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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 11:32

Je pense que ce n'est pas pareil partout mais chez nous c'est vraiment le merdier, notamment parce que le service de gestion n'est pas le même selon les crédits (fléchés recherche ou enseignement).

 

Bon, comme partout, charge à nous d'obtenir les devis. Ensuite dans les endroits qui fonctionnent bien (je crois qu'il en existe encore), on file ça à la secrétaire et, avec un peu de suivi de dossier, ça se passe tout seul.

 

Chez nous, on doit remplir une demande d'achat (doc excel interne) qui correspond au devis. Le secrétaire pourrait s'en charger, mais généralement ça lui prend 5 jours dont autant le faire soi-même vu que ça prend 5 minutes. Après, il faut faire signer par le directeur de labo (pas souvent là... heureusement depuis quelques mois on a enfin eu une délégation de signature pour tout ce qui est inférieur à quelques k€).

Devis plus demande d'achat sont envoyés au service gestionnaire approprié, qui émet un bon de commande, signé par le chef de service, qui est ensuite envoyé au fournisseur. Généralement, nous ne sommes pas prévenus de quand c'est fait (longtemps après), sauf quand, ce qui arrive de plus en plus souvent on nous renvoie le bon de commande en nous disant que c'est plus simple si c'est nous qui envoyons au fournisseur et faisons le suivi de commande.

Bien sûr, à la réception de la commande, on doit scanner et envoyer le bon de livraison pour paiement de la facture...

 

Voila, c'est très simple. Mais si au moins ça marchait...

 

Donc après la n-ième erreur, avec quasiment une probabilité de 1, j'ai craqué, et j'ai envoyé un mail à la chef de service:

"

Bonjour,

Nous obtenons les devis, puis remplissons des demandes d'achat pour les commandes, sur lesquelles nous spécifions l'adresse de livraison.

Quand enfin le bon de commande correspondant est fait, on me le renvoie pour que je transmette moi-même au fournisseur, et que je me charge du suivi de la dite commande.

Lorsque la commande est reçue, j'envoie le bon de livraison.

Bref, la seule chose que je ne fais pas est de préparer/signer le bon de commande (et c'est la phase la plus chronophage).

 

Serait-il au moins possible que l'adresse de livraison rentrée sur le BC corresponde à celle qui est indiquée sur la demande d'achat?  

Cela fait 2 ans que, malgré nos alertes, "automatiquement" nos BC indiquent comme une mauvaise adresse de livraison, correspondant à avant notre déménagement. Je dois donc en plus du reste ensuite corriger ou refaire faire le BC.

 

 

En vous remerciant par avance pour votre aide,

"

 

Désolé de m'énerver (et je vais encore me faire des copains en interne), mais c'est aussi parce que je ne peux que constater les dégâts: voila ce qu'on fait de nous, ingénieurs-docteurs a priori recrutés pour former les ingénieurs de demain et pour faire de la recherche de pointe, si j'en crois la ministre.

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 16:52

Je suis aujourd'hui très sceptique sur les MOOC, Massive Online Open Courses (ou CLOM en français), peut-être un peu de façon subjective, mais quand même aussi pour plein de raisons plus concrètes que je vais essayer de lister ici, de façon très désordonnée, en espérant que ça me serve de base pour quelque chose de plus poussé quand j'aurai plus de temps.

 

- Tout le monde en parle comme de la prochaine révolution. Ou plutôt, tout un "petit monde" en parle, pendant que l'étudiant moyen, celui que je croise en cours et à qui c'est censé s'adresser à plus ou moins long terme, n'en a jamais entendu parler. Comme beaucoup de buzz words ces derniers temps, j'ai surtout l'impression que ça buzze parmi l'intelligentsia. Comme tous les concepts révolutionnaires censés changer le monde apparus depuis 2-3 ans, je me méfie (mon côté réac).

- En conséquence, la définition de ce qu'est un MOOC est très aléatoire. Si quelques blogs pédagogiques prennent le temps de détailler ce que cela devrait être, trop de "faiseurs d'opinions" utilisent le terme à tort et à travers.

- Le ministère vient de pondre un plan France numérique ultra-ambitieux, au moins en paroles, mais se garde bien d'aborder les questions concrètes. 

 

 

Celles-ci peuvent être très bêtes:

- quel est le public visé? Des étudiants "classiques"? Des salariés pour des formations "tout au long de la vie"? Des retraités ou "oisifs", comme les conférences du Collège de France?

Cela servira-t-il à mutualiser les connaissances et les moyens notamment pour le premier cycle universitaire, en clair "diminuer les amphis" comme le dit la Ministre (et dans ce cas, que fait-on des enseignants-chercheurs, voir ci-dessous?), ou au contraire réservé plutôt à des cours de master spécialisés (et dans ce cas, a-t-on besoin de "massive")?

Cela servira-t-il à suivre un diplôme complet, ou plutôt pour des compléments de connaissance pour des cursus à la carte ou des employés (dans le cadre de la DIF par exemple)?

Les MOOC sont-ils adaptés pour révolutionner tous ces cas de figure? Cela me semblerait surprenant.

 

- comment, si l'on pense que c'est la piste à creuser, "certifier" les MOOC, en faire des formations diplômantes? Pour des gens déjà fortement diplômés, il est largement envisageable de "vendre" lors d'un changement d'emploi ou d'une reconversion le suivi d'un MOOC, éventuellement "validé" par l'organisme, mais est-ce vrai pour des personnes faiblement qualifiées?

Il faut savoir qu'en France, beaucoup d'industriels ne reconnaissent déjà pas en interne les diplômes obtenus en formation continue même si ceux-ci sont approuvés par la CTI ou autres. Peut-être dans 30 ans pourra-t-on se passer de diplômes, aujourd'hui c'est moins sûr. Surtout en France, où il a historiquement une importance démesurée, mais même ailleurs: il faut trouver un moyen de "valider l'acquisition de compétences/connaissances". Dire "ah ben j'ai fait ça chez moi entre deux matchs de foot à la téloche mais je vous jure je suis au taquet" ne convaincra pas grand monde.

Cette question est ouverte, même aux USA, le premier master entièrement MOOC venant tout juste d'ouvrir, et encore largement qualifié de "pari" par l'université le proposant. Le master en question est "sponsorisé" par AT&T, le Orange ricain. Est-on prêt à ce genre de choses en France, où le "master mcdo" empêche de dormir Sauvons l'Université depuis le passage de Pécresse?

A l'heure actuelle, je vois donc ça plutôt comme un "bonus" pour yuppies que comme un véritable instrument de démocratisation de la connaissance, fort argument de vente des MOOC. Je peux me tromper.

