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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 00:18
Un article récent m'a fait hausser les sourcils, signe chez moi d'un étonnement de premier ordre:
http://www.boston.com/bostonglobe/ideas/articles/2009/09/13/why_capitalism_fails/?p1=Well_MostPop_Emailed1


Pour ceux qui n'iraient pas lire l'article, ça s'appelle "Why capitalism fails" (en VF, "pourquoi le capitalisme s'effondre"), et c'est un article du Boston Globe de dimanche dernier, basé sur les travaux d'un obscur économiste des années 80, Minsky.
Le Boston Globe n'est pas la référence qu'est le New-York Times, mais appartient au même groupe, est le premier quotidien de la Nouvelle-Angleterre avec un tirage d'environ 500000 exemplaires, et a reçu 18 Pulitzer depuis son lancement en 1872: bref, c'est un journal sérieux, très ancré démocrate (mais un démocrate, ça croit à l'économie de marché et à la libre entreprise), comme à peu près toute la Nouvelle-Angleterre. J'en donne quelques extraits plus bas.

Si même les américains commencent à se poser ce genre de questions (ou pire encore, à admettre ce postulat comme un état de fait et à en chercher les raisons), ça veut soit dire:
- que c'est vraiment la fin.
- que "ça" va changer bientôt...

Je pencherais pour la première solution, mais je garde un peu d'espoir pour la seconde. En attendant, je vais peut-être essayer de trouver le bouquin de Minsky.


Extraits de l'article:
"

Hyman Minsky is a hitherto obscure macroeconomist who died over a decade ago. Many economists had never heard of him when the crisis struck, and he remains a shadowy figure in the profession. But lately he has begun emerging as perhaps the most prescient big-picture thinker about what, exactly, we are going through. A contrarian amid the conformity of postwar America, an expert in the then-unfashionable subfields of finance and crisis, Minsky was one economist who saw what was coming. He predicted, decades ago, almost exactly the kind of meltdown that recently hammered the global economy.

In recent months Minsky’s star has only risen. Nobel Prize-winning economists talk about incorporating his insights, and copies of his books are back in print and selling well. He’s gone from being a nearly forgotten figure to a key player in the debate over how to fix the financial system.

But if Minsky was as right as he seems to have been, the news is not exactly encouraging. He believed in capitalism, but also believed it had almost a genetic weakness. Modern finance, he argued, was far from the stabilizing force that mainstream economics portrayed: rather, it was a system that created the illusion of stability while simultaneously creating the conditions for an inevitable and dramatic collapse.

Minsky called his idea the “Financial Instability Hypothesis.” In the wake of a depression, he noted, financial institutions are extraordinarily conservative, as are businesses. With the borrowers and the lenders who fuel the economy all steering clear of high-risk deals, things go smoothly: loans are almost always paid on time, businesses generally succeed, and everyone does well. That success, however, inevitably encourages borrowers and lenders to take on more risk in the reasonable hope of making more money. As Minsky observed, “Success breeds a disregard of the possibility of failure.”

As people forget that failure is a possibility, a “euphoric economy” eventually develops, fueled by the rise of far riskier borrowers - what he called speculative borrowers, those whose income would cover interest payments but not the principal; and those he called “Ponzi borrowers,” those whose income could cover neither, and could only pay their bills by borrowing still further. As these latter categories grew, the overall economy would shift from a conservative but profitable environment to a much more freewheeling system dominated by players whose survival depended not on sound business plans, but on borrowed money and freely available credit.

Once that kind of economy had developed, any panic could wreck the market. The failure of a single firm, for example, or the revelation of a staggering fraud could trigger fear and a sudden, economy-wide attempt to shed debt. This watershed moment - what was later dubbed the “Minsky moment” - would create an environment deeply inhospitable to all borrowers. The speculators and Ponzi borrowers would collapse first, as they lost access to the credit they needed to survive. Even the more stable players might find themselves unable to pay their debt without selling off assets; their forced sales would send asset prices spiraling downward, and inevitably, the entire rickety financial edifice would start to collapse. Businesses would falter, and the crisis would spill over to the “real” economy that depended on the now-collapsing financial system.

