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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 11:07

Une petite réflexion un rien désabusée en revenant de vacances.

 

Il est de bon ton de taper sur les enseignants-chercheurs vénaux qui ont abandonné la recherche pour se consacrer à l'enseignement, profitant de ce système étrange faisant qu'il est possible de se faire payer des heures complémentaires (d'enseignement) sur le service "normal" qu'on ne fait pas ou plus (la recherche).

Je ne vais même pas m'étendre sur certains problèmes inhérents à la fonction, et surtout sur la rigidité de la "fiche de poste", présupposant que l'on fait le même travail dans une école d'ingénieur où les enseignants ont 40h de service annuel et des labos richement dotés, et un IUT où tous les enseignants sont en double service avec 0 moyens pour la recherche.

 

Je voudrais ici plutôt stigmatiser l'évolution actuelle en France et prendre un cas lambda, le mien. Je suis dans un labo correct (difficile à définir, mais de taille raisonnable, bien évalué mais pas excellement par l'AERES ou sa nouvelle mouture, quelques chercheurs réputés nationalement, pas de "star" internationale), niveau enseignement je fais mes 192h plus de 10 à 50 heures complémentaires bon an mal an (dont un bon nombre en jurys ou autres "responsabilités pédagogiques" moins contraignantes que des cours magistraux). Je pense que c'est assez représentatif, ni "privilégié" ni "France d'en bas".

 

J'ai eu la chance d'avoir une ANR blanche lors de ma 1ère année (elle finit dans quelques mois). L'année d'après, une bourse permettant de mettre en place une cotutelle et de payer un étudiant américain pour venir travailler un an avec moi dans le cadre de son PhD. De façon non formelle, je me suis retrouvé également actif dans 2 ou 3 projets obtenus par les 2 collègues de l'équipe.

 

L'an dernier, les 2 ANR dans lesquelles j'étais impliqué n'ont pas été retenues. J'ai également reçu un avis négatif pour un appel à projets jeune chercheur local, ainsi que pour une nouvelle demande de bourse d'échange d'un étudiant américain.

J'ai quand même obtenu un contrat doctoral, après pas mal de négociations (en gros, nous avons du "partager" un sujet de thèse à partir de deux très différents, avec un collègue...). Mes collègues de l'équipe ont obtenu un FUI: hyper industriel, mais bon, ça fait toujours une petite poire pour la soif pour des congrès ou le maintien de quelques équipements.

Cette année, 2 nouveaux sujets ANR rejetés (dont 1 où j'étais porteur). Encore un échec pour un dossier de partenariat international. J'attends sans beaucoup d'espoir la réponse pour l'appel à projet jeune chercheur. Pas plus de succès chez mes deux collègues.

Certains projets méritent sans doute plus de réflexion ou peut-être même manquent d'intérêt, mais d'autres ont été extrêmement bien évalués et malgré tout non financés.

Bref, en ce moment j'ai deux thésards co-encadrés financés. Il me reste environ 20k€ sur l'ANR, à écouler dans les 6 mois. Ensuite, plus rien, en propre, niveau fonctionnement ou équipement. Le fonctionnement mutualiste avec les collègues permettra de vivoter un an ou deux, de finir les thèses. Et après?

 

Bon an mal an, je publie mes deux ou trois papiers par an. C'est pas de la "paradigm shift" science, mais je pense que c'est honorable, que les papiers sont globalement lus par la communauté. Quand je suis évalué par le CNU, on m'explique que je suis nul ou médiocre au mieux.

On m'explique qu'il faut aller voir à l'Europe, mais mon CV étant jugé médiocre à l'échelle nationale, comment peut-il être suffisant à l'échelle européenne?

 

Alors, franchement, combien de temps vais-je accepter de passer pour un gland de tous les côtés? Quand est-ce que je vais finir par me dire que le jeu de dupes, ça fait chier, et que, si je n'ai pas le courage de me barrer, autant au moins prendre le peu de pognon que je peux ramasser? Parce que franchement, les collègues (et parfois même le Ministère directement) qui te tannent pour te refiler des cours, des trucs administratifs, des évaluations de machins divers, le tout payé en sus, ce n'est pas ce qui manque. Et comme ça peut monter à ~10k€ annuels en plus sur la fiche de paye sans trop d'efforts...

 

 

Plutôt que de blâmer les collègues qui n'ont pas la chance d'être "excellents" ou jugés tels de faire un choix qui apparait de plus en plus raisonnable, il faudrait sans doute s'interroger sur ce système si décourageant. Ce n'est certainement pas ce gouvernement qui s'y penchera: beaucoup trop terre-à-terre quand on est dans la stratosphère.

 

On peut parfois céder à la tentation complotiste et se demander si tout cela n'est pas voulu, pour créer deux corps de métier différents, l'un dédié à la recherche (d'excellence uniquement), l'autre aux sombres tâches et à l'enseignement, avec un ration d'environ 20% pour 80%, le tout couplé à une transformation du paysage universitaire, avec une dizaine de pôles d'excellence axés sur la recherche et le reste basé sur le modèle des "college" américains (délivrance des licences majoritairement). Mais la vérité, je pense, est plus prosaïque: les politiques se foutent complètement de l'enseignement supérieur et de la recherche, le bateau vogue on ne sait où et tout le monde s'affaire dans son petit coin pour faire tourner la machine comme il peut sans aucune vision. Il se trouve juste que c'est vers la qu'on se dirige, mais ça pourrait aussi bien être ailleurs (on appelle ça Hanlon's razor).

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 18:30

Plutôt vers Ledru-Rollin ici, en fait.

Deux semi-gastros franchement pas mal.

 

Amarante (4 rue Biscornet, 75012 Paris): le nouveau restaurant de Christophe Philippe, précédemment à Chez Christophe, sur la place (Larue) de la Montagne Sainte-Geneviève. Chez Christophe, dans le créneau "cuisine française traditionnelle de qualité" était un "favori" de pas mal de critiques gastronomiques, mais ça ne décollait visiblement pas trop niveau clientèle, probablement lié à un emplacement peu judicieux par rapport au "concept": entre ce qui était servi, les prix, et une déco un peu tristoune, l'étudiant en quête de pintes en happy hour et de burger bien gras ne s'y retrouvait que peu.

