Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 15:19

En quelque sorte, suite de l'article Ethnic in the 15th, même si j'ai chroniqué d'autres adresses du 15ème, où je réside désormais depuis presque 2 ans, ici ou .

 

Ces chroniques vont être brèves, assez "impressionnistes" dans la mesure où elles relatent sans notes des évènements qui pour certains ont plusieurs mois. 

Les adresses sont pour la plupart "mineures", dans un sens non péjoratif signifiant simplement que ce ne sont pas des "must eat" chébrans ou à la cuisine internationalement réputée, mais des restaurants de quartier.

Si vous vous baladez dans le coin (après tout, la rue du Commerce et ses alentours, ou le quai de Grenelle sont des endroits plutôt sympathiques) ou vivez là, ça peut toujours servir.

No particular order.

 

Commençons par Akasaka, 11 (ou 9?) rue Beaugrenelle (métro Charles Michel): un coréen étonnamment peu référencé sur la toile alors que franchement pas mal. Un peu plus cantoche que Manna quelques centaines de mètres plus loin rue de Lourmel (voir article susmentionné), tant dans le décor que dans l'assiette, mais très bon aussi. Déco inexistante, salle type placard à balais, mais service sympa et clientèle assez "locale" (je veux dire coréenne, pas du 15ème) Pas mal de plats à partager souvent bien épicés (dont du poulet épicé aux légumes avec des pâtes de riz qui ressemblent à de gros gnocchi, le tout cuit devant vous, tip-top). Les classiques bibimbap et barbecues sont là aussi. Comptez 20-30€ pour entrée-plat-bière, et vous pouvez zapper les desserts franchement sans intérêt. A 2 ou 3, on peut souvent se pointer sans réservation même si ça finit régulièrement complet. A noter aussi un large choix d'alcools du cru, que je n'ai pas testés.

 

Dans la même rue, il y a un indien-pakistanais "classique" de milieu de gamme (salle immense, toujours au 3/4 vide, bouffe honnête totalement conforme à ce qu'on peut attendre, ~25euros...), l'Etoile du Pandjab (aussi référencé au 11 de la rue...).

 

Enfin, en face au 12*, on trouve un semi-gastro français, Au goût Dujour (site web), qui, sans m'avoir laissé un souvenir impérissable présente quelques avantages rares dans le quartier, notamment un rapport qualité prix intéressant (moins de 30€ pour un menu complet relativement ambitieux malgré quelques tics de cuisinier un peu pénibles - je crois me souvenir de zestes de citron un peu partout), et une ambiance plutôt décontractée. A retenir dans un quartier où l'offre "tradi menu-carte" est plus souvent autour de 35euros et plus assorti d'une ambiance sortie de maison de retraite.

 

 

Ce qui m'amène à l'Epopée, 89 avenue Emile Zola (métro Emile Zola), (site web), ses deux fourchettes Michelin et son menu-carte à 38 euros. Un genre d'adresse très 15ème, un peu comme Stéphane Martin ou Bernard du 15 dont j'ai déjà parlé: voyage dans le temps et dans la bourgeoisie de province telle qu'on l'imagine sous René Coty, avec son resto de notables où le médecin, le notaire, et le maire, se retrouvent le samedi soir. La cuisine est à l'unisson de la moyenne d'âge de 75 ans, donc plutôt bien (lapin tagliatelle sauce gorgonzola par exemple) et pas surprenante pour 2 sous. C'est probablement 5 ou 6 euros trop cher pour ce que c'est. La carte des vins est sans surprise mais les prix ne sont pas excessifs (moins de 30 euros pour un Latour Grand Ardèche que je trouve pas mal, et qu'un caviste du coin vend à 11 ou 12 euros).

 

On retourne à l'étranger avec pour commencer le Banyan, 24 place Pernet (métro Félix Faure), restaurant thaïlandais assez réputé (l'un des rares avec une fourchette Michelin). Les puristes assurent qu'on ne trouve rien de correct ou presque à Paris dans le registre de la gastronomie thaïlandaise, notamment à cause de versions sous-épicés pour palais de pucelles d'européens. N'ayant jamais goûté la vraie cuisine de là-bas, je ne les contredirai pas. Cela dit, le menu "découverte" à 35€ était globalement pas mal, avec un assortiment d'entrées, un plat, et un assortiment de desserts, le tout assez goûteux et pas trop gras. Après, la déco fait lounge mal vieilli, la carte des vins est à pleurer et l'ambiance n'est globalement pas folichonne, donc je n'y retournerai pas toutes les semaines. Le brunch du dimanche a sa petite réputation... à tester?

 

Plus à l'est, un restaurant algérien, le Vent de Sable, 31 rue Mademoiselle, (Métro Commerce), (site web), dans un hôtel-restaurant un peu vieillot. Clientèle d'habitués plus popus avec la encore un petit charme provincial fait de déco kitsch et de prix très sages. Le couscous méchoui à 13 euros est une tuerie savoureuse si vous êtes un goinfre comme moi (mauvaise nuit pour cause d'excès de remplissage assurée). On peut voir les vieilles moukères s'affairer en cuisine, le service n'est pas au taquet mais ça passe. Je n'ai pas eu l'occasion d'y retourner mais un bon souvenir pour tout juste 20€ avec une ou deux pâtisseries honorables et un classique gris guerrouane ou boulaouane pour accompagner le tout.