Ce qui soulève une autre question:

 

- quid de la fracture numérique? Je dispense des cours qui ne sont ni massive ni open, mais qui sont online, à un public parisien, employé. Une partie non négligeable de mes étudiants est pénalisée tout simplement parce qu'ils n'ont pas un accès constant à internet. Eh ouais.  

 

- comment peut-on proposer des formations "techniques", "pratiques"? 

 

- Quels moyens en local? Oui, il y a 12 millions d'€ pour une plateforme nationale, mais comment dégager du temps et des moyens pour les enseignants-chercheurs, au sein de leur université, pour réaliser des MOOC, quand la moitié d'entre elles a d'immenses difficultés financières?

C'est bête et triste à dire, mais pour beaucoup de collègues dans différentes universités, l'encouragement à produire des MOOC et la réflexion qui devrait en découler, puisqu'on nous serine que c'est le summum de l'innovation pédagogique, sont limités à "ben vous vous filmez devant votre ordi avec votre webcam - ou on met une caméra dans l'amphi pour les plus riches- et on fout ça en ligne avec un poly et c'est marre". Et bien sûr, "vous faites ça sur votre temps libre, entre 2 AAP et 150h d'HC" ou encore "MOOC et présentiel, on ne vous compte bien sûr qu'une modalité d'enseignement sur le service, le reste c'est cadeau".

Toujours dans le cadre de mes "online courses", je peux vous assurer que, dans ce schéma basique, beaucoup d'étudiants regrettent le bon vieux temps où ils pouvaient assister au cours. Avoir la possibilité de dialoguer avec le prof par mail, c'est chouette, mais pour beaucoup, le caractère old school de la salle de classe est le seul moyen de se motiver et de se concentrer. Ca n'est peut-être qu'une manifestation temporaire du syndrome "c'était mieux avant", mais comment en être sûr sans recul?

Qui est prêt à financer des décharges de service, à dégager du temps aux enseignants, à leur donner des moyens technologiques, pour rééllement être innovant pédagogiquement? Ils le font au MIT, Polytechnique ou l'ENS pourront peut-être le faire, l'Université de Bourgogne peut-être pas. 


- Quel est le modèle économique des MOOC? Coursera est une entreprise privée, comment compte-t-elle gagner son pognon? Visiblement par le biais des "certificats" (en gros, on suit en candidat libre gratuitement, mais pour obtenir le certificat on paye). Souhaite-t-on faire la même chose en France? Cela ramène à la question précédente: là où cela permet de diminuer les coûts aux US, cela les augmentera-t-il en France?

Une plateforme d'Etat est-elle, encore une fois, la réponse appropriée, d'autant plus quand on proclame l'autonomie des universités?

Enfin, j'y reviens, quid du devenir des enseignants-chercheurs dont les cours seront MOOCés? Sans aller voir le complot à moyen terme pour tailler dans le gras, la question mériterait d'être discutée ouvertement.

 

 

Bref, voila quelques questions que je me pose. Toutes ne sont peut-être pas légitimes et vous avez le droit de me le démontrer en commentaires. J'aimerais simplement que ces choses là soient discutées concrètement, que l'on fasse un peu dans le basique plutôt que dans les envolées lyriques. Sans quoi je continuerai à me méfier.

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 10:08

Quelle est la première chanson de heavy metal? 

 

L'exercice n'a pas forcément de solution, car il y a forcément un continuum entre blues, rock, hard-rock, heavy-metal et tous les styles qui ont suivi (trash, speed, death, black pour ne citer que les plus courants). 

 

Mais bon, on peut toujours s'amuser à faire un peu d'histoire. A noter, d'ailleurs, une très bonne page Wikipédia sur le sujet

 

 

Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi l'on évoquait souvent parmi les morceaux fondateurs "You Really Got Me" des Kinks, chanson assez pénible selon moi et dont je ne vois pas très bien ce qu'elle pourrait avoir ou annoncer de "heavy", à part le riff "power chord" assez pénible.

De mon point de vue, il y a des prémices de ce qui deviendra par la suite des marques de fabrique du genre dans "Somebody to Love" de Jefferson Airplane. Les choeurs, le "break" voix-batterie, la guitare qui ne se contente pas de faire la rythmique mais balance de petits arpèges ou mini-soli ici et là*. 

Ca date de 1967.

 

 

 

Ensuite, vous connaissez tous l'histoire, la première allusion au "heavy metal" est dans "Born to be wild" des Steppenwolf, pour la B.O. d'Easy Rider. Heavy metal thunder désigne le bruit des grosses cylindrées des bikers. A part ça, la chanson est aussi étonnemment moderne et agressive, avec un riff d'intro qui dépote et une voix bien éraillée de buveur de whisky. Avec un break "planant" suivi d'une partie instrumentale furieuse, là aussi un schéma par la suite ultra-classique du heavy;

Ca date de 1968.

 

 

 

Un choix plus personnel: "Fortunate Son" de Creedence Clearwater Revival.

Un petit riff de 15s aussi simple que bien troussé pour montrer en puissance avec une batterie très basique, puis John Fogerty en mode vénère (chanson sur la guerre du Vietnam et les planqués). Court, intense, efficace. 

Ca date de 1969.

 

 

 

 

Toujours en 1969, le premier album de Led Zeppelin, et "Communication Breakdown", avec son riff puissant en palm-muting et les feulements de Robert Plant qui influenceront tous les chanteurs suraigus emblêmes du genre.

 

 

 

 

En 1970, "Paranoid" de Black Sabbath et son tempo rapide, sa rythmique saturée/etouffée, sont aussi un concurrent sérieux, notamment pour le côté sombre de la chanson, qui deviendra aussi un poncif mais était à l'époque complètement nouveau.

 

 

 

 

Même année, 1970, mais dans un registre différent, In Rock de Deep Purple contient notamment "Speed King", chanson qui débute par un solo virtuose et musclé, puis des passages "tranquilles" avant des refrains enlevés, les hurlements de Gillian, et des nombreux breaks instrumentaux. Structure pas du tout classique pour l'époque, en opposition au traditionnel couplet-refrain, qu'on retrouvera ensuite beaucoup dans les 80's et après. Là où Black Sabbath a influencé les dérivés les plus sombres du heavy, Deep Purple a plutôt marqué les plus techniques.

 

 

 

Pour la chanson "fondatrice" qui regroupe un peu tout ce qui a précédé, j'ai un faible pour "Doctor Doctor" de UFO, groupe anglais, en 1974 (dont le guitariste de l'époque, M. Schencker, allemand lui, a joué avec Scorpions, son frère en étant le fondateur et toujours guitariste actuel).

La chanson monte en puissance avec une intro planante mais inquiétante (on sent qu'il va se passer quelque chose) à base d'harmoniques, la batterie arrive comme un coup de canon, s'ensuit une cavalcade furieuse (notez les tagada tagada de la rythmique, utilisés ensuite par tout le monde), porté par une voix agressive, une mélodie accrocheuse, et des effets de guitare saturés toujours ultra-modernes.

