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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 08:50

Quelques jours avant Noël, nous avons dîné chez J-F. Piège, j'entends à sa table gastronomique ouverte fin octobre, au-dessus de la brasserie Thoumieux, reprise il y a déjà quelques temps par le chef et l'un des Costes*.

 

Piège est l'ancien second de Ducasse au Plaza Athénée, recruté ensuite par le Crillon pour amener 3 étoiles à leur restaurant "les Ambassadeurs". Celle-ci n'étant jamais arrivée, 2 étoiles et quelques années plus tard, je ne sais qui a arrêté les frais le premier, mais Piège a quitté le Crillon, pour un petit break, avant de récupérer l'historique brasserie Thoumieux dans le 7ème, au 79 de la rue Saint-Dominique (appelée également, dans le milieu de la gastronomie, la rue Christian Constant), pour en faire un endroit branché et moderne avec l'aide d'un spécialiste du genre, T. Costes. Le résultat est, du point de vue de la critique, mitigé, mais le succès semble au rendez-vous.

Paraît-il réputé pour une gestion "à la baguette" de ses brigades, on l'a aussi vu juré chez Top Chef, avec entre autres G. Arabian, T. Marx, et le susmentionné C. Constant.

 

Après plusieurs mois de travaux et un peu de retard, Piège a finalement ouvert, au-dessus de la brasserie, une table gastronomique minimaliste (environ 20 couverts, ouverture le soir en semaine uniquement).

Ce qui aurait me semble-t-il pu être un évènement dans le microcosme, est finalement resté assez discret, même si l'Express, le Figaroscope et quelques blogueurs y sont allés (yawye notamment, puisque c'est sa critique qui m'a donné envie de m'y rendre).

Il faut dire qu'à l'époque on dissertait surtout pour savoir si Saturne était le meilleur nouveau bistrot du monde, et si le Dauphin pas encore ouvert était le futur meilleur nouveau bistrot du monde, ou en tout cas le plus beau.

 

Bref, réservation prise fin novembre pour le 20 décembre, et le jour J nous y voila.

On accède au resto par ce qui ressemble à une entrée d'immeuble à côté de la brasserie proprement dite, annoncés par une "physio" via son oreillette. Ca se la pète un peu, mais une fois montées les quelques marches on s'occupe de nous plus sobrement. Il y a une sorte de hall, avec le vestiaire et sur le côté le coin toilettes, puis on accède à la salle proprement dite, qui donne dans le style "salon privé": déco rétro-kitsch, ambiance relax (lumières tamisées, musique type Paris-Dernière avec reprises décalées de standards pop-rock), et cuisine semi-ouverte au fond.

 

Dans l'ensemble, c'est plutôt sympa et assez réussi, mais je ne peux m'empêcher de trouver que c'est un peu "on the edge": la frontière entre le génial et le ridicule est ici très très fine. La déco a de la gueule, mais certains fauteuils recouverts de tapis "panthère" sont un peu too much, comme la corbeille à pain en métal qui prend la moitié de la table. Les dits fauteuils sont d'ailleurs plus confortables pour s'affaler "comme chez les potes" que pour manger dans un gastro.

 

En gros, tout est comme ça, à la limite, même la cuisine.

 

Ce qui m'a donné envie d'y aller, c'est le "concept", appelé "règle du Je(u)": amuse-bouches, fromages et desserts "imposés". Pour le reste, 5 ou 6 produits au choix. Vous pouvez en choisir 1 (70 euros), 2 (90) ou 3 (115), qui constitueront chacun l'ingrédient principal d'un plat. Nous avons opté pour 2 ingrédients, histoire de faire "entrée plat".

Les ingrédients de ce soir: noix de saint-jacques de plongée, poularde de la cour d'Armoise pour Priscilla. Langoustines vivantes et ris de veau pour moi. Il y avait aussi bar de ligne et caviar oscietre (20 euros de supplément).   

 

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Les "grignotages" sont ludiques, jolis et bons: un acra de morue délicieusement fondant, une "moule-frite", un "jambon-beurre"...

 

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Les saint-jacques sont superbes, maousses, servies crues avec un velouté de cresson. Le velouté fait cuire légèrement les saint-jacques à la minute, ce qui change un peu texture et goût au fur et à mesure de la dégustation: chouette. Priscilla se régale, va jusqu'à dire que ce sont les meilleures qu'elle a mangées, je trouve que le cresson "flingue" un peu les goût des saint-jacques.

C'est assez similaire avec mes langoustines, accompagnées d'une sauce puissante à base de curry et trop salée pour moi. On trouve également dans le plat une présence assez incongrue: une tranche de foie gras poêlé enrobée d'une feuille de chou. C'est très bon, mais je ne comprends pas l'intérêt vis-à-vis des langoustines censées être la "star" du plat et qui se trouvent du coup bien en retrait.

Les plats principaux sont aussi très riches: la poularde est en deux morceaux, l'un rôti et l'autre plus confit, accompagnés d'un jus de cuisson. Le ris de veau est lui assez gras, et également accompagné d'un jus dense et puissant, encore une fois presque trop salé. Le tout servi avec de l'endive au vieux comté, ce que je ne trouve pas très excitant.

 

Les fromages sont très bons (un chèvre cendré, un bleu à pâte dure dont le nom m'échappe, du vieux comté et un munster musclé): pour une fois, ils ne viennent pas de chez Quatrehomme, mais d'un affineur toulousain.

 

On retourne pour les desserts à cette cuisine si virile qui semble caractériser Piège: des bugnes, très bonnes, mais dont on sent un peu trop qu'elles sont là pour affirmer "je joue sans complexes avec les codes du gastro". Un dessert au chocolat musclé, et heureusement, quelques fruits à picorer pour souffler.

 

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Question virilité, entre les sauces et jus réduits de partout, la matière grasse à profusion, les baguettes individuels "big 10 inches" et les carafes à vin gigantesques odes à la masculinité, on est servi, mais je préfère, dans la haute cuisine, quand il y a un petit côté féminin, un peu de légèreté et de subtilité... Sinon, je vais manger une andouillette.

