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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 15:41

Quelques nouvelles tables sympas, visitées ces derniers temps, parce qu'il n'y a pas que les auditions CNRS dans la vie (heureusement).

A Nice:
- La Part des Anges: une cave à vins proposant de jolies bouteilles à des prix raisonnables surtout pour les vins du Sud. Et avec ça ils sont de bon conseil. Ca fait aussi un peu à manger, avec quelques tables ikea et une carte à base de planches de charcuterie/fromage, deux-trois plats du jour du type pâtes fraîches ou magret-purée, et cinq-six vins au verre. Le Fooding adore. Alors c'est pas mal, et le concept, bien que simple, est assez rare à Nissa la Bella. Cela dit, à presque 30 euros pour 2 verres de vin, une planche de charcuterie partagée, un plat de pâtes et un café, il me semble que c'est un peu cher parce qu'avouons qu'on ne saute pas au plafond non plus. Peut-être pas pour des parisiens qui ne s'étonnent plus de rien, mais encore un peu pour des niçois, même si cette belle ville est probablement l'une des plus chères de province...
- Flaveur: petit resto dans la même rue (Gubernatis), tendance plus gastronomique. C'est un peu dans le même genre que Millésime 82, dont j'avais déjà parlé: des anciens de jeunes et bons chefs reconnus de la région (Jouni pour Millésime, Keisuke Matsushima pour Flaveur), s'installant récemment dans un endroit de poche, avec un copain en salle, et présentant une carte minimaliste dans les 30 euros, et un menu dégustation. La cuisine est, elle, assez différente: sobre et classique chez Millésime, plus exubérante et technique ici. Par goût personnel, j'ai préféré Millésime, même si le Michelin et le Fooding donnent plus leur faveur à Flaveur. Le menu du midi à 16 euros a l'air par contre très très bien, plus simple, et c'est blindé (alors que ce soir de semaine, ce n'était pas le cas). Et puis là encore, dans le genre bistronomique, une nouvelle bonne adresse à Nice ne fait pas de mal.

Je testerais bien maintenant l'Aromate, qui vient de décrocher sa première étoile, Aphrodite (idem) désormais lancé dans la cuisine moléculaire. Et puis, je n'ai toujours pas enlevé de ma to-do list le Mirazur (faut dire que fermé quatre mois dans l'année, ça n'aide pas quand je ne suis moi-même à Nice que trois week-ends par an).

A Paris:
- Le Bistrot Napolitain: selon ses adorateurs, nombreux (des blogueurs aux pros), rien moins que la meilleure pizza de la capitale. Je manque de référents, mais elle est effectivement très bonne, malgré un oeuf pas assez cuit pour moi: les ingrédients ont du goût, du gorgonzola au chorizo en passant par le basilic, la pâte est bonne et plutôt bien cuite, parfois un peu trop. La taille est correcte même si j'aurais apprécié plus grand. Comptez dans les 16-18 euros la pizza quand même (oui, à ce prix elle peut être bonne mais bon, en y repensant, chez Pizza Pino c'est 15 euros...)*. Le tiramisu à 10 euros, par contre, c'est franchement de l'arnaque d'autant qu'il n'a rien d'exceptionnel. Bref, bon pour le midi, pour un déjeuner rapide avec une pizza et un café. Clientèle typée Champs-Elysées, d'affaire ou vaguement people, service efficace à la limite de la brusquerie mais rentabilité est le maître mot.
- Millésimes 62: aucun lien avec le resto niçois dont je parle ci-dessus. Un nouveau promu dans la catégorie Bibendum Gourmand, pas loin de Montparnasse (sur l'immonde place de Catalogne). Menu à 28 euros, du somme toute très classique (magret aux épices, gnocchis, fondant au chocolat), mais c'est très correctement executé, généreux, et les produits sont bons. Le cadre et le service sont agréables.
- Agapes: Dans le 5ème, a remplacé l'Equitable, un bistrot un peu upscale pas mal pour ce quartier pas top fun du boulevard Saint-Marcel, mais qui pâtissait d'un service pas top. Le menu est dans les 30 euros, la aussi c'est du classique, plus ou moins bien réussi et avec quelques tics que je croyais (espérais) passés de mode (le caramel balsamique pour décorer l'assiette, les petits fruits pochés qui ont rien à foutre avec le pâté mais qui sont là pour faire joli...). L'ambiance est un peu mortelle, la déco un rien kitsch avec assiettes dépareillées et tout: franchement si vous ne savez pas où aller et que vous êtes dans le coin vous ne sortirez ni ruinés ni avec l'impression de vous être fait voler, mais bon... ou alors, avec vos beaux-parents s'ils sont américains ou pas franchement rock'n'roll. Le chef est jeune, gentil, et semble compétent, mais je ne suis pas convaincu que ça suffira surtout que l'Agrume, juste à côté, un peu dans le même créneau ou en tout cas dans la même gamme de prix, semble marcher fort.
- Ribouldingue: la mecque des abats à Paris, du côté du boul'Mich, fort appréciée des guides depuis 3-4 ans que ça existe. Depuis que la TVA a baissé que le site web a été mis en ligne, les prix ont quand même pas mal grimpé (menu à 32 euros, +5 donc par rapport aux 27 annoncés). La patronne, ancienne de chez Camdeborde époque Régalade, est à mon goût un peu trop on the edge entre "gouaille parisienne" et muflerie type "estimez-vous déjà heureux de bouffer chez moi et fermez-la". Certes, l'un d'entre nous a eu 20 minutes de retard, mais elle nous l'a fait chèrement payer: 20 minutes pour prendre la commande ensuite, puis 45 pour que l'entrée arrive, c'était un peu long, pour faire dans l'euphémisme. A leur décharge, c'était blindé, ils étaient je pense à la ramasse en cuisine, et l'apprenti au service était franchement handicapé (quelques bonnes séances d'engueulade en direct live, c'est visiblement à la mode). Sinon, parlons un peu becquetance: pour les amateurs, vous trouverez sur une seule carte tous les abats que vous ne voyez habituellement qu'un par un sur les cartes (tripes, tête d'agneau, cervelle, os à moëlle), et quelques raretés (tétines de vache). Vous pouvez même ramener des potes qui n'aiment pas ça car il y a quelques plats plus classiques (poissons, joue de boeuf braisée etc). C'est bon, cela dit je ne trouve pas que ce soit spécialement meilleur que dans d'autres endroits où on trouve des abats, le principal avantage étant donc à mon avis plutôt le choix. Et puis surtout, j'aime dans ce genre de cuisine la générosité, et les portions un peu nouvelle cuisine m'ont quelque peu déçu (sauf en ce qui concerne l'os à moëlle, mythique - par contre, LA patate nouvelle avec la tête d'agneau ne m'est pas restée sur l'estomac, justement). A retenter dans quelques temps peut-être.
- Le buisson ardent: micro-dîner de blogeurs qui sera probablement bientôt raconté plus en détails ailleurs. Bistrot gastronomique en face de la fac de Jussieu, cette institution ronronnante (souvenir pas très bouleversant de 2005, entre cuisine plan-plan et service pour touristes) du coin a été reprise en 2006. Le nouveau chef passé par de bonnes maisons a donné un coup de neuf à la carte, toujours classique mais gentiment revisitée, avec quelques touches asiatisantes ou sucré-salé. Je trouve que le menu-carte à 30 euros fonctionne très bien et vaut vraiment son prix. La carte des vins est sans grosse surprise mais efficace avec pas mal de bouteilles honnêtes dans les 35 euros. Le service a été nickel, très accomodant. Comme la compagnie a été également plaisante, ce fut une bien agréable soirée. Sans conteste le haut du panier dans le quartier.


