Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 15:17

La loi, c'est la loi, dura lex sed lex, nul n'est censé l'ignorer, etc. Certes. L'Université de Franche-Comté, qui pourtant avait l'air d'un peu la connaître, l'apprend peut-être à ses dépens.

 

Maintenant, il y a la réalité du terrain. 

 

Voici la mienne. J'ignore sa représentativité, mais je vais essayer de la raconter telle qu'elle est.

 

Nous nous occupons d'un Master 2 professionnel. Par nous, j'entends l'équipe pédagogique, constituée de 6 enseignants-chercheurs et un secrétaire pédagogique. C'est un master qui, sans être fantastique, marche plutôt bien, en ce sens qu'il a plutôt bonne presse auprès des étudiants, et, visiblement, des employeurs.

J'en ai déjà parlé il y a quelques temps. A l'époque, la gestion était assurée par deux maîtres de conférences, désormais partis à la retraite, et dont les dernières années ont été difficiles parce que subitement, leur statut de non-publiant a commencé à déplaire. 

Nous avons décidé de nous répartir les tâches qu'ils effectuaient à deux du mieux que l'on peut, puisque parmi les 5 "jeunes", personne n'a envie de totalement se griller d'un point de vue recherche.

Il faut savoir que la responsabilité d'un master donne droit, chez nous, à une royale décharge de service de 10HED, soit à peine plus que le suivi d'un étudiant en apprentissage. Je rappelle qu'un enseignant-chercheur doit assurer a priori 192HED de cours annuels, ce qui est censé correspondre, d'après les textes détaillant l'activité d'un enseignant-chercheur, à 803.5h de travail (préparation, correction de copies, gestion des UE, etc) - le reste devant être consacré à la recherche. Bref, 10HED, ça veut dire qu'on estime que gérer un master à l'année, ça vous occupe 40h de travail effectif. Je pense que, pour le faire bien, sans soutien de secrétariat, c'est au moins 200. Du coup, chez nous, je ne sais même pas si quelqu'un les demande, les 10HED; en tout cas, elles ne sont pas partagées en 6.

Sur les 6 personnes, 2 jeunes s'investissent assez peu, par choix personnel, dans la gestion proprement dite. Le chef d'équipe est quant à lui détaché à mi-temps et très sollicité. Il s'occupe des maquettes et suit les histoires de restructuration (notre master est cohabilité avec une autre université actuellement en grand chambardement), mais ne gère pas le quotidien, sauf, et encore, grosse urgence. Personne n'a jamais réussi, quelle que soit la méthode employée, à faire faire un travail suivi à notre secrétaire pédagogique*.

Donc, au quotidien, nous sommes 3. Il se trouve que sur ces 3, 2/3 voire 3/4 du travail était assuré par une seule personne, qui aura tenu 1 an et demi avant de demander son départ en disponibilité (pour différentes raisons, mais qui ont été exacerbées par la stérilisation en recherche et l'absence d'épanouissements par rapport à ce travail globalement assez peu stimulant intellectuellement). Il vient de partir, un jeune collègue a accepté de reprendre une partie de ses fonctions, nous verrons combien de temps il tiendra...

 

Le travail peut se décomposer en plusieurs parties, principalement:

- le suivi quotidien des étudiants, mais aussi des intervenants, qui sont souvent des grands enfants, notamment les extérieurs ou les industriels ("vous vous souvenez que vous avez cours demain?" "voila le plan du campus pour la 8ème fois" "j'attends votre sujet d'examen" etc). C'est le plus gros du travail, c'est extrêmement fastidieux. Dans 90% des cas, ça devrait être géré par un secrétariat pédagogique, qui ne devrait solliciter l'équipe pédagogique que pour des questions spécifiques d'étudiants liées au contenu des cours etc.

Vous n'êtes pas obligés de me croire, mais rien que le fait que notre master soit cohabilité, par exemple, a nécessité de la part de notre collègue un énorme boulot pour simplement parvenir à inscrire les étudiants (l'essentiel du boulot consistant à trouver le bon interlocteur, celui prêt à prendre la responsabilité d'inscrire les étudiants). Qui n'ont donc finalement eu leurs cartes d'accès, login internet vers la plateforme de contenu etc, qu'à la fin du premier semestre. Le master a plus de 10 ans, et chaque année c'est le même cirque administratif.

Vous n'êtes pas obligés de me croire non plus, mais les étudiants qui chialent pour n'importe quelle raison, qui passent à n'importe quelle heure et pensent que vous êtes toujours disponible pour eux (et qui font de la mauvaise pub si vous ne l'êtes pas), ce n'est pas tous les jours facile à gérer.

- le suivi des stages. S'assurer que tout le monde trouve un stage, vérifier que le contenu est à peu près cohérent, veiller à l'établissement des conventions. Attribuer les tuteurs, organiser les soutenances, vérifier que les rapports de visite sont bien transmis dans le cas de l'apprentissage, faire le lien avec le CRA etc.

- et bien sûr, le recrutement. Diffuser les dossiers, les récupérer, les trier, organiser les jurys, recevoir les étudiants en plusieurs sessions (les "intérieurs", les "extérieurs", les "apprentis") en fonction de leurs emplois du temps respectifs, les recontacter pour leur faire part de notre décision etc. En gros, le master tourne à 20-30 étudiants, et nous recevons environ le double de candidatures. 

- enfin, récupérer les notes des intervenants, les rentrer, organiser les examens et les rattrapages, établir le PV en fin de master etc. 

 

 

Bon, voila.

Franchement, certains y trouvent leur compte, mais en ce qui me concerne je ne trouve pas ça bandant. Je m'investis un peu (dans le suivi des stages) parce que je pense que jouer collectif est quand même important dans une certaine mesure, et parce qu'un fond de conscience professionnelle me fait penser qu'après tout, du point de vue des étudiants, le master remplit bien sa fonction. 

Après, comme je l'ai déjà écrit, je ne suis pas mère Teresa, et comme me le disent certains collègues, il faut aussi savoir dire non, et notamment pour faire comprendre que le système ne tournera pas indéfiniment de par la bonne volonté des personnels.

Alors voila, pour revenir au sujet, je pense que, dans mon master, nous ne serions pas à l'abri d'une décision de justice similaire à celle rendue à Besançon récemment. Parce que je pense que mon collègue qui s'occupe des admissions, même s'il prévient tout le monde individuellement, ne fais pas de message personnalisé de 2 pages pour réconforter l'étudiant. Parce que, franchement, les raisons sont toujours les mêmes...** ***

Certes, ça n'excuse rien mais, si ça arrivait, je pense que ça me casserait suffisamment les c... pour dire "ok, stop, j'arrête". Je fais les cours et c'est tout. Pour le reste, recrutez des fonctions support. Ou, soyons démago, employons un peu mieux celles déjà en place, parfois pléthoriques.

 

 

 

* pour donner une idée du personnage: la depuis près de 10 ans, il fonctionne toujours avec un webmail qui ne lui permet pas d'archiver plus d'une semaine de mails. C'est un peu gênant pour un secrétaire. Il lui est arrivé une paire de fois de venir me demander de lui ressortir des documents... 

 

** les étudiants pris à deux masters qui ne viennent pas le jour de la rentrée nous envoient d'ailleurs rarement de longues missives pour s'excuser de ne pas venir...

 

*** le master 2 est à peu près le seul moment, à l'Université, où on peut enfin travailler avec une promotion relativement homogène, et donc plus avec 1/3 d'étudiants dont il faut s'occuper, mais qui sont autant à leur place que moi à un entraînement du PSG.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans L'enseignement
commenter cet article
19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 09:17

Avant-hier, le tribunal statuant sur le refus d'admission en M2 d'une étudiante par l'Université de Franche-Comté a rendu son verdict. Il a jugé illégale la décision de l'Université, pour cause de refus insuffisamment motivé.

La mention du refus par l'Université était la suivante: "Votre cursus et le dossier présenté ne satisfont pas aux exigences académiques du master. Notes trop faibles dans les matières fondamentales".

Le tribunal ne se prononce pas sur la "sélection" stricto sensu.

Pour avoir une idée plus précise de l'affaire: voir sur EducPros (1ère partie, 2ème partie, avec un commentaire très pertinent d'un dénommé F. Vatin) et France3.