 

La carte des vins est pléthorique et apte à faire pleurer de joie le connaisseur, avec des coefficients qui m'ont semblé raisonnables. J'ai juste regretté juste que les bouteilles à moins de 100 euros se comptent sur les doigts de la main, parce que personnellement je n'aime pas mettre trois fois le prix d'un menu dans une bouteille. Je choisis un Aloxe-Corton Tollot-Beaut 2007 (les Vercots si je ne m'abuse) à 78 euros, qui nous a beaucoup plus et se mariera correctement avec tout le repas. 

 

Le service, jeune, est comme le reste: parfois super sympa et ultra-compétent, et à d'autres moments bizarrement oublieux, désinvolte voire familier...

 

Quant à Piège, il est là, vérifie les assiettes, assaisonne, dresse, et vient même en salle raper un peu de truffe par-ci ou servir un dessert par là, sans que ça tourne du tout au one-man-show, au contraire. Bon esprit, on apprécie.

 

Bref, ce fut un bon moment, mais pas la claque gustative que j'attendais. Je m'attendais à beaucoup de finesse et j'ai eu l'impression de goûter au contraire une cuisine basée sur des produits d'exception mais très conservatrice à la Escoffier, dans un cadre et une ambiance qui m'ont laissé un peu perplexe. J'aimerais bien lire d'autres avis sur la question...

 

 

 

* pour mes lecteurs non-parisiens, la galaxie Costes compte une quarantaine d'établissements à Paris et ailleurs, tous dans un style loungeo-pipolo-branchesque, avec serveurs mannequins, déco de malade à la P. Starck, et prix prohibitifs pour manger du Picard.

 

** Update, même jour, ~14h. Désolé, j'avais confondu Master Chef (la daube de TF1 avec Camdeborde et Anton) avec Top Chef (le bourguignon de M6, avec donc Piège et Constant)... j'ai du coup changé le titre et le texte accordingly. Toutes mes confuses.

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Published by mixlamalice - dans Restos
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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 13:18

Lorsque vous êtes brisés mentalement, le remède miracle: de la bonne musique, un clip original, frais, et bien réalisé.

A écouter et visionner avec modération, mais normalement très efficace.

 

 

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Published by mixlamalice - dans Musique
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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 09:58

J'aurais pu aussi appeler ça 72h chrono.

 

Le temps qu'on a passé pour écrire une "ANR", avec mes ex-collègues.

 

L'ANR, ou Agence Nationale de la Recherche, c'est ce qui est rapidement devenu le juge de paix de la recherche française, l'un des seuls moyens d'obtenir des financements conséquents sur de longues périodes avec les projets européens. Si l'on est expérimentateur et qu'on a besoin d'autre chose que d'un bac à eau et de scotch pour ses manipes, il est quasi-obligatoire de se faire financer par l'ANR, ou au moins d'essayer tous les ans. 

Ca se veut l'équivalent de la NSF: l'ANR fait des appels à projets, thématiques ou blancs, des chercheurs écrivent les projets et les soumettent, d'autres chercheurs les expertisent, un comité centralise, puis choisit en fonction de ça les projets retenus et enfin distribue le pognon (de l'ordre de 500 millions d'euros au total, si je me souviens bien).

En vrai, la communauté scientifique française étant beaucoup plus réduite que l'américaine, le biais principal dans notre version me semble être que quasiment tout le monde, en tout cas ceux des chercheurs qui obtiennent des financements, est à la fois juge ("expert scientifique pour l'ANR") et partie ("participant à des projets soumis à l'expertise de l'ANR en vue d'obtenir des financements"). Pour conclure, l'écriture de projets pour dépôts à l'ANR est ce qui occupe désormais la majorité des chercheurs français permanents au bas mot deux mois sur douze.   

Mais bref, c'est comme ça.

 

Pour revenir à mes moutons, c'est à dire à mon projet, dont je vous disais qu'on l'a pondu en trois jours. J'exagère un peu, puisque le "plan" scientifique et la biblio avaient été bien dégrossis: travail miraculeusement accompli en décembre, peu après la parution du calendrier des appels d'offre.

Mais le reste du dossier de 40 pages, son volet administratif, ses hommes/mois, ses tâches à t0+12 mois ("calendrier des livrables", avec "livrables" et "jalons"), ses demandes de financement, la "stratégie de valorisation", etc, nous a fait vivre 3 belles journées (et soirées) en début de semaine dernière.

L'apothéose étant le mercredi, avec, en gros et pour les quatre rédacteurs principaux, un petit 9h30-20h30, puis 22h30-1h, et jeudi matin avant d'envoyer 9h-11h30, à écrire, corriger, s'envoyer des mails toutes les demi-heures, relire, réécrire, discuter, faire des tableaux, se téléphoner... Un peu chercheurs, un peu comptables, un peu managers, un peu administratifs, un peu tout en fait.

 

Nous avons finalement pu soumettre, royalement, 33 minutes avant la deadline.

Heureusement que nous avons pu compter sur l'abattage de la Chef, sa clarté d'esprit et sa capacité à bosser efficacement dans l'urgence. Je ne crois pas que nous autres, jeunes puceaux de l'ANR, y soyions arrivés sans elle.

Vous me direz qu'on aurait pu et du s'y prendre avant: je ne le nie pas, d'autant plus que je déteste travailler à la dernière minute quand je peux faire autrement. Cela dit, de ce que j'ai vu, c'est une conduite assez généralisée, notamment parce que tous les appels d'offre tombent un peu en même temps.

 

Bref, si ça passe (ce qui est peu probable, puisque le taux de réussite moyen est de l'ordre, je crois, de 10-20%, mais possible puisque les autres partenaires du "consortium" ont un taux plus élevé que la moyenne), ça me donnera droit à un post-doc de deux ans, et quelques dizaines de milliers d'euros pour monter une manipe, acheter des produits, et voyager pendant les 4 ans du projet.

 

 

 

 

J'ai depuis appris qu'il aurait en fait fallu que je contacte en amont la direction de la recherche de mon Institut, pour qu'ils donnent leur aval en m'aidant à remplir une "fiche d'analyse économique". J'aurais aussi du obtenir une autorisation du secrétaire général de l'Ecole*, tout ça pour une demande de financement d'un "projet de recherches", qui a environ 10% de chances d'aboutir: je savais que j'aurais du occuper intelligemment ces 27 minutes de battement entre soumission et date limite. Comme je n'ai pas fait tout ça, peut-être refuseront-ils d'accepter les 10000 euros de l'ANR (la part qui revient à l'Institut sur la demande de budget) si par miracle elle est acceptée?