* Disons que je connais des endroits où on peut trouver des pizzas au feu de bois, plus "généreuses", pour une dizaine d'euros (la Comedia, dans le 5eme, par exemple). Alors certes, avec un prix qui varie presque du simple au double, les ingrédients ne sont pas de la même qualité: le fromage est souvent grossier, les légumes peu goûteux, la viande-charcuterie bas de gamme. Dur de comparer, ça dépend un peu ce qu'on demande à sa pizza: une expérience gastronomique, ou un coupe-faim efficace, pas désagréable mais un peu rustre...

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 09:34

Commençons par quelques précisions je l'espère pédagogiques, pour les égarés que ça pourrait intéresser, sur les différences entre les auditions pour les postes CNRS ("chercheur" ou "chargé de recherches") et les auditions pour les postes MdC ("maître de conférences" ou "enseignant-chercheur").*
Pour ceux qui savent déjà tout ça, vous pouvez passer au paragraphe suivant...

- Les postes MdC sont affiliés à une université. Chaque université, lorsqu'elle reçoit le feu vert du ministère, publie une offre de poste concernant un (parfois plusieurs) de ses laboratoires. Théoriquement, les postes peuvent être proposés n'importe quand avant le début de l'année universitaire, même si pour des raisons historiques d'avant la loi de réforme sur l'autonomie des universités, la plupart des auditions ont lieu au mois de mai. 
Pour chaque poste où on veut postuler, il faut remplir un dossier de candidature, l'envoyer à l'Université de tutelle, puis si tout se passe bien effectuer une audition devant une commission composée de 50% de chercheurs du laboratoire d'accueil, et de 50% de chercheurs extérieurs, censés en théorie apporter la touche crédibilité, faire rempart au localisme etc (en pratique, comme le microcosme de la recherche française est vraiment micro, surtout sur une thématique donnée, tout le monde se connaît bien et les amitiés ou inimitiés jouent souvent malgré tout un rôle non négligeable).
Bref, si 4 postes en France m'intéressent, je dois préparer quatre dossiers et éventuellement passer 4 auditions, à chaque fois sur place, à mes frais bien sûr.
- Les postes CNRS, c'est un peu plus simple, en tout cas c'est centralisé: tous les postes ouverts par le CNRS, plus ou moins détaillés, sont publiés chaque année en même temps (en décembre), par sections ou grands thèmes de recherche. Au sein d'une section donnée**, on peut candidater sur plusieurs postes, mais quoi qu'il en soit on ne soumet qu'un dossier de candidature et on ne passera qu'une seule audition, en mars, devant une commission de spécialistes - un jury, composé de chercheurs généralement plutôt reconnus- qui reste en poste pendant 4 ans. Si vous candidatez sur plusieurs postes, c'est ensuite la commission qui s'occupe de dispatcher les candidats retenus sur les postes les mieux adaptés. Autre différence, fondamentale: au CNRS, la candidature est en quelque sort un binôme candidat-labo d'accueil (voire un trinôme candidat-labo d'accueil-projet de recherches). Bref, au moment de votre candidature, vous devez préciser dans quel labo vous souhaitez être affecté si vous obtenez le poste***. Normalement, vous serez jugé non seulement sur votre CV, mais sur votre adéquation avec le labo choisi. Si rien n'empêche légalement que vous proposiez un laboratoire sans l'avoir jamais contacté, dans la pratique je pense que c'est quasi éliminatoire.
Enfin, alors que les bons labos font tout de même une sélection importante pour les auditions d'un poste MdC (disons 25-50 candidatures pour 6-10 personnes auditionnées), le CNRS, bien que paradoxalement un poil plus compétitif, auditionne tout le monde - sauf ceux qui ont oublié de fournir leur attestation de soutenance, la photocopie de leur passeport, ou de cliquer sur valider bien sûr. 

Alors voila, peu après la bataille du CNRS, dans la section où j'ai candidaté, petit résumé chiffré:

- 9 postes en CR2**** dont 2 très très fléchés (exemple de ce qu'est un poste fléché: «nouveaux dispositifs microfluidiques pour des applications en recherche médicale et pharmaceutique» affecté au LPN), et 4 "semi-fléchés" (thématique plus vaste et/ou plus grand nombre potentiels de labos d'accueil). Bref, je ne joue que pour 4 postes, 6 s'ils décident d'élargir un peu leurs critères comme cela arrive parfois en cas de pénurie de bons profils.
- 77 candidats auditionnés sur 2 jours.
- 17 membres de la commission répartis en 12 sous-jurys de 4-5 personnes (un membre pouvant faire partie d'un sous-jury le matin et d'un différent l'après-midi), auditionnant chacun 6-7 candidats. 
- En moyenne, 8 dossiers à rapporter par membre de commission, en 8 semaines - il y a aussi des postes de CR1, DR2 etc. 
- 15 minutes de présentation, 12 minutes de questions, devant un sous-jury au hasard comprenant votre rapporteur, celui qui a lu plus en détails votre dossier de candidature envoyé quelques mois auparavant, et ne comprenant pas de personnes avec qui vous avez directement travaillé ou chez qui vous postulez. 

Je ne suis pas le premier à le dire mais bon, les chiffres aident à se faire une meilleure idée.
C'est tout de même un peu sidérant de jouer un recrutement "à vie"*****:
- sur le rapport d'un "spécialiste" qui, outre le fait qu'il n'est pas forcément très intéressé par vos activités, a une bonne demi-douzaine d'autres dossiers à évaluer dans une période de quelques semaines, alors qu'il est par ailleurs souvent directeur de laboratoire ou d'équipe, enseignant etc. 
- sur  très précisément 27 minutes d'audition.
- devant une sous-commission de 4 personnes, qui ne voit elle-même qu'une fraction des candidats. Il me semble difficile ensuite d'harmoniser tout ça: si les dossiers et projets sont sensiblement équivalents, comment déterminer vraiment objectivement que le candidat 6 devant le sous-jury 8 est meilleur que le candidat 2 devant le sous-jury 11? N'était-ce pas parce que le sous-jury 8, aux thématiques éloignées, n'a rien bitté à ce que racontait number 6, alors que number 2 connaissait personnellement 3 membres de son sous-jury?******

Je ne cherche pas à dire que tout est pourri au royaume du CNRS: les recrutés ne sont jamais des chèvres choisies pour faire plaisir à un grand manitou, contrairement à ce qui peut se produire pour certains postes MdC.
Je souhaitais juste montrer que l'idéal de l'égalitarisme républicain, consistant à dire qu'il faut auditionner tout le monde alors que seuls environ 30% des candidats ont une réelle chance d'obtenir un poste, conduit à une situation où, à mon sens, le facteur chance est, pour distribuer ces 10 postes pour 25/30 bons candidats, plus important qu'il ne devrait être. Ou encore une bonne intention qui génère des inégalités probablement plus importantes qu'un système élitiste qui s'assume.

A part ça, je pense m'être tiré raisonnablement de l'exercice, car présenter les 5 années passées et les 5 années futures de votre carrière en 15 minutes est vraiment un exercice qui ne ressemble à aucun autre. Une présentation correcte, pas de grosses erreurs dans les réponses aux questions même si à froid on se rend toujours compte qu'on aurait pu faire mieux. Mais bon, comme expliqué plus haut, autant on peut probablement se griller en faisant une très mauvaise audition, autant en faire une bonne ne garantit pas grand chose. A part peut-être de faire partie des 25-30 dont le cas va être discuté...
Maintenant, wait and see.
Et, pour décompresser, c'est parti pour la préparation des concours MdC: séminaire mardi à Lyon.



* Oui, je l'ai probablement déjà écrit, mais 5 ans après mes parents n'ont toujours rien compris alors je m'habitue à ressasser.