Encore mieux en live avec un tempo accéléré.

Du Maiden dix ans avant l'heure (c'est d'ailleurs, toujours aujourd'hui, la chanson qui annonce l'entrée en scène d'Iron Maiden, qui l'a d'ailleurs reprise dans une face B à l'époque Blaze Bayley).

 


 

 

 

 

 

* si vous ne me croyez pas concernant le potentiel heavy de cette chanson, écoutez cette reprise de W.A.S.P.. Fidèle, juste interprétée "agressivement".

 


 

 

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 19:19

Je ne sais jamais ce que je dois penser des mails "à tous" de l'administration centrale qui ont pour but d'expliciter une procédure.

 

En effet, j'ignore si je dois me réjouir devant une volonté d'ouverture encore loin d'être systématique de nos jours dans un établissement d'enseignement supérieur, ou sombrer dans la dépression devant la stupidité des dites procédures, tout au moins lorsqu'on les ramène au temps, à l'intelligence et au pognon (le salaire et le QI de certaines personnes impliquées n'étant pas ridicule loin de la) dépensés pour un résultat qui devrait, dans un monde parfait, couler de source.

 

Un exemple ici, vrai bien sûr (où irais-je inventer tout ça), le paiement des heures complémentaires. On pourrait, très naïvement, penser que c'est une procédure tellement courante dans l'ESR qu'elle aurait fini, malgré la nécessité de contrôles (dans une époque pas si lointaine et qui existe encore certainement par endroits, il y a eu quelques dérives spectaculaires des heures complémentaires) par s'automatiser quelque peu.

L'avantage annoncé dans le cas présent est de permettre un paiement 3 mois après la fin de l'année scolaire précédente et non 9 à 10 mois comme auparavant. L'inconvénient, annoncé lui aussi, est que si quelque chose grippe, ce qui est toujours possible voire hautement probable dans un processus à 27 étapes impliquant 12 personnes, "il n'y aura pas de paiement possible en 2014 pour les heures de 2012-2013" (la légalité d'un tel argument d'autorité me semble largement douteuse, mais l'idée est probablement de miser sur le fait, si problème il y a, que 90% s'écraseront et qu'on ne paiera que ceux qui se rebellent).

 

Je mets des guillements car même si j'ai changé beaucoup de choses, le mail reçu était vraiment rédigé comme ça, et insistait sur "l'importance du respect par chacun des échéances."

 

"

Étape 1: du xx au xx 2013 (3 jours, NdeMix) 

Les directeurs de département précertifient les états de service.

Étape 2: le xx 2013 (oui, 1 jour, NdeMix)

Les directeurs d'école certifient.

Étape 3: (le même jour, NdeMix)

L'administration génère les fiches correspondantes, "document officiel" pour la validation des états de service.

Étape 4: (6 jours, NdeMix)

Les enseignants signent leurs fiches. 

Étape 5: du xx au xx 2013 (2 jours, NdeMix) 

Les directeurs de département signent les mêmes fiches.

Étape 6: (1 demi-journée, NdeMix)

Les directeurs d'école signent.      

Étape 7: (1 demi-journée, l'après-midi du même jour, NdeMix)

Le chef d'établissement signe.

Étape 8: (3 jours, nous sommes désormais environ 3 semaines après le début de la procédure, NdeMix)

La DRH et la compta font le boulot pour que tout arrive aux finances publiques et qu'on soit payé dans les temps.

"

 

Il faut tout de même noter que dans l'établissement, on compte quelque chose comme 500 personnels enseignants (EC, ATER, PAST...), beaucoup de vacataires, ainsi qu'un grand nombre de personnels techniques (ingénieurs d'étude ou de recherches) assurant un certain volume horaire de TPs, formations et autres. Chacun a droit à sa petite fiche personnelle, et donc même s'il s'agit d'une signature électronique, le chef d'établissement, quelqu'un de brillant qui a fait une belle carrière et touche un joli salaire, passe une demi-journée à signer quelque chose comme 2000 fiches... J'espère qu'il a des journées plus palpitantes à se mettre sous la dent.

 

Je note également qu'on nous a envoyé, en parralèle, une notice de 9 pages pour expliquer comment assurer le suivi et comptabiliser nos activités d'enseignement pour l'année à venir.

 

Bref, il reste du chemin à accomplir pour le "choc de simplification" cher à Flanby.

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 09:33

Le métier de chercheur consiste aussi, en partie, à encadrer, ou plutôt à former des doctorants. C'est, à l'heure où l'on commence enfin à agir pour valoriser le doctorat en France, une tâche d'importance...

 

Il y a autant de façon de faire que de personnalités, et si, comme pour l'éducation des enfants par exemple tout ne se vaut pas, s'il y avait une recette miracle, depuis le temps cela se saurait. 

Pour ma part, j'ai été, je pense, bien "éduqué" par mes directeurs de thèse (et même en stage de DEA, puis par mes responsables successifs), et j'essaie donc de reproduire ce qui selon moi faisait la force de leur encadrement, où en tout cas de recréer les conditions qui m'ont permis de m'épanouir en tant que chercheur. Cela relève bien évidemment d'un biais personnel, mais on ne se refait pas et il faut bien faire des choix.

 

Je pense que la thèse, en tout cas en sciences physiques (cela vaut aussi probablement en chimie et en biologie) est avant tout, de façon très générale et avant d'évoquer une hyper-spécialisation sur un thème de recherche bien précis, une "formation à la gestion de projet", comme on dit dans le jargon des ressources humaines. 

Donc, le principe de base selon moi, c'est de donner un certain degré d'indépendance au futur docteur.

Une fois que le sujet a été posé, bien expliqué, que l'on a fourni les documents "de base" à lire, montré les premières expériences à faire histoire de se lancer, c'est au doctorant de se prendre en main.

De faire sa bibliographie, de gérer son planning, de se poser les bonnes questions, de prendre des initiatives, de suggérer et de mener des expériences qui n'étaient pas nécessairement initialement dans le cahier des charges, bref, de finir par aller au-delà de ce que l'on avait au départ imaginé.

 

 

Attention, je ne suis pas en train de promouvoir "l'abandon de thésard": j'ai connu certains doctorants dépressifs parce que leur projet était mal pensé et qu'ils ne voyaient leur encadrant que deux fois par an. Quand le sujet ne marche pas très bien, ou que le doctorant n'est pas un cador, cela peut vite tourner au massacre, et personne n'en sort grandi ou gagnant.

Non, tout cela doit se faire en contact constant avec le doctorant, le degré d'autonomie dépendant également largement de la qualité scientifique de celui-ci. J'accepte, contrairement à certains collègues ("si je n'ai pas un bon candidat, je décline la bourse"), d'avoir des étudiants "moyens" avec lesquels il faudra passer plus de temps qu'avec d'autres. Essayer de faire progresser les gens, c'est aussi mon job*. 