 

Enfin, pour terminer ce tour ethnique, bienvenue en Asie Centrale, chez Mademoiselle, au 21 de la même rue, (toujours métro Commerce). Restaurant à deux pas de chez moi, trouvé par hasard grâce au publi-reportage de RestoàParis, qui m'a permis d'apprendre qu'il y avait désormais un restaurant kazakh dans la capitale, quelques semaines après mon retour du pays et ma découverte de sa richesse gastronomique. La cuisine d'Asie Centrale est assez peu représentée à Paris, hormis deux restaurants ouzbèkes (au même proprio) dont les spécialités sont assez proches, et qu'il faudra que j'essaye un jour: c'est dommage, j'ai dans un registre populaire vraiment bien mangé là-bas.

Chez Mademoiselle est un rade de quartier comme il y en a 10000 à Paris, avec menu brasserie 12€ le midi et qui vivotait tant bien que mal. Mais depuis quelques mois le couple de propriétaires dont la femme est kazakhe, a décidé de jouer la carte "authenticité" le soir, en proposant une cuisine kazakhe et également quelques plats russes. Le menu est à 33€ pour la totale et c'est franchement pas mal (même si à 27 ce serait sans doute plus le juste prix). Les plats kazakhes sont selon moi plus intéressants (ou mieux réalisés) que les russes: les mantis sont notamment excellents, le plov est bien aussi quoique beaucoup moins gras que la version locale, et avec un riz basmati différent du riz un peu rond qu'on nous servait là-bas. L'entrée de saumon sous la fourrure (recette russe à base de betteraves et d'oeufs) est une belle découverte malgré mon aversion pour la betterave. Petite déception sur les piroshki un peu mollassons (mais c'est peut-être parce que j'ai passé un samedi entier à en préparer des centaines pour un repas organisé par ma belle-mère que je suis intransigeant). Si vous avez de la chance (ou que vous passez commande), vous pourrez même tomber un jour de bechbarmak, le plat national.

Le couple de propriétaires est éminemment sympathique et a envie de faire connaître son établissement, c'est peut-être à ce niveau qu'il y a du boulot (il faut vraiment s'arrêter lire la carte pour voir l'originalité du lieu qui passe un peu trop inaperçu). La carte des vins est inexistante ou presque, mais il y a de la bière à la pression et vous aurez peut-être droit à un shot de vodka en partant comme verre de l'amitié.

Une adresse sympathique, que je recommande aux curieux d'encourager en y allant dîner.

 

Enfin, pour conclure, quelques mots sur la Cantine du Troquet Dupleix, 53 boulevard de Grenelle (métro Dupleix), déclinaison version 15ème d'une table sympathique du fin fond du 14ème, par une figure de la bistronomie parisienne, C. Etchebest. On y mange de la très bonne cuisine basque pas très fine (comme au Dernier Métro en face, déjà chroniqué en ces pages, en un poil plus "chic"), comme c'est à la mode à Paris depuis quelques années maintenant, le tout sans réservation. Contrairement à la version 14ème, pas de tables d'hôtes et pas de menu-carte (à moins que la version 14 ait changé elle aussi).

Bref, ça ressemble plus à un restaurant classique, mais avec un service "fast-food": comment font-ils vu la qualité des assiettes, je ne sais pas, mais nous avons mangé entrée plat dessert en 45 minutes chrono, et les prix ne sont finalement pas si compétitifs que ça (plus de 30€, dans mon souvenir alors qu'à l'époque l'autre cantine avait un menu-carte à 25 ou 28). On a bien compris (je ne suis visiblement pas le seul) que le maître mot était, derrière une convivialité de façade, la rentabilité (de plus en plus courant chez les "basques"?). Bon, c'était un vendredi soir. Un copain qui habite à côté y est allé quelques fois en semaine et a lui mangé à des allures parfaitement raisonnables, donc on peut laisser le bénéfice du doute. A (re)tenter peut-être, sans doute plutôt en semaine, même si le tout fait hélas un peu trop "resucée douteuse de concept usé sans une bonne partie des bons points qui en faisaient la force quelques années auparavant".

 

 

* Cette toute petite rue foisonne de restos, puisqu'on y trouve aussi de mémoire un chinois et un thaïlandais, pas testés.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Restos
commenter cet article
9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 10:23

Cela fait un petit moment que je n'ai pas fait de fiche de lecture.

 

J'ai récemment lu des fragments* de Notes from a big country, de l'américain Bill Bryson.

 

Bill Bryson a passé 20 ans de sa vie en Angleterre avant de retourner aux Etats-Unis, dans le New Hampshire, avec femme et enfants la quarantaine venue.

 

Il raconte, avec un humour "à l'anglaise", ses difficultés d'adaptation (ou de réadaptation dans son cas), les idiosyncrasismes américains (et parfois les clichés) sous forme de petites chroniques publiées à l'époque dans le Mail on Sunday en Angleterre.

 

Pour tous ceux qui ont vécu quelques années aux Etats-Unis en y émigrant à l'âge adulte, c'est une perle: je me suis senti revivre mes étonnements, mes incompréhensions, mon émerveillement parfois.

