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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:42

Le principal problème dans la recherche en France n'est pas, malgré les 15% de réussite sur les appels à projets en moyenne et l'absence désormais quasi-totale de dotation récurrente, de trouver du pognon pour bosser, mais bien de le dépenser une fois qu'on l'a.

 

Par exemple, chez nous:

- 16 novembre: fin des commandes annuelles pour pouvoir faire la clôture budgétaire*.

- 14 janvier: réouverture du logiciel de commande sans prévenir personne.

- 25 janvier: fermeture du logiciel de commande en ne prévenant pas grand monde, pour une maintenance informatique. Bien évidemment, la maintenance ne pouvait pas se faire "pendant" la période de clôture, et personne n'est responsable de ce choix de date.

- 25 février: réouverture du logiciel de commande. Mais à cette date, les crédits, eux, ne sont toujours pas ouverts (enfin, si je comprends bien, l'argent est là, hein, puisque l'ANR par exemple l'a donné, mais il n'y a pas de ligne budgétaire correspondante). Donc on ne peut toujours pas commander.**

- 26 février: j'essaie de trouver le responsable de ce merdier. L'identifier est malaisé, ils sont probablement plusieurs en cause. Le nom qui revient le plus souvent est bien évidemment en vacances en ce moment. Les autres sont en formation, absents ce jour, ne répondent pas au téléphone, etc. 

 

Cela fait donc 3 mois et demi que l'on est bloqué. Si l'on rajoute les 3 semaines de fermeture en été auxquelles il faut bien rajouter 3 semaines parce qu'avant ça ralentit et après ça recommence doucement, il y a presque 5 mois de blocages. On essaie de s'arranger avec des comptes externes ou prévisionnels chez certains fournisseurs, mais ce n'est pas toujours évident de prévoir 4 mois à l'avance ce dont on aura besoin, surtout en sciences expérimentales où le matériel peut vite coûter assez cher (même si cette fois on l'a plutôt bien fait, car on avait prévu que beaucoup d'argent se libérerait à la dernière minute en novembre, et on avait donc fait des devis dans tous les coins, dépensant 50k€ ou quelque chose comme ça en 10 jours)...

J'ai failli chialer hier, vraiment. J'ai pourri (et je m'en veux un peu) un pauvre mec en bas de l'échelle juste parce que c'est le seul gars que j'ai réussi à avoir au téléphone. Et j'attends des réponses des gens que je suis parvenu à identifier comme ayant a priori un pouvoir d'action (qui me répondront probablement qu'ils n'y peuvent rien et que je devrais plutôt contacter bidule qui peut-être...).

 

 

 

* Attention, il faut aussi que le matériel ait été livré avant le 30. Et être vigilant: si vous avez transmis votre bon de commande avant le 15, il faut encore que le service financier l'ait validé avant le 18, sinon vous risquez de devoir réengager l'argent l'année suivante si les crédits ne sont pas reportables... Enfin, comme nous l'a dit le chef comptable, vous travaillez pour un établissement, vous devriez être content qu'il récupère de l'argent grâce à vous.

 

** pendant ce temps là on m'appelle pour me demander de remplir des fiches imbittables aux acronymes encore plus imbittables pour justifier de combien j'ai besoin l'année à venir, ce à quoi je ne peux visiblement pas répondre "j'ai besoin de ce que l'ANR m'a donné bordel à cul, démerdez-vous avec vos fiches et laissez-moi dépenser en paix".

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 10:12

Pendant que les "so-called" italiens nous bassinent* sur le massacre à la crème fraîche de la "carbonara", personne ne s'insurge sur une autre hérésie gastronomique: le fromage râpé dans le gratin dauphinois. Je perds un an de vie chaque fois qu'on l'évoque devant moi.

 

Donc je prends ma plume pour vous apprendre une "vraie" recette de gratin dauphinois**.

Y a pas plus con, il suffit juste de suivre quelques principes: c'est un plat riche, donc vous oubliez la crème allégée et autres conneries, et il ne faudra pas lésiner: en gros une brique de crème entière liquide 20cls par personne, celle à 30 ou 35% de matière grasse. Quant aux patates, un aphorisme de ma presque belle-mère résume on ne peut mieux ma pensée: "il n'y a jamais trop de patates".

C'est un plat simple, puisqu'il n'y a que deux ingrédients: de la crème et des patates (avec sel et poivre bien sûr, et en bonus potentiel un peu de beurre pour ceux qui aiment se la jouer chef, et un peu d'ail si vous voulez puer de la gueule).

Si vous voulez foutre du fromage, moins de crème, des oignons, des lardons, de la chapelure, ou je ne sais quelle connerie, libre à vous mais dites que vous faites un gratin de patates, une tartiflette ou du gloubi-bloulga et ne venez pas me chauffer à blanc.

 

On prend des patates "anciennes" (bien bourrées d'amidon), assez volumineuses si possible. Une fois lavées puis épluchées, le but est de les couper en tranches le plus fines possibles, par exemple avec une mandoline, sinon un bon couteau. C'est un peu long et fastidieux (les tranches doivent faire 1/3 ou 1/4 de mm si on fait les choses bien), mais ça n'a rien de compliqué. Au pire, vous mettez du Manowar en fond sonore pour vous donner du courage. On ne rince surtout pas après la coupe, c'est l'amidon qui fera la liaison avec la crème.

On étale 4-5 couches de pommes de terre le plus uniformément possible dans un plat frotté au beurre et à l'ail écrasé si ça vous fait plaisir, de sorte à avoir quelques mms d'épaisseur. On sale, on poivre, on recouvre de crème jusqu'à affleurer à la surface des couches de patate (environ une brique: ne pas avoir peur, ça doit "baigner"). On recommence jusqu'à avoir environ 3-4 cms d'épaisseur au total dans le plat. C'est un plat de terroir, alors c'est pour 4 minimum, plutôt 6 ou plus, on n'est pas dans les conneries chichiteuses de verrines d'un dîner presque parfait.