Comme je n'ai pas un large groupe et que je ne suis pas si souvent que ça absent, ma porte est toujours ouverte pour discuter. Si le thésard ne la franchit jamais, j'essaye au moins de faire un point hebdomadaire, même informel, avec lui.

C'était à peu près la pratique de mes encadrants de thèse. Mon chef, en post-doc, qui avait un groupe d'une douzaine de personnes, formalisait un peu plus la chose, mais, bon an mal an, était suffisamment organisé pour passer 1h toutes les deux semaines en tête à tête avec chacun de ses étudiants (je crois que ce n'est plus tout à fait le cas désormais...).

 

 

Je suis donc toujours prêt à discuter, à analyser les résultats, à évaluer la qualité des manipes, à suggérer des pistes en cas de blocage, et à "recadrer" en termes de planning et de priorités si besoin. Je vais aussi essayer de faciliter la vie "administrative" du doctorant (en termes de commandes notamment), pour que le système soit le plus transparent possible pour lui (j'estime que si emmerdes il doit y avoir, ce n'est pas son problème) et qu'il soit dans de bonnes conditions de travail.

Par contre, je ne vais pas faire les manipes à la place du doctorant (même si je peux l'accompagner les premières fois pour le former - en tout cas sur les rares manipes où j'en suis encore capable-). Je ne vais pas refaire les manipes** pour vérifier qu'il a bossé correctement (même si je vais essayer, au mieux, de regarder la reproductibilité, les conditions expérimentales, suggérer des contrôles, etc; cela ne peut pas vraiment fonctionner sans un minimum de confiance). Je ne vais pas rédiger les premiers jets des manuscrits. 

 

 

J'aime bien le mot américain "advisor", ou "mentor". Je ne considère pas qu'un doctorant est un "stagiaire de 3 ans" qui est là pour me décharger du travail ingrat et salissant que je n'ai pas le temps ou ne veut pas faire moi-même... J'essaye donc d'adapter cette "philosophie" à mon comportement d'encadrant, même si j'ai encore, très certainement, des progrès à faire***.

 

 

* Cela peut sembler un truisme mais je ne suis pas sûr que tout le monde en soit persuadé dans un labo: je ne crois pas qu'un laboratoire ne puisse fonctionner qu'avec des De Gennes.

** Un collègue, par exemple, avait coutume de venir le week-end refaire les manipes de la semaine de son thésard. Outre que cela ne créait pas vraiment un climat propice au dépassement de soi, cela n'était pas extrêmement efficace...

*** je suis notamment assez soupe au lait, surtout quand je suis fatigué. Je peux donc un peu monter dans les tours quand je trouve par exemple que l'étudiant n'a pas assez réfléchi/ne s'est pas assez posé de questions avant de maniper et que donc une semaine ou plus de boulot tombe à l'eau...

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 18:19

Madame, Monsieur,

 

J'ai la chance, en tant que fonctionnaire, d'être assuré chez vous pour ma complémentaire santé.

Je vous verse pour cela, depuis 3 ans, 88€ par mois (prélevés directement sur mon salaire - cela a été un peu moins pendant les 10 premiers mois, avant mon changement d'échelon, le montant des cotisations étant indexé sur le salaire).

En 3 ans, ma souscription se monte donc, approximativement, à 3000€.

 

Je suis rarement malade.

En 3 ans, j'ai donc du aller 2 fois chez le généraliste, que vous remboursez, si je ne m'abuse, intégralement.

Toutefois, j'ai eu dans ma prime jeunesse des problèmes importants aux 2 pieds, et pour éviter des douleurs aux pieds, ou par extension au dos, je porte des semelles orthopédiques, refaites tous les 2 ans environ.

J'ai fait refaire ces semelles récemment; cela m'a coûté 120€, sur lesquels vous avez remboursé approximativement 15€, la sécurité sociale prenant à sa charge 10€.

 

Je suis également myope et astigmate, et je porte donc des lunettes, que je fais refaire la aussi tous les 2 ou 3 ans, n'étant pas spécialement coquet.

La monture a coûté 150€, les 2 verres 300€ (si une monture de marque est un choix personnel, le prix des verres, basiques, n'est pas de mon fait).

Vous avez remboursé 100€ pour les deux verres, environ 30 pour la monture (ce que je conçois), la sécurité sociale rajoutant approximativement 20€.

 

Je viens de me faire une entorse du genou, j'ai acheté une genouillère et une pommade anti-inflammatoire, pour 65€. La sécurité sociale rembourse 10€, vous 15 supplémentaires.

 

A cela, je dois rajouter les 3 spécialistes (podologue, médecin spécialiste du genou, ophtalmo) pour obtenir les ordonnances correspondantes, ainsi qu'une visite chez le cardiologue (ma famille ayant une histoire de maladies cardiaques génétiques, à laquelle je semble avoir échappé, je fais faire néanmoins un électrocardiogramme de conrôle tous les 2 ou 3 ans) et un checkup chez le dentiste (détartrage et autres vérifications désagréables mais nécessaires pour éviter les mauvaises surprises...), ainsi que 3 visites chez un spécialiste conventionné pour un problème bénin mais pénible.

La plupart de ces spécialistes font payer autour de 50€ la consultation (c'est plus pour le cardiologue).

De mémoire, les remboursements (mutuelle + sécu) reçus représentent entre 40 et 60% de ce montant (avec des pointes à 70 pour le cardiologue et le spécialiste conventionné).

 

 

Si je continue donc mon petit calcul, qui bien qu'approximatif, permet je trouve de bien fixer les idées:

En 3 ans, j'ai dépensé 1200€ pour des soins de santé. J'ai été remboursé de 550€, dont 200 viennent de la sécurité sociale.*

 

Etre couvert par vous m'a donc coûté, en arrondissant, 3600€ sur 3 ans, ou 100€ par mois.

Pour comparaison, si je n'avais pas été couvert par la mutuelle, j'aurais déboursé de ma poche quelque chose comme 800€, ou  grosso modo 20€ par mois.

 

 

Je crois aux valeurs mutualistes. Toutefois, je ne suis pas suffisamment riche pour être un mécène.

 

Un collègue qui souscrit également chez vous, un brin mauvaise langue, me dit en riant jaune, qu'étant une mutuelle historiquement pour enseignants, vous couvrez remarquablement les dépressions nerveuses et autres maladies longue durée.

Ne souhaitant pas être aussi caricatural, mais constatant néanmoins que ni les conditions "récurrentes", ni les "blessures sportives", ni les "checkup" ne semblent en faire partie, je souhaite vous demander, Madame, Monsieur, quels sont les problèmes de santé que vous remboursez correctement, afin que j'essaye de m'adapter au mieux à votre cahier des charges dans le futur...