Minsky’s solution was radical and less palatable politically. Minsky argued for a “bubble-up” approach, sending money to the poor and unskilled first. The government should become the “employer of last resort,” he said, offering a job to anyone who wanted one at a set minimum wage. It would be paid to workers who would supply child care, clean streets, and provide services that would give taxpayers a visible return on their dollars. Such a program would not only help the poor and unskilled, he believed, but would put a floor beneath everyone else’s wages too, preventing salaries of more skilled workers from falling too precipitously, and sending benefits up the socioeconomic ladder.

While economists may be acknowledging some of Minsky’s points on financial instability, it’s safe to say that even liberal policymakers are still a long way from thinking about such an expanded role for the American government. If nothing else, an expensive full-employment program would veer far too close to socialism for the comfort of politicians.
"

En bref, il semble que du gros bon sens et un peu d'anthropomorphise appliqué au système capitaliste (confiance et arrogance sont des sentiments proches l'un de l'autre, et plus on a avec raison confiance en soi parce que tout réussit, plus on est susceptible de devenir arrogant et de finir par échouer) ait suffi à Minsky pour "deviner" très précisément ce qui allait se passer.
L'économie en tant que science ressemblant à mon goût tout de même un peu à la technique dite du doigt mouillé, il se peut qu'il ait simplement été chanceux, ou le seul mec un peu pessimiste au milieu de gars qui ne sentaient plus pisser après 30 ans à se gaver. 
Mais il se peut aussi bêtement qu'il ait vraiment tout compris, et que donc sa solution marche aussi. Malheureusement, c'est une solution "socialiste" donc autant dire que c'est pas demain qu'elle sera mise en oeuvre.

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 16:03
Ce blog a été crée le 13 décembre 2005. Il a donc, à 3 mois près, 4 ans.
Si on ôte deux périodes d'inactivité, l'une de grosso modo sept mois (de fin mai 2006 à fin janvier 2007) et l'une d'environ deux-trois mois (mai-août 2007), le blog fête en ce moment ses 3 ans d'écriture.

Au départ, l'idée que j'avais pour ce blog (expliquée vaguement dans mon premier article) ressemblait un peu à ça. En français, en plus drôle - ou moins sérieux-, moins féministe et plus proche de la paillasse. Globalement, je voulais parler du petit monde scientifique, de son quotidien un peu à part, sans vraiment parler de science. En BD et en plus talentueux que je ne le suis, ça donne ça

Finalement, mon fâcheux manque de concentration, allié à mon côté vélleitaire et mes nombreux centres d'intérêt ont transformé ce blog en l'espèce de gloubiboulga que vous avez sous les yeux, dont j'ai détaillé les "objectifs", si l'on peut dire, ici et . Cet éclectisme est ce qui permet à ce blog d'être "linké" à la fois par des blogs culinaires, littéraires ou scientifiques: j'apprécie beaucoup d'avoir des lecteurs ayant des intérêts et des horizons très différents. En contrepartie, ce blog n'a pas de "niche" et n'a donc pas de potentiel de croissance énorme (voir les chiffres plus bas).

Mon blog comporte 6 catégories: Musico-littéro-gastro, l'Art en somme , La vie de Mix , Réflexions indispensables , C'est bon de rire parfois , La recherche et L'Amérique.

J'ai à ce jour, sans compter celui-là, écrit 333 articles (la moitié de 666), répartis dans ces 6 catégories relativement uniformément (respectivement 61 articles, 88, 69, 34, 46, et 35). Il y a quelques articles dont le classement m'a causé des soucis car ils sont un peu à cheval entre deux catégories: ainsi L'Amérique me fait souvent rire parfois...

