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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 17:30

Vincent Berger, rapporteur des Assises de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche qui se tiennent en ce moment (et qui passent me semble-t-il largement inaperçues au sein du "petit personnel" des laboratoires), a fait une première synthèse des contributions de plus de 85 organisations.  

 

Dans celle-ci, il remarque notamment que la "complexité du système est déplorée de toute part". "Toutes les personnes auditionnées pointent le coût en argent et en temps, et les difficultés juridiques et administratives paralysantes."

 

D'autres que moi ont souligné qu'il était bien temps que quelqu'un s'en rende compte.

 

Mais je vais aller plus loin.

M'inspirant de nos politiciens, j'apporte une solution simple à un problème complexe.

 

En effet, récemment, M. Bartolone, l'homme qui n'a pas embauché sa femme mais épousé sa collaboratrice, a décidé de moraliser les pratiques financières de l'Assemblée Nationale, dans une série de mesures saluées par la presse (de gauche).*

 

Toutefois, il a expliqué qu'il n'irait pas jusqu'à demander aux députés de justifier par factures les dépenses effectuées dans le cadre de l'IRFM (indemnité représentative de frais de mandats, 6412€/mois), se contentant d'une "déclaration sur l'honneur", notamment parce que cela serait une mesure "trop lourde en personnel".

 

Je suggère donc humblement que l'on fasse exactement pareil pour les dépenses d'équipes ou de laboratoire dans l'ESR.

 

Une simple déclaration sur l'honneur pour pouvoir, sur les contrats dont nous disposons, partir en congrès, acheter du matériel sans se faire chier à savoir si c'est du fonctionnement ou de l'équipement, recruter des étudiants ou contractuels sans avoir à faire valider le moindre mouvement d'oreilles par 12 services différents qui de toute façon ne contrôlent rien puisqu'ils signent 600 papelards par jour (chiffre qui m'a été avancé par la DRH de mon institut).

 

Bizarrement, je doute qu'une telle mesure fasse l'unanimité, tant dans la classe politique que dans l'opinion publique.

 

Et pourtant, l'argent (le plus souvent public lui aussi, mais pas toujours) que nous essayons tant bien que mal de dépenser pour mener nos recherches n'est pas contrairement à l'IRFM un acquis mensuel, c'est celui que nous sommes allés chercher "avec les dents", en remplissant des appels à projets à 15% de taux de réussite et évalués par des spécialistes du domaine, en faisant la danse du ventre devant des industriels etc.

A priori donc, de l'argent qu'on va vraiment utiliser pour faire de la recherche et pas pour aller à la Tour d'Argent, d'autant plus que nous sommes aussi évalués, même indirectement, a posteriori sur la réussite de ces projets (articles publiés, devenir des étudiants, réputation faite par les collègues etc).

 

 

 

 

* PS: Le très bon M. Bartolone, symbole du renouvellement de la classe politique française (député depuis 1981), s'est depuis justifié, en expliquant qu'il n'appliquerait pas les directives de Bruxelles interdisant à un élu d'embaucher quelqu'un de sa famille "Ca irait trop loin. Ce sont la qualification et le parcours d'une personne qui doivent être pris en compte dans une décision d'embauche".

Outre le fait qu'on puisse douter que seule Mme Bartolone est compétente pour être "chargée de mission interventions et droits des femmes", j'y vois vraiment la preuve que nos politiques vivent dans un monde déconnecté de toute réalité, où des règles simples d'éthique appliquées un peu partout dans la société française voire européenne sont perçues comme "aller trop loin", bref des atteintes fondamentales à leur liberté de claquer l'argent public sans rendre de comptes.

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 18:41

Il n'y a pas grand chose qui m'horripile plus que le tutoiement intempestif, surtout s'il est accompagné de l'appellation "jeune homme", de la part de personnes que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam.

 

J'imagine que "jeune homme" est plutôt plus agréable que "vieux con", mais j'y vois un certain mépris finalement pas si différent même si plus bonhomme. Surtout quand la personne qui m'appelle ainsi est visiblement (beaucoup) plus jeune que moi.

 

Exemple classique: le jeune engagé avec son k-way Médecins du Monde, Croix-Rouge ou SPA qui se jette à moitié sur moi (malgré mes efforts visibles pour ne pas croiser son regard) en beuglant "Hey jeune homme, t'as 2 minutes?" (je pense alors toujours au "t'as pas 100 balles" de Desproges qui répondait "ouais mon pote, j'ai 100 balles et je les garde")*.

 

Il paraît que Twitter va peut-être tuer le vouvoiement. Il est vrai qu'il m'arrive sur ce site, assez spontanément, de tutoyer des "collègues" que je n'ai pourtant jamais vus IRL.

 

Mais désolé, si cela s'étend, le vieux conservateur bourgeois misanthrope bien éveillé en moi ne pourra que le regretter.

 

J'aime bien qu'un inconnu, qu'il soit plus jeune ou plus vieux, m'appelle Monsieur et me vouvoie, par défaut. Rien à voir avec une question de hiérarchie ou d'arrogance, mais une marque de respect réciproque que la langue française permet.

Pas si différente que dire bonjour quand on croise quelqu'un dans un couloir ou qu'on se retrouve coincé avec un inconnu dans un ascenceur.

 

En ce qui concerne la hiérarchie, je n'ai rien contre le tutoiement "librement consenti" (et je consens assez vite à ce qu'un étudiant me tutoie, ou à tutoyer un directeur de laboratoire ou un collègue plus âgé s'il me le demande), mais vouvoyer quelqu'un tant qu'il ne me demande pas explicitement de le tutoyer ne me pose aucun problème. Je vouvoie encore mon ancienne directrice de stage de DEA, chez qui j'ai pourtant passé 1 an de post-doc et avec qui j'ai désormais un projet ANR en cours...

 

 

 

 

 

* cela ne concerne peut-être que moi, mais il y aurait beaucoup plus de chances que je m'arrête si on me disait "Bonjour Monsieur, auriez-vous s'il vous plaît par le plus grand des hasards deux minutes à me consacrer?". Encore que, bon... la "charité" reste une affaire privée et je n'aime pas qu'on me force la main en me disant à qui je dois donner et quand.

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 13:00

On va conclure ces récits de voyage par le plus important peut-être, ce qu'on mange (et un peu ce qu'on boit aussi).

 

La cuisine kazakhe est aussi "métissée" que ne l'est le pays, à savoir que les plats populaires sont issus de différentes cultures:

 

- le plov, un ragoût de mouton, avec du riz pilaf et de la courge, est ouzbèk. On en trouve dans toute l'Asie Centrale, avec des variantes dans le riz utilisé, ou certains ingrédients supplémentaires (les ouzbèks peuvent rajouter pois chiches et raisins secs par exemple). Comme en témoigne la photo bien luisante ci-dessous, on ne lésine pas sur la matière grasse (une constante dans la plupart des plats).

 

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- les chachliks sont des brochettes (mouton, poulet ou boeuf) de viande marinée (quand on voit comment la viande est conservée - en gros, en plein air avec un peu de papier tue-mouches à côté pour l'hygiène, voir en bas de cet article-, on comprend l'intérêt de la marinade, et pourquoi ils ne mangent pas la viande saignante), d'origine géorgienne. 

 

- les laghmans sont des nouilles ouïghoures ou dounganes, ressemblant à des tagliatelles (plus fines et plus épaisses), servies frites ou dans une sauce type aigre-douce.

 

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- le bechbarmak (littéralement "mange avec les doigts") est le plat national kazakh, des feuilles de pâtes fraîches ressemblant à des feuilles de lasagne, servies dans un bouillon de mouton puissant, avec de la viande de cheval (dont le saucisson qu'on peut manger cuit ou cru, le kazy), de boeuf et/ou de mouton, et quelques lamelles d'oignon (plus, parfois, des patates dès fois que ça ne soit pas assez nourrissant).

 

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- les mantys, des gros raviolis à la vapeur, sont d'origine turque et on les trouve partout en Asie Centrale. Ils peuvent être fourrés aux légumes, ou avec de la viande de mouton et des oignons.

- on trouve aussi des plats d'origine russe, comme les pelmeni (équivalent de tortellini, servis également dans du bouillon) ou des recettes comme les poivrons farcis à la viande de mouton.

- et puis des spécialités coréennes, comme des pains vapeurs fourrés aux choux (hoppang ou variation, visiblement)

 

Dans l'ensemble, tout ça est excellent (il faut aimer le goût puissant du mouton et les féculents, mais c'est mon cas) même si parfois difficile à digérer, car comme toute cuisine populaire, on met toujours beaucoup de matière grasse (ici, pas mal de graisse de mouton).