 

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, etc

 

 

* j'estime que la barre d'erreur sur les valeurs globales est de l'ordre de 10%

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 16:30

L'an dernier à peu près à la même époque je vous racontais les déboires multiples du libanais que je cherchais à embaucher en tant que post-doctorant (et les miens par la même occasion).

 

Cette année, nous embauchons un nouveau post-doctorant, français lui, mais qui a fait toute sa carrière "professionnelle" (eg 1 année en tant qu'ingénieur dans une grosse boîte, puis une thèse, soit, comme souvent aux USA, un "combo" MSc-PhD de 5-6 ans) en Amérique du Nord (on aime la difficulté).

 

Les choses se sont globalement beaucoup mieux passées cette année (je soupçonne que le fait d'être français n'y est pas pour rien), même si tout n'a pas été rose (notamment lorsque nous avons appris en juillet que la RH avait "égaré" le dossier complet soumis en juin soit comme stipulé "3 mois avant la date d'embauche sinon on n'a pas le temps de préparer le contrat").

 

Il y a eu cependant un petit moment #WTF (what the fuck ou qu'est ce que c'est que ce bin's, pour ceux qui ne maîtrisent pas bien les codes des réseaux sociaux) à la fois rigolo et représentatif du fonctionnement des RH, tout au moins si j'arrive à bien le raconter.

 

N'ayant pas de nouvelles de l'administration depuis que l'établissement a repris un fonctionnement, fût-il ronronnant, le 19 août, et sachant que dans notre monde "pas de nouvelles" ne signifie que rarement "bonnes nouvelles" (ou même prosaïquement, que les choses avancent normalement), mon collègue se décide à aller aux renseignements.

Il appelle donc notre gestionnaire de département, qui (je ne sais si ce fut d'emblée ou après s'être lui-même renseigné) lui dit que le contrat est prêt et que le futur post-doctorant peut venir le signer dans la semaine, au bureau des RH.

Mon collègue, heureux, fait donc suivre l'information au post-doc.

Quelques dizaines de minutes plus tard, il est toutefois pris d'un affreux doute: n'aurait-il pas dû vérifier l'information auprès du bureau des RH eux-mêmes?

Il saisit donc son téléphone, et miraculeusement -il est déjà près de 16h- on lui répond.

 

"Bonjour, je vous appelle au sujet du contrat de M. X."

"Attendez, ah je me rappelle, le canadien?"

"Non, il est français mais a vécu longtemps au Canada."

"Oui, oui, c'est bien ça, je vois. Eh bien?"

"Eh bien il est censé commencer le 2 septembre, je voulais donc savoir si son contrat est bien prêt, comme notre gestionnaire me l'a annoncé, pour qu'il vienne le signer."

"Oh non, il n'est pas prêt du tout; j'ai bien eu l'accord de l'administration générale mi-juillet, donc c'est bon il peut être embauché, mais je n'ai pas encore fait le contrat."

"Ah, mais c'est à dire que s'il commence lundi prochain cela devient un peu pressé, non?"

"Tout à fait, d'ailleurs maintenant que vous le dites il faut qu'il signe avant demain soir car nous clôturons les comptes pour septembre; donc si ce n'est pas signé, il ne sera payé qu'en octobre."

"Attendez; vous me dites qu'aujourd'hui ce n'est pas prêt, et qu'après-demain c'est trop tard, si je comprends bien. Donc il faut absolument qu'il passe demain?"

"Exactement, entre 14 et 17h qui sont nos heures de réception."

"Très bien. J'espère qu'il est sur Paris et bien connecté à ses mails...*"

 

 

Cette petite histoire, finalement pas dramatique (au pire il aurait pu bénéficier d'une avance de 80% en lieu et place du premier salaire) révèle tout de même le désormais classique retournement des priorités dans le monde de la recherche française: sur un dossier donné, l'administration a 3 mois pour faire son job, le chercheur 24h pour (ré)agir**.

 

Notons aussi, et c'est là encore très symptomatique, que si mon collègue n'avait pas décroché le téléphone, il est quasi certain que personne ne l'aurait prévenu que nous arrivions à une deadline importante...

 

Et puis, il est toujours bon de s'occuper de ce genre de choses pour sa rentrée, on se sent directement dans le vif du sujet.

 

 

 

* revenu d'Amérique du Nord pendant l'été, nous n'avons pas de numéro de portable où le joindre.

 

** on retrouve de tels types de rapports temporels pour les AAP (3 semaines pour écrire, 10 mois pour recevoir la réponse), pour les demandes de bourses ou primes, etc.

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 14:10

Le service (au restaurant) parisien a nationalement et internationalement mauvaise presse. Les clichés ont la vie dure, probablement parce qu'ils recèlent un fond de vérité.

 

Il me semble toutefois qu'une large part des reproches vient d'américains pas toujours conscients* que la conception "philosophique" du service n'est pas du tout la même chez eux et chez nous** ***.

 

Selon moi, en grande partie les critiques que l'on peut faire du service parisien sont simplement et assez généralement ceux que l'on peut faire aux endroits extrêmement touristiques.

Ainsi, le seul service dont j'ai eu réellement à me plaindre en 2 ans aux Etats-Unis fut à New-York (où, alors que nous avions été servis - une fuckin' omelette- après tous les clients rentrés après nous, on m'avait direct collé 25% de pourboire sur l'addition au prétexte que j'étais étranger).

Pour avoir vécu 20 ans à Nice, j'ai aussi été servi par ma part de saisonniers aussi peu impliqués que compétents. L'avantage revient même selon moi souvent à Paris, où l'habitude du "turnover" de la clientèle et le "métier" (qui n'est pas nécessairement accompagné de sympathie) de bon nombre de serveurs conduit généralement au moins à un minimum d'organisation et d'efficacité.

J'étais dernièrement dans une brasserie niçoise où, malgré une brigade quasi aussi nombreuse que le nombre de tables, nous avons attendu 10 bonnes minutes que quelqu'un s'intéresse à nous une fois assis. Entre l'hôtesse d'accueil occupée à claquer la bise à la moitié de la ville, les trois serveurs immobiles et le regard vide dans l'entrée, et le maître d'hôtel qui faisait savamment semblant de ne pas nous voir, ce fut un peu longuet.

Encore plus récemment, j'étais dans un restaurant brugeois oscillant entre typique et touristique, où un serveur (celui qui s'occupait de nous au début) a passé plus de temps sur son portable qu'à gérer ses tables, son collègue finissant par s'occuper de ses tables en plus des siennes...

 

 

Cela dit, il y a une attitude, ou posture, qui me semble assez typiquement parisienne et que je ne parviens pas à m'expliquer: les serveurs qui, après t'avoir gavé comme une oie (obéissant probablement aux sorties des plats en cuisine, certes), ne te calculent plus une fois l'assiette débarrassée.