Sur ces 333 articles, il y en a probablement environ 20% que je continue à trouver "bons" longtemps après les avoir écrits. Ils sont pour la majorité dans les catégories l'Art en somme et Réflexions indispensables. Je qualifierais la même proportion d'articles "inutiles", principalement dans la catégorie La vie de Mix: articles dont les thèmes sont du genre "je suis fatigué", "je n'ai pas le temps ou l'envie de bloguer" etc. En puriste, je souhaitais au départ éviter de me compromettre dans ce genre d'articles, mais je ne suis qu'un homme et la pression lectorale a été trop forte...
Le reste se situe dans une tranche intermédiaire d'articles plutôt rigolos ou intéressants, mais trop légers ou trop ancrés dans le présent dans lequel ils ont été écrits (C'est bon de rire parfois, et un certain nombre d'articles dans La recherche ou l'Amérique, par exemple).

333 articles en 3 ans d'écriture, soit un peu plus de 1000 jours, cela représente un peu moins d'un article tous les trois jours, ou deux articles par semaine de moyenne. C'est une moyenne selon moi correcte et j'essaie de m'y tenir depuis que je suis aux USA (20 mois), même si en ce moment par exemple, j'ai plusieurs idées d'articles dans mes cartons. Un certain nombre d'articles "intéressants" (à mon goût tout au moins) n'ont jamais vu le jour pour cause de flemmardise, d'oubli, ou d'emploi du temps trop chargé.

Depuis que le blog existe, le compteur over-blog comptabilise un peu plus de 15000 lecteurs (15277) et un peu moins de 40000 pages vues (39006). Pour bien des blogs, 5000 lecteurs ce n'est pas une statistique annuelle, c'est une statistique mensuelle, voire hebdomadaire ou journalière. Over-blog ne comptabilise que le nombre de "visites uniques", donc si vous vous connectez 10 fois par jour sur mon blog avec un seul ordinateur, cela ne compte que pour une visite.
En septembre 2008, j'ai enregistré mon mois record avec 3551 pages vues, et ma journée record (le 29) avec 663 pages vues.
La moyenne de pages vues est depuis environ un an de l'ordre de 1200 à 1500 par mois, ou 40 à 50 par jour.
La moyenne de lecteurs est depuis la même  époque de l'ordre de 600-750 par mois, soit 20-25 par jour.
Environ 50% de mes lecteurs sont des lecteurs réguliers, 50% viennent de recherches google (aussi diverses et variées que "gastronomie québecoise", "tatouage au sein", "pipe entre adolescents" et "liste d'écrivains du 19ème siècle" pour ne prendre que des exemples parmi les plus récents) ou de liens disséminés ici et là.
Les lecteurs ont laissé 363 commentaires, soit environ 1,1 par article. Si l'on enlève mes commentaires (addenda ou corrections), on doit être aux alentours de 0,8 commentaire par article. Je crois avoir répondu à tous, à une ou deux exceptions près. Le record de commentaires pour un article est de 11 (deux ex-aequo assez récents).

Le blog rank de ce blog, un moyen obscur de déterminer l'activité d'un blog sur la plateforme over-blog entre 1 et 100, oscille depuis 18 mois entre 40 et 60. Comme over-blog me le répète chaque jour, mon blog n'est PAS dans le top blog. A une époque, ils donnaient un "classement", et ce blog oscillait entre la 5000 et la 10000ème place, sur plus d'1 million de blogs (dont probablement uniquement 10% d'actifs, cependant).

Je n'ai pas souscrit au "partenariat droit d'auteurs" d'over-blog qui consisterait à me payer en échange de pubs sur mon blog, en fonction de l'activité de celui-ci. J'ai calculé que je renonçais à environ 4 euros/mois, si je me souviens bien.

Le blog appartient à deux communautés, Science et Expatrié(e)s

J'ai reçu une offre pour devenir collaborateur dans un blog collectif, que j'ai refusée (mon côté Florent Pagny). 

Je pense encore être là pour le passage des 20000 lecteurs et 50000 pages, d'ici six mois à un an.
Au-delà, notamment pour l'écriture du 666ème article, who knows? Car dans trois ans, je serai peut-être à fabriquer des pizzas dans un camion sur la Côte d'Azur (une idée de mon frangin qui réunit actuellement des capitaux en pratiquant le notariat).

