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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 14:53

"Impact", "visibilité", "levier de réputation", etc.

 

Bullshit Vocabulaire à consonance marketing avec lequel on nous bourre de plus en plus le mou dans les organismes de recherche, mais qui peut aussi faire de vous une star de la blogosphère, pour peu que vous en compreniez la signification et que vous le maîtrisiez.

 

Parce qu'un blog, c'est pour la majorité un objet inutile servant de vague journal public ("pour que tout le monde - en fait 20 personnes- puisse savoir que t'as une vie à la con et que t'écris mal").

 

Mais pour d'autre, c'est un outil de "personal branding" qui peut permettre d'accéder au statut culte de "blogueur influent".

Quel est l'intérêt, me direz-vous? Eh bien, en drainant des "followers", on commence par se faire inviter à bouffer des petits fours ou déguster une coupe, avant de devenir guest dans les soirées mondaines d'un nouveau genre. Ca peut décorer un CV pour montrer à un DRH que même dans son hobby on a les dents qui rayent le parquet.

On peut finir par faire de la pub plus ou moins masquée contre rémunérations de diverses natures sur son blog ou organiser les susmentionnées soirées. Et si on se démerde bien, pondre un bouquin "best-of du blog" ou devenir un RP 2.0.

 

Aujourd'hui, il est totalement secondaire d'avoir un regard pertinent sur un sujet donné pour devenir un "blogueur star" du dit domaine.

Avec un peu de bon sens (cours de communication niveau L1), c'est, j'en suis presque sûr, à la portée de n'importe qui.

Et c'est un blogueur totalement non influent qui vous parle.

 

 

Mode d'emploi:

 

- Habiter à Paris.

La province n'est pas rhédibitoire, mais il faudra faire des efforts de déplacement si votre blog commence à attirer du monde, ne serait-ce que pour assister aux soirées où on ne manquera pas de vous inviter. Paris est quand même le centre de l'univers ou au moins de ses frontières franco-françaises, à la pointe de ce qui se fait dans tous les domaines. C'est pas dans votre patelin de bouseux où la Freebox Révolution coupe toutes les 20 secondes que vous allez devenir une voix qui compte. Sauf si vous donnez dans le Valérie Damidot.  

 

- Spécialisez-vous.

Un maître de conférences qui aime bouffer en écoutant Manowar avant d'aller tabasser des administratifs, ça n'intéresse pas grand monde. La catégorie "multithématique", c'est naze. Donc, choisissez: de toute façon "gastronomie", "culture", "people", etc, ça laisse quand même une marge de manoeuvre (mais n'en abusez pas). Attention à ne pas trop se spécialiser non plus: la pisciculture kazakhe sera probablement une thématique rhédibitoire pour franchir le millier de lecteurs quotidien.

Pour déterminer le thème dont vous serez le prochain prophète, n'hésitez pas à consulter wikio ou autre.  

Le titre du blog doit indiquer clairement la couleur aussi. Un peu d'english dedans ne fait pas de mal (ça peut amener du lectorat international par hasard et donner un côté globalization toujours bien venu). Par exemple, "food" ou "cook" pour un blog axé gastronomie est un must quasi-obligé.

Evitez jeux de mots foireux ou pseudonymes débiles qui n'intéresseront personne et qui vous feront honte le jour où on vous invitera à une soirée blogueurs.

Et si possible, achetez votre nom de domaine, ça fera plus classe, plus pro, que blabla.over-blog, .wordpress ou .blogspot.

 

- Faites allégeance.

Sur votre site, la première chose à faire est une blogroll visible, donnant les liens de tous les "faiseurs d'opinion" du domaine. Si possible de manière claire (typiquement pas comme la mienne). Encore mieux, un flux RSS, ça pète.

Il n'est pas interdit de mettre des blogs que vous aimez vraiment, mais plutôt en bas de page et en petit, surtout s'ils sont hors domaine et encore plus s'ils ont une audience confidentielle.

 

- Go viral.

Après avoir créé votre site, et l'avoir mis sur les rails, commentez chaque article de chaque influenceur actuel de votre domaine. N'ayez pas honte de "linker" vers votre blog, jouez éventuellement un peu la provoc' (mais pas trop, cf ci-dessous): généralement, après quelques semaines, vous finirez par attirer l'attention de quelques lecteurs, et du maître des lieux, qui probablement de guerre lasse vous mettra lui aussi dans sa blogroll (cf un exemple récent).  

Créez une page facebook et un compte twitter, avec le plus d'amis et de contacts possibles (visez haut: à moins de 5000, aujourd'hui, t'as plus rien), pour disséminer au mieux vos articles.

 

- Parlez de la même chose que tout le monde et ne faites pas de vague.

Cela vous aidera bien évidemment à vous faire linker: si vous découvrez vraiment des nouveaux lieux, personne ne vous suivra. Par contre, si vous faites partie des 50 qui ont parlé de l'endroit à la mode fraîchement ouvert, vous serez ultra-respecté, ne serait-ce que parce que vous avez réussi à avoir une place.

Grosso modo, dites comme tout le monde que c'est génial.

Une fois de temps en temps, pour montrer votre indépendance et que you are not a number, you are a free man, dites que c'est nul. Ca fera polémique, amènera du monde sur votre site, et ça montrera qu'on n'aura pas comme ça votre liberté de penser.

Ainsi, toujours pour rester dans l'exemple gastronomique, ne chroniquez que les tables néorustiques de tatoués mal rasés.