En gros, on a l'impression qu'on aimerait nous voir dégager rapidement pendant tout le repas (et autant je ne trouve pas toujours que cela soit fait de façon très pro****, autant je peux comprendre cette pratique dans certains restaurants "à la mode"), mais on a ensuite la sensation paradoxale de devenir invisible au moment de partir: on ne peut simplement plus. Il devient impossible de conclure normalement le repas: d'avoir le café, d'avoir l'addition, de payer, de se barrer, alors que cela semblait pourtant la seule obsession du serveur pendant tout le repas...

Il m'est déjà arrivé de manger en 45 minutes puis de passer 30 minutes pour avoir le café, puis l'addition (il y a sans doute une connexion, car il est très difficile d'obtenir café ET addition en même temps au restaurant), puis pour régler.

Tout à l'heure encore, au troquet en bas de chez moi où j'ai du bouffer 5 ou 6 fois dans le mois, le serveur a fait plusieurs fois mine de ne pas me calculer (quand les tables sont collées, qu'il débarrasse celle à côté de moi, et que mon bifton est posé bien en vue sur la table, je pense que c'est fait exprès). Il a fallu que je le hèle alors qu'il s'en allait une fois de plus sans me regarder...

Si quelqu'un a déjà remarqué ça*****, et a une explication à proposer, je suis preneur.

 

 

* ou alors pas toujours prêts à admettre qu'un autre modèle est possible et peut avoir ses bons côtés, mais c'est un autre débat (cf les commentaires de l'article en lien).

 

** Il y a d'ailleurs des restaurants, dans le 7ème notamment (le quartier Ecole Militaire - Tour Maubourg draine un flot impressionnant de touristes quasiment exclusivement américains, pour une raison qui m'échappe) qui pratiquent un service "à l'américaine" pour les clients américains (ce qui leur permet sans doute de décrocher quelques petits billets de 20).

 

*** et de provinciaux (voire de parisiens eux-mêmes) toujours prompts à entretenir la guéguerre et les clichés Paris-province. C'est parfois risible comme le "les gens font la gueule dans le métro" comme si dans les transports en commun de Nice ou Lyon les gens se claquaient tous la bise en rentrant.

 

**** différence par exemple entre Dans les landes, qui nous a proposé de commencer le repas 5 minutes après l'heure de réservation alors qu'il manquit un convive, puis reproché de ne pas avoir dégagé 30 minutes avant l'heure convenue alors que personne n'attendait pour reprendre notre place, puis de nous quasi accuser de vol après avoir oublié de compter le paiement d'un convive... et la Pulperia qui nous a laissé tranquilles tant que la réservation suivante n'était pas là avant de nous payer un coup au bar pour s'excuser... ou encore l'Ami Jean qui nous avait aussi offert le digestif au bar.

 

***** je ne l'ai encore jamais fait, mais au moins deux connaissances m'ont déjà raconté s'être barrées sans payer (sans courir, et sans être rattrapées) à force d'attendre sans fin de pouvoir régler et d'être somptueusement ignorés au point, visiblement, d'être vraiment oubliés.

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 13:28

Petite suite à ma tentative de décryptage de ce qu'est l'influence dans la blogosphère, notamment dans le milieu finalement encore assez old school qu'est la restauration.

Cela fait également écho à mes récents "pastiches" de blogs gastros. 

 

En effet, un certain nombre de requêtes hebdomadaires conduisant au foutoir qu'est ce blog portent sur cette question fondamentale "comment écrire une bonne critique gastronomique?". 

Je n'ai pas la prétention d'avoir la réponse, mais mon vrai métier consistant à être le moins possible perméable au bullshit marketeux (conscient ou inconscient, d'ailleurs), je sais un peu repérer les "tics de langage" et autres que l'on retrouve dans bien des blogs connus dans le milieu ou en voie de l'être.

A priori, 250 lecteurs quotidiens feront de vous l'un des blogs en vue dans le domaine de la critique gastro amateur, tous les espoirs sont donc permis... votre petit blog pas influent à 50 ou 100 lecteurs quotidiens n'est pas si loin de casser la baraque.

On me répondra que je ne suis qu'un petit aigri qui aimerait bien être calife à la place du calife; cela n'est peut-être pas totalement faux, bien que je ne sois pas en mesure de juger toutes les raisons inconscientes qui me font faire ce que je fais; et puis ça fait probablement trop longtemps que je suis sur le marché pour que ma carrière de blogueur change radicalement aujourd'hui.

Mais de façon plus générale c'est aussi une façon de pousser un cri "aaaaahh" contre les auto-proclamés experts, qui, à défaut d'avoir vraiment quelque chose de pertinent à raconter, maîtrisent suffisamment bien le "personal branling" pour devenir "visibles" et par suite "incontournables" aux yeux du monde*. 


Aujourd'hui donc, quelques clés pour rédiger une critique de resto (parisien) de façon sexy et accrocheuse, sur le mode "n'écrivez pas [...], écrivez plutôt [...]"

 

 

- je suis rentré là parce que je passais devant et je savais pas où bouffer = cela faisait longtemps que je passais devant et la carte m'avait intriguée, j'ai donc décidé de le tester

Le blogueur influent ne dépend pas du hasard.

 

 

- j'habite ou je bosse dans le quartier et j'y bouffe toutes les semaines parce que je suis fainéant et c'est pas mal = la perle cachée du quartier (ne pas hésiter à multiplier les critiques)

Le blogueur influent ne va pas dans un endroit pour de basses raisons pratiques, il a un agenda. Et il sait optimiser ses articles.

 

 

- je ne connais pas ce quartier, je n'y vais jamais = l'offre gastronomique dans ce quartier est assez pauvre

Le blogueur influent connaît tous les recoins de Paris. S'il ne va jamais dans un quartier, ce n'est pas parce qu'il habite ou bosse à l'autre bout de Paris, c'est parce qu'il sait qu'il n'y a rien à y faire, rien à y découvrir.


 

- j'ai lu sur un blog (ou le Figaroscope) = on m'a recommandé

Le blogueur influent a des réseaux mystérieux. Qu'il ne cite jamais.

 

 

- Pudlowski en a parlé = j'ai su qu'un nouveau restaurant venait d'ouvrir

- le Fooding en a parlé = j'ai su qu'un nouveau restaurant commençait à buzzer

- le Fooding et le Figaroscope en ont parlé =  la nouvelle sensation du moment à Paris

- tous les blogs en ont parlé = la perle où il est impossible de réserver

Le blogueur influent ne choisit pas ses restos comme vous et moi. Il sait.

 

 

- c'était bon = les saveurs explosent en bouche

Le blogueur influent maîtrise les expressions comme un professionnel.