 

Petit rappel historique: la réforme licence-master-doctorat a été menée en France à partir de 2002, dans une optique d'harmonisation des cursus au sein de l'UE. Dans ce cadre, il n'y a plus que 3 niveaux de "diplômes" à l'Université. Les années intermédiaires, ce qu'on appelait autrefois le DEUG (L2), ou la Maîtrise (M1), disparaissent. Les diplômes sanctionnent l'obtention de crédits (ECTS), 180 crédits pour la licence, a priori sur 3 ans (1 crédit ~ 10h de cours), et 300 pour le master. On est aussi passé dans un régime semestrialisé. 

Il se trouve que, probablement par une certaine forme d'inertie, la plupart des Universités continuent à raisonner en "années" en plus des semestres, et donc à valider les années les unes après les autres. Mais concrètement, "valider un M1" ne devrait plus vouloir dire grand chose, et dans le cadre du LMD on pourrait très bien imaginer commencer un semestre sans avoir fini de valider le précédent, voire faire les semestres (ou valider les crédits qui le composent) dans n'importe quel ordre.

Dans le principe, le LMD définit donc deux étapes importantes: le passage de L à M, puis le passage de M à D. Or, lors de sa mise en place, l'UNEF a obtenu, pour des raisons qui continuent de m'échapper, que l'obtention du L donne, de droit, la possibilité à l'inscription en M1. C'est donc à la fin du M1 que la plupart des équipes pédagogiques gérant des M2 "sélectionnent" de façon plus ou moins drastique, principalement selon la réputation du M2 (certains sont obligés d'aller recruter la moitié de la promo à l'étranger, d'autres ne prennnent que 10% des candidats...). 

 

Petit rappel légal: comme toujours, il y a un arrêté imbittable dont l'interprétation peut varier qui définit ce qui peut être fait légalement. 

L'article 11 commence par répéter ce que j'ai écrit plus haut (l'accès de l'étudiant titulaire d'une licence dans le même domaine est de droit pour le M1). La suite distingue l'accès en M2 Recherche (eg où les étudiants ont plutôt vocation à s'orienter ensuite vers le D) et l'accès en M2 Pro (où le diplôme se veut un diplôme de fin d'études équivalent à celui des écoles d'ingénieur ou de commerce). 

Dans le cas du M2 Pro, il est écrit "'l'admission ultérieure dans un master 2 professionnel est prononcée par le chef d'établissement sur proposition du responsable de la formation."

Dans le cas du M2 Recherche, cela renvoie à un autre arrêté, abrogé en 2006, donc je suis un peu perdu. Celui-ci stipulait que grosso modo, c'était ici le responsable de l'école doctorale qui proposait d'accepter le candidat en M2R, validé par le chef d'établissement. Je ne sais pas quelles sont les dispositions actuelles, du coup.  

 

Voyant ceci, j'ai encore plus de mal à comprendre l'affaire. 2 choses m'échappent en fait: que le refus ait été jugé insuffisamment motivé. Les notes sont trop faibles, le dossier n'est pas au niveau. Que dire de plus? 

 

Voici ce qu'en dit Eolas sur Twitter:

 

 

 

Donc, je suppose que c'est ce que l'Université va faire, désormais, dans le mois qui lui a été alloué pour rééxaminer et répondre à l'étudiante. Au lieu de dire, "notes insuffisantes dans les matières fondamentales du master", elle va écrire "vous avez 9.5 en management de gestion de projet et 8 en diagrammes de Gantt et Swot alors que nous ne recrutons personne avec moins de 12 dans ces matières". Ce qui, fondamentalement, est quand même exactement la même chose.

Et dans un deuxième temps, je me demande alors quel est alors le bien fondé, ou l'intérêt, d'une telle procédure? Sachant qu'il s'agit d'un Master 2 Pro (Management administratif et financier des entreprises), que le responsable de formation n'accepte pas l'étudiante dans le respect de ce qui est defini dans l'arrêté de 2002, que peut-on vouloir de plus? Si je comprends bien (mais je ne suis pas juriste), le tribunal ne pourra que dire "pas de problèmes, tout est parfaitement normal", non? *

 

Update du 21 mars: en relisant l'article d'Educpros, et grâce aux tweets d'@apokrif, je finis par mieux comprendre ce qui est reproché. Le refus est suffisamment motivé de "fait" donc la justification "académique", contrairement à ce que dit Eolas, semble suffisante. Ce qui est reproché, c'est de ne pas avoir fait mention des textes juridiques suivis (eg, probablement, l'arrêté). Pour reprendre mon article suivant, il faudra donc rajouter une petite phrase dans nos lettres de refus ("conformément à l'arrêté machin, et vu que vous n'avez pas le niveau, nous ne vous prenons pas dans le master"). 

 

Dans un second article, que j'espère avoir le temps d'écrire prochainement, j'essaierai de détailler un peu plus comment, de mon point de vue (celui d'un enseignant-chercheur "de base" qui co-gère un master 2 professionnel) les choses se passent sur le terrain. Parce que je crains que le caractère de plus en plus procédurier des étudiants, conjointement aux attaques de plus en plus nombreuses contre tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un semblant de sélection à l'Université, ne nous entraînent vers le fond assez rapidement...

Pour donner un exemple rapide, dans le cadre du master (accessible en apprentissage) dont je m'occupe: dans le cas franc-comtois, l'étudiante a "validé le M1" (eg, sa moyenne sur les 2 semestres est supérieure ou égale à 10, avec les jeux de compensations entre matières et/ou entre semestres propres à l'Université ou au cursus suivi). Dans notre cas, nous avons été "obligés" d'accepter en M2 un étudiant qui avait environ 7 de moyenne en M1, car il disposait d'un contrat d'apprentissage sur 2 ans.

 

 

Merci à @Maitre_Eolas pour sa contribution, et à @Fabrice_BM pour m'avoir transmis le texte de loi. Et aux autres pour les discussions à ce sujet sur Twitter, hier, assez enflammées.

 

 

* La réponse est peut-être bien non, dans la mesure où un article du Code de L'Education contredit "l'arrêté master", d'où les cas précédents à Bordeaux notamment. 

Repost 0
Published by mixlamalice - dans L'enseignement
commenter cet article
3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 10:05

Sola (12 rue de l'Hôtel Colbert, 75005 Paris, site web) est le restaurant d'Hiroki Yoshitake, dont vous avez une biographie exhaustive ici (en France, il est passé par le Fogon, antre de la paella chic à Paris, et l'Astrance de Barbot).

 

Comme souvent, j'arrive presque 5 ans après la bataille, puisque le resto a ouvert fin 2010, fait le buzz dans la blogosphère en 2011 et eu une étoile au Michelin en 2012 (ou 13). Forcément, plus grand monde n'en parle aujourd'hui, avec 5 nouveautés par mois dans lesquelles il faut se ruer pour les oublier aussitôt.

Pour l'anecdote, le restaurant, à proximité de Notre-Dame sur la rive gauche, est situé là où H. Darroze avait ouvert Toustem, son second restaurant, à la durée de vie très éphémère mais où me semble-t-il, j'avais dîné (mais je n'en ai aucun souvenir précis).

 

Compte-rendu d'une visite fin janvier 2015, au dîner, par un froid glacial.

Vieille bâtisse, au rez-de-chaussée il y a la petite salle "française" (une vingtaine de couverts), un peu terne à mon goût même si les tables sont joliment dressées. Quelques courants d'air se font sentir quand des clients entrent et sortent. A gauche, il y a la cave à vin avec quelques étiquettes alléchantes, et au fond, la cuisine ouverte (mais qu'on ne voit pas de la salle). En bas, le "salon japonais" où on mange en chaussettes et à genou, mais que je n'ai pas visité (vu l'état de mes genoux et de mon dos, 2 ou 3h dans cette position n'est guère prudent).

Le soir, c'est menu carte blanche surprise (on mentionne au départ ses allergies ou dégoûts alimentaires) à 98€. Amuse-bouches, 4 petites entrées, 1 poisson, 1 viande, 1 pré-dessert, 1 dessert, mignardises.

Accord mets-vins à 5 verres et 65€ (si je ne me trompe pas).

 

On peut qualifier la cuisine proposée de "très dans l'air du temps" (si tant est que ça veuille dire quelque chose). C'est assez épuré, avec des dressages verticaux et des assiettes très graphiques, des cuissons lentes, des jeux de texture (utilisation désormais classique de miettes ou chips diverses). Peu d'influences asiatiques finalement (peut-être dans la 4ème entrée, non prise en photo: saint-jacques et jus de crustacés, ou dans quelques sauces et ingrédients ici et là), mais ce n'est pas vraiment de la cuisine française non plus. C'est "mondialisé" contemporain. 

