des profils de chercheurs encore plus le nez dans le guidon que ce qui était reproché précédemment (la recherche sur projets à plein de défauts, mais écrire une proposal et "gérer un projet" permet quand même, si on le fait bien, de prendre un peu de hauteur). J'ai un collègue qui lors de son HDR a remercié publiquement "son chef", eg le professeur qui l'avait recruté en thèse, puis gardé en post-doc, puis recruté en MCF, et qui a ouvert pour la 1ère fois un document ANR cette année. Alors oui, il publie beaucoup et il connaît très bien les manipes, est-ce pour autant un modèle alternatif à suivre face au modèle anglo-saxon, je n'en suis pas sûr?
Sauf à imaginer passer à l'échelle internationale à un mode de financement sur crédits récurrents, mais je crains que cela ne soit guère une option. Même si cela l'était, l'expérience française des décennies précédentes montre que ce n'est pas un remède à la recherche "de niche", bien au contraire (quand on n'a pas de compte à rendre, on bosse sur ce qu'on veut, comme on veut, même si ça n'intéresse que nous - ou parfois, on ne bosse pas).
Du côté des doctorants, cela peut aussi, je pense, avoir tendance à donner des chefs "invasifs" et, j'y reviens, à transformer le thésard en technicien supérieur. 
 
Que l'uniformisation actuelle vers un modèle dérivé de la "tenure-track" n'ait que des avantages, certes non. Qu'il y ait des modèles objectivement meilleurs à tous points de vue, je n'en suis par contre pas certain.
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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 10:29

Cette semaine, les enseignants-chercheurs de mon établissement reçoivent une "notice explicative" concernant l'utilisation d'un nouveau service administratif, mis en place à peine 11 mois auparavant. Ce nouveau service, au coeur de la vie de l'institution, nous sert au moins de façon hebdomadaire: de facto, nous avons donc tous déjà eu affaire à ses personnels et du, bon gré mal gré, apprendre "sur le tas" son fonctionnement*.

 

 

En parallèle, j'ai reçu en recommandé mon avis de changement d'échelon, qui aura lieu en ... août 2014**. 

 

 

* Cela dit, la "notice" faisant un recto-verso en police 12 avec des photos, on peut espérer que sa rédaction n'a pas été une perte de temps trop longue pour la personne en charge.

 

** Information qui plus est de toute façon totalement inintéressante, puisque les durées entre échelons sont bien connues (visible sur le site du ministère par exemple), les passages d'un échelon à l'autre automatiques, et les dates de changement consultables sur notre dossier personnel en ligne. Mais bon, c'est gentil de nous tenir informés.

 

P.S.: Je suis bien conscient qu'il est facile de se moquer et que ces deux évènements n'ont rien à voir l'un avec l'autre, mais ce 11 mois de retard d'un côté, 10 mois d'avance de l'autre, la même semaine, m'a fait sourire, et je ne peux m'empêcher de me remémorer le récit de ce post-doctorant américain en quête de sa carte vitale.

Malgré ses déboires, son principal problème a été "philosophique": en bon anglo-saxon cartésien, il était tout à fait prêt à se plier à autant de règles que nécessaires, même inutiles, du moment qu'elles étaient claires. Or, il n'y a pas de règles, ou plutôt elles sont pour plein de raisons évolutives et donc impossibles à comprendre. Cela l'a rendu fou.

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 08:56

Les règles administratives liées à gestion des activités de recherche, en France, sont je pense globamement pénalisantes tant pour le bon fonctionnement d'un organisme que pour la qualité de la production.

On peut lister rapidement (je l'ai déjà fait plus souvent qu'à mon tour) une non réactivité absolue, une volonté de surmultiplication des contrôles a priori et d'engagement par signatures, l'incapacité à parler anglais quand ce n'est pas à comprendre que le fournisseur matériel ne se trouve pas toujours dans nos frontières et que les étrangers n'ont pas forcément un RIB société générale, les problèmes financiers des organismes -multipliés depuis la RCE- qui poussent à faire de la rétention de crédits, les périodes de clôtures budgétaires infiniment longues, le refus de la responsabilité ("moi j'y peux rien c'est la règle - ou c'est la faute du service d'à côté- ou encore, mais nous sommes en sous-service soyez indulgents") voire parfois la méconnaissance des dites règles poussant à la création de procédures purement internes qu'on présente comme essentielles, l'obsession des fournisseurs marchés publics qui vendent tout sauf ce qu'on cherche, l'amour très 80's du papier rendant quasi impossible l'"achat en ligne", qui n'en déplaise aux huiles, s'est suffisamment démocratisé pour concerner aujourd'hui autant Sigma-Aldrich qu'Amazon, et j'en passe...

