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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:22

L'AERES, agence d'évaluation de la recherche et l'enseignement supérieur créée en 2006, disparaît, par volonté gouvernementale.

 

Cette agence évaluait tous les laboratoires français une fois tous les quatre ans, mais aussi les établissements dans leur ensemble.

 

Je ne vais pas discuter ici de politique (l'agence sera remplacée par une autre avec, semble-t-il, des contours assez similaires), ni des dérives un peu débiles que cela a pu créer localement dans les laboratoires, les mois précédant l'évaluation (efforts démesurés pour cacher sous le tapis des inimitiés entre personnes, réunions innombrables pour définir des acronymes "sexy" sur le nom des équipes etc).

 

Je voudrais simplement souligner que, selon moi, les rapports "publics" (tout le monde, chercheur ou simple quidam, peut y accéder sur le portail de l'AERES, quel que soit le laboratoire ou l'établissement) notamment concernant les établissements dans leur ensemble, donnent des indicateurs chiffrés intéressants et nécessaires, qui devraient permettre de tirer la sonnette d'alarme et de, le cas échéant, tenter de corriger des politiques d'établissement sur un temps relativement court plutôt que d'attendre 30 ans avant de constater le problème.

 

Ainsi, quand dans un établissement de taille respectable et relativement réputé, pris au hasard, on constate, en noir sur blanc dans l'introduction du rapport, que:

- il y a 50% de non-publiants*

- moins de 15% des personnels BIATOSS participent aux activités de recherche

- aucun laboratoire n'a été évalué A+ (contre plus de 20% à l'échelle nationale) et la proportion de notés C (note sanction signifiant plus ou moins la mort de l'équipe ou du laboratoire qui la reçoit) est plus de deux fois plus élevée que la moyenne nationale

- près de 40% de doctorants non financés

 

On peut pointer individuellement du doigt les chercheurs et enseignants-chercheurs qui ne sont probablement pas exempts de tout reproche.

Mais comme cela est une moyenne sur une vingtaine de laboratoires et environ 1500 personnes, on peut aussi penser qu'il y a une politique désastreuse de l'établissement en terme de recherche, qui non seulement n'est pas incitative, mais est même très certainement contre-productive.

 

J'apprécie que ces chiffres soient visibles de tous, et j'aimerais qu'ils le restent.

Je souhaiterais juste que cela ne soit pas un rapport de plus, mais que cela induise une véritable prise de conscience de la direction de l'établissement concerné et/ou de vraies mesures drastiques de la part du gouvernement.

 

 

 

 

 

* le critère "non-publiant" est je crois variable selon le domaine, mais il est en gros de 1 papier tous les 2 ans pour un enseignant-chercheur dans une revue à comité de lecture, le tout sans tenir compte de la place de l'auteur, soit 2 papiers sur les 4 ans de l'évaluation (sachant que les brevets peuvent compter et que l'on n'est pas très regardant sur les journaux). Cela me semble un critère a minima: un "non-publiant" ne fait vraiment pas de recherche, n'en déplaise à certains activistes.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 15:41

Je voudrais écrire quelques mots sur la "Tenure", le système nord-américain régissant l'emploi des Professeurs d'Université.*

 

En effet, on en parle souvent sur Twitter, mais:

- le système est complexe et ne survit pas toujours aux approximations inhérentes au dialogue en 140 caractères.

- il me semble malgré tout qu'un certain nombre de personnes a une vision un peu simpliste de ce système (cela, de façon générale, des politiques aux particuliers, est je trouve assez fréquent quand on parle des Etats-Unis)

 

Je ne prétends pas avoir tout compris moi-même, mais je vais essayer de coucher ce que je sais (j'ai posé beaucoup de questions à beaucoup de gens pendant mes deux ans là-bas, et continue à le faire dès que je rencontre un collègue américain, ce qui est assez fréquent), ce que je pense être vrai, les quelques chiffres que j'ai pu trouver, ce qui permettra de poser les bases de discussion, précisions, corrections etc.

 

 

Définition rapide:

Après un processus de recrutement sur lequel je ne reviendrai pas (extrêmement différent à tous niveaux du système français), un "département" (l'équivalent français serait typiquement le laboratoire ou l'UMR) embauche un Assistant Professor.

La différence avec un Maître de Conférences est significative en termes de recherche: un Assistant Professor a pour mission de "construire" un groupe. Activité de recherche propre, recrutement d'étudiants, recherche de financements (très important) etc. Il est généralement nommé pour "combler" un trou thématique d'un département (et donc pas pour joindre une équipe préexistante).

Ce poste est en quelque sorte "à l'essai", on dit que le Prof est sur la "tenure track".

 

Au bout de 3 ans, il subit une "mid-review", de la part du département (puis ensuite du "college", échelle supérieure constituée d'un conglomérat de département, puis de l'administration centrale de l'Université elle-même). Le but est d'évaluer à quel point les missions (enseignement, financements, publications, nombre d'étudiants etc) sont bien remplies**: c'est, de ce qu'on m'a dit, un processus qui, bien que stressant, est surtout "administratif", dont il ne ressort le plus souvent que peu d'informations ou de décisions concrètes, même si la sonnette d'alarme peut être tirée à ce moment là, sur un point précis ou sur tous.

 

Au bout de 6 ans (cela peut être moins si la personne est exceptionnelle, plus notamment s'il y a eu des arrêts maladie, parentaux etc), le même processus est réédité, mais il s'agit de l'évaluation finale.

 

Soit l'Assistant obtient la tenure et devient Associate Professor (avec une revalorisation salariale, relativement mineure d'après ce qu'on m'a dit - le saut se faisant surtout au passage Full Professor, ~5 ans plus tard-).

Premier point assez important: dans ce cas, le job est "à vie"***, sauf dans le cas où l'Université coule ou décide de fermer un département entier, dans le cas où le Professeur tue ou viole un étudiant, etc. Un peu comme un fonctionnaire donc, mais au niveau de l'Université et pas de l'Etat. Il faut d'ailleurs noter qu'il n'y a pas de "retraite obligatoire" pour les "tenured faculty", ceci ayant été considéré il y a une quinzaine d'années comme une discrimination par l'âge. C'est donc dans certains cas vraiment "à vie": ceci coûte extrêmement cher et pousse les Universités à proposer des départs volontaires très généreux à leurs professeurs de plus de 65 ou 70 ans... (voir par exemple ici ou la). 