Simple, efficace, et généreux. Il y a souvent de la charcuterie en entrée, mais par contre on ne mange pas sucré, à part des fruits (beaucoup de pastèques et de melons énormes, vendus dans des camions ou à même le sol à tous les coins de rue).

 

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On accompagne souvent d'un pain plat qu'ils appellent nan, mais qui ressemble plus à la kesra marocaine qu'au nan indien que nous connaissons. Sinon, pour le quotidien, on mange pas mal de pain noir (ce pain bien dense au goût pas désagréable mais un peu monotone, qui peut se conserver 3 semaines sans la moindre trace de moisissure où le commencement d'un durcissement...).

 

On peut trouver tous ces plats un peu partout pour 300 à 600 T (1,5 à 3,5€), sauf le bechbarmak qui est assez difficile à préparer et donc réservé aux grandes occasions ou aux restaurants un peu haut de gamme.

Concernant ces derniers, ils ne sont pas forcément à recommander, dans la mesure où la différence qualitative ne sera pas forcément très marquée pour les plats "de base", mais que vous paierez plutôt 2000T...

Il y a pas mal de cafétarias, soit dans les facs ou instituts, soit dans les malls, qui sont très correctes. On peut aussi trouver des stands qui vendent à emporter.

 

En terme de boissons, les kazakhs boivent beaucoup de bière (la bière locale la plus connue est fabriquée à Chymkent, la Shymkentskoye, une blonde type Heineken). Pour se murger, ils ont la vodka mais aussi le cognac produit localement, pas mauvais du tout.

On trouve du vin géorgien, arménien et quelques bouteilles de vin français générique (Mouton-Cadet) dans les malls d'Almaty, mais ce n'est pas vraiment une boisson populaire (trop d'alcool pour se désaltérer, pas assez pour se beurrer rapidement).

 

En terme de boissons plus exotiques, on a le kvas, boisson obtenue par la fermentation de pain noir dans de l'eau avec divers fruits. C'est assez désaltérant, un peu la texture et la couleur de la bière, légèrement gazeux aussi, mais avec un goût de céréales très prononcé. La première fois que j'ai goûté, ça m'a rappelé, en frais, la soupe de pain grillé de l'Astrance, et effectivement ça a l'air un peu fait pareil. 

 

Il faut aussi parler du kéfir, lait de jument plus ou moins fermenté, qu'on trouve sous différentes formes: liquide, ça se boit le matin un peu comme un yaourt bulgare (je préférais m'en tenir au Yop, mais ça passe si on n'a rien contre l'amertume), solide ça ressemble à de la faisselle et on peut en manger en dessert.

Si j'ai bien compris, on peut faire plein de choses à partir du kéfir, notamment des boulettes salées qui ressemblent à des croquettes de parmesan (pas terrible - en les achetant j'ai cru que j'achetais des petits gâteaux type libanais, la déception fut rude), et des boulettes sucrées (un peu mieux).  

 

Il y a une différence qui pour moi n'est pas claire dans le "process" avec le kumis, autre lait fermenté de jument ou de chamelle, mais que j'ai trouvé franchement immonde (dans mon panthéon des trucs dégueulasses avec le requin islandais). Le taux d'alcool est en tout cas plus haut.

 

 

 

Que ce soit à Chymkent ou à Almaty, le marché de bouffe est une expérience (et on peut même y manger, pas mal et pas cher). Ah, et n'oubliez pas de marchander...

 

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 16:47

Chymkent est donc la 3ème ville du pays en population*, environ 500000 habitants, tout près de la frontière ouzbèke (à 100 kms de Tachkent la capitale).

 

Chymkent est un ancien comptoir de la route de la soie, mais elle a été tellement détruite par tout le monde au fil des âges qu'il ne reste pas grand chose de ce passé.

 

Il reste un quartier "pré-russe", à la frontière entre le bidonville et le village de campagne.

 

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Elle garde un esprit marchand avec le bazar central dont je reparlerai, et a chez les habitants d'Almaty le genre de réputation que Marseille peut avoir chez certains parisiens: c'est sympa, mais les gens sont un peu fous, fainéants, et voleurs, et on y vivrait pour rien au monde.

 

L'ambiance est clairement plus relax qu'à Almaty, effectivement on sent un petit côté "sudiste" avec pas mal de parcs, de terrasses, de gens à la cool qui picolent au soleil. On se faisait pas mal arnaquer à Almaty, donc ça ne nous a pas semblé plus le cas, et il n'y avait pas de sentiment d'insécurité même si un chauffeur de taxi nous a parlé d'un couvre-feu dans la ville, à 2h du matin (information que je n'ai pas réussi à confirmer ou infirmer sur la toile).

 

Nous avons dormi dans un hôtel assez spartiate (situé dans un centre commercial, eh oui) mais de plutôt bon rapport qualité prix, avant de nous rendre à la gare routière le lendemain matin prendre une autre marchroutka direction Turkestan.

 

La route reliant Turkestan à Chymkent est la route principale du pays, qui longe les voies de chemin de fer et remonte jusqu'à Aktau. Elle est pourtant dans un état déplorable, avec des nids de poule géants un peu partout. De larges portions sont en travaux, donc on roule sur les graviers à côté... ça devrait aller mieux dans quelques années, mais si vous avez le mal des transports, attendez-vous à souffrir avec en plus les chauffeurs tarés qui doublent par la droite, font des écarts brusques pour éviter un trou dans la chaussée etc.

 

Turkestan est une petite ville (moins de 100000 habitants) mais qui semble en pleine expansion: on arrive par la ville en passant devant de nouveaux bâtiments ultra-modernes, même si le coeur historique est encore assez brut de décoffrage. Notre hôtel est dans la plus pure tradition soviétique, relativement majestueux dehors et de loin, un peu mité quand on regarde de près, et avec des chambres vraiment pas terribles et un personnel antipathique au possible dedans.

 

Turkestan est surtout connu pour son mausolée de Yasaoui, un soufiste du 11ème siècle. Le mausolée commandé par un certain Tamerlan, est inachevé car celui-ci mourut avant la fin de la construction. C'est très bien préservé et le côté "éternellement en travaux" rajoute une touche un peu émouvante au bâtiment. Celui-ci est entouré de jardins de roses, et le tout est au patrimoine mondial de l'UNESCO, ce qui semble inciter les kazakhes à capitaliser un peu dessus (rassurez-vous, y a encore du boulot avant que ça soit une destination touristique extrêmement courue).

 

On crève littéralement de chaud, probablement pas loin de 40°C avec un bon vent chaud qui permet de suer même sans bouger.

 

Le soir, nous croiserons un paramilitaire encagoulé avec une kalachnikov au bras au milieu de la rue, mais cela semblait n'inquiéter personne, surtout pas le flic à côté de lui. Puis, au resto, un pochtron baragouinant le français qui voulait à tout prix nous payer à boire. 

 

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Les poutres apparentes sont les vestiges du "chantier"  (la façade est aussi le seul endroit où les mosaïques n'ont pas été posées - voir photo de côté ci-dessous)

 

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Enfin, dernière étape, trouver un taxi disposé à nous conduire à 50 bornes au nord de Turkestan, au milieu du désert, dans les ruines de Sauran, une ancienne capitale mongole et comptoir de la route de la soie, abandonnée depuis le 17ème siècle et complètement détruite par le vent, la chaleur, et les pillards. Bref, l'archéologie à portée de main, ou plutôt à portée de Lada, encore une fois**.

 

C'est une expérience assez irréelle: être seuls au milieu du désert dans des ruines d'environ 1km de diamètre, sans surveillance aucune (je pense avoir profané une tombe en tirant un truc qui dépassait du sol et qui se trouvait probablement être un fémur - on peut aussi facilement se gaufrer dans un puits à ciel ouvert...). Là encore, on se plaît à imaginer ce que des amerloques auraient fait d'un endroit comme celui-là, entrée à 20$, achetez votre bout de poterie à 5$, ne sortez pas du chemin tracé etc... A voir, franchement à voir, tant que ça existe encore.

 

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 ce qu'il reste des fortifications et des bâtiments... pas grand chose.

 

 

Ensuite, ce fut back à Almaty.

Dans la dernière partie, on parlera bouffe.

 

 

 

 

* sorti d'Almaty, Astana, Chymkent et Karaganda (~400000 habitants), il y a surtout des villes autour de 100000-200000 habitants max.