Transposition dans le quartier de l'Arsenal, cela devrait mieux fonctionner, même si la rue est peu passante et la salle pas hyper bien foutue (petite salle devant, puis couloir qui mène aux cuisines avec des tables de 2, pas mal de perte de place) ni très chaleureuse.

Point de vue assiette, ça n'a pas changé du tout, c'est de la bonne cuisine d'avant, bien riche, avec des produits de super qualité. Sole meunière avec des panisses, ris de veau purée, langue de veau, etc. La mousse au chocolat est également goûtue et roborative.

Christophe Philippe est aussi gentil que timide, mais on a pu un peu échanger avec lui sur la cuisine niçoise et ses panisses. Son partenaire en salle, Mouloud Haddaden, beaucoup plus extraverti, amène de la décontraction. La carte des vins, qu'il gère, est plutôt sympathique et avec m'a-t-il semblé des coefficients plutôt raisonnables.

Comptez 45-55€ pour entrée plat dessert le soir (formule en dessous de 20 le midi) pour du tradi de grande maison plus que du tradi de grand-mère. Bouteilles à partir de 25 si je me souviens bien.

Un resto qui mériterait de bien marcher (c'était complet en ce soir de semaine, mais il n'y a pas énormément de couverts, autour de 25).

 

Restaurant Will (75 rue Crozatier, 75012 Paris): pas mal de presse à son ouverture il y a un peu plus d'un an (Fooding etc), testé il y a déjà quelques temps. Je trouve dommage de ne pas le mentionner même si ma chronique ne sera pas très précise, car j'avais trouvé ça plutôt bien. Menu "dégustation" à 45€ le soir, ou carte au même prix pour E+P+D avec des portions plus conséquentes. Le chef est passé par quelques "grandes maisons" internationales. Il en a tiré une cuisine assez "fusion franco-thaï so fin des 90's", qui ramène donc quelques années en arrière mais avec beaucoup de plaisir. Beaux dressages, et travail de qualité surtout sur les poissons et fruits de mer, avec pas mal de sucré-salé. Salle un peu bruyante par contre, et pas mal d'attente si c'est plein, en tout cas il y a quelques mois (un serveur de plus n'aurait pas été de trop).

 

Je conclus par deux mots sur

Le Siffleur de Ballons (34 rue de Cîteaux, 75012 Paris, site web): cave à manger, par l'équipe de L'Ebauchoir, bistrot pas mal, paraît-il, juste en face. Je dis cave à manger pas pour faire snob mais parce qu'ils n'ont pas le statut de bar, on ne peut donc pas juste y boire un verre de pif, il faut bouffer un truc obligatoirement (ça peut être 1 planche de charcute). On peut par contre acheter du vin à emporter.

Ambiance plutôt sympa, au bar ou sur les tables hautes. On peut réserver pour les groupes, sinon pour moins de 6 c'est au petit bonheur la chance mais ça tourne assez vite (5 places au bar plus 8-10 places sur tables hautes, plus une 2ème salle pour les groupes).

Joli plateau de fromages dans lequel on peut choisir, la charcuterie est bonne aussi. On peut commander également des sandwiches faits à la demande, et surtout un faux-filet pour 2 avec des patates sautés, super bon, qui arrive d'en face (commandé via talkie-walkie...).

La liste de vins au verre n'est pas encyclopédique (une dizaine à peine, je dirais), mais c'est correct.

Comme souvent dans ce genre d'endroits, ça revient vite assez cher... pas loin de 100 balles à 2 pour 5 verres de vin (pas du sexy, hein, du Côte du Ventoux), une planche mixte, un faux-filet pour 2 et un riz au lait. Mais on a passé une bonne soirée, alors...

 

Les Provinces (20 rue d'Aligre, 75012 Paris, site web): à Paris c'est un "concept", on peut acheter sa viande comme dans une boucherie, ou la bouffer sur place avec des patates. Dans le Cotentin, on pouvait aussi bouffer de la sole chez le poissonnier sur le port, mais c'était pas concept. Ils sont cons ces provinciaux.

La viande est bonne cela dit, après ils pourraient la vendre un poil moins chère vu qu'on la paye le même prix que dans un resto viandard tradi (20 à 25 balles le morceau). On avait mangé avec 2 collègues américains ce jour là et on avait été servi après tout le monde aussi... lien de cause à effet ou simple bad luck, je ne sais pas, je n'y suis pas retourné pour manger. Au comptoir boucherie ils sont très gentils en tout cas.

 

 

 

Voila, c'est sans doute la fin de mes chroniques de Faidherbe, je pars pour de nouvelles aventures qui seront certainement moins exaltantes d'un point de vue restauration.

J'ai du tester une quarantaine de restos dans le quartier, et pourtant j'ai raté Septime, Caffe dei Cioppi (trop tard, ça vient de fermer il y a 3 mois), l'Ebauchoir, l'Ecailler du Bistrot, la Gazzetta, les Déserteurs, le Cotte Rôti, Qui Plume La Lune, Assaporare etc

Bref il y avait encore de quoi faire...

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 13:52

Un avant-dernier article (le dernier détaillera deux restos un peu plus "haut de gamme", et je songe à un "où commander à emporter à Faidherbe-Chaligny?") avant de quitter ce quartier après presque 2 ans, pour un lieu hélas beaucoup moins riche en découvertes gastronomiques, je le crains. Donc, en vrac, quelques unes de mes dernières visites.

 

Unico (15 rue Paul Bert, 75011, site web; je viens de me rendre compte qu'ils en ont ouvert un second rive droite, assez récemment je pense; en face, au 12 rue Paul Bert, El Galpon, il y a également une épicerie/cave à vins): l'un des premiers restos viandards argentins ouvert il y a une bonne dizaine d'années je dirais, avant que ça ne soit devenu presque classique.

Hipster avant l'heure, le proprio reprend une vieille boucherie, la laisse quasi à l'identique (au moins la devanture), met des tables en bois dedans, et c'est parti mon kiki. 

Au menu, de la barbaque argentine au barbec et c'est à peu près tout pour les plats. On peut bien prendre une salade, mais what's the point? En entrée, il y a de la charcuterie argentine, un ceviche parce qu'il faut bien, des empanadas etc. En dessert, du dulce de leche à toutes les sauces. 