 

Dans le cas contraire, on lui "dénie" la tenure (tenure denial). Eg, la personne doit quitter l'Université, et trouver un autre job si elle peut (qui peut être dans une autre Université, ou dans le privé par exemple). Il faut noter que dans ce cas, le groupe construit depuis six ans est dissout et les étudiants sont dans la merde aussi, mais on ne s'attardera pas sur la question (je suis un permanent, hein, rien à foutre des étudiants). 

 

 

La question qu'il faut se poser est: quel est le pourcentage de "tenure denial"?

Hélas, comme le regrette cet article, il n'existe pas de statistiques au niveau fédéral, voire même au niveau des Universités pour la plupart d'entre elles.

 

L'article en question s'intéresse au cas de Penn State University, Université d'Etat plutôt renommée, avec des données relativement anciennes et très générales (aucunes distinctions, si elles existent - ce qui serait, d'expérience, mon "gut feeling"-, entre sciences molles et dures, ou entre colleges...): entre 1990 et 1998, 55% des Assistant Professors ont obtenu la tenure en 7 ans.

Il faut souligner que cela ne veut pas dire que 45% ont vu leur tenure "denied": en effet, un nombre non nul d'Assistant Professor quitte l'Université sans aller jusqu'à la "review" (soit parce qu'ils savaient qu'on les virerait, soit parce que ça n'était pas leur trip finalement, soit parce qu'on leur a proposé plus de thunes ou un meilleur job dans une autre Université, soit parce qu'ils sont partis dans l'industrie quand ça s'y prête, soit parce qu'ils ont arrêté plus d'un an, etc).

Il faut d'ailleurs noter que les "appréciations positives" des demandeurs au niveau du college sont, au bout de 6 ans, de 90%.

 

Le taux de tenure est donné, pour une seule année (04-05) et pour 10 Universités, et on voit qu'il varie énormément (de 33% à 67%), même si la moyenne est elle très proche du 55% susmentionné.

 

Deuxième point important: il me semble que pour un certain nombre de français, l'imaginaire est que le taux de succès à la tenure est extrêmement faible, de l'ordre de 20 ou 30%. Or, on voit que cela est très variable selon l'Université, et qui plus est ne semble pas vrai en général. Cela existe, mais ce n'est pas la norme.

Ainsi qu'on me l'a expliqué, pour une majorité d'Universités et de départements, le but a priori est vraiment de garder les gens: embaucher pour 6 ans est un investissement lourd, virer peut être désastreux (on ne sait pas si on pourra réallouer le poste, ce n'est pas bon pour l'image à tous les niveaux, etc), bref on veut que (et on fait tout pour que) ça marche, même si on se garde la porte ouverte.

D'ailleurs, il semble que le processus aille rarement à son terme "négatif": autrement dit, beaucoup de ceux à qui on "dénierait" probablement l'application quittent de leur "plein gré" le système avant les six ans (notamment après la mid-review).

Je pense que cela est dur à comprendre pour nous français tant cela diffère de notre mentalité depuis tout petit (par exemple l'examen qui n'est jamais là pour simplement vérifier que c'est compris mais toujours là pour piéger, etc).

Que cela soit un processus stressant et compétitif, je ne le nie pas: mais je pense que la vision que l'on a souvent en France selon laquelle il s'agit d'ultra-darwinisme social est exagérée.

 

 

Je vais maintenant donner des chiffres "invérifiables", ceux que m'ont donné à la louche divers collègues de diverses institutions, allant de Harvard ou du MIT, à des universités plus obscures comme University of North Dakota).

Les chiffres, outre qu'ils sont à prendre avec des pincettes, concernent les domaines que je connais (soit les départements de Physics, Chemical Engineering, Mechanical Engineering, Materials Science etc), ce qui peut expliquer les différences d'avec ceux de l'article.

 

A Harvard, le taux de réussite à la tenure est effectivement très faible (autour d'un tiers): cela s'explique par la politique de l'établissement, assez simple à comprendre. Recruter les "meilleurs aux dents longues" pour les faire bosser comme des chiens pendant 6 ans, ramener un max de thunes et produire à mort. Une fois qu'on les a crevés, on garde les tops du top, et pour le reste on recrute comme "Associate" en siphonnant les autres Universités. Il faut voir que les recalés d'Harvard ne finissent que rarement sous les ponts, et que plein d'universités un peu moins côtés sont contents de les accueillir à bras ouverts.

Cette politique est également pratiquée (avec des taux un peu plus élevés, autour de 50%, par le MIT, Stanford etc).

 

Dans la plupart des Universités, il semble qu'on tourne typiquement autour de 80% (voire plus dans les "petites"):

 

Au sein de mon département, qui, même s'il n'appartenait pas à une Université globalement prestigieuse, fait régulièrement partie du "top 5 US" dans son domaine**** n'a encore jamais "dénié" la tenure à qui que ce soit, sur une quinzaine de Professeurs. Deux sont partis avant la fin du processus (l'un parce qu'on lui aurait probablement dénié, l'autre simplement parce que ça ne lui plaisait pas et qu'on lui offrait mieux dans l'industrie).

 

Un collègue dans un petit département d'une petite Université m'a expliqué qu'ils avaient mis un an à pourvoir le poste avant son arrivée, que les attentes étaient modestes et qu'il faudrait vraiment qu'il y mette du sien pour ne pas avoir sa tenure.

 

 

 

Voila pour quelques éléments qu'il me semblait important de préciser.

Si vous avez des compléments d'informations, des contradictions, des sources à apporter en commentaires, n'hésitez pas...

 

 

 

* je signale qu'il existe des postes, relativement peu nombreux, sans "tenure" mais permanents malgré tout, dits de Research Scientist. On les trouve dans les instituts nationaux (type NIST) mais aussi au MIT ou ailleurs: ils n'impliquent pas d'enseignement, et généralement moins de responsabilités en termes de financements, vie de groupe etc. On pourrait les placer, je pense, à la frontière entre IR et CR. Je pense que les perspectives d'évolution ne sont par contre pas super excitantes.

 

** il faut noter que ces missions peuvent varier extrêmement en proportion d'un endroit à l'autre, entre "college" (instituts ne formant pas de docteurs, centrés sur l'enseignement même si les plus prestigieux prennent aussi en compte la recherche, faite en formant les "undergrads") et universités ultra-prestigieuses et compétitives comme Harvard.