 

- Adoptez les "recettes qui marchent".

Vos modèles ont eu une idée originale qui draine du lectorat? Piquez-la leur. Le lecteur lambda ne remarquera rien, et il n'y a de toute façon plus personne (à part quelques maniaques qu'on peut facilement dénigrer) qui ne s'en souviendra quelques mois plus tard...

 

- Maîtrisez l'algorithme Google.

Choisissez bien vos titres d'articles et tags, multipliez les liens hypertextes (cf cet article), etc.

La majorité des sites pros français sont complètement nuls pour ça, il est donc très facile de se trouver référencé devant le Fooding ou le Michelin pour une critique de restaurant donnée.

Et de drainer une foule d'anonymes en choisissant bien ses mots clefs (exemple à ne pas reproduire: je dois sortir assez haut sur les recherches de type "dépucelage dans un labo" vu le nombre de visiteurs quotidiens qui arrivent sur mon blog après avoir tapé ces mots clefs).

Faites référencer votre blog sur tous les sites spécialisés dans le ebuzzing.

 

- Ne soyez pas trop profonds.

La concentration du cerveau humain ne dépasse de toute façon plus la minute: personne ne consulte Internet pour y trouver d'interminables digressions socio-économiques ou philosophiques écrites petit (selon toute probabilité, la majorité de ceux qui sont tombés sur cet article ont déjà arrêté de le lire).

Gros caractères, de la couleur, pas plus de quelques centaines de mots, et des photos un peu travaillées (pas trop non plus, sinon ça fait ramer l'ordinateur du lecteur et ça l'irrite).

N'hésitez quand même pas à faire quelques métaphores, un peu d'ironie ici et là, ou d'employer du vocabulaire de trois syllabes: sans être nécessaire, à Paris, un vernis culturel est toujours apprecié.

 

- Soyez proactifs.

Le public est versatile. L'important n'est pas d'avoir quelque chose à dire, mais de l'écrire. Un post par jour, ou à la rigueur tous les deux jours me semble un bon compromis: plus est lassant, moins n'est pas fidélisant. N'hésitez pas à "sauvegarder pour plus tard" les articles en rab', plutôt que de les publier tous en même temps. 

 

- Faites vous mousser.

Il ne faut pas hésiter à se jeter des fleurs: success brings success. N'hésitez pas à faire un article pour dire qu'un article (sur la toile ou mieux, en papier) a parlé d'un de vos articles (ou de votre blog en général).

Mentionnez vos stats ou vos classements, s'ils sont bons. 

Utiliser son blog pour parler de son blog, il n'y a que ça de vrai, mais même au détour d'un article qui n'a rien à voir, ça ne mange pas de pain: quand vous êtes influent ou sur le point de le devenir, il faut que ça se sache, et on vous croira sur parole: à part les maniaques susmentionnés, qui s'intéressera réellement aux chiffres et études dont vous parlez?

 

 

 

 

Si vous êtes allé au bout de ce pensum et que grâce à lui vous accédez au succès, soyez sympas, faites un geste pour moi. Je suis pour ma part trop vélléitaire...

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 09:29

Déposer une demande de financement ANR, à l'échelle locale, ce n'est pas toujours une sinécure.

 

Heureusement, tout est ensuite géré de main de maître à l'échelon national.

 

Ainsi, au sujet de notre projet soumis en janvier 2011 et classé en liste complémentaire en mai/juin, mon collègue "porteur" du projet a fini par s'inquiéter de n'avoir pas eu d'autre retour depuis.

 

Après plusieurs tentatives restées lettres mortes, il a écrit ceci il y a quelques jours:

"

Mon ANR est sur la liste complémentaire depuis la parution des projets sélectionnés. Pourrais-je avoir des nouvelles du statut afin de savoir si je dois reprendre contact avec mes partenaires pour l’appel à projet 2012 ?

De plus, pourrais-je avoir les rapports la concernant ?  

Je tiens également à dire que je n’ai jamais reçu de nouvelles, que ce soit pour me dire de consulter la liste des projets sélectionnés ou quoi que ce soit d’autre concernant mon projet.

"

 

Un correspondant à l'ANR a fini par lui répondre ça:

"

Concernant les listes complémentaires, il y a actuellement des négociations. Ceci étant,  il est très peu probable que suffisamment de projets soient financés pour que le votre en fasse partie. Je vous conseille donc de resoumettre ce projet en 2012.

Je vous joins l’avis du comité concernant votre projet.

"

 

 

Donc: nous n'avons toujours pas de réponse définitive concernant notre projet de 2011, alors que les appels à projet de 2012 ont commencé.

Donc: nous allons retravailler et resoumettre notre projet pour 2012, comme j'imagine à peu près tous ceux dont le projet est toujours aujourd'hui officiellement en liste d'attente.

 

Ca évitera à qui que ce soit d'avoir à prendre une décision après 1 an de procédure...

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 09:40

Priscilla et moi profitons de l'été indien fin septembre pour déjeuner au Pavillon de la Grande Cascade, au bois de Boulogne.

 

Situé près de la cascade du bois, gigantesque chute d'eau d'au moins 3 mètres, d'où son nom, l'endroit est un ancien pavillon de chasse de Napoléon III, transformé en restaurant chic en 1900.

Le restaurant, 1 étoile depuis quelques temps, est considéré par beaucoup comme un 2 étoiles en puissance. Le chef en est Frédéric Robert (chef exécutif de Senderens pendant presque 10 ans au Lucas Carton) depuis 2007.