 

 

** la Lada est une voiture exceptionnelle à qui aucune piste ou climat ne résiste. En plus, tout le nécessaire est accessible à la main (fils apparents etc), et il n'y a absolument rien de superflu...

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 13:31

Quand la transposition d'un concept "provincial" a priori sympathique à la sauce parisienne conduit à une ambiance tout sauf sympathique, justement.

Aujourd'hui, le bar à tapas du Sud-Ouest.

Je ne suis pas le parisien classique qui vénère tout ce qui vient du Sud-Ouest et va retrouver ses racines à Lacanau tous les étés, mais j'apprécie beaucoup la bouffe du Sud-Ouest/Basque (beaucoup de viande et de gras, pas beaucoup de légumes, what's not to love?), et le bar à tapas est généralement synonyme de bon moment, de convivialité, bref l'un de ces endroits où l'on prend le temps de vivre et de se faire plaisir.

 

Le restaurant s'appelle Dans les Landes (... mais à Paris), il est ouvert depuis pas loin de 2 ans en bas de la rue Monge (75005) et appartient au chef d'Afaria J. Duboué. C'est un bar à tapas, service continu, qui se veut un peu "haut de gamme", avec des tapas recherchés, d'autres plus classiques mais avec des produits de qualité, et des prix un peu musclés, le tout dans une ambiance jeune, virile, faite de tatouages, de barbes savamment mal taillées et de chemises à carreaux.

A l'ouverture j'y voyais un pari relativement risqué: le quartier se sépare beaucoup entre étudiants fauchés qui cherchent surtout de la bière pas chère et personnes d'âge mûr qui aspirent probablement à plus de calme et de confort, et n'est pas vraiment le lieu de pélerinage du trentenaire cadre sup' mais cool ou du foodie qui semblent la cible client privilégiée.

 

Mais il y avait finalement une niche, le succès est au rendez-vous et le nom du resto est finalement désormais très révélateur de la contradiction observée, je m'explique.

 

J'en ai déjà parlé, j'y ai dîné plusieurs fois, le plus souvent au bar avec 2 ou 3 copains, et l'ambiance à ses débuts n'était pas mal. On ne prenait pas de réservation, les prix étaient un peu élevés et le service pousse-à-la-conso, mais on pouvait prendre son temps et passer une bonne soirée autour de tapas franchement super bons, les barmen sachant récompenser les bons clients en payant éventuellement leur coup.

Succès aidant, ils ont commencé à prendre les réservations, mais on pouvait encore s'installer au bar ou dehors sans prévenir.

 

 

Je n'y étais pas retourné depuis environ un an mais je le gardais en tête pour un repas de groupe, car ils ont dans le restaurant, au milieu de tables de 2 ou 4 personnes, 2 grandes tables d'hôte de 16 personnes et nous y sommes donc allés hier, à 9, après avoir réservé en début de semaine.

Bon, déjà au téléphone, ils précisent bien qu'il faut arriver à l'heure parce qu'il y a un 2ème service à 22h. Autre point relié mais un peu étrange, lorsque l'on est plus de 4 le menu est imposé, on ne choisit même pas ses tapas à la carte: la définition de "groupe" pour tout ce qui est supérieur à 4 peut laisser songeur, de même que le concept de "grignotage imposé". De plus, il est à 38 euros, ce qui n'est pas donné.

 

Alors, ok, y a de la demande et on comprend vite qu'on va faire en sorte que vous dégagiez vite fait, et on gagne en honnêteté ce qu'on perd en courtoisie. Mais il me semble tout de même que ça va complètement à l'encontre à la fois de "l'esprit tapas" et du concept de "repas de groupe"...

 

La volonté de roulement rapide apparaîtra plusieurs fois au cours du repas et deviendra finalement un peu pénible:

Nous avions réservé à 20h, à 20h08 il manque un convive, l'un de serveurs nous demande s'il peut commencer à envoyer les tapas. On demande si on peut patienter 5 minutes, heureusement notre ami arrive à 20h11, ouf. 

A 21h40, nous avons fini de manger et plusieurs d'entre nous vont fumer une cigarette dehors avant de payer. Un serveur vient faire remarquer à ceux qui sont restés que la table devait être libérée à 21h30. 30 minutes avant le 2ème service? Avec absolument personne en vue attendant pour récupérer la table? Alors qu'on attendra ensuite 15 minutes pour avoir l'addition? Un peu what the fuck, quand même.

 

Voila, sinon c'est toujours très bon, varié, allant du plus tradi (coeurs de canard au vinaigre, poitrine de porc) à des choses plus subtiles (gambas à la sauce thaï, salade landaise en feuille de brick). Mais le menu imposé à 38 euros fleure un peu le tout bénef pour le resto. En effet, malgré l'inflation du prix des assiettes par rapport aux débuts (plus rien en dessous de 8 euros désormais, et il semble que le nombre de tapas disponibles à la carte a pas mal baissé), 38 euros correspond à environ 4 assiettes par personne. A 9, cela fait quelque chose comme 35 tapas. Franchement, je n'ai pas compté, mais je parierais très fort qu'il n'y a pas eu plus de 25 assiettes au total et qu'on a donc plutôt consommé pour 30 euros max que pour 38.

Au bout d'une quinzaine d'assiettes servies en rafale, on nous demande si on a encore faim ou si on passe au dessert, genre qu'est-ce qu'on est sympa on vous offre du rab si vous voulez. A ce stade là, si des gens disent stop, c'est vraiment le bonheur pour le restaurateur qui vend 20 euros de bouffe à la carte à un forfait 38, et en plus les clients sont foutus dehors en moins d'une heure...

Du coup ils rapportent une demi-douzaine d'assiettes en plus, et puis c'est fini pour les plats, on nous arrache les assiettes des mains puis on a droit à 4-5 assiettes de dessert, merci au revoir.

 

Et enfin, après avoir payé (53 euros par tête quand même) et alors qu'on est en train de partir (il est 22h00), ils viennent nous voir en disant qu'il manque 50 euros à l'addition. Nous sommes à peu près sûrs de notre coup (9 ingénieurs à table, on sait faire des divisions et des additions) mais on voit bien que nous ne sommes pas crus sur parole. Heureusement tout le monde a payé par CB, on sort donc les tickets, ils passent 5 bonnes minutes à vérifier, nous donnent raison et daignent à peine s'excuser, maugréant un vague "désolé" avant de rebrousser chemin. A ce moment là, j'hésite très fortement à redemander les 5 euros de pourliche laissés pour l'arrondi de la division (qu'on n'a pas proposé de nous rendre, bien évidemment), mais je me dis que ça ne sert à rien d'être aussi mesquin. Pas vraiment de discussion pour savoir si on rajoute un peu de liquide en plus pour le service, néanmoins...

 

 

Donc, malgré la bonne voire très bonne qualité de la cuisine et une ambiance "de surface" sympathique si l'on vient à 2 ou 3, ce fut une petite déception pour beaucoup liée à la gestion de la salle. Du coup, si s'asseoir au bar en couple peut être une bonne option pour un dîner, je ne recommande pas vraiment ce resto pour un repas à 8 ou 10 potes.

Certes, l'un dans l'autre nous n'avons pas non plus passé une mauvaise soirée mais les quelques moments relatés ci-dessus laissent tout de même un petit goût amer. Et puis, au même prix, on peut trouver aussi bon culinairement, avec un cadre plus propice aux discussions (la table d'hôte est très large et ne favorise pas les échanges hors plus proches voisins), et où on vous laissera le temps de respirer en vous faisant sentir comme des hôtes plus que comme des empêcheurs de rentabiliser en rond. 

 

Est-ce d'ailleurs un si bon calcul? Dans mon groupe d'amis, ça picole pas mal sur la durée: chez Pramil, on avait descendu 2 bouteilles pour 3 plus des digeos. Ici, on a bu moins d'une bouteille pour 2. Vu la marge sur les pinards (les vins des Landes à 30 euros, je pense que ça laisse de quoi vivre), pas sûr que le calcul soit si gagnant que ça: dans une optique de rentrée d'argent probablement mais finalement pas tant que ça, surtout mis en parallèle du plaisir du client qui dans un cas aura envie de revenir, dans l'autre pas franchement... Ils feraient sans doute mieux de ne pas accepter les groupes, comme tant d'autres à Paris, ce serait finalement plus simple que de ne pas assumer...

 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 10:16
Petite pause vis à vis de la "soirée de diapos de vacances version blog" pour s'ébaudir un peu devant le système universitaire US.
 