 

*** les Professeurs perdant de l'activité en recherche, soit parce qu'ils décrochent moins de contrats soit parce que cela les intéresse moins, sont peu à peu assignés à des activités plus administratives ou d'enseignement. Les aller-retours sont possibles au long de la carrière.

 

*** autre détail qui a son importance: aux US il y a des bons départements dans des universités médiocres. Il y a aussi de bons chercheurs dans des départements médiocres.

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 02:44

Je suis retourné aux USA pour la première fois depuis presque 3 ans.

Beaucoup de choses m'avaient manqué:

- se balader à longueur de journée avec à bout de bras son gobelet en carton muni de son couvercle en plastique rempli d'un demi-litre de liquide marron et bouillant qu'ils appellent café.

- les pick-ups trucks plus hauts que toi représentant environ 50% des véhicules en circulation et le fait qu'avoir 1 "pedestrian walk" quand il y en a une est une curiosité de la ville.

- les employés qui s'appellent Jenny ou Brad et sont "heureux de te servir aujourd'hui".

- les gens souriants et aimables aux dents blanchies.

- le look T-shirt uni jean baggy casquette indémodable de 15 à 60 ans.

- la junk food à 6$95 (fuck les burgers trucks parisiens et leurs burgers à 12 ou 15€).

- les douaniers à tête de mort qui te demandent pendant 15 minutes ce que tu viens faire aux USA.

- les tics verbaux "I was like, you know, oh my God, like, this is awasome you know eeeeeeeeuuuuhhh".

 

Et puis, en arrivant à Los Angeles, j'ai eu le plaisir d'assister pour la première fois de ma vie à l'évacuation par la police d'un passager qui avait été inconvenant pendant le vol à l'atterrissage, comme dans les séries. 

 

Par contre, je ne connaissais pas le principe des "body shots" (ou plutôt je l'avais vu dans Piranha 3D ou autres films débiles mais je ne savais pas que ça se faisait vraiment en soirée): eh ben je peux vous dire qu'entre deux mecs bourrés, dont l'un est Full Professor et l'autre Grad Student, c'est juste dégueulasse (alors que la version Piranha 3D semblait plutôt sympa). Surtout quand ça implique de raser le torse d'un des participants avant...

Oui, la conf a été assez intense, "polymer scientists going wild". J'ai su rester raisonnable.

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 16:15

Sans raison apparente, j'ai au cours des derniers mois lu un certain nombre d'autobiographies. Pas le genre suranné linéaire, exhaustif, et le plus souvent écrit par des nègres à propos de semi-people en fin de carrière (de Drucker à Ginola), mais plutôt des bouquins un peu ambitieux d'un point de vue littéraire ou un poil iconoclastes.

 

A savoir,

 

- J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates

- Mes Vies d'Edmund White

- Le Poète russe préfère les Grands Nègres d'Edouard Limonov

- Life de Keith Richards

- Théorème Vivant de Cédric Villani

 

De façon assez amusante, il existe un certain nombre d'interconnexions (lointaines parfois, je le reconnais) entre tous ces livres.

 

Joyce Carol Oates raconte dans "A Widow's Story" (titre plus subtil que la traduction française...) la mort "subite" de son mari et éditeur, avec qui elle était mariée depuis plus de 50 ans, en 2008. Le livre est étrange, comme souvent chez Oates, dans la mesure où, ai-je trouvé, le mari est à la fois présent dans toutes les pages et complètement absent: il y a un petit côté "artificiel" dans la façon dont Oates expose son amour et son chagrin, ou peut-être trop "littéraire", idéalisée et intellectualisée, sans rien de concret. Bref, cela m'a laissé quelque peu dubitatif et je préfère de beaucoup ses romans dérangés, même si eux non plus ne filent pas la patate. Il est toutefois amusant de voir de près l'univers princetonien et sa faune (Oates y est Professeur de littérature), probablement aussi représentatif du "real world" que ce que peut être en France la rue d'Ulm ou la Sorbonne.

 

Ce qui m'amène au livre de Villani, notre dernier médaille Fields ou comme on l'a surnommé - à cause de son look assez personnel- le Willy Wonka des maths. Le livre est aussi déprimant qu'enthousiasmant, et parfois imbittable aussi: j'ai parfois eu l'impression en lisant certains passages pourtant censés être "explicatifs" d'être à la place de mes parents quand je leur parle de mon boulot... les côtés déprimants sont les passages du style "il y a 10 ans avec mon thésard" (alors que Villani à 35 ans au moment de l'action) ou ceux où on lui propose de diriger un établissement prestigieux (c'est là qu'on apprend que l'homme est loin d'être aussi "perché" qu'il peut en avoir l'air, et qu'il n'est ni dénué d'ambition personnelle - énorme- ni de sens politique). L'enthousiasme vient du fait que, de façcon plutôt bien écrite, on suit "la science en train de se faire" et le déroulement d'une carrière exceptionnelle. De façon assez amusante, Villani passe plusieurs mois à Princeton à peu près au même moment où Oates se remet de la mort de son mari (2ème semestre 2008 pour Oates, 1er semestre 2009 pour Villani).

 

Il se trouve également qu'Oates est une très bonne amie d'Edmund White, qui apparaît à de nombreuses reprises dans son livre en tant que l'un des proches sur qui elle s'est appuyée, et que celui-ci est aussi Professeur à Princeton. Dans Mes Vies, Edmund White se lance dans l'autobiographie, pourtant déjà très présente de façon assez transparente dans ses romans. "Ses vies", regroupées par "thématiques", ce sont celles d'un homosexuel américain bourgeois qui a vécu de nombreuses années en France. Là encore, j'ai préféré les romans (notamment le bouleversant la Symphonie des Adieux). Toutefois, on appréciera les évocations du New-York "destroy" des années 70 ou celles du Paris "intello" des années 80. Et on sera également surpris d'apprendre qu'un écrivain respecté et à l'allure vénérable n'aimait rien temps, il y a une dizaine d'années (donc à 60 piges bien tassées), que de se faire pisser dans la bouche ou de sucer son amant, de 30 ans plus jeune que lui, pendant que celui déféquait. Et après, on se croit libéré, open minded et tout... 