La Grande Cascade présente les particularités, assez rares dans cette gamme d'établissements, d'être ouvert 7 jours sur 7, et de proposer un menu "du marché" (entrée, plat, dessert, eau, café, 2 verres de vins) pour 95 euros tous les jours midi et soir*.

 

C'est assez inaccessible pour les ploucs non motorisés dans notre genre: nous finissons donc par monter dans un taxi qui se paume (un certain nombre de voies sont fermées à la circulation dans le bois le dimanche), mais nous arrivons presqu'à l'heure, moyennant un petit bifton de 20.

 

A 12h45, il y a encore assez peu de monde, ça se remplira presqu'entièrement par la suite - soit, à vue de nez, une cinquantaine de couverts. Comme il fait beau et très doux, on ne peut pas manger à l'intérieur (qui a franchement de la gueule): toutes les tables sont installées en terrasse. Celle-ci est bien agencée, bucolique, malgré la vue sur le parking et la route qui n'est finalement pas si loin.

 

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La clientèle est plus hétéroclite qu'on ne pourrait le supposer: quelques "jeunes couples" comme nous, quelques petits vieux en mode sortie du dimanche, des groupes très typés 16ème (vieux bourgeois tirés à 4 épingles - et vieilles bourgeoises tirés tout court- et bouches en cul de poule), mais aussi des groupes très typés touristes allemands (short polo, le genre à prendre du coca avec le menu dégustation), etc. Peut-être l'effet "dimanche midi"...

 

Nous optons pour le dit "menu du marché" en dépit des "recommandations" d'un serveur (voir plus bas).

La cuisine, dans le cadre de ce menu, s'avèrera assez bourgeoise, globalement classique dans ses accords comme dans ses présentations.

Quelques incartades vers un peu de modernité comme dans mon entrée, soit une version très esthétique et franchement délicieuse de l'immonde "avocat-crevettes" de nos cantines scolaires: des belles queues de gambas à la plancha, sur une purée d'avocat, avec une pèche blanche au sirop d'hibiscus, et des petites perles de citron vert; ou alors pendant le dessert, un tiramisu épuré dans lequel les différentes couches (biscuit, mascarpone, cacao) et saveurs ont été "dissociées".

Le calamar farci à la catalane me semble lui un peu mollasson, même si la crème au homard et le riz safrané "façon paëlla" sont excellents. 

Priscilla a eu elle droit à du plus "convenu", bien executé, bien présenté et à base d'excellents produits, mais sans réelle surprise: un ravioli géant aux cèpes et amandes, avec un bon jus de viande et une mousse d'ail, et une selle d'agneau très tendre avec des tomates provençales (et en cadeau bonus, une brick farcie à l'épaule d'agneau).

Les assiettes sont assez généreuses, mais on termine sans soucis, sans avoir l'impression d'être gavé.

 

Nous aurions aussi pu opter ce jour là pour des huîtres tiédiées, un foie gras mi-cuit en gelée de sangria qui avait l'air bien sympathique, du merlan argenté cuit à la vapeur dans les algues accompagné de courgettes (un plat pour Doc), ou un coeur de filet de boeuf au sautoir.

Il y a du choix donc: quelques plats reviennent visiblement souvent, avec quelques variantes pour adapter au marché du moment (le ravioli, par exemple), mais le menu est renouvelé régulièrement.

 

Un petit mot sur les pains maisons au top, notamment le toast aux cerises qui accompagne la fourme d'Ambert, et une brioche comme un croissant salé.

 

Dans les vins du menu, un Côtes du Rhône Château Saint-Roch pour commencer, puis un Gaillac domaine d'Escausses pour suivre (peut-être un poil musclé pour mon calamar). Deux vins plutôt passe-partout mais pas désagréables.

 

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Dans l'ensemble, une cuisine conforme à mes attentes: vu la situation géographique (frontières du 16ème, pas loin du Racing), la majorité de la clientèle aspire certainement à quelque chose de très BCBG, classique, voire sans surprise. On n'est pas ici dans le quartier pseudo-punk de NYC à faire mumuse avec un bagel givré ou un gnocchi de béarnaise. Et c'est très bien aussi.  

 

Le service m'a par contre surpris et un peu déçu. Attention, rien d'extrêmement grave, il n'y a pas eu d'énervement ou quoi que ce soit. Mais dans ce genre d'établissements, on s'attend à ce que se soit "flawless".

Or, il y avait un petit côté dilettante, désorganisé: peut-être, encore, l'effet "dimanche midi"... Et également une certaine tendance "pousse-à-la-conso" que je n'avais là aussi jamais vraiment vu dans cette catégorie de restaurants.

Quelques exemples:

- Une bonne dizaine de serveurs s'est occupé, à un moment ou à un autre, de notre table. Il y a donc eu des moments où les assiettes nous ont été retirées à peine la dernière bouchée avalée, d'autres où il ne s'est absolument rien passé pendant 20 minutes. Les verres de vin en "accord" étaient servis passablement décalés par rapport aux mets, etc.

- Le sommelier à qui nous avions demandé la carte des digestifs n'est jamais revenu: je pense qu'il y a eu une rotation de service à ce moment là. Il a fallu une bonne demi-heure pour qu'un nouveau sommelier nous remarque, perdus avec notre carte à la main, pour prendre commande: il faisait beau, nous étions bien et pas pressés, je n'ai pas spécialement cherché à me faire entendre non plus; mais on ne s'attend pas à devoir beugler ou agiter les mains frénétiquement pour être remarqué à la Grande Cascade.