C'est vraiment très bon dans ce registre de "comfort food", on sort repu, les assiettes sont généreuses et font saliver. La carte des vins offre pas mal de choix avec une large gamme de prix. Les serveurs sont très lookés mais plutôt sympas et efficaces.

C'est juste trop cher pour être parfait: une assiette de charcute à partager, 2 plats de viande, 2 desserts = 90 boules. Si on rajoute une boutanche à 25-30... Le rapport plaisir/prix est bon si on est dans l'état d'esprit, le rapport "qualité intrinsèque"/prix, moins selon moi... donc à vous de voir. 

 

24*36 (39 rue de Montreuil, 75011): un troquet qui ne paye pas de mine et dans lequel j'ai mis du temps à rentrer, vu la concurrence de la rue. Le nom vient du fait que le patron est un ancien photographe. Finalement, on s'y sent bien. C'est jeune et branché, mais la cuisine est très traditionnelle, d'assez bon niveau, et peu chère (moins de ou tout juste 30€ pour la séquence entrée plat dessert; je ne me souviens plus du prix exact mais il doit y avoir une formule déjeuner à moins de 20€). Il y a une terrasse assez vaste et plutôt agréable pour les beaux jours. Pas grand chose à en dire de plus, on ne vient pas de loin pour y manger, mais si on habite dans le quartier, c'est une option très raisonnable pour un bon repas sans chichis.

 

Midam (38 rue de Montreuil, 75011): si vous avez des envies de coréen dans le quartier, et que vous n'avez pas envie d'aller dans le 15ème, c'est là que ça se passe et seulement là. Mais globalement, je vous conseille d'aller chez Manna ou ailleurs dans le 15ème (vers Charles Michel, il y en a plusieurs). Ici, c'est globalement un peu gras, ce qui me semble plutôt contraire à la cuisine coréenne que j'avais pu goûter jusque là, avec des ingrédients assez cheap (notamment la viande), et pas franchement donné.

 

La Poulette de Grain (261 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011): a récemment remplacé un bar type PMU. C'est un bar/brasserie de quartier qui a été bien réhabilité. La cuisine est correcte, quoi que se compliquant un petit peu la vie parfois (le tian de Saint-Jacques n'est pas une grosse réussite gustative, se cantonner à l'oeuf cocotte ou au burger semble plus raisonnable). La carte des vins ne présente pas beaucoup d'intérêt. Le prix est assez attractif (formule à 27 ou 28) mais la salle est grande et le service un peu dépassé et en sous-effectif le soir de notre venue. Des excuses bienvenues lors de notre départ mais la concurrence est forte dans le quartier sur ce registre... ç'a l'air de plutôt bien marcher en tout cas, donc tant mieux pour eux.  

 

Le Petit Louis (240 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris, site web): quasiment la même critique que précédemment, mais un poil mieux à mon goût. Moins de fioritures, un service plus attentif. Le truc que je trouve un peu con, c'est qu'il faut réserver par la Fourchette pour avoir un prix raisonnable (en gros, sans la Fourchette, c'est 35€ pour E+P+D et ça ne les vaut pas. Avec, c'est 25 et la c'est très bien).

 

Les Funambules (12 rue Faidherbe, 75011 Paris): plutôt pour boire un verre, surtout si les terrasses de le place sont prises. C'est juste un peu en retrait, il y a presque toujours de la place. On peut également y manger à toute heure un tartare, une grosse salade, un carpaccio tout à fait corrects aussi, à 15€ environ le plat (sans doute 2 ou 3€ de trop). Brasserie comme il y en a tant mais qu'on aime aussi avoir pas trop loin de chez soi, service de brasserie parisienne comme j'aime (efficace, avec une pointe d'humour).

 

Acqua e Farina (38 rue Faidherbe, 75011 Paris): pizzeria qui vient d'ouvrir dans le quartier, très dans le ton des restos actuels du quartier (baies vitrées, tables en bois, service assuré par des jeunes cools). Les pizzas sont bonnes, pâte un peu épaisse (je préfère celles de Buona Idea dont j'ai parlé ailleurs, pâte plus fine, mais c'est un avis personnel). Ingrédients de bonne qualité, pizzas un peu haut de gamme (autour de 15€), peut-être un poil chiches. On peut prendre à emporter également. Service jeune et souriant. Toujours bien d'avoir une bonne pizzeria près de chez soi, encore plus quand l'endroit est agréable et qu'on ne se sent pas obliger de commander à emporter parce que c'est un peu glauque.

 

 

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 13:12

Part 2.

 

Une fois la décision prise, ne restait plus qu'à trouver le moyen d'exécution. Étrangement, la MGEN communique peu sur la procédure pour la quitter, que ce soit sur leur site ou oralement, où ils aiment bien tourner autour du pot.

Après quelques recherches internet (les fora bourrés de profs mécontents de la MGEN sont légions) et confirmations bon gré mal gré de conseillers au téléphone, je vous donne la recette: lettre recommandé A/R à la direction de votre section, 3 mois révolus avant le début de mois souhaité pour la libération, ou un mois révolu (eg le courrier doit arriver avant le 30 novembre) avant le 1er janvier de l'année suivante.

 

Finalement, comme on était en septembre, ça ne changeait rien, je ne pouvais pas me barrer avant le 1er janvier. En même temps, je voulais lancer les démarches le plus vite possible donc j'ai opté pour l'option 1. Je ne sais pas comment c'est possible, mais je n'ai jamais reçu l'A/R, ce qui m'a fait quelque peu transpirer. Après quelques coups de fil de plus finalement, j'ai eu confirmation que mon courrier avait quand même bien été réceptionné.

 

A partir de ce moment, ils ont changé de stratégie: le harcèlement a fait place à l'ignorance totale. Pas un signe de vie jusqu'au 11 décembre où, alors que j'oscillais entre inquiétude et impatience, je reçois ce courrier proprement hallucinant de la directrice de section.

 

" J'attire votre attention sur les prestations auxquelles vous êtes sur le point de renoncer:

- des compléments de revenus" en cas de perte de traitement suite à un arrêt de travail, un capital décès, une allocation dépendance

- l'action sociale

- l'accès aux offres additionnelles comme les solutions logement

Disposerez-vous de la même protection dans le futur? Je vous invite à faire la comparaison.