Les chefs recommandent souvent de mettre en plus quelques noix de beurre sur le dessus du plat, soit pour les plus extrêmes entre les couches (pour eux, il faut toujours mettre du beurre pour que ça ait du goût), mais avec en gros 1L de crème fraîche pour 4, j'ai décidé de songer à mon cholestérol. 

On enfourne à four préchauffé 180°C, environ 2h.

La crème peut déborder facilement au cours de la cuisson, prenez un plat haut ou protégez votre four... Si cela dore trop en surface, on recouvre d'un papier alu et on peut baisser un peu, 150°C.

Le temps est indicatif (cela peut être plus que 2h): lorsque c'est prêt, il ne doit pas rester de crème "résiduelle"; le gratin est "solide", confit sans être sec, mais on peut quasiment le découper et il offre de la tenue. Le "gratiné" en surface est assuré par la crème fraîche.

 

Il y a des variantes (Michel Rostang préconise un mélange lait - crème, mais alors il faut faire bouillir, etc; Guy Savoy utilise un bain marie: bref, c'est plus compliqué), mais l'essentiel est là et le reste n'est que littérature. La conclusion, c'est gardez votre râpé pour autre chose, par pitié.

 

 

 

 

* à raison, mais sans vraiment comprendre que la "carbo" lardons leader price crème fraîche premier prix ne se targue pas d'être authentique: c'est un plat réalisé par les étudiants fauchés et les célibataires qui n'ont aucune envie de cuisiner. Des lardons de merde et de la pancetta et du parmegiano achetée chez le traiteur italien ne s'adressent pas à la même clientèle...

En ce sens, le massacre du gratin dauphinois est autrement plus scandaleux: l'"authentique" ne coûte pas plus cher et n'est pas plus chiant à préparer que son ersatz (il est un peu plus long à cuire).

De toute façon, certains italiens sont persuadés qu'ils ne bouffent que des pâtes et de la pizza parce que Catherine de Médicis a dans sa dot ramené en France tous les grands chefs italiens: bref, que la grande cuisine française est italienne, pendant qu'ils n'ont gardé que les plats de pauvres...

 

** je ne suis pas dauphinois, mais les blogueurs experts de l'Italie ne font qu'y vivre depuis trois ans, alors pourquoi je pourrais pas me la raconter moi aussi?

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Published by mixlamalice - dans Autour de la gastronomie
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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 13:34

Même si je ne suis pas insensible au symbole phallique que représente le guitar hero shredder (surtout de la part de quelqu'un qui ne maîtrise guère plus que le répertoire de Renaud), je crois qu'une bonne part de mon attrait pour le métal a trait aux chanteurs plutôt qu'aux guitaristes.

Cet attrait n'est, je vous rassure, pas (consciemment tout du moins) sexuel, encore que lié à la puissance d'un organe, vocal.

 

Bref, en tant que chanteur amateur médiocre à la voix claire et monocorde qui a pour seul talent de chanter à peu près juste quand la ligne est simple, j'aurais aimé avoir de la puissance vocale, permettant de couvrir un large spectre mélodique (le mot est important), du son chaud et si possible un peu éraillé, écorché par la vie, au hurlement de bête sauvage. Et dans quels autres styles que le rock brut de décoffrage, le hard ou le heavy trouve-t-on ce style de chanteurs?

 

Quelques exemples:

 

Ian Gillian, Deep Purple: Le maître, que je redécouvre toujours avec plaisir. Vous pouvez écouter  Strange Kind of Woman (notamment en version live Made In Japan avec le mythique duel voix-guitare), mais Child in Time reste LE moment de bravoure par excellence, presqu'a capella. Vous pouvez vous entraîner chez vous, moi ça fait dix ans et il faut me rendre à l'évidence, je ne saurai jamais chanter la chanson dans son ensemble.

 

 


 

 

 

Eric Adams, Manowar: le groupe prête à rire, mais il a aussi écrit des chansons vraiment énormes. Dans Black, Wind, Fire and Steel, Eric Adams, de formation lyrique, amateur de muscu et de chasse au tir à l'arc, envoie la grosse purée avec une montée en puissance bluffante (notamment après le solo).

 

 


 

 

 

Lou Gramm, Foreigner: un registre plus hard rock voire rock FM, mais une grosse voix de picoleur, bien chaude, capable de bien tenir des aigüs virils.

 

 


 

 

 

Bruce Dickinson, Iron Maiden: je crois qu'une des premières chansons métal à m'avoir marqué est Be Quick or Be Dead, surtout les 20 premières secondes: riff monstrueux et hurlement maîtrisé de M. Air Raid Siren.

 

 


 

 

 

Parmi les chanteurs que j'apprécie, vous trouverez aussi le défunt Ronnie James Dio, Axl Rose de la grande époque (celle de Welcome To The Jungle), le Steven Tyler (Aerosmith) de Dream On.

Et puis bon, c'est pas rock'n'roll du tout et la voix manque un peu de touche "bourbon", mais le SOS d'un terrien en détresse de Balavoine est une chanson qui m'épatera toujours. 

 

 

Et n'oubliez jamais que le métal peut vous aider à canaliser votre frustration: http://tomarayascream.com/

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 11:37

Une petite histoire vraie. Elle soulève quelques questions, de fond comme de forme, intéressantes. Autant savoir ce que les lecteurs en pensent. Je vais essayer de raconter les choses de la façon la plus objective possible, avec les éléments en ma possession.

