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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 11:14

Dans le Courrier International du moment dédié à la "folie cuisine", que j'ai à peine eu le temps de feuilleter, un article sur les tendances horripilantes de la gastronomie moderne a attiré mon attention.

 

Il est écrit par un blogueur anglais, Simon Majumdar, et on peut lire la version intégrale et originale ici: http://www.guardian.co.uk/world/wordofmouth/2009/dec/29/worst-food-trends-decade

 

Voici un petit résumé (mal) traduit par mes soins (je n'ai pas accès à la version du Courrier) de ce top 10 à l'envers:

 

10. Les tics de présentation: je voudrais manger dans une assiette et pas dans une plaque d'argile dont on dirait qu'elle vient directement de Stonehenge. Je voudrais avoir la dose idoine de sauce et pas une virgule préparée avec le dos de la cuillère.

 

9. Les tapas: faire un repas entier à base de petits plats et tapas a l'air sympa au début, jusqu'à ce que l'addition arrive. Surtout avec des serveurs qui poussent à la consommation. Ah, et depuis quand tout accompagnement servi à part est un "tapas"?

 

8. Les morceaux "oubliés" à prix d'enfer: Il y a dix ans mon boucher me rajoutait généreusement de la poitrine de porc dans ma commande de la semaine parce qu'il ne voulait pas la jeter. Aujourd'hui on vous vend ça à prix d'or avec de la queue de boeuf sous le vocable "morceaux oubliés" (ça marche aussi avec les légumes, NdMix).

 

7. Les restos temporaires ou underground: aujourd'hui tout bon resto se doit d'avoir un concept. La mode en ce moment ce sont les restos temporaires où il faut se ruer pour avoir la chance d'apprécier le talent du chef, ou ceux qui se tiennent dans des appartements auxquels on accède par des portes dérobées avec un mot de passe, ce qui revient à aller dîner chez des amis en payant. Dire qu'à une époque, le seul concept, c'était d'être bon.

 

6. MasterChef: au départ, c'était un honorable divertissement pour le samedi après-midi. Maintenant il y a environ 15 versions, pour que chaque branche sociale puisse expliquer au jury à quel point il a appris de son "incroyable expérience".

 

5. La cuisine moléculaire: Je comprends qu'on puisse être fan de ce que font Adria ou Blumenthal. Mais sachant qu'un appareil pour faire de la mousse coûte 30 euros, n'importe quel blaireau peut se déclarer adepte d'Hervé This. Ce n'est parce que vous pouvez, que vous devez.

 

4. La bistronomie (en VO les gastro-pubs): je n'ai rien contre les troquets qui servent à manger pour arrondir les fins de mois, mais je n'aime pas quand on ne sait pas où on met les pieds: inconfortable pour manger, mais néanmoins bourré de tables de dîneurs et donc impossible d'y boire un coup peinard. A la fin, un oeuf mayo à 5 euros (ou une assiette de saucisson à 10).

 

3. "de saison" et "producteur local": il y a quelques années on nous gavait avec l'"organique", ç'a été remplacé par ça. On en fait tellement que ça n'a plus aucun sens: ainsi, la dernière personne qui me reprochait d'acheter du "non-local" était en train de boire du thé.

 

2. Les blogueurs: j'en suis un, mais je crois que ça devient un peu hors de contrôle. Nous étions une poignée, nous sommes désormais une armée, et la multitude d'avis devient imbittable. Il est peut-être temps de reposer notre appareil photo ou de demander à changer de place au resto pour avoir une meilleure lumière, et de se remettre à apprécier nos repas.

 

1. Les chefs "marque déposée": cocottes, bouillons cubes, livres de recettes, la liste est sans fin. Je ne reproche pas aux chefs de se faire du blé, mais qu'ils arrêtent de me pipoter en prétendant que toutes ces activités ne nuisent pas à la qualité de leur cuisine, et à leur présence derrière les fourneaux... 

 

 

 

Ca m'a fait rigoler. Je dois avouer que j'aurais préféré ne pas me rendre compte que le sieur Majumdar était devenu récemment juré dans IronChef, mais bon...

