Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 10:22
- Etant actuellement le pote chômeur qui squatte le canapé, je n'ai pas trop l'occasion de passer 2h devant internet comme au boulot: c'est fou comme la recherche d'emploi est "time-consuming".

- Une piste se précise, avec une journée "séminaire-discussion-entretien d'embaûche" chez un industriel ce vendredi pour un post-doc court dans un labo parisien. J'ignore un peu le degré de formalité de ce genre de choses, par contre je sais que j'ai deux jours pour préparer un séminaire.

- J'ai soumis un dossier CNRS, en espérant que je n'ai pas oublié de valider à un moment clef (comme cela est arrivé à une connaissance) ou de joindre une pièce fondamentale que le ministère n'aurait actuellement qu'en 14 exemplaires Si je suis auditionné, j'irai un peu dans le même état d'esprit que les auditions de l'an dernier, c'est à dire avec rien à perdre et un espoir limité: même s'il y a "un peu" plus de postes que d'habitude dans ma branche (6 dont seulement 3 fléchés, la folie) et que le labo pour lequel je postule n'a pas recruté dernièrement et a de gros besoins de chair fraîche, il a aussi déjà pléthore de candidats avec des dossiers musclés.

- Pour l'anecdote optimiste, je connais une candidate, pas exceptionnelle pourtant, qui avait un peu par miracle été classée deuxième en liste complémentaire l'an dernier, puis avait encore plus par miracle décroché un poste quand le ministère avait alloué deux postes supplémentaires deux mois après les résultats de l'audition...

- Priscilla est repartie, Dieu seul (peut-être) sait si nous nous reverrons dans deux semaines ou dans six mois. I feel a little blue. Il va falloir que les choses changent, car plus le temps passe, plus nous nous éloignons physiquement l'un de l'autre: nous avons vécu ensemble 2 ans et demi, avons passé ensuite 2 ans à 150 kms l'un de l'autre, désormais se profilent 6 mois à 6000 kms. Si ça continue sur ce rythme, je vais trouver un job à Anchorage et elle à Melbourne (29h de transport).

- Pour célébrer son départ et nos 5 ans de vie commune en ravalant nos sanglots, nous sommes allés au Chiberta, le second restaurant de Guy Savoy sur les Champs. Ayant demandé conseil à Chrisos, ex-niçois et fin connaisseur de la scène gastronomique parisienne, j'avais plutôt porté mon premier choix sur Le Restaurant, malheureusement fermé le jour J. Mon cahier des charges était assez précis: je voulais faire un beau repas, avec une limite financière autour de 150 euros/tête tout compris, mais pour une fois la nourriture elle-même passait un peu au second plan et je voulais surtout que nous puissions être tranquilles, dans un cadre si possible propice au tête-à-tête. Les autres propositions qu'il m'avait faites, bien qu'alléchantes (de mémoire, Chez Jean, l'Agapé, l'Arpège, la Bigarrade, chez Auguste...), ne me semblaient pas correspondre à ce que je recherchais au niveau du cadre et de l'ambiance. Après quelques recherches de mon côté, j'ai hésité un certain temps avec des choix comme La Table du Lancaster, coaché par M. Troisgros et dont j'avais entendu beaucoup de bien, ou le Carré des Feuillants de Dutournier (seul 2 étoiles de la liste, mais pas franchement encensé par les critiques récemment), mais rien ne me satisfaisait vraiment. Je n'ai découvert le Chiberta qu'à la dernière minute, mais cela semblait correspondre à ce que je cherchais, même si j'ai toujours quelques réticences, souvent assez justifiées d'ailleurs, avec les "spin-offs" des grands chefs. Mais il y avait de la place, et Priscilla semblait convaincue, donc banco.
Ce fut un très bon moment.
Menu dégustation avec vins pour 155 euros (amuse-bouches, deux entrées, poisson, viande, fromage, deux desserts, mignardises, quantités bien dosées et bon rythme de repas), cuisine de bon niveau, plutôt classique avec quelques touches fusion, et homogène (aucun plat ne m'a "bluffé", mais rien n'était très décevant non plus: la crème de carottes citronelle-gingembre et les desserts - clémentine et yuwu, et saveurs marron pistache - sortaient du lot, les amuse-bouches et les garnitures du bar et du pigeon étaient un peu fades). Deux bons vins, en blanc comme en rouge, servis à discrétion, et un excellent vin de dessert (Maury Mas Amiel 2006).
Service jeune, "en apprentissage" donc pas encore toujours parfaitement rôdé, mais extrêmement souriant, génereux et sympathique.
Joli déco moderne pour qui, comme moi, aime le sombre et l'épuré, ambiance feutrée avec des tables relativement espacées.
Clientèle assez hétéroclite, pas mal d'anglo-saxons et beaucoup de couples, entre 30 et 80 ans (nos voisins les plus proches, qui ont enquillé deux doubles whiskies avant de commencer leur repas... mamie avait un peu de mal en allant aux toilettes après).