 

L'an dernier, une jeune (par l'âge de ses membres et la durée de son existence) et petite (par le nombre de ses membres et leur reconnaissance nationale et internationale) équipe a été délocalisée de son établissement d'accueil pour être intégrée dans un laboratoire de taille plus respectable, selon une logique gagnant-gagnant (le laboratoire gagnant 5-6 membres d'un coup, l'équipe gagnant en visibilité, qualité de l'environnement, et moyens matériels).

Probablement en partie pour des raisons liées à un souci d'intégration de cette équipe dans le laboratoire, on a demandé à l'un de ses membres (qui n'avait rien demandé et que nous appellerons le "nouveau") de coencadrer un stage de M2, sur un sujet qui pourtant paraissait assez loin de ses préoccupations. Ou plutôt dont le traitement était assez loin de ses compétences. 

En effet, il s'agit d'un sujet "classique" (voire l'un des marroniers du domaine datant de la la fin des années 90) sur lequel il avait bossé il y a plusieurs années, et dont il maîtrisait encore assez bien la "biblio de base", voire certains travaux actuels (ceux-ci étant dans une large mesure effectués par des gens qu'il croise régulièrement en conf' ou ailleurs). Mais la façon de l'aborder était relativement novatrice, plus mécanique là où la question était généralement plutôt traitée de manière physique, et basée sur un concept expérimental assez neuf (concept expérimental faisant lui partie des sujets de recherche du nouveau). Pour ces raisons, le nouveau a accepté de co-encadrer.

 

Le stage se passe plutôt bien à tout point de vue, les résultats sont intéressants; l'implication du nouveau est il faut le dire relativement faible. Le stagiaire est un bon élément, sa formation le rend plus pointu que lui sur les méthodes employées, et le co-encadrant est lui aussi à l'aise sur ces thématiques. Il se borne à suivre et valider les réunions d'avancement*, à apporter sa connaissance biblio du sujet, expliquer quelques notions fondamentales sur les matériaux au stagiaire**, et suggérer quelques améliorations/hypothèses de travail quand il lui semble avoir une idée pertinente. 

 

Peu après le départ du stagiaire, le nouveau discute brièvement avec le co-encadrant, suggère que les résultats ne sont pas mal, qu'il y a peut-être moyen en faisant quelques manipes complémentaires et en réfléchissant à l'interprétation, d'écrire un petit truc sympa. Il élude.

 

Environ six mois plus tard, le nouveau reçoit un mail pour une réunion interne, initiée par deux autres chercheurs, pour discuter des résultats du stagiaire et de leurs avancées sur le sujet.

Un peu avant la réunion et au cours de celle-ci, il apprend que le co-encadrant a au cours d'une discussion informelle suivant la soutenance (auquel le nouveau n'a pas assisté pour une raison idiote) autorisé les deux chercheurs à continuer l'étude.  

L'étude est désormais auto-suffisante, et il est évoqué cette fois-ci une collaboration avec la jeune équipe notamment pour ses connaissances expérimentales, pour aller plus loin.

 

Quelques échanges mails plus loin, le nouveau apprend enfin qu'un papier a été écrit, est prêt à être soumis, et qu'il n'est pas dedans. 

Après s'être expliqué avec le co-encadrant qui a fait son mea culpa (il n'avait pas le temps de continuer le projet, il a pensé que c'était une bonne idée, a été pris par d'autres activités, s'est retrouvé devant le fait accompli, etc) et avoir donné sa vision de l'histoire aux deux chercheurs, il est semble-t-il, suite à une intervention du co-encadrant, réintégré dans la publi, dont il a pu lire le draft en catastrophe et à laquelle il a proposé (sans réactions) d'apporter quelques modifications mineures qui pourraient donner selon lui plus de force au texte (le traitement est certes nouveau, mais il fait un peu trop fi dans ses interprétations des 15 années d'études sur le sujet).

 

 

Cette histoire pose selon moi plusieurs questions de fond et de forme:

- le nouveau devait-il être sur le papier? 

Tel quel, peut-être pas, probablement pas. Mais lorsqu'on écarte quelqu'un d'un travail, qu'on bosse six mois sur un sujet sans qu'il soit au courant, et qu'on lui mentionne presqu'au détour d'une conversation l'existence d'un draft "final" sans possibilité de modification, on a beau jeau de dire qu'il n'a pas contribué.

Est-ce qu'une discussion constructive à l'issue du stage n'aurait pas été plus intelligente qu'un non-dit explosant à la gueule de tout le monde une fois qu'il est presque trop tard pour changer quoi que ce soit? 

Cela pose également la question de l'encadrement: encadrer un étudiant ou un post-doctorant est-il une condition suffisante pour être sur une publi? La question est complexe tant le travail fourni dépend de l'encadrant, de sa maîtrise du sujet (qui dans l'histoire ci-dessus était loin d'être totale, mais cette situation n'était pas totalement du fait du nouveau: ce n'est pas comme si il avait de lui-même proposé un sujet qu'il ne maîtrisait pas)  mais aussi du niveau de l'étudiant... D'expérience, je dirais plutôt oui (c'était aussi vrai aux US même si les co-encadrements y étaient assez rares), même si le problème de la HDR en France pousse alors à mettre sur les publis des "prête-noms" qui n'ont qu'une existence officielle, ce qui favorise une certaine forme de "mandarinat"...

Enfin, est-ce que le nouveau a eu raison de pousser une gueulante? Est-ce que cette situation marque la fin de toute relation future "ok pour cette fois n'y reviens pas" ou est-ce que la conclusion est synonyme de "fresh start", désolé tout le monde a merdé et on fera mieux la prochaine fois? Vaste question, que l'on peut prolonger comme suit...

 

- qu'est-ce qu'un coencadrement; qu'est-ce qu'une collaboration?