 

Ces évocations des 70's, 80's à New York ou Paris peuvent nous ramener aux vies de Limonov et de K. Richards. Limonov est un personnage dont j'ai entendu parler en lisant sa "biographie" par E. Carrère. C'est un homme qui a eu une vie extraordinaire, ou plutôt dont on a l'impression qu'il a eu 10 vies condensées en une seule: délinquant ukrainien, poète underground soviétique, semi-clochard new-yorkais, serviteur d'un milliardaire américain, écrivain et journaliste branché parisien, soldat en Serbie, dissident puis prisonnier russe et dirigeant d'un parti nationaliste d'opposition, aujourd'hui has been, etc. Une espèce de phoenix et de "loser magnifique"... le succès du roman de Carrère a fait que ses bouquins ont été réédités en France, le Poète russe étant son premier, décrivant ses années de dèche à NYC à la fin des années 70, à l'époque ou c'était une ville dangereuse, et sa découverte de l'homosexualité auprès de clochards noirs en réaction à la rupture d'avec sa femme, le quittant pour des semi-mondains dans l'espoir de faire partie de la jet-set. Le personnage est aussi torturé que sa vie ne l'a été, le livre est à cette image, complètement foutraque, écrit quasiment sur le vif comme un journal intime. Manifeste anarchiste, foi en son destin, complexe d'infériorité, mégalomanie, obsession sexuelle teintée visiblement d'impuissance, romantique et haineux... on s'y perd. Le mérite du livre de Carrère était de remettre un peu tout ça dans l'ordre pour en faire un excellent livre, mais je pense que je lirai un jour Histoire de son serviteur.

 

En parlant de 10 vies en une, Keith Richards semble comme les chats en avoir 9. On dit de lui "I picture nuclear war and two things surviving: Keith and cockroaches" (j'imagine une guerre nucléaire et deux survivants, les cafards et Keith). Son autobiographie (écrite avec l'aide d'un nègre dont on ne sait s'il est grand) les décrit une par une, un peu dans le désordre. Si l'histoire du rock vous botte, si le n'importe quoi des 70's vous intéresse, c'est à lire et ça vous donnera envie d'écouter de très vieux groupes et de vous refaire les premiers albums des Stones tout en ayant droit à la génèse de leurs plus grandes chansons. On a aussi droit à la version de Richards de ses relations avec Jagger, ultra-créatives et complices au début, exécrables depuis le milieu des années 80... l'estime se mêle à l'incompréhension, l'amitié à la haine. Et vous saurez tout sur la chute du cocotier...

 

 

 

 

PS: Ah, et puis tant qu'il est temps, bonne année, meilleurs voeux, et à bientôt, votre serviteur partant en conférence en Californie pour une petite semaine (sans rien à présenter qui plus est), histoire de reprendre un peu en douceur. 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 14:02

Lors du lancement en grande pompe du nouveau logiciel de gestion des heures d'enseignement de l'établissement (usine à gaz qui permettra surtout de continuer à justifier que l'on paye 5 personnes pour vérifier le travail de la 6ème - ce n'est que mon opinion personnelle -), un personnage important nous a annoncé que le budget annuel de l'établissement concernant les heures complémentaires (liées à l'enseignement donc, puisque le but est de contrôler à l'heure près le service des personnels enseignants) était de l'ordre de 8 millions d'euros.

 

Ce chiffre me semble incroyable. D'autant plus après avoir fait un petit "calcul de coin de table" comme on m'a appris à le faire*. 

Un enseignant chercheur doit assurer 192 heures "équivalent TD" (dites HED) annuelles dans le cadre de son service statutaire, soit 50% de son temps, le reste étant consacré à la recherche (travail annuel de 1607 heures, 1HED correspondant à 4,2 heures de travail d'après l'administration, soit 803h de travail pour 192HED). Tout ce qui est effectué en plus (en terme d'enseignement, pas en terme de recherche ou d'administratif) est facturé sous la forme d'heures complémentaires**.

L'heure de TD supplémentaire (que l'on appellera HC comme heure complémentaire) revient un peu plus de 40€ brut à l'enseignant-chercheur. Pour arrondir et faciliter le calcul, disons qu'elle coûte 80€ à l'établissement (ce qui est probablement surestimé)***.

 

Cela implique qu'il y a environ, par an, 100000HC au sein de l'établissement.

 

Dans le cadre de certaines formations (formations continues, stages ponctuels), l'établissement fait appel à des vacataires, conférenciers, professionnels extérieurs académiques ou industriels etc. D'après les chiffres que je connais, j'arrive à environ 5000HC, que je veux bien doubler parce que je ne connais pas tout.

De même, il y a environ 100 à 200 ingénieurs de recherche, d'études ou techniciens qui participent aux activités d'enseignement, et à qui je vais aussi compter pour simplifier le calcul 10000HC.

 

Cela laisse donc 80000HC pour les quelques 500 enseignants-chercheurs (EC) permanents (les ATER ne pouvant bénéficier du paiement d'HC) de l'établissement, ce qui conduit à une moyenne de plus de 150HC par enseignant-chercheur (!).

 

C'est loin d'être le cas dans mon département, qui n'est certes pas le plus surchargé d'enseignements, mais où la moyenne d'HC est, d'après les chiffres que j'ai vus, assez inférieure à 50HC par enseignant. 

 

Alors quelques remarques: soit le chiffre est grossièrement gonflé pour une raison qui m'échappe, soit il est exact.

S'il est exact, soit j'ai fait une grave erreur d'approximation dans mon calcul et je serais heureux qu'on m'en fasse part (même un facteur 2 nous laisse presque 100HC par enseignant en moyenne, et je trouve toujours cela énorme), soit:

- il manque environ 400 EC dans un établissement qui fonctionne avec 500 EC.

- il y a un paquet d'EC qui doivent demander une dérogation (nécessaire si on veut/doit enseigner plus que deux fois son service, soit 384HED), si la moyenne par enseignant est déjà à plus de 150HC. Il me semble que ces dérogations doivent pourtant être exceptionnelles et validées par le "chef suprême" de l'établissement.

- Un EC assure en moyenne, dans l'établissement, presque le double d'enseignement de ce que son service statutaire prévoit. Autant dire que les 50% du temps initialement prévus pour la recherche ne sont qu'un doux rêve. So much for l'"excellence" scientifique et la  qu'on nous assaisonne à toutes les sauces depuis quelques années dans le paysage français du supérieur et la priorité nationale donnée à la recherche.