Si vous décidez de changer d'avis, je vous remercie de compléter la déclaration d'annulation de votre demande de résiliation."

(le passage en gras est d'origine, sur le courrier)

A cela, il faut rajouter qu'on me demandait de fournir divers documents pour faire cesser le précompte (eg le prélèvement sur salaire de la cotisation): oui, parce que même si t'es plus chez eux, si tu fais rien, ils continuent à te prélever (et si tu fais ce qu'ils te demandent aussi, mais j'y reviendrai).

 

Je suis devenu rubicond de colère et j'ai donc pris ma plus belle plume, répondant ceci:

"J’ai bien reçu votre courrier en date du 11 décembre.

Je suis quelque peu étonné par le ton de celui-ci, qui semble insinuer que je n’ai pas réfléchi avant d’effectuer ma demande de résiliation.

Vous attirez mon attention sur les prestations MGEN auxquelles je suis sur le point de renoncer, et m’invitez à faire la comparaison avec ma future protection. Je vous répondrai simplement que je verse en moyenne sur l’année quasiment 100€/mois à la MGEN. Je vous invite également à faire la comparaison entre votre offre et ce que d’autres mutuelles proposent à ce tarif, en termes de couverture santé (car bien que vous n’en parliez jamais, cela me semble l’essentiel quand on souscrit à une complémentaire santé).

Je vous informe donc par la présente que je maintiens bien ma décision.

Je suis également quelque peu étonné que, même une fois ma résiliation effective, les démarches à accomplir concernant la suspension du prélèvement sur salaire (précompte) soient à ma charge. Mais soit. Vous trouverez donc ci-joint une copie de mon dernier bulletin de salaire (novembre 2014) avec la mention « Résiliation », comme demandé dans votre courrier. Je vous serais extrêmement reconnaissant de faire le nécessaire pour que les prélèvements soient bel et bien stoppés dès janvier 2015 et de m’adresser au plus vite mon certificat de résiliation."

 

(les passages en gras sont aussi d'origine)

 

Beau cadeau de Noël, j'ai bel et bien reçu deux semaines plus tard le dit certificat, sans autres commentaires ni réponse à mon épître.

 

L'histoire n'était cependant pas finie. Je suis joueur (et masochiste) et comme j'aurais parié en ce sens, je voulais voir s'ils allaient continuer à me prélever malgré les papiers renvoyés (en recommandé A/R, bien sûr) et tout le tintouin.

Bingo.

Fin janvier, prélèvement. Je les appelle aussitôt. "Ah oui, désolé, on arrête tout de suite".

En février, prélèvement. "Ah mince, désolé, on arrête tout de suite".

J'avais payé pour voir, mais j'avoue que j'en ai eu vite assez, donc j'ai fini par appeler la comptabilité de mon établissement qui m'ont dit qu'ils bloqueraient le précompte en mars. Bizarrement, ils m'ont dit que seuls eux pouvaient faire la démarche auprès de la DGFIP (l'organisme payeur), alors que la MGEN, au téléphone, a prétendu l'inverse (et m'ont assuré que c'était eux qui venaient de faire le nécessaire).

J'avoue que je n'ai pas cherché à avoir le fin mot de l'histoire. Par contre, j'ai essayé de me faire rembourser. Finalement, c'est arrivé 3 mois plus tard après encore 4 ou 5 relances et une menace de saisie du médiateur.

 

Malheureusement, l'histoire n'est pas encore tout à fait finie puisque ces branquignols ont trouvé le moyen de me rembourser 3 mois au lieu de 2... Je ne leur ai pas signalé. J'attends qu'ils se réveillent dans deux ans et m'envoient un courrier agressif.

 

 

Brièvement: aujourd'hui, sans avoir fait une étude de marché très poussée (je pense que les mutuelles font exprès de faire des "devis" très compliqués à comparer les uns aux autres, et je ne crois pas avoir choisi la mutuelle la plus avantageuse pour mes besoins; en fait j'ai longuement hésité à reprendre une mutuelle, tout bonnement) je paye 65€ mensuels pour une couverture qui rembourse les dépassements d'honoraire à hauteur de 150% par rapport au tarif sécu. Après 2 ans de cotisation, j'aurai 600€ de remboursements d'optique. Avec une famille de 3 ou 4 personnes, cela serait malgré tout toujours moins cher que la MGEN. Quant à l'aspect prévoyance dont la MGEN se vante, notre mutuelle nous a il y a quelques mois proposé quelque chose de similaire (mais mieux) pour en gros 15€ pour un célibataire et 25€/mois pour toute la famille.

Mais surtout: ils me font pas chier, et ils terminent pas leurs lettres par "Sentiments Mutualistes".

 

 

Il semble aussi que l'arrêt programmé du précompte pour 2016 (changement de cadre légal) va inciter pas mal de collègues à franchir le pas, si j'en crois les on-dit de Twitter... 

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 13:53

Part 1

 

Il m'a fallu beaucoup d'abnégation, plus de temps qu'espéré initialement, mais bizarrement tous les bâtons dans les roues n'ont fait que raffermir ma volonté habituellement souvent chancelante.

Bref, ça y est, je ne suis plus à la MGEN depuis le mois de janvier. Ou plutôt, je ne souscris plus à leur mutuelle, puisque pour le traitement sécurité sociale, je n'ai hélas pas le choix.

 

Tout avait déjà mal commencé, il y a maintenant près de 5 ans, comme je le raconte ici. La mise en place du précompte (ce qui permet d'être prélevé directement sur le salaire plutôt que d'avoir à mettre en place un virement bancaire) avait été folklorique, l'employé MGEN s'occupant de mon cas étant visiblement incapable de recopier une date: j'étais donc censé être prélevé à partir d'une date un an avant mon entrée en fonction, ce que le comptable de l'établissement n'avait évidemment pas validé... après avoir signalé plusieurs fois à la MGEN que le précompte n'avait donc pas été instauré, j'avais reçu au bout de quelques mois un courrier limite menaçant me demandant de rembourser rapidement les sommes non prélevées par leur faute...

 

Mais j'étais naïf à l'époque.

 

Ensuite, il m'a fallu en gros 2 ans pour me rendre compte à quel point les remboursements étaient minables par rapport aux cotisations mensuelles exorbitantes que je versais (quasiment 100€).