 

Parmi les sujets traités, le voisin qui prend sa voiture pour faire 200 mètres, l'amour pour les gadgets inutiles qui vous pourrissent la vie, la surconsommation énergétique, l'américanocentrisme, le respect des règles, l'incompréhension de l'ironie, les malls, l'uniformisation, les serveurs au restaurant, etc etc.

 

Le livre de Bryson est d'ailleurs tellement drôle qu'il a été plagié par nos meilleurs hommes de lettres germanopratins.

Et ça se lit très facilement en V.O.

 

 

 

* Acheté par une commande Amazon, je ne me suis pas rendu compte que j'avais acheté un "Best-of" en édition allemande avec des notes de lecture... (ça plus le fait qu'actuellement sur 5 commandes Amazon, 2 ont été perdues, et 1 s'est avérée ne pas fonctionner, vous comprenez que je préfère encore aller acheter mes bouquins à la Fnac ou à la librairie du coin s'ils sont disponibles).

Repost 0
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 15:56

Je viens d'embaucher dans le cadre d'une ANR un post-doctorant.

 

Qui présente le sérieux désavantage (tout au moins quand on parle de travailler en France) d'être Libanais, avec un nom libanais, un passeport libanais, bref la totale.

 

Pour ceux qui l'ignorent, chaque fois que l'on embauche un étranger se pose le paradoxe suivant: il a besoin d'une carte de séjour valide pour signer un contrat de travail. Il a besoin d'un contrat de travail pour obtenir une carte de séjour.

 

On pourrait penser que depuis x dizaines d'années et y milliers de cas traités (surtout dans le petit monde de la recherche et de l'enseignement supérieur), quelqu'un quelque part aurait réfléchi à une manière de simplifier la procédure... quelle naïveté.

 

Bref, aujourd'hui, si j'ai bien compris (cela m'a valu quelques maux de crâne), le futur employé signe un contrat "sous réserve de l'obtention du titre de séjour", ce pré-contrat lui permet d'obtenir un récépissé à la Préfecture valable 3 ou 4 mois (équivalent d'un titre provisoire), qui lui permet d'obtenir le contrat, qui lui permet d'obtenir un rendez-vous à la Préfecture pour l'obtention du "vrai" titre de séjour.

Les choses se compliquent un peu quand, comme dans le cas de mon post-doctorant, son titre de séjour a périmé avant qu'il ait signé son nouveau contrat. Il faut rajouter alors une convention d'accueil signée par l'établissement et validée par la Préfecture de Police.

(je laisse des gens plus habitués que moi préciser les points sur lesquels je me serais montré imprécis ou incorrect, mais l'idée est là).

Soit.

C'est compliqué et pénible, mais on pourrait penser que les choses sont rodées et que tout roule... quelle naïveté.

 

 

Il y a quelques mois, je m'étais pris le chou avec la DRH en commençant par la personne en charge du dossier puis en finissant par remonter jusqu'à la directrice elle-même qui m'a pourri en m'expliquant qu'on ne venait pas sans rendez-vous, que je les dérangeais en pleine pause café en plein déménagement et que tout suivait son cours normalement.

Pourquoi cette prise de bec?

Parce que toutes les pièces pour l'établissement d'un contrat commençant au 1er septembre avaient été fournies le 15 juin au département, qui avait lui-même après toutes validations nécessaires soumis à la DRH tout début juillet.

Pourtant, le 31 août on m'a informé que le contrat n'était toujours pas prêt*, j'ai donc du annoncer à mon post-doc qu'il était officiellement sans-papiers et que je ne savais pas quand il commencerait ni s'il commencerait un jour.

Alors je suis allé dans les bureaux de la RH vers le 6 septembre, et même si je me fis jeter manu militari le soir venu je reçus un coup de fil "le contrat est prêt, nous prions votre post-doctorant de venir signer dans les plus bref délais**".

On notera également (pour rire) que le contrat était antidaté et que le post-doctorat a donc bien commencé officiellement le 1er septembre.

 

Je me suis longtemps demandé si c'était un heureux hasard ou si mon apparition énervée avait quand même eu pour effet de faire bouger le papier de son tas sur le bureau pour l'amener en haut de la pile...

 

 

Depuis, tout n'est pas réglé puisque mon post-doctorant attend sa convention d'accueil depuis six semaines.

Après avoir essayé sans succès de convaincre la DRH d'appeler la Préfecture de Police ou au moins de me donner le numéro de leur contact là-bas (quand on passe par le standard pour les étrangers on a le choix entre taper 1 qui envoie vers un numéro non attribué ou taper 2 qui envoie vers un numéro occupé - on nous conseille aussi de nous informer sur le minitel; authentique), j'ai fini par désespoir de cause par envoyer un mail à l'adresse de contact générique (chose qui je le reconnais marche plutôt bien aux impôts ou à la mairie, bref, à connaître).

Effectivement, deux jours après on m'a répondu, par téléphone s'il vous plaît, pour me dire que la convention venait d'être signée et serait renvoyée le lendemain à mon établissement.

 

Bref, encore un heureux hasard? Deux fois en quelques semaines, ça relève presque du miracle.