- Nature Materials a jeté notre manuscrit, la déception n'a duré que quelques minutes, j'y étais assez préparé.

- Pour le resoumettre ailleurs, j'avais besoin 1. d'un accès internet et 2. de bosser sur mon portable: bref, du wi-fi. J'ai donc hier redécouvert ce pays d'arriérés qu'est la France en cherchant un bar avec wi-fi autour de Montparnasse. Même chez McDo et Starbucks, ça ne marchait pas: et là, je m'interroge. Quel est l'intérêt pour un français d'aller boire du café dégueu Starbucks, quand il y a 25 troquets dans un rayon de 50 mètres, si ce n'est pas pour bénéficier du wi-fi gratos? Quant au café internet, il fallait que j'utilise nécessairement un de leurs ordis...

- Et pour conclure, bonne année à mes lecteurs fidèles ou de passage.
Repost 0
Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
commenter cet article
30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 10:37
- Retour sur Paris aujourd'hui après 8 jours à Nissa la Bella.

- Il faudrait qu'il y ait rapidement un nouveau bébé dans ma famille ou dans la belle-famille de mon frangin: avec les 12000 flashs dans la gueule et les 36000 gouzi-gouzi dans l'oreille que ma nièce d'un an et demi a subis en 3 heures, sans compter la tonne de cadeaux qu'il lui a fallu deux semaines pour ouvrir, si ça continue comme ça, elle va devenir soit épileptique, soit pourrie-gâtée. Pour l'instant, elle est juste très mignonne.

- Sur Paris, opération réveillon.
Plan A: repas vieux à 6000 calories*, avec bons produits et Pictionnary.
Plan B: soirée djeun's avec techno, mauvaise tise et coco.
On va essayer de faire les deux.

- Ensuite, opération trouver un post-doc en une semaine en partant de presque 0, j'aime les défis.
Selon le résultat, 3 options possibles:
- Retour à Nice pour buller le temps de commencer.
- Installation définitive à Paris si ça commence direct ou rapidement, avec squattage de canaps de potes le temps de chercher un meublé.
- Si rien de significatif ne se passe, nouvel exil aux US jusqu'au printemps, s'ils me laissent rentrer avec un visa presque périmé (j'ai comme l'impression que les douaniers ricains vont pas être rigolos les prochains mois).
Pour la touche optimiste, je ne mentionne pas la quatrième option (retour à Nice sans boulot et inscription au RMI).

- Et pour se remettre le foie en douceur, un petit resto intime avec Priscilla pour fêter un peu en avance nos 5 ans de vie commune sans nuages (je parle pour moi, en tout cas), et notre séparation que j'espère la plus brêve possible.
Une anecdote à ce propos: croyant répondre à Priscilla, j'étais en fait en train de répondre à la mailing list "réveillon", j'ai donc envoyé un message personnel à 15 potes... heureusement, tout était relativement sobre (non que le contenu des mails que nous échangeons avec Priscilla soit jamais trash, mais il aurait pu être plus embarrassant). Crétin un jour...