Je vous rassure, ceci est totalement propre à mon lieu de travail, un peu comme les fiches prévisionnelles d'enseignement: parce que la procédure ANR est assez codifiée elle-même et ne laisse pas trop place à l'improvisation.

A force de trop vouloir prévoir et contrôler, même si ça part d'une intention louable consistant à assainir une situation financière délicate, j'ai l'impression que dans l'immédiat, on n'avance pas vraiment plus qu'avant... 

 

 

 

* l'Institut étant, depuis septembre 2010, divisé en deux écoles comprenant chacune une dizaine de départements, eux-mêmes subdivisés en laboratoires pour la recherche et en équipes pédagogiques pour l'enseignement, ce qui a nettement simplifié les choses en permettant d'avoir désormais 43 interlocuteurs privilégiés possibles -qui, vu que les statuts ont changé il y a quatre mois, ignorent encore souvent qu'ils le sont- selon la situation.

C'est d'ailleurs en voulant poliment prévenir la direction du département que j'avais fait une demande (demande qui, comme son nom l'indique, n'engage personne à rien, hein) que j'apprends tout ça par retour de mail: "Nous avons par ailleurs adressé le 6 avril 2010 un mail aux directeurs de pôles,  secrétaires généraux et référents recherche rappelant les modalités de cette procédure".

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 18:16

Il n'y a pas qu'en France que nos pronostiqueurs sportifs en chef sont nuls à chier.

Et au moins chez nous, ils n'alignent pas les ratiocinations d'avant-match de 40 lignes pour justifier leur choix, qui démontrent s'il en était besoin par A + B que ça ou un bon vieux flip coin, c'est pareil.

 

Une preuve ici, chez Bill Simmons qui avait déjà suscité mon admiration il y a quelques temps (tel un lapin dans les phares, je ne peux m'empêcher de continuer à lire ses chroniques, ne serait-ce que parce qu'elles sont tellement longues qu'elles sont hautement chronophages):

http://sports.espn.go.com/espn/page2/story?page=simmonsnfl2010/playoffs/round2&sportCat=nfl

 

Bilan: une belle connaissance du jeu, de son historie, des joueurs, de leurs histoires de fesses, de la forme du moment, de la tactique des coachs, du sens du vent et de l'alignement des astres, et 1 seul bon résultat sur 4.

Et encore, ça s'est joué à peu (quelques décisions arbitrales contestables dans le money-time).

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 11:43

Je suis en train de lire les Mystères du Peuple, d'Eugène Sue.

Sue est un romancier français, un poil tombé en désuétude, dont les romans-feuilletons étaient d'énormes succès entre 1840 et 1850. Il fut, comme Hugo, impliqué dans la vie politique (député socialiste), et les Mystères de Paris ont probablement, dans une certaine mesure, influencé les Misérables.

 

Les Mystères de Paris, le plus connu de ses romans, et ayant eu à l'époque de sa sortie un succès au moins équivalent à celui des Trois Mousquetaires, possédait, quand je l'ai lu, un charme certain, malgré les défauts inhérents au roman-feuilleton (suspense de bas de page, digressions oiseuses parce qu'on était payé à la page, grosses ficelles narratives, etc).

On pouvait aussi reprocher un certain manichéïsme (les gentils feraient passer Zorro et l'abbé Pierre pour des marchands de sommeil pédophiles, et les méchants Ben Ali et Francis Heaulme pour des enfants de choeur) à côté duquel l'oeuvre d'Hugo est un modèle de subtilité.

Cependant la galerie de personnages est attachante, les aventures prenantes, et la description des bas-fonds parisiens avant Haussmann est délectable (Sue a joué pour son roman au journaliste de terrain).

 

Bon, je trouve pour l'instant que les Mystères du Peuple, roman inachevé écrit dix ans après et retraçant aux travers des siècles la vie d'une famille de prolétaires, est moins prenant, et, si la chose est possible, plus caricatural. Quoique bien documentée d'un point de vue historique, l'analyse politique, qui prend malheureusement le pas sur le côté romanesque, est assez simpliste, même si à l'époque elle était novatrice et dénonciatrice (le roman a été censuré et mis à l'index par le clergé, Sue contraint à l'exil par Napoléon 3): on croirait lire un Zemmour de gauche. Certes, Eugène a au moins l'excuse d'avoir écrit ça il y a 150 ans, mais tout de même.

 

On peut toutefois retenir l'une des thèses centrales de l'ouvrage: "Il n’est pas une réforme religieuse, politique ou sociale, que nos pères n’aient été forcés de conquérir de siècle en siècle, au prix de leur sang, par l’insurrection".

Thèse, qui, notamment illustrée par la description des insurrections de 1848 ayant conduit à la chute de Louis-Philippe 1er et à la proclamation de la 2nde République, fait diablement écho à la situation tunisienne:  

 

"Un immense flot de peuple, toujours grossissant, accompagnait et précédait ces sinistres clartés. Les clameurs devenaient de plus en plus terrible. On distinguait parfois, dominant le tumulte, les cris: - Aux armes! Vengeance! A ces cris répondaient des exclamations d'horreur. "

 

"-Assez de tueurs de peuples! Vive la République!"

 

"Le combat a cessé depuis quelques temps. Le fils du marchand a apporté la nouvelle que le roi et la famille royale sont en fuite, que les troupes fraternisent avec le peuple, que la Chambre des députés est dissoute, et qu'un gouvernement provisoire est établi à l'Hôtel de Ville".

 

On sent les mêmes espoirs pour le futur: "c'est l'inauguration de notre République, loyale et généreuse, elle appelle à un pacte solennel d'oubli, de pardon, de concorde, juré sur les cendres des derniers martyrs de nos libertés. Partout la liberté s'éveille: union, fraternité des peuples, travail, industrie...".

 

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/monde/afrique/les-dernieres-photos-de-lucas-mebrouk-dolega_952931.html

 

 

Hélas, tout optimiste qu'on soit, on ne peut s'empêcher d'être plus circonspect quand on pense au coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte, 4 ans plus tard.

Ou, encore plus, quand, connaissant l'Histoire du 20ème siècle, on lit ceci, quelques lignes plus bas: "l'Humanité marche toujours vers le progrès, parfois lentement, mais jamais elle n'a fait un pas en arrière".