J'en avais fait un post qui se voulait assez humoristique, qui est aujourd'hui encore l'un de mes gros succès d'édition, si j'en crois les statistiques du blog (j'ignore sur quels canaux il peut circuler).

 

Et puis il y a un an et demi, je me suis blessé au genou au foot. Une blessure pas très douloureuse, à part sur le moment. Mais handicapante, puisqu'on ne peut plus déplier totalement la jambe: l'opération est inévitable. Il y avait alors deux choix: attendre deux mois pour se faire opérer à l'hôpital (ce qu'un collègue du laboratoire a fait), ou se faire opérer sous deux semaines en clinique, avec des dépassements d'honoraire. Ce que j'ai décidé de faire. Je ne sais pas quelle est la bonne solution (je note juste que mon collègue a du coup eu 5 séances de kiné supplémentaire par rapport à moi), mais je n'avais pas envie de boiter 2 mois.

Je note ici une discussion quelque peu surréaliste avec le chirurgien (pour qui je ne vous le cache pas, je n'ai qu'un respect modéré même si l'opération s'est bien passée): "il y aura des dépassements d'honoraire. Généralement je demande 500€. Quelle est votre mutuelle?" "La MGEN" "Aïe. Bon, je vous fais 250€ alors". Le sujet de cet article n'est pas le fait qu'aujourd'hui, le coût de la santé se discute comme un plat à tajine à Djerba, même s'il y aurait beaucoup à dire. Mais j'ai commencé à penser, "quoi, je claque 1200€ par an à la MGEN, et en plus je fais pitié à tous les médecins tellement c'est de la merde??".

On m'avait ensuite expliqué qu'une mutuelle, c'est quand on va à l'hôpital que ça "rentabilise". Alors j'ai fait le bilan pour cette opération au genou. En ambulatoire. Ca a coûté 2000€ au total (avec les soins, le kiné etc). La sécu a pris en charge 1200. La MGEN 350. Moi, 450. Bon, 3 ans à 100€ par mois pour être remboursé de 300 balles et en avoir 400 à sa charge, j'avoue que ça ne m'a pas franchement excité.

 

Suite à cet épisode, j'ai commencé à laisser glisser dans la conversation à mes conseillers, que j'appelais régulièrement pour des problèmes de remboursement, que j'allais me barrer.

 

C'est alors qu'ont commencé les coups de fil impromptus (genre le samedi, ou à 19h) en appel masqué. Les rares fois où j'ai décroché, c'est un conseiller qui me demandait les raisons de mon courroux, puis m'expliquait tous les avantages merveilleux de la MGEN. Je suis rodé, maintenant, je pourrais aller démarcher dans les IUFM pour attraper les petits jeunes innocents. "Vous savez que nous faisons prévoyance aussi?"

Alors, un jour, j'ai cédé, et j'ai pris comme on me le suggérait rendez-vous à une agence près de chez moi, pour discuter en détails avec un conseiller des devis de la concurrence, et aussi qu'on me foute un peu la paix.

J'ai donc fait mes homeworks, et sollicité plusieurs devis de quelques grosses compagnies d'assurance. J'ai alors pu voir que pour 100 balles par mois, tu es quand même le gros client méga-couvert maxi-plus... certes, sans prévoyance, mais j'y reviendrai.

 

Le jour convenu, je vais à mon rendez-vous. C'est lundi matin, hein, je ne suis pas allé bosser pour ça. Je suis reçu, en retard, par une conseillère lookée comme une coiffeuse niçoise (no offense). Je sors ma petite pochette avec mes devis. Qu'elle n'a jamais regardés.

Pendant 30 minutes, elle m'explique que je suis soit crétin, soit mal informé et embobiné par les méchants concurrents privés (soit un peu des deux). Elle me donne un exemple simple: "Monsieur, il faut aller chez les médecins secteur 1" "oui, mais bon, on est à Paris c'est pas facile, et puis voila, je vais aussi chez les médecins familiaux etc" "mais si c'est faicle, vous allez sur le site de la CPAM et vous trouvez tous les médecins secteur 1. Moi, par exemple, je devais aller chez le dermato, y en avait un à 40 kms de chez moi, hop j'y suis allée et là la MGEN rembourse 100% (en fait, la sécu 70 et la MGEN 30, NdeMix)" "Ah oui mais moi voyez, j'ai un boulot prenant, pas de voiture, et je suis pas trop disposé à traverser la région parisienne pour me faire enlever un poil incarné au fion..." (je n'ai évidemment pas répondu exactement ça).

On a aussi parlé lunettes "je suis remboursé de 150€ sur 500..." "mais vous êtes pas allé chez un de nos partenaires" "oui, c'est vrai" "vous auriez pu avoir jusqu'à 180€!" "cool".

Enfin, elle m'a suggéré la nouvelle super offre pour les jeunes de la MGEN, où tu payes un peu moins et est encore moins bien remboursé.

 

La conseillère a donc parfaitement réussi son coup: j'étais bien énervé en sortant, ma décision était maintenant ferme et irrévocable, et j'étais prêt à affronter toutes les épreuves pour me barrer.

 

 

 

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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 13:45

Comme souvent, en France, tout le monde s'accorde à dire que la situation va mal mais dès qu'on parle de changer quelque chose, le statu quo apparaît comme la moins pire des solutions.

 

Par exemple, je pense qu'il y a une sorte de consensus sur le fait que la situation des docteurs dans notre beau pays n'est pas terrible, que ce soit au niveau de leur insertion et employabilité académique ou privée, de la reconnaissance du diplôme, parfois même au niveau de la qualité moyenne des thèses soutenues (argument ressorti pour défendre le besoin de la qualification), et du côté des doctorants de l'encadrement, des ressources etc.

 

Mais les levées de bouclier lors du fuitage de l'arrêté pourtant bien innocent montre que, finalement, la communauté s'accommode assez bien de la situation.

 

Comme je le disais précédemment, il y a en SHS 2/3 de thèses non financées spécifiquement, dont une partie seulement (autour de la moitié probablement) est salariée par ailleurs (professeur dans le secondaire par exemple, ou autre). Le taux d'abandon est de l'ordre de 1/3, et la durée moyenne pour ceux qui finissent est de 5.25 ans.