** La plupart des candidats ne peut postuler que dans une seule section. Certains, avec des profils un peu à l'interface (physique/bio, méca/polymère, chimie/bio etc) peuvent parfois candidater sur deux sections. Dans ce cas-là, ils peuvent soit présenter le même projet aux deux jurys pour augmenter leurs chances de recrutement, soit présenter deux projets différents s'ils ont le temps ou la motivation pour cela. C'est pour cette raison qu'il y a toujours une liste complémentaire dans le classement par section: pour pallier le désistement d'un candidat admis dans deux sections différentes (ou qui a obtenu un poste payé 5 fois plus dans une université américaine, ou qui a finalement choisi d'aller élever des chèvres dans le Larzac).

*** La plupart des labos scientifiques français sont ce qu'on appelle des "unités mixtes de recherche". Les labos sont implantés dans une Université, et y travaillent à la fois des enseignants-chercheurs de l'Université en question, et des chercheurs affiliés au CNRS, qui techniquement ne dépendent pas de l'Université.

**** (chargé de recherches 2ème classe, le poste d'entrée du CNRS, certains candidats plus âgés pouvant candidater directement en CR1).

***** Quand je dis "à vie", ce n'est pas une figure de style: deux chercheurs de ma connaissance qui se sont bastonnés dans une salle de chimie, avec pour conséquences une venue massive des pompiers et du Samu, plusieurs malaises dues aux vapeurs de fioles brisées et une évacuation complète d'un centre de recherches d'environ 500 personnes, ont récolté non pas un licenciement pour faute grave, mais une mise à pied d'un mois (ou 3, je ne sais plus) et une mutation (c'est les labos qui les ont récupéré qui a dû être content). Juste pour rire, précisons que l'un d'eux est désormais ACMO (Agent Chargé de la Mise en Oeuvre des règles d'hygiène et de sécurité) de son labo...

****** On pourrait aussi s'insurger du fait qu'il n'y ait qu'un poste pour 10 candidats, même si le calcul est un peu plus complexe (avec les postes de MdC, les candidats qui ne se présentent pas au CNRS etc). Mais 1. les apprentis chercheurs que nous sommes ne sont pas les seuls à en "chier" en ce moment. 2. le problème est, contrairement à la façon dont se passent les auditions, loin d'être franco-français. 3. ce n'est pas ce dont j'ai cette fois-ci envie de parler. 4. On en parle très bien ailleurs.

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 10:43

Un article qui dénonce, un peu dans l'esprit de Presse qui roule (Florent Pagny grande époque).

Tel le mammouth C. Allègre*, ce visionnaire, je voudrais m'insurger contre une certaine frange de l'ecobusiness.

Plus particulièrement, contre cette nouvelle mode, visiblement bien généralisée pendant mes deux années à l'étranger, qui consiste dans les supermarchés et autres enseignes, à ne plus vous donner de sacs plastiques, mais à vous les vendre.

Alors, certes, les sacs plastiques, c'est mal, c'est caca, c'est pas développement durable.
Certes encore, je vois bien ce que la double incitation, consistant pour le consommateur à avoir à demander explicitement des sacs au caissier, puis à raquer, peut avoir de bénéfique pour remédier au moins partiellement à ce problème: ça pousse un peu les flambis dans mon genre, pleins de bonnes intentions mais pas forcément prompts à l'action, à penser plus facilement à prendre leur cabas, sac à dos ou sac réutilisable pour stocker leur PQ.
On évite ainsi les comportements caricaturaux à l'américaine, où le préposé au remplissage vous met les oeufs dans un sac, les viandes dans un autre, les légumes dans un troisième, les produits d'entretien dans un quatrième etc (comme si avoir déjà les courses bien rangées dans les sacs plastique vous dispensait d'avoir à les ranger chez vous), ce qui fait que vous vous retrouvez avec 8 sacs en main là où tout aurait pu sans forcer être casé en 3. Et donc, au bout de six mois, avec 3000 sacs plastiques roulés en boule dans le placard sous l'évier.
Alors ouais, peut-être bien que c'est la meilleure solution.

Mais tout de même, je ne peux pas m'empêcher d'être un peu agacé par ce gagnant-gagnant pour la grande distribution (mon côté gauchiste qui remonte).
Je m'explique:
Sachant que, jusqu'à nouvel ordre, on a quand même un peu besoin de sacs plastiques, pour stocker les déchets ménagers notamment, la grande distribution gagne sur tous les tableaux (le corollaire étant que le consommateur, lui, perd).
Les enseignes se la jouent défenseurs de l'environnement et se refont une petite virginité à peu de frais (hors ceux de communication): on ne fournit plus de sacs plastiques pour sauver la planète.
Et, parce qu'avoir le beurre c'est bien, mais son argent c'est mieux: ils en profitent pour se faire du pognon de tous les côtés:
- en achetant moins de sacs plastiques à leurs fournisseurs ou en en fabriquant moins eux-mêmes.

- en n'ayant pas, à ma connaissance, répercuté cette économie par une baisse des prix (prix qui comportaient une fraction représentant le coût des sacs plastiques).
- en nous les revendant (3 centimes le sac quand même). Parce que les donner, c'est contre leur politique de sauvegarde de la planète, mais si vous êtes prêts à payer, ils peuvent quand même vous dépanner.

- en nous vendant des sacs réutilisables tous plus moches les uns que les autres, et tous d'un beau vert pour bien montrer que c'est écolo sous le slogan "changeons le monde tous ensemble".

 

Voila, je crois que ça me fait autant gerber que les constructeurs automobiles qui nous expliquent que nous sommes des héros parce qu'on a acheté le dernier SUV, mais hybride... 

* Claude Allègre, qui, le premier à gueuler comme un putois pour dénoncer l'incompétence et la corruption du GIEC à cause de "la" typo dans le rapport de 1000 pages, joue la vierge effarouchée quand le journaliste du Monde relève un bon paquet de boulettes dans son dernier bouquin de 100 pages écrit gros... boulettes allant parfois plus loin que la faute de frappe (cautions scientifiques inventées, interprétations contestables - et parfois contestées par leurs auteurs même - de travaux, etc).

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 14:58
- Nouvel appart' depuis samedi soir, qui sent encore la peinture fraîche.
- Même pour un meublé, joie des courses pour se procurer les petits produits nécessaires à la vie de tous les jours auxquels on ne pense plus ensuite (en tout cas pas tous en même temps): en vrac, PQ, sopalin, sel, poivre, coton-tiges, poubelle, balayette, huile, réveil-matin, aspirateur, etc.
- Je m'attaque désormais au superflu, superflu nécessaire pour se sentir un peu chez soi quand même (électro-ménager non fourni tel que téloche, four etc).

- Depuis ce matin, nouveau boulot aussi.
- Enfin, la chef n'est pas là, la secrétaire chez qui je dois signer le procès-verbal d'installation et autres joyeusetés administratives non plus. Je ne vois pas l'industriel qui me paye et me fournit les échantillons avant la semaine prochaine, et ceux de mes collègues qui ne sont pas en vacances remplissent des dossiers ANR (les sections homme/mois les font bien marrer aussi).
- Cela dit, j'ai quand même une chaise, un bureau, un ordi et un badge cantine, autant dire l'essentiel pour faire semblant d'avoir quelque chose à faire. Qui a prétendu que les français n'étaient pas efficaces?
- Bref, c'est quand même pas le rush, et maintenant que j'ai envoyé quelques mails de boulot et que j'ai un peu bossé mon audition CNRS, je crois que je ne vais pas tarder à me barrer retrouver Priscilla, de passage pour des séminaires-entretiens en vue d'un nouveau post-doc à l'automne (à ses frais, bien entendu) et continuer à défoncer mon compte en banque à coup d'achats dispendieux et de réabonnements sans fin (EDF, RATP, téléphonie mobile, assurance, internet, et j'en passe).
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 11:20

183

183, c'est le nombre de pages du document pdf regroupant toutes les offres pour l'aspirant Maître de Conférences (MdC) ou Professeur des Universités (Pr).
Soit, à raison de, environ, 15 postes par page, grosso modo 2500-3000 offres de postes.
Même si, depuis la loi sur l'autonomie des Universités, celles-ci peuvent ouvrir leurs postes quand elles le souhaitent, deux tiers des offres ne sont sorties qu'aujourd'hui, date limite de la session synchronisée d'antan...