* Je trouve qu'on ne met pas assez en avant l'abnégation occidentale qui permet à la plupart d'entre nous, pendant les fêtes, grâce à de gros efforts mentaux comme physiques, d'ingurgiter en un repas ce qu'on mangerait et boirait normalement en trois jours.
Repost 0
Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
commenter cet article
24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 09:33
- J'ai hier écrit puis effacé illico un petit billet d'humeur assez pauvre. Il faut savoir ne pas trop ressasser ses obsessions (oh la belle allitération), ou au moins les garder un peu pour soi.

- Les librairies niçoises sont catastrophiques, bonne chance si vous ne cherchez ni le dernier Marc Levy ni le dernier Dan Brown. Vivement le retour à Paris, et je vais vite fait regretter les librairies américaines, chaînes ou indépendantes. Je peux dire la même chose des disquaires (fuckin' elitist).

- J'ai revu des vieux copains de prépa Masséna, bonne bouffe dans un nouveau petit restaurant niçois appelé Millésime 82. Un excellent menu à 32 euros, bons produits, copieux (pour ceux qui sont difficiles ou qui aiment les cartes de 12 pages, précisons que le menu est imposé et qu'à la carte il n'y a que 3 entrées, 3 plats, et 1 dessert). Service un peu lent, mais idéal pour les soirées "catch-up". Pour plus de détails, voir cet excellent blog (en anglais).
Je pense que j'y retournerai dans quelques temps quand le menu aura été changé pour la dégustation en 6 services, qui si j'ai bien compris fait découvrir 4 des 6 plats de la carte.
J'aimerais bien aussi essayer juste à côté Flaveur, autre nouveau restaurant par des anciens du très bon Keisuke Matsushima.

- Ce soir le réveillon familial déroge par bien des côtés à une tradition jusqu'alors immuable, je suis inquiet. J'ai peur que le stress résultant dans mon petit corps de conservateur ne me noue l'estomac et ne m'empêche de baffrer comme tout bon occidental qui se respecte. En plus, personne n'a l'air de s'occuper du pinard.

- Pour le reste, rien de neuf. Faut juste que je demande à mon pote RMIste à quoi il occupe ses journées.
Repost 0
Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
commenter cet article
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 16:38
Dans 5 heures je prends le bus, direction Boston, avant un retour en France prévu lundi.

La fin de cette aventure de 94 semaines, si je compte bien, n'a pas été très réjouissante.

- J'ai appris avec un certain désarroi que l'équation:
dossier potable + adéquation correcte avec le profil demandé + connaissance du labo + encouragement du directeur à postuler = audition 
n'était pas toujours vraie. 
Ou l''humbling experience'' de l'année: désormais je serai moins pontifiant sur le sujet, et encore plus méticuleux dans mes choix de candidature et dans la préparation de mes dossiers.

- L'un de mes rares contacts en France m'a confirmé qu'il ne sera pas en mesure de m'accueillir en post-doc et pour l'instant mes options se comptent sur le doigt de une main.

- Une tempête est annoncée sur le Nord-Est ce week-end. Pour l'instant il n'est pas certain qu'elle passera sur Boston, je croise les doigts pour ne pas passer la nuit à l'aéroport ou Noël seul à Boston.

Mais ne nous laissons pas abattre, je rentre l'âme conquérante, prêt à tout renverser sur mon passage au Pôle Emploi: le RMI ne m'échappera pas.

Et puis j'ai toujours l'option de retourner aux US (d'où le point d'interrogation du titre) où mon chef a du pognon et l'envie que je revienne. Cette option a été confirmée hier par l'obtention homérique* d'un nouveau DS-2019.

Enfin, on devrait soumettre mon deuxième papier à Nature Materials la semaine prochaine ou en tout début d'année. Vu le bol que j'ai en ce moment, j'ai un peu peur d'être le chat noir, et comme, hormis si vous bossez avec un très grand ponte, il y a pour ces revues toujours un facteur chance qui dépend surtout de l'humeur de l'Editeur le jour J...
mais le papier est, je pense, bon, donc il devrait passer dans une bonne revue, même si ce n'est pas Nature Materials.
Mais si par bonheur le papier est accepté dans NM, ça devrait booster mon ego un peu flappi actuellement (et mon CV par la même occasion). 