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 16:21

Notre Président, devant les ouvriers d'Airbus, le 13 janvier:

 

«Cela (la réforme des retraites, NdMix) veut dire travailler deux ans de plus sans gagner plus».

Il me semble déceler là une différence subtile par rapport au fameux slogan de 2007, mais où?

 

http://elysee.blog.lemonde.fr/2011/01/13/sarkozy-se-vante-davoir-refuse-tout-coup-de-pouce-au-smic-depuis-2007/

 

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 09:30

Parlons un peu pognon dans l'enseignement supérieur, pour changer. Sans que ça soit à mon sens la chose la plus importante du monde, je ne renie pas un certain intérêt pour l'oseille, ne serait-ce que pour me permettre de faire les choses qui me plaisent et qui ne sont pas données (voyages, gastronomie, biens culturels, etc).

Et puis, c'est aussi l'occasion de clarifier un peu les choses, de recenser les coups fourrés, et qui sait peut-être tordre un peu le cou à certaines idées reçues.

 

Donc, depuis 2009, existe une loi Pécresse pour revaloriser les carrières des enseignants-chercheurs.

Quelles en sont les modalités?

 

Petit rappel: le salaire d'un maître de conférences est calculé sur la base d'échelons. A un échelon correspond un indice, à cet indice correspond un salaire brut. On passe d'un échelon à l'autre uniquement par ancienneté, tous les 2 ans et 10 mois la plupart du temps. Il y a, pour les maîtres de conférences, 9 échelons.

Les p"romotions au mérite" (le mot est un peu tabou dans la fonction publique mais ça existe) se font par changement de corps (passage de maître de conférences à Prof., puis éventuellement à Prof. classe exceptionnelle, qui n'est pas vraiment un corps à part, mais dont le passage se fait je crois par demande et examen devant une commission).

 

Dans l'esprit, cela n'a pas changé.

 

Dans le détail, plusieurs choses ont évolué, et tout est à peu près expliqué ici, parfois pas très clairement.

En résumé:

- l'échelon 1 (équivalent stagiaire, traitement brut hors primes de 25000 euros/annuel) a été raccourci de 24 à 12 mois.

- désormais, comme me semble-t-il au CNRS, quasiment toutes les années d'ancienneté depuis la thèse comptent dans l'établissement de l'échelon d'embaûche, dans la limite de six ans et huit mois (reclassement maximal au début de l'échelon 4). 

Auparavant, seule la dernière expérience de recherche comptait, et encore pas toujours. Donc on ne pouvait au mieux qu'être embauché au deuxième échelon (brut hors primes de 28000 euros).

En clair, aujourd'hui, de facto, l'échelon 1 n'existe plus: un thésard non moniteur recruté directement après sa thèse (cas minimal) commencera à l'échelon 2.

Un thésard moniteur recruté directement après sa thèse commencera à l'échelon 2, avec 2 ans d'ancienneté, donc passera à l'échelon 3 à la fin de sa première année (thèse + monitorats comptabilisée pour 3 ans, thèse sans monitorats comptabilisée pour 1 an, ne me demandez pas pourquoi, ni comment les vacataires sont considérés).

Les années de post-doc ou d'ATER rentrent en jeu également, du coup. 

tableaueffetspositifs 101376 1285150628Il y a quand même des choses pas claires dans ce tableau explicatif, notamment pourquoi l'exemple 4 est mieux payé que l'exemple 3... if I do my maths right, ils devraient être au même niveau (5 ans d'ancienneté dans les deux cas, échelon 3 avec 1 an et deux mois d'ancienneté: il y a peut-être une spécificité dans la comptabilisation des ATER qui m'a échappé).

 

Dans les faits, quand on est nommé, on est payé à l'échelon 1 par défaut. Au bout de quelques semaines, on reçoit une autorisation de demande de reclassement, avec un dossier à fournir (dans la limite d'un an). Dans ce dossier, on demande principalement les contrats de travail et attestations de l'employeur, soyez prévenus et rangez-les précieusement dans une pochette que vous ne mettrez pas deux ans à retrouver. Avec tous les documents traduits en français par un traducteur assermenté à 50 euros la page minimum, que ce soit de l'anglais ou de l'ouzbek, soyez prévenus aussi. Le dossier est ensuite traité par l'administration et éventuellement ratifié par le conseil scientifique de l'établissement, qui, dans le cas des nouveaux embauchés en tout cas, ne se pose pas trop de questions (on reparlera des embauchés avant la réforme plus tard).

 

Bref, en ce qui me concerne: quasiment tout m'a été compté en intégralité, même (et surtout) mon post-doc à l'étranger, à part bien sûr mes 3 mois de non-emploi et une broutille de contrat "rédaction de thèse-caisse noire du chef" de deux mois compté à mi-temps uniquement. Je me suis donc retrouvé embauché avec une ancienneté de 5 ans, 6 mois et 14 jours très précisément (3 ans pour la thèse + monitorats, 1 an 11 mois et 14 jours pour mon post-doc aux US, 6 mois pour mon post-doc "passage de concours", et 1 mois pour mon contrat transitoire entre la thèse et le post-doc).

Ainsi, je suis reclassé (avec effet rétroactif à compter du 1er septembre 2010, date d'embauche) à l'échelon 3, avec une ancienneté de 1 an, 8 mois et 14 jours (1er échelon: 1 an, 2ème échelon: 2 ans et 10 mois, 3ème échelon: idem): je passerai donc à l'échelon 4 en octobre-novembre 2011.

 

 

Question salaire, où cela me place-t-il?

 

Voici la grille pour 2010-2011.

 

Image2.pngLe traitement annuel brut en ce qui me concerne est donc de 31300 euros. Si on rajoute les indemnités de logement (presque 70 euros à Paris car les loyers y sont chers, youhou) et de transport, et la "prime de base" qui correspond à un demi-treizième mois (1200 euros brut annuels), on arrive en gros à 34000 euros/brut annuel.

D'ici moins d'un an, mon traitement annuel brut "de base", donc sans compter autre chose que les primes et indemnisations "obligatoires", sera de 37000 euros/brut annuel.

 

Pour mes lecteurs banquiers, avant de rigoler, faisons une comparaison.