 

En clair, ça explique qu'il faille 2 semaines pour commander un bécher, pas loin d'1 an pour du matos à quelques dizaines de kilos euros, et 6 mois pour se faire rembourser son congrès à Chalon-sur-Saône. Qu'on apprenne par le fournisseur 2 mois plus tard qu'un contrat a été annulé unilatéralement par l'administration sans raisons explicites, comme cela m'est arrivé récemment. Qu'il faille fréquemment une dizaine de coups de fils à 3 interlocuteurs différents pour faire bouger le schmilblick là où, dans un monde où les choses fonctionneraient bien, il suffirait de donner le devis à la bonne personne. Voire, soyons fous, de passer nous-mêmes nos commandes au moins pour les "consommables", par le biais d'une carte alimentée par nos contrats recherche, comme cela se pratiquait, visiblement sans problèmes majeurs, dans mon département américain. 

 

Et donc, ce qui se passe, c'est que les laboratoires ou organismes suffisamment puissants/prestigieux/à la pointe scientifiquement n'ont qu'une priorité: trouver un moyen de contourner ces règles.

 

Fleurissent ainsi des organismes de gestion internes (au laboratoire ou à l'institution), bien réels même si je m'explique difficilement leur existence ou la possibilité même de leur existence (des vestiges d'un temps ancien peut-être, ou un symbole de "puissance" suffisante pour s'affranchir des règles du tout-venant comme évoqué plus haut ? - ce qui ne serait pas impossible, nous sommes en France où les vestiges de l'ancien régime perdurent, mais j'y reviendrai en conclusion-).

 

Donc, ces organismes de gestion s'occupent de vos contrats recherche (j'imagine qu'il s'agit dans une très grande majorité de contrats avec des partenaires industriels, mais je connais aussi des organismes qui peuvent gérer des ANR et autres), et contrairement aux services centraux universitaires ou EPST, ils ont le bon goût d'être réactifs et de ne pas poser de questions, en échange d'un prélèvement plus ou moins élevé (souvent substantiel d'ailleurs) sur les dits contrats.


Les avantages, c'est entre autres qu'on s'affranchit des fournisseurs marchés publics et que l'on peut acheter où on veut, que les gestionnaires se démerdent avec votre devis et que vous avez le temps de faire des choses plus intéressantes, qu'on peut avoir des avances relativement facilement et être remboursé rapidement, qu'on peut inviter un industriel, lorsqu'on évoque un partenariat de 3 ans à 200k€ ailleurs qu'au couscous-PMU d'en face parce que sinon on dépassera le plafond de remboursement, ou loger ailleurs que dans le 1* qui sert aux passes en face de la gare quand on part en mission dans une ville chère, etc. Cela permet sur des reliquats de financement de payer quelqu'un qui n'était pas prévu quelques semaines-mois de plus, de donner un complément de salaire ou de s'affranchir des grilles de la fonction publique pour certains candidats, de ne pas être bloqué deux mois sans pouvoir passer une commande parce que les comptes sont fermés...

Bref, pour résumer, le gros avantage c'est de donner la flexibilité et la réactivité qui, qu'on le veuille ou non, sont nécessaires pour faire de la recherche de qualité dans un contexte de "compétition internationale" (dont je ne discuterai pas ici le bien-fondé, mais qui existe), tout au moins dans les domaines assez expérimentaux que je fréquente.

 

 

Mais il y a aussi des inconvénients potentiels, que l'on peut imaginer facilement tant ils sont corrélés aux avantages, et que l'on peut résumer comme suit: les risques de dérives.

Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais j'ai été témoin, direct ou indirect, ici et là, de pratiques "douteuses" au moins d'un point de vue de l'éthique: contrats de partenariats industriels dont une partie des crédits finissent dans la poche du chercheur sous couverts d'activités de "consulting" (on peut aller faire directement du consulting avec la boîte, pas de problèmes, mais se payer un complément de salaire sur les crédits d'accompagnement quand on a une thèse ou autre avec un industriel, ce n'est pas pareil), utilisation de crédits pour le paiement de voyages persos ou de matériel qui n'est visiblement pas à l'usage du laboratoire (changer d'ordi portable tous les 6 mois, ce n'est pas très raisonnable) quand ce n'est pas encore plus direct.

J'ai également beaucoup entendu gloser sur le salaire du responsable d'une telle structure, qui atteignait les 200k€ annuels. Les sources sont multiples et pour certaines de première main, et je crois donc à la véracité de cette assertion même si la seule chose que je peux confirmer c'est que le type se ramenait en Porsche Cayenne ou Audi Q7 (je ne suis pas très voiture) le matin et que sa voiture se remarquait bien au milieu des Corsa des chercheurs. 