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Published by mixlamalice - dans Autour de la gastronomie
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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 11:25

Peu avant les vacances, j'ai découvert:

 

- Le Concert de Cuisine: (métro Bir Hakeim, 15ème arrondissement). Le coup de coeur de cette fin d'année en ce qui me concerne. Ouvert depuis à peu près un an, ce petit resto a eu les faveurs de la presse à l'époque (le Figaroscope aime beaucoup). Le chef est un ancien du Benkay, et s'est lancé dans cette réjouissante fusion japono-française, basée majoritairement sur le teppanyaki (la plancha japonaise, pour faire en même temps un calembour et une explication simple, s'il y en a encore qui ne connaissent pas). Le compte-rendu sera quelque peu flou, car il y a eu en ce qui me concerne beaucoup d'agapes très rapprochées, mais l'impression d'ensemble, excellente, ne m'a elle pas quitté.

Le Fooding conchie une déco qu'ils auraient sans doute encensé il y a 10 ans (salle épurée, tons beiges, tables, chaises et comptoirs en bois sombre, parquet), moi ça me va bien, surtout qu'il y a une sensation d'espace pas désagréable pour un restaurant à 20 places. 

Le menu du soir entrée plat dessert est à 40 euros. On peut rajouter un plat pour 57, mais ce serait par gourmandise, car les portions ne sont pas chiches. Ca change d'après ce qu'on nous a dit chaque semaine, avec en gros 4 choix à chaque fois et probablement des plats signature qui reviennent.

Nous avons dégusté une espèce de terrine foie gras-anguille, laquée, délicieuse grâce à association innatendue basée sur un contraste qui fonctionnait parfaitement, en plus d'être visuellement splendide: c'est visiblement un classique de la maison. Il y avait aussi une entrée moins bluffante mais néanmoins excellente à base de petits légumes, de saint-jacques et d'huïtres.

Ensuite, sans faute également avec le sauté de boeuf, chou croquant et oignons rouges, le veau, ou les gambas. Tout est goûteux, beau et bon, imaginatif mais dans un style épuré que j'affectionne.

Même les desserts, le tiramisu au thé vert ou le gâteau au chocolat, ne dépareillent pas.

La serveuse nipponne est accorte, et la carte des vins plus qu'honorable, quoiqu'axée sur une gamme de prix assez haute (nous avons bu du Morgon J. Foillard pour environ 30 euros, l'une des références les moins chères de la carte).

Dommage que le quartier ne soit pas très fendard, sinon j'irais plus souvent. Encore que nous ne sommes pas très loin de la Motte-Picquet-Grenelle.

A refaire.

 

 

- l'Hédoniste: (métro Sentier, 2ème arrondissement, www.lhedoniste.com) là aussi le compte-rendu sera assez succinct, mais vous trouverez plus de détails chez mes collègues de repas. Arthur Petillaut est un ancien blogueur amateur passionné de gastronomie, qui a fini par avoir le courage de lâcher son boulot pour passer de l'autre côté du miroir et devenir restaurateur. Son petit bébé a ouvert il y a quelques semaines, avec un "concept" de cave-bistrot chic ambitieux dans le quartier de Montorgueil plutôt infesté de cantines douteuses.

Devanture en bois, ardoises, vins bios bien choisis (voir l'analyse chez Docadn), charcuterie et fromage avec un peu de name-dropping, tous les ingrédients sont là. Les plats sont plutôt bien vus (ravioli de boeuf au bouillon thaï, onglet de veau, bar de ligne, pintade), joliment présentés, avec parfois semble-t-il quelques problèmes d'assaisonnement (trop ou pas assez salé). Excellent dessert châtaigne-poires.

Il me semble que la niche choisie est la bonne, et qu'il y a les qualités requises pour parvenir à l'occuper.

Néanmoins, un bémol:

La salle ce jour-là, hormis un couple et notre table de 5, était vide. Certes, l'établissement n'était ouvert que depuis deux semaines et est un peu à l'écart du passage. Mais je pense - ce n'est que l'avis d'un donneur de leçons lambda le cul bien assis derrière son ordi- qu’il faudrait retravailler la carte pour le déjeuner, quitte à garder la carte assez ambitieuse actuelle pour le soir (même si Arthur semble se focaliser plutôt sur cette clientèle dans un premier temps).
La formule midi est à l'heure actuelle trop restrictive (plat unique, un verre de vin, un café pour 18 euros): dans l'hypothèse où le plat du jour ne plaît pas, le client à la carte s’en tire à environ 40 euros pour plat (20-25 euros)-dessert (~9) -verre de vin (rajoutez 10 pour une entrée), ce qui me semble limiter de facto la clientèle potentielle se cherchant une nouvelle cantine aux proches de ma belle-soeur (qui gagnent tous plus de 10000 euros mensuels, comme elle aime à le signaler).