Selon moi, un coencadrement est basé sur l'idée qu'il y a, pour certains sujets, une synergie potentielle basée sur les compétences distinctes des deux encadrants, cette synergie pouvant être bénéfique au sujet et à l'étudiant. Dans ce cas, il faut accepter que certains sujets ou certaines portions de sujets ne sont pas encadrés symétriquement par les deux personnes, l'idée étant que cela se compense globalement sur le projet, voire sur un ensemble de projets. C'est tout l'intérêt de monter des équipes un peu interdisciplinaires...

Ma thèse a été encadrée par un chimiste et un physicien, il m'aurait semblé absurde de publier mon papier de chimie uniquement avec le nom du chimiste et mes deux papiers de physique avec seulement le physicien, puisque le sujet n'a existé que parce qu'ils avaient décidé de bosser ensemble... leur apport a switché au cours de la thèse, il s'est globalement équilibré, et je ne vois pas le problème.

Dans le même registre, j'ai du mal à concevoir une "collaboration" comme une situation où chacun bosse de facto dans son coin, et ne se parle qu'une fois tous les six mois quand on a vraiment besoin de l'autre pour continuer à avancer. Cela ne veut pas dire qu'on doit se voir tous les deux jours, mais quand même qu'on doit se tenir au courant régulièrement des avancées bonnes ou mauvaises, et pas juste une fois toutes les morts d'évêque parce que "tiens là sur ce truc là on sait vraiment pas faire nous-même, on vous demanderait bien votre aide". 

 

 

 

* maintenant, on demande même aux stagiaires M2 de faire des diagrammes de Gantt et des bilans d'avancement.

 

** je suis toujours étonné du peu d'intérêt pour les matériaux (de quoi sont-ils faits, comment sont-ils micro ou nano structurés etc) de la part des mécaniciens du solide, qui semblent avant tout aimer poser des équations compliquées dont il importe finalement souvent peu qu'elles aient une réalité physique du moment qu'on sait les résoudre analytiquement ou numériquement.

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 09:15

Une remarque rapide sur l'affaire Findus: elle semble bien montrer que la multiplication des contrôles ne sont pas une assurance tout risque, surtout quand

- ces contrôles sont purement administratifs (vérification et remplissage de paperasses pas forcément connectées à une quelconque réalité).

- ils sont accompagnés d'une énorme dilution des activités et donc des responsabilités (plus personne ne sait qui fait quoi et in fine ce n'est la faute de personne).

 

Si quelqu'un pouvait faire passer le message à ceux qui gèrent l'administration de la recherche en général et dans mon établissement en particulier...

 

Hélas, comme toujours, les réponses à ces dysfonctionnements sont un appel à une multiplication et un renfort des contrôles.

 

1830305 5 7524 le-circuit-de-la-viande-de-cheval-de-la 8068  Source Le Monde

 

On peut aussi regretter que les ministres concernés mettent toujours six mois ou un an (quand leur durée de vie dépasse rarement deux) ou attendent un fait divers majeur pour "se rendre compte de la complexité" des affaires dont ils sont supposés s'occuper. Au mieux, il s'agit de mauvaise communication. Au pire... 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 18:00

On ne présente plus Pierre Gagnaire, trois étoiles Michelin depuis une vingtaine d'années, d'abord à Saint-Etienne, puis à Paris, et désormais propriétaire d'une douzaine de restaurants de par le monde, réputé pour sa créativité, son "modernisme" (il touche au moléculaire sans en être un apôtre comme Adria) qui suscite des réactions parfois controversées (on entend souvent parler de "hit or miss").

 

C'est donc dans le vaisseau amiral, au 6 rue Balzac (métro Georges V ou Charles de Gaulle Etoile, 75008 Parishttp://www.pierre-gagnaire.com/) que nous nous rendons un midi de janvier pour fêter un anniversaire. La situation est un peu étrange puisque le restaurant est situé dans l'hôtel Balzac, auquel les murs appartiennent, mais en est malgré tout indépendant.

 

Une grande entrée, avec un bar sur la droite, et une salle relativement petite au fond (~25 couverts, y en a-t-il une autre?), à la déco qui a peut être été originale ou précurseur à la fin des années 90 mais est aujourd'hui le B.A.-BA du resto chic (boiseries, mobilier "japonisant" etc - on notera les murs recouverts par endroits de feuillets de vieux livres de recettes). La salle n'est pas tout à fait pleine en ce déjeuner de milieu de semaine.

 

Après, comme d'habitude, avoir accepté de bon gré de nous faire allumer le larfeuille avec une coupe de champagne (c'est ça de ne se faire des grands restos que pour des grandes occasions), nous parcourons la carte tout en picorant les petits grignotages qui nous sont servis.

Je commence à suer à grosses gouttes dans la mesure où je ne vois pas le menu déjeuner et que les prix à la carte ou du menu dégustation sont encore un peu too much pour nos moyens. 

Nous finissons heureusement par le trouver sur une carte séparée, poussons un soupir de soulagement et partons là-dessus: 115 euros pour un assortiment d'entrées "Cocktail de Poche", un poisson, une viande, et un assortiment de desserts.  

Ce schéma classique s'éloigne pourtant un peu du menu dégustation pour lequel Gagnaire est connu, dans lequel il ne semble y avoir, à aucun moment, de plat "per se", mais une succession d'une vingtaine ou trentaine de bouchées: j'y reviendrai.

 

La carte des vins me surprend par rapport à ce que j'avais pu voir dans les autres "grandes maisons" où j'ai déjeuné ou dîné, dans le sens où les prix me semble extrêmement raisonnables: on trouve des vins de Loire à moins de 30 euros, une majorité des bouteilles est sous la barre des 100 euros, et il n'y a que peu de bouteilles là pour épater le millionnaire russe (2 ou 3 "seulement" autour de 1000 euros). De plus, des quelques prix que j'ai en tête, les coefficients me semblent très raisonnables, de type 2 ou 3 par rapport au prix caviste. Pour l'amateur éclairé, je pense qu'il y a de jolies pépites à découvrir... (à noter par contre, un choix au verre assez chiche).