Je rajouterai sans doute quelques chiffres lorsqu'ils me reviendront en mémoire. Et je range cet article dans la septième catégorie créee pour l'occasion et intitulée "Blog on blog".
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Published by mixlamalice - dans Blog on blog
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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 18:26
Quelques réflexions suite aux tristes évènements survenus la semaine passée chez France Télécom: une salariée qui se défenestre sur son lieu de travail, un autre qui se poignarde pendant une réunion.

Depuis février 2008, 22 suicides ont été recensés chez France Télecom. Soit un peu plus d'un par mois.

Tout d'abord, notons que statistiquement, ce chiffre n'est pas si élevé que ça: la France est un des pays "développés" présentant un fort taux de suicide, environ 17 par an pour 100000 habitants. Si l'on ramène ce taux à la population "active" (i.e. entre 20 et 65 ans), on est autour de 25. Difficile ensuite d'avoir des chiffres plus précis (taux de suicide chez les chômeurs, les divorcés etc), mais l'ordre de grandeur est là. 

France Télécom emploie environ 100000 personnes en France, donc qu'il y ait une quinzaine de leurs salariés qui se suicide par an n'a rien d'"extraordinaire" (je parle en terme de chiffres, pas en terme de tragédies individuelles). 

Plus que le chiffre brut, le fait qu'ils se suicident sur leur lieu de travail est certainement indicatif de conditions de vie déplorables et que le suicide est lié directement à cet état de fait (cf ces commentaires). Comme chez Renault il y a quelques temps, c'est là qu'est la "nouveauté" du phénomène: le suicide du au travail et à ses conditions, et non à son absence (chômage, problème d'insertion dans la société) ou à des évènements plus personnels (rupture, divorce, décès d'un proche, etc).

Mais ce qui me défrise le plus, ce sont certains commentaires des lecteurs de Monde, qui me donnent vraiment une image déplorable de l'humanité en général, et de notre société en particulier (Hasta Siempre).
Un petit florilège pas vraiment ragoûtant:

- C'est sûr la culture du résultat dans un monde ou régnait la culture de la glande, du bien-être des syndicats tout puissants et du "je fais ce que je veux je suis fonctionnaire a vie" et des CE plus riches que bon nombre de sociétés, effectivement, ca crée un choc! Y a donc de la casse, rien d'étonnant à cela! A partir du moment ou un milieu se durcit, les plus faibles cèdent rapidement! L'administration était avant un refuge, nécessaire !

- Quand on pense que ce sont tous des anciens fonctionnaires des PPT. On imagine le massacre lorsqu'on va demander à la Poste et à la SNCF de devenir enfin efficace ! Pas facile de se mettre à bosser à 50 ans, n'est ce pas ...

- Les corporations fonctionnaires et assimilées qui nous ont gratifiés du taux de grève si excessif qu'il nous a valu la caricature mondiale commencent par morceaux à goûter à ce que 80% des français vivaient et vivent au boulot (et qui en sus se coltinaient les grèves des 20% d'autres aveugles n'ayant eu aucune pitié pour eux, se regardant le nombril). Dur de vivre comme l'immense majorité des français ? Oui. Et encore pas de grève en ce moment.

- Attribuer un suicide aux conditions de travail chez France Télécom ? C'est limite indécent. Des centaines de milliers de chômeurs rêveraient d'avoir ces conditions de travail.