Les cuissons sont justes, les goûts sont là, tout est de bon ton. J'ai particulièrement aimé la truite, la seiche et l'agneau. Les amuse-bouches (couteaux au piment d'espelette, focaccia au parmesan, topinambour) étaient bien aussi. Le dessert n'était pas sans rappeler, tant au niveau du dressage que de l'inspiration, un dessert à la fraise mangé chez Toqué! (Montréal).

L'oursin est le plat qui m'a le moins convaincu (bon goût mais consistance trop "bouillie": il y avait le fondant, mais il manquait le croquant, comme dirait Lignac), le cabillaud était excellent mais la sauce avait une consistance un peu perturbante, comme une crème anglaise.

 

Un repas globalement sans-faute, mais, peut-être, en ce qui me concerne, sans véritable coup d'éclat. Peut-être un petit air de déjà vu (par exemple à La Scène, qui me semble évoluer sur un registre gastronomique similaire), sur certains plats comme la truite, l'agneau, ou le pré-dessert (yuzu, chocolat blanc, basilic). On peut aussi signaler les limites de la communication sur le "menu du jour en fonction de l'inspiration du chef", certains plats revenant visiblement régulièrement, en tout cas sur une période donnée

 

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette approche par contre, c'est un très bon point de départ, l'étoile m'apparaît tout à fait méritée. Le service, notamment, est assez haut de gamme, dans le genre grande maison traditionnelle cette fois, discret et courtois sans être prout-prout (avec le maître d'hôtel qui présente les plats en français, anglais ou japonais, au choix: la clientèle est assez éclectique, il y avait même le comédien J. Lambert). Comme il n'y a pas de menu et que, pour les grandes occasions, j'aime bien l'avoir en souvenir, le maître d'hôtel me l'a écrit à la main, et fait dédicacer par le chef.

 

Les accords mets-vins sont bien choisis, par une sommelière japonaise presque trop discrète: j'ai beaucoup aimé le Saint-Joseph de Cuilleron avec l'agneau, et un macon avec la seiche dont j'ai hélas oublié le producteur. Sur l'oursin, on m'a servi un verre de saké, probablement très bien mais j'avoue ne pas vraiment être fan de cet alcool.

 

Pour conclure, dans le genre, c'est donc très bien; d'un point de vue personnel, ça finit simplement par manquer un poil de surprise.

 

 

1ère entrée: Truite et oeufs sur fenouil

1ère entrée: Truite et oeufs sur fenouil

2ème entrée: Oursin, gelée d'algues, crème de potiron

2ème entrée: Oursin, gelée d'algues, crème de potiron

3ème entrée: Seiche, encre de seiche, crème d'oignon

3ème entrée: Seiche, encre de seiche, crème d'oignon

Poisson: Cabillaud, crème d'ail blanc et noir, poireaux, graines de moutarde

Poisson: Cabillaud, crème d'ail blanc et noir, poireaux, graines de moutarde

Viande: Agneau de lait, sauce miso rouche, radicchio

Viande: Agneau de lait, sauce miso rouche, radicchio

Poire, jasmin

Poire, jasmin

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Restos
commenter cet article
20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 15:12

Devant le manque d'inspiration sur des sujets plus professionnels, j'en profite pour continuer sur la lancée de l'article précédent, avec un retour sur l'Italie et les trattorias (voir les pizzerias dans mon article 6, lien ci-dessous).

 

Retro Bottega: (12 rue Saint-Bernard, 11ème, métro Faidherbe ou Ledru-Rollin, site web). Petite échoppe qui a ouvert il y a environ 2 ans, et comme cela se fait de plus en plus couramment, est passée au fil du temps d'épicerie fine à bar à vins avec dégustation de charcuteries, fromages et autres, à "vrai resto" (on peut encore y acheter des produits).

Le patron, Pietro, vient des Pouilles et est sommelier de formation. La salle est minuscule, en été il y a une petite terrasse "sauvage" avec 10-15 places. La déco, désormais standard à Paris, est faite de bric et de broc, avec ici néanmoins une certaine authenticité "je-m'en-foutiste - l'important-c'est-dans-l'assiette".

Niveau assiette, c'est vraiment très bon, dans un registre la aussi de plus en plus courant de "tout pour le produit": la partie transformation est très basique, rien qu'un cuisinier amateur ne puisse faire peu ou prou chez lui, mais tous les produits sont de top qualité. En entrée, ça donne par exemple burrata-petits artichauts- figues fraîches- vinaigre balsamique, super. Ou alors , simplement de la charcuterie. En plat, risotto ou pates, accommodées avec les produits du jour, ce soir là, il y avait de la pancetta, de la truffe blanche, des petites courgettes, de la menthe, du bon fromage. Tout est bien cuit al dente, c'est assez copieux, et "original" (ou "personnel") malgré tout. Franchement, on se régale, même le pain est délicieux.

Le patron est, de plus, vraiment sympa, et de très bon conseil sur les vins italiens. Il a d'ailleurs ouvert une cave à vin pas loin. Il gère un peu tout dans le resto, le service et une partie de la cuisine, avec un aide-cuisinier ou deux (la cuisine, c'est en gros deux plaques chauffantes et un four, puisque la majeure partie des entrées sont crues...).

Je ne suis pas loin du coup de coeur, c'est vraiment une cuisine qui fait plaisir, malgré tous les a priori que l'on pourrait avoir quant au fait que ce resto coche toutes les cases du branché actuel. Il y a quand même un petit point noir: le prix. Les plats sont autour de 25, les entrées de 15, et les desserts (qui avaient l'air très tentants aussi , gourmands dirait Cyrille L., mais nous devions partir) autour de 10. Le vin au verre autour de 5. Même si c'est copieux et qu'on partage un dessert, on arrive vite en picolant un peu à 60€/tête. A ce prix là, malgré la qualité des produits, j'attendrais un peu plus, soit au niveau du confort, soit au niveau de l'"art du chef" (ou même des deux, soyons fous).

A 10-15€ de moins, ou avec une proposition de menu autour de 35, ça serait vraiment top. La, en y repensant, on se dit toujours un peu (en tout cas moi, peut-être parce que je cuisine un minimum), merde, quand même, c'est un peu trop "simple" pour le prix. 

 

 

Les amis des Messina: (204 rue du Faubourg Saint-Antoine, 12ème, métro Faidherbe, site web). Du nom du chef, sicilien. Il a aussi ouvert récemment une épicerie/cave à manger/restaurant/salon de thé vers les Halles.

Ambiance plus feutrée que le précédent, plutôt orientée "semi-gastro", tons sombres, lumière tamisée, ce qui n'est pas si fréquent dans le quartier. Il y a une salle à l'étage que je n'ai pas vue, au rez-de-chaussée, sur le devant il y a de l'espace, mais au fond on est un peu dans le passage (la cuisine est à droite, les tables à gauche, et les serveurs passent au milieu et ce n'est pas très large).

La carte est également plus variée, poissons, viandes, pâtes, antipasti etc.

L'assiette d'antipasti à partager est pas mal, pas hyper copieuse pour deux, mais tout est bon.

Les pâtes sont très bonnes aussi, avec des recettes siciliennes (alla norma) ou moins locales, mais les sauces sont bien travaillées et pas "communes". 

Le tiramisu m'a laissé un très bon souvenir (si je ne confonds pas) également.

Compte-rendu succinct, mais là aussi, j'ai trouvé les prix un peu trop élevés (autour de 20€ le plat de pâtes pourtant sans ingrédients extrêmement onéreux, 25€ les antipasti à partager). On avait aussi beaucoup attendu entre l'entrée et le plat, voyant bon nombre de tables autour de nous, arrivées après et servies avant, le tout sans un mot d'explication (classique énervant du quartier).

En conclusion, rien de catastrophique mais une addition un peu trop salée selon moi pour une cuisine qui ne m'a pas bouleversifié et quelques problèmes dans le service, nous n'y sommes pas retournés. Et, disons que j'accepterais bien plus volontiers de "surpayer" pour retourner à la Rétro Bottega qu'ici, affaire de goût.