 

 

- quelques petits trucs ont été améliorés depuis ma précédente visite = le restaurateur a sûrement lu mon article et mes réserves et a su rectifier le tir

Le blogueur influent ne doute de rien, et pense (ou fait mine de) qu'un restaurateur sur la place depuis 20 ans a besoin de ses conseils de business model. L'important c'est que le lecteur finisse par le croire aussi.

 

 

- j'ai réussi à choper par miracle une invitation au pince-fesses machin = j'ai été sollicité pour participer à la réunion de lancement machin

Le blogueur influent ne demande rien, on lui donne, et il accepte. Et en aucun cas il n'est sur la 3ème liste d'une opération miteuse... 

 

 

- je me suis fait inviter = je n'accepte jamais les invitations

Le blogueur influent est incorruptible. Sauf cas de force majeure.

 

 

- j'y suis allé 40 fois parce que c'est ze place to be et j'ai un standing = les autres adorent mais je suis plus circonspect

Le blogueur influent se démarque. 

 

 

 

P.S.: Il y en a sûrement beaucoup d'autres, n'hésitez pas à nous en faire profiter en commentaires    

 

 

* pour baigner un peu dans l'associatif depuis quelques mois, je m'aperçois avec tristesse que l'"expertise", quel que soit le domaine, s'acquiert d'abord, de l'extérieur, parce qu'on gesticule pour se faire entendre, qu'on réseaute ou quelle que soit la façon dont vous appelez ça, et ensuite éventuellement parce qu'on a des choses intéressantes à dire. Et donc autant on peut acquérir une certaine renommée en n'apportant aucune plus-value intellectuelle, autant on ne deviendra jamais quelqu'un d'écouté si on refuse de jouer le jeu ou de comprendre ces "codes de la branlette". Il y a des gens qui font ça très naturellement et sans penser à mal, d'autres suffisamment cyniques pour s'en foutre, moi j'ai toujours un peu l'impression de m'astiquer le poireau en public, et je ne suis donc jamais très à l'aise dans l'exercice. Même si je le fais d'assez bon gré dans le cadre de mon métier (conférences, articles etc), c'est un peu différent lorsqu'il s'agit, après tout, d'un "hobby".

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 10:09

Ce n'est pas parce que je ne parle plus que d'étoilés provinciaux ou étrangers que je ne vais plus dans des restos plus casuals à Paris intra-muros.

Par contre, je n'ai pas su trouver le temps de bloguer et vais donc profiter de ce début de vacances pépère pour faire un petit point sur les découvertes des derniers mois.

 

 

La claque: Abri, 92 rue du Faubourg Poissonière, 75010 Paris

Il y avait pourtant tout pour que je déteste a priori: le Prix machin du Fooding, le quartier néo-branché, et la devanture faisant croire qu'on se trouve devant un lavomatic ou un magasin de photocopies. Le chef japonais qui est passé chez les plus grands et travaille à son comptoir ouvert sur un menu unique "au goût du jour", le nouveau marronnier de la gastronomie parisienne. Ca, plus le buzz faisant qu'il faut réserver deux semaines à l'avance au déjeuner, deux mois à l'avance au dîner.

Si je ne m'étais pas incrusté dans un déjeuner "blogueur" organisé par Isabelle, je serais donc resté sur ces mauvaises impressions.

Mais il faut admettre qu'à 22€, le menu déjeuner est probablement l'un des meilleurs qualité-prix de Paris, même si la salle fait penser à une cave à tournantes avec fils électriques apparents et mobilier "Ikéa chiné".

2 entrées, dont un velouté de potimarron avec un chaud-froid de carottes et oranges qui n'est pas sans rappeler un amuse-bouche que nous avions eu chez Gagnaire. Et un superbe carpaccio de veau jouant sur les textures. Le lieu jaune accomodé un peu "à la thaï" et la tarte chocolat en dessert sont plus classiques mais bien exécutés aussi.

Et en plus, malgré le succès, ils sont sympas et ne poussent pas à la consommation (à 4, nous n'avons pris ni vin, ni bouteille d'eau, ni cafés).

Bref, je n'y retournerai sans doute jamais parce que je ne m'abaisserai pas ferai pas l'effort d'appeler un matin pour y dîner dans 2 mois, mais je vous le conseille si ça ne vous fait pas peur (le soir, menu à 38€). Et je suis ravi d'y être allé.

Le même repas, avec plus de détails car elle est plus sérieuse, vu par Aude.


Dans un registre moins créatif et dans un autre quartier, mais présentant aussi une offre déjeuner de très bon niveau, je vais en profiter pour citer l'Avant Goût, 26 rue Bobillot, 75013 Paris. L'Avant Goût existe depuis je pense environ 10 ans, et pratiquait la bistronomie avant que ça s'appelle ainsi, hélas pour lui dans un quartier plutôt morose, entre cantines chinoises inégales et à l'ombre des tours et de cette verrue qu'est le centre commercial Italie 2. 

Je n'y étais pas retourné depuis très longtemps (2004 ou 2005?) et y ai été déjeuner pour le boulot il y a peu. A 14€50, vous avez une formule "soupe du jour" (ici poireaux-coco-oeuf mollet, très bien) et "plat du jour" (sauté de porc curry avec écrasé de pommes de terre, classique mais efficace), avec un verre de vin. Pas hyper copieux, mais bien travaillé et parfait pour le midi, dans un cadre pas désagréable même si un peu serré.

Quand on voit le nombre de brasseries impersonnelles du quartier (un exemple? Assis au Neuf) qui proposent des "formules métro" à 16€ ou plus, il n'y a je pense pas à hésiter (simplement, il faut réserver)...

 

 

Le meilleur bistrot chic du quartier Commerce: Le Cristal de Sel, 13 rue Mademoiselle, 75015 Paris

Il s'agit bien sûr d'un classement purement subjectif, mais après avoir testé la majorité de la concurrence du quartier (Stéphane Martin, l'Epopée, Bernard du 15..., souvent mentionnée au Michelin comme le Cristal de Sel, 1 fourchette), c'est ce restaurant que j'ai préféré. Il était temps que je le trouve, au bout de 2 ans et demi et sachant que mon aventure dans le 15ème devrait s'achever bientôt...

L'ambiance est un peu plus rock'n'roll (comparativement hein) que dans les autres établissements du quartier qui vire rapidement à celle qu'on imagine dans "l'auberge de notables des villages de nos régions sous René Coty".

L'addition est à peine plus chère qu'ailleurs (mais chère, on est dans le 15ème): pas de menu le soir, comptez 40-45€ à la carte (resserrée) quand les menus sont autour de 35-38 pour ceux qui jouent dans le même registre dans le voisinage.

Mais à ce prix là, je trouve qu'on a une vraie touche personnelle dans la cuisine même si celle-ci reste d'inspiration très bourgeoise. 