La plupart de mes collègues ingénieurs-docteurs embauchés dans des centres de recherche du privé après leur thèse ou un an de post-doc ont été embauchés autour de 40000 euros/brut, parfois un peu moins, tout compris.

Disons que, autant que je sache, la plupart d'entre eux qui sont restés dans la recherche industrielle ont une rémunération aujourd'hui entre 40000 et 45000 euros. 50000 peut-être pour ceux qui bossent chez Total ou d'autres grosses boîtes qui chouchoutent leurs cadres, et pour ceux qui se sont réorientés plus vers la production (mais ceux-là bossent dans l'Oise ou en Normandie, on ne peut pas tout avoir).

Bref, en France, le technique ne paye pas vraiment, mais c'est une autre question, plus vaste, et qui ne date pas d'aujourd'hui.

My point, ici, c'est que mon salaire est 20 à 30% inférieur à un salaire pour un job équivalent dans le privé, ce qui ne me semble pas choquant pour une différence public-privé, en France ou ailleurs (mon chef ricain se lamentait de temps à autre sur son salaire d'embauche de 70000$ - sur 9 mois du reste- quand il aurait pu espérer 100000 dans le privé).

 

Donc, de ce point de vue là et malgré mon gauchisme latent, c'est plutôt une bonne mesure, puisqu'avant cette réforme, avec une embauche à l'échelon 2 au mieux, on avait plutôt une différence de 50%. 

D'autant que nos salaires augmentent, en tout cas au début, de presque 10% tous les 3 ans, ce qui est loin d'être le cas dans l'industrie où, à moins d'avoir une vraie promotion, on tourne, d'après mes sources, plutôt autour de 1%/an.

 

Je pourrais également parler aussi de la volonté de favoriser l'"excellence" (whatever that means) avec la multiplication de primes diverses et variées en tout genre, qui peuvent mettre du beurre dans les épinards à hauteur de quelques milliers d'euros pour les sujets les plus brillants ou les mieux au fait de la magouille politique.

Et des heures supplémentaires, bien payées (environ 40 euros/heures) et défiscalisées, même s'il est déconseillé d'en faire trop dans l'optique de garder une activité de recherche honorable, élément essentiel de notre métier puisque quasiment seul pris en compte pour la promotion au poste de Professeur.

Quoi qu'il en soit, à 20-30% de différence entre public et privé, on peut me semble-t-il à nouveau espérer faire venir des gens compétents, passionnés par le métier et intéressés par le service public par une liberté d'(e non-)action plus grande que dans le privé. A plus de 50%, ça commençait à devenir très discutable: même si le pognon n'est pas l'élément moteur dans le choix de cette carrière, il ne faut pas pousser. Perdre 5000 euros/brut annuel en passant de post-doc à enseignant-chercheur, ou encadrer un thésard gagnant la même chose, c'était pour beaucoup un peu dur à supporter.

 

Parlons maintenant des points négatifs: car il y en a, et des gros, malgré une communication gouvernementale comme toujours prompte à l'autosatisfaction. 

 

- Le problème des "inversés de carrière". Ces personnes, typiquement mon collègue de bureau, qui ont été embauchées avant moi (dans son cas 3 ans avant) ou plus généralement avant 2009 et qui se retrouvent moins bien payés (dans son cas toujours, nous sommes au même échelon, mais j'ai six mois d'"ancienneté" de plus que lui). On me dira que dans le privé des situations équivalentes sont monnaie courante, ne serait-ce que parce machin a mieux négocié son salaire d'embauche que truc, et que dans le cadre d'une réforme il y a toujours des victimes, mais je crois que ça a fait des vagues. En plus de foutre une ambiance pas géniale entre certains collègues, il semble que ça soit, dans le cas de la fonction publique, pas très légal.

Bref, une mesure faite à la va-vite, comme si personne ne s'était rendu compte du foutoir des conséquences que des modalités floues allaient créer. 

Après moult tractations, et pour éviter que l'Etat ne se ruine à rembourser tous les perdants, la règle est la suivante, et ne me demandez pas pourquoi: prise en compte des états de service avant nomination, mais décompte d'un an maximum pour la durée entre la nomination et le 1er septembre 2009.

Ainsi, ceux nommés en 2008 ont été reclassés pile poil mais ont perdu un an correspondant au 1er échelon passé de 2 à 1 an.

Ceux nommés en 2007 ont perdu 2 ans.

Et pour ceux nommés en 2006, à moins d'avoir fait 4 ans de post-doc et une thèse avec monitorats, ça ne valait pas le coup de faire un dossier (et encore c'était pour gagner probablement six mois au mieux). Quant à ceux nommés en 2005 ou avant, ne vous donnez pas la peine de remplir un dossier, si ce n'est déjà fait. Ceux qui ont essayé se sont vus proposer une offre de reclassement à l'échelon 2 alors qu'ils étaient déjà arrivés à l'échelon 3 ou 4 voire au-delà, la plupart ont donc refusé l'offre. 

Je crois que ce point n'est pas encore accepté par beaucoup, notamment un collectif qui est actuellement en procès contre l'Etat: voir les détails ici.

 

- Deuxième problème, qui lui, me touche. En tant qu'homme contemporain bien dans ses baskets et dans son égoïsme, les problèmes ne m'intéressent que si ils me touchent de près.

Cette nouvelle loi, pour faire simple, a consisté à supprimer les deux premiers échelons: vu qu'il faut, dans quasiment toutes les sections (en sciences dures en tout cas), au moins deux ans de post-doc pour décrocher un poste de MC, presque tout le monde commence à l'échelon 3 ou s'y retrouve moins d'un an après nomination. 

Mais cette loi a aussi permis de ne pas toucher aux échelons du haut: revaloriser tout le monde aurait sans doute coûté trop cher. Ca, on s'est bien gardé d'en faire la comm'.

Bref, pour continuer sur mon cas, avec cette réforme: si je ne passe jamais Prof., éventualité à prendre en compte puisque seulement 1/3 des maîtres de conférences le devient un jour (ils veulent faire passer le ratio de 1/3 à 3/5, à moyen terme, ce qui je pense ne changera pas grand chose), j'atteindrai l'échelon (et donc le salaire) maximal à 46 ans. Ce qui me laissera 20 ans de carrière au mieux pour voir mon pouvoir d'achat diminuer lentement mais sûrement (la revalorisation du point d'indice étant toujours largement inférieure à l'inflation: par exemple, gel du point d'indice pour les fonctionnaires en 2011). Avec un salaire brut autour de 48000 euros.