L’autre problème avec cette cuisine jolie et travaillée est aussi le temps de préparation: nous n’étions pas pressés mais j’imagine qu’en cas de salle pleine, la cuisine aurait du mal à suivre actuellement, et peu de consommateurs souhaitent passer 2h au restaurant le midi.

A suivre: il est toujours difficile de donner un avis pertinent sur un établissement à peine ouvert, car il faut du temps pour trouver une vitesse de croisière.

 

- l'A.O.C.: (métro Cardinal Lemoine ou Jussieu, 5ème arrondissement, www.restoaoc.com/) Petite mise à jour de mon article sur les restos du 5ème, puisque j'en parlais alors que je n'y étais pas retourné depuis environ 4 ans. Eh bien, j'avais raison d'y croire et de faire comme si, vu que ça n'a pas changé des masses. Mêmes proprios, même salle un peu froide, même grosses assiettes aussi délicieuses aux papilles que mauvaises pour le foie à base majoritairement de viandes rôties et de patates. Comptez 20-25 euros pour un plat, 10 pour une entrée et 6-8 pour un dessert, sachant qu'il faut être costaud pour réussir l'enchaînement complet.

Un bon resto pour viandards, hélas là aussi dans un quartier un peu morne (sauf pour les amateurs de l'architecture de Jussieu et de ses travaux permanents).

 

A noter que nous y sommes allés après avoir passé un très bon apéro au 5ème Cru (www.5ecru.com/, même métro): petit Brouilly sympa, belle planche de charcuterie-fromage à partager, pour moins de 10 euros chacun (droit de bouchon de 4 euros). La cave est bien fournie, à refaire peut-être pour y passer la soirée entière.

 

- Saison: (rue Gubernatis, Nice, www.saison-nice.com/): le comptoir japonais de Keisuke Matshushima, chef étoilé de Nice qui fait dans son gastro de la fusion franco-japonaise. Chaque fois que je passe devant le midi, c'est vide ou presque. Il faut dire que c'est assez grand. Je m'y suis finalement arrêté pour tester le menu midi à 16 euros (choix unique). C'est très bien. Un petit amuse-bouche tofu-potiron, une soupe miso, du saumon grillé, et du poulet frit avec une petite salade, et un bol de riz. C'est assez ludique, plutôt léger, et gustativement sympathique. Service très agréable, déco épurée aussi.

A la carte (et donc le soir), je crois que c'est bien plus cher. Je ne sais pas si j'y retournerai le soir, mais c'est une alternative exotique crédible en centre-ville niçois pour le midi.

 

 

Voila pour cette année riche en cholestérol.

Et puis bientôt je m'attellerai au compte-rendu détaillé du repas chez Piège.

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Published by mixlamalice - dans Restos
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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 11:59

Pour se remettre de l'abus de nourritures trop riches, de mélanges d'alcools trop ambitieux, et des discussions enrichissantes des fins de repas de famille, un peu de poésie au travers de quelques photos (copyright Priscilla) de Paris sous la neige, prises avec mon appareil pourrite à 40 euros (le sien ayant malheureusement succombé, victime collatérale noyée par l'abondance des flocons).

 

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Joyeux Noël quand même!

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Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 09:26

Ca manquait, des allemands l'ont fait: le premier groupe de métal a cappella. On ne rit pas.

 

 

Bon, ok, on rit un peu quand même avec cette reprise des Kings of Metal.

 

Ils reprennent aussi du Nightwish:

 

 

Et puis du Maiden, du Metallica, etc. Je ne suis pas allé jusqu'à me faire leurs compos persos.

 

Ca s'appelle Van Canto, ils sont cinq chanteurs et un batteur, ils existent depuis 2006, et ils appellent ça du hero metal a cappella. http://www.vancanto.de/

 

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Published by mixlamalice - dans Musique
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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 10:28

Un post de Brighelli m'a enfin décidé à prendre le temps d'écrire ce petit bilan de mes dernières lectures, et des bouts de réflexions qu'elles ont suscitées chez moi. Après tout, ça fait quelques temps que je n'ai pas causé littérature.

 

- Chéri de Colette: Je crois que je n'avais pas été aussi irrité par une lecture depuis le Diable au corps de Radiguet, le mignon de Cocteau. Je serais pourtant bien en peine de vous raconter quoi que ce soit d'un peu précis sur l'"intrigue" (si j'ose dire) de Chéri, que j'ai pourtant terminé il y a deux mois.