Lire le mail d'un Full Prof. américain à un administratif financier de sa fac me laisse rêveur: si seulement je pouvais adopter le même ton et les mêmes propos*... (est-ce possible quand on est un Prof. 1ère Classe en France?)
 
 
"I understand that there is a problem for the student getting his fee waivers.
I would think that it is not very reasonable to punish a student who gets a fellowship. That helps everyone and it shouldn't hurt him. 
It has gone well enough now that we will likely have him get a joint degree. It is not the kind of program we want to make difficult, it is the kind of thing we want to work very hard to make sure more students want to do it.
"
...
 
" I actually do not understand the total issues. He gets a fellowship and will be a student in every normal sense of the word, just that part of his stipend is being paid to him directly by the Fellowship. That gives us a full time student at a lower cost than normal, so why are we being given such a difficult time with him?
"
 
 
* en gros, pour les non anglophiles, "pourquoi voyez-vous/cherchez-vous des problèmes dans une situation on ne peut plus claire? pourquoi rendez-vous difficile une situation qui est a priori favorable pour tout le monde, de l'étudiant à l'Université? le but devrait plutôt être de travailler dur pour faire en sorte que beaucoup d'étudiants cherchent à profiter de cette opportunité".
Et si je comprends bien la suite, le problème a ensuite été réglé rapidement (attention, ils sont balèzes aussi, donc rien n'est jamais sûr...).    
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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 13:22

Histoire de permettre aux cousins d'Almaty de respirer un peu tranquilles quelques jours, nous avons décidé de faire une petite escapade d'une semaine dans la région de Chymkent, 600 kms à l'ouest (et un peu au sud) d'Almaty, et 100 kms à peine au nord de l'Ouzbékistan et sa capitale Tachkent.

 

Nous nous rendons dans la région en empruntant le train de nuit (même ligne que le Almaty-Moscou en 72h, pour ceux qui ont la foi).

L'épreuve la plus rock'n'roll fut, comme déjà évoqué, l'achat des billets à la gare, qui semble même difficile pour les gens du cru (l'opératrice visiblement plus payée à la gueulante qu'au sourire éditant manuellement chaque billet).

Le billet classique en dortoir coûte environ 15€ l'aller-simple, et pour 20% de plus vous pouvez rajouter l'option "compartiment", à savoir une cabine avec 4 lits, idéal dans notre cas vu que nous étions 4 et pas à 2€ près.

La literie n'est pas inconfortable et c'est relativement spacieux, mais vous ne passerez probablement pas la meilleure nuit de votre vie, principalement à cause du train lui-même (bruyant et qui s'arrête en gare peu ou prou 15 minutes toutes les 45 minutes - le trajet dure plus de 13 heures, autant dire qu'on n'est pas en rythme TGV*) et du climat (le sky, ça colle quand il fait 35°C et que le train a été construit avant l'invention de la clim').

 

Le voyage se décompose comme suit: arrêt à Tulkubas, 70kms avant Shymkent, pour rejoindre la réserve naturelle d'Aksu-Zhabagyly (un parc "montagnard" qui est en fait la même chaîne qu'à Almaty) où nous passerons deux jours et deux nuits en logeant chez l'habitant.

Puis, 1 journée (et 1 nuit) à Chymkent avant de rejoindre Turkestan où nous passerons également une journée (et 1 nuit) avant de repasser quelques heures par Chymkent et de rentrer à Almaty.

 

Première petite péripétie: le Lonely Planet écrit que l'arrivée à Tulkubas est vers 5h du matin, nous mettons le réveil à 4h30. Histoire de ne pas se réveiller pour rien, on demande au contrôleur qui nous dit que non, c'est vers 6h, et qu'il viendra toquer à la porte. On se réveille donc vers 5h30, le contrôleur ne vient pas nous voir mais le train s'arrête vers 6h15, on demande si nous sommes bien à Tulkubas et on nous répond que nous sommes à Mankent, et que Tulkubas c'était la station d'avant. Comme quoi, croyez plutôt les guides que les contrôleurs blasés.

On descend quand même et on se retrouve donc dans un village un peu paumé et décrépit qui se trouve en fait dans la banlieue éloignée de Chymkent. Ce n'est bizarrement pas très vivant un jour de semaine à 6h du matin.

Après quelques atermoiements et avoir appelé notre contact d'Aksu qui nous demande ce qu'on a branlé bordel et nous dit de nous démerder prendre le taxi, nous nous dirigeons vers la grande route ou un marché semble se mettre en place.

Comme toujours, une voiture s'arrête rapidement pour nous demander si nous avons besoin d'un taxi (avec nos shorts, nos sacs, et nos grolles de rando, je crois qu'on remarque facilement les paumés de service). On explique tant bien que mal au mec qu'on est paumé, il s'assure qu'on lui demande bien de nous emmener à 60 bornes de là, on lui dit que oui, il nous dit que ça fera 4000T (25€), on répond ok parce qu'on n'est ni trop d'humeur ni trop en position de marchander, et on monte dans sa Lada d'un autre monde, où visiblement tout est d'origine et d'avant ma naissance. Le gars fait même un petit détour chez lui récupérer une roue de secours, au cas où.  

 

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Ce n'était pas cette Lada, mais le même modèle, blanc, encore plus délabrée

 

Nous finissons par arriver chez nos hôtes, dans le village de Zhabagyly à l'entrée de la réserve: en gros, une rue principale goudronnée avec des croisements en terre, peuplée de maisons type petites fermes plus ou moins en dur selon la richesse de l'habitant.

 

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Les tarifs sont de 7000T par nuit (un peu moins de 40€) et par personne, pour une chambre pour 2 et la pension complète (petit-dej et dîner de haute voltige, dont je reparlerai plus tard, plus un "panier repas" pour aller avec les excursions). 

Nous sommes en fait logés dans le "bâtiment principal", comprenant entrée, salle de bain avec douche chaude et chiottes "modernes", petit salon avec télé, cuisine, deux chambres avec literie super confortable et une grande salle à manger, et la famille (Bagdat, Gulia et leurs 2 - ou 3- enfants) loge dans l'"annexe". Il y a un petit jardin avec un potager, un poulailler, la famille a également un chien et un veau. 

 

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Deux crétins en train de digérer paisiblement en matant bien confortablement le triomphe kazakhe des JO en haltérophilie féminine dans le coin télé chez nos hôtes

 

Le contact qui nous a été fourni par l'EIRC nous a organisé deux petites sorties, pour lesquelles nous devons payer 2000T par personne (entrée dans le parc et "location" -obligatoire- d'un ranger), ainsi que la location d'une jeep avec chauffeur (15000T la journée pour la deuxième excursion: elle fut nécessaire, même si nous avons aussi vu une Lada sur les pistes horribles par lesquelles nous sommes passés)...

 

La première excursion, une simple balade dans le parc dont l'une des entrées est à une petite demi-heure de marche de la maison, n'est pas terrible pour deux raisons: le chemin de rando n'est pas mal, assez sportif, mais il s'arrête assez abruptement au bout de quelques kms, un peu au milieu de rien, ce qui fait très coïtus interruptus. L'autre raison est le "ranger", un russe qui se faisait grave chier a passé son temps au téléphone et à tracer comme un malade pour que ça soit torché le plus vite possible (parce que j'aime la marche physique, je me suis battu pour le suivre et je peux vous dire qu'il avait une bonne condition le salaud, parce que je pense qu'il était à 20% et moi à 99%).

Finalement, le plateau entre la maison et l'entrée de la réserve sera le clou du spectacle, où nous reviendrons nous balader le soir, et prendre en photo la rentrée au bercail des divers troupeaux.

 

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Vu d'en haut, le plateau et le village de Zabagyly

 

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Le soleil se couche sur la steppe (ou n'est-ce pas la steppe?)

 

Il paraît que la plupart des rangers sont comme ça, mais ça surprend quand même.

 

Heureusement la rando du lendemain sera plus sympa, le ranger aussi, qui fera un effort pour nous expliquer la géographie du coin, ce qu'on peut faire et trouver dans la réserve, etc.

Elle a lieu au canyon d'Aksu, qui n'a rien à voir avec celui de Charyn, auquel on accède par une bonne dizaine de kms de piste après être rentré dans la réserve, à flanc de montagne d'abord, sur un plateau ensuite. On roule au bord de la falaise, on se tape des nids de poule d'1m, on s'arrête 15mns pour refroidir le moteur, c'est assez sportif.