A mon avis, au bout de 4-5 ans, pour éviter la frustration, on vous fait passer MC classe exceptionnelle, ce qui permet de grimper à nouveau quelques échelons, pendant 3 ans, jusqu'à un salaire brut d'environ 56000 euros.

Et puis voila, à 55 ans en comptant large, haut de l'échelle.  

Dans ce cas là, que faites-vous? J'imagine facilement: plus de recherche (puisque si l'on n'est pas passé Prof. à ce stade, ça ne sert à rien de s'acharner), et des heures sup' en enseignement. A hauteur d'un double service, on peut gagner dans les 7000-8000 euros supplémentaires. Ainsi que des commissions machins, des charges administratives truc, etc etc, parce qu'il faut bien s'occuper. Et puis, des vacances qui correspondent aux vacances scolaires, puisque de toute façon il n'y a aucun contrôle.

 

 

Pour conclure:

les débuts de carrière des enseignants-chercheurs ont été plutôt bien revalorisés et peuvent contribuer à redonner un certain attrait au job. En revanche, les "fins de carrière" risquent de s'avérer longues et fastidieuses pour une grande part d'entre nous, sans bâton certes mais aussi sans carotte. J'imagine que ce sera le bon moment pour refaire une charge à la Christian Jacob sur l'utilité des contrats à vie chez les fonctionnaires (sans jamais rediscuter par contre des conditions salariales).

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 17:39

Depuis quelques années visiblement, on demande aux enseignants-chercheurs de mon honorable institution de remplir une fiche d'activités prévisionnelle concernant les enseignements et autres activités administratives pouvant faire l'objet d'une équivalence en heures enseignées, statutaires (à hauteur de 192h "équivalent TDs") ou complémentaires (voire en primes).

 

Je peux imaginer un certain nombre d'avantages à cette façon de procéder:

- depuis l'autonomie, les facs et autres établissements d'enseignement supérieur sont censés gérer leur budget à peu près comme elles le veulent. Surtout comme elles le peuvent d'ailleurs, notamment en ce qui concerne leur déficit. Il y a plusieurs rumeurs (dont j'ignore le degré de véracité mais que j'ai entendu de plusieurs sources) qui courent dans le milieu de personnels qui auraient failli ne pas être payés en fin d'année dernière, dans certaines Universités en proie à des difficultés financières.

Bref, avoir une idée un peu à l'avance du nombre d'heures complémentaires qu'il va falloir payer peut être bienvenu.

- le fait qu'il y ait une vérification un peu plus poussée qu'au bon vieux temps où les crédits étaient sans fin (au moins pour le paiement des enseignements) devrait permettre aussi, en théorie, d'éviter que certains enseignants-chercheurs, majoritairement de la vieille école, ne se gavent en se comptant par exemple 120h de cours pour une UE valant six crédits d'enseignements (c'est à dire représentant 60h de présence devant les élèves, soit au grand maximum pour l'enseignant 80h équivalents TDs, en comptant 40h de cours magistral - comptant 1,5 équivalent TD - et 20h de TPs-TDs).

- ça permet d'occuper une certaine catégorie de personnels administratifs qui auraient sans ça, eux aussi, du mal à justifier leur salaire et leur nombre.

 

Hélas.

 

Dans les faits:

- comme des règles ultra-strictes ont été posées sur des fondations, notamment en ce qui concerne la gestion des enseignements, qui elles sont restées, pour parler pudiquement, un bordel infâme*, on se retrouve, comme souvent, avec un système censé faciliter la vie qui en fin de compte vous la pourrit.

- déjà, tout le monde, du secrétaire général aux directeurs de départements en passant par les administratifs, jette un voile pudique sur ceux qui abusent réellement du système, parce que généralement ce sont des personnes trop haut placées ou trop proches de la retraite pour qu'on estime nécessaire de leur faire des remontrances.

- il y a aussi l'"inertie" des collègues en place depuis 20 ans, qui refusent de faire les choses proprement ou ne serait-ce que de lire la circulaire explicative (rébarbative mais pas mal faite), parce qu'"ils font comme ça depuis toujours et que ça n'avait jamais posé de problèmes", même si visiblement désormais ça en pose beaucoup.

- de toute façon, très rapidement on se rend compte que les vérifications portent quasi-uniquement sur la qualité du remplissage du tableau excel fourni: si vous cochez les bonnes cases et que vous arrivez aux totaux attendus par le personnel administratif, même si pour cela vous gonflez éhontément vos chiffres, personne ne vous posera la moindre question. Au contraire même, tout le monde sera content: "ah, enfin un tableau cohérent".

Si par contre, vous mettez le code de l'UE dans la case voisine de celle où il était attendu, si vous dépassez de trois heures le total "normal" d'une UE (s'il manque 10h au total d'une autre, que donc vous donnez visiblement gratos, on vous fera la remarque mais on insistera beaucoup moins pour que vous corrigiez), ou si les heures complémentaires sont indiquées dans la mauvaise colonne, même si leur total est correct, c'est le drame.

 

Oui, parce que c'est une fiche "prévisionnelle", mais qui doit visiblement être parfaitement exacte et conforme à la fiche "réalisée" que l'on doit compléter à la fin de l'année scolaire.

Gageure, car un certain nombre de nos enseignements n'ouvre que si le nombre d'inscrits est suffisant, nombre d'inscrits que bien sûr nous ne connaissons pas à la date où nous remplissons ces fiches prévisionnelles. Bref, si nous pouvons prédire la majorité des UEs par habitude, il en est quelques unes dont l'ouverture est chaque année très aléatoire: nous sommes de toute façon, ipso facto, bon an mal an, incapables de prédire notre charge d'enseignement avec une marge d'erreur inférieure à 20h.

Dans mon cas, il y a au deuxième semestre 8h de TPs et une dizaine d'heures de cours magistraux dont je ne sais toujours pas si je serai amené à les donner. Le deuxième semestre commence dans 6 semaines. 

Mais allez expliquer le concept de précision de la mesure (à quoi bon pinailler pour 2h sur une prévision quand le résultat final sera potentiellement différent d'au moins 15?) au personnel en charge d'analyser ces fiches...