 

 

Et puis, il y a tout près de là, le fameux Caffe dei Cioppi (159 rue du Faubourg Saint-Antoine, 11èm, entre Ledru et Faidherbe), qui a fait le buzz il y a déjà  5 ans ("fooding d'amour 2010 entre autres"), mais qui tient bon la barre et continue d'être complet assez longtemps à l'avance (mais il paraît que c'est tout petit, et privatisable le samedi je crois). Un signe. Bref, nous n'avons pas encore pu y aller, mais j'espère bien tester avant de quitter le quartier... si certains d'entre vous connaissent et y sont allés récemment, n'hésitez pas à me dire si ça vaut le coup.

 

 

Globalement, si vous me permettez une remarque de portée générale, je trouve quand même que les bons italiens à Paris sont un peu trop chers (comme beaucoup de restaurants vous me direz, mais je trouve que c'est plus marqué sur la cuisine italienne que sur d'autres)...

 

 

Et pour rappel:

Où manger à Faidherbe-Chaligny?

Bistrots ou semi-gastros français, 1 , 2 et 3

Afrique du Nord et Afrique Noire

Asie

Italien (pizzas)

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Restos
commenter cet article
6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 08:40

Avant de parler de trattoria, un bref article sur les pubs (et autres bars-restos) du quartier.

 

Côté irlandais, il y en a 2, et c'est facile, ils sont tenus par la même famille. Néanmoins, ils sont assez différents l'un de l'autre.

 

Le premier, Patrick's (le Ballon Vert), est au 33 rue de Montreuil, plutôt du côté Faidherbe. C'est un pub gigantesque, assez classe à l'intérieur, dans son jus avec dorures, bois et tissus jacquard sombres (dommage que le store banne extérieur, jamais nettoyé, soit couvert de chiures de pigeons), et différentes "ambiances".

En rentrant, en face, il y a un long bar en L. A droite, c'est un peu "club", avec des fauteuils bas. Au fond à droite, une salle en longueur avec des tables pour manger. A gauche du bar, des tables hautes avec des grands tabourets, et au fond quelques tables pour manger. Il doit bien y avoir 60 ou 80 places assises, et certains soirs il y a probablement 2 fois plus de monde que ça.

En gros, il y a beaucoup d'ambiance quand il y a des gros matchs de foot ou de rugby (Coupe du Monde, 6 Nations) car il y a plusieurs écrans, ainsi qu'un écran géant dans la salle du fond. Le reste du temps, c'est tranquille et on peut y bosser, lire son journal, ou discuter assez peinard.

Les bières à la pression sont on ne peut plus classiques et à part la Guiness pas irlandaises (pinte à 7€50), mais ils ont une sélection intéressante de bières bouteille de tous pays (Ecosse, Australie etc), et plus de 150 whiskys disponibles pour la dégustation (à des prix très musclés; si je me souviens bien, le verre de 4 cl de Bushmill's 10 ans dont la bouteille vaut dans les 30€ est autour de 10...).

La bouffe est du pub la aussi classique, fish and chips pas mal, bangers and mash (saucisse purée) idem, entre 10 et 15€. Leurs burgers étaient plutôt bien aussi (autour de 15€) mais la dernière fois que j'y suis allé c'était pas terrible (pain pas très chaud, viande de qualité bof et portion en baisse), je ne sais pas si c'est un accident. A noter, une formule cheeseburger-coca ou demi à 10€ le midi, plutôt un bon plan.

Le service est probablement ce qui fait que je n'y vais pas (plus) aussi souvent que je le pourrais (c'est à deux pas de chez moi, et j'aime bien descendre une mousse le vendredi soir ou aller voir des matchs dans un bar ou un pub). Quand le patron (un vieil irlandais, taciturne mais très poli) est là, c'est ok. Quand c'est blindé de monde, étonnamment, ça va pas trop mal aussi. C'est plutôt quand le patron n'est pas là, ou alors le midi, en journée, ou en début de soirée quand il n'y a presque personne que c'est assez pénible. Bien que majoritairement irlandais (dont l'un des fils du patron), les serveurs sont assez forts pour faire semblant de ne pas te voir. Parfois, même, ils te regardent intensément, sans rien te demander, puis s'en vont. Ou alors t'expliquent, quand tu es à un bout du bar en L, qu'ils ne servent pas là et qu'il faut aller à l'autre bout. Un vrai service à la parisienne, en somme. Je ne sais pas, peut-être que je m'y prends mal, mais je suis parti une fois sans commander. On était 10 dans le bar, pour 3 serveurs, ils m'ont donc vu arriver (j'ai dit bonjour, on m'a répondu), m'asseoir, un des serveurs est même venu commander à la table voisine de la mienne, mais au bout de 20 minutes, je me suis levé, je suis parti, j'ai dit au revoir, personne n'a bougé.

 

A quelques mètres de là, un autre fils du patron a ouvert The Green Goose (19 rue des Boulets, au croisement de la rue des Boulets avec la rue de Montreuil, métro rue des Boulets). C'est plus petit, mais il y a quand même je dirais une quarantaine de places assises et pas mal de place pour circuler debout (les tables sont le long des murs, le bar au fond à gauche, l'espace central est libre). Point de vue déco, c'est plus sobre que chez Patrick's, bois foncé brut. 

Sur tous les autres plans (sauf pour visionner les matchs, même s'il y a deux petites télés sans le son), c'est je trouve par contre très supérieur. 

Déjà, le mec est sympa. Il m'a vu 5 ou 10 fois, il me remet, me dit bonjour si on se croise dans la rue, et a toujours essayer de nous accommoder les 3 ou 4 fois où nous sommes venus nombreux et à l'arrache.

Ensuite, à la pression, ils ont toute la gamme O'Hara's (la aussi dans les 7€ la pinte), brasserie irlandaise qui fait des blondes, des brunes, et des rousses que je trouve toutes plutôt sympas. La aussi, pas mal de bières bouteilles de tous pays.

Enfin, la bouffe est vraiment pas mal, un peu "gastro-pub". Steack mariné, Irish Stew, tourtes, un très bon club sandwich qui a malheureusement disparu de la carte, oeuf écossais, carrot cake... La carte est assez petite (en gros 5 entrées, 5 plats, 5 desserts) mais change assez régulièrement en dehors de quelques incontournables. Plats autour de 15€, entrées vers 8, et desserts à 7, mais bon, on y va rarement pour faire entrée plat dessert. Ils proposent même des "accords mets-bières".

Vraiment, je trouve ça assez chouette, malgré les prix peut-être un poil trop parisiens.

 

 

On peut aussi mentionner dans le coin une "curiosité", l'un des seuls bars allemand de la capitale, le café Titon (34 rue Titon, site web). Je n'ai pas eu l'occasion d'y aller, parce que quand je passe devant c'est toujours plein (le vendredi et samedi soir, ça déborde jusque dans la rue, avec une clientèle assez hipster), mais ils ont l'air d'avoir une belle collection de bières allemandes, et quelques tables pour manger du sauerkraut, des currywursts et autres plats typiques teutons. En tout cas, ça me fait envie depuis longtemps, j'aimerais bien essayer, peut-être faudrait-il que j'essaye d'y aller un midi.

 

 

Enfin, il y a sur la place Faidherbe-Chaligny tout un tas de bars-restos "français". J'ai déjà mentionné En Attendant l'Or (6 rue Faidherbe, site web). Bouffe plutôt pas trop mal dans le registre archi-classique (voire éculé) de la brasserie aveyronnaise. Les planches de fromage et charcute sont un peu chiches et pas données, misez surtout sur les plats, burger, saucisse-aligot ou grosses salades pleines de patates sautées (autour de 15€). Formule plat du jour à 10 ou 11€ le midi au rapport qualité-prix pas mal du tout. Brunch très couru (grands buffets à volonté sucré et salé), et souvent pas mal de monde le soir, autant pour manger que pour picoler, surtout le jeudi (soirée aligot).

En face, il y a le Baroudeur (1 rue Faidherbe) qui a l'air d'être une mini-chaîne (il y a au moins un autre bar du même nom à Montparnasse). Le mercredi soir, happy hour quasiment toute la soirée, donc beaucoup de monde et de la musique. Le reste du temps, c'est plus calme. Je n'y suis jamais allé déjeuner car les plats annoncés, du brasserie parisienne typique (potentiel Métro fort) sont à des prix assez élevés (tranche 15-20€ plutôt que 10-15). Bref, n'ayant jamais lu ou entendu de recommandation forte pour contrebalancer mon instinct, je me suis toujours abstenu.