Allez, bonnes vacances à tous et See Ya.

* l'histoire pourrait faire un article à elle seule, mais j'ai déjà parlé des bureaucrates en détail.
La personne en charge des histoires de visas pour le personnel étranger de la fac, que nous appellerons Nancy pour  préserver son anonymat, est fondamentalement assez gentille mais pas franchement très compétente, ses emails sont généralement imbittables, et il est assez difficile de la joindre autrement ou d'obtenir un rendez-vous.
Mon boss lui a envoyé un mail pour expliquer la situation et lui demander de me fournir un nouveau DS-2019 pour que je puisse revenir le cas échéant. Sa réponse, quasi-immédiate, nous a laissé perplexe même si nous avons cru comprendre qu'il y avait un problème. J'ai dit à mon chef de l'appeler, lui expliquant qu'il ne comprendrait jamais ses emails cryptiques et que la situation risquait de s'éterniser.
Il ne m'a pas vraiment cru et a préféré renvoyer un mail, resté sans réponse pendant 36h. Comme il est très occupé en ce moment et que, comme moi, il ne comprend rien aux subtilités administratives, il a fini par demander à une secrétaire assez compétente et efficace du département d'essayer de la contacter.
Après quelques minutes de discussion, le problème semblait sur le point de se régler, il fallait juste que j'appelle moi-même Nancy. Las, mon coup de fil a de nouveau complexifié la situation: les dates dont nous parlions respectivement ne coïncidaient absolument pas, pour une raison obscure.
Elle me demande de passer: je traverse le campus, température -10 degrés avec 30km/h de vent. Quand j'arrive elle me dit qu'en fait elle avait compris le problème: elle regardait le dossier de quelqu'un d'autre.
.............................................
Bon, ok, ce quelqu'un d'autre a le même prénom que moi et est également français, mais il n'a pas le même nom, il ne travaille pas pour mon chef ni même pour mon département, son visa n'a pas les mêmes dates, etc, toutes choses précisées dans les emails et au téléphone.
J'ai fini par avoir mon nouveau DS-2019 (et j'ai probablement indirectement permis au mec avec qui elle m'avait confondu de pouvoir revenir aux US après les vacances s'il en prend, dans la mesure où elle avait modifié la date de SON DS de Juillet 2010 à fin décembre 2009, sans qu'il soit au courant puisqu'elle croyait avoir modifié le mien...: la situation à l'aéroport aurait été assez cocasse je pense).
Maintenant je n'ai plus qu'à espérer que le personnel qui s'occupe des taxes ne va pas se mêler de ce qui ne les regarde pas (je crois que c'est en partie eux qui ont causé ce merdier pour, ce qui était une intention sympathique de leur part, m'éviter de me faire payer des taxes, que je devrais commencer à payer au premier janvier 2010, en raccourcissant mon DS de mi-janvier à fin décembre: mais bon, je préfère payer les taxes sur deux semaines de salaire que ne pas avoir ces deux semaines de salaire).
Je ne sais pas si tout est très clair, mais vous pouvez voir que j'ai occupé ma dernière semaine de boulot à des choses intéressantes.
Repost 0
Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
commenter cet article
16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 16:31
Je suis en train de lire un bouquin de D. Lodge, une collection d'essais de critique littéraire, fort intéressants, et qui s'intitule "Consciousness and the Novel" (non disponible en français à ma connaissance).

Dans l'un des essais "literary criticism and literary creation", Lodge écrit, à propos du travail de l'écrivain:
"Few modern novels take more than ten hours to read, but the novelist will work for hundreds, perhaps thousansds of hours to make the experience enjoyable and profitable, and most of those hours will be taken up with work that is essentially critical. It is not work that necessarily goes on at the writer's desk, but at all times and places: in bed, at the table, while showering or cooking, or walking the dog".