 

En parallèle, les thèses de sciences dures sont financées à 90%, le taux d'abandon de 6%, et la durée moyenne des thèses de 3.5 ans.

 

Concernant l'insertion professionnelle (voir vers page 49), il y a plusieurs sous-catégories au sein des sciences dures et des LSHS. En gros, celles à plus de 12% de chômage et celles à moins de 8.

A plus de 12, on trouve les lettres et sciences humaines mais aussi la chimie et la biologie.

A moins de 8, on trouve les maths, la physique et les sciences de l'ingénieur mais aussi le droit et l'économie.

Couplé à cela, dans les catégories avec peu de chômeurs, on trouve également moins de 25% de CDD, contre plus de 30 (et jusqu'à 40) dans les catégories à fort taux de chômage.

 

On peut d'ailleurs corréler ça de façon amusante à l'âge moyen de recrutement dans le public, par exemple en tant que maître de conférences: 35 ans pour la biologie, 36 pour les lettres, mais 30 pour les maths, 31 pour l'info, et la physique, seule la chimie ne fitte pas bien avec 31-32 également.

 

 

S'il est donc difficile de conclure sans bémol que l'encadrement strict de la durée des thèses et des financements des doctorants leur ouvre grand toutes sortes de débouchés (notamment pour des secteurs industriels en crise comme la biologie ou la chimie), je crois que, en moyenne, la situation pendant la thèse et post-thèse des 60% de docteurs en sciences dures est plus enviable que celle des 40% de docteurs en LSHS. Et que, globalement, la situation pourrait être meilleure pour tout le monde si l'on compare à ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. Il m'apparaît également délicat de communiquer sur le doctorat comme première expérience professionnelle quand de facto, il n'y a rien eu qui ressemble de près ou de loin à un contrat de travail...

 

Est-ce qu'instaurer (ou imposer) des "bonnes pratiques" au niveau des directeurs de thèse réglera tous les problèmes? Probablement pas. Comme je l'ai dit plus d'une fois, il y a beaucoup de pédagogie à faire du côté des entreprises pour culturellement modifier le rapport de force avec les écoles d'ingénieur, de commerce, ou les ScPo, ENA etc pour améliorer la lisibilité du diplôme (si tant est que cela soit possible).

 

Mais j'avoue que quand j'entends des permanents refuser tout encadrement de la durée des thèses, toute obligation de financement des doctorants; quand le permanent n'a de fait aucune responsabilité dans l'encadrement, d'autant plus qu'il m'explique qu'en sciences humaines, on réfléchit fort et que donc c'est le doctorant qui doit définir son propre sujet; quand enfin, après tout, s'occuper du devenir du doctorant c'est pas son problème; et quand, pour justifier tout ça, on me parle de "liberté académique", je fais une syncope.

La liberté académique, c'est celle du permanent de pouvoir chercher ce qu'il lui plaît (et Dieu sait qu'elle est mise à mal avec les impératifs du financement). La liberté académique du précaire, c'est quoi? C'est la même que celle de l'employé qui dit qu'il veut travailler le dimanche parce qu'il n'a pas assez pour vivre avec son travail de la semaine, et que le patron montre en exemple... Pendant ce temps là, le permanent, lui, "encadre" et met bien ça en avant pour ses primes ou dossiers de promotion.

 

Plus ça va (ou en fait plus je lis de choses qui me font tomber de mon siège), plus j'approuve le projet d'arrêté qui va passer aux oubliettes. Pour tout dire, j'irais même plus loin.

- Inscription en thèse uniquement des doctorants financés ou des salariés, avec durée de 3 ans plus 2 de dérogation pour soutenir la thèse (ou 6 + 2 pour les salariés). Dérogations accordées que si financement pour l'année supplémentaire.

- Pour ces doctorants là, suivi, par l'école doctorale, l'HCERES et les comités de thèse, du rôle du directeur de thèse, des durées de thèse et du devenir des doctorants. Publication ouverte des statistiques sur le site de l'école doctorale, par laboratoire et par encadrant.

- Vrai pouvoir donné aux comités de thèse pour stopper celle-ci si le candidat ne répond (vraiment) pas aux attentes. 

- Pour les autres (les non financés, soit environ 20000 personnes en préparation de thèse à un temps donné, mais dont seulement 12 ou 13000 soutiendront un jour...), simplification de la procédure pour la validation de la thèse en VAE ou procédure de ce style. Le suivi universitaire serait assuré par un "tuteur pédagogique" (activité que l'on dissocierait de celle de directeur de thèse dans les dossiers des encadrants; un peu dans l'esprit de ce qu'on fait pour l'apprentissage). Mon idée, c'est qu'à terme ce genre de doctorats représente quelques dizaines de cas par an, pas 10000...

 

Et puis bien sûr, suppression de la qualification (ça n'a rien à voir mais bon, tant que j'y suis), et de la HDR, parce qu'il faut être consistant: on ne peut pas fonctionner dans un système par appels à projets où le jeune permanent doit chercher du fric et recruter pour bosser, sans lui donner le droit d'encadrer pendant ses 5 ou 10 premières années... 

 

Voila, votez pour moi et tout le monde sera dans la rue très rapidement.

 

(article écrit dans l'émotion de l'instant, sans relecture, je prie mes lecteurs de bien vouloir m'excuser, je relirai asap)

 

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 14:16

Je décale quelque peu la rédaction de mon (ou mes) article(s) sur la MGEN pour poser une petite question sur la durée du doctorat.

 

Les collègues des SHS s'époumonent depuis la parution d'un nouveau projet d'arrêté sur le "doctorat en 3 ans, vite fait mal fait" (en semblant ignorer que la durée de 3 ans est déjà inscrite dans la réforme LMD de 2002, mais aussi dans l'arrêté de 2006, et en fait, comme le souligne D. Monniaux, depuis même bien plus longtemps que ça; le nouveau projet d'arrêté ne faisant que limiter les possibilités de dérogation).

 

Je vais faire bref, même s'il serait intéressant de creuser. 

 

Il y a environ 2/3 des doctorants SHS qui ne sont pas financés pour leur thèse (ce qui représente donc environ 14000 doctorants sur 22000).