 

 

En conclusion, c'est me semble-t-il un schéma assez typique par chez nous: par crainte de dérives (tout utilisateur étant un fraudeur en puissance), on crée un système ultra-rigide où il y a quasiment plus de contrôleurs que d'acteurs, qui paralyse le tout-venant.

Ceux qui ont les moyens, le pouvoir, la réputation nécessaires font alors en sorte de s'en affranchir pour mettre en place un système complètement opaque et hors de tous les règlements en vigueur. Qui permet de se donner les moyens de son ambition, mais parfois au détriment de certaines bases déontologiques.  

C 'est par exemple, si j'ai bien compris, ce que la Cour des Comptes a expliqué à propos de l'IEP Paris période Descoings et la défense de l'institution fut d'ailleurs en gros "nous nous sommes donnés les moyens de l'excellence et il n'y en a pas d'autres". 

 

 

Aucune de ces deux options, l'une étant la conséquence logique de la mise en place de l'autre, ne me semble très positive. Je reste persuadé que les fraudeurs sont ultra-minoritaires et que leur proportion n'est pas directement impactée par la qualité des contrôles (eg qu'il y a une proportion toujours à peu près constante de gens qui seront prêts à passer beaucoup de temps pour détourner le système à leur avantage) et qu'il est donc absurde de bâtir tout un protocole sur la mise au pas de cette minorité.

Si l'on donnait aux 99% de gens honnêtes et consciencieux les moyens et la liberté d'être efficaces, on éviterait de créer des systèmes parallèles qui ne font que conforter encore plus une recherche à 2 vitesses et incitent à la pratique de méthodes douteuses, mélange de culture "latine" et de préservation d'une caste persuadée qu'elle est intellectuellement au-dessus des règles contraignantes qu'elle définit pour la populace.

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 09:12

En cette fin de semaine, je recycle un de mes tweets. Mes 17 lecteurs fidèles combinant mon fil twitter et ce blog me pardonneront j'espère.

 

Le trip ultime quand on est compositeur-interprète rock, je pense, c'est d'écrire une chanson sur sa bite. 

 

 

 

Donc on a le choix entre Paul Stanley, de Kiss qui demande dans Love Gun aux filles de "pull the trigger of [his] love gun", "appuyer sur la détente de son pistolet d'amour" (je vous mets la version démaquillée, parce que les années 80 étaient quand même terribles*).

 

 

 

Et puis nous on a la version française, Alain Bashung, Ma Petite Entreprise, largement plus dépressive...

 

 

Une rapide recherche internet semble indiquer que Mr Jones, des Counting Crowes, parle également du zgueg du chanteur:

 

 

Et puis, il paraît que le groupe Whitesnake (groupe de hair métal des années 80) aurait été nommé d'après le surnom de la bite du chanteur David Coverdale (passé par Deep Purple), un peu dans l'esprit du surnom du footballeur T. Henry, "l'Anaconda"...

 

Après, il y a bien sûr plein de chansons qui parlent de façon plus ou moins explicites de pratiques sexuelles diverses et variées (Tutti Frutti de Little Richards sur la fellation etc), mais moins spécifiquement sur la quéquette du chanteur.

 

Il n'y a pas de page wikipédia sur le sujet, d'ailleurs, il faudrait que quelqu'un s'y mette, c'est un sujet passionnant.

Avez-vous d'autres exemples?

D. Monniaux suggérait Whole Lotta Love de Led Zeppelin, et il se peut bien qu'il ait raison "way down inside I'm gonna give you my love... every inch of my love... I wanna be your backdoor man". "bien profondément, à l'intérieur, je vais te donner mon amour... chaque centimètre de mon amour..." (la suite est difficilement traduisible et laisse planer une ambiguité entre "être ton homme en cachette" ou quelque chose du genre et "celui qui va te sodomiser")

 

 

 

 

Suite au commentaire de N, je ne peux que rajouter quelques lignes à cet article. Le précurseur de ces chansons dédiées aux parties génitales de leur auteur est peut-être bien une femme: Maggie Jones, dans les années 20. "Anybody here want to try my cabbage?"

 

 

* selon certaines rumeurs persistantes, Stanley parlerait beaucoup de gonzesses, mais serait gay, je ne sais pas si la vidéo permet vraiment de tordre le cou à la rumeur

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Published by mixlamalice - dans Musique
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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 20:42

Rapide souvenir de nos encore plus rapides vacances d'été - Priscilla étant en période d'été à l'époque- de 4 jours en Belgique, 2 jours à Bruxelles, 2 jours à Bruges.