A mon humble avis, le fait que les deux romans (ou nouvelles) aient été écrits à la même époque (1920-1923) n'est sans doute pas anodin. Je pense qu'ils reflètent la vie d'une certaine "élite" qui m'apparaît insupportable même un siècle plus tard. Des bourgeois qui pètent dans la soie, dont les problèmes existentiels sont aussi vains que caricaturaux: est-ce que ma maîtresse est trop vieille, est-ce que mon amant est trop jeune, est-ce que cette broche me va bien, est-ce que je dois attacher ou détacher mes cheveux, est-ce que les rides de mon cou commencent à se voir? MAIS ON S'EN BRANLE!!

Sous prétexte qu'ils ont lu trois bouquins et qu'ils font parfois preuve d'un peu d'ironie, on devrait trouver les personnages et à travers eux leurs auteurs, car on est dans l'autobiographie vaguement déguisée, sympathiques et y voir une critique farouche quoique subtile de ce milieu. Mes fesses, oui. Ces gens-là ne savent parler que d'eux, sont incapables de voir le monde au-delà du 6ème arrondissement mais se croient très forts parce qu'ils osent parfois en rire, se reproduisent entre eux, et aujourd'hui encore on peut voir leurs descendants, tels Florian Zeller ou David Foenkinos, s'astiquer au Flore, à moins qu'ils n'aient migré rive droite.

 

Sinon, pour l'anecdote, on notera que Colette, au même titre que Proust, est une icône chez les lettrés américains, probablement de façon plus répandue que chez nous: lorsque je vivais là-bas, j'ai vu ou lu énormément de références à son oeuvre. J'ai même l'impression que ceux qui en parlent aux US les ont vraiment lus...

 

- Juliet Naked, de Nick Hornby: autre ambiance... après quelques romans assez bof (la Bonté, mode d'emploi - About a boy), Hornby revient à son sujet de prédilection, le rock, et les adultes un peu obsessionnels qui ont du mal à grandir. Sujets qui ont fait de Hornby une star de la culture branchée anglo-saxonne, des hipsters aux white people en passant par les lecteurs de Technikart.  

C'est plutôt un retour en forme, il y a des tas de références et situations amusantes pour le fan de rock, et le pitch est assez fendard: ça tourne autour d'un quadra, médiocre prof dans une ville anglaise un peu miteuse, obsédé par un musicien reclus depuis 30 ans, qui même à son heure de gloire n'était considéré que comme un sous-Dylan (ou sous-Springsteen), et qui finit par sortir une version "démo" de son album culte (référence au "Let it be, Naked" sorti par McCartney en 2003, qui trouvait le son de l'original, dû à Phil Spector, trop "artificiel").

Hornby est un gars que j'aime bien, je l'ai déjà signalé. Il est rigolo, cultivé, ses critiques littéraires ou cinématographiques sont toujours intéressantes et ne se prennent pas trop au sérieux, et ses romans, même les médiocres, se lisent bien.

La seule chose que je reproche à ses bouquins, c'est que le narrateur est toujours le même, et je soupçonne que c'est, à peu de choses près, Nick Hornby himself: qu'on lise ses chroniques culturelles, son roman sur une femme en pleine crise de la quarantaine, celui sur un ado amené à devenir père, ou Juliet où les voix alternent (le musicien, le fan, et sa femme), on a toujours l'impression d'être confronté à une seule personnalité. Du coup, tous les personnages se ressemblent, et les situations ou dialogues peuvent finir par ne plus fonctionner.

Alors, pour faire dans la métaphore rock, certes, on ne peut pas reprocher à AC/DC de toujours faire la même chose sachant que c'est la base de leur succès et de leur longévité, mais au bout d'un moment on n'achète plus leurs albums studios et on se contente des anciens...

 

- Les Veilleurs, de Vincent Message: premier roman de ce jeune (moins de 30 ans) normalien prof. de lettres. Un sacré pavé, environ 800 pages, qui n'est pas sans défauts (un peu verbeux parfois, dialogues de temps à autre trop "écrits" ou un poil creux), mais qui reste très impressionnant. L'histoire est un peu longue à se mettre en place, mais elle mêle avec pas mal de virtuosité polar, fantastique, conte philosophique, réflexion sociale, etc. Cela faisait longtemps que je n'avais pas découvert un auteur français contemporain aussi intéressant. A suivre, donc.

 

- Chez Marcel Lapierre, de Sébastien Lapaque: certaines librairies, que d'aucuns jugeraient un poil cynique, ont ressorti ce petit opuscule quelques jours après la mort de M. Lapierre, viticulteur dans le beaujolais, dont le Morgon est, en plus d'être très bon, l'une de mes références prix lorsque je le trouve à la carte des vins d'un resto.