En ce qui concerne les MdC uniquement, on se limite aux 118 premières pages (mettons 1750 postes), répartis non uniformément sur une soixantaine de sections définies par le Conseil National des Universités (C.N.U.).

Si je m'arrête aux trois sections sur lesquelles je suis qualifié (c'est à dire autorisé à poser candidature), il y a une petite centaine de postes.
En théorie c'est un peu plus complexe, car, même en n'étant pas qualifié dans une section, je peux y candidater: alors, certes, en section 1 (Droit privé et sciences criminelles), mon profil a peu de chances de convenir.
Mais en fait, il y a pas mal de postes en sections 60 (Mécanique) ou 30 (Milieux dilués), où je ne suis pas qualifié*, pour lesquels je pourrais candidater de façon plus crédible que sur beaucoup de postes de la section 31 (Chimie théorique) où je suis qualifié.

Regardons donc plutôt les intitulés de postes qui ont un rapport quelconque avec mon profil: on se retrouve à environ 35 postes.
Si je les regarde plus en détail, je pense que le nombre d'offres pour  lesquelles ma candidature serait cohérente ne dépasse pas les 20.

Enfin, en me limitant aux postes qui m'intéressent potentiellement (thèmes de recherche, labo, équipe, localisation)**, j'ai, si je compte bien, moins de 5 offres auxquelles j'envisage de répondre: pas mal de labos où j'aimerais bosser ne recrutent pas cette année.
Sur ces 5 offres, il y en a une à laquelle je vais candidater de façon certaine (j'ai une réputation de Poulidor a défendre dans ce labo), quant aux autres je suis encore en phase de réflexion/renseignement.
Au final, je ne candidaterai probablement qu'à 2 ou 3 postes.
Ainsi, je sauverai mon compte en banque de voyages non remboursés pour des candidatures moisies à travers la France. Par contre, la probabilité que je chope un poste en 2010 est du coup plus  faible que je l'imaginais il y a encore quelques mois. 

A tous mes lecteurs dans la même position, have fun.


* Pour ceux qui n'ont pas passé le joyeux processus dit de la qualification, il consiste en l'envoi postal, une fois la thèse soutenue, d'un joli dossier de 12 kilos à deux rapporteurs par section où vous demandez la qualification (plus, si je me rappelle bien, un 3ème exemplaire pour les archives). Dans les sections de physique ou chimie, la qualification est cependant quasi-automatique si: 1- vous avez publié pendant votre thèse, ne fut-ce qu'un article dans une revue obscure. 2- vous avez effectué un tant soit peu d'enseignements (monitorats, vacations, khôlles etc).
Autant dire que le rapporteur se contente de jeter un coup d'oeil à votre CV.
Mais bon, malgré tout le dossier complet (CV, articles, attestations d'enseignement, rapport de thèse, diplômes, et tutti quanti) doit être compilé et envoyé, et je dois avouer qu'au bout de 3 sections je me suis lassé.
La qualification est valable 4 ans, et pour ceux qui la redemandent, il faut tout refaire de zéro (pas de réactualisation du dossier, ça serait trop simple).

** Je ne suis pas encore assez désespéré pour candidater partout, j'espère m'arrêter avant, avec ou sans poste - et je ne suis pas convaincu que ça soit la meilleure technique.
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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 11:00
Le Courrier International a pour dossier cette semaine "Les parisiens, quelques raisons de les détester".

Quand je suis tombé dessus chez le marchand de journaux, je n'ai pu résister au plaisir de l'acheter, tant, depuis mon retour, j'ai du mal à me réhabituer à la goujaterie parisienne, alors qu'au contraire je n'ai pas eu de problème à me réacclimater à la ville elle-même.

Ce ne sont pas les mèches rebelles je sais tout de la rive gauche ou les serveurs gouailleurs* qui me broutent, eux me font plutôt rigoler et sont une institution: sans eux, Paris ne serait plus Paris. Et puis, ils sont copiés et jamais égalés dans toutes les grandes villes où je suis passé. 

Ce qui me sort par les trous de nez en ce moment, ce sont plutôt ces commerçants qui ne disent ni bonjour ni au revoir ni merde quand on leur achète le journal ou une baguette. Ce sont ces passants qui vous bousculent ou vous piétinent sans jamais vous adresser une parole ou un sourire d'excuse, qui vous coupent la route sans même ralentir, ou marchent à deux à l'heure en occupant toute la chaussée. Ce sont ces personnes qui ne vous remercient pas, ne vous regardent même pas, quand vous les laissez passer ou leur tenez la porte.
Pire, quand vous faites preuve de courtoisie, cela semble susciter une surprise extrême tant ça a l'air d'être devenu inhabituel: que vous vous arrêtiez à un passage clouté pour laisser passer une petite vieille, que vous cédiez votre place à un mec en béquilles dans le bus ou que vous aidiez une maman à monter sa poussette dans le couloir du métro et le "bénéficiaire" du petit geste vous regarde avec des yeux ronds.
Finalement, les seuls qui semblent avoir conservé un rien de politesse, ce sont les vieux (s'ils ne sont pas dans un bus ou ne tentent pas de vous griller pas dans la queue au Franprix), et les petits jeunes quand ils sont bien élevés: bizarrement, il semble que les parents continuent à apprendre les règles d'urbanité de base, même si eux ne les respectent plus depuis un bail. Ca dure jusqu'à ce que les hormones et l'acné n'entrent en scène, je pense.

Mais ce qui me marque le plus en ce moment, c'est surtout cette absence totale d'"eye contact" que j'ai déjà mentionnée plus haut. Personne ne vous regarde jamais dans les yeux.
Une maman m'a écrasé trois fois les pieds avec sa poussette en 30 secondes (dans une queue où elle persistait à vouloir avancer alors que ça n'avançait pas), sans jamais m'adresser un regard malgré mes oeillades appuyées, et au bout d'un moment un rien courroucées. Les commerçants rendent la monnaie sans un regard. Les exemples sont innombrables.
C'est cette attitude, je pense, qui révèle le mieux une déshumanisation rampante: est-ce plus marqué qu'il y a quelques années ou est-ce que cela me choque plus après deux années loin de tout ça? Ou est-ce dû au fait que, pour la première fois, je suis à Paris en flâneur?

Car, certes, c'est l'effet mégapole où chacun se préoccupe avant tout de ces fesses, mais je trouvais les relations plus "humaines" à Boston ou même à New-York: les commerçants ont encore conscience qu'une bonne relation avec le client potentiel peut les servir, on peut sociabiliser dans un bar même si on n'y connaît personne, les gens s'arrêtent pour vous aider quand ils vous sentent perdus, griller dans la queue n'est pas un sport national et on a droit à un sourire et un mot d'excuse quand on se fait bousculer.
Le "superficiel" à la ricaine a aussi du bon.

Alors voila, je pense que mon étonnement ne durera pas longtemps, et qu'après une petite réadaptation à base d'1h quotidienne dans le RER B, je serai de nouveau, moi aussi, un gros connard (après 7 ans à Paris, j'en étais un, je ne me leurre pas).
 

* La "race" des serveurs parisiens est malheureusement en train de disparaître car la nouvelle génération et les établissements à la mode, comme à New-York, se contentent de traiter le consommateur comme de la merde, sans humour.
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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 16:35
De retour à Paris, je cherche actuellement un studio ou un petit deux pièces, 25 m2 minimum, meublé, à proximité du RER B au niveau du 13ème ou 14ème (Denfert, Port-Royal, Cité U), disponible le plus tôt possible.
Pour un loyer de 900 euros grand max.