Cela va un peu au-delà de la diatribe anti-fonctionnaires classique, je n'avais jamais lu une telle ''haine'' dans des commentaires pourtant généralement gratinés, pondus par des gens un minimum éduqués et pas par le pochtron de PMU qui lit plutôt Paris-Turf: on peut presque sentir un certain réjouissement face à la mort d'un parasite qui avait enfin été remis dans le droit chemin de la productivité et n'a pas su le supporter, une espèce de darwinisme social radical ("plutôt crever que de devoir bosser au boulot", j'imagine que c'est exactement ce que la jeune femme s'est dit avant de sauter).
Et puis, j'aime beaucoup la justification des conditions de travail: sous prétexte que des chômeurs seraient bien contents d'avoir le boulot, on n'a pas vraiment le droit de se plaindre. Ce qu'il y a de bien avec cet argument, plus répandu qu'il n'y paraît, c'est qu'on le pousser assez loin: les chômeurs devraient la fermer parce qu'il y a des sans-abris qui sont plus malheureux, les RMIstes français feraient mieux de ne pas l'ouvrir parce que être pauvre en France c'est quand même être un privilégié social comparé aux pauvres du Tiers-Monde, et coetera et coetera.
Avec cet argument, on peut, une fois qu'il est bien ancré dans la population, justifier une espèce de retour au 19ème siècle, parce que si tu veux pas bosser le dimanche, les jours fériés et même la nuit, si t'es pas content d'être payé à peine de quoi survivre et de te faire traiter comme une sous-merde par des petits chefs bien lobotomisés "corporate", on trouvera toujours quelqu'un prêt à (voire content de) jouer le jeu.

Un peu gerbant, tout ça.
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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 16:23
Il y a eu en France il y a quelques temps beaucoup de bruit autour de la burqa. Je n'ai suivi que de loin, mais je me faisais à peu près la même réflexion que M. Bartolone: "par rapport au nombre, moins de 400 cas sur 60 millions de français, une loi, un débat parlementaire serait comme sortir un gros pilon pour écraser une mouche".

Au-delà de ça, j'ai trouvé une réflexion intéressante dans un article du Courrier International sur ce sujet (par Ms. Sophie Morris, The Independent):
"Le système des valeurs françaises est très différent du nôtre (NdMix: anglais). Dans sa lutte pour l’égalité, la France, au lieu d’encourager le multiculturalisme comme nous le faisons au Royaume-Uni (NdMix: c'est également la méthode américaine), s’efforce d’aplanir les différences et préconise l’intégration."

Il est au premier abord aisé, comme la suite de l'article le montrait, de voir les problèmes liés au système français et les solutions que le système anglais ou américain apportent: lorsque l'Etat prône l'Egalité mais qu'en pratique, la société a peu évolué et reste faite dans une très large mesure par les "blancs de souche" pour les "blancs de souche", l'intégration est en échec. Et le communautarisme qu'on avait tenté de gommer ressurgit d'autant plus fort.
Je trouve qu'aux US, tout au moins dans les milieux "favorisés" (tout n'est pas rose non plus, leurs "ghettos" sont probablement pires que les notres), le multiculturalisme a dans une large mesure réussi. Dans les classes dirigeantes, dans les classes moyennes, aux postes à responsabilité ou dans les sphères universitaires dans lesquelles j'évolue, on a beaucoup plus le reflet d'une société multiethnique qu'en France. Je n'ai pas l'impression qu'obtenir ici un emploi correspondant à ses qualités et rémunéré au juste prix pour un membre d'une "minorité visible" (j'entends tout ce qui n'est pas blanc et mâle) soit le parcours du combattant que doivent souvent affronter en France les femmes, les noirs ou les arabes.