Une fois arrivés tant bien que mal au point de départ de la balade (le refuge des rangers), on s'y colle: la marche elle-même fait quelque chose comme 2 ou 3 kms seulement mais avec un dénivelé de 500m, pour finir à la rivière Aksu, ultra-pure et glaciale. A l'aller, rien de bien difficile même si certains passages sont un peu glissants, par contre c'est au retour qu'on en chie grave (avec un bon rythme imposé par le guide là encore, la montée a été faite en moins de 45 minutes: le guide nous a dit qu'en forçant il faisait l'aller retour en moins d'une heure). En bas, on profite d'une petite pause au bord de la rivière.   

 

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Avant de descendre 

  

DSC04076En bas du canyon 

 

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Une petite bouffée de chaleur à la remontée 

 

Et puis, après une deuxième nuit chez Bagdat, nous partons pour Chymkent en marchroutka (un mini-van, à mi chemin entre le taxi et le bus, plus ou moins officiel et plus ou moins bien géré: je pense qu'on était 20 pour 12 places assises, avec des personnes debouts, d'autres sur des tabourets ou sur leurs sacs).

 

La suite bientôt dans la "part 2".

 

 

Bonus photo:

Si vous vous demandiez où se prenaient les photos des calendriers de la Poste, je pense que vous pouvez désormais répondre que c'est au Kazakhstan...

 

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 Dans les campagnes, comme je le disais, c'est encore assez souvent la cabane au fond du jardin, un exemple:

 

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* il existe une ligne "rapide" reliant Almaty à Astana, 1000kms de distance, en 12h ou quelque chose comme ça, car les lignes ne sont pas adaptées pour les trains espagnols utilisés. A priori, des contrats avec la Chine ont été passés et un vrai express entre Almaty et Astana devrait voir le jour en 2015, ainsi qu'une ligne Russie Chine via le Kazakhstan.

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 13:29

Nous commençons notre séjour par la visite d'Almaty, qui sera notre point d'attache pendant toute la durée du séjour, exceptée la semaine de "road-trip" jusqu'à Turkestan.

 

Almaty, donc l'ancienne capitale du pays, compte 1,5 millions d'habitants. Comme beaucoup de villes soviétiques, et comme dans beaucoup de pays où l'espace n'est pas vraiment un problème, la ville est très étendue (quelque chose comme 25 kms du nord au sud, et 15 kms de l'est à l'ouest, soit pas loin de 3,5 fois la taille de Paris intra-muros qui compte 50% d'habitants en plus).

 

Le centre-ville proprement dit est lui-même déjà grand, quelque chose comme 5kms du nord au sud et 10 kms d'est en ouest, constitué de grandes artères parallèles et perpendiculaires.

La ville n'est pas d'un esthétisme débordant et le côté "cuvette" entourée de montagnes ajouté à la température élevée en été la rend franchement polluée (à la fin de la journée, j'avais le goût du gazoil dans la gorge) malgré finalement pas mal de verdure.

Les premiers jours, nous la parcourerons à pattes, avant de nous lasser quelque peu et d'opter comme tout le monde pour le taxi et de partager à 4 les 3€ que coûtent généralement la course.

 

On se repère facilement à Almaty en plus des rues à angle droit: la chaîne de montagnes est au sud. 

 

A voir ou à faire:

- le marché central (Zelyony Bazaar) dont je reparlerai, consacré essentiellement à la nourriture

- le marché de banlieue, lui plutôt consacré aux contrefaçons chinoises.  

- le parc Panfilov, petit carré de verdure appréciable à l'est de la ville avec une belle église tsariste (Zenkov, la seule restante avec la cathédrale Saint-Nicolas plus à l'ouest devant laquelle nous ne sommes pas passés) à l'histoire mouvementée et un monument aux morts de la seconde guerre mondiale dans le plus pur style massif héroïque soviétique (pour ceux qui y sont allés, il y a pas mal de choses similaires en Europe de l'Est).  

- il y a un autre grand parc au sud-ouest (le parc du Président de la République) à l'entrée majestueuse, dont la taille ferait passer le jardin du Luxembourg pour un jardin d'enfants.

- le quartier d'affaires au sud-est, avec pas mal de bâtiments qu'on dirait sortis du jeu de société Hôtel ou de Las Vegas (on peut se contenter d'y passer en bagnole).

- dans le même coin, la place de la République, elle aussi imposante construction post-soviétique avec son monument de l'indépendance.

- la "zone piétonne" avec ses boutiques occidentales (aux prix occidentaux) et ses "malls" dont le célèbre TsUM, et le quartier alentour.

- les bains russes, une expérience à vivre si vous voulez vraiment comprendre d'où vient l'imagerie gay des saunas (on peut y voir deux copains se fouetter respectivement le fion avec des feuilles de bouleau pour activer la circulation sanguine, en tout bien tout honneur, avant d'aller se jeter à poil dans une piscine à 8°C).

- ici et là quelques bâtiments soviétiques plutôt jolis dans le style "brut de décoffrage", comme l'Opéra, la gare ferroviaire, divers instituts comme l'académie des sciences ou la faculté, l'ancien et le nouveau Parlement...

- le musée de l'histoire du Kazakhstan, à côté de la place de la République, qui n'est pas fantastique mais dans lequel on peut passer 1h ou 2: on peut sauter l'étage sur la préhistoire, assez semblable à tout ce que vous avez pu voir sur le sujet, pour se concentrer sur les évocations du nomadisme et des différentes ethnies. Le dernier étage sur le Kazakhstan indépendant est une belle ode à Nazarbaïev: Nursultan avec les athlètes kazakhes aux J.O., Nursultan en train de signer des contrats avec Sarkozy ou l'émir du Qatar, Nursultan en train de faire du ski pour se détendre etc.

 

Plus généralement, l'atmosphère de la ville est dépaysante, même si la chaleur, la pollution et les "blocs" interminables (on se fait un peu surprendre au début en se disant "c'est bon c'est la troisième à gauche" avant de se rendre compte qu'il faut marcher 1,5km) font qu'on finit par choisir le taxi pour aller d'un point a à un point b.

 

 

C'est plutôt alentour que c'est intéressant.

 

- Au sud-est, on peut prendre un téléphérique pour aller sur la colline de Kok-Tobe où il y a un petit parc d'attractions. Le parc en lui-même n'est pas génial (voire un peu glauque en ce qui concerne le mini-zoo), mais il y a un beau panorama sur la ville et ça peut être l'occasion d'acheter des souvenirs, les boutiques y étant regroupées ("la boutique de touristes" n'est pas un concept ultra à la mode à Almaty).

 

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 Almaty vue de Kok-Tobe, dans la brume et avec les roses kitsch au premier plan

 

 

- Un peu plus loin, à 30 minutes de bus (blindé), vous avez la piscine olympique de Medeu, à 1700m d'altitude, inaugurée dans les années 70, truc énorme posé au milieu de nulle part et dont on ne sait pas très bien à quoi elle a servi avant d'être réhabilitée pour les Jeux Asiatiques de 2011. En tout cas, ça a de la gueule.

 

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Et c'est en train de cramer en ce moment: http://fr.ria.ru/video/20120823/195766456.html

Au départ de Medeu, une promenade plus (si vous passez par l'escalier et son millier de marche) ou moins (si vous prenez la route) musclée vous amène à un point de vue de la vallée. De la vous pouvez marcher 7 ou 8 kms jusqu'à Chimbulak le long d'une route où les gens ne conduisent pas toujours très prudemment, ou prendre un taxi. Chimbulak est la station de ski des apparatchiks à 2200m d'altitude. En été, ça ne présente pas d'intérêt particulier sauf si vous voulez voir à quoi ressemblent les datchas de millionnaires, mais vous pouvez ensuite redescendre dans la vallée en prenant le téléphérique (~15 minutes de trajet, 15€, chouette).  

 

 

- Plus à l'ouest se situe l'entrée du parc national Ile-Alatau (même chaîne de montagnes), qui peut être le point de départ d'un certain nombre de randonnées. Nous avons choisi celle qui conduit au grand lac (artificiel) d'Almaty. Un taxi peut vous emmener du centre-ville à une centrale hydroélectrique servant de point de départ à la rando pour ~5000T (25€, 20kms de route). On est alors à environ 2000m d'altitude.

Après quelques centaines de marche le long du chemin, celui-ci s'arrête: il n'y a pas vraiment de sentier de rando, mais il y a un chemin qui longe (quand je dis longe, c'est à 50cms) les canalisations amenant l'eau du lac à la centrale. La rando commence par un quasi-mur d'escalade de quelques centaines de mètres à environ 30% de pente, qu'il faut bien 20 minutes pour passer. En gros, vous faites 10% du dénivelé total en 1 ou 2% de la distance parcourue.  