A défaut, je veux bien garder un appartement gratuitement pendant six mois si vous avez un bien immobilier vide que vous souhaiteriez voir entretenu. Dans ce cas-là, je suis prêt à faire un effort sur la localisation, et même la taille, et je ferai consciencieusement le ménage.

A défaut encore, si vous avez une pièce disponible dans votre logement et que vous êtes prêt à héberger un gentil garçon, propre sur lui, faisant ses besoins sans aide, autosexuel, et qui fait même plutôt bien à manger, pour une semaine ou plus, n'hésitez pas à me contacter, je commence à être à court de potes.

A votre bon coeur, m'sieurs dames:
mixlamalice@hotmail.com

Et puis sinon, je suis dispo pour aller boire un verre ou pour une bouffe, vu que je ne commence à bosser que le premier mars (si Dieu, le CNRS, le partenaire industriel et la grande fac dans la prairie se mettent d'accord sur les formalités administratives liées au contrat, ce qui ne semble pas aussi facile qu'on pourrait le croire).
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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 19:01

Retour à New-York City le week-end dernier, en amoureux.

Un peu de chance puisque la tempête de neige qui a frappé la côte Est à ce moment là s'est arrêtée aux environs de Philadelphie, soit 100 kms au sud (pas loin d'1m de neige à Washington par exemple). Une autre tempête frappe en ce moment New-York, avec 30cms attendus et des vents à 100km/h...
Bref, on a eu le bon créneau, même si on se pelait un peu le jonc malgré tout.*

Trajet en bus sans soucis vendredi en début d'après-midi (à 20$ l'aller-retour, on ne peut pas vraiment faire le difficile), et pour changer un peu du Midtown ou de l'Upper Side, réservation dans un hôtel du Flatiron District, le Marcel (24th and 3rd).
Hôtel un peu en-dessous de ce que j'espérais: censé être un 4 étoiles, chambres assez petites, pas nickel-chromes, isolation moyenne. Enfin, en période creuse, et en tant qu'anciens clients de la chaîne (30% de réduction), la chambre nous est revenue à 130$ la nuit (65/personne donc), donc la non plus on ne va pas se plaindre. Mais tout de même, appartenant au même groupe (Amsterdam Hospitality), le Bentley, lui aussi 4 étoiles (Upper East Side) est largement au-dessus en terme de prestations, alors que le Moderne, 3 étoiles (Colombus Circle), est équivalent.
Petite remarque à ce propos, sur ce qui me semble être typiquement américain: cherchez à vous loger à New-York (ou même à Boston) pour moins de 50$/personne/nuit, vous ne trouverez que dortoirs, hôtels miteux avec cafards et douches sur le palier ou, si vous avez de la chance, une chambre double en YM(W)CA. Par contre, si vous avez les moyens de mettre 15-20$ de plus, vous êtes quasiment sûrs, concurrence oblige, de trouver un 3 ou 4 étoiles bien situé, cassant ses prix pour augmenter son taux de remplissage. Alors, sur un séjour de deux semaines, 20$ par nuit finit par faire une grosse différence qu'on ne peut ou veut pas toujours se permettre, mais pour un week-end, mon choix est vite fait. 

Revenons à l'essentiel, nous n'allons pas à New-York pour squatter la chambre d'hôtel de toute façon: finalement, c'est un quartier assez chouette, plus central et vivant que le Upper (on n'est qu'à 15 minutes à pied du Village d'un côté, et de Times Square de l'autre) et moins pénible que Times Square quand on veut se reposer.

Histoire de fêter nos retrouvailles, ou notre anniversaire un peu en retard, ou encore la Saint-Valentin en avance, on ne sait plus trop, nous avons réservé pour le vendredi soir une table à WD~50, restaurant de Wylie Dufresne, chef apparemment assez "perché", auteur d'une cuisine très moderne et expérimentale. Les critiques sont loin d'être unanimes (1 étoile Michelin et 3 étoiles au New-York Times tout de même), en tout cas personne ne semble vraiment indifférent.
Même si a priori la cuisine moléculaire n'est pas ce qui me botte le plus, j'avais fini par être alléché par les commentaires, peut-être intrigué par leur diversité aussi.
J'avais également lu que le restaurant avait du mal à se remplir. En réservant 3 semaines en avance, le service du vendredi 20h (3 services par soir apparemment, 18h-20h-22h) était déjà complet, et le restaurant totalement réservé le samedi. Réservation effectuée donc pour 22h.
Comme je crevais la dalle, et que j'espérais que certaines tables arrivées à l'heure ne dineraient pas en deux heures, nous arrivons vers 21h40 après avoir traversé le East Village à pied pour se mettre en appétit: il y a quelques années franchement mal famé (notamment la partie "Alphabet City") et aujourd'hui bien réhabilité, ce quartier un peu "bobo-destroy" (djeuns tatoués-piercés mais désormais plus Fall Out Boy que The Exploited  - pour la version "bobo-crypto-européen", djeuns à barbe savamment négligée, chemises cintrées, vestes en velours et bottes à bouts pointus, allez dans le West Village, de l'autre côté de Broadway), pas très pêchu de jour, est visiblement "the place to be" de nuit, avec ses pubs, ses boîtes branchées, ses "deli" (l'équivalent de nos kebabs) et ses boutiques rebelles.

Le restaurant est situé dans le Lower East Side, à l'Est de Chinatown, quartier un peu mort, essentiellement résidentiel, et pas franchement réputé pour ses restaurants branchés. La grosse porte en bois à l'entrée fait plus penser à un atelier de menuiserie, nous mettons un moment à remarquer que nous sommes arrivés. 
Nous sommes en effet assis immédiatement, à mon grand soulagement, mais c'est effectivement complet à 2-3 tables près. Comme d'autres l'ont noté, la salle, les serveurs et la clientèle n'ont rien à voir avec celle d'un restaurant haut de gamme français: pièce en longueur, coupée en deux, d'un côté les tables de deux, en rang d'oignon, de l'autre des banquettes pour les tables plus nombreuses, avec une cuisine ouverte au fond. Tables carrées en bois très basiques, sets de tables, on n'est pas franchement au Meurice. La clientèle est plutôt éclectique, à majorité iPod-branchouille mais pas que. Comme de plus, l'éclairage est normal et qu'il n'y a pas d'électro-jazz en fond sonore, on n'a heureusement pas non plus l'impression d'être dans un bar lounge pour trous de balle. Bref, on se sent plutôt bien, comme dans un bistrot chic. 

On n'est pas venus là pour tricoter, alors on choisit le Tasting Menu, avec le Wine Pairing.
Au menu ce mois-ci:

En amuse-bouche:
Sweet shrimp, popcorn, jicama, lime
Cava ‘L’Hereu Reserva Brut’ Raventós i Blanc 2006 (Cataluna, Spain)


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C'est très joli, au goût ça n'a pas grand chose d'extraordinaire. Le jicama est un espèce de navet, ici mariné. Les crevettes sont un peu mollassonnes, la crême de popcorn est amusante mais fait un peu esbrouffe: est-ce différent de la polenta? Pas bien sûr...
Mais ça a au moins le mérite de changer des verrines de mousses ou veloutés de machin. 
Le vin sec pétillant est plutôt bon.