Du coup je me dis que c'est l'occasion de goûter un Condrieu, vins que j'adore mais que je bois très rarement, dans la mesure où ils sont un peu chers par rapport à ce que j'achète chez moi, souvent à des prix prohibitifs au resto ou trop chers par rapport au menu. Sur les conseils du sommelier, on opte pour un 2011 Petite Côte de Cuilleron à 83 euros (environ 30 euros chez un caviste ou sur le net). Un bon condrieu, qui se mariera plutôt bien avec tous les plats, à qui il manquait quand même un je ne sais quoi de profondeur pour que l'on se tape le cul par terre.

 

Le Cocktail de poche: 5 petits plats à mi-chemin entre amuse-bouche et entrées.

De gauche à droite sur la photo en partant du centre, du thon et daïkon rouge à la betterave et relevé d'une brandade de morue. Très joli visuellement, les saveurs sont sur un fil mais se révèlent l'une après l'autre de façon presque parfaite (on pourrait sentir un peu plus le thon itself). Ce sera en fait le top pour moi sur les 5 petites entrées.

La poitrine de cochon à la diable est très bonne mais infiniment moins surprenante.

La galette d'ortie, bien que visuellement très réussie, m'aurait donné l'impression d'être un ruminant broutant de l'herbe marquée par la sécheresse si la petite sauce relevée en-dessous n'avait pas été la.

Le velouté glacé de potimarron, suc d'orange au miel, était franchement bien et a même épaté Priscilla.

Dans la cocotte à droite, un très bon velouté de grenouille.

Par rapport au menu imprimé en ma possession, nous n'avons je crois pas eu la mousseline forestière au gorgonzola persillé.

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Franchement, ça commence pas mal; je ne suis pas soufflé mais c'est beau, globalement original et surtout bon.

 

Le problème est qu'arrive ensuite le gros temps faible du repas: merlan braisé au muscadet, crumble vert, crème de charlotte iodée. Le poisson est parfaitement cuit mais il n'a pas grande saveur, comme le crumble, et la sauce muscadet échalotte est bien trop puissante. Visuellement, ce n'est pas non plus très excitant, comme vous pouvez le constater ci-dessous.

Ce n'est pas que c'est mauvais, mais j'ai retrouvé une version chic pas trop choc du "poisson à la bordelaise" moyennement sexy de ma jeunesse. Bref, quelque chose m'a complètement échappé ici... 

 

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Le deuxième plat, quoique "basique" lui aussi, repart à la hausse: il s'agit d'une version "chic" d'un hochepot, un ragoût des flandres.

Boeuf, veau, chou farci, panaché de légumes d'hiver.

Bouillon, moelle, avocat, knack, morteau.

C'est sans doute un peu "simple" pour le standing, mais objectivement très bon, notamment le chou farci, les légumes, et la petite asiette complémentaire où le bouillon finit de cuire la moelle.

 

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Quelques petites mignardises très esthétiques avant d'entamer les desserts que je ne suis plus en mesure de détailler:     

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Le premier dessert avec de la pistache et un granité acidulé m'a laissé un bon souvenir.

 

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Celui-là, une sorte de guimauve, moins, mais ça vient de moi...

 

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Celui-là était chouette: coco, endive; audacieux mais bien maîtrisé:

 

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Le "gâteau d'anniversaire" au chocolat, généreux, pour finir (et il en manque un en photo, qu'on voit au deuxième plan).

 

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Le service est quasi irréprochable sans être très guindé et plein de petites attentions (la visite des cuisines est proposée à bon nombre de tables par exemple), Pierre Gagnaire vient faire son tour du propriétaire, rien à dire de ce côté là.

 

Petite analyse de conclusion: 

Ce fut un très bon moment, un joli voyage, à 190 euros tout compris (coupe de champ' à 19, café à 8, et eau à 9 les 50cls - seul liquide un peu !!-; avec une bouteille plus raisonnable et sans champ', compter donc dans les 150), pour 2h30 de déjeuner. Il a cependant manqué un petit quelque chose pour en faire un moment d'exception, et je pense que cela est lié à un "business model" différent de ce que j'avais été habitué par les menus déjeuners d'autres établissements d'exception (ça va être chiant, je vous préviens).

Il me semble que la plupart de ces restaurants privilégie un "produit d'appel" bradé, avec une marge certainement quasiment nulle: le déjeuner est l'occasion de découvrir les "classiques" à prix cassés, avec des produits parfois d'exception (truffes ou saumon sauvage chez Savoy, par exemple). Le but étant de se rattraper sur les breuvages (chez Savoy, les bouteilles sont à prix prohibitifs et sur les vins au verre, on peut trouver un coeff 6 par rapport au prix caviste...). 

Chez Gagnaire, on a l'air d'avoir un "vrai" menu dejeuner, très différent de ce qui est proposé à la carte ou le soir, avec des produits plutôt "simples", même si quelques fulgurances sont distillées ici et là, pendant les entrées et les desserts notamment: autant chez Savoy on se dit qu'on a eu une vision assez réaliste de ce que le chef peut proposer, autant ici on se dit qu'il faudrait venir le soir pour avoir droit au grand jeu. En contrepartie, cela laisse plus de marge de manoeuvre sur les pinards, avec des bouteilles à des prix "raisonnables" et donc l'occasion de boire des très bons vins.