De l'autre côté, le Bidule (2 rue Faidherbe), le plus branchouille et aussi le plus jeune du lot. Clientèle majoritairement 20-25 ans, typée "zicos-fac de lettres-jean serré- keffieh-lunettes cerclées-barbe peignée- gomina", déco "chaises en métal piquées au jardin du Luxembourg et carburateurs qui traînent dans la salle pour faire déglinguos", bref vous voyez le genre. Un succès fou, plutôt pour boire de ce que je vois (je passe devant tous les jours). On m'a dit plusieurs fois que la bouffe était vraiment pas terrible (la aussi, à vue d'oeil du classique brasserie Métro-like).

Et encore en face, du coup dans le 12ème (202 rue du Faubourg Saint-Antoine), le Café Pierre (site web), qui a l'air beaucoup plus calme avec plein de place, et dont on (@krazykitty sur Twitter si je ne me trompe pas) m'a dit que le comestible était tout à fait correct.

 

 

Et pour rappel:

Où manger à Faidherbe-Chaligny?

Bistrots ou semi-gastros français, 1 2 et 3

Afrique du Nord et Afrique Noire

Asie

Italien (pizzas)

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Restos
commenter cet article
23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 11:09

Vous connaissez mon dada: les données chiffrées sur le système français d'enseignement supérieur et de recherche.

Et mon obsession: trop d'administratif dans l'enseignement supérieur et la recherche tue l'administratif.

 

J'avais fait quelques petites analyses à l'échelle de mon établissement, notamment en utilisant le rapport d'activités/bilan social qu'à une époque j'avais pu me procurer une ou deux années d'affilée.

 

Dans mon établissement, je rappelle que j'estimais en gros, as far as I can tell, 1 administratif pour 1 enseignant chercheur (en comptant les PAST et ATER, mais pas les vacataires; et de l'autre, en comptant les gestionnaires de terrain ainsi que les services centraux, RH, comptabilité, service financier, mais pas les services centraux "techniques"). Les chiffres exacts sont difficiles à trouver, puisqu'il ne sont pas présentés de cette façon, mais je sais que certains de mes lecteurs étaient dubitatifs. Au CNRS, par exemple, en allant fouiller dans le bilan social, on peut estimer que le ratio administratifs/chercheurs, tous statuts confondus, est de l'ordre de 1 pour 5.

 

Chez Gaia Universitas, je suis tombé sur cette carte diffusée par la CPU (et apparemment faite par l'AEF) et expliquant les "COMUE" (regroupements d'universités et d'établissements parce que "big is beautiful" pour le classement de Shanghaï, en tout cas c'est ce dont persuadés nos gouvernants depuis 10 ans), que j'ai trouvée proprement hallucinante.

 

 

Un peu de data sur l'ESR français

Sur cette carte, on voit, si je lis et compte bien, qu'à l'échelle nationale, on a 0.83 administratif pour 1 chercheur/enseignant-chercheur/enseignant dans les établissements de l'ESR.

C'est en fait assez stable: il n'y a que deux regroupements d'établissements qui ont un ratio inférieur à 0.6 (Côte d'Azur et Lille), plus sans doute un troisième (chiffres non communiqués concernant les administratifs), PSL, qui regroupe majoritairement des établissements de prestige ayant compris que pour continuer à attirer ou conserver des bons éléments au niveau enseignants-chercheurs comme étudiants, ne pas trop les faire chier pouvait être un plus (en termes administratifs, on dirait "assouplissement du régime procédural: trouver la solution dans l’exploitation des marges de manœuvres offertes par le socle de la règlementation et insuffler plus de flexibilité aux pratiques").

De l'autre côté, on voit que deux regroupements (HESAM, qui se veut aussi une COMUE "prestige" mais dont l'existence a été remise en cause récemment suite à la défection d'une de ses composantes majeures, ainsi qu'Aix-Marseille) franchissent la barre symbolique du 1 pour 1, avec même une valeur de 1.2 administratif pour 1 chercheur/enseignant dans le cas d'HESAM. Toulouse est à 0.99...

 

Mais à part ça, tout le monde est entre 0.7 et 0.9. Que dire, sinon que selon moi, c'est trop?

 

D'autant que, comme je l'avais souligné dans un billet précédent, la répartition n'est pas du tout uniforme: à l'échelle de mon laboratoire, qui dépend de 3 tutelles, nous avons 4 administratifs (secrétaire, secrétaire pédagogique, 2 gestionnaires). 1 par tutelle, la 4ème personne étant financée depuis quelque chose comme 15 ans sur fonds propres du laboratoire. Nous sommes plus de 30 chercheurs et enseignants chercheurs, on est donc sur un ratio d'1 pour 9. Bref, au plus près du terrain, là où potentiellement (de mon point de vue limité de petit homme de terrain) ils pourraient vraiment être utiles et nous apporter de la plus-value, rassurons-nous, des administratifs, il n'y en a presque plus.

Et vu que les regroupements se feront certainement à effectifs constants, que ces regroupements impliquent une strate supplémentaire à gérer, sans qu'aucune en-dessous ne soit supprimée, il est fort probable que toute l'échelle administrative "monte d'un cran", et que les labos se retrouvent encore plus dépourvus dans un futur plus ou moins proche. 

 

Loin de moi l'idée de prétendre qu'un établissement, encore moins qu'un regroupement d'établissements, de même qu'une entreprise, puisse tourner sans services centraux, gestionnaires, administratifs, comptables, ressources humaines etc. 

Après, je ne crois pas qu'il existe une boîte qui fonctionne avec x fonctions support pour x ingénieurs... et dans notre cas, ce sont quand même les chercheurs et enseignants-chercheurs qui "produisent". Le jour où on arrivera à un ratio du style de celui du CNRS, tout ira bien mieux selon moi: contraint ou forcé, les procédures devront être allégées et on n'aura plus besoin de 5 niveaux de signature pour changer une ampoule dans un couloir. Mais avant que ce jour béni arrive, il faudra boire le calice jusqu'à la lie (par exemple via les ZRR).

On peut aussi évoquer brièvement le "taux d'encadrement", soit le nombre d'élèves pour un enseignant.

La moyenne est à 14 étudiants par enseignant, mais il y a de plus fortes disparités. A priori, il y a d'ailleurs également de fortes disparités au sein de différents établissements d'un même regroupement.

Sans surprise, le leader de ce classement est PSL, avec moins de 6 étudiants par enseignant. A ce taux là, effectivement, on travaille bien...

Le bonnet d'âne est pour un autre regroupement d'île de France, Paris Lumière, avec 37 étudiants par enseignant.

D'un côté, Nanterre et Paris 8, de l'autre l'ENS, l'ESPCI, le Collège de France, les Mines, l'Institut Curie etc, personne n'est vraiment surpris...

Sinon, à quelques exceptions près, c'est entre 15 et 20.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 14:59

J'ai participé à mon premier jury de thèse, en tant que co-encadrant (le sous-fifre qui, en France, a le droit d'encadrer mais pas vraiment le droit de signer quoi que ce soit d'officiel, n'ayant pas reçu l'habilitation, ce sésame divin qui vous fait passer légalement de padawan à senseï).

 

Il se trouve que cette thèse était une cotutelle (j'y reviendrai par ailleurs) entre notre établissement et une université américaine. L'étudiant, chinois, ayant passé 2/3 voire 3/4 de son temps aux USA, et 1 an en France, la soutenance a eu lieu là-bas.

 

Il y a deux choses à dire avant de commencer: la soutenance (ou "Defense", comme on dit chez eux) est beaucoup moins "codifiée" que chez nous. Outre les variations entre disciplines, il y a au sein d'une discipline des façons de procéder relativement différentes d'un département à l'autre, même pour une discipline donnée. Chez nous, c'est beaucoup plus homogène.

D'autre part, le formalisme et la solennité me semblent moins présentes. Ce n'est pas la grande procession de la famille et des amis, il n'y a généralement pas de pot de thèse après (ou alors, il est bref, et ne dure pas toute l'après-midi ou toute la nuit). Il y a probablement un effet de distance (les familles américaines sont souvent éclatées sur un territoire largement plus grand que le notre), mais aussi le fait que la soutenance n'est finalement qu'une étape parmi d'autres pour décrocher le titre de docteur (il existe la aussi, de façon variable selon les départements, entre disons 2 et 4 "examens de passage" au cours du doctorat). Enfin, devoir rester quelques mois de plus pour amender le manuscrit ou pour publier un papier demandé dans le cadre de la validation est très fréquent, quand c'est chez nous uniquement pratiqué pour "sanctionner". 