 

Voila, ça fait donc deux fois que mon collègue est convoqué par l'administration, quant à moi ça fait trois fois en trois mois que je refais - c'est à dire que je déplace des chiffres et des lettres dans des colonnes - et antidate ma fiche (qui devait être remplie et signée par le directeur du département début novembre).

Du coup, ça me permet de rajouter en temps réel les impromptus (jury, surveillance d'exams) qui sont venus se greffer depuis la première version.

J'imagine que la fiche prévisionnelle, à ce rythme là (car à l'heure actuelle elle est encore dans les mains d'un service subalterne qui écrême les erreurs avant de l'envoyer au service du grand manitou), sera validée en mai. Comme ça on pourra direct enchaîner et remplir notre fiche réalisée.

Et nos heures sup' seront payées en 2012.

Et pendant ce temps là, la recherche avance.

 

 

 

 

* Nous pratiquons notamment beaucoup la formation continue, dont les modalités pratiques comme comptables ne sont pas vraiment gravées dans le marbre...

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 11:14

Dans le Courrier International du moment dédié à la "folie cuisine", que j'ai à peine eu le temps de feuilleter, un article sur les tendances horripilantes de la gastronomie moderne a attiré mon attention.

 

Il est écrit par un blogueur anglais, Simon Majumdar, et on peut lire la version intégrale et originale ici: http://www.guardian.co.uk/world/wordofmouth/2009/dec/29/worst-food-trends-decade

 

Voici un petit résumé (mal) traduit par mes soins (je n'ai pas accès à la version du Courrier) de ce top 10 à l'envers:

 

10. Les tics de présentation: je voudrais manger dans une assiette et pas dans une plaque d'argile dont on dirait qu'elle vient directement de Stonehenge. Je voudrais avoir la dose idoine de sauce et pas une virgule préparée avec le dos de la cuillère.

 

9. Les tapas: faire un repas entier à base de petits plats et tapas a l'air sympa au début, jusqu'à ce que l'addition arrive. Surtout avec des serveurs qui poussent à la consommation. Ah, et depuis quand tout accompagnement servi à part est un "tapas"?

 

8. Les morceaux "oubliés" à prix d'enfer: Il y a dix ans mon boucher me rajoutait généreusement de la poitrine de porc dans ma commande de la semaine parce qu'il ne voulait pas la jeter. Aujourd'hui on vous vend ça à prix d'or avec de la queue de boeuf sous le vocable "morceaux oubliés" (ça marche aussi avec les légumes, NdMix).

 

7. Les restos temporaires ou underground: aujourd'hui tout bon resto se doit d'avoir un concept. La mode en ce moment ce sont les restos temporaires où il faut se ruer pour avoir la chance d'apprécier le talent du chef, ou ceux qui se tiennent dans des appartements auxquels on accède par des portes dérobées avec un mot de passe, ce qui revient à aller dîner chez des amis en payant. Dire qu'à une époque, le seul concept, c'était d'être bon.

 

6. MasterChef: au départ, c'était un honorable divertissement pour le samedi après-midi. Maintenant il y a environ 15 versions, pour que chaque branche sociale puisse expliquer au jury à quel point il a appris de son "incroyable expérience".

 

5. La cuisine moléculaire: Je comprends qu'on puisse être fan de ce que font Adria ou Blumenthal. Mais sachant qu'un appareil pour faire de la mousse coûte 30 euros, n'importe quel blaireau peut se déclarer adepte d'Hervé This. Ce n'est parce que vous pouvez, que vous devez.

 

4. La bistronomie (en VO les gastro-pubs): je n'ai rien contre les troquets qui servent à manger pour arrondir les fins de mois, mais je n'aime pas quand on ne sait pas où on met les pieds: inconfortable pour manger, mais néanmoins bourré de tables de dîneurs et donc impossible d'y boire un coup peinard. A la fin, un oeuf mayo à 5 euros (ou une assiette de saucisson à 10).

 

3. "de saison" et "producteur local": il y a quelques années on nous gavait avec l'"organique", ç'a été remplacé par ça. On en fait tellement que ça n'a plus aucun sens: ainsi, la dernière personne qui me reprochait d'acheter du "non-local" était en train de boire du thé.

 

2. Les blogueurs: j'en suis un, mais je crois que ça devient un peu hors de contrôle. Nous étions une poignée, nous sommes désormais une armée, et la multitude d'avis devient imbittable. Il est peut-être temps de reposer notre appareil photo ou de demander à changer de place au resto pour avoir une meilleure lumière, et de se remettre à apprécier nos repas.

 

1. Les chefs "marque déposée": cocottes, bouillons cubes, livres de recettes, la liste est sans fin. Je ne reproche pas aux chefs de se faire du blé, mais qu'ils arrêtent de me pipoter en prétendant que toutes ces activités ne nuisent pas à la qualité de leur cuisine, et à leur présence derrière les fourneaux... 

 

 

 

Ca m'a fait rigoler. Je dois avouer que j'aurais préféré ne pas me rendre compte que le sieur Majumdar était devenu récemment juré dans IronChef, mais bon...

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 11:25

Peu avant les vacances, j'ai découvert:

 

- Le Concert de Cuisine: (métro Bir Hakeim, 15ème arrondissement). Le coup de coeur de cette fin d'année en ce qui me concerne. Ouvert depuis à peu près un an, ce petit resto a eu les faveurs de la presse à l'époque (le Figaroscope aime beaucoup). Le chef est un ancien du Benkay, et s'est lancé dans cette réjouissante fusion japono-française, basée majoritairement sur le teppanyaki (la plancha japonaise, pour faire en même temps un calembour et une explication simple, s'il y en a encore qui ne connaissent pas). Le compte-rendu sera quelque peu flou, car il y a eu en ce qui me concerne beaucoup d'agapes très rapprochées, mais l'impression d'ensemble, excellente, ne m'a elle pas quitté.

Le Fooding conchie une déco qu'ils auraient sans doute encensé il y a 10 ans (salle épurée, tons beiges, tables, chaises et comptoirs en bois sombre, parquet), moi ça me va bien, surtout qu'il y a une sensation d'espace pas désagréable pour un restaurant à 20 places. 