- Un serveur ou chef de rang nous a expliqué au moment de la prise de commande que "le menu du marché, oui, c'est pas mal, mais à la carte ça sera autre chose, c'est sûr". A vrai dire, c'est trois fois plus cher à la carte, donc je m'en doute, mais la façon de présenter le menu du marché m'a semblé un peu cavalière.

- Le sommelier à qui je demande un verre pour accompagner mon tiramisu me fait goûter un verre de porto délicieux, avec des nuances de café qui se marient parfaitement au dessert. Banco, un chacun. Sur la note, je vois que le verre est à 25 euros, soit presqu'un tiers du prix du menu. Je trouve donc qu'il aurait pu me prévenir, ou s'adapter un peu plus au reste de la commande dans son choix. Jusqu'à présent, je n'avais vu ça que dans des établissements "qui se la jouent grande table": dans les vrais établissements de top niveau, le service sait s'adapter à (la bourse de) chaque client d'"instinct", c'est à dire sans avoir à lui faire avouer "non mais en fait là je me saigne déjà pour le menu, donc pas trop cher, le pinard, s'il vous plaît". Quand bien même, si un verre = 20% de l'addition globale, j'estime qu'il aurait été de bon ton de me demander mon avis (j'aurais d'ailleurs peut-être dit oui).

- Alors que nous avons consommé environ 50 euros de picole en sus chacun, on nous a facturé une demi bouteille d'eau "hors menu" à 8 euros (celui-ci prévoit 1 demi bouteille par personne, et après 3h à table dont une demi-heure pour attendre le digeo, on avait de nouveau un peu soif). Ok, mais comme diraient les commentateurs sportifs, c'est la lettre, pas vraiment l'esprit.

 

Atabula a récemment évoqué les "à-côtés" des menus déjeuners "produits d'appel" des grands restaurants, qui font monter en flèche une addition faussement légère (ce n'est heureusement pas le cas quand on est invité à la table du chef au Crillon). Ce n'est pas exactement la problématique ici: le menu comprend 2 verres de vin, le café, et l'eau, et si nous n'avions pas été en mode soiffards, nous n'aurions payé que le prix du menu. De plus, le vin proposé en apéritif était à 7 euros le verre: je ne connais pas la marge, mais ça n'est pas ça qui a modifié beaucoup l'addition. Je reproche plutôt un certain manque de discernement de l'équipe en salle, peut-être habituelle dans un "bar à tapas", mais, de mon expérience peu de mise dans un établissement "de luxe"...

 

Bon voila: il n'y a pas de quoi taper un esclandre, mais ça diminue un peu la qualité du souvenir et ça me fait dire que je ne suis pas sûr de vouloir y retourner pour tenter le menu dégustation.

Au retour, une petite marche digestive de 4kms dans le bois -partie plutôt familiale que tourisme sexuel- pour rejoindre le métro. Ca reste, je pense, un restaurant à dédier aux beaux jours.

En faisant attention, le "menu du marché" est une bonne affaire pour un moment de volupté un week-end ensoleillé.

 

 

* tarif actuel: au moment de notre repas, c'était encore 85 euros. Ca fait quand même une petite inflation...

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 11:27

Je sors juste d'une semaine à plus de 25 heures (HED) d'enseignements. Soit quasiment 15% de mon service annuel (192HED).*

 

Certes, ce n'était pas une semaine très sympa, et en dehors des heures de cours, je n'ai pas accompli grand chose (quand je n'étais pas réduit à l'état de légume devant mon ordinateur, je bossais mes cours...).

 

Mais si l'on imagine que toute mon année s'effectuait à ce rythme là, je serais sur une configuration 2 mois d'enseignement à temps plein, et donc 8 mois de recherche à temps plein (et 2 mois de vacances, soyons fou).

 

Je pense que ça serait pas mal, en terme de productivité scientifique.

 

En effet, en ce qui me concerne, le temps passé sur un cours n'est pas constant: plus j'ai la possibilité d'y consacrer du temps, plus je vais y revenir, le relire, chercher des exercices, etc. Ne serait-ce que parce que c'est plus "facile" que de bouger son cul pour aller rater des manipes. Ainsi, une semaine surchargée, plus que des enseignements diffus, oblige à accepter de passer un temps fini et limité sur chaque cours.

 

C'est donc une piste à suivre: cette année, je ne me suis pas trop mal débrouillé puisque j'ai réussi à caser un gros tiers de mon service en deux mois, et deux tiers dans le premier semestre. Mais il y a moyen de mieux faire.

 

 

 

 

 

 

 

* si seulement tous les contempteurs des enseignants pouvaient passer 15 ou 20 heures face élèves en une semaine une fois dans leur vie, je suis persuadé qu'ils comprendraient bien des choses. Et encore, je n'ai pas -trop- affaire à des populations en plein bouleversement hormonal...

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 10:00

Il paraît que le désamiantage de ce furoncle parisien qu'est le campus Jussieu n'a pas été une opération publique d'une grande clarté et d'une grande réussite.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/11/17/la-cour-des-comptes-denonce-le-couteux-desamiantage-de-jussieu_1605745_3224.html

 

Faisant partie, certes de loin*, de ceux qui ont vécu/vivent la situation, j'ai envie de dire: "Etonnant, non?".