Ensuite c'est plus facile même si le chemin n'est pas toujours évident à trouver: la solution la plus simple, que nous comprendrons quand nous verrons un gamin de 10 ans nous dépasser en sifflotant, consiste à marcher directement sur le tuyau (voir votre serviteur ci-dessous, dans le sens de la descente).

 

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(le sentier/canalisation ne longe que très ponctuellement la route à quelques reprises, ce qui permet de changer de chemin en cours de route si besoin ou envie)

 

 Après environ, je dirais, 4/5kms, on arrive au grand lac, "bleu fluo" (la fonte de la glace a lieu au mois de mai), à 2500 mètres d'altitude, entouré par un certain nombre de glaciers, pics et cols à 4000/4500 mètres.

 

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Ensuite, on peut reprendre la route pour les voitures et rejoindre en 3/4kms l'observatoire des Tian-Shan, à 2800 mètres d'altitude. Cet observatoire est utilisé à ~50% de ses capacités pour problèmes de financements (une partie a même été transformée en hôtel).

C'est une zone militaire car proche de la frontière kirghize où la situation est un peu tendue, donc les mecs ne sont pas trop rigolos... la route pour aller au Kirgizistan en franchissant le col est d'ailleurs désormais fermée, et on ne peut pas prendre de photos (sauf si le militaire en faction pionce).

Cela dit, c'est assez incongru donc ça vaut le coup et c'est un bel endroit pour pique-niquer si vous n'avez rien contre les taons assez agressifs de la région.

 

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A la descente nous passerons en partie par la route principale, ce qui je pense triple ou quadruple la distance parcourue et a fait que nous sommes rentrés à la maison bien cramés le soir (le Lonely Planet n'est pas du tout à jour de ce point de vue là, puisqu'il a visiblement été édité quand la dite route n'existait pas: ils parlent d'une piste qui, visiblement, ne suivait pas le même tracé et a disparu).

Cela permet cependant de voir de loin le "mur" le long de la canalisation par lequel la rando commence.

 

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La dernière rando du séjour, mais aussi la plus chouette (pas forcément en terme de paysages, mais en terme de balade pure), et la plus fatigante.

 

 

- A environ 1 heure ou 2 à l'Est d'Almaty dans le même parc, il y a d'autres balades sympas, comme le lac Issyk (ne pas confondre avec Issyk-Kül au Kirghizistan où il est nécessaire d'avoir un visa), un autre lac artificiel mais plus fréquenté le week-end pour des pique-niques familiaux (on peut se prélasser autour du lac d'Issyk, ce qui n'est pas le cas du grand lac d'Almaty où il faut se trouver un coin dans la forêt avoisinante), avec de jolis points de vue.

Pas très loin, il y a le plateau d'Assy, avec un autre observatoire (celui-là complètement désaffecté et jamais terminé) où on accède par une piste mais où nous n'avons hélas pas pu aller (le 4*4 a surchauffé à mi-chemin, il a fallu faire demi-tour). Apparemment, on peut encore y rencontrer des "vrais" nomades.

 

- Une autre rando qui vaut paraît-il le coup est celle des lacs Kol Say, sur deux jours, mais il nous a manqué le temps.

 

- Nous avons fait une rando organisée sur une demi-journée dans l'une des vallées du parc, a priori pas loin de Talgar et connue pour avoir été le lieu d'un massacre de moines orthodoxes par les Soviets, assez sportive (rondins sur des ruisseaux, un peu de varape etc), mais à 40 ça perd tout de même de son charme. Cela dit, la seconde partie était plus chouette (une bonne partie des "randonneurs" déclarant forfait pour la marche post-déjeuner), le long de la rivière descendant directement des glaciers, jusqu'à des plateaux avec des chevaux sauvages etc.

 

 

- La dernière balade impressionnante a été dans les gorges de Charyn, creusées par la rivière du même nom. Situées à 200kms d'Almaty, il faut compter quand même 4 bonnes heures pour y aller, et une bagnole un peu propice au tout terrain (vitesse limitée à 90 et à 40 quand la route croise un village, plus pour finir une dizaine de kms de piste).  

A priori, les locaux y vont plutôt à la fin de l'été car il y fait un cagnard monstre. Nous sommes donc partis en début d'après-midi pour y arriver vers 17h et y rester jusqu'au coucher du soleil (gloire au cousin qui s'est tapé 8h de bagnole entre 13h et minuit...).

Le canyon est profond d'environ 200 mètres avec un trajet de 2kms pour arriver au lit actuel de la rivière, où certains campent. On l'appelle la vallée des châteaux car les rochers ont pris des formes bizarres, sur lesquels le gamin que je suis a passé son temps à s'amuser à grimper, au grand dam de Priscilla.

 

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Les paysages sont superbes et ne sont pas sans rappeler certains canyons de l'Arizona, la solitude en plus.

Sur le "parking", trois voitures en plus de la nôtre: deux américaines ou hollandaises trinquant au champagne dans le soleil couchant, deux jeunes mariés en session photo sur les rochers, et deux retraités français en semi tour du monde (de la France à la Mongolie en passant par la Turquie, la Russie, la route de la soie etc).

Le coucher de soleil entre ombres et lumières, est féérique.

 

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Voila pour Almaty et ses alentours: prochaine étape, la région de Chymkent (au sud-ouest d'Almaty et en plein milieu du pays tout au sud).

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 18:13

Le Kazakhstan est un pays d'Asie Centrale assez méconnu malgré Sacha Baron Cohen et le subtil Borat (qui ne se veut pas un documentaire réaliste sur le pays*) ou les exploits plein de panache (je dis ça sans ironie: dopé ou pas, le panache ne s'invente pas; demandez à Denis Menchov ou Jan Ullrich) du transfusé Vinokourov.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d3/Flag_of_Kazakhstan.svg

Le beau drapeau du Kzakhstan, Source Wikipédia

 

On ignore par exemple souvent que ce pays est le 9ème plus grand du monde, faisant à un poil près la même taille que l'Argentine, et grosso modo 4 fois la France en superficie. 

On y compte 16 millions d'habitants (soit 4 fois moins qu'en France). Ces deux chiffres font comprendre pourquoi le pays est largement composé de steppes désertiques et de hautes montagnes (point culminant du pays, le Khan Tengri, est à 7000 mètres, dans la chaîne des Tian Shan constituée d'un bon paquet de sommets à 4000, 5000 et 6000 mètres).

Le pays possède des frontières avec la Chine et va à l'Ouest jusqu'à la mer Caspienne et au Nord jusqu'à la Sibérie avec des frontières avec la Russie, l'Ouzbekistan, le Kirghizistan et le Turkménistan.

La capitale est Astana depuis 1998, cité "futuriste" construite quasiment de rien au milieu du désert au nord du pays avec la volonté d'en faire le "Dubaï des steppes". L'ancienne capitale (pendant 70 ans) et toujours la ville la plus peuplée du pays (10% de la population) et plus ou moins son coeur économique est Almaty, au sud-est, quasiment à la frontière kirghize et pas très loin de la Chine (en tout cas à vol d'oiseau).

A l'origine peuplé quasi uniquement de nomades, ceux-ci ont été sédentarisés (et largement décimés) par Staline, qui s'est longtemps servi du pays comme une espèce de poubelle géante ("prisons" et "goulags" pour diverses peuplades, essais nucléaires etc). Il en résulte aujourd'hui une multiethnicité assez forte, avec en proportion importante des kazakhs (les descendants des dits nomades, voisins des mongols), russes, ouzbeks, dounganes, ouïghours, géorgiens, allemands, coréens, ukrainiens etc. L'assimilation et la vie en commun ne semblent pas poser de problèmes particuliers et se ressent beaucoup dans la gastronomie du pays (j'aurai le temps d'en reparler).

Il n'y a par contre presque plus de nomades (0,1% de la population ou quelque chose comme ça) et la mythologie de la vie dans les yourtes à cheval est désormais presque reléguée au rang d'attraction pour touristes (la plupart des yourtes que l'on peut rencontrer sont des "chambres d'hôtel" en plastique).

Le climat est on ne peut plus continental (c'est le plus grand pays sans accès à l'océan): donc prévoyez votre écran total en été, avec des températures de l'ordre de 35 degrés ou plus. En hiver, le voyage est je pense déconseillé (-40 dans la steppe, -10 à Almaty)

La langue officielle est le kazakhe (langue turque) mais la langue la plus utilisée reste le russe.