Je n'avais jamais entendu parler de S. Lapaque, écrivain et essayiste.

Son petit livre sur le vin, sorti originellement en 2004, se lit vite et bien: on y trouve des analyses intéressantes et de quoi cultiver le béotien que je suis. Certaines prises de position un peu "extrêmes" ne sont pas sans rappeler Nossiter : les américains sont des terroristes du pinard, Parker une tâche, et le bordeaux, c'est de la merde.

L'amour du vin est criant, certains jugements poussent à la réflexion: "les snobs peuvent déplorer la domination du mauvais goût. Ils feraient mieux de s'interroger sur la responsabilité de ceux qui ont réservé leur grand art à une poignée d'inités et de fortunés". Comme Desproges, je pense plutôt que les snobs sont au contraire très contents de faire partie d'une élite restreinte se partageant le bon goût et laissant la plèbe à ses errances, même si parfois ils prétendent le contraire ("paradoxe, les intellectuels démocrates les plus sincères n'ont souvent plus d'autre but que d'essayer d'appartenir à une minorité. Dans les milieux dits artistiques, où le souci que j'ai de refaire mes toitures me pousse encore trop souvent à sucer des joues dans des cocktails suintants de faux amour, on rencontre des brassées de démocrates militants qui préféreraient crever plutôt que d'être plus de douze à avoir compris le dernier Godard. Et qui méprisent suprêmement le troupeau qui se presse aux belmonderies boulevardières").

Je suis plus réservé sur certaines prises de positions liées visiblement à l'amitié: "à rebours de la démarche financière de certains coureurs de macarons Michelin, Y. Camdeborde est un cuisinier qui aime partager sa passion, un chef qui veut passer plus de temps avec son équipe qu'avec son banquier".

Quand on voit les tarifs et la gestion du Comptoir du Relais, on est en droit de se dire qu'on est quand même loin de la philanthropie...

Cela dit, il faut préciser que Lapaque est visiblement un proche du Fooding, vu les bistrots dont il parle (le Chateaubriand, Racines, les Papilles, le Paul-Bert, le Grand Pan, la Régalade, le Comptoir du Relais, l'Ourcine, le Severo, l'Os a Moelle, le Repaire de Cartouche, etc). C'est aussi un pote de B. Verjus, le pape de la nouvelle critique (tellement nouvelle qu'elle finit par foutrement ressembler à l'ancienne).

 

 

 

Voila.

Et en ce moment, je lis Ordinary Thunderstorms, de W. Boyd.

Un écrivain anglais de la même génération qu'Hornby, mais qui lui n'a pas peur de se renouveler: romans d'aventures, plus ou moins décalés, comiques ou philosophiques, (auto)biographies fictives d'artistes, etc. Ici, un thriller dont on dirait qu'il a été conçu pour être le plus "classique" possible: un fugitif innocent mais dont tout le monde pense qu'il est coupable, avec un tueur et un flic à sa poursuite. Une pute au grand coeur, etc. Du cliché assumé et bien ficelé.

 

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Published by mixlamalice - dans Littérature
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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 09:43

J'avais déjà fait un article sur cette peut-être exception française qui consiste chaque hiver à s'étonner qu'il neige (ah oui, cette année, ça a commencé avant le début officiel de l'hiver, raison de plus pour en parler 25 minutes sur 30 aux infos). Et aussi à gueuler parce que les transports merdent quand il y a 15 cms de poudreuse sur les routes. Et enfin à malgré tout se ruer dans les aéroports pour y pioncer, dès fois que le vol pas annulé de la journée soit le nôtre: mieux vaut se pourrir son début de vacances plutôt que d'accepter en adulte qu'il puisse être décalé de 48 heures.  

 

Cela dit, ne crachons pas dans la soupe, il n'y a pas que les usagers et les media dont on peut se gausser.

 

Après Hortefeux qui nous assure qu'il n'y a pas de pagaille le jour où 8000 personnes ont du être accueillies dans des hébergements d'urgence et ou plusieurs milliers d'autres ont pioncé dans leur bagnole (reconnaissant quand même quelques problèmes sur les routes pentues...), après Fillon qui toute honte bue déclare que c'est la faute de Météo France, on a aujourd'hui T. Mariani (le gentil député à l'origine de l'amendement sur les tests ADN pour les immigrés, en cas de regroupement familial, aujourd'hui secrétaire d'Etat aux transports) qui déclare:

 

" On avait dit 'retour à la normale aujourd'hui', sauf qu'on n'avait pas prévu que les pistes (d'aéroports, NdMix) seraient fermées ce matin. Donc on s'attendait à un retour à la normale à la mi-journée : je ne serais pas si optimiste quand je regarde le ciel"

 

Une belle vision à court terme, la politique du doigt mouillé qui se transforme en politique de scrutage du ciel, comme soeur Anne. Bientôt, les entrailles de poulet. J'adore...