 

 

Les chiffres de la Cour des Comptes donnent de fait le tournis: "Lancée en 1996 pour trois ans et 183 millions d'euros, cette opération ne sera pas achevée avant 2015 et son coût final est estimé à plus de 1, 850 milliard d'euros".

 

Autour d'un ordre de grandeur d'erreur en durée et en coût, un physicien vous dirait qu'il y avait probablement quelque chose de faux dans le modèle.

 

Image1-copie-1.png 

 

Un citoyen plus terre à terre vous dirait peut-être que certains ont sûrement pu refaire la maison de campagne aux frais du contribuable.    

"Une opération mal pilotée, mal conduite, et qui fait l'objet d'une dérive des délais et des coûts extrêmement forte. L'Etat n'a pas joué son rôle, et cette opération est devenue un cas d'école de ce qu'il ne faut pas faire".

 

 

 

 

 

* J'ai fait mon DEA là-bas, ainsi que mon monitorat. Je collabore avec des gens de P6 qui ont été déménagés temporairement - avec 5 ans de retard au moins- à Ivry. Je connais des gens qui ont fini par se barrer pour se faire muter ailleurs, etc...

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 11:21

Les directives des responsables de filière alternance sont implacables: un élève en alternance n'est pas un étudiant, c'est un salarié d'une entreprise. Quand il est en cours, il est toujours salarié de l'entreprise, et de ce point de vue, être en retard ou absent est équivalent à rater totalement ou partiellement une journée de travail. Les absences doivent donc être soigneusement justifiées, et nous enseignants, sommes sommés d'être intransigeants sur les retards.*

 

Oui, mais comment être crédible quand il est de facto impossible de commencer un cours à l'heure?

 

Exemple typique:

Quand je passe voir la secrétaire à 8h pour mon cours qui commence à 8h15, elle me dit qu'elle n'a pas encore récupéré l'ordinateur que j'ai réservé une semaine à l'avance et qu'elle me l'apportera.

Quand j'arrive devant ma salle à 8h05, celle-ci est fermée à clef. L'appariteur arrive la bouche en coeur à 8h14 en me sortant les mêmes pipots que les élèves (je croyais que la salle était ouverte, mon train a eu du retard**, etc). La secrétaire m'apporte l'ordi à 8h20.

Le temps que je branche tout, si tout se passe bien, il est 8h25, et je commence à 8h30.

 

Du coup, je ne me sens pas en position de force pour réclamer à celui qui arrive à 8h32 d'aller chercher un billet de retard.

 

 

 

 

* il faut admettre que cette réalité n'est absolument pas ancrée dans l'esprit de la plupart des apprentis. Je ne sais pas comment ils se conduisent en entreprise, mais à l'école ils sont on ne peut plus élèves, avec un comportement plus marqué lycée populaire que ENA.

 

** hormis grèves nationales ou accidents graves de voyageurs qui ne sont tout de même pas si fréquents, je ne suis jamais arrivé en retard à cause des transports en commun. Alors certes, j'ai une pathologie anti-retard et je suis plutôt du genre à prévoir des temps de transport très larges. Mais tout de même, l'excuse quotidienne pour certains du "mon train a eu du retard" me semble un peu fallacieuse, quelle que soit la réalité des difficultés de la RATP et de la SNCF.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 15:04

Je suis toujours impressionné par la capacité qu'a Hollywood à faire incarner des personnages censés être moches par des jeunes gens très beaux aux dents brillantes.

 

Ca a un côté un peu frustrant, même pour le laideron moyen pourtant relativement bien dans ses bourrelets: pour jouer une petite grosse faire-valoir d'une méga bombasse, on pourrait pas prendre une petite grosse plutôt qu'une bombasse juste un peu moins bombasse que la méga bombasse?

Au lieu de ça on nous la joue Clark Kent à l'envers, tiens, prends 2 kilos, mets des grosses lunettes et fais-toi une coupe en bois et personne ne verra plus que tu es super gaulée. J'imagine que les acteurs se croient comme ça très "Actors Studio".

 

http://images.huffingtonpost.com/2010-02-07-clarkkent.jpg

Image tirée du Huffington Post

 

Exemples:

- Amanda Seyfreid qui a joué la copine moche et complexée de Megan Fox dans le nanar Jennifer's Body. Pour cela, on lui a foutu des grosses lunettes rondes et un bonnet sur la tronche, et un teint jaunâtre.

- Kate Winslet faisant office de boudin dans The Holiday avec Cameron Diaz.

- America Ferrera dans le rôle d'Ugly Betty (un appareil dentaire et des fringues de merde, hop, le tour est joué).

- Poussé plus loin, à savoir si le film est un biopic, ça donne la performance à Oscar (Marion Cottillard en Edith Piaf).

- Sinon, on peut cumuler, comme par exemple Renee Zellweger, mince américaine, qui joue dans Bridget Jones une anglaise dodue (en plus de la performance physique, on a droit à une imitation d'accent anglais par une texane un rien pénible).

 

 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 09:42

Petit contre-argumentaire au sujet d'Intouchables, le nouveau succès surprise du cinéma français, que pour une fois je n'ai pas vu avec deux ans de retard.

 

Comme toujours devant un quasi-consensus entre le public et la critique, une frange d'irréductibles qui, pour paraphraser Desproges, ne supporte pas d'être plus de douze à avoir aimé un truc, s'échine à nous expliquer à quel point tout le monde, c'est des cons.