Cela dit, cette volonté à tout crin d'accepter, voire de valoriser les différences, plutôt que de les mettre au second plan derrière quelques principes unificateurs, a aussi ses faiblesses.
La principale est de rendre chaque "communauté" (ou "minorité", mais la "minorité" féminine n'en est pas vraiment une, par exemple) hyper-sensible, avec une tendance à interpréter chaque évènement un tant soit peu désagréable, aussi futile soit-il, sous l'angle vaguement paranoïaque d'une probable discrimination consciente ou inconsciente (l'argument de l'inconscient est imparable pour fermer la porte à toute réponse argumentée, je vous le conseille). Bref, à devenir comme ceux dont ils pourfendent l'attitude, voire pire.
Un exemple: ce blog, pourtant souvent intéressant, devient je trouve franchement "too much" lorsque l'auteur(e) s'attaque à ce genre de sujets, et je ne parle pas des commentatrices -eurs- et leurs explications et justifications socio-culturelles ou psychologiques à deux sous et à n'en plus finir*.
On peut également citer l'affaire Gates, qui d'un fait divers assez anodin du à deux personnes probablement un peu trop susceptibles, arrogantes et convaincues de leur bon droit, est devenue pendant un temps, véritablement, une affaire d'Etat.
Ou, plus près de chez moi, cette thésarde de première année qui a quitté le groupe pour aller suivre le progamme "women studies" de la fac (voir plus bas), après avoir qualifié mon boss de sexiste: intrigué par des résultats contre-intuitifs, il avait eu l'impudence de lui demander si elle était sûre de son protocole expérimental.
Certaines comédies moins débiles qu'il n'y paraît se sont d'ailleurs délectées de ce phénomène, avec les fameux "What do you mean "you people"?" (Tropic Thunder, Me myself and Irene, Bad Santa etc) - "you people" pouvant à la fois désigner innocemment n'importe quel groupe de deux personnes ou plus auquel on s'adresse mais aussi être une injonction méprisante à l'égard d'une "minorité", noirs, nains... ou les deux-.

L'autre conséquence, c'est la multiplication de micro-communautés**, la tendance à se considérer comme membre de sa communauté plutôt que d'une nation ou d'un peuple: par exemple, on peut suivre à l'université des programmes intitulés "women - ou afro-american- ou native american- gay/lesbian- ...-  studies". S'en suivent un abus de précautions oratoires (le "politiquement correct") aussi ridicules qu'abrutissantes, de quotas farfelus à propos de tout et surtout n'importe quoi, et de procès tout aussi farfelus. 

Tout cela conduit, à mon sens, à des situations paradoxales et potentiellement dangereuses: la communauté homosexuelle se bat pour l'évolution des valeurs et l'acceptation de l'homosexualité dans la société, mais réaffirme dans le même temps, par exemple par la gay pride, son statut de communauté, et donc sa différence.
Ou ces féministes qui défendent la burqa au nom du droit des femmes à porter les vêtements de leur choix sans être jugées...
Il n'y a plus de règles, que des exceptions: et l'idée de légiférer pour des questions touchant 0,001% de la population ne devient, malheureusement, plus si absurde. Après tout, c'est dans la droite lignée de la politque du fait divers... 




* pour ceux qui souhaiteraient mieux connaître le fond de ma pensée, j'ai laissé quelques commentaires en mauvais anglais sur les articles mis en lien.
** suite à diverses situations désagréables qui ont porté atteinte à ma virilité, après quelques difficultés pour trouver chaussure à mon pied (étant mâle, blanc, blond pas chauve, de taille moyenne, de corpulence moyenne et hétérosexuel) j'ai rejoint la communauté des "déficients pileux".
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 15:27
Comme un grand nombre de gens de ma génération, je suis un peu écolo.

J'essaie de ne pas gaspiller l'eau en la laissant couler quand ce n'est pas nécessaire, en ne prenant pas des douches de 20 minutes ou en tirant des demi-chasses d'eau si possible, j'essaie de ne pas prendre ma bagnole pour faire 500 mètres - je serais même ravi de ne plus avoir de bagnole (qu'est-ce que ça coûte cher quand on y pense) quand je retournerai "à la ville"-, je fais en sorte de ne pas prendre l'avion quand il y a un moyen de transport équivalent en concurrence ou quand je pars pour 48 heures, j'évite d'acheter des produits surgelés ou de surconsommer sacs plastiques et autres emballages, j'essaie d'acheter "local" ou organique quand je peux, je trie un peu mes déchets, au moins le plastoque, le papier et le verre, j'essaie de ne pas chauffer ou climatiser mon appartement au-delà du raisonnable, d'éteindre les appareils électriques que je n'utilise pas plutôt que de les laisser en veille, de m'informer sur le bilan carbone de certains produits, ce genre de choses.