 

J'ai donc deux interprétations, potentiellement corrélées, autres que la coïncidence, et je dois avouer qu'aucune n'est flatteuse pour le système français:

- avoir un nom bien franchouillard et un statut de "Professeur d'Université" (ne chipotons pas et n'ayons pas de scrupules sur ses titres quand on s'adresse à l'administration, ainsi que me l'a suggéré Hady Ba qui connaît bien le problème) fait avancer les choses plus vite (même si je pense que je ne suis pas très bien vu par la DRH de mon établissement qui me prend pour un sous-fifre qui se la raconte) que quand on a un nom et un passeport exotique (et il vaut mieux être européen ou américain qu'africain).

- il faut gueuler pour faire bouger les choses: il n'y a pas de durée "normale" pour une procédure, c'est juste celui qui fait le plus chier le monde dont on va finir par vouloir se débarasser. Difficile ensuite de s'étonner du manque de savoir-vivre et du chacun pour sa pomme dans l'espace public.

 

 

Enfin, avec tout ça, la RH*** ne nous a toujours pas contacté pour nous dire qu'ils avaient reçu la convention d'accueil, ça fait dix jours qu'elle est censée être partie de la Préfecture. Mais c'est vrai qu'avec notre service de courrier interne, une lettre peut mettre 3 semaines pour arriver au bureau destinataire...

 

 

* traduction: il manquait la signature indispensable de je ne sais quelle huile jamais là, qui, comme on me l'a expliqué, ne peut pas connaître tous les dossiers puisqu'il signe 30 parapheurs de 20 documents par jour (personne ne semble se poser la question de l'intérêt d'engager les signatures de personnes qui doivent tellement l'engager qu'ils ne savent plus pour quoi ils le font). 

 

** oui, parce que eux mettent trois mois à faire bouger quoi que ce soit, mais quand il se passe quelque chose tu as 2h pour réagir.

 

*** Je ne me lasse pas de l'ironie de la présence du mot "humain" dans le terme "ressources humaines", alors que l'humain est vraiment la dernière des préoccupations... "oui, il est en situation irrégulière, on comprend qu'il soit stressé mais.... on s'en branle en fait la procédure suit son cours Monsieur"

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 09:24

Une petite histoire de médiocrité bien ordinaire a fini par faire le tour d'un certain ouèb, jusqu'à avoir droit aux honneurs du Monde en ligne.

 

En quelques mots, le DG de Marie-Claire France a demandé à Pierre Jancou, restaurateur velu et tatoué fondateur de Racines (légende bobo du passage des Panoramas, 2ème arrondissement) et désormais chez Vivant (sur le même modèle, produits rares et chers et vins nature, dans le 10ème) un dîner à l'oeil, accompagné.

En échange, une bonne pub dans Marie-Claire.

 

Jancou, qui a l'air de se prendre au sérieux et d'avoir mauvais caractère, mais à qui on ne peut pas reprocher son manque de courage (Marie-Claire est un gros tirage), l'a renvoyé vertement dans ses 22.

 

Les échanges (par mails) suivants sont donc montés dans les tours.

 

 

Bruno Verjus, le "blogueur influent" de Food Intelligence, qui paye son addition mais qui a lui-même été épinglé il y a quelques mois par le défunt magazine Alimentation Générale parce qu'il proposait à des restaurateurs d'apparaître dans son futur guide "Must Eat" contre 2000€, se refait une virginité depuis quelques semaines.

 

Il a notamment "dénoncé" Charles-Henri Orliac, un faquin profiteur tragi-comique qui Dieu sait comment semble parvenir à se faire inviter dans tous les restaurants et hôtels de France et de Navarre en se vendant comme le blogueur le plus influent de France (et si vous voyez la gueule du blog, vous chialez).

 

Puis, il a révélé cette affaire Marie-Claire en publiant les mails en question, qui a suffisamment fait le "buzz" pour que Marie-Claire ponde un communiqué critiquant l'attitude de son DG et s'excusant platement...

 

 

 

Qui dit buzz, dit que tout le monde donne son avis, et comme je fréquente de très loin ce milieu, j'ai fini par donner le mien aussi:

 

La mécanique du "bad buzz" a été analysée par F. Ivara, un blogueur gastronomique dont le vrai métier est justement l'e-reputation, avec qui j'ai quelques fois dîné.

 

Aude Baron, rédactrice en chef du Plus, est elle aussi une blogueuse gastronomique "éthique" et a donc publié une tribune décodant un peu les pratiques du milieu.

Dans cette tribune elle écrit "Mais les bons critiques, les vrais professionnels, eux, ne se présentent pas et paient leur addition quand ils testent un restaurant".

 

Mais alors, si le bon critique c'est l'anonyme qui paye, ça fait beaucoup de monde, non?

Bref, c'est quoi le bon critique?

 

Du coup, comme j'avais déjà essayé de "réfléchir" (c'est un grand mot) à cette question, et que j'ai également dîné quelques fois avec Aude, je lui ai soumis un texte de blog (lu de façon extrêmement confidentielle, donc) qu'elle a remodelé avec ses talents de journaliste pour le rendre plus catchy.

 

Et donc voila, Mix (la Malice) devient mainstream en publiant dans le Post: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/670690-marie-claire-et-l-invitation-au-resto-9-definitions-du-mauvais-critique-gastronomique.html

 

800 lues en 16h c'est probablement ridicule, mais il faut savoir que c'est en gros 10 jours d'audience sur mon blog, les bons mois... 