Pensez à réserver un ou deux jours à l'avance.


Dans le même genre ("bistrot chic", 15ème arrondissement, cuisine française bourgeoise et clientèle à l'unisson, 35-45€ pour la séquence entrée-plat-dessert au dîner), et qui ne m'ont pas fait changer d'avis, j'ai également visité les mentionnés Michelin que sont l'Epicuriste, 41 boulevard Pasteur (dans le 15ème aussi mais plutôt vers Montparnasse: voir une critique assez neutre chez Docadn), et Axuria, 54 avenue Félix Faure, et qui sans être désagréables, m'ont paru très plan-plan à tous points de vue. Et du coup, l'addition semble un peu salée, même en tenant compte de la "taxe d'habitation spéciale 15ème".

 

 

Revival dans le 7ème

Je suis retourné à l'Ami Jean, 27 rue Malar, et à FL restaurant, 1 bis rue Augereau. Voir les chroniques précédentes ici et .

J'avais beaucoup aimé l'Ami Jean lors de ma première visite pendant la saison du gibier. Hors saison, je serais plus circonspect. 40€ la cocotte de cochon aux lentilles est plus difficile à digérer que 40€ le lièvre à la royale, à mon humble avis. 

Et donc, idem pour l'addition à 70€ bien tassé pour entrée plat dessert (autour de 90-100 avec le vin donc). A ce compte là, j'y retournerai pendant la saison du gibier, ou uniquement avec des gros mangeurs (et donc pas Priscilla) pour tâter du menu "dégustation" autour de 80€, tant qu'à faire. C'est ce que tentait notre voisine de table et c'est vrai que ça avait l'air gargantuesque.

A noter aussi que Stéphane Jégo, le chef, semble avoir cédé à la mode du "tout japonais" (sauf lui) en cuisine, et aussi à certains tics surprenants (qui n'étaient pas là lors de ma précédente visite): nous nous sommes retrouvés avec des "émulsions esthétisantes" sur tous nos plats. Franchement, sur la joue de veau ou la poitrine de cochon, je ne vois pas bien l'intérêt.

 

FL restaurant, lui, m'a très agréablement surpris par rapport à mes souvenirs, plutôt bons mais sans plus. Il faut dire aussi que nous y étions allés probablement relativement peu de temps après l'ouverture et que, donc, le chef a eu le temps de prendre ses marques aujourd'hui.

Un peu comme pour le Cristal de Sel (et probablement même plus), la cuisine, bien que d'inspiration classique, est aussi une cuisine d'auteur. C'est très bon, assez inventif et subtil, et plutôt copieux. Environ 40€ à la carte (il y a un menu d'appel moins cher mais limité en choix). 

En plus, le chef, un picard, est sympa, à l'écoute des clients, et n'hésite pas à expliquer ses plats, son intention etc. Seul petit bémol, il n'a je crois pas pigé une seule de mes blagues (mais ça vient sans doute de moi...).

Un peu à l'écart des sentiers battus modeux, même s'il a eu droit à une chronique de F. Simon, n'hésitez pas faire deux pas hors de la rue Saint-Dominique... En plus il y a une promo actuellement sur la Fourchette, à - 30% ça devient vraiment une bonne affaire.

 

 

Jeanne(s) à Paris

Dans le cadre de "restos de groupes", une visite chez Astier ne m'avait pas forcément transcendé. Pour un but similaire, je préfère leurs épiceries fines - slash - rôtisseries - slash - tables d'hôtes. 

L'une, Jeanne A, est juste à côté, 42 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011, l'autre, Jeanne B, vient d'ouvrir à Montmartre, 61 rue Lepic, 75018.

Dans les deux cas, même formule entrée plat dessert à 27 euros, avec en entrée des charcuteries de producteurs (Bobosse...), en plat des pièces d'agneau ou de poulet rôties, et des classiques tartes ou autres en dessert.

Les produits sont bons et le rapport qualité-prix également, même si la "cuisine" (dans le sens "transformation") est inexistante. L'ambiance est plutôt sympa à l'un comme à l'autre, on vous laisse le temps de vivre, et même s'il y a quelques tables de deux, cela me semble plutôt propice aux tablées, de 6 ou 7 à, si j'ai bien vu, une quinzaine. Il n'y a pas de "salon privé", mais les grandes tables sont suffisamment éloignées pour que l'on ait l'impression d'être entre soi.

Petit bémol sur les vins, surtout présentés en magnum et qui ne me semblent pas spécialement donnés (enfin, rien d'étonnant pour Paris, mais pas forcément en totale adéquation avec le "concept" de l'établissment).

 

 

L'Amérique Latine à Paris

Lors de notre rencontre biannuelle avec Docadn, nous sommes allés dîner au Bis, 16 rue des Plantes, 75014, ancienne annexe du Sévéro mais désormais "indépendant", tenu par un mexicain prénommé Marco.

La formule soir à 30€ pour entrée plat dessert est désormais une rareté à Paris dans un restaurant non standardisé (voir plus haut). Pour ce prix là, j'ai eu droit à des asperges au chorizo, une bonne viande et un dessert aux fruits sympathiques.

Le vrai plus réside dans le service et les vins. Le patron est volubile, il aime partager, faire goûter etc. 

Bref, une table de quartier honnête et sympathique, décontractée, où j'irais probablement régulièrement si je vivais à proximité.

 

Plus haut de gamme, la Pulperia, 11 rue Richard Lenoir, 75011 est le restaurant argentin de Fernando de Tomaso. Restaurant estampillé World Food, Fooding et B. Verjus, pas très loin de Bastille, il attire la clientèle hype et c'est assez cher, mais on y mange bien et ils sont sympas.

En entrées, les classiques poulpe, ceviche, empanadas etc. En plats, les classiques grillades argentines aussi, en grandes portions. Joli dressage et un effort sur les sauces et accompagnements. Entrée plat dessert autour de 45€. Carte des vins naturelle, pas donnée, plutôt française: le principal problème est que, souvent, ces vins sont un peu mous du genou légers pour se frotter à une barbaque sanguinolente, mais bon, c'est un avis personnel.

Arrivés à 20h, on nous avait dit lors de la réservation qu'il faudrait dégager à 22h. Finalement, on nous demande de libérer la table à 22h30, mais comme nous avons été plutôt bons clients (5 bouteilles à 7 ou 8 dont 2 abstinents, si je me souviens bien, et 80€ par tête pour les buveurs), ils nous ont payé deux bouteilles de cidre de poire au comptoir. Sympa, et une bonne cuite pour moi à l'arrivée...

Une bonne surprise aussi, la encore à faire plutôt en petits groupes (6-8) de cadres sups qui ne se voient plus beaucoup et ne sont pas trop regardants sur la note qu'en amoureux, selon moi.

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