Plat que je qualifierais de deuxième amuse-bouche:
Everything bagel, smoked salmon threads, crispy cream cheese
Cava ‘L’Hereu Reserva Brut’ Raventós i Blanc 2006 (Cataluna, Spain)

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Désolé pour la photo, j'avais commencé à m'empiffrer. Là, on rentre plus dans le vif du sujet, dans le côté déjanté: un bagel au saumon fumé et au "cream cheese", rien de plus classique aux US. Sauf qu'ici, le bagel, au sésame, est une glace. Le saumon fumé, de la poudre. Et le "cream cheese" qui comme son nom l'indique ressemble usuellement à du beurre mou, est ici une plaque croquante n'étant pas sans rappeler du parmesan. Malgré tout, les goûts sont indéniablement présents, mais le jeu sur les textures rend la chose unique, comme le soulignait Ferran Adria lors de sa conférence à Harvard.
Alors, autant quand je bouffe de la bête tomate liquide, je trouve ça assez vain, autant ici, quand la composition est plus complexe, je trouve ça intéressant et amusant. Toujours un peu vain aussi, mais après tout, on peut arguer que la cuisine et la dégustation sont en soi des activités vaines et qu'on peut survivre avec un ouvre-boîtes, du cassoulet Leader Price et un micro-ondes. On peut aussi penser qu'un grand repas, c'est un voyage des sens.
On reste sur le même vin, avec un petit "refill" plutôt sympa.

Les entrées:
Foie gras, passionfruit, chinese celery
Riesling Spätlese Selbach 2008 (Saar, Germany)

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Enchaînement diabolique. Sur cette photo, je n'ai pas commencé à manger, j'ai simplement coupé le foie gras, présenté innocemment de façon tout à fait classique. Mais à l'intérieur se trouve une crême aux fruits de la passion. Le mélange est étonnant mais parfaitement à notre goût: les saveurs se dissocient très bien, d'abord le fruit de la passion, ensuite le foie gras, froid mais fondant, le tout dans un mariage "on the edge" mais harmonieux. Le céleri, encore sous forme de poudre, n'apporte pas grand chose au niveau goût, mais un côté croquant qui contrebalance bien le reste du plat.  
Le vin ne m'a pas laissé un grand souvenir mais parfois il vaut mieux que ça reste en retrait.

Scrambled egg ravioli, charred avocado, kindai kampachi
Riesling Spätlese Selbach 2008 (Saar, Germany)

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L'enthousiasme retombe un peu sur ce plat: le "ravioli" est un oeuf brouillé probablement passé à l'azote liquide. Le kindai est une espèce de thon apparemment rare. Il y a une mousse d'avocats, grillée, et les petits grains sont des pommes de terre rissolées (aucune idée de la méthode pour les obtenir). Chaque composant est excellent, mais je trouve le mariage pas spécialement réussi ici, on a presque deux plats en un: les oeufs brouillés avec les patates, le thon avec l'avocat.
Dans mon souvenir, le riesling ne va pas non plus très bien avec le thon.

Cold fried chicken, buttermilk-ricotta, tabasco, caviar
Pinot Noir Torii Mor (Oregon)

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Explication du serveur: ce plat est l'adaptation du chef d'un "plat de restes": le poulet, rôti, a ensuite été compressé en terrine, puis recuit, pané. Le tout est servi froid, avec un mélange buttermilk-ricotta qui n'est pas sans rappeler de la purée froide. La sauce, miel-tabasco, est excellente à mon goût, trop épicée pour celui de Priscilla.
Un plat "intéressant". Mais comme l'a fait remarquer justement François Simon, quand on ne sait quoi dire d'autre qu'"intéressant", confronté à un plat (ou à une autre forme d'art d'ailleurs), c'est rarement très bon signe.
Je trouve que cela avait effectivement goût d'un bon "plat de restes", mais il manquait la "transcendance" attendue... Quant au caviar (américain), je me demande bien ce qu'il foutait là: s'il se mariait pas trop mal avec le buttermilk-ricotta, il ruinait pour moi l'accord met-vin.

Langoustine, red pepper, black sesame, shiso
Pinot Noir Torii Mor (Oregon)

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"Le" plat raté de la soirée: il y a eu des plats "géniaux", d'autres "fendards", des "intéressants", celui-là était tout simplement pas très bon et franchement "all over the place" (même en regardant la photo, je me demande ce que c'est que ce bordel). La langoustine était mollassonne et assez fade, le poivron rouge au sésame assez incongru, la sauce indéfinissable, et il y avait trop de poudres diverses à ingérer.
Même le vin n'allait pas bien avec le plat.
Plus généralement, en revenant sur le repas, je remarque que les plats qui m'ont le moins plu, sont, exception faite du "bagel", ceux qui contenaient des produits de la mer. Peut-être une "faiblesse" du chef?

Beef and bearnaise
Zweigelt Sattler 2008 (Burgenland, Austria)


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Heureusement, on retrouve les sommets avec ce plat. En lisant le menu, je me demandais bien ce que Dufresne entendait par "Beef and Bearnaise". Je dois avouer qu'en voyant le plat, j'ai eu du mal à piger et qu'il m'a fallu goûter. Les boulettes sont des espèces de gnocchis parfaitement parfumés à la béarniase. Le bouillon est un jus de viande très riche, excellent. L'herbe au-dessus (céleri chinois again?) donne la petite touche exotique parfaite. Un régal.
Encore une fois, vin en retrait qui ne m'a pas laissé de souvenir particulier, si ce n'est d'avoir été bouchonné, et changé illico à ma demande.

Lamb loin, black garlic romesco, soybean, pickled garlic chive
‘Artist Series #5’ Soos Creek 2005 (Columbia Valley, Washington)

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Plat le plus classique de la soirée, m'a-t-il semblé. Pas grand chose à en dire, du coup: délicieuse pièce d'agneau parfaitement cuite, bon jus de viande. L'ail noir écrasé "pur" est un peu trop puissant à mon goût, je préfère quand il parfume une sauce ou une purée.
Priscilla commence à caler, je reste au taquet pour les desserts, concoctés par Alex Stupack, un jeune à la réputation déjà flatteuse.

Pré-dessert:
Vanilla-mango ice cream, yuzu, spruce

Pas de photo, mais ça commence bien, avec une excellente crême glacée "bi-goût" et le très en vogue yuzu pour la petite acidité qui aide à digérer.

Hazelnut tart, coconut, chocolate, chicory
Commandaria St. John Keo NV (Lemesos, Cyprus)

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Le premier dessert est une tuerie, l'un des meilleurs plats de la soirée. C'est fondant, c'est sucré, c'est gras, c'est parfait (la mousse chicorée est le seul point faible du dessert). Priscilla ne s'est pas encore remise d'avoir du m'en laisser la moitié pour cause d'estomac trop rempli.
Le vin de Chypre, à mi-chemin entre le porto (pour la consistance) et le muscat (pour le côté sucré) est également très bon.

Carmelized brioche, apricot, buttercream, lemon thyme
Moscato d’Asti ‘Bricco Quaglia’ La Spinetta 2008 (Piedmont, Italy)

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Délicieux sorbet, buttercream un peu fade, et brioche à l'abricot étrange (goût assez prononcé de fromage, pas désagréable pour moi, un peu plus pour Priscilla, masquant tout de même pas mal l'abricot). A nouveau, "intéressant"...
On termine par un vin pétillant, bon point final à cette fête.

Cocoa packets. Chocolate shortbread, milk ice cream

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Petites mignardises, jolies et bonnes, pour finir, malheureusement servies au moment de l'addition et donc après mon déca.

Nous rentrons à pied, après avoir passé environ 2h30 à table, malgré le froid, pour que Priscilla se remette un peu de cette "Grande Bouffe".

Bilan: 275$ par tête (menu à 140, wine pairing à 75, ~10% de taxes et 20% de pourboire).
Le menu à 140$ est, en terme de prix, dans la moyenne haute des 1 étoile new-yorkais (je dirais qu'on tourne habituellement autour de 110$), un prix classique pour un 2 étoiles (il me semble qu'on avait payé ça à Gilt, et quelques dollars de plus au Bernardin, 3 étoiles au prix de 2).
A la carte, je pense qu'on peut s'en tirer à environ 150 avec une bouteille, les portions ont l'air généreuses.