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Autour de la gastronomie
commenter cet article
18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 20:08

Lasserre (site web) est une institution du Paris gastronomique depuis son ouverture ou presque par M. Lasserre en 1942. Situé 17 avenue Franklin D. Roosevelt, à peu près à mi-chemin entre le pont des Invalides et les Champs-Elysées (Paris 8), il a été dirigé par son fondateur jusqu'en 2001, avec 3 étoiles pendant presque 20 ans et 2 étoiles depuis 30. Aujourd'hui, le restaurant est dirigé par un fonds d'investissement suisse ou quelque chose comme ça (tout fout le camp). 

 

Ce fut l'un des lieux de prédilection du gratin politico-médiatique de l'après-guerre.

Aujourd'hui, comme bien des institutions, on en parle relativement peu chez les apôtres de la nouveauté et autres blogueurs influents. Ce n'est pas pour ça que c'est devenu pourri.

Bon, je ne vais pas non plus vous la jouer "contre-découvreur" de talents, Lasserre, "tout le monde" connaît au moins de nom, à défaut d'y être allé.

 

Nous profitons d'une occasion (un anniversaire) et d'une promotion pour prolos pour "connected people" via Facebook (menu entrée poisson viande dessert à 100€) pour aller visiter ce "monument".

 

On est accueilli par environ 17 personnes successivement, c'est toujours agréable. Le petit plus consiste à prendre l'ascenseur d'époque pour aller dans la salle à l'étage, avec le groom habillé comme Spirou (le petit moins est qu'il faut reprendre l'ascenseur avec tout le tralala à chaque fois qu'on veut aller faire pipi*, ce qui finit par être un poil too much niveau cérémonial quand comme moi on picole trop on a une petite vessie).

 

La salle est assez imposante, "grand style", hauts plafonds, superbes lustres et mobilier, il y a à peu près autant de personnel de service que de clients (je suis un peu Marseillais mais à peine). Les tables sont un peu plus "rapprochées" que dans la plupart des lieux du genre.

D'ailleurs, ces tables assez "serrées" (tout est relatif, hein), plus une clientèle ultra-BCBG (pas m'as-tu-vu ou vulgaire, plutôt le genre chic mais pas trop prout pour qui manger là est à peu près aussi naturel que pour vous manger à la cafète d'entreprise), ainsi qu'un joueur de piano "musique d'ascenseur" (qui avait l'air blasé grave), donnent un petit côté "brasserie ultra-luxe" finalement pas désagréable.

 

DSC04546

 

En été, on peut profiter du "toit ouvrant", mais ce soir là il faisait moche donc ils l'ont juste ouvert quelques minutes pour épater la galerie (qui à part nous semblait s'en foutre royalement).

 

J'ai malheureusement oublié ce qu'était exactement les amuse-bouches (il y avait un cucurbitacée), mais cela donnait le ton de ce que fut la cuisine de Christophe Moret, ancien chef du deuxième fleuron ducassien le Plaza Athénée: une cuisine très "terrienne", peut-être marquée par le début de l'automne, tout en étant d'une légéreté surprenante.

 

DSC04533 2

 

En entrée, cèpes de châtaignier de la tête au pied en fine pâte craquante de sarrasin. Un très beau plat, riche mais raffiné, joli mélange de fondant (les cêpes)-croquant (la galette de sarrasin et quelques amandes fraîches), comme dirait Lignac. La sauce puissante mais pas trop riche est une signature assez ducassienne, si j'en crois ce qu'on m'a appris quand je fis mon petit cours de cuisine .

 

DSC04536

 

Pour suivre, le homard bleu aux pêches rôties, avec une sauce au vin rouge. Un assemblage surprenant, là aussi une interprétation "terrienne" du homard qui réussit malgré tout à respecter la "subtilité" du crustacé, goûteux et pas caoutchouteux. Un très beau plat (visuellement et gustativement).

 

DSC04538

 

Le pigeon "André Malraux", qui venait manger là tous les jours (nos grands hommes ont toujours eu la vie dure) est une autre tuerie. Désossé, reconstitué, avec une farce au foie gras et aux abats, et un nouveau jus démoniaque**. Le tout servi avec des navets et des betteraves, et quand un chef réussit à me faire aimer ces deux atrocités, je peux vous dire qu'il est balèze. 

 

Claire Heitzler est une pâtissière paraît-il très réputée. Son soufflé au chocolat est délicieux mais sans doute un poil trop riche pour finir le repas (je finirai quand même celui de Priscilla qui explose en plein vol).

 

Comme d'habitude, le bât blesse sur la carte des vins, impressionnante en quantité mais stratosphérique au niveau des prix et des coefficients. La maison pratique de plus assez peu le vin au verre, ce qui est dommage pour les menus dégustation, je trouve; les accords proposées par le sommelier ne m'ont pas non plus semblé super extras.

Sur les vins au verre, on peut avoir du 12€ le verre pour une bouteille à 5€ producteur...