La religion majoritaire est l'islam, mais il y a relativement peu de pratiquants "stricts" (ils ont préféré assimilier la religion soviétique de la picole) même si on peut voir un peu partout dans le pays fleurir les mosquées.

Il semble assez nécessaire de visiter le pays avec quelqu'un parlant et surtout comprenant un minimum le russe, et sachant lire le cyrillique. L'anglais n'est ici d'aucune utilité, à part probablement dans les grand hôtels ou quand on rencontre des jeunes de la classe aisée. On apprend assez vite les 30 ou 50 mots permettant de marchander avec le taxi et de commander au resto, mais la situation peut rapidement devenir complexe, ne serait-ce que par exemple pour commander un billet de train: le site internet n'est disponible qu'en russe et en kazakhe. A la gare, les guichetiers sont directement hérités du soviétisme (ils feraient passer n'importe quel guichetier de la Poste pour un croisement entre Gandhi et l'abbé Pierre). Ils vous braillent dessus en russe au bout de 10 secondes si vous répondez mal à leur question, et la communication se fait à travers une vitre blindée par le biais d'un micro dont la qualité laisse penser qu'ii est lui aussi hérité des années soviétiques. Comme de plus tout le monde essaie de vous griller dans la queue, je pense que ça peut être un grand moment de stress et une épreuve presque impossible pour le non-russophone.

La monnaie locale est le Tengue: 180T = 1euro, 150T = 1$. On trouve des distributeurs automatiques à tous les coins de rue à Almaty, dans les centres commerciaux dans les villes de taille moyenne (Chymkent par exemple), et plus difficilement dans les petites villes. On trouve aussi beaucoup de bureaux de change pratiquant à peu près tous les mêmes tarifs et ravis de récupérer vos euros et dollars.

 

Le Kazakhstan est une "République" indépendante depuis 1991 (ancien satellite de l'ex-URSS) et dirigée depuis 1989 (comme Premier Secrétaire d'abord puis comme Président ensuite) par Nursultan Nazarbaev, brave homme présentant néanmoins quelques tendances autocratiques (réélu moult fois à 90% des suffrages et ayant modifié la Constitution pour se représenter ad vitam aeternam, le principal parti d'"opposition" était par exemple dirigé par sa fille; il a depuis fusionné avec le sien. On voit beaucoup sa bibine en 12*4 un peu partout le long des routes du pays et à la télévision aussi). 

La situation politique semble néanmoins difficile à jauger: le pays possède beaucoup de ressources (pétrole, bientôt dans le "top 10" des exportateurs, mines de fer, uranium, charbon, etc). Si Nazarbaev et sa famille font probablement partie des plus grandes richesses mondiales, il a su également dans une certaine mesure en faire profiter les habitants, dont le PIB a été multiplié par 4 en 15 ans. Il atteint aujourd'hui en gros 1000$/mois/habitant et est proche en terme de niveau de vie de celui de pays comme le Brésil, l'Argentine, la Turquie ou la Roumanie, et largement supérieur à celui de ses voisins ex-soviétiques (gouvernés par des régimes visiblement plus autocratiques, moins stables et sans profits visibles pour la population). Il y a certainement une grande disparité entre les citadins d'Almaty, Astana, Chymkent etc et les villageois ou quelques nomades restants, mais la classe moyenne des grandes villes est entrée de plain-pied dans la société de consommation et aime étaler les signes extérieures de richesse par le biais de grosses bagnoles et de tous les gadgets possibles et imaginables (de l'ipad à l'aspirateur automatique en passant par les téléphones portables dernier cri). Du coup, la population n'évoque jamais la politique, sans qu'on sache si c'est à cause des interdits ou parce qu'ils sont globalement heureux de leur sort et de la stabilité du pays, ou un peu des deux (il faut quand même mentionner des révoltes ouvrières dans la région pétrolière il y a quelques mois, réprimées avec une finesse que ne renierait pas V. Poutine).

Donc, comme dans un certain nombre de pays au régime "fort", la principale source d'emmerdes tant pour le touriste que pour le citoyen lambda semble venir de la police elle-même: la délinquance dans les villes a l'air très faible (quelques pickpockets dans les zones très peuplées et quelques faux "taxis" tard le soir, paraît-il), mais les flics ont beaucoup de pouvoir, dont celui de faire "chanter" le contrevenant qu'il soit fictif ou réel. Ainsi, le cousin de Priscilla qui était notre hôte ne conduisait jamais sans attacher une caméra à son pare-brise (pour avoir une preuve en cas de mise à l'amende abusive). On peut être contrôlé à tout moment (ne jamais se balader sans son passeport) et conduire en ayant bu ne serait-ce qu'une goutte d'alcool peut conduire au choix suivant: 2 ans de suspension de permis ou 3000$ en cash (expérience vécue par le dit cousin). 

 

En vertu de ce qui précède, le Kazakhstan n'est pas ce que je qualifierai une destination "économique", en tout cas pas plus que le Maghreb ou l'Europe de l'Est, par exemple. De façon assez semblable, il y a certaines choses très peu chères (le taxi, même en payant la "surtaxe du touriste" - voir plus bas) et d'autres extrêmement variables (on peut manger convenablement pour 5 euros mais on trouve des restos à 50, voire probablement encore plus dans les grands hôtels pour businessmen et expats). Acheter des fringues de marque ou des technologies modernes ne présente aucun intérêt, mais on trouve beaucoup de "bazars" pour acheter pas cher de la contrefaçon chinoise de tout type.

Je pense qu'il faut compter en gros 50euros par jour par personne pour des vacances "raisonnables", pas chicos mais sans privation: on peut trouver des hôtels "soviétiques" pas franchement funkys mais fonctionnels et propres pour 15-20 euros par personne. On peut déjeuner et dîner correctement pour 5 euros dans des bouis-bouis (1 plat + 1 pinte, parfois 1 entrée à partager), et faire des petits gueuletons pour 10 euros. 

Hors des grandes villes, une solution agréable peut être de loger chez l'habitant: on trouve des pensions complètes où vous serez chouchoutés pour 30 euros (bon, parfois, les toilettes sont la cabane au fond du jardin et la douche est froide, mais la bouffe à base de produits de la ferme cuisinée du feu de dieu compense largement). Difficile de trouver les adresses surtout si on ne parle pas russe, mais il existe plusieurs associations éco-touriste à Almaty (joignables par mail) qui disposent de réseaux, parlent anglais, et peuvent s'occuper de réserver pour vous si vous leur expliquez ce que vous voulez faire (avec une comm' de 10%). Nous sommes passés par l'EIRC et ça s'est bien passé, mais il y en a visiblement d'autres.

 

En ville, presque toute voiture est un taxi potentiel: il y a quelques taxis officiels qu'il ne faut pas prendre car ils sont 3 fois plus chers que tout le reste. Il y a ensuite des taxis "sauvages" (dont c'est la profession mais qui n'ont pas de licence ou équivalent). Le prix se négocie avant la course. D'expérience le taximan demande au touriste environ 2 à 2,5 fois le prix "normal" que paiera le à client local. Sauf si vous aimez négocier pendant 30 minutes (ce qui n'est pas mon cas), vous n'arriverez pas à le faire descendre à ce prix local, mais assez rapidement à +20/+50%. Il faut savoir que de toute façon, un trajet intra-muros dans une grande ville, inférieurs à en gros, 10 kms, vous reviendra à typiquement 500T, soit moins de 3 euros, donc ce n'est pas forcément très utile de s'emmerder plus que de raison pour descendre à 2,5 euros. Si on vous demande plus de 1000T, il faut fuir ou essayer de faire descendre. Les trajets plus longs sont eux aussi peu chers: 50kms * 2 (aller-retour, à 4) pour aller visiter un site archéologique nous est revenu à 25-30 euros, sachant qu'on aurait probablement pu descendre à 20.

La "taxe touriste" a aussi cours dans les marchés, bazars, et globalement partout où le prix n'est pas affiché.

N'importe quel automobiliste est également susceptible de s'arrêter si vous vous postez au bord de la route en faisant du "stop" (bras en avant et pointé vers le bas, pas pouce levé). En gros, vous ne resterez pas plus de 2 minutes sans qu'une voiture ne s'arrête. Le principe est en fait plus proche du covoiturage: vous donnez votre point d'arrivée au chauffeur, et si c'est sa direction il vous embarque. En échange, vous lui filez une petite contribution, un peu moins que le prix d'un taxi (et la généralement la "taxe touriste" ne s'applique pas). 