 

En l'occurrence, le critique des Inrocks s'est lâché dans le Cercle, l'émission de ciné de Canal, et Libé nous pond aujourd'hui, sur deux pages, un papier philosophico-mordant sur les dérives de l'unanimisme. En gros, on nous explique que le film est un "flingue émotionnel sur la tempe, un chantage au vécu, une fable qui abolit la lutte des classes, une dictature de l'émotion comme cache-misère de l'absence totale de pensée, un film qui parle TF1 en première langue et Canal+ en option"...*  

 

Une petite poussée d'élitisme ne fait pas de mal, je m'y laisse aller plus souvent qu'à mon tour.

Mais comme dans le cas d'espèce je fais partie de la majorité moutonnière, je vais rapidement me faire l'avocat du diable: je n'étais pas allé au cinéma voir le dernier Ken Loach. Je n'ai pas non plus l'impression qu'il était dans l'intention des auteurs de délivrer un message profond sur la lutte des classes ou l'état de la banlieue.

J'ai été un spectateur très premier degré: le film a pour moi fonctionné grâcé à une "alchimie" entre les deux acteurs principaux (rare, et donc probablement raison principale du succès), et parce qu'il raconte, plutôt bien, l'histoire de deux personnes "en crise", qui se trouvent en dépit de leurs différences, se soutiennent, s'enrichissent l'un l'autre et deviennent potes.

En somme, un scénario classique de "buddy movie" pas mal ficelé appliqué à un couple original auquel on croit.

D'où vient la richesse de Cluzet, le traitement de la banlieue, qu'Omar aime les grosses bagnoles, le fait que ça soit basé sur une histoire vraie, franchement, on s'en fout un peu, à mon avis.

Le film n'est pas sans défauts (le personnage d'Omar est clairement plus axé "petit zonard de banlieue qui fume des pétards" qu'"ancien braqueur taulard juste libéré", une pré-fin un peu abrupte et artificielle, quelques "confessions" qui ne s'imposaient pas, etc), ce n'est pas nécessairement une oeuvre sur laquelle on peut disserter des heures, mais il communique beaucoup de bonne humeur. Les feel-good movies ne doivent pas nécessairement être perçus comme des objets populistes et honteux. 

 

Ah, il y a plus particulièrement une critique, qui revient souvent, qui selon moi symbolise une lecture complètement fausse du film (ou une certaine mauvaise foi).

"L'art contemporain est décrit comme une imposture puisque j'en fais autant tous les matins dans ma salle de bains", confortant et réconfortant le mouvement aculturel actuel dans ses clichés.

Cela se réfère à deux scènes dans le film: dans la première, Cluzet achète 40000 euros une toile blanche tâchée de rouge. Omar Sy s'insurge du prix de ce qu'il appelle une croute, Cluzet explique que beaucoup de sérénité s'en dégage.

Dans la seconde, Omar peint une toile dans la "même veine" (mais clairement plus moche, pour souligner que non "on n'en fait pas autant dans sa salle de bain") et Cluzet, pour s'amuser, la propose 10000 euros à un membre de sa famille cul serré et un peu ridicule, en lui expliquant que le peintre est un jeune qui expose à Londres et est sur le point d'exploser, et qu'elle vaudra le triple sous peu. Après quelques réticences, le dindon de la farce finit par sortir le carnet de chèques, pour ne pas "encore une fois passer à côté d'une affaire". 

A mon humble avis, la critique est ici plutôt orientée sur certains acheteurs ou "suiveurs de mode" influençables que sur l'art lui-même. 

Si je vous raconte qu'un resto médiocre orienté "resto-bistrot à vins naturels" a rempli son agenda pour trois mois parce qu'il a été recommandé dès l'ouverture comme "ze new place to be" par B. Verjus et le Fooding, est-ce que je critique les faiseurs d'opinion (la réponse est oui, un peu), le concept même du bistrot à vins naturels, ou plus simplement surtout la foule de pseudo-branchés qui s'y précipite ventre à terre?

Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence. Mais peut-être que certains ont fait semblant de ne pas se sentir visés... 

 

 

* en passant, bonjour la profondeur de pensée, pour le coup. L'argument du "toi t'es qu'un décérébré qui regarde TF1", je le trouvais déjà recuit dans les joutes oratoires de post-boutonneux d'école d'ingénieurs "rebelles softs et révolutionnaires sans la sueur". Ce qui fait maintenant presque 10 ans, ça ne me rajeunit pas.

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Published by mixlamalice - dans Cinéma
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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 16:43

L'argumentaire est un peu limité, mais finalement assez frappant.

Et puis, pour une fois que la France est dans la catégorie "exemple à suivre" pour les US (pour quelque chose qui ne touche ni la bouffe ni le pinard), ne boudons pas notre plaisir patriotique.

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 13:50

Question probablement aussi vieille que l'association critique - artiste/artisan, relation humaine un peu équivalente au couple rémora - requin blanc. Question qui m'a déjà parfois tarabusté.

 

On peut s'en tirer simplement en décrétant qu'un critique n'est qu'un artiste frustré et est donc médiocre par nature, mais il n'y a sans doute guère que les artistes eux-mêmes médiocres qui y croient vraiment.

 

Certains considèrent probablement que nous sommes tous critiques en puissance, et qu'une position argumentée (ou pas, d'ailleurs) en vaut une autre. C'est tentant, mais un poil simpliste: la multiplication de sites d'"avis" en tous genres sur Internet montre les dérives potentielles d'une telle conception. L'avis du médecin est remis en cause par celui qui a lu doctissimo, l'analyse du sociologue remise en cause par le citoyen plein de bon sens, les travaux du climatologue contestés par Claude Allègre entre la poire et le fromage, etc.