(Peu de romans récents prennent plus de dix heures à lire, mais le romancier aura travaillé plusieurs centaines ou milliers d'heures pour rendre l'expérience agréable et enrichissante, et la plupart de ces heures sont en fait du travail critique, de révision permanente. Ce travail n'est pas seulement effectué à son bureau, mais partout et tout le temps: au lit, à table, pendant qu'il se douche ou fait la cuisine, ou promène son chien.
Traduction pas très travaillée de Mix)

Rien de révolutionnaire dans ce propos, et concernant un écrivain, cela semble bien naturel: il est facile de concevoir que la "concision" du produit final est un leurre qui ne reflète absolument pas le labeur de l'écrivain (sauf dans le cas d'Amélie Nothomb ou de Dan Brown qui disposent de générateurs automatiques de romans). On comprend aussi aisément que le travail créatif ne se compte pas en heures de bureau, 9h-17h, mais que c'est un processus continu et fortement non-linéaire: comme le dit Lodge, un romancier ne s'arrête pas nécessairement de penser à son travail parce qu'il n'est plus devant son ordinateur ou sa machine à écrire, et de plus deux mois de labeur peuvent n'aboutir à rien alors que quelques heures pourront presque sans retouche devenir des pages clefs du roman final.

Bref, si on accepte assez facilement cette assertion pour les écrivains, et les artistes en général, il me semble qu'elle s'applique également assez bien aux chercheurs. Mais danc ce cas, la perception extérieure de ce fait apparaît beaucoup moins établie, popularisée par exemple par le malheureusement célèbre "des chercheurs on en trouve, des trouveurs on en cherche" de De Gaulle.

Modifiez quelque peu le texte de D. Lodge:
"Peu d'articles scientifiques prennent plus de quelques heures à lire et leurs résultats sont rarement révolutionnaires, mais le chercheur aura travaillé plusieurs centaines ou milliers d'heures pour obtenir puis comprendre ses résultats et les exposer de manière enrichissante pour la communauté et/ou les industriels, et la plupart de ces heures sont en fait du travail critique. Ce travail n'est pas seulement effectué au laboratoire, mais partout et tout le temps: à son bureau, à table, pendant qu'il se douche ou fait la cuisine, ou promène son chien."
Et vous aurez une description assez réaliste du travail de chercheur*.
Cela est surtout vrai dans le cas des "théoriciens" (De Gennes aimait bien raconter les circonstances anecdotiques pendant lesquelles il avait eu de bonnes idées), mais même dans le cas d'un expérimentateur un peu bas du front comme moi, cela s'applique: les expériences que je présente, que ce soit dans un papier ou une conférence, bref, les expériences qui marchent, ont souvent été réalisées en relativement peu de temps. Tout le travail en amont, qui consiste à mettre au point l'expérience qui va marcher, principalement par itération successive d'expériences qui échouent, puis à comprendre et analyser de façon pertinente les résultats obtenus, qui amènent à procéder à d'autres expériences etc, n'est pas vraiment montré. Ce travail, long et souvent fastidieux, n'est pas nécessairement effectué au laboratoire (j'ai eu des idées de manipes ou d'analyses en regardant un match de basket à 23h), et est aussi difficilement quantifiable de manière linéaire (on peut rester bloquer plusieurs semaines sur un problème et le débloquer en quelques heures suite à une illumination ou un coup de bol).
En général, on ne présente que ce qui est beau et lisse, pas ce qui a chié lamentablement un an avant de se débloquer, comme on ne dévoile pas qu'on a passé six mois à comprendre un résultat bizarre: pour prendre l'exemple de mon dernier papier, les expériences et analyses explicitement présentées sont le fruit de, grosso modo, deux mois de travail, même si j'ai, en tout, passé presque 18 mois sur le projet.
Souvent, comme le dit Lodge pour les écrivains, on prétend après coup que tout était calculé dès le début, et dans la communauté tout le monde fait plus ou moins semblant d'être dupe. 
Mais de même qu'un écrivain a besoin d'un premier brouillon médiocre pour arriver à une version définitive brillante, un chercheur a besoin de ces premières expériences foireuses ou de ces premiers modèles merdiques pour arriver à un résultat final satisfaisant. 

Il y a d'autres analogies intéressantes à faire, notamment celle qui explique que le résultat final, le roman publié (ou l'article scientifique, la thèse etc), de l'écrivain (du chercheur), est, du fait de ces corrections incessantes, fondamentalement extrêmement différent de l'idée initiale. Mais baste pour aujourd'hui.