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 09:25

Que je raconte des conneries ici (anniversaire le 13 décembre).

 

Tour à tour pas grand chose, puis penchant un poil du côté littéraire (période où je commentais assidûment La République des Livres de Pierre Assouline), suivi d'un passage plus scientifique (passage par le Café des Sciences) avec en parallèle une voix sur l'expatriation, avant de prendre récemment une tournure plus gastronomique (le cercle des blogueurs bouffeurs), le blog est désormais j'espère une synthèse honorable de tout ça.

Ce tout ça étant un peu moi, en tout cas ce qui m'intéresse.

 

Avec, en 5 ans, environ 75000 pages vues et 35000 lecteurs. Quelque part l'an prochain, le rythme s'étant récemment assez largement accéléré, on devrait arriver à la barre des 100000 pages vues et des 50000 lecteurs.

 

Merci à vous, lecteurs, dont le profil a, je crois, aussi évolué au cours du temps, avec quelques fidèles.

 

D'ici que j'ai plus de temps pour parler de choses plus intéressantes et moins tournées sur me, myself and my blog, joyeux Noël.

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 11:37

Je prends le bus tous les jours, pour deux fois 25 minutes de trajet dans Paris intra-muros.

Après comparaison avec le métro, le tram et même le RER, je crois pouvoir affirmer que c'est le transport public parisien dans lequel la connerie humaine sous toutes ses formes s'exprime le mieux. Surtout le soir, d'ailleurs, pour une raison qui ne m'apparaît pas évidente (si ce n'est qu'après une journée de merde, le parisien moyen est encore moins sympa que d'habitude).

Egoïsme, bêtise crasse, incivisme, impolitesse, méchanceté, indifférence totale... chaque jour, on peut voir un peu tout ça et plus encore.

 

Au hasard et dans le désordre, on peut citer:

 

- les fatigués de la vie qui refusent de bouger le cul de leur strapontin pour désengorger un peu l'espace, même quand 124 personnes sont agglutinées dans le couloir.

- les mêmes fatigués de la vie qui préfèrent se jeter sur le fauteuil que tu viens de libérer quitte à te rentrer dedans (sans un mot d'excuse ni même un regard) et t'écraser en s'échinant à passer à deux dans un couloir de 30 cms de large plutôt que d'attendre 20 secondes que tu descendes.

- les toujours épuisés ou les bovins finis pour qui descendre du bus lorsque celui-ci est bondé et qu'ils bloquent la sortie, afin de faciliter la descente, semble au-dessus de leurs forces physiques et/ou mentales.

- les hommes pressés qui se ruent dans le premier bus bondé bien qu'il y en ait un vide de la même ligne 200m derrière (parce que quand un bus est bondé, il met 2 minutes à redémarrer après chaque arrêt, ce qui fait que celui derrière le rattrape rapidement).

- les mêmes qui se précipitent à l'intérieur par la porte de derrière avant que personne n'ait pu descendre (cf le métro).

- les petits vieux à qui ça arracherait la gueule de dire merci quand tu leur donnes ta place spontanément.

- ces mêmes petits vieux qui semblent prendre un malin plaisir à prendre le bus entre 17h30 et 19h tous les jours, quand ce n'est pas à 8h30. C'est encore mieux quand en plus ils en veulent à la terre entière parce qu'oh la la il y a du monde.

- les encore éreintés qui font semblant de ne pas voir les petits vieux ou les impotents pour ne pas avoir à bouger leur cul du siège prioritaire (je faisais ça quand j'étais un pisseux rebelle de 14 ans, à 30 ans ça me fait un peu honte).

- ceux qui préfèrent la promiscuité et les mauvaises odeurs corporelles, et donc s'entasser dans le couloir sans bouger même s'il y a 15 places libres au fond, donnant l'impression que le bus est bondé alors qu'il est à moitié plein.

- les mêmes amateurs de contact humain qui viennent s'asseoir à côté de toi même si le bus est vide (on les retrouve ensuite au cinéma).

- les blaireaux qui gueulent au téléphone pendant toute la durée du trajet, et exposent à tous leur médiocrité et leur mauvaise éducation avec fierté.