- quitte à recruter des Enseignants-Chercheurs sur leur dossier scientifique pour ensuite les stériliser en recherche en leur faisant faire presque 2 fois plus de cours que prévu statutairement, autant recruter des Professeurs Agrégés (PRAG) payés pour effectuer 384 heures d'enseignement par an contre 192 pour un EC.

 

 

 

* Réflexe malheureusement étranger à tous les personnels administratifs, qui n'aiment rien tant que pinailler sur des gouttes d'eau quand ils gèrent un océan.

 

** le fait que les HC ne soient pas payées ou alors avec 1 an de retard et plusieurs mois de combat/menaces est une autre question dont je ne parlerai pas ici. Même si on vient de me verser 193€ alors qu'on m'en doit plus de 2000 et que donc j'ai un peu la rabia. On peut également lire ceci pour mesurer mon irritation.

 

*** le problème principal est là, il a été traité par d'autres (par exemple ici): un établissement, même s'il se plaint de payer des HC, a tout intérêt à fonctionner ainsi plutôt qu'à embaucher un EC permanent ou même temporaire. Dans mon statutaire, l'HED coûte 90€ brut à l'établissement, soit plus de deux fois plus que ce que lui coûte une HC (même pour un ATER sous-payé, l'HED coûte environ 60€ brut). 

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 16:41
Depuis le début "officiel" des vacances, vendredi à 19h (tellement officiel que l'établissement où j'effectue ma recherche comme celui où j'effectue mon enseignement sont fermés, jusqu'au 2 janvier), j'ai reçu quatre sollicitations, trois émanant d'élèves et une d'un éditeur scientifique. Cela n'a pas l'air énorme, mais c'est largement plus que la moyenne journalière habituelle des quatre mois qui ont précédé (de la part d'élèves et d'éditeurs, hein, pas tout compris)...
 
Si je mets de côté la démarche de l'éditeur scientifique (qui, tout WTF que soit le fait de demander une review le 22 décembre, me laisse la possibilité de jouer la montre, puis d'éventuellement refuser ou au moins quelques semaines pour faire le job si j'accepte) et me concentre sur les demandes des élèves, je trouve que cela révèle beaucoup sur l'image qu'ils ont des enseignants-chercheurs, et plus généralement la façon dont les gens conçoivent la notion de "service": en fait quelqu'un qui serait à leur disposition 24h/24, 7j/7, un domestique en quelque sorte.
Dans le cas des enseignants-chercheurs, homme à tout faire serait le bon mot puisqu'il peut s'agir aussi bien de répondre à des questions de cours que d'aider à résoudre des problèmes administratifs, aider à trouver du boulot, ou que sais-je encore.
 
Ainsi, parmi les 3 sollicitations, l'une me demandait de clarifier des points du cours qui avait eu lieu l'avant-veille (ce à quoi j'ai failli répondre "parfois il faut laisser décanter un peu plus de 48h et on finit par comprendre tout seul"), l'autre me demandait de déplacer une date d'examen parce que l'élève s'est inscrit à deux UEs dont les dates sont incompatibles (chose qui, même si elle était possible - je dois m'assurer de la cohérence des dates au sein de mon équipe, je ne peux pas m'occuper de vérifier tout ce qui se passe dans les autres départements-, ne serait pas de mon fait mais de la responsabilité de la scolarité et du service planification des examens).
Enfin, la troisième me demandait de mettre à disposition des annales corrigées pour l'examen qui a lieu dans plus de 6 semaines. Une fois ceci fait, j'ai ajouté à ma réponse "Nous sommes maintenant le 23 décembre et je souhaiterais profiter quelque peu de mes premières vacances depuis mi-août, merci de votre compréhension".
 
On me répond sur Twitter que j'"overreact" un peu et que je n'ai qu'à pas répondre ou pas lire mes mails, ou bien que les sollicitations n'ont pas nécessairement un caractère urgent. Certes, mais c'est plus subtil que ça. Aujourd'hui on sait très bien que tout le monde ou presque est connecté en permanence*. Quand on fait la démarche d'envoyer un mail à quelqu'un en période de vacances ou même pendant le week-end, on sait très bien, surtout s'il a moins de 40 ans, qu'il y a de grandes chances qu'il ne le lise avant la fin de la période non travaillée susmentionnée.
Psychologiquement, on l'incite donc à prendre sur son temps de repos pour répondre (je ne parle pas ici de tous les mails, on peut bien envoyer des FIY ou autres, mais de mails qui impliquent une action de la part de celui qui le reçoit, demandée par celui qui l'envoit) ou à ce que lui culpabilise s'il attend, comme c'est son bon droit, de le faire sur son temps de travail.
Cette technique très basique est utilisée par de nombreuses hiérarchies pour aliéner leurs cadres en les persuadant qu'ils sont indispensables et par les administratifs de l'enseignement supérieur et de la recherche qui donnent des deadlines le 3 janvier ou le lundi à 7h du matin pour ensuite avoir, eux, 8 mois pour agir tranquillou (cf les appels ANR, par exemple).
 
Bon, je surinterprète effectivement peut-être un peu. Alors, revenons au point basique.
Il me semble que ce n'est juste pas très poli, courtois, bienséant, de solliciter quelqu'un quand on sait pertinemment qu'il est en congés, sauf cas d'extrême urgence. Si urgence il n'y a pas, on attend gentiment qu'il se soit remis de son indigestion et de sa gueule de bois et qu'il ait recommencé le travail.
Dans le même registre, il me semble judicieux de prendre rendez-vous plutôt que de se pointer non annoncé dans le bureau à 18h15 en estimant naturel que l'enseignant-chercheur ait nécessairement 1h à vous consacrer right here right now.
De même qu'on ne rentre pas dans un magasin de prêt-à-porter pour essayer 10 pulls 3 minutes avant la fermeture alors que le vendeur est en train de faire la caisse et a commencé à ranger.
 
Qu'en pensez-vous? (si vous en pensez quelque chose)
 
 
Bon, sinon; ne nous laissons pas abattre, Joyeuses Fêtes quand même et mangez/buvez bien (sans modération) demain et après-demain.
 