 

Mais la chose qui m'a le plus frappé, et la je demande à mes lecteurs s'ils ont constaté ça aussi ou si c'était plus le fruit de la composition du comité (le directeur de thèse américain a la réputation, même en conf', d'être assez "frontal" dans ses questions), c'est le fait que le terme "defense" n'est pas ici un vain mot.

L'étudiant, qui de l'avis de tout le comité, a fait une bonne voire très bonne thèse, a du vraiment défendre ses positions, la partie américaine du comité le poussant dans ses retranchements sans montrer trop de bonhomie. L'appréciation positive du travail de l'étudiant n'a eu lieu que pendant les délibérations en l'absence de celui-ci, pas pendant les questions (alors qu'en France, il serait d'usage, quand on pose une question un peu méchante, de commencer par quelques compliments, un sourire, des précautions stylistiques etc).

Bref, pendant 2h de questions, l'étudiant n'a pas été à la fête et a vraiment transpiré. 

 

Etrangement, il y a la un petit paradoxe. Dans un cadre informel, les américains sont souvent dans le superlatif, là où le français sera dans l'understatement. Ce qui est "pas mal" pour nous est au minimum "great" pour un américain moyen.

Mais dans le boulot quand ça compte vraiment, business is business, et la les américains me semblent souvent plus "cash" que nous. "No hard feelings", cela dit. Après, on va s'en jeter un: "let's have a stiff one".

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 13:07

Spoiler alert: je vais parler de choses que je ne maîtrise absolument pas, mais nous sommes en France, pendant les périodes de fêtes qui plus est, il est donc important d'avoir un avis sur tout.

 

J'ai dans mes proches relations un notaire. C'est quelqu'un de plutôt mesuré et d'ailleurs assez pessimiste de nature, il pense donc que sa profession telle qu'elle existe aujourd'hui ne sera plus à moyen terme.

Je ne suis moi-même a priori pas un farouche défenseur des notaires (mais qui l'est vraiment?, comme il le dit lui-même), ou plutôt de leur communication actuelle, que je trouve un peu gonflée.

Néanmoins, il m'a fait quelques remarques intéressantes pour mettre leur mouvement de protestation face à la loi Macron en perspective.

 

Premièrement, il faut rappeler que les notaires sont régis par un numerus clausus. Eg, ce n'est pas parce qu'on a le diplôme, qu'on peut, contrairement à un avocat par exemple, louer un local et mettre sa plaque devant "M. Michu, notaire".

Il y a en France en gros 8000 notaires (+ 1000 "notaires salariés" qui ne possèdent pas de parts dans une étude). 

Il y a 2 façons de "devenir" stricto sensu notaire: racheter les parts (ou la totalité) d'une étude existante (ou l'hériter de papa/maman) ou réussir un concours annuel (chaque année, l'Etat décide qu'à tel endroit, il manque une étude, qu'il faut donc en installer une, et elle est attribuée par concours: soit n études à distribuer, le concours classe les candidats, le 1er choisit là où il veut aller, le 2ème a n-1 choix, etc, jusqu'à ce que toutes les études soit pourvues).

La voie concours est très minoritaire (quelques dizaines de places par an, moins de 20 par an depuis 5 ans). Lorsque l'on réussit le concours, l'emprunt bancaire pour s'installer est "minimal" (en gros, louer ou acheter un local, l'équiper, et acheter le logiciel d'utilisation obligatoire qui vaut dans les 50k€).

La donne est différente quand on rachète une étude. Par exemple, 25% d'une étude à Antibes a coûté à un collègue de ma connaissance 1.2 M€. Il faut donc voir que le notaire débutant souscrit un prêt bancaire avec remboursements du genre 8k€/mois sur 15 ans. C'est d'ailleurs sans doute pour ça qu'il y a beaucoup d'héritiers dans ce milieu. Bien sûr, ce n'est pas de l'argent perdu et la revente de l'affaire en fin de carrière permet de faire un joli complément de retraite, mais ça fait quand même une bonne moitié de carrière avec pas mal de pression.

Bref, le notaire gagne en moyenne 17k€ net/mois. Il faut quand même penser qu'avec ces sommes là on est imposé au global à pas loin de 40%. Une fois le prêt remboursé, bon, on va pas pleurer misère pour eux, mais déjà ça fait moins rêver. D'autant que le notaire est aussi un petit patron, et que quand il rédige des actes, il engage un peu plus sa signature que d'autres parties. 

 

Il faut voir aussi qu'il y a environ 1000 nouveaux diplômés notaires par an. La plupart exerce donc des activités de type "clerc" ou " notaire assistant" (aux rémunérations de type 2k€ net/mois). Les notaires salariés sont aux alentours de 4k€/mois. On est déjà un peu plus loin des nantis même si ça reste confortable.

 

Le point ici, c'est que le gouvernement veut instaurer la libre installation (eg supprimer le numerus clausus, le concours etc). C'est peut-être une bonne idée en soit, et probablement qu'un certain nombre de diplômés qui font le sale boulot du notaire pour 10x moins seraient contents de pouvoir s'installer. Il est aussi normal que dans une réforme, il y ait des perdants... Mais ici, en gros, on explique à quelques milliers de gars qui se sont endettés à hauteur d'1M€ que demain, quelques dizaines de milliers d'autres peuvent potentiellement venir ouvrir à côté de chez eux, sans avoir à débourser un kopeck. Déjà, on peut comprendre que ça rende un peu jaloux, mais si en plus ça conduit à diviser le revenu par 2 ou 3, le mec commence à transpirer vis-à-vis de son énorme prêt bancaire.

 

Bon, voila, ceci mis sur la table, je comprends mieux que certains gueulent. Après, il y a quelques poignées de notaires parisiens qui gagnent plus d'1M€/an et tout le monde est d'accord pour dire que ces types là sont dans une situation de rente, qu'il faut faire quelque chose etc. Mais franchement, ce n'est probablement pas eux qui seront affectés le plus par la réforme. 

 

C'est un peu la même problématique avec les pharmaciens (numerus clausus itou, et officines très chères à acheter), ou les taxis avec leurs licences. Dieu sait que je ne suis pas un défenseur des taxis, surtout à Paris, mais on peut comprendre que celui qui a acheté sa licence 300k€ l'ait mauvaise si, sans compensation, demain n'importe qui peut foutre taxi sur sa voiture et se lancer.

 

Donc, quand on veut flinguer une corporation, et il y a sans doute de bonnes raisons pour le faire, il faut aussi, quand on gouverne, prévoir ces contreparties et compensations. Si on se contente de dire, "c'est comme ça, et désolé mais pour vous c'est dans le cul lulu", c'est un peu normal que ça ne passe pas, surtout si la dite corporation a des pouvoirs soit de nuisance, soit de lobbying.

 

 

Je ne sais pourquoi, il semble que ce travail prédictif soit de toute façon inconnu des décideurs. Beaucoup plus localement, je pense à ces formations de chez moi, qui ferment à tour de bras, sans se préoccuper du devenir de ceux qui les ont commencées. "oui, la, ça ferme, ok, mais on a 10 inscrits là, qui ont commencé il y a 2-3 ans et qui donc pourront pas finir, on en fait quoi?" "ah, c'est pas notre problème, c'est pas rentable c'est tout" "au temps pour moi, je croyais qu'on avait comme une sorte de mission de service public" "pardon?"

Repost 0
12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 17:45

Dans les hautes sphères, on nous explique ce que le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche en France doit être. Quels sont les sujets de recherche d'aujourd'hui et de demain, quelles réorganisations referont de nous le phare intellectuel incontesté de l'univers.

 

Bref, on raconte (c'est mon avis mais je le partage) beaucoup de conneries. Parfois, on dirait même que c'est généré par ordinateurs à partir des mots à la mode qu'on entend au 20h, le tout saupoudré de langage technocratique, indémodable, lui.

 

Quelques exemples.

 

Tiré du projet d'intégration d'un établissement à une COMUE qui m'est tombé sous les yeux:

 

"(Nous avons) des atouts majeurs qui (nous) permettent d’être un établissement incontournable en mesure de répondre aux défis de la société française."