Bref, cela dépend avant tout de ce que vous recherchez: le meilleur équilibre, parmi les déjeuners que j'ai pu faire, était sans doute à l'Astrance, même si la cuisine ne m'avait pas personnellement touché; produits rares et bons vins au menu accord mets/vins à 200 euros (que l'on peut prendre aussi le soir, le menu midi devant être à 120 avec les boissons). Dans le business model de l'Astrance, il y a probablement un poste d'économies par rapport aux susmentionnés dans le prix des murs et dans le personnel (service un peu moins dense et plus souple que dans les codes habituels du 3 étoiles). 

 

Prochain cobaye pour affiner l'analyse: très certainement l'Arpège, en mai.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 13:53

Rions un peu avant le week-end:

 

"Si vous estimez que la décision prise par l'administration est contestable, il vous est possible dans un délai de deux mois à compter de la date de notification:

- soit de former un recours gracieux auprès de l'auteur (inconnu, NdeMix) de la décision

- soit de former un recours hiérarchique etc

- soit de saisir d'un recours contentieux le Tribunal administratif.

(Et c'est là que ça devient drôle, NdeMix)

Le silence gardé par l'administration pendant plus de deux mois à compter de la date de réception ferait naître une décision implicite de rejet."

...

 

C'est issu d'un document on ne peut plus officiel et recopié textuellement (j'ai simplement omis quelques mots qui n'altèrent pas le sens parce que je n'ai pas que ça à faire).

Cela rappelle le "

L’Administration se réserve le droit de demander des pièces complémentaires si nécessaire." pour les étrangers souhaitant renouveler leur carte de séjour, par exemple.

  

 

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 13:09

J'ai assisté il y a peu, par un concours de circonstances qu'il serait oiseux de raconter, à un raout politique, destiné entre autres à rendre hommage à une corporation*.

 

J'ai été marqué par deux choses:

 

- le discours était précédé d'un petit film prônant la jeunesse et la diversité (un classique qui ne mange jamais de pain en politique). Or, dans la salle d'environ 500 personnes, il y avait d'après mes estimations, plus de 50% d'hommes blancs de plus de 50 ans, moins de 30% de femmes (dont un certain nombre visiblement les "plus one" des précédents), et 1 ou 2% de minorités visibles. Tout le monde a applaudi de bon coeur à la fin du dit film.

- le discours de l'officiel en présence rendait hommage à la corporation sur le mode "vous, mes chers amis, êtes l'avenir du pays" tout ça (ça ne mange jamais de pain en politique), quand la salle était visiblement composée avant tout de politiciens de différents niveaux, de retraités, d'anciens de la corporation ayant depuis longtemps embrassé la carrière politique, etc, et de probablement, moins de 10% d'"actifs".

 

M'étant rendu compte de cela, je n'ai pu m'empêcher de me demander si j'étais trop cynique ou pas assez. En d'autres mots:

- est-ce que je fus l'un des seuls à m'être fait ces réflexions**?

- ou plus prosaïquement ai-je été l'un des seuls que ça a mis quelque peu mal à l'aise, les autres en étant bien conscients mais s'en foutant allègrement?

 

S'il y a des habitués de ce genre d'évènements, je serais content d'avoir leurs impressions. Quant à moi, je ne connaissais personne et je ne suis pas spécialement désireux de réitérer l'expérience, sauf à y aller avec des gens que j'apprécie.

 

Question subsidiaire: le problème du "renouvellement des élites" est-il plus prégnant en France où est-ce généralisable internationalement (salauds de baby-boomers, allons relire Boomsday tiens)? 

 

 

 

* je ne souhaite pas donner plus de détails car cela ne me semble en aucun cas propre à cette manifestation. Il suffit de regarder l'Assemblée Nationale, par exemple...

 

** je comprends que sont invités à ces raouts avant tout des "personnages officiels importants", que l'on ne peut pas inviter tout le monde et que l'on devient rarement à ces positions à 30 piges, mais il n'empêche que le contraste était ici saisissant entre "belles intentions" et réalité symbolisant l'entre-soi comme je l'avais rarement expérimenté.

 

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:22

L'AERES, agence d'évaluation de la recherche et l'enseignement supérieur créée en 2006, disparaît, par volonté gouvernementale.

 

Cette agence évaluait tous les laboratoires français une fois tous les quatre ans, mais aussi les établissements dans leur ensemble.

 

Je ne vais pas discuter ici de politique (l'agence sera remplacée par une autre avec, semble-t-il, des contours assez similaires), ni des dérives un peu débiles que cela a pu créer localement dans les laboratoires, les mois précédant l'évaluation (efforts démesurés pour cacher sous le tapis des inimitiés entre personnes, réunions innombrables pour définir des acronymes "sexy" sur le nom des équipes etc).

 

Je voudrais simplement souligner que, selon moi, les rapports "publics" (tout le monde, chercheur ou simple quidam, peut y accéder sur le portail de l'AERES, quel que soit le laboratoire ou l'établissement) notamment concernant les établissements dans leur ensemble, donnent des indicateurs chiffrés intéressants et nécessaires, qui devraient permettre de tirer la sonnette d'alarme et de, le cas échéant, tenter de corriger des politiques d'établissement sur un temps relativement court plutôt que d'attendre 30 ans avant de constater le problème.

 

Ainsi, quand dans un établissement de taille respectable et relativement réputé, pris au hasard, on constate, en noir sur blanc dans l'introduction du rapport, que:

- il y a 50% de non-publiants*

- moins de 15% des personnels BIATOSS participent aux activités de recherche

- aucun laboratoire n'a été évalué A+ (contre plus de 20% à l'échelle nationale) et la proportion de notés C (note sanction signifiant plus ou moins la mort de l'équipe ou du laboratoire qui la reçoit) est plus de deux fois plus élevée que la moyenne nationale

- près de 40% de doctorants non financés

 

On peut pointer individuellement du doigt les chercheurs et enseignants-chercheurs qui ne sont probablement pas exempts de tout reproche.