- ceux qui écoutent leur musique de merde à bloc, avec un body-language signifiant plus clairement qu'une affiche "je vous emmerde tous et vous n'avez pas de couilles" (à raison, d'ailleurs).

- ceux qui parlent au chauffeur comme s'il était une sous-espèce ne méritant même pas un bonjour ou un s'il vous plaît-merci, beuglant "LA PORTE" ou autre chose d'un ton exaspéré.

- les chauffeurs qui eux aussi en ont marre d'être simplement courtois, voire parfois de s'arrêter simplement aux arrêts prévus.

- ceux qui ne se bougeraient pas le cul d'un centimètre pour aider une mère et sa poussette ou à défaut simplement la laisser rentrer et caser sa poussette dans l'espace prévu à cet effet.

- les mères et leurs poussettes qui défoncent pieds et jambes quand le bus est blindé, qu'il y a déjà 3 poussettes entassées dans l'espace central prévu pour deux: je suis une mère, je suis unique, vous ne savez pas ce que c'est, je suis prioritaire.

 

Etc, etc.

 

On peut voir régulièrement tous ces comportements dans les autres transports en commun, mais j'ai l'impression qu'ils sont beaucoup plus exacerbés et réguliers dans le bus qu'ailleurs. Je n'ai pas vraiment d'explications, et ce n'est après tout qu'un ressenti. Je ne suis moi-même pas exempt d'être à l'occasion un gros con, décérébré ou mal élevé. Mais en général j'en prends conscience à un moment ou à un autre, même si c'est parfois trop tard, ce que je ne peux certifier chez les autres, tant leurs pupilles semblent souvent plus vides qu'un intestin après un traitement laxatif.

Je devrais me remettre au métro, finalement plus calme*, mais bizarrement l'aspect sombre et sale me rend plus dépressif. Mieux vaut entretenir la misanthropie.

 

 

* je dirais que le pékin moyen est plus philosophe dans un métro bondé que dans un bus bondé.

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Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 10:35

J'ai commis une erreur de jugement. J'ai pêché probablement par facilité, et un peu par fatuité aussi ("moi je suis meilleur, plus motivé et mieux organisé que les autres, ça ne m'arrivera pas").

 

En étant nommé Maître de Conférences, je pensais que mes "temps caractéristiques" allaient augmenter: je savais certes que l'enseignement prendrait beaucoup de temps au début, mais je pensais aussi que j'allais enfin pouvoir mûrir intellectuellement et scientifiquement, prendre un peu de recul et ne plus me forcer à faire des choses dans la simple optique "si tu publies pas dans six mois, t'es mort". Je me disais naïvement que je pourrais retrouver, pendant certaines périodes, le "bon vieux temps" de la thèse, où on me foutait la paix, où je faisais ce qui me plaisait, où j'apprenais plein de trucs, sans penser encore trop à mon dossier de candidature où à mon séminaire à venir pour trouver un labo d'adoption.

 

En fait, c'est exactement le contraire. Je n'ai absolument plus le temps de réfléchir, et même six mois est un horizon beaucoup trop lointain pour que je lui accorde ne serait-ce que quelques secondes.

 

En terme de manipes déjà, c'est au jour le jour, ou plutôt au mois le mois vu le temps que j'y passe.

 

Plus que l'enseignement, c'est surtout la foultitude de tâches - pas forcément inintéressantes d'ailleurs, mais pour lesquelles ma formation est surtout nulle et non avenue- pour lesquelles un Maître de Conférences peut être sollicité, qui empêche de facto d'espérer avoir pour soi un peu de temps à soi pour se poser des questions scientifiquement pertinentes et réfléchir à une manière de les résoudre.

 

Car oui, en ce moment, je passe beaucoup de temps sur mes enseignements, notamment les cours magistraux qu'on m'a refilés sur des sujets que je suis parfois loin de maîtriser: devoir parler relativement intelligemment deux heures sur un sujet sur lequel on a environ deux heures de connaissance, c'est délicat.

 

Mais il y a aussi les surveillances et corrections d'exams, les TPs, répondre aux mails ou coups de fil des étudiants.

 

Il y a remplir des fiches d'enseignements prévisionnelles et autres joyeusetés administratives, notamment en ces temps de profonde réorganisation des établissements d'Enseignement Supérieur en général, et du mien en particulier.

 

Il y a les colloques, workshops et autres congrès parce qu'il faut penser au relationnel.