"Pour porter cette mission névralgique à l’heure où notre pays connait une situation économique et sociale difficile, (nous disposons) d’atouts uniques forgés au cours d’une histoire riche."

 

Jusque là, c'est presque du niveau débutant (quelques répétitions mais bon, faut meubler 20 pages hein), mais ça ne mange pas de pain.

On accélère un peu:

 

"Cela suppose de renforcer la visibilité de l’établissement grâce à une politique efficace de communication, reposant tant sur les outils numériques que sur la présence au lancement d’initiatives ciblées comme la création de prix, la participation à des salons ou des manifestations-repère"

"Une opportunité pour l’établissement : l’opportunité de s’adapter aux nouveaux défis. Il faut établir un glissement de la logique du maintien de l’existant voire de la reproduction à l’identique vers une utilisation ciblée et efficace des moyens, appuyée sur une stratégie."

"Le projet repose sur le portage d’une politique de formation et de qualification fructueuse et ambitieuse. Elle est aussi une politique de transmission, inscrite dans la culture de social learning portée au sein de l’établissement : transmission des savoirs, transmission des compétences, transmission de valeurs."

 

On atteint la vitesse de croisière:

"Le socle doit être disciplinaire mais renvoyer aussi à une bonne maîtrise des outils. Cela suppose une attention ciblée aux usages du numérique, en favorisant par exemple l’accès à la littératie numérique, dans la mesure où l’acquisition des fondamentaux d’une culture numérique est gage d’inclusion sociale."

"Dans ce contexte, le numérique est un enjeu majeur car il suppose une révolution des modes de transmission des connaissances. En misant de manière volontariste sur le numérique, (l'établissement) s’engage dans une transformation des modes d’enseigner, de l’utilisation des outils, de la place de l’innovation à tous les stades du processus.

...

Le numérique redéfinit les modes de collaboration et d’action entre tous les acteurs. Il porte la dynamique du secteur de la formation pour répondre aux attentes de tous."

 

Et puis brusque accélération:

" D’un côté, l’établissement est porteur de nouveaux métiers comme ceux liés à l’informatique et en particulier des métiers-frontière tels que celui de data scientist ou de bio-informaticien. D’un autre côté, (...) il s’agit de relayer certaines grandes perspectives économiques nationales, à l’image de la filière big data reconnue comme la septième ambition du rapport Lauvergeon sur la nouvelle France industrielle ou de la smart city, avec toutes ses composantes liées au développement durable."

"L’émergence de nouveaux projets pionniers et/ou interdisciplinaires sera favorisée par des actions d’incubation ciblées et proactives, par la formation à la recherche en direction tant des mastérants que des doctorants dans le sillage d’un certain nombre de synergies qui se sont dégagées dans les années récentes."

 

Fonctionnement interne: Parolé, parolé parolé encore des parolé

"Pour bien porter ses missions, l’établissement doit être aussi innovant en termes de gestion et de fonctionnement alors qu’il fait souvent l’objet de critiques sur un certain nombre de complexités voire de lourdeurs de ses procédures internes. A des logiques trop contraignantes ou trop démobilisatrices, il faut substituer une meilleure réactivité et une responsabilisation des acteurs.

La culture du changement et de la transparence doit donc être généralisée au sein de l’établissement mais elle suppose d’être expliquée, accompagnée, appliquée."

 

"Il faut trouver le bon équilibre entre respect scrupuleux des règles publiques et souplesse dans l’action."

Indeed...

 

"Les contraintes financières publiques sont telles que la politique de ressources humaines, devenue névralgique pour un établissement autonome, doit être construite autour de trois notions majeures : le remplacement ; le redéploiement. "

Ca fait deux, mais bon, on n'en est plus là, qui lit encore à ce stade?

 

Et on conclut en beauté

"Grâce à l’investissement de tous ses personnels et à une culture du projet, devenue réalité quotidienne, (l'établissement) répondra de mieux en mieux à sa principale mission de dispenser une formation de qualité, actualisée, crédible économiquement.

(...)

C’est à ce nouveau défi qu’il s’agit de répondre grâce à une vie d’établissement riche, au bon fonctionnement des instances, au dialogue social et à la reconnaissance juste de l’investissement personnel et collectif. Grâce surtout à une feuille de route claire, partagée et mobilisatrice pour les cinq années à venir."

Il ne manque que la Marseillaise.

 

Si vous êtes sage la prochaine fois je vous décortique le plan d'action 2015 de l'ANR.

 

(Titre récupéré d'un essai d'un philosophe américain)

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 09:05

Je voudrais faire passer ici 2 messages:

 

1. L'emploi académique, de chercheur ou d'enseignant-chercheur, n'est pas, ne sera pas, et n'est probablement nulle part dans le monde le débouché naturel des Docteurs.

D. Monniaux en a fait un long papier, mais alors que les chiffres concernant les ouvertures de poste au CNRS viennent de sortir, on peut faire quelques rappels: il y a en gros, depuis quelques années, 300 postes ouverts par an au CNRS en CR2 et CR1. A cela, on peut ajouter 1300 ou 1400 postes de Maître de Conférences dans l'ensemble de nos Universités et Grandes Ecoles dépendant du MESR.

Si l'on rajoute les quelques dizaines de postes ouverts dans d'autres EPST (INRA, INRIA, INSERM, IFFSTAR...), ainsi que ceux dans les écoles d'ingénieur ne dépendant pas directement du Ministère de l'ESR (ESPCI, X, Mines, Agro...) voire même les postes dans des instituts avec des statuts particuliers mais fonctionnant comme des centres de recherche "classiques" (Institut Pasteur, CEA...), on doit arriver à environ 2000 postes ouverts annuellement.

 

On délivre de 10 à 12000 doctorats par an ces derniers temps (11000 en 2010).

 

La recherche publique ou l'enseignement supérieur, et donc le public en général (on va négliger le nombre de Docteurs qui finissent dans la haute administration...) n'absorbe ainsi que 20% des nouveaux diplômes (on pourrait raffiner le modèle en intégrant les recrutés non diplômés en France, et en soustrayant les diplômés non français qui repartent dans leur pays d'origine, ça ne change pas l'ordre de grandeur je pense).

 

Si l'on revenait aux niveaux de 2000-2004, période relativement "faste" de recrutement, on aurait en gros 3000 embauches (2000 postes de MCF, 600 au CNRS plus le reste).

 

Ce ratio, que l'on parle de 20% ou 30%, est probablement très similaire à ce que l'on peut trouver ailleurs dans le monde (il est difficile de trouver les chiffres exacts aux Etats-Unis, mais on délivre environ 50000 doctorats pour quelques milliers de postes d'Assistant Professor par an). 

 

On voit donc clairement qu'une "politique pluriannuelle de création d'emploi" réclamée par les organisations dans l'enseignement supérieur et la recherche n'est pas la solution aux problèmes de débouchés des docteurs, comme on peut parfois l'entendre (souvent par les mêmes qui expliquent que la loi Sauvadet limitant à 6 ans l'emploi à durée déterminée dans le public tue la recherche française...). 

Même la création de 30000 emplois supplémentaire sur 10 ans, proposée par Sciences en Marche, n'absorberait (en imaginant qu'elle soit mise en place) au total que 50 ou 60% du nombre des docteurs "produits annuellement", et seulement sur cette durée. 

Bref, la politique pluriannuelle de création d'emploi aurait beaucoup de points positifs pour le fonctionnement de l'enseignement supérieur et de la recherche, ne serait-ce notamment que parce qu'il manque l'équivalent de 10000 équivalents temps plein pour l'enseignement à l'échelle du pays, mais n'est pas une solution à ce problème. Communiquer en ce sens me semble au mieux une erreur, au pire un mensonge.

Ainsi, je pense que notre responsabilité, en tant que chercheurs et enseignants-chercheurs, est de faire comprendre aux jeunes que nous formons qu'une carrière académique sera l'exception, pas la règle. Et qu'il faut réfléchir le plus tôt possible à un plan B.

 

Ce qui m'amène à mon deuxième point:

 

2. Il existe un problème réél, en France, de débouchés des Docteurs dans le privé. Et ce problème nous est propre.

En 2007, 3 ans après la thèse, le taux de chômage des docteurs en France était de 10%. On tourne plutôt autour de 3-4% dans la majorité des autres pays. En gros, en France, le taux de chômage des docteurs est équivalent à celui de la population globale. Il est typiquement 2 fois plus faible que ce taux global dans les autres pays de l'OCDE.