Plusieurs commentaires:
- le service est djeun' (tattoos et piercings inclus), efficace et sympa, cosmopolite et, bizarrement par rapport à ce qui ce fait généralement aux US, plusieurs serveurs se sont occupés de nous au fil de la soirée. Du coup, pas toujours facile de comprendre les petits speechs sur les plats quand on passe d'un afro-américain à un latino après avoir eu un asio-américain.
- le côté "casual" ne m'a pas gêné le moins du monde, alors que ça m'avait passablement agacé chez Robuchon. Peut-être que j'avais été un peu biaisé par mes a priori sur l'Atelier, ses pratiques de non-réservation, ses coefficients sur les pinards encore plus ridicules qu'ailleurs, ses prix franchement gonflés. Peut-être aussi que la cuisine rock'n'roll de Dufresne se prête plus à cette ambiance décontract' que celle ultra-classique de Joël, qu'on imagine plus facilement un client un peu bourrin siroter un coca avec le "bagel" qu'avec un velouté de chataîgnes.
- il y a vraiment pléthore de plats dans le menu, on regrette d'autant plus la fausse note de la langoustine.
- le vin ici est plus un compagnon de route discret qu'un premier rôle. Il est peut-être plus avantageux de commander une bouteille à la carte, d'autant qu'actuellement, les bouteilles sont à moitié prix pour ceux qui prennent le menu. Il y a du coup quelques jolies affaires à faire, comme par exemple un Domaine du Vieux-Télégraphe La Crau 2007 à moins de 100$, quand son prix chez Lavinia est de 55 euros, et chez Whole Foods de 65$.
- tous les plats sont profondément imaginatifs et créatifs. Il y a beaucoup de jeu sur les textures, mais ce n'est pas exclusivement d'inspiration moléculaire. On peut faire une analogie avec l'Art moderne: on aime ou on est allergique. Et même quand on aime, force est de constater que parfois, on n'accroche pas, on ne comprend pas. Dans l'ensemble je trouve que l'équilibre était plutôt maîtrisé, qu'il y avait souvent un intérêt derrière la technique ou les mariages audacieux, et pas seulement de l'esbrouffe.
Bref, je me suis éclaté, et Priscilla va même jusqu'à le ranger dans son top 3.
- à mon sens, ça vaut plus qu'une étoile en stricts termes culinaires, mais il y a peut-être trop d'hétérogénéités entre les plats (même si visiblement Dufresne se contient maintenant plus qu'à ses débuts en terme d'expérimentations farfelues), et encore une fois certains peuvent être allergiques à ce type de cuisine. La déco, l'ambiance, qui pour le Michelin, au-delà de 1 étoile, donnent l'impression de compter sans que ça soit admis ouvertement, ne jouent probablement pas non plus en la faveur de WD~50.
- plusieurs critiques suggéraient que le restaurant ne marchait pas très fort. C'était blindé tout le week-end. Est-ce que les offres promotionnelles ont fait leur effet, est-ce du à la critique la plus récente du NYT (pour les new-yorkais la référence en matière de critique culinaire), il y a un an et demi, l'ayant fait passer de 2 à 3 étoiles? Ou bien est-ce juste l'effet week-end, et le restaurant est-il désert la semaine (possible, car la clientèle a probablement moins de scrupules à aller s'enterrer au fond du Lower East Side un vendredi ou un samedi qu'un mardi)?


Le lendemain matin, nous allons prendre le petit déjeuner à la brasserie Les Halles, dont le propriétaire est, au moins partiellement, Anthony Bourdain, un ancien chef reconverti en globe-trotter gastronomique à la télé, à 4 blocs de notre hôtel.
C'est désert, mais le plateau de viennoiseries à 12$ est une affaire qui ne vous ferait presque pas regretter la France. Parfaitement tièdes, fraîches, et avec la texture feuilletée adéquate qu'on retrouve si rarement de ce côté de l'Atlantique, sans glaçage ou autres ridicules ornements. Pour ce prix là, on a droit à 1 croissant, 1 pain au chocolat, 1 pain au raisin, 1 chausson aux pommes et 2 tartines grillées, idéal pour 2 personnes.  
Par contre, ces salopards se rattrapent sur le prix des boissons, 2$ la tasse de café sans refill, 4$ le thé, idem le jus d'orange etc.

On y retourne le soir, pour le moment nostalgie de Priscilla. Je la soutiens moralement, mais ça ne me concerne plus puisque je suis de retour au pays. L'ambiance a changé par rapport au matin, c'est blindé, ultra-bruyant, très tamisé, dans un mélange assez réussi entre la brasserie parisienne kitsch et un restaurant new-yorkais à la mode. Au menu, du boudin aux pommes pour elle, un steack aux poivres pour moi, une assiette de charcuterie à partager, des profiterolles en dessert. Du classique plutôt bon, quoique boudin un peu sec, profiterolles un peu chiches, charcuterie inégale... Comme souvent pour ce genre de cuisine aux US, c'est le coup de fusil au moment de l'addition, 65$ par personne (avec une bouteille de Morgon correcte), là où même en étant masochiste, on aurait du mal à trouver à plus de 35 euros sur Paris.

On termine par une expérience affligeante au River Café, endroit prout de Brooklyn réputé pour sa vue sur la rivière (vu le nom, on ne s'en serait pas douté). Référencés dans tous les guides (1 étoile au guide rouge 2010 notamment), ils doivent voir passer leur lot de touristes bourrins alors que l'endroit, chic et old school, attire plutôt une clientèle new-yorkaise de jeunes friqués, de vieilles tirées, et de vieux à pulls en cachemire qui reviennent du golf. Je peux comprendre que ça les gave. Mais quand nous avons demandé si nous pouvions boire un verre au bar, ils n'avaient qu'à nous répondre que non, ils ne servaient que le brunch, et on serait allé au pub 10 mètres plus haut. Si c'est pour traiter les clients comme de la merde et se foutre quasi-ouvertement de leur gueule dès que leur accent les trahit, allez vous installer à Paris.  

* De toute façon, il me semble qu'hiver (températures glaciales, vent qui ne l'est pas moins) et été (chaleur étouffante, foule insupportable et odeurs immondes) ne sont pas les meilleurs moments pour visiter cette ville.

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 19:02

Un article placé sous le sceau de la loi de Godwin.

Je voudrais ici montrer quelques similarités, dans la méthode ou les arguments, entre les sceptiques d'aujourd'hui (les sceptiques du réchauffement climatique, les sceptiques de l'affaire du World Trade Center) et ceux d'hier (les négationnistes).
Je n'assimile pas les uns aux autres, je remarque simplement des anologies, amusantes si l'on peut dire, en tout cas intéressantes à mon sens.

Aujourd'hui, tout fait historique ou scientifique a ses négateurs; "sceptique" étant la désignation politiquement correcte donnant à la chose une légitimité n'ayant pas toujours lieu d'être.
Que le medium Internet, permettant la diffusion instantanée de tout et surtout de n'importe quoi, ait favorisé cet état de fait, probablement.
Mais le phénomène n'est pas nouveau, et quel que soit le sujet remis en cause, on trouve dans une certaine mesure les mêmes arguments transposés, les mêmes méthodes employées: potentiellement recevables, ils ne sont pourtant pas toujours utilisés de bonne foi ou à bon escient.

En voici quelques exemples.

- L'utilisation du "scepticisme scientifique" ou du "révisionnisme historique" comme caution intellectuelle.
Certes, presque par essence, le scientifique et l'historien doutent et doivent douter. Des modèles scientifiques ou des interprétations de l'histoire peuvent être remis en cause par des découvertes plus récentes. Mais, outre que cela est assez rare, cela signifie encore plus rarement "virage à 180 degrés" par rapport à l’interprétation initiale. Le plus souvent, on permet simplement de pousser plus loin le modèle, ou d'affiner la compréhension d'un fait historique. D'autre part, et cela peut sembler une évidence: si "douter" est légitime, il ne signifie pas pour autant que, parce que vous doutez, vous avez raison.