 

Il y a les jurys de validation de diplôme d'école d'ingénieur qu'on te refile parce que les deux Profs du labo sont l'un en train de consolider nos relations internationales - au Maroc-, l'autre happé par moult commissions dans tous les organismes d'évaluation de la recherche imaginables. Dossier de 150 pages reçu un mois après la date limite, à valider trois jours après l'avoir reçu, aucune information sur ce qu'on attend exactement de toi, changement des règlements administratifs dont personne n'a été informé, etc. Un grand moment de solitude (valorisé paraît-il à hauteur de 4 heures équivalent TDs, usuellement payées en primes avec deux ans de retard).

 

Il y a les rédactions de projets ANR, 40 pages de vent à l'américaine à base de copié-collé, de phrases ronflantes, de jargon administrativo-technique sur les hommes/mois et les prédictions de résultats sur 5 ans, le tout enrobé dans une prose de vendeur d'assurances. On pourrait penser qu'on touche là, malgré mes descriptions peu flatteuses, quand même un peu à la science, mais en fait, je vous assure, pas vraiment: quelques experts bien choisis (qui écrivent leurs projets et en jugent d'autres) associés peuvent vous écrire 5 ANR en 1 mois, et en avoir 3 d'acceptées. 

 

Il y a les réunions pédagogiques, les formations, les réunions scientifiques, les visites de labos.

 

Il y a les imprévus à faire de toute urgence pour avant-hier sans faute.

 

Et quand j'ai la paix une demi-heure, je me dis à quoi bon, suis frappé par la procrastination, et j'écris un article de blog. Ou je réfère un article puisque visiblement, je suis entré dans une base de données récemment, et que je reçois une à deux demandes par mois.

 

Avec tout ça, mes journées sont occupées de 9h à 18h (les jours où il n'y a pas cours du soir), et il m'en reste un peu pour les transports et le week-end. Je n'ai pas le temps de m'emmerder, puisqu'à vrai dire je n'ai pas le temps de penser.

Je suis toujours dans l'urgence, à courir d'un endroit à l'autre. Je bâcle tout, j'ai l'impression de ne maîtriser qu'une partie des tâches qui me sont allouées. Pourtant, tout le monde a l'air content, parce que ce qui compte, c'est d'être très occupé.

C'est un peu comme un vrai métier dans la vraie vie en fait. Bêtement, après 7 ans, je croyais toujours que c'était un peu différent.

 

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 18:00

Hier, 22 février, j’allais à la Chambre des Paris. Il faisait beau et très froid, malgré le soleil de midi. Je vis venir rue de Tournon un homme que deux soldats emmenaient. Cet homme était blond, pâle, maigre, hagard ; trente ans à peu près, un pantalon de grosse toile, les pieds nus et écorchés dans des sabots avec des linges sanglants roulés autour des chevilles pour tenir lieu de bas ; une blouse courte, souillée de boue derrière le dos, ce qui indiquait qu’il couchait habituellement sur le pavé ; la tête nue et hérissée. Il avait sous le bras un pain.

Le peuple disait autour de le lui qu’il avait volé ce pain et que c’était à cause de cela qu’on l’emmenait. En passant devant la caserne de gendarmerie, un des soldats y entra, et l’homme resta à la porte, gardé par l’autre soldat.

 

Une voiture était arrêtée devant la porte de la caserne. C’était une berline armoriée portant aux lanternes une couronne ducale, attelée de deux chevaux gris, deux laquais en guêtres derrière. Les glaces étaient levées, mais on distinguait l’intérieur, tapissé de damas bouton d’or. Le regard de l’homme fixé sur cette voiture attira le mien. Il y avait dans la voiture une femme en chapeau rose, en robe de velours noir, fraîche, blanche, belle, éblouissante, qui riait et jouait avec un charmant petit enfant de seize mois enfoui sous les rubans, les dentelles et les fourrures.

 

Cette femme ne voyait pas l’homme terrible qui la regardait.

Je demeurai pensif.

 

Cet homme n’était plus pour moi un homme, c’était le spectre de la misère, c’était l’apparition, difforme, lugubre, en plein jour, en plein soleil, d’une révolution encore plongée dans les ténèbres, mais qui vient. Autrefois, le pauvre coudoyait le riche, ce spectre rencontrait cette gloire ; mais on ne se regardait pas. On passait. Cela pouvait durer ainsi longtemps. Du moment où cet homme s’aperçoit que cette femme existe, tandis que cette femme ne s’aperçoit pas que cet homme est là, la catastrophe est inévitable.

 

Victor Hugo, Choses Vues, 1846

 

2 ans après, Louis-Philippe était renversé par la révolution de février 1848, la 2ème République proclamée.

 

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