Bon, je ne vais pas refaire mon laïus, je sais à quoi m'attendre et je ne le vis pas spécialement mal, c'est le modèle économique de quasiment toutes les grandes maisons (menus à prix cassés, matraquage sur le vin et les boissons: les non alcooliques font une vraie affaire, les poivrots comme moi casquent: avec eau minérale, café, 1 coupe de champagne et 2 verres de vin par personne, rajouter 70€: à 170€ tout compris je trouve que ça reste un bon rapport qualité-prix).

 

Le service est parfait dans son registre vieille France, service à la cloche, sauce à la petite cuillère, récitation des plats, eau toujours à niveau tout en restant invisible, etc etc.

 

En terminant le repas, on nous offre deux livres, l'un étant le livre de recettes de J-L. Nomicos, l'ancien chef (désormais aux Tablettes dans le 16ème), l'autre étant le livre anniversaire du cinquantenaire Lasserre. N'ayant pas la prétention de penser qu'on m'a "reconnu" (si j'osais: LOL), je conclus juste que c'est la grande classe. Par contre ce n'est pas demain que je referai une recette de Nomicos (rien qu'en regardant la liste des ingrédients et le dressage, j'ai envie de chialer).

 

Un petit tour par les cuisines pour visiter et nous repartons heureux.

 

 

Et puis Paris, la nuit, c'est beau même s'il fait un temps de merde:

 

DSC04550 2

 

 

DSC04554 2

 

 

* C'est d'ailleurs le seul resto de ce standing que je connaisse possédant des pissotières. Celles-ci sont bien évidemment largement plus propres que quoi que ce soit dans mon appartement, il y a probablement 3 personnes qui viennent les nettoyer dès que vous êtes sorti...

 

 

** petit plaisir rétrospectif de se faire un pigeon deux ou trois jours avant que quelques exilés fiscaux viennent nous les briser menu.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Restos
commenter cet article
17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 20:58

Voila où on en est, sans commentaires*. Ce mail a été envoyé au secrétaire du laboratoire par le gestionnaire des commandes:

 

 

"Bonjour,

Comme je te l'ai déjà demandé, j'exige un sujet explicite pour les messages : avoir tous les messages intitulés de la même manière ne permet pas de repérer ce qui est fait de ce qui ne l'est pas.

 Peux tu me renvoyer toutes les demandes que tu m'as faites depuis 10 jours avec un titre adapté?"

 

 

 

* Un seul: mon but ici n'est pas de dénigrer cette personne, plutôt gentille et qui fait ce qu'elle peut alors qu'elle gère plus ou moins seule les commandes de tout le département (son collègue censé l'aider étant d'une inutilité totale). Toutefois, elle est une bonne illustration du principe de Peter, et comme souvent dans ce cas, parce qu'elle est de bonne volonté, la réponse de sa hiérarchie a été de lui filer encore plus de choses à faire par rapport à ce qu'elle ne gérait déjà que tant bien que mal.

Je vois plutôt  la le symbole d'un système où les procédures sont si complexes et les intermédiaires si nombreux que tout (et on le voit vraiment tout - et surtout n'importe quoi) est susceptible de devenir blocage. Quand je vois qu'un "objet" de mail peut bloquer deux semaines des commandes, je relativise le fait que mon post-doc n'ait toujours pas reçu sa convention d'accueil visée par la préfecture de police après 4 ou 5 semaines d'attente... 
 

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 09:47

Entre cette semaine et la suivante, j'assure pour plus de 30HED d'enseignements. Ajoutons à cela entre autres deux réunions recherche dont une à Lyon, une étude bibliographique pour le dépôt à venir d'une ANR, une réunion enseignement, le thésard chinois qui commence des nouvelles manipes, un séminaire et une réunion dans un cadre associatif.

Bref, vous comprendrez l'interruption momentanée de lumière et de son, et si vous me voyiez, vous auriez de bonnes chance de me trouver en train de courir partout comme un poulet sans tête en proférant des insanités.

 

Un peu comme ça:

 

 


 
Repost 0
Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
commenter cet article
4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 09:13

A 32 ans, je suis devenu un vrai scientifique moderne.

 

Je passe mes journées à répondre à des mails, dans des réunions de labo, à chercher des partenariats ou écrire des projets pour trouver du pèze.

 

Quand je n'en ai pas, j'essaye de négocier au mieux la répartition des crédits du labo. Quand j'en ai en propre, j'essaye de le dépenser en achetant du matos (demander des devis, comparer les devis, négocier les prix, obtenir un devis réactualisé, passer un bon de commande, etc) et en recrutant des étudiants à qui je donne de plus ou moins vagues pistes de recherche en espérant qu'ils soient suffisamment bons pour qu'ils sortent des trucs sans avoir trop besoin de mon aide. 

 

De temps, en temps, quand il y en a 2 ou 3 qui sont partis (si ce sont des stages courts type DUT, M2 etc), j'essaie de recouper tant bien que mal les résultats et d'en faire un tout un minimum cohérent pour le publier. Ce qui peut être une gageure quand on n'a pas fait soi-même une seule manipe, qu'un an s'est écoulé et qu'on compile les résultats de 3 stages*.