- Un peu dans le même registre: la plupart des courants sceptiques étant (ultra-)minoritaires, on les entend souvent se comparer aux exemples historiques de celui qui a eu raison seul contre tous (typiquement, Galilée). La aussi, il paraît bon de rappeler que, 999 fois sur 1000, celui qui défend une théorie seul contre tous, a, simplement, tort. Et que, sans même rentrer dans ces considérations, le fait d'émettre une opinion à contre-courant n'est pas une preuve de sa validité. 
On peut également mentionner que les courants sceptiques ultra-minoritaires sont généralement eux-mêmes divisés en différentes fractions, dont le principal ou seul point commun est de remettre en cause la théorie "officielle": dans le cas du climat, il y a ceux qui nient tout réchauffement, ceux qui contestent l'amplitude du réchauffement, ceux qui valident le réchauffement mais nient son caractère anthropique... pour le 11 septembre, on a ceux qui pensent que les avions volent encore, ceux qui pensent que tout a été organisé par la CIA, ceux qui pensent que la destruction a été aidée par des bombes en sous-sol par le propriétaire pour toucher l'assurance... en ce qui concerne la Shoah, il y a ceux qui en nient l'existence, ceux qui mettent en doute son caractère planifié, ceux qui veulent en minimiser les chiffres ou son caractère unique...

- Souvent, les figures de proue des mouvements sceptiques sont des non-spécialistes: Courtillot et Allègre sont des géologues, Jean-Marie Bigard est un humoriste, Butz est un Professeur d'"Electrical Engineering", Faurisson était Professeur de Lettres, etc. La aussi, c'est utilisé comme argument en tant que tel ("un non-spécialiste apporte un oeil neuf, non façonné par l'establishment"). On peut rétorquer qu'un non-spécialiste a aussi plus de chances de raconter des conneries sur un sujet qu'il ne maîtrise pas complètement, voire pas du tout : voyez sur Internet tous ces "non-spécialistes" qui "démontent" la théorie de la relativité, par exemple. Encore un argument souvent entendu et qui, en tant que tel, ne signifie rien. 

- Les sceptiques aiment à se poser en victimes médiatiques, à qui l'establishment ne laisse pas la possibilité de s'exprimer. Or, c'est fou le nombre de tribunes que ces personnes obtiennent pour dénoncer cet état de fait (encore une hier dans le Monde en ce qui concerne le climat), le nombre d'interviews qu'on leur accorde, le nombre de "débats" auxquels ils participent (c’est un peu moins vrai pour les négationnistes depuis les lois Gayssot, mais Faurisson notamment a eu beaucoup de publicité dans les années 80). Si l'on y réfléchit, leur exposition est proportionnellement bien plus importante que la fraction "scientifique" qu'ils représentent, tant il est vrai qu'un medium d'information préfèrera un "non-spécialiste" charismatique qui raconte des choses simples (la véracité de ces choses étant parfaitement accessoire), qu'un spécialiste casse-burnes qui va énoncer des choses complexes diminuant le temps de cerveau disponible et obligeant le journaleux à réviser ses fiches.

- Puisque je parle de débat : on entend souvent les sceptiques "ne demandent qu'une chose, c'est qu'il puisse y avoir débat". Les media ne demandent que ça. Mais science et histoire ne sont pas culture et politique. On peut discuter des mérites du dernier film de Mickael Youn ou de l'ultralibéralisme, mais comme le disait
Tom Roud, la science n'est pas, en ce sens là, démocratique.
En science, il y a d'un côté la vérité (e.g., typiquement, des résultats expérimentaux reproductibles, et un modèle expliquant convenablement les données, modèle pouvant être affiné au fur et à mesure selon l'intérêt du problème), de l'autre le bullshit (données foireuseset modèles capillotractés ou plus simplement faux). 
Le but pour la communauté scientifique est d'arriver à un consensus: le débat peut exister pendant plusieurs décennies (dans mon domaine, la physique des films minces de polymères reste, je crois, un sujet à controverses depuis une bonne quinzaine d'années - même si on commence au moins à s'accorder sur les données expérimentales), mais lorsque 99,9% des spécialistes s'accordent sur une réponse, il n'y a plus débat pour convaincre les 0,1% restant. Lorsque 99,9% des spécialistes s'accordent sur une réponse, le fait que 55% de la population non-spécialiste n'y croit pas n'est pas une
remise en cause.
Pierre Vidal-Naquet soulignait, dans les Assassins de la Mémoire, la difficulté intrinsèque du "débat" avec les négateurs: accepter de débattre avec eux leur permet une exposition qu'ils ne méritent pas, et tend à mettre sur un pied d'égalité ce qui ne doit pas l'être (la vérité et le bullshit). Refuser le débat donne par contre un côté hautain au scientifique, et un côté victime (voir point ci-dessus) au sceptique.

- Les sceptiques considèrent toujours que les milliers de preuves qui accréditent la thèse officielle sont fausses ou sujettes à caution, mal comprises, etc. Par contre, les quelques faits inexpliqués, inexplicables, ou dont l'interprétation pourrait éventuellement remettre en cause cette thèse, sont, eux, "parole d'Evangile". Un crédit illimité est également accordé aux théories alternatives, en dépit de leur légitimité le plus souvent contestable (témoignages d'anciens SS, articles scientifiques publiés dans d'obscures revues inconnues au bataillon...).
Dans la même veine, il y a tendance par les sceptiques à assimiler toute erreur ou déontologie douteuse à une preuve irréfutable que toute la thèse officielle est erronée, voire qu'il y a complot pour étouffer l'affaire (alors que généralement, les erreurs sont parfaitement admises par ceux qui les ont commises): on peut mentionner les trois mails déontologiquement contestables envoyés par des climatologues (sur plus de dix ans d'échanges piratés), l'erreur du rapport du GIEC (sur 600 pages de rapport)... ou encore les premiers chiffres surévalués de la Shoah, les quelques pages falsifiées du journal d'Anne Franck, les rares témoignages de faux survivants mais vrais mythomanes, la reconstruction de la chambre à gaz d'Auschwitz par les polonais... S’il est bon de signaler les erreurs et de condamner les comportements non professionnels, il ne faut pas confondre pour autant cas isolé et remise en cause générale.

- Terminons par une petite analyse, de non-spécialiste, des profils psychologiques: parmi les points communs, je sens une attirance certaine pour la lumière, nécessairement plus facile à obtenir en étant l’un des rares contradicteurs que l’un des multiples défenseurs d’une thèse "à la mode". Egalement une volonté plus ou moins consciente de se démarquer, de ne pas être comme tout le monde, de ne pas être un "mouton".
Je pense qu’il y a aussi chez beaucoup de sceptiques la peur, ou l’incapacité à accepter des idées effrayantes, difficiles voire impossibles à "comprendre" (philosophiquement), justement à cause de leur simplicité même (un fanatique ultra-motivé peut déjouer sans moyens ou presque les systèmes de sécurité les plus élaborés, l’Homme est en train de détruire sa planète, l’Homme est capable d’exterminer de façon planifiée son prochain, etc). D’où l’élaboration de théories alternatives, plus complexes mais paradoxalement conceptuellement plus faciles à saisir.

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 19:14

Ca ne vaut pas le cheese-rolling, ou le swamp soccer roots de nos amis british, mais les ricains sont sur la bonne voie:


Le slam ball, mix improbable entre trampoline, basket, et football américain (pour les impacts musclés)


Ca s'appelle du "Lingerie Football", le nom parle de lui-même.
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