Après, je suis loin d'être un "Role Model": de par mon travail, sans être un businessman à 1 million de miles, je prends plus l'avion que le pékin moyen. De par mon travail également, j'utilise un certain nombre de produits chimiques pas très bons pour la planète. J'ai conduit quasiment 10000 bornes cette année. Je congèle pas mal de produits que j'achète frais (consommation d'énergie et de plastique) parce que je déteste aller faire les courses, j'aime bien prendre un bain de temps en temps, je n'aime pas vivre avec deux pulls chez moi en hiver, je possède un nombre certains d'appareils électriques qui sont loin de m'être indispensable, je n'ai pas la foi pour aller faire les courses dans 15 endroits différents pour acheter ce qu'il y a de plus écolofriendly et je prends ce que je trouve au supermarché le plus proche, et je ne participe pas aux opérations à la con genre "1 minute de répit pour la planète". D'autre part mes motifs sont loin d'être toujours purement désintéressés.

Bon, en gros, je cherche à me donner bonne conscience sans trop faire d'efforts et sans trop nuire à mon petit confort de vie d'occidental noyé dans son cholestérol*. Comme à peu près tout le monde en fait: au moins en suis-je conscient, et j'essaie en conséquence de ne pas trop faire la morale. Quoi de plus pénible que d'entendre les leçons enfiévrées de jeunes militants qui après être allés acheter leurs mouchoirs, leur café et leurs bonnets péruviens estampillés "développement durable" et "fibres recyclées", prennent l'avion le coeur léger pour passer le week-end à Marrakech dans un hôtel avec piscine au milieu du désert.  

Après, je suis tout à fait partisan de directives à l'échelle européenne ou mondiale, d'une vraie politique environnementale, pour je ne sais pas, diminuer la production automobile et le trafic aérien (je pense à ces aéroports américains construits à 50 bornes les uns des autres), investir dans la recherche sur les énergies alternatives, et éviter de faire faire 3 fois le tour de la Terre à des pommes ou qu'un Etat soit contraint à importer un consommable qu'il produit mais consacre exclusivement à l'exportation. Ce genre de choses évidentes qui auraient bien plus de conséquences que mon "ah j'ai encore fermé le robinet pendant que je me lavais les dents" (geste qui n'est pas inutile, mais qui ne suffira pas, that's my point).
Cela dit, à l'heure actuelle, les réunions au Danemark, ça a plutôt abouti à X tonnes de papier, Y miles en avion et Z heures de discussions stériles entre politiques qui pensent pour la plupart plus à leur prochain mandat et à leurs bonnes relations avec les géants de l'agroalimentaire qu'à sauver le monde (avec X, Y et Z grands).
Chez nous, la taxe carbone va probablement surtout faire douiller les petites classes moyennes qui n'ont pas d'autre choix que d'habiter à 50 bornes de leur lieu de travail: rien de nouveau sous le soleil, quoi. Taxer les veaux, c'est toujours plus facile que d'essayer de changer les comportements en profondeur.