Le menu du soir entrée plat dessert est à 40 euros. On peut rajouter un plat pour 57, mais ce serait par gourmandise, car les portions ne sont pas chiches. Ca change d'après ce qu'on nous a dit chaque semaine, avec en gros 4 choix à chaque fois et probablement des plats signature qui reviennent.

Nous avons dégusté une espèce de terrine foie gras-anguille, laquée, délicieuse grâce à association innatendue basée sur un contraste qui fonctionnait parfaitement, en plus d'être visuellement splendide: c'est visiblement un classique de la maison. Il y avait aussi une entrée moins bluffante mais néanmoins excellente à base de petits légumes, de saint-jacques et d'huïtres.

Ensuite, sans faute également avec le sauté de boeuf, chou croquant et oignons rouges, le veau, ou les gambas. Tout est goûteux, beau et bon, imaginatif mais dans un style épuré que j'affectionne.

Même les desserts, le tiramisu au thé vert ou le gâteau au chocolat, ne dépareillent pas.

La serveuse nipponne est accorte, et la carte des vins plus qu'honorable, quoiqu'axée sur une gamme de prix assez haute (nous avons bu du Morgon J. Foillard pour environ 30 euros, l'une des références les moins chères de la carte).

Dommage que le quartier ne soit pas très fendard, sinon j'irais plus souvent. Encore que nous ne sommes pas très loin de la Motte-Picquet-Grenelle.

A refaire.

 

 

- l'Hédoniste: (métro Sentier, 2ème arrondissement, www.lhedoniste.com) là aussi le compte-rendu sera assez succinct, mais vous trouverez plus de détails chez mes collègues de repas. Arthur Petillaut est un ancien blogueur amateur passionné de gastronomie, qui a fini par avoir le courage de lâcher son boulot pour passer de l'autre côté du miroir et devenir restaurateur. Son petit bébé a ouvert il y a quelques semaines, avec un "concept" de cave-bistrot chic ambitieux dans le quartier de Montorgueil plutôt infesté de cantines douteuses.

Devanture en bois, ardoises, vins bios bien choisis (voir l'analyse chez Docadn), charcuterie et fromage avec un peu de name-dropping, tous les ingrédients sont là. Les plats sont plutôt bien vus (ravioli de boeuf au bouillon thaï, onglet de veau, bar de ligne, pintade), joliment présentés, avec parfois semble-t-il quelques problèmes d'assaisonnement (trop ou pas assez salé). Excellent dessert châtaigne-poires.

Il me semble que la niche choisie est la bonne, et qu'il y a les qualités requises pour parvenir à l'occuper.

Néanmoins, un bémol:

La salle ce jour-là, hormis un couple et notre table de 5, était vide. Certes, l'établissement n'était ouvert que depuis deux semaines et est un peu à l'écart du passage. Mais je pense - ce n'est que l'avis d'un donneur de leçons lambda le cul bien assis derrière son ordi- qu’il faudrait retravailler la carte pour le déjeuner, quitte à garder la carte assez ambitieuse actuelle pour le soir (même si Arthur semble se focaliser plutôt sur cette clientèle dans un premier temps).
La formule midi est à l'heure actuelle trop restrictive (plat unique, un verre de vin, un café pour 18 euros): dans l'hypothèse où le plat du jour ne plaît pas, le client à la carte s’en tire à environ 40 euros pour plat (20-25 euros)-dessert (~9) -verre de vin (rajoutez 10 pour une entrée), ce qui me semble limiter de facto la clientèle potentielle se cherchant une nouvelle cantine aux proches de ma belle-soeur (qui gagnent tous plus de 10000 euros mensuels, comme elle aime à le signaler).

L’autre problème avec cette cuisine jolie et travaillée est aussi le temps de préparation: nous n’étions pas pressés mais j’imagine qu’en cas de salle pleine, la cuisine aurait du mal à suivre actuellement, et peu de consommateurs souhaitent passer 2h au restaurant le midi.

A suivre: il est toujours difficile de donner un avis pertinent sur un établissement à peine ouvert, car il faut du temps pour trouver une vitesse de croisière.

 

- l'A.O.C.: (métro Cardinal Lemoine ou Jussieu, 5ème arrondissement, www.restoaoc.com/) Petite mise à jour de mon article sur les restos du 5ème, puisque j'en parlais alors que je n'y étais pas retourné depuis environ 4 ans. Eh bien, j'avais raison d'y croire et de faire comme si, vu que ça n'a pas changé des masses. Mêmes proprios, même salle un peu froide, même grosses assiettes aussi délicieuses aux papilles que mauvaises pour le foie à base majoritairement de viandes rôties et de patates. Comptez 20-25 euros pour un plat, 10 pour une entrée et 6-8 pour un dessert, sachant qu'il faut être costaud pour réussir l'enchaînement complet.

Un bon resto pour viandards, hélas là aussi dans un quartier un peu morne (sauf pour les amateurs de l'architecture de Jussieu et de ses travaux permanents).

 

A noter que nous y sommes allés après avoir passé un très bon apéro au 5ème Cru (www.5ecru.com/, même métro): petit Brouilly sympa, belle planche de charcuterie-fromage à partager, pour moins de 10 euros chacun (droit de bouchon de 4 euros). La cave est bien fournie, à refaire peut-être pour y passer la soirée entière.

 

- Saison: (rue Gubernatis, Nice, www.saison-nice.com/): le comptoir japonais de Keisuke Matshushima, chef étoilé de Nice qui fait dans son gastro de la fusion franco-japonaise. Chaque fois que je passe devant le midi, c'est vide ou presque. Il faut dire que c'est assez grand. Je m'y suis finalement arrêté pour tester le menu midi à 16 euros (choix unique). C'est très bien. Un petit amuse-bouche tofu-potiron, une soupe miso, du saumon grillé, et du poulet frit avec une petite salade, et un bol de riz. C'est assez ludique, plutôt léger, et gustativement sympathique. Service très agréable, déco épurée aussi.

A la carte (et donc le soir), je crois que c'est bien plus cher. Je ne sais pas si j'y retournerai le soir, mais c'est une alternative exotique crédible en centre-ville niçois pour le midi.

 

 

Voila pour cette année riche en cholestérol.

Et puis bientôt je m'attellerai au compte-rendu détaillé du repas chez Piège.

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