 

Et les seules manipes que je maîtrise vraiment au labo sont celles sur lesquelles je donne des TPs (et un peu celles que j'ai achetées...).**

 

Je ne me plains pas spécialement, parce que mon directeur de thèse toujours de bon conseil m'avait bien briefé, que j'ai pu observer mon boss de post-doc aux US, jeune aux dents longues, et savais donc que c'était une transition "naturelle" pour une majorité de chercheurs. Et sans être une star qu'on verra à l'IUF dans 5 ans, je pense me débrouiller honorablement.

Cette transition est toutefois arrivée relativement vite pour moi, probablement parce que j'ai intégré une jeune équipe, ni très riche financièrement ni très "assise" scientifiquement, avec un directeur "par intérim" qui a fait beaucoup pour notre visibilité "administrative" mais n'avait pas forcément les compétences et le temps pour nous aiguiller scientifiquement.

Bref, tout ça pour dire que, parfois, je me dis que j'aurais apprécié grandir dans un labo plus structuré "à l'ancienne mode française", avec un senior qui se tape le management proprement dit (au sens le plus vaste possible), où j'aurais pu apprécier encore quelques années la paillasse, même au détriment d'un peu de liberté intellectuelle***. Parce que la paillasse, c'est quand même chouette quand tu peux t'y consacrer à peu près pleinement (quand tu y passes 1h par semaine, c'est juste horrible, l'impression d'être inefficace, incompétent, et presque l'envie de remonter répondre à des mails).

 

Bon, à part ça l'année n'a pas été mauvaise, 1 article publié, 1 brevet, 1 proceeding, 1 conf' orale. L'an prochain, objectif 3 publis. 

 

 

 

 

* Enfin, j'imagine que c'est comme tout, que ça s'apprend, et qu'au bout d'un moment ça paraît naturel. Mais pour l'instant je galère encore un peu.

 

** A la base, je suis un expérimentateur pur jus. Pas le type qui construit les manipes à partir du néant, mais plutôt celui qui n'a pas peur de se frotter à des techniques qui ne sont pas dans sa "confort zone". Dans le cadre de ma thèse, il a fallu se taper 1 an de chimie, je m'y suis collé. Il a fallu adapter un test mécanique, je m'y suis collé. Dans mon post-doc il a fallu maniper avec des cellules vivantes dans un labo de biologie, je m'y suis collé. Dans mon deuxième post-doc, j'ai refait de la chimie, de la RMN, etc.

 

*** Et de facto, je ne pense pas que je me serais super épanoui dans le système US, où la transition que j'ai vécue est la norme (avec probablement 10 fois plus de pression - mais peut-être 10 fois moins d'emmerdes de type administratif au sens large). Bref, je ne regrette pas de ne jamais m'être posé la question de savoir si je voulais y rester ou pas (la question n'avait pas de sens pour moi à l'époque, elle n'en a toujours pas aujourd'hui).

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 09:37

Je viens de commencer Le Président des Riches, de M. et M. Pinçon, "enquête sur l'oligarchie dans la France de Sarkozy".

 

D'ores et déjà je ne sais pas si j'irai au bout.

 

Le scientifique en moi, à la lecture de l'introduction, a été confronté à un problème majeur: le flou artistique entre "étude scientifique" et "livre à thèse".

 

En quatrième de couverture, on insiste largement sur le fait que les auteurs sont sociologues, (anciens) directeurs de recherche au CNRS, etc. Le livre est publié à la Découverte, qui publie pas mal d'études scientifiques d'historiens (Arno J. Mayer, par exemple) ou autres, et de témoignages historiques majeurs.

 

Pourtant, l'introduction ressemble plus à un tract du NPA ou du Front de Gauche qu'autre chose.

Exemple: "Il ne s'agit pas de refonder le capitalisme en faisant confiance une nouvelle fois à Sarkozy ou à un socialiste acquis au libéralisme. Il s'agit de le confondre pour lui substituer une société plus juste dont l'enrichissement illimité de quelques uns ne sera plus l'ultime objectif".

 

Vient ensuite l'exposé de la méthode de travail des auteurs: "Le Monde et le Canard Enchaîné ont été nos sources d'information ainsi que d'autres journaux et des sites sur Internet". On a quand même vu des démarches scientifiques plus poussées, même, j'imagine, chez les sociologues (c'est le "physicien méprisant" qui parle...).

 

Du coup, même si en bon bobo, je risque d'être probablement (plutôt) d'accord avec un certain nombre d'idées avancées, je pense avoir du mal avec le côté "manifeste politique plus ou moins maquillé en étude scientifique".

 

 

Cela me permet d'exprimer une question qui me hante depuis longtemps concernant les sciences humaines et sociales. 

J'ai pu voir dans un bon nombre de cas des études procédant d'une vraie démarche scientifique, avec hypothèses, construction d'expériences types, analyse statistique des données, évaluation des hypothèses etc.

Cependant j'ai toujours pensé que la construction des expériences était très fortement induite par l'hypothèse de départ. Bref, que les conclusions, liées à l'interprétation des données (surtout si elles valident cette hypothèse) pouvaient être biaisées par la façon même dont l'expérience a été construite.

C'est un simple ressenti, je serai heureux d'en discuter plus profondément...