 

Bruges est une très jolie ville, mais dont le succès touristique m'a quelque peu échappé: on avait presque l'impression d'être à Prague ou Venise. Peut-être à cause de son centre médiéval, caractéristique des Flandres (les briques rouges se marient bien avec le ciel gris, comme dans le Massachusetts) relativement grand et extrêmement bien préservé? Ca vaut le coup d'oeil en tout cas, mais selon moi 48h suffisent bien.

C'est aussi une ville franchement chère... l'hôtel 4* que nous avions pris (quitte à ne prendre que 4 jours de vacances, autant se lâcher un peu) n'était finalement pas beaucoup mieux que le 3* de Bruxelles, et 2 fois plus cher. Et pour becqueter, compter 35 euros: que ce soit la taverne de touriste, le resto pantagruélique belge ou même le bistrot de chef, c'est 35 euros. Je n'ai vu nulle part d'alternative "routard".

 

Nous avons décidé de dîner à De Karmeliet (site webLangestraat 19 B - 8000 Brugge), du chef Geert Van Hecke, qui toute proportion gardée semble un peu le Bocuse de la gastronomie belge: formé par A. Chapel, étoilé depuis presque 25 ans, 3 étoiles Michelin depuis 17 ans, tête d'affiche du "renouveau" gastronomique belge, et aujourd'hui assez décrié au moins sur internet. Resto plan-plan, cuisine pas surprenante, pas au niveau de la nouvelle vague belge, etc, etc (voir par exemple sur le site du Michelin): j'avais un peu les foies en lisant les critiques, après avoir réservé.

 

L'endroit est un peu à l'écart de l'agitation du centre. L'entrée est assez majestueuse. Un peu bizarrement, on nous propose de prendre l'apéro sur un canapé dans l'entrée, où des gens sont déjà installés. On répond que ça ira, et on nous conduit à notre table. Il y a plusieurs petites salles dans le resto, dans la nôtre, de mémoire, 4 tables de 2, 1 table de 4 et 1 tablée de 6-8 personnes déjà installés. 

Les tables sont spacieuses et espacées, même si nous sommes un peu dans le passage. Le service est globalement jeune et efficace (tout le monde ou presque peut présenter les plats et s'adresser sans problème aux clients en flamand - la majorité de la clientèle dans notre salle-, français et anglais, ce qui fait déjà 1 langue de plus que moi), parfois un peu trop présent.

J'ai perdu le menu que j'avais récupéré donc ça sera de mémoire, mais nous prenons le menu d'été avec accord mets-vins (2 entrées, 1 plat, 2 desserts, 4 verres) à 195 euros par personne, ce qui respecte ma barrière psychologique de 200.

 

6 petites amuse-bouches (deux dans des bols au fond) qui oscillent entre l'anecdotique (l'espèce de praliné au premier plan à gauche), le pas mal (tarte à la tomate, sashimi de saumon, poitrine avec wasabi en haut à droite) et le très bien (au fond, si je me souviens bien, une mousse foie gras et une moule de Zélande dans une préparation asiatique)

 

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L'entrée, "les premières tomates de Filip", est vraiment très bien, malgré la multitude d'ingrédients qui me laisse souvent songeur. Il y a des tomates cerises vraiment fantastiques, de la mozzarella, une mousse de fenouil, une petite fleur de courgette, une mousse de parmesan aussi, du basilic aussi... et peut-être d'autres choses. Mais tout ça se marie vraiment joliment, et c'est aussi très graphique (ça me rappelle un dessert aux fraises de chez Toqué à Montréal)

 

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La deuxième entrée, une langoustine, dans un bouillon encore un peu asiatisant, avec une mousse d'avocats. La présentation est surprenante (avec Priscilla, nous n'étions pas convaincu par la tête posée verticalement dans l'avocat...). Mais c'est bien préparé et les assaisonnements sont justes. J'ai toutefois mangé quelque chose d'assez similaire - langoustine avocat- à la Scène (restaurant de l'hôtel Prince de Galles, tenu par S. Le Quellec, dont je parlerai bientôt) qui m'a semblé largement supérieur.

 

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Le plat est un bel alliage mer-terre, bar de ligne superbement cuit sur la peau, coeur de sucrines et girolles, et une "salade brugeoise" composé d'une brunoise maniaque d'anguilles et de pommes de terres frites.

 

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Le plateau de fromages, que nous voyons défiler pour certaines autres tables, a de l'allure.

Quelques pré-desserts qui ressemblent plus à des mignardises, jolis et originaux.