Mais comme cela est une moyenne sur une vingtaine de laboratoires et environ 1500 personnes, on peut aussi penser qu'il y a une politique désastreuse de l'établissement en terme de recherche, qui non seulement n'est pas incitative, mais est même très certainement contre-productive.

 

J'apprécie que ces chiffres soient visibles de tous, et j'aimerais qu'ils le restent.

Je souhaiterais juste que cela ne soit pas un rapport de plus, mais que cela induise une véritable prise de conscience de la direction de l'établissement concerné et/ou de vraies mesures drastiques de la part du gouvernement.

 

 

 

 

 

* le critère "non-publiant" est je crois variable selon le domaine, mais il est en gros de 1 papier tous les 2 ans pour un enseignant-chercheur dans une revue à comité de lecture, le tout sans tenir compte de la place de l'auteur, soit 2 papiers sur les 4 ans de l'évaluation (sachant que les brevets peuvent compter et que l'on n'est pas très regardant sur les journaux). Cela me semble un critère a minima: un "non-publiant" ne fait vraiment pas de recherche, n'en déplaise à certains activistes.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 15:41

Je voudrais écrire quelques mots sur la "Tenure", le système nord-américain régissant l'emploi des Professeurs d'Université.*

 

En effet, on en parle souvent sur Twitter, mais:

- le système est complexe et ne survit pas toujours aux approximations inhérentes au dialogue en 140 caractères.

- il me semble malgré tout qu'un certain nombre de personnes a une vision un peu simpliste de ce système (cela, de façon générale, des politiques aux particuliers, est je trouve assez fréquent quand on parle des Etats-Unis)

 

Je ne prétends pas avoir tout compris moi-même, mais je vais essayer de coucher ce que je sais (j'ai posé beaucoup de questions à beaucoup de gens pendant mes deux ans là-bas, et continue à le faire dès que je rencontre un collègue américain, ce qui est assez fréquent), ce que je pense être vrai, les quelques chiffres que j'ai pu trouver, ce qui permettra de poser les bases de discussion, précisions, corrections etc.

 

 

Définition rapide:

Après un processus de recrutement sur lequel je ne reviendrai pas (extrêmement différent à tous niveaux du système français), un "département" (l'équivalent français serait typiquement le laboratoire ou l'UMR) embauche un Assistant Professor.

La différence avec un Maître de Conférences est significative en termes de recherche: un Assistant Professor a pour mission de "construire" un groupe. Activité de recherche propre, recrutement d'étudiants, recherche de financements (très important) etc. Il est généralement nommé pour "combler" un trou thématique d'un département (et donc pas pour joindre une équipe préexistante).

Ce poste est en quelque sorte "à l'essai", on dit que le Prof est sur la "tenure track".

 

Au bout de 3 ans, il subit une "mid-review", de la part du département (puis ensuite du "college", échelle supérieure constituée d'un conglomérat de département, puis de l'administration centrale de l'Université elle-même). Le but est d'évaluer à quel point les missions (enseignement, financements, publications, nombre d'étudiants etc) sont bien remplies**: c'est, de ce qu'on m'a dit, un processus qui, bien que stressant, est surtout "administratif", dont il ne ressort le plus souvent que peu d'informations ou de décisions concrètes, même si la sonnette d'alarme peut être tirée à ce moment là, sur un point précis ou sur tous.

 

Au bout de 6 ans (cela peut être moins si la personne est exceptionnelle, plus notamment s'il y a eu des arrêts maladie, parentaux etc), le même processus est réédité, mais il s'agit de l'évaluation finale.

 

Soit l'Assistant obtient la tenure et devient Associate Professor (avec une revalorisation salariale, relativement mineure d'après ce qu'on m'a dit - le saut se faisant surtout au passage Full Professor, ~5 ans plus tard-).

Premier point assez important: dans ce cas, le job est "à vie"***, sauf dans le cas où l'Université coule ou décide de fermer un département entier, dans le cas où le Professeur tue ou viole un étudiant, etc. Un peu comme un fonctionnaire donc, mais au niveau de l'Université et pas de l'Etat. Il faut d'ailleurs noter qu'il n'y a pas de "retraite obligatoire" pour les "tenured faculty", ceci ayant été considéré il y a une quinzaine d'années comme une discrimination par l'âge. C'est donc dans certains cas vraiment "à vie": ceci coûte extrêmement cher et pousse les Universités à proposer des départs volontaires très généreux à leurs professeurs de plus de 65 ou 70 ans... (voir par exemple ici ou la). 

 

Dans le cas contraire, on lui "dénie" la tenure (tenure denial). Eg, la personne doit quitter l'Université, et trouver un autre job si elle peut (qui peut être dans une autre Université, ou dans le privé par exemple). Il faut noter que dans ce cas, le groupe construit depuis six ans est dissout et les étudiants sont dans la merde aussi, mais on ne s'attardera pas sur la question (je suis un permanent, hein, rien à foutre des étudiants). 

 

 

La question qu'il faut se poser est: quel est le pourcentage de "tenure denial"?

Hélas, comme le regrette cet article, il n'existe pas de statistiques au niveau fédéral, voire même au niveau des Universités pour la plupart d'entre elles.

 

L'article en question s'intéresse au cas de Penn State University, Université d'Etat plutôt renommée, avec des données relativement anciennes et très générales (aucunes distinctions, si elles existent - ce qui serait, d'expérience, mon "gut feeling"-, entre sciences molles et dures, ou entre colleges...): entre 1990 et 1998, 55% des Assistant Professors ont obtenu la tenure en 7 ans.