Petite remarque: j'imagine qu'on peut souvent dire la même chose d'expériences en sciences dures, même si en toute logique un phénomène physique existe ou n'existe pas. Mais il est vrai que certaines "sciences dures" se basent essentiellement sur des statistiques dont on peut parfois penser qu'elles sont surinterprétées. Et que certains physiciens concluent souvent un peu vite qu'un modèle qui fitte bien des données expérimentales est nécessairement vrai.

 

 

 

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 14:21

Dans le cadre de mes activités d'enseignement, j'organise 2 ou 3 fois par an des "stages pédagogiques" pour industriels.

 

Ces stages sont payés par des entreprises cherchant à former certains de leurs ingénieurs ou techniciens, à une sous-structure de mon établissement, durent d'un à 10 jours et peuvent aller de thématiques très géralistes à des choses plus spécifiques. 

 

Les stages que j'organise sont plutôt généralistes, le but étant par exemple de présenter plusieurs techniques de caractérisation, avec dans certains cas des démonstrations pratiques, et donc de montrer leur champ d'application dans le domaine de la science des matériaux. L'idée n'est pas d'être exhaustif sur chacune des techniques (il n'y a pas le temps), mais de montrer qu'il existe un "world out there" parce que beaucoup de gens ne connaissent que les techniques présentes dans leurs centres de recherche, pas toujours appropriées pour répondre aux questions qu'ils se posent. Et même s'ils n'ont pas forcément le pouvoir décisionnel d'acheter du matos à 100keuros, de leur montrer que c'est parfois un équipement assez classique en laboratoire et qu'il y a donc peut-être moyen de débloquer des situations.

Mon rôle consiste à définir le contenu du stage, à faire venir un certain nombre d'intervenants "spécialistes" des domaines présentés, et éventuellement à moi-même assurer une ou plusieurs interventions. 

 

Il faut voir que le public est très varié, de technicien niveau bac à ingénieur, d'une personne qui bosse sur les matériaux depuis 15 ans à une personne qui vient de changer de service et n'y connaît quasiment rien... du coup, les attentes sont très variées entre stagiaires et même d'une année sur l'autre... pédagogiquement parlant, contenter tout le monde relève de la mission impossible, et on apprend assez vite à vivre avec des évaluations du stage couvrant tout le spectre de dithyrambique à nul à chier.

 

Cela dit, quelques remarques:

- une bonne partie des stagiaires est persuadée qu'une fois que j'ai dispensé mes 3h de cours, ma journée est finie. Ces personnes sont pourtant souvent passées elles-mêmes par les bancs de l'Université, pour des durées de 2 à 5 ans. Je me dis du coup qu'une immense majorité de la population ignore ce qu'est un enseignant-chercheur et voit en nous des "Profs de fac" similaires à des "Profs du secondaire".

 

- l'autre moitié, celle qui sait qu'a priori je bosse aussi un peu dans un labo de recherche, est persuadée que mon rôle devrait être uniquement de résoudre les problèmes des industriels. Et quand je dis résoudre, je ne dis pas établir un "modèle universel" (dénomination pompeuse mais vous voyez ce que je veux dire) et le leur expliquer, hein, je dis juste leur donner clé en main une solution pratique. Bien sûr, tout cela gratuitement.

 

- la quasi-totalité trouve toujours les cours trop théoriques, malgré les études de cas et les démonstrations. En gros, ils arrivent presque tous avec des questions bien précises, et veulent repartir avec une réponse. Le fait qu'il y ait 10 ou 15 personnes avec des profils et des problématiques différentes et que ce n'est pas le but d'une formation ne semble pas leur sauter aux yeux. Qu'on essaye de leur donner des pistes de réflexion pour qu'ils puissent trouver eux-mêmes la réponse (ou au moins de comprendre leur problème) ne correspond pas à leurs attentes. 

Pourtant, il y a bel et bien une différence entre formation, prestation, et consulting.

Ne serait-ce qu'au niveau des prix demandés... Pour donner un ordre de grandeur, la formation de 4 jours avec 7 ou 8 intervenants coûte grosso modo 1400 euros*, l'ingénieur de mon labo demande ce tarif pour 2 ou 3 jours d'essais où il va fournir les données brutes sans analyse de résultats, et une journée de consulting dans mon domaine peut se négocier à plus de 1000 euros pour quelqu'un d'un peu connu.

 

 

Tout ça pour dire qu'il y a visiblement encore du boulot pour faire comprendre le rôle de l'Université et des universitaires et revaloriser la perception qu'en ont la plupart des acteurs industriels (sans parler du public en général).

 

 

 

 

* Sans vouloir vendre ma soupe (je n'ai rien à y gagner à part des heures de service), les Techniques de l'Ingénieur font par exemple des choses similaires pour 30% plus cher. A cette différence de prix s'ajoute le fait que leurs formations sont assurées par 1 seule personne quand les notres font venir 6 à 10 intervenants "spécialistes" issus du monde académique ou industriel. Ah, bien sûr, ça se passe dans nos locaux et les stagiaires sont très sensibles à leur vétusté, et j'imagine que c'est plus chic là-bas (ah, vous ne saviez pas que l'Université est au bord de la faillite? vous croyiez que les enseignants-chercheurs étaient des pleureuses comme tous les profs?)

 

 

 

PS: Ceci était mon 666ème article.

 

Repost 0
Published by mixlamalice - dans L'enseignement
commenter cet article