Sur ce nombre, une large part (la moitié?) est enseignant du secondaire, le plus souvent à temps plein (les décharges pour la réalisation d'une thèse, sont, de ce qu'on m'a dit, rares). L'autre partie vit, j'imagine majoritairement, de vacations, d'un ou deux postes d'ATER (en bénéficiant de petits arrangements des établissements, je pense), d'aides familiales, ou de petits boulots divers pendant la durée de la thèse, qui est en moyenne dans ces disciplines de 5,5 ans pour ceux qui finissent (le taux d'abandon très élevé, autour de 30 à 40% - hélas je ne trouve pas le rapport AERES évoqué dans le lien, j'aurais bien vérifié les chiffres mais l'ordre de grandeur doit être ok).

Donc, la grande majorité des doctorants SHS effectue, de fait, une "thèse à temps partiel", puisqu'ils exercent une autre activité rémunératrice (censée être à temps plein dans le cas des enseignants du secondaire, par exemple).

 

Ceci posé, ma question est donc toute bête: comment peut-on affirmer qu'une thèse en 3 ans est impossible et que la qualité s'en ressentirait, alors que si je compare, pour faire simple, un temps plein pendant 3 ans (35h/semaine x 45 semaines/an x 3 ans = 4725h, exemple d'un doctorant pas vraiment furieux) à un temps partiel de 6 ans (15h/semaine - déjà pas mal si on est aux 35h sur un autre job par ailleurs- x52 - je suis sympa, j'imagine que le thésard non financé ne prend jamais de vacances- x 6 = 4680h), je trouve, en étant généreux, que les deux sont équivalents?

 

Point annexe: le doctorant financé sur contrat doctoral qui a fait une thèse en 5 ans (contrat doctoral temps plein + 2 ATER disons) a, a priori, pu faire largement plus que son collègue non financé sur toute la durée dans le même laps de temps. Bref, si la durée est "homogène", le contenu ne l'est probablement pas plus que dans les sciences dures et l'argument du "contenu" ne tient pas vraiment non plus.

 

Bref, mon avis, c'est plutôt que les "us et coutumes" sont durs à changer, et que beaucoup, chez les vieux de ces disciplines, ne semblent pas s'être remis de la disparition de la thèse d'Etat il y a une trentaine d'années, tandis que les jeunes perpétuent ce fonctionnement par habitude.

Donc selon moi, plus que la question de la durée, c'est la question du financement qui est cruciale. Mon point de vue, c'est qu'il ne faut pas inscrire en 1ère année de thèse quelqu'un sans financement pérenne (eg ni contrat doctoral, ni poste dans le secondaire, sous réserve d'obtenir une décharge). Ensuite, le choix politique est de savoir si du coup, on supprime à la hache 1/3 des doctorats SHS (et en vérité probablement beaucoup moins car je soupçonne que le taux d'abandon est plus élevé chez les doctorants non financés), sachant qu'a priori les thèses SHS ne sont pas surreprésentées en France par rapport à ce qui se fait  à l'étranger, ou si on trouve le moyen d'en financer 5 ou 10000 de plus qu'actuellement.

 

 

Pour conclure, dans mon département aux USA, où plutôt qu'une durée, on définissait des critères de publication (typiquement 3 articles premier auteur minimum) les meilleures thèses étaient celles qui prenaient le moins de temps (en gros 4-4,5 ans avec 1 année complète de cours pour commencer), pas celles qui en prenaient 7... (dans ces cas là, le doctorant avait juste plus de mal à sortir ses papiers...).

 

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 17:39

Il faudrait que j'en fasse un article plus creusé, notamment mieux expliquer en quoi cela consiste puisque cela semble assez mal connu (ne vous fustigez pas: moi-même, pur produit "formaté initial", j'ignorais à peu près tout sur le sujet avant d'enseigner, depuis 5 ans, pour partie à ce public dans le cadre de mes enseignements), mais permettez-moi de reprendre ma série de tweets d'hier, car je souhaiterais que la formation continue (autrement dit la reprise d'études par les salariés, conduisant à un diplôme - par opposition à la formation courte même certifiante, dans le cadre du droit individuel à la formation ou DIF), soit plus publicisée.

C'est vraiment un processus auquel je crois, qui me semble l'un des derniers favorisant vraiment, encore, l'"ascenseur social". Hélas, je suis pessimiste, je pense qu'au lieu de se développer, il est plutôt en perte de vitesse, en tout cas pour les sciences de l'ingénieur (comprenez, ça rapporte pas, faut tout miser sur l'apprentissage, enfin c'est ce qu'on nous dit...)

 

 

 

Et, même au sein des enseignants-chercheurs, je trouve étrange que, lorsqu'on parle de "2ème chance" pour les étudiants, on n'évoque jamais la formation continue.

Exemple symptomatique: le débat en cours chez Gaia, où mon commentaire sur le sujet a été complètement ignoré, à part une brève réponse de FBLR, dont je sais qu'il s'y intéresse aussi (mais, visiblement, nous sommes les seuls).

J'en déduis que tout le monde s'en fout, ou que personne ne connaît. Dans les deux cas, il y a un effort de communication à faire, donc, à ma petite mesure, voila déjà un article.  

 

 

 

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 14:35

On a beaucoup parlé du projet d'arrêté sur la formation doctorale, qui a fuité et a déclenché l'ire de bon nombre d'associations, ou de blogueurs, ayant tous en commun de venir des sciences dites molles (résumé ici, personnellement j'ai trouvé les réactions citées par D. Monniaux tout bonnement hallucinantes...).

 

On a vu fleurir pas mal de commentaires comme quoi le "doctorat en VAE" (validation des acquis de l'expérience) serait un doctorat au rabais, ou la porte ouverte aux diplômes de complaisance comme ces "doctorats professionnels" dont on a parlé il y a quelques temps.

Je voudrais rappeler que c'est un dispositif qui existe depuis 2002. Les premiers cas de doctorats délivrés en VAE datent de 2009.

Ce dispositif permet d'obtenir sur la base d'une expérience professionnelle tout ou partie d'un diplôme.

Sur les 17 ou 18000 VAE partielles ou totales attribuées en France chaque année depuis 2007, seules 4000 concernent un diplôme d'enseignement supérieur (BTS, licence, master etc).

Sur ces 4000 VAE de l'enseignement supérieur, la moitié est une validation totale du diplôme (pour les autres, il faut valider des unités d'enseignement complémentaire ou autre procédure).