Autre point intéressant: le taux de chômage des M2 en France est de l'ordre de 7%, et 5% pour les ingénieurs. Aux USA, le taux de chômage des MSc est de 3,5%, similaire voire un peu plus élevé que le taux de chômage des docteurs. Le doctorat "diminuant" l'employabilité (par rapport au diplôme d'ingénieur mais aussi par rapport au Master) semble donc la aussi propre à la France (même si la tendance paraît s'inverser récemment, le doctorat restant stable mais les M2 ayant été touchés par la crise).*

 

On lit parfois que, tout simplement, on diplôme trop de docteurs en France, comparativement à notre "besoin". Je ne le crois pas. Ramené à la population globale, l'Allemagne délivre quasiment 2 fois plus de doctorats que nous, toutes disciplines confondues. Les Etats-Unis une proportion similaire (voire un peu plus élevée) que la nôtre. Le taux de chômage des docteurs dans ces pays est largement (typiquement 4 fois) plus bas que chez nous. La différence de taux de chômage global (10% chez nous, autour de 5 chez eux), n'expliquant pas tout. 

Ce n'est donc pas une question de "nombre" uniquement: ni de nombre total, ni de nombre d'emplois dans le public.

 

On peut aussi se dire qu'il s'agit avant tout d'un problème général lié à l'employabilité des Docteurs en Lettres, Langues, Sciences Humaines et Sociales. La aussi, c'est sans doute un peu plus complexe. Le ratio est d'environ 2/3 de doctorats délivrés en sciences pour 1/3 en SHS en France. C'est assez proche aux USA. En Allemagne le ratio serait même inversé (mais certains chiffres présentés ici ne collent pas tout à fait avec ceux lus ailleurs...). Le taux de chômage des docteurs étant très faible dans ces pays, tous champs disciplinaires confondus, on peut supposer que si "inemployabilité des docteurs de SHS" il y a dans ces pays, elle est nettement moins marquée que chez nous.

 

Maintenant, que peut-on dire du problème français?

- Le taux de chômage pour les thèses CIFRE ou allocations de recherche est de 6 ou 7%. Aujourd'hui, 33% des thèses sont encore non financées (pour les SHS seules, le ratio est inversé puisque seules 33% des thèses sont financées). Cela veut donc dire que le taux de chômage pour les docteurs dont le doctorat n'a pas été financé est très élevé (autour de 15%?). 

- On peut aussi identifier en gros 2 populations en termes de taux de chômage: les disciplines au-dessous de 8% (Maths, Physique, Informatique, Sciences de l'Ingénieur, mais aussi Droit), celles au-dessus de 12 (Langes et Sciences Humaines mais aussi Chimie et Sciences de la Vie et de la Terre). Pour cette deuxième catégorie, on peut être plus subtil en regardant le taux d'emploi dans le secteur public: plus de 80% pour les LSHS, moins de 60 pour la Chimie et les SVT.

Il y a donc probablement 2 facteurs un peu différents qui interviennent: manque de reconnaissance du doctorat dans le privé pour l'un, tension sur le marché de l'emploi pour l'autre (la chimie et les sciences de la vie sont assez "embouteillés" depuis longtemps...).

 

 

D'où vient-il?

Cela va faire cliché et redite, mais je crois qu'il reste une "incompréhension" de ce qu'est le doctorat et de ce qu'il peut impliquer comme compétences dans beaucoup d'entreprises. Je pense que la dualité du système français (Grandes Ecoles versus Universités), et le fait qu'historiquement les Grandes Ecoles ont la main dans les entreprises, renforce ce problème.

Ce n'est bien sûr pas vrai de toutes les entreprises, mais il y a semble-t-il une certaine frilosité (ou méconnaissance) vis-à-vis de la recherche et de l'innovation, parce que l'on cherche une rentabilité à très court terme. Même dans les boîtes disposant de centres de recherche réputés, il faut batailler pour "vendre" aux décideurs des projets de rupture à long terme. De plus, le centre de recherches est souvent la porte d'entrée du docteur mais à moyen terme l'évolution est ailleurs. La notion d'expert senior est assez éloignée de nos standards. Et dans les petites entreprises, on voit le docteur comme concurrent de l'ingénieur, or avec les ingénieurs on fonctionne bien donc à quoi bon.

Les universitaires ont leur part de responsabilité: par exemple en n'étant pas clairs avec leurs étudiants sur les points exposés ci-dessus, ou en leur faisant miroiter des postes qui n'existent pas, ou en leur disant que tout ça c'est que la faute des politiques.

En laissant soutenir trop de thèses de mauvaise qualité pour tout un tas de mauvaises raisons (et notamment un manque de contrôle d'étapes, ce que les comités de thèse sont aujourd'hui un peu censés faire)

En faisant souvent la confusion, voulue ou non, "emploi scientifique" = "postes académiques" (je l'ai vu dans un paquet de présentations estampillées CNRS). Un petit symbole qui dit bien des choses, je trouve.

En ne proposant pas grand chose en termes de formations à la recherche d'emploi non plus (même si de plus en plus d'écoles doctorales proposent des choses de ce style, parfois obligatoires).

Il me semble aussi que la vision française du doctorat est trop axée sur l'"hyperspécialisation" qu'il représente.  Cela aussi est vrai du côté de l'employeur comme du docteur. "Mais pourquoi je recruterais quelqu'un qui a fait de l'optimisation de réacteurs  à plasma froid pour traitements de composés organiques volatils/ qui s'est intéressé à la sociologie des punks à chien?" et "Mais pourquoi je candidaterais chez Boston Consulting Group alors que ce que j'ai fait c'est de la synthèse totale du taxol/comprendre les migrations de population dans le Marais poitevin au 16ème siècle?". Ma maigre expérience des USA m'a laissé entrevoir de ce point de vue une plus grande ouverture d'esprit réciproque (mais peut-être que je me leurre).

 

Que peut-on envisager?

Je ne suis pas politicien, je n'ai pas l'oreille des politiciens, et je ne suis convaincu ni de leur volonté de changer les choses, ni de leur pouvoir pour le faire, mais j'aimerais juste vous avoir convaincu de ces 2 points:

L'emploi académique ne permet pas, ne permettra jamais, et n'a pas vocation à absorber le flux de docteurs diplômés chaque année.

La France ne diplôme pas trop de docteurs par rapport aux standards internationaux, mais ne sait pas bien les employer. 

L'une des mesures du CIR, donnant un crédit d'impôt pendant 2 ans à une entreprise embauchant un docteur pour son premier emploi "privé", me semble intéressante. Il faudrait sans doute en faire plus de publicité... 

La reconnaissance du doctorat en entreprise, impliquant un changement culturel assez fort, passera probablement par une amélioration du "contrôle qualité" des thèses soutenues. Je pense que les comités de thèse mis en place récemment et qui se généralisent, sur le modèle de ce qui se pratique aux USA, va dans ce sens.

Dans l'autre sens, les entreprises gagneraient aussi à prospecter un peu plus à la recherche de potentiels futurs employés dans les laboratoires, comme cela se pratique courramment aux USA (voir commentaire).

Pour conclure sur une touche polémique, je dirais enfin que les doctorats non financés et interminables n'aident visiblement pas, ni à la reconnaissance du doctorat comme "expérience professionnelle" tant défendu par les associations, ni les doctorants eux-mêmes dans leur recherche d'emploi, si j'en crois les chiffres plus hauts. La aussi, des pistes de réflexion ont été abordées par D. Monniaux. Resterait juste à trouver l'argent, mais ça aiderait sans doute à responsabiliser quelques "directeurs de thèse" pas toujours hyper scrupuleux...

 

 

* Bien sûr, le taux de chômage n'est qu'un indicateur parmi d'autres. Un autre indicateur qui serait intéressant serait le pourcentage d'emplois "sous-qualifiés" pour les docteurs. Dans le rapport du CAS mis en lien plus haut, on peut juste avoir une idée du % d'emplois "hors recherche" (mais c'est un sens très large, et donc pas forcément "sous-qualifié"), qui est toujours autour de 25-30% (sauf au Royaume-Uni, 40%).

 

 

 

Et allez voir un article très intéressant sur cette question même s'il date un peu, d'un "pionnier" du blogging scientifique, vaquant depuis à d'autres occupations.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article