 

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Le premier dessert est une salade de fruits avec un sorbet passion. Bon et frais, acidulé, ça fait digérer et ferait plutôt office de pré-dessert dans les standards français (en plus copieux).

 

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Le deuxième dessert, chocolats et fruits rouges (non montré), est assez convenu.

 

Dans les vins, un blanc espagnol pour commencer, un brouilly puis un bourgogne rouge pour suivre (si je me rappelle bien), et en dessert un vin italin surprenant que j'ai hélas oublié (lambrusco rosé demi-sec, peut-être?). Dans l'ensemble, des accords plutôt pas mal.

 

Pour conclure, c'était largement mieux que ce à quoi j'avais fini par m'attendre après avoir lu trop de conneries sur le web... comme quoi trop d'informations n'est pas toujours bon. Après, il m'a quand même manqué la petite étincelle pour en faire un moment inoubliable, un top 5 ou un top 10 si tant est que cela ait un sens. Ca partait pourtant bien avec le plat de tomates, mais le petit frisson, éminemment subjectif, a disparu ensuite. 

Dans le genre, ça m'a fait beaucoup penser à Tartarin (ils ne semblent pourtant s'être jamais croisés), 2 étoiles du Havre (que je n'ai hélas pas blogué, pas parce qu'il ne le mérite pas mais parce que j'ai laissé passer le créneau): beaucoup de justesse, de technicité, belle cuisine très propre, mais à laquelle manque pour moi le petit plus (même si je retournerai avec plaisir chez Tartarin, passant assez régulièrement au Havre, notamment parce que le rapport qualité-prix est assez incroyable, surtout comparé à l'offre globale de la ville).

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 11:32

Je pense que ce n'est pas pareil partout mais chez nous c'est vraiment le merdier, notamment parce que le service de gestion n'est pas le même selon les crédits (fléchés recherche ou enseignement).

 

Bon, comme partout, charge à nous d'obtenir les devis. Ensuite dans les endroits qui fonctionnent bien (je crois qu'il en existe encore), on file ça à la secrétaire et, avec un peu de suivi de dossier, ça se passe tout seul.

 

Chez nous, on doit remplir une demande d'achat (doc excel interne) qui correspond au devis. Le secrétaire pourrait s'en charger, mais généralement ça lui prend 5 jours dont autant le faire soi-même vu que ça prend 5 minutes. Après, il faut faire signer par le directeur de labo (pas souvent là... heureusement depuis quelques mois on a enfin eu une délégation de signature pour tout ce qui est inférieur à quelques k€).

Devis plus demande d'achat sont envoyés au service gestionnaire approprié, qui émet un bon de commande, signé par le chef de service, qui est ensuite envoyé au fournisseur. Généralement, nous ne sommes pas prévenus de quand c'est fait (longtemps après), sauf quand, ce qui arrive de plus en plus souvent on nous renvoie le bon de commande en nous disant que c'est plus simple si c'est nous qui envoyons au fournisseur et faisons le suivi de commande.

Bien sûr, à la réception de la commande, on doit scanner et envoyer le bon de livraison pour paiement de la facture...

 

Voila, c'est très simple. Mais si au moins ça marchait...

 

Donc après la n-ième erreur, avec quasiment une probabilité de 1, j'ai craqué, et j'ai envoyé un mail à la chef de service:

"

Bonjour,

Nous obtenons les devis, puis remplissons des demandes d'achat pour les commandes, sur lesquelles nous spécifions l'adresse de livraison.

Quand enfin le bon de commande correspondant est fait, on me le renvoie pour que je transmette moi-même au fournisseur, et que je me charge du suivi de la dite commande.

Lorsque la commande est reçue, j'envoie le bon de livraison.

Bref, la seule chose que je ne fais pas est de préparer/signer le bon de commande (et c'est la phase la plus chronophage).

 

Serait-il au moins possible que l'adresse de livraison rentrée sur le BC corresponde à celle qui est indiquée sur la demande d'achat?  

Cela fait 2 ans que, malgré nos alertes, "automatiquement" nos BC indiquent comme une mauvaise adresse de livraison, correspondant à avant notre déménagement. Je dois donc en plus du reste ensuite corriger ou refaire faire le BC.

 

 

En vous remerciant par avance pour votre aide,

"

 

Désolé de m'énerver (et je vais encore me faire des copains en interne), mais c'est aussi parce que je ne peux que constater les dégâts: voila ce qu'on fait de nous, ingénieurs-docteurs a priori recrutés pour former les ingénieurs de demain et pour faire de la recherche de pointe, si j'en crois la ministre.

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