 
* Il n'y a guère que quand je pars en vadrouille pendant les vacances d'été qu'il peut m'arriver de ne pas consulter mes mails au moins 1 fois par jour (pas d'internet pendant 5 jours cet été au Kazakhstan, record de l'année). C'est un comportement d'addict que je déplore, mais il existe (et c'est en partie pour ça que je ne veux pas de smartphone, je passe déjà suffisamment de temps comme ça sur Internet).
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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:02

Je suis de plus en plus convaincu que, dans une majorité des cas, le "mérite scientifique" personnel n'est qu'un facteur mineur dans la réussite d'une carrière scientifique. Et que les indicateurs de performance ne révèlent au mieux que quelque chose de très partiel.

 

Si je prends mon propre exemple. 

Aujourd'hui, ma production scientifique est probablement dans la moyenne de mon domaine, peut-être la moyenne basse. J'ai sorti 3 papiers premier auteur pendant ma thèse, plus un proceeding avec comité de lecture. Puis 2 papiers premier auteur pendant mes 2 ans de post-doc aux US. Rien pendant les 6 mois de post-doc de retour avant de trouver un poste, puis rien pendant ma 1ère année MCF. Cette année, un brevet, un proceeding avec comité de lecture et un papier reprint author. A priori, un papier premier auteur devrait sortir l'an prochain, plus un ou deux co-auteur. Comme j'ai maintenant deux étudiants, cela devrait rouler au moins pour les 2 ans à venir.

Bref, 5 papiers 1er auteur, 1 brevet, 1 papier reprint author, 2 proceedings à comité de lecture, en ayant commencé à publier en 2006: pas de quoi avoir honte (et pas encore de quoi se dire que passer Prof relève à tout jamais de l'utopie), mais pas de quoi se taper le cul par terre. 

 

Toutefois, il s'en est fallu de peu pour qu'à l'heure où j'écris ces lignes, sans être en aucune façon "plus excellent" que je ne le suis, je compte quasiment deux fois plus de papiers: quand je suis parti de mon labo de thèse, une post-doc était censé continuer sur mon boulot. Il se trouve qu'elle n'était pas très dégourdie et qu'au bout de quelques mois, mon chef a décidé de changer son fusil d'épaule et de lui faire faire autre chose. Pouf, un ou deux papiers potentiels qui tombent à l'eau.

En post-doc, j'ai mis au point, avec un autre post-doc, une manipe. Nous en avons tiré un papier. Cette manipe (que j'ai fini par reconstruire dans mon labo français) a permis à mon chef de publier une dizaine de papiers depuis que je suis parti, dont une bonne moitié est vraiment la pure continuation de mon boulot. Bref, ce papier est du coup bien (auto-)cité, mais je connais un certain nombre de laboratoires où j'aurais été "co-auteur" automatique (au moins pour les papiers qui incrémentent la manipe ou traitent de la physique qu'elle met en jeu).

Du coup, je pourrais très bien aujourd'hui avoir une liste de 15 papiers au lieu de 8. A priori, je ne serais pourtant ni meilleur ni moins bon que je ne le suis.

 

Enfin, il me semble que l'environnement est un élément clé pour un MCF: entre certains collègues en école d'ingé qui bénéficient de décharges, de bons étudiants à disposition, et dans certains cas de fonds importants, d'autres dans des labos "de pointe" qui ont 2 doctorants à disposition dans l'année qui suit leur nomination, et d'autres collègues à qui on demande d'assurer 300HED et dont les laboratoires ne fonctionnent qu'avec des stagiaires de L3, la production scientifique va rapidement diverger même si le "niveau d'entrée" est souvent assez similaire.

Ce n'est pas comme si l'offre était pléthorique et que la part de chance dans les auditions était nulle et qu'on pouvait affirmer "vu mon niveau, je n'irai que dans la crème des labos".

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 17:12

Dialogue "WhatZeFeuk" du jour.

 

 

"Bonjour, je suis conducteur des travaux qui ont lieu l'étage au-dessus de votre laboratoire (on est au courant, ça devrait être fini depuis le 1er septembre et ils continuent à percer/poncer/tout péter au-dessus de nos têtes toute la sainte journée, NdMix). Nous allons avoir besoin de venir faire quelques travaux dans certains de vos bureaux dans ce cadre. Est-ce que votre responsable est là?"

 

"Non."

 

"Bon, tant pis, est-ce que vous pouvez venir avec moi?"

 

"Ok"

 

En regardant l'air absorbé une bibliothèque pleine à craquer et le coin "café" du labo: "Alors là, vous voyez, on va avoir besoin pour mettre nos canalisations d'un accès d'1m50 d'ici dix jours, donc il faudra que vous déménagiez tout pour que l'on puisse travailler. Si vous voulez, le service logistique vous donnera un coup de main".

 

"Euh, désolé, mais je suis MCF, comme mes collègues qui travaillent ici: ça veut dire enseignant, chercheur, secrétaire, comptable, manager, commercial, mais pas encore déménageur; et puis c'est ni comme si c'était chez moi ni comme si j'avais moi-même commandé ces travaux, ni même comme si les travaux avaient lieu dans le laboratoire, donc je propose que vous et le service logistique vous démerdiez, merci".

 

"Ah oui, mais ce sont vos affaires hein. Bon, je vais voir avec votre responsable et je vous mets en copie".

 

"Non, ce ne sont pas mes affaires. Du coup, c'est bon, ne me mettez pas en copie, vous pouvez mettre l'ACMO si ça vous fait plaisir".

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 13:02

Un article intéressant de Tom Roud sur le temps passé par un enseignant-chercheur à faire de la recherche me donne envie de tenter le meme.

 

Je ne suis pas sûr de respecter exactement la même organisation, mais on va voir qu'il y a quelques différences entre un enseignant-chercheur "lambda" physicien plutôt théoricien ayant dérivé vers la biophysique modèle nord-américain (lui, Assistant Professeur dans une grande université canadienne) et un autre enseignant-chercheur, plutôt physico-chimiste expérimentateur effectuant son enseignement dans un établissement un peu spécial, et sa recherche dans un labo de grande école assez loin de ses thématiques originelles, en France (moi).

 

Le problème (voire la limite) de l'exercice est de décorréler des activités qui pour beaucoup sont faites un peu toutes en même temps ou s'interpénètrent même...