 

Le diplôme de doctorat en VAE représente quant à lui en gros 20 cas par an depuis 2009. Sur, rappelons-le, 10 à 12000 doctorats délivrés dans le même temps en France.

 

Pour avoir participé à plusieurs jurys VAE (pour des diplômes d'ingénieur), je dois dire que:

1. c'est un dispositif que je trouve pertinent, qui permet de valoriser le parcours professionnel, qui peut inciter plus de gens à opter pour la formation continue (même en validation partielle, cela permet de "gagner du temps" pour obtenir un diplôme, et donc de diminuer le "puits de potentiel" pour ceux qui aimeraient reprendre des études mais ont peur de la durée ou du degré d'implication nécessaire en cours du soir par exemple). Il n'y a plus beaucoup de dispositifs favorisant l'"ascenseur social", celui-ci en est un, je crois.

2. c'est un processus lourd et long (voir par exemple ici ou la), qui nécessite du travail personnel (mémoire, soutenance...), pas mal d'accompagnement, etc. Il y a un jury constitué d'enseignants spécialistes, puis un deuxième jury national ou équivalent. Bref, on peut sans doute truander, comme pour tout, mais je pense qu'il y a des diplômes de complaisance plus faciles à obtenir que par ce biais là.

 

Qui est concerné par le doctorat en VAE? En sciences dures pas grand monde selon moi. Je connais un ou deux cas, il s'agit de chercheurs ou chefs de projet R&D industrielle, rentrés dans l'entreprise à l'époque où un diplôme d'ingénieurs suffisait pour faire de la recherche (dans les grands groupes, même en France, ce n'est quasiment plus le cas aujourd'hui). Ce sont des gens qui ont participé à des collaborations avec le monde académique, écrit des publications, breveté, etc.

Bref, c'est un profil assez rare, comme du reste ceux qui demandent un diplôme d'ingénieurs en VAE (environ 200 cas par an: généralement des personnes avec un BTS ou une licence pro qui par leurs qualités personnelles, ont, après une dizaine d'années, fini par obtenir des responsabilités de cadre au sein de leur entreprise, sans en avoir le diplôme, ni le salaire).

Ces personnes font ça je pense pour des questions d'ego (pas mal placé), une forme de volonté de vouloir légitimer leur parcours, de dialoguer "d'égal à égal", et aussi de pouvoir faire reconnaître leurs compétences hors de l'entreprise qui les emploie. Cela peut être aussi une forme de "reconnaissance" de l'entreprise, qui leur finance la demande en vue de les promouvoir formellement par la suite. *

Je ne crains vraiment pas l'explosion des doctorats délivrés par ce biais là, puisqu'il existait déjà, et si cela peut donner un peu plus de visibilité au dispositif, pourquoi pas.* 

(mode troll on) Si on me dit que cela peut dévaloriser le doctorat ou sa perception, je répondrais qu'il y a des choses qui me semblent plus importantes à régler (les doctorats non financés de 7 ans faits à côté d'un travail à temps plein par exemple). (mode troll off)

Il existe visiblement une autre modalité, la thèse sur travaux, dont j'avoue que la différence avec la VAE m'échappe quelque peu, même expliquée dans ce document (p.23-24). Je pense que dans le cas de la VAE, on demande au moins en partie la rédaction d'un manuscrit "original". 

 

 

Voila, et sinon, bien que je pense que la dualité GE/Université est un problème de notre enseignement supérieur, je n'aime toujours pas trop voir des raccourcis musclés. Donc, quand je lis que les écoles d'ingénieur ne forment pas à la recherche, c'est sans doute vrai pour une large partie d'entre elles, mais il faut tout de même signaler que sur les 60% de 10000 nouveaux docteurs "sciences dures" annuels, quelque chose comme 15 ou 20% sont ingénieurs (petit calcul extrapolé de ce document, je n'ai pas trouvé mieux). On pourrait peut-être faire un bilan chez les recrutés MCF ou CR dans les sections qui s'y prêtent, je pense qu'on serait surpris aussi... Alors certes, sur 30000 ingénieurs diplômés par an, c'est assez peu: sur les 202 écoles habilitées, il n'y en a guère que quelques dizaines qui effectivement ont une politique de recherche un peu poussée.

 

 

 

* on peut sans doute militer pour qu'un jour, il n'y ait plus besoin d'avoir un diplôme pour légitimer une carrière, mais en attendant, soyons pragmatiques

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:39

Bon, ok, c'est facile, mais après tout, les politiques abusent eux-mêmes trop des petites phrases pour que l'on se réfrène. Donc hier, à un colloque sur le doctorat, la ministre a dit:

 

 

Alors, certes, ce n'est pas de la recherche privée, mais ce sont des "fonctions de responsabilité" donc on peut regarder un peu parmi ses collaborateurs si on fait confiance aux jeunes docteurs. Je me suis prêté au jeu suite à une remarque de @Alexis_Verger.

 

  

 

Il se trouve que j'ai fait ça vite et j'ai raté quelques personnes, notamment celles nommées en mars 2015

 

En refaisant le compte, et en comptant la ministre, j'arrive à 5 docteurs (les 4 nommés en mars - conseiller ESR, conseiller santé et recherche médicale, conseiller recherche, conseiller innovation- le sont et ont tous bossé dans la recherche après leur thèse, 3 ans au minimum, et il faut ajouter le conseiller en charge formation du supérieur) et 2 doctorants sur 27 personnes.

Alors, ce n'est peut-être pas si mal finalement? (même si le côté "jeune" reste douteux, seul l'un de ces docteurs, et les deux doctorants, ayant moins de 40 ans)

Dans le même cabinet, on trouve au minimum 8 Sciences Po et 6 ENA (dont quelques-uns ont le combo). Pour ceux qui viennent de l'inspection générale des finances ou de l'éducation nationale, je ne sais pas quelle est la "formation".

Mais c'est probablement le ministère le plus représenté en termes de docteurs, non? Encore heureux, me direz-vous, notamment sur les postes de conseillers en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche proprement dit. On attend juste de les trouver sur des postes plus génériques maintenant.

 

Enfin, ça m'a valu un petit succès twitteresque, avec des RT de N. Brafman du Monde et de S. Huet de Libération notamment. C'est bien là le plus important...

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