Et puis, si l'avis de mon voisin de palier est de toute façon aussi pertinent que celui du critique professionnel, l'existence même d'une telle corporation devrait être remise en question, non?

 

Si ce n'est pas (encore tout à fait) le cas, c'est peut-être parce que le bon critique est quand même celui qui s'y connaît un peu, qui a une expertise dans le domaine? Qui maîtrise son sujet pour l'avoir pratiqué ou au moins étudié?

Pas sûr non plus: voyez Sainte-Beuve, écrivain (certes apparemment assez médiocre) et critique. Il méprisait Balzac, Stendhal, et encensait bon nombre d'auteurs dont tout le monde a depuis oublié l'existence. Cela est sans doute un peu court pour juger de sa qualité de critique, mais disons que ses goûts n'ont pas été ceux que la postérité a retenu, ce qui, quelque part, la fout un peu mal.

Dans un autre registre, je pourrais citer Claude Onesta, entraîneur de l'équipe de France de handball:  

"Je suis dégoûté par ces anciens joueurs qui n’ont eu ni le courage ni la capacité de devenir des entraîneurs ou des dirigeants. Il y a des spécialistes dans le sud-ouest, les Dugarry et Lizarazu qui sont devenus les experts en coups de scie. J’aurais aimé un jour que ces personnes s’essaient dans l’aventure du managérat pour qu’ils réalisent que ce n’est pas aussi simple qu’ils le disent."

De plus, où placer le curseur de la connaissance: pour parler bouffe, faut-il aimer fréquenter les restaurants, pratiquer la cuisine en amateur, cuisiner uniquement les meilleurs produits, avoir fait une école hôtelière, avoir travaillé chez un étoilé, être soi-même un étoilé?

On peut aussi peut-être reprocher aux vrais "spécialistes" d'être parfois trop dans l'analyse, et pas assez dans le ressenti "instinctif". Une bonne compréhension de la forme n'est pas forcément nécessaire à l'appréciation du fond d'une oeuvre.   Et penser que la critique "par les germanopratins pour les germanopratins" atteint vite ses limites (comme l'auto-sexualité).

 

Plus récemment, depuis l'explosion des so-called "réseaux sociaux", s'est développée une forme de critique basée avant tout sur la "réactivité". Peu importe d'avoir aimé ou pas, peu importe même d'avoir des choses pertinentes à raconter, le tout est d'être le premier à en causer, des fois que ça devienne à la mode. Un côté mécénat/parieur, mais sans les risques (un "buzz" au milieu de moult tentatives restées lettres mortes, et vous êtes catalogué dénicheur de talents).

C'est très très à la mode dans la critique gastronomique, à tel point qu'aujourd'hui, on parle du "nouveau resto que vous allez m'en dire des nouvelles" trois mois avant l'ouverture, histoire d'assurer le coup.

Cela peut présenter un intérêt, mais à mon humble avis, maîtriser la comm' et l'entregent n'est ni une condition nécessaire, ni suffisante. Il y a encore des gens qui ne choisissent pas ce qu'ils lisent ou où ils vont bouffer à un instant t parce que tout le monde en parle. 

 

Une condition qu'on peut penser nécessaire, à défaut de suffisante, est une certaine indépendance: peut-on être objectif quand on est dans l'affectif? Peut-on mordre sans arrière-pensée la main qui vous nourrit plus ou moins directement?

Des exemples récents montrent que c'est parfois difficile.

Des critiques gastronomiques "à l'ancienne" nous expliquent que ne jamais payer une note de restaurant et claquer dans le dos la majorité des chefs n'empêche pas la probité. Ok, mais on peut aussi douter que l'expérience ait quoi que ce soit de commun avec celle du client lambda. Et les justifications des uns et des autres (professionnels) me laissent, moi aussi, un peu sceptique.

Payer son addition ou éviter de partir en vacances avec l'écrivain dont on critique le dernier opus n'est pas synonyme de pertinence, mais je trouve ça plutôt mieux.

Dans quelle mesure cela reste possible dès que l'on exerce professionnellement (ne serait-ce qu'à cause de contraintes imposées par l'employeur), reste probablement une question épineuse... Mais dans tous les cas, un peu d'honnêteté ne fait pas de mal, et j'apprécie toujours quand on me dit qu'on n'a pas payé, qu'on a eu droit à un traitement de faveur, ou qu'on s'est arsouillé la veille avec l'artiste dont on parle.

 

Récemment, un journaliste me disait qu'un bon critique gastronomique, c'est un "palais". Sachant que seul le palais en question peut vraiment savoir qu'il en est un, ça laisse songeur. Je sais que je suis un bon critique, ergo je suis un bon critique. Et dire qu'on attaque les scientifiques pour le "peer-review": être évalué par soi-même c'est encore mieux que par ses pairs...

 

Autre question: de quoi doit-on parler pour être un bon critique? De ce qu'on a aimé uniquement (on peut espérer qu'il y ait suffisamment de matière)? N'étant pas du monde des Bisounours, je ne pense pas que cela soit nécessaire. Mais alors faut-il se laisser aller au dézinguage facile teinté de mauvaise foi, parce que c'est amusant et que la plume y est souvent moins terne?* Ou avoir une approche pédagogique, expliquer clairement les raisons d'un désamour, tout en, peut-être, donnant aux autres l'envie de s'y intéresser malgré tout: plus difficile, mais probablement plus enrichissant pour tout le monde. 