 

Temps de travail global: difficile à estimer, mais je passe environ 45-50h au labo (ou en salle de cours) par semaine, auxquelles il faut retrancher 30minutes/1h par jour pour déjeuner et pauses diverses (je ne suis pas du genre à trainer 2h par jour en salle café, mais je peux glander devant Internet...). Je bosse rarement chez moi le soir et week-end, sauf pour lire/envoyer des mails (voir plus bas) ou lire/relire des papiers... 

Je prends, depuis que je suis rentré en France, 6 ou 7 semaines de congés (3-4 en été, 1-2 à Noël, et 1-2 vers Paques), pendant lesquels je me tiens généralement à jour en ce qui concerne l'intendance, mais n'accomplis pas d'autres tâches  (je fais plaisir à Tom en commençant par parler des vacances).

 

 

- Enseignement

Assez d'accord avec Tom, c'est probablement le plus facile à évaluer. J'effectue environ 200HED d'enseignement annuelles, dont environ 120 "face à élèves". 

Ces 120 heures devant élèves comptent environ 1 mois, voire 6 semaines, à temps plein (hors préparation: comme le dit Tom et comme je l'ai déjà dit aussi, une journée à 3 heures de cours magistral enchaîné à 4 heures de TPs est simplement "physiquement" impossible à répéter sur une semaine complète, pour les tenants du "ouais ben les profs y z'ont ka bosser 35 heures devant des élèves*).

Le reste consiste à organiser des stages (notamment en formation continue, ce qui prend beaucoup de temps et est comptabilisé dans la charge annuelle) et diverses activités (tutorat, jurys, soutenances, etc): 1 mois aussi.

J'ai la chance de ne pas trop changer d'enseignements d'une année sur l'autre (l'inconvénient est une certaine routine, et peu de possibilités de recrutements d'étudiants pour la recherche...), et je suis après 2 années de tatonnement, relativement satisfait de la majorité de mes cours (et raisonnablement à l'aise devant une classe), donc mon temps de préparation a beaucoup réduit, même si je passe on va dire 2h avant chaque cours histoire de changer quelques trucs, relire un passage un peu oublié. Ce qui doit faire dans les 2 semaines sur l'année.

A cela, il faut rajouter les corrections de copie (généralement peu time consuming là où j'enseigne), préparation d'examens, etc.

On arrive donc aussi à 3 ou 4 mois (plutôt 3 cette année, probablement 4 voire 5 l'an dernier où mes cours étaient moins rodés et où j'avais hérité d'une cinquantaine d'heures sup).

 

- Mails (plus généralement intendance: téléphone, recherche de signature ou de personnel compétent etc)

Cette catégorie est différente de celles de Tom et n'est peut-être pas légitime tant elle regroupe des choses différentes: commandes ou devis, organisation de réunions recherche ou pédagogique, emmerdes diverses avec l'administration, parfois même discussions "scientifiques" avec étudiants ou collègues, échanges avec élèves, commentaires sur des papiers etc...

Tout ça est très vague, mais je passe en fait à peu près selon mes estimations 1 ou 2h par jour à lire/envoyer des mails (liés au boulot), sans compter le soir... et les coups de fils ou rendez-vous administratifs divers.

Ce qui fait, eh ouais, environ 2 ou 3 mois sur une année.

La première fois où j'ai passé une journée entière de 8h à envoyer/lire des mails urgents sans avoir le temps de rien faire d'autre, j'ai compris que j'avais un boulot de merde le job était finalement assez éloigné de mes aspirations initiales...

Certaines choses seraient indispensables (demander des devis pour certains moyens expérimentaux complexes, échanges de mails collaboratifs avec les collègues etc), mais je pense qu'avec un secrétariat efficace, une direction au taquet et un système administratif dont le but ne serait pas de faire chier ceux qui essaient de se bouger, je pourrais gagner au moins 1 mois, peut-être pas loin de 2... oui, passés à réagir à des conneries.

 

- Réunions

La aussi, c'est une catégorie vague qui va des réunions collaboratives plus ou moins pertinentes aux meetings pédagogiques en passant par les trucs débiles où on te présente le nouveau logiciel dématérialisé mis en place par la fac qui va te pourrir la vie pour les 3 prochaines années. 

Mais cela correspond environ à 2 semaines à 1 mois par an (2 à 4h par semaine, typiquement). Une bonne moitié me semble globalement inutile.

 

- Encadrement d'étudiants

Sachant que la partie "manipes" est comptée en dessous, il s'agit ici de discussions, voire d'écriture/relecture de rapport pour les "jeunes" (DUT, M2 etc). 

Je passe probablement 2h par semaine à discuter avec chacun de mes 2 étudiants. Pas de rapports prévus cette année mais ça rajoute vite pas mal de boulot.

Entre 2 semaines et 1 mois

 

- Manipes

En tant qu'expérimentateur, j'essaye de faire quelques manipes moi-même ou au moins de former mes étudiants. L'an dernier, et j'espère recommencer cette année, j'ai manipé à peu près 1 mois.

 

- Confs

2 par an est ce vers quoi j'essaye de tendre. Soit 2 semaines par an.

 

- Reviewing et lecture biblio

Je n'accepte jamais plus d'un papier à la fois, mais je refuse rarement si je n'en ai pas à reviewer. Disons que j'en fais une dizaine par an. Je ne passe pas comme Tom deux jours dessus, mais malgré tout quelque chose comme 6h, soit pas loin d'1 journée par papier.

A peu près idem pour la biblio: je lis de plus en plus rarement les articles en entier (c'est mal), sauf quand j'écris un article, mais je suis régulièrement les flux RSS des 4-5 journaux que je suis (c'est bien), et dispatche à mes étudiants ou collègues quand un abstract me semble important.

Cela fait donc entre 2 et 4 semaines par an.

 

- Ecriture d'article

Cela rentre un peu dans les mails surtout pour les "coécritures" (qu'elles soient "lointaines" quand vous êtes 5ème auteur, ou beaucoup plus poussées quand c'est le papier de votre post-doc et que vous êtes reprint author). Pour le papier que je suis en train d'écrire "vraiment" (qui sera vraisemblablement le seul de l'année), l'estimation de Tom à 1 mois semble raisonnable (surtout quand on passe beaucoup de temps à collecter/mettre en forme des données dispersées sur plusieurs mois/années et expérimentateurs, et à boucher les trous). 