Il y a aussi beaucoup de bus décatis qui vous emmènent n'importe où pour 80T (moins de 50 centimes d'euros, à Almaty), mais il n'existe aucun plan aux arrêts, donc il faut demander au chauffeur ou au contrôleur (à qui là, on paye au moment de descendre), ou qu'un contact vous donne le numéro de bus à prendre. On notera aussi l'ouverture d'un métro flambant neuf à Almaty, avec beaucoup de stations encore en construction: assez grandiose (inspiré des métros soviétiques), peu cher (comme le bus), il semble plutôt affaire de "prestige" pour l'instant, et son utilisation n'est pas encore tout à fait rentrée dans les moeurs locales.

Le train est également plutôt économique (moins de 40 euros l'aller retour en train couchette pour Almaty-Chymkent).

 

Autres informations pratiques: On trouve des billets d'avion aller-retour Paris-Almaty pour un peu moins de 500 euros par des compagnies turques ou ukrainiennes (avec une escale). Notre voyage avec Pegasus, low-cost turque, s'est passé sans souci, mais par contre les avions arrivent et repartent à 4 ou 5h du matin. La seule ligne semblant proposer des horaires "raisonnables" est Lufthansa, mais les tarifs sont loin d'être équivalents (on est plutôt dans les 2000 euros)... Tarifs à peu près similaires pour Astana.

Un visa est nécessaire pour rentrer au Kazakhstan, mais c'est quasiment une simple formalité pour les ressortissants français. Il y a un petit formulaire à donner, 35 euros à payer, et votre visa vous est normalement remis sous les 10 jours. Il est conseillé de fournir une adresse "contact", qui, je pense, peut être celle de l'hôtel où vous prévoyez de loger au début. Les choses peuvent être un peu plus complexes si vous souhaitez visiter les pays voisins (Ouzbékistan, Kirghizistan) qui eux aussi nécessitent un visa: vous devrez alors demander un visa kazakh double ou triple entrée, un peu plus cher et sur lequel l'administration kazakhe est peut-être plus regardante. Dans ce cas-là, il est semble-t-il plus simple de s'adresser à une agence spécialisée qui gère tout pour vous, comme quand on va en Russie.

 

Ce qui peut finir par revenir cher, ce sont les excursions "organisées" auxquelles il est difficile d'échapper si on ne dispose pas d'un contact local disposé à vous emmener presque n'importe ou gratos comme c'était le cas pour nous. Il y a énormément de randonnées et sites magnifiques (parcs naturels, canyons, lacs, montagnes) au voisinage d'à peu près toutes les grandes villes, mais le réseau routier n'est pas fameux (même si d'énormes chantiers laissent espérer que ça va changer rapidement) et il faut souvent faire de la piste. Les kazakhs conduisent de façon très rock'n'roll donc louer soi-même une jeep ou une bagnole semble assez périlleux donc ce n'est pas facile à faire en "totale autonomie" si on n'est pas un routard professionnel.

Beaucoup d'agences (dont celles mentionnées ci-dessus et d'autres plus locales) proposent des excursions en relativement petit nombre sur 1 jour ou 2: les prix ne sont pas très élevès (de 15 euros la journée pour les plus simples à 30 ou 40 si il y a nuit au refuge et bouffe prévue), mais ça peut finir par peser lourd sur le budget si on en fait une dizaine. Heureusement, certains sites sont quand mêmes accessibles en taxi, ce qui permet de limiter les frais et d'éviter les "bus à touristes" quand on n'est pas fan.

Mais il faut comprendre qu'on ne va pas au Kazakhstan pour passer 10 jours à Almaty ou Astana: je n'ai pas visité la capitale, mais Almaty est une ville au "charme" profondément soviétique. Il y a des choses à y faire (le marché central, le bazar en périphérie, les bains, le centre-ville "européanisé", le quartier d'affaires ultra-moderne, quelques parcs etc), mais ce n'est ni Budapest ni Paris. C'est avant tout un "point d'appui" pour la nature avoisinante et des randonnées qui peuvent aller de la balade pépouze de quelques heures au trek musclé d'une semaine avec guide et cols à 5000 en passant par la promenade plus ou moins longue à cheval.

Almaty, à 900 mètres d'altitude, est vraiment au pied des montagnes: c'est à dire qu'en moins d'une heure de route depuis le sud de la ville vous êtes à 1500-2000 mètres d'altitude, et vous pouvez vous retrouver à quasi 3000 après 2 ou 3 heures de rando.

La ville est entourée d'un immense parc national comprenant la chaîne de montagnes, il y a donc pléthore de sites magnifiques, canyons, lacs naturels ou artificiels, plateaux etc, à des distances comprises entre 1h et 4h de route de la ville.

Le gros plus qui fait beaucoup de différence est lié à la méconnaissance occidentale de ce pays dont je parlais**: le touriste y reste une espèce rare, ce qui est très agréable quand on est un touriste en short qui n'aime que moyennement la compagnie des autres touristes en short. Plus sérieusement, visiter un site qui n'est pas sans rappeler le Bryce Canyon ou les ruines d'une ville de la Route de la Soie au milieu du désert en n'entendant d'autre bruit humain que ses propres pas a quelque chose de magique et s'avère encore plus agréable qu'imaginé.

 

 

Quant à nous, nous étions logés et souvent nourris chez les cousins de Priscilla (sa famille paternelle est kazakhe, bien que celui-ci soit désormais naturalisé français***), qui comme souvent dans les pays où l'hospitalité et la famille sont encore des valeurs importantes, nous ont donné énormément de leur temps, et même de leur argent (indirectement, hein, et malgré nos protestations) sans parler de leur confort (ils ont dormi dans le canapé du salon avec leur bébé de 8 mois pendant la totalité de notre séjour, nous laissant leur chambre, même quand nous sommes partis une semaine en vadrouille). 

Etant donné l'immensité du pays, nous nous sommes concentrés sur le sud du pays, la région d'Almaty donc, plus un voyage vers l'Ouest à Chymkent (proche de l'Ouzbékistan, et d'un autre parc national) et au site historique de Turkestan.

On reviendra j'espère dans quelques années pour voir le nord autour d'Astana et l'Ouest autour d'Aktau (sur la Caspienne) jusqu'à ce qu'il reste de la mer d'Aral (ils sont forts, ces Soviets: dans le même genre que Lyssenko et le blé en Sibérie, il y a eu le coton en Ouzbékistan qui leur a permis de réussir à assécher la mer). 

 

Désolé pour cette longue introduction (et félicitations à ceux qui ont lu jusqu'au bout), mais les articles suivant seront du coup beaucoup plus "entertainings": beaucoup de photos, peu de texte.

 

 

* De façon amusante, le gouvernement kazakhe a d'abord interdit le film (on peut les comprendre) avant de remercier Sacha Baron Cohen en 2012, déclarant que le film avait décuplé le nombre de visas et donc le tourisme dans le pays.

 

** Le seul guide touristique disponible est celui consacré à la route de la Soie de Lonely Planet, plutôt bien d'ailleurs même si parfois un peu lapidaire (puisque traitant 5 pays) et comportant quelques erreurs de réactualisation (comme l'adresse de l'EIRC par exemple).

 

*** C'est d'ailleurs pour cette raison que nous y sommes allés (et pas à cause de Borat): Priscilla n'y était pas allée depuis longtemps, j'aime voyager et en particulier les destinations un peu rock malgré la réputation de bobo urbain que certains camarades me donnent, et les cousins passés par Paris cet hiver nous avaient presque demandé nos dates et ce qu'on voulait faire quand on leur avait dit en plaisantant à moitié qu'on passerait peut-être les voir prochainement. 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 17:03

Venant de rentrer du Kazakhstan (voir post ci-dessous pour ceux qui n'avaient pas deviné), destination relativement peu courue mais tout bonnement exceptionnelle (sous réserve de quelques conditions que j'expliciterai plus tard), je tenterai de faire un petit compte-rendu avec photos et tout et tout, si la rentrée n'est pas trop chargée. D'autant qu'il y a eu un certain nombre de restos sympas à Paris et ailleurs dont il faudrait que je dise quelques lignes.

 

Bref, en attendant, un groupe de métal kazakh. Qui présente la particularité de jouer de la guimbarde et de la dombra (une sorte de guitare à deux cordes).

 


 

 

 

Sinon, niveau musique, ils sont assez branchés "dance" comme on ose à peine en refaire après 20 ans d'abstinence. Nous avons d'ailleurs raté un concert avec Sabrina et Dr Alban, pour ceux qui s'en souviennent...

Et occasionnellement, on peut entendre les fleurons de la chanson française (Joe Dassin, Patricia Kaas, Alizée, Amel Bent...).

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