* La petite adaptation a ses limites dans la mesure où elle pourrait laisser croire que publier est l'activité fondamentale du chercheur, dérive actuelle ("Publish or Perish") qui nous vient des US et n'est ni très enthousiasmante, ni forcément très bon signe quant à la qualité de la science en train de se faire. Mais bon, ne chipotons pas, l'effet reste selon moi assez saisissant.
Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 19:30
Ce blog a officiellement 4 ans aujourd'hui.

370 articles au compteur, 455 commentaires, 18000 visiteurs et 45000 pages vues, avec une augmentation substantielle des statistiques mensuelles ces derniers mois (passage de 20-25 visiteurs quotidiens à 30-35, et de 40-50 pages vues à 70-80: le jour où je comprendrai ce qu'est un flux RSS et comment référencer mon blog, je peux vous dire que je vais devenir un star du ouèb).

Rendez-vous dans quelques mois - même si entre vacances, auditions, et retour au bercail le rythme risque de se ralentir en ces pages pendant un certain temps - pour le passage des 400 articles, 500 commentaires, 20000 visiteurs et 50000 pages vues.

En attendant, il se passe des choses bien plus importantes dans le monde, comme les media s'en font l'écho: Tiger Woods est infidèle et Johnny est dans le coma...

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Blog on blog
commenter cet article
10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 17:24
Il y a aux US un certain attrait pour ce qu'on appelle la Pretty Picture Science, dont le nom parle de lui-même (le phénomène existe aussi en France mais me semble un poil moins développé pour l'instant).
Ce qu'on fait ne sert pas forcément à grand chose, on ne comprend pas nécessairement bien ce qui se passe, mais le résultat est cool et on peut montrer des jolies photos. Si la photo montre un objet nanométrique et/ou biologique, et qu'on rajoute un titre à la con pompeux "poétique", c'est encore mieux, ça impressionne autant le citoyen lambda que le rapporteur scientifique qui va décider ou pas de vous attribuer un financement.

Il y a même plusieurs programmes récompensant les plus belles photos scientifiques, l'un d'eux ayant par exemple donné lieu à une exposition au Boston Science Museum l'été dernier.  

Cette année, comme je n'ai pas grand chose de plus intéressant à foutre et que je suis dans une phase où je me dis qu'un peu de pub, quelle qu'elle soit, ne peut pas me nuire, surtout quand elle me demande dix minutes de boulot, je participe.

Voici l'une des mes photos: pour l'instant, j'appelle ça "wrinkled sun" (soleil frippé).
C'est parfaitement dans la thématique du programme: ça ne sert probablement à rien et on n'est même pas sûr que la physique derrière est fondamentalement différente de phénomènes bien compris depuis 10 ans, mais c'est plutôt joli. Sans rentrer dans le détail de ce que c'est (sait-on jamais, des fois qu'on ait une bonne surprise et qu'on publie un papier là-dessus dans deux ans - en attendant vous pouvez toujours essayer de deviner), les couleurs sont artificielles, et le rayon du machin rond est de l'ordre de 150 micromètres.

visual-1-wrinkled-sun.jpg
Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 16:45
http://www.telegraph.co.uk/earth/copenhagen-climate-change-confe/6736517/Copenhagen-climate-summit-1200-limos-140-private-planes-and-caviar-wedges.html

Copenhagen climate summit: 1,200 limos, 140 private planes and caviar wedges

Copenhagen is preparing for the climate change summit that will produce as much carbon dioxide as a town the size of Middlesbrough.

On a normal day, Majken Friss Jorgensen, managing director of Copenhagen's biggest limousine company, says her firm has twelve vehicles on the road. During the "summit to save the world", which opens here tomorrow, she will have 200.

"We thought they were not going to have many cars, due to it being a climate convention," she says.
Ms Jorgensen reckons that between her and her rivals the total number of limos in Copenhagen next week has already broken the 1,200 barrier. The French alone rang up on Thursday and ordered another 42. "We haven't got enough limos in the country to fulfil the demand," she says. "We're having to drive them in hundreds of miles from Germany and Sweden."