Il faut souligner que cela ne veut pas dire que 45% ont vu leur tenure "denied": en effet, un nombre non nul d'Assistant Professor quitte l'Université sans aller jusqu'à la "review" (soit parce qu'ils savaient qu'on les virerait, soit parce que ça n'était pas leur trip finalement, soit parce qu'on leur a proposé plus de thunes ou un meilleur job dans une autre Université, soit parce qu'ils sont partis dans l'industrie quand ça s'y prête, soit parce qu'ils ont arrêté plus d'un an, etc).

Il faut d'ailleurs noter que les "appréciations positives" des demandeurs au niveau du college sont, au bout de 6 ans, de 90%.

 

Le taux de tenure est donné, pour une seule année (04-05) et pour 10 Universités, et on voit qu'il varie énormément (de 33% à 67%), même si la moyenne est elle très proche du 55% susmentionné.

 

Deuxième point important: il me semble que pour un certain nombre de français, l'imaginaire est que le taux de succès à la tenure est extrêmement faible, de l'ordre de 20 ou 30%. Or, on voit que cela est très variable selon l'Université, et qui plus est ne semble pas vrai en général. Cela existe, mais ce n'est pas la norme.

Ainsi qu'on me l'a expliqué, pour une majorité d'Universités et de départements, le but a priori est vraiment de garder les gens: embaucher pour 6 ans est un investissement lourd, virer peut être désastreux (on ne sait pas si on pourra réallouer le poste, ce n'est pas bon pour l'image à tous les niveaux, etc), bref on veut que (et on fait tout pour que) ça marche, même si on se garde la porte ouverte.

D'ailleurs, il semble que le processus aille rarement à son terme "négatif": autrement dit, beaucoup de ceux à qui on "dénierait" probablement l'application quittent de leur "plein gré" le système avant les six ans (notamment après la mid-review).

Je pense que cela est dur à comprendre pour nous français tant cela diffère de notre mentalité depuis tout petit (par exemple l'examen qui n'est jamais là pour simplement vérifier que c'est compris mais toujours là pour piéger, etc).

Que cela soit un processus stressant et compétitif, je ne le nie pas: mais je pense que la vision que l'on a souvent en France selon laquelle il s'agit d'ultra-darwinisme social est exagérée.

 

 

Je vais maintenant donner des chiffres "invérifiables", ceux que m'ont donné à la louche divers collègues de diverses institutions, allant de Harvard ou du MIT, à des universités plus obscures comme University of North Dakota).

Les chiffres, outre qu'ils sont à prendre avec des pincettes, concernent les domaines que je connais (soit les départements de Physics, Chemical Engineering, Mechanical Engineering, Materials Science etc), ce qui peut expliquer les différences d'avec ceux de l'article.

 

A Harvard, le taux de réussite à la tenure est effectivement très faible (autour d'un tiers): cela s'explique par la politique de l'établissement, assez simple à comprendre. Recruter les "meilleurs aux dents longues" pour les faire bosser comme des chiens pendant 6 ans, ramener un max de thunes et produire à mort. Une fois qu'on les a crevés, on garde les tops du top, et pour le reste on recrute comme "Associate" en siphonnant les autres Universités. Il faut voir que les recalés d'Harvard ne finissent que rarement sous les ponts, et que plein d'universités un peu moins côtés sont contents de les accueillir à bras ouverts.

Cette politique est également pratiquée (avec des taux un peu plus élevés, autour de 50%, par le MIT, Stanford etc).

 

Dans la plupart des Universités, il semble qu'on tourne typiquement autour de 80% (voire plus dans les "petites"):

 

Au sein de mon département, qui, même s'il n'appartenait pas à une Université globalement prestigieuse, fait régulièrement partie du "top 5 US" dans son domaine**** n'a encore jamais "dénié" la tenure à qui que ce soit, sur une quinzaine de Professeurs. Deux sont partis avant la fin du processus (l'un parce qu'on lui aurait probablement dénié, l'autre simplement parce que ça ne lui plaisait pas et qu'on lui offrait mieux dans l'industrie).

 

Un collègue dans un petit département d'une petite Université m'a expliqué qu'ils avaient mis un an à pourvoir le poste avant son arrivée, que les attentes étaient modestes et qu'il faudrait vraiment qu'il y mette du sien pour ne pas avoir sa tenure.

 

 

 

Voila pour quelques éléments qu'il me semblait important de préciser.

Si vous avez des compléments d'informations, des contradictions, des sources à apporter en commentaires, n'hésitez pas...

 

 

 

* je signale qu'il existe des postes, relativement peu nombreux, sans "tenure" mais permanents malgré tout, dits de Research Scientist. On les trouve dans les instituts nationaux (type NIST) mais aussi au MIT ou ailleurs: ils n'impliquent pas d'enseignement, et généralement moins de responsabilités en termes de financements, vie de groupe etc. On pourrait les placer, je pense, à la frontière entre IR et CR. Je pense que les perspectives d'évolution ne sont par contre pas super excitantes.

 

** il faut noter que ces missions peuvent varier extrêmement en proportion d'un endroit à l'autre, entre "college" (instituts ne formant pas de docteurs, centrés sur l'enseignement même si les plus prestigieux prennent aussi en compte la recherche, faite en formant les "undergrads") et universités ultra-prestigieuses et compétitives comme Harvard.

 

*** les Professeurs perdant de l'activité en recherche, soit parce qu'ils décrochent moins de contrats soit parce que cela les intéresse moins, sont peu à peu assignés à des activités plus administratives ou d'enseignement. Les aller-retours sont possibles au long de la carrière.

 

*** autre détail qui a son importance: aux US il y a des bons départements dans des universités médiocres. Il y a aussi de bons chercheurs dans des départements médiocres.

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