 

- Recherche de budget

Un certain nombre d'activités correspondant à cela est pris dans la partie "réunions" ou "mails". Reste le temps de l'écriture. Cette année j'ai un fonds propre (valable 4 ans) donc cela a été moins la lutte, mais je participe quand même à des demandes de financements d'équipe ou du labo. Cela dit, je ne suis pas "coordinateur" cette année donc la rédaction a été minime et peut passer probablement dans les catégories ci-dessus également.

Quand on dépose une ANR et 1 autre projet et qu'on est largement impliqué, 2 semaines "d'écriture" semble raisonnable, plus 2 semaines de  réunions/mails. On arrive donc vite aux 1 mois.

 

 

En fourchette basse, nous sommes donc cette année à 10,5 mois, ce qui me laisse 1,5 mois pour penser. Je crois que c'est sous-estimé, cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu autant de temps pour effectivement penser (ou alors, réfléchir 20 minutes par jour est si différent d'un mois en continu que la comparaison n'a aucun sens).

En fourchette haute, je suis à 12,5 mois de travail annuel (+1,5 de vacances), ça me semble plus raisonnable vu l'état dans lequel je finis un semestre... **

Plus sérieusement, "ma" recherche (ou la collaborative dans laquelle je suis fortement impliqué) passe dans les quelques semaines de manipes que j'ai le temps de faire, dans l'écriture de papier, et dans mes discussions avec les étudiants que j'encadre. En rajoutant les "mails" et "meetings" liés à ça, ça représente environ 3 mois de mon année...

 

Soit "à la louche": enseignement 3,5 mois (rajout des réunions pédagogiques etc), recherche 3 mois, "activités autres" faisant partie du job (conf', reviewing, proposals, meetings utiles) 2,5 mois, bullshit 2 mois (réunions de merde, mails débiles, vidéoprojecteurs en panne, fiches bilan comptable, signatures après lesquelles on court etc).

CUT THE BULLSHIT!!

 

 

 

* J'ai il y a quelques semaines fait 15 heures devant élèves tout en organisant un stage formation continue. La semaine a franchement été éreintante.

 

** Incertitude de 2 mois qui me vaudrait une convocation devant l'administration si elle était "prévisionnelle".

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 13:26

Dans la veine de mon article précédent, cette fois-ci totalement IRL.

 

Après une discussion intellectuellement épuisante vendredi à 17h (eh oui, il y avait une deadline à respecter ce jour-là, donc tous les services administratifs étaient au taquet) au sujet des "heures prévisionnelles d'enseignement", tâche consistant à lister et harmoniser ces activités au sein de l'établissement et qui occupe ces personnels du mois de septembre au mois de janvier (date à laquelle ils commencent à s'occuper des "heures réalisées d'enseignement", jusqu'en juillet), j'ai décidé de prendre ma plus belle plume pour exprimer un léger ras-le-bol et particulièrement le fait que j'étais incapable de définir l'activité annuelle d'un ATER pas encore arrivé à l'heure près comme on me le demandait.

 

Ayant reçu une réponse (avec en copie le directeur de laboratoire, et les deux directeurs des composantes d'échelle supérieure) dont je résume la teneur ci-dessous:

" Pour les ATER l'obligation et la limite sont confondues (cela veut dire qu'un ATER ne peut être ni en sous ni en sur-service, NdMix), ce qui rend les prévisionnels délicats à constituer mais c'est la règle de droit qui s'applique. Et pourquoi demander le recrutement d'enseignants (en particulier un ATER) si on ne peut leur constituer un service?"

 

Je me suis permis de renvoyer à peu de choses près ceci, (je vous passe les formules de politesse d'usage):

 

"

-  Initialement, l'ATER était censé arriver le 1er septembre. Pour diverses raisons indépendantes de notre volonté, nous n'avons obtenu le poste qu'il y a quelques jours. (J'apprends d'ailleurs que l'ATER a déjà "officiellement commencé" depuis 10 jours alors qu'il signe son contrat aujourd'hui - vous imaginez que nous ne lui avons donc pas donné d'enseignements pendant cette période). En septembre, octobre et novembre, comme nous n'avions aucune visibilité sur son arrivée, il a bien fallu "faire les heures" sans lui. En ce qui me concerne par exemple, j'ai effectué entre octobre et novembre 2/3 de mon service annuel, et j'aurai donc à la fin de l'année quelques heures complémentaires. Si l'ATER était arrivé à la date prévue initialement, nous aurions sans doute pu mieux répartir les choses. Sans visibilité, c'est difficile. Et je pense que vous êtes conscient qu'on ne peut pas tout donner à un ATER, comme des cours magistraux niveau M1 ou M2 ou des activités de type responsabilité pédagogique.

- Les demandes de poste sont effectuées environ six mois à l’avance. A cette date, la situation concernant le départ en retraite d'un collègue était incertaine. De plus, nous avons subi la fermeture, pour la première fois, d’une UE qui générait habituellement 20 à 40HED généralement effectuées par nos ATER. En toute bonne foi, je ne peux prédire ces choses, n’étant que docteur en physique.

- Dans le mot ATER, il y a un R pour recherche. Cette information est souvent laissée de côté par certains de vos services, mais l'AERES apprécie les équipes publiantes, ce qui est plus facile quand on a du personnel pour faire de la recherche. L'activité de recherche d'un EC ou ATER est censée représenter statutairement 50% de son temps, pas 0%.

- Cette remarque s'applique aux EC (enseignants-chercheurs). Le décret de 2009 encourage fortement la décharge d'enseignement temporaire pour les nouveaux arrivants afin de développer au mieux une activité de recherche. Cela n'a rien d'obligatoire (mais semble appliqué assez largement dans la plupart des universités), mais cela semble largement raisonnable dans notre cas car cela permettra également d'assurer un passage de témoin "harmonieux" avec notre collègue futur retraité, dont le nouvel arrivant va reprendre plusieurs cours magistraux (notamment de niveau M1), qu'il n'aurait pas été raisonnable de lui demander de préparer en quelques semaines.

- Concernant l'obligation et la limite du service des ATER, je conçois comme vous le dites que la règle est la règle, mais le terme "prévisionnel" est également censé refléter "un caractère aléatoire dû à l'incertitude de l'avenir". Peut-être faudrait-il alors revenir sur la terminologie.

"

 

Voila (le tout également en copie à tout le monde). Pour l'heure pas de réponse. 

 

 

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