And the total number of electric cars or hybrids among that number? "Five," says Ms Jorgensen. "The government has some alternative fuel cars but the rest will be petrol or diesel. We don't have any hybrids in Denmark, unfortunately, due to the extreme taxes on those cars. It makes no sense at all, but it's very Danish."

The airport says it is expecting up to 140 extra private jets during the peak period alone, so far over its capacity that the planes will have to fly off to regional airports – or to Sweden – to park, returning to Copenhagen to pick up their VIP passengers.
As well 15,000 delegates and officials, 5,000 journalists and 98 world leaders, the Danish capital will be blessed by the presence of Leonardo DiCaprio, Daryl Hannah, Helena Christensen, Archbishop Desmond Tutu and Prince Charles.

According to the organisers, the eleven-day conference, including the participants' travel, will create a total of 41,000 tonnes of "carbon dioxide equivalent", equal to the amount produced over the same period by a city the size of Middlesbrough (150000 habitants, NdMix).

 

Repost 0
8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 15:48
- Je rentre en France dans moins de 15 jours.
- Il me reste 9 jours de boulot.
- Projet 1 est fini, publié, et ses ramifications possibles sont gelées jusqu'à nouvel ordre.
- Projet 2 est bouclé expérimentalement, un draft complet a été écrit, on attend les retours de mon boss qui ne sont pas prêts d'arriver, entre ses proposals, ses voyages, ses meetings, ses teachings, et sa femme enceinte.
Les ramifications de projet 2 sont à l'état suivant:
- On sait que projet 2 bis marche, il faut "juste" faire les manipes et écrire le papier, ce qui peut aller vite mais soyons raisonnables, pas en 9 jours. Comme de toute façon je ne serai pas first author, je ne vais pas non plus me défoncer (désolé, l''amour de la science', ça va quand on a un boulot).
- Projet 2 ter est au stade exploratoire, avec des résultats curieux et potentiellement intéressants et exploitables. Là encore, il va pas se passer grand chose en 9 jours, et ce sont des choses que je pourrai éventuellement faire en France, l'équipement nécessaire étant on ne peut plus standard.
- L'ingénieur brevet vient "regarder" nos manipes concernant l''invention disclosure' une demi-heure la semaine prochaine.
- Toujours pas de nouvelles concernant l'audition de janvier.
- Pas de nouvelles non plus du groupe avec qui j'envisageais de candidater au CNRS.
- Pas de nouvelles non plus pour un post-doc en région parisienne début 2010.

Il y a quelques semaines, le "rien" dans tout cela me stressait beaucoup.
Maintenant que j'ai admis que le papier concernant projet 2 ne serait pas soumis (et donc encore moins accepté) d'ici la fin de l'année, et que rien concernant mon avenir ne se décantera avant janvier au bas mot, je suis plus zen. Ou blasé, selon. En gros, j'attends les vacances de Noël pour me goinfrer, picoler, et passer quelques jours les couilles dans la vaseline avec la famille. Il sera bien temps de stresser à nouveau après le Nouvel An.

Par contre, vu que la fin de séjour coïncide presque parfaitement avec la "fin" des projets scientifiques que j'ai menés ici, les journées ne passent pas bien vite. Préparer vaguement un dossier de candidature, des slides pour une présentation, retoucher des figures ou des paragraphes d'article, actualiser son CV etc, ça n'occupe que partiellement son homme, surtout quand la motivation n'est pas franchement au rendez-vous.
Repost 0
Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
commenter cet article
4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 17:37
Il y a des choses qui ne s'inventent pas.
La petite-fille de Jean-Marie Le Pen sera candidate pour le FN aux régionales.
Eh bien:
- Elle est étudiante en droit à Assas (pour ceux qui ne connaissent pas, la fac de droit d'Assas n'a que peu de points communs avec la fac de Nanterre).
- Son nom de famille est Maréchal.
...

http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/12/04/la-petite-fille-de-jean-marie-le-pen-se-lance-en-politique_1276423_823448.html
Repost 0