 

Bref. Voila plusieurs siècles que l'Humanité s'interroge sur une question aussi épineuse que fondamentalement inutile et étonnamment, je me trouve incapable d'apporter une réponse satisfaisante: comme la critique même, la notion de "bon critique" reste sans doute malheureusement très subjective. 

Alors, quelques exemples personnels: comme je l'ai déjà souligné, j'apprécie beaucoup, dans ce rôle, David Lodge, qui m'a appris quelques rudiments de théorie et d'histoire littéraire en évoquant des auteurs variés dont certains n'étaient probablement pas spécialement sa tasse de thé, a su me faire réfléchir sur des sujets auxquels je n'avais jamais pensés, et m'a fait connaître plusieurs écrivains anglo-saxons devenus majeurs pour moi (Martin Amis, entre autres).

Moins cérébral, j'ai bien aimé aussi les écrits de Nick Hornby dans The Believer, grâce auxquels j'ai découvert Mark Salzman.  

En littérature française, j'essaie de me maintenir à niveau grâce au blog de Pierre Assouline, que je fréquente moins maintenant, qui m'énervait parfois à l'époque, mais qui est globalement d'un bon niveau culturel et dont on sent bien, à mon sens, l'amour pour les lettres. 

Dans le cas des lettres, je privilégie donc plutôt les critiques écrivains, ou écrivains critiques, dont la double casquette apporte un éclairage à mon goût souvent pertinent.     

Dans les autres domaines auxquels je m'intéresse, moins de noms me viennent spontanément, mais j'apprécie généralement ceux qui valorisent la fonction de "passeur", qui m'apprennent des choses nouvelles ou font carburer mes neurones. Le cas de la gastronomie est un peu particulier, où le récit factuel d'une expérience peut, s'il est bien fait, avoir son intérêt (alors que si un critique de cinéma vous pond comme critique un basique résumé du film, vous allez vous sentir lésé).   

 

 

Peut-être est-il plus simple finalement de répondre à la question: qu'est-ce qu'un mauvais critique?

 

Si nous prenons l'exemple de la critique gastronomique professionnelle (ou de son pendant "amateur wannabe"), c'est assez facile:

- les "followers". Ceux qui se précipitent dans les adresses le plus vite possible dès le premier bruissement, sans être jamais les premiers. Contribuant à un "on ne prête qu'aux riches" critique, qui fait que pendant trois mois, on ne parle plus que d'un seul resto (parisien) sur tout le web. 

- les "leaders" qui, pour le rester, finissent par prendre quelques libertés avec la "déontologie" ou un peu le public pour des abrutis.

- ceux qui se regardent écrire. Suivant la mode de François Simon, il est de bon ton pour certains de ne jamais vraiment savoir ce qu'ils pensent d'une adresse, la critique étant avant tout un moyen de se prendre pour le Victor Hugo de la tête de veau (François Simon, quoique parfois horripilant, a le mérite de, pour de vrai, généralement pas trop mal écrire, d'être souvent en avance sur les adresses à la mode, et de suivre à peu près son propre agenda).

- ceux qui, visiblement, ne connaissent rien à la bouffe. Muni d'une licence de journalisme, ils se sont retrouvés chroniqueurs gastronomiques comme ils auraient pu être affectés aux vols de sacs à main. Ils affectionnent les expressions passe-partout de type "les saveurs explosent en bouche" et autres "merveilleuse alliance des goûts et des textures". Les moins ineptes rajoutent un vernis de culture (maîtrise des producteurs les plus connus - typiquement Desnoyers, Bordier, Poujauran, Thiébault - des trois étoiles français, et des figures de proue de la bistronomie), les autres pensent que Mouton-Cadet est un bon vin, et traitent sur le même mode l'Astrance et la crêperie de la rue d'Odessa. 

- ceux qui semblent parler de restaurants choisis totalement au hasard: certes, un peu de diversité ne nuit pas (voir plus haut), mais avec 11000 restaurants à Paris, la critique du boui-boui de quartier PMU ou du énième "bistrot-brasserie" à carte interchangeable type tartare-frites salade landaise et vins richard ne m'intéresse a priori pas vraiment.

- ceux qui, bien qu'ils s'en défendent, n'aiment de fait qu'un seul type d'adresse et contribuent à l'uniformisation de l'offre. 

- ceux qui clament un peu trop fort leur indépendance quand ils claquent la bise à la moitié des chefs de Paris et passent leurs soirées à des dîners de presse.

- ceux dont les critiques sont un vaste annuaire sans valeur ajoutée, sans avis même parfois: à quoi bon chroniquer 5000 restaurants sur les 11000 parisiens, quand le lecteur moyen va, j'imagine, entre 5 et 20 fois par an au resto?

- ceux qui, au contraire, à l'américaine (leur amour des "stats", probablement), veulent croire ou faire croire à un système de notation infaillible et purement objectif, notant au dixième de point des restos ou des pinards. Ou se drapent dans leurs connaissances pour se poser en censeurs définitifs (oui mais moi j'ai bouffé des ramens à Tokyo pendant 3 semaines alors tare ta gueule). 

...

 

(un petit billet de Doc aborde, en partie, aussi la question).

 

 

* Je pratique, mais je ne suis pas payé pour le faire...

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Published by mixlamalice - dans Autour de la gastronomie
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