Enfin, tout ça pour dire que, quand même, les ricains me trouent le fion. Même les bobouilles de la Côte Est ou de la Pioneer Valley, qui recyclent et achètent du ''local".
Quelques exemples:
- je l'ai déjà dit, mais en été, on bosse en pull dans le labo, même s'il fait 35 degrés dehors. Eh ouais, la clim est réglée sur 17. Pareil dans les chambres d'hôtel (où au moins on peut l'arrêter), dans les cinémas et plus généralement dans tous les magasins où il faut bien garder l'obèse tout suant de ses 200 mètres à pied au frais.
- Il y a au labo une coloc de 6 thésards qui bossent dans mon département, tous dans le même bâtiment. Ils ont 6 bagnoles. Il y a un bus qui passe, certes peu fréquemment, devant leur maison (quand je dis devant, c'est vraiment à 100 mètres) et qui s'arrête à 50 mètres de notre building (il y a un autre bus qui lui passe plus souvent mais qui demande bien 1 km de marche). Il y a UN gars dans la coloc qui prend régulièrement le bus, les autres vont bosser en bagnole (sachant qu'en plus le parking est payant et le bus gratuit). Pire, ils y vont à 5 bagnoles: le covoiturage, connaissent pas. Faudrait pas risquer de pas avoir la liberté de partir plus tôt ou plus tard que prévu, alors qu'ils font tous 9h30-17h30 à 30 minutes et de rares exceptions près.
- Il y a sur l'autoroute du Connecticut une file spéciale covoiturage justement. Covoiturage en fait, ça veut juste dire qu'il faut être au moins deux dans la bagnole. Il y a donc une file réservée, et 3 ou 4 files "normales". Eh bien, la file réservée est toujours ultra-fluide, alors que les 3 autres files sont souvent en mode "stop and go": à la louche, ça veut dire que 90% du trafic est constitué de bagnoles (dont 50% de SUV et autres 4*4) à un occupant. En gros, dans une famille lambda pas trop pauvre avec deux parents et deux ados, il n'est pas rare d'avoir quatre bagnoles, les quatre servant régulièrement...
- Il y a aux US une chaîne de supermarchés à succès, orientée "bio" et qui se veut écolofriendly (par exemple ils vous foutent les courses dans des sacs en papier), nommée Whole Foods. C'est le lieu de rendez-vous du samedi des djeuns cools, barbus, et friqués (parce que comme chez nous, le bio ça se paye). J'admets qu'ils ont de bons produits, du vrai fromage, un beau choix de pinards, du pain pas en plastoque, de la belle viande etc. 
Cela dit, on y voit des choses amusantes: ils ne vendent pas de Coca (Coca c'est corporate, c'est mal) mais on y trouve de l'Orangina (Orangina, c'est Frenchy, c'est trendy). Ils vendent aussi un tas de junk food (chips et autres saloperies) mais vendues dans des emballages en carton qui font roots et pas dans du plastique flashy, les légumes sont souvent emballés individuellement: ton aubergine elle vient peut être du petit producteur local qui a pas utilisé de pesticides, mais elle est vendue avec 6 couches de cellophane autour. Ils ont enfin un espèce de bar à salades (hachement mieux que la cafèt Casino, soyons franc)  mais qui lorsque vous y mangez, vous conduira à dix fois plus de déchets qu'un repas au McDo, entre les doubles emballages fermés par un élastique, les couverts en plastique emballés individuellement, etc.
- Dans les supermarchés traditionnels, tels que celui où je vais, il y a toujours un gars, dont je vous ai déjà parlé, payé pour remplir les sacs du client. En bon "écocitoyen", je ramène mes sacs en tissu réutilisables pour diminuer la consommation de plastique. Las, malgré mes protestations répétées, l'immense majorité insiste pour me foutre la viande, les oeufs, les fruits, le dentifrice, et je ne sais quoi encore, dans des sacs en plastique séparés: pas tâcher le sac en tissu à 1$99, c'est important; et avoir déjà tout bien classé pour gagner deux minutes de rangement en rentrant chez soi aussi. Bref, une fois sur deux je me retrouve avec autant de sacs plastiques que ce que j'aurais utilisé si j'avais fait mes sacs moi-même (en supposant que je ne possède pas mes sacs réutilisables).

No wonder que, représentant moins de 5% de la population mondiale, ils soient responsables de 25% des émissions de gaz à effet de serre (dépassés seulement récemment par les chinois, qui eux représentent environ 15% de la population mondiale)...

Bref, c'est pas gagné: quand j'aurai un mioche, si Dieu veut, mes premiers mots seront "bonne chance: nous on crèvera sûrement à temps, mais toi, à mon avis, tu vas en chier". 

Ah oui, tant que j'y suis, un site sur la "boboïtude" version américaine (dans certains cas, c'est facilement généralisable) assez rigolo: http://stuffwhitepeoplelike.com/


* Oui, tiens, comme avec les pauvres.
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 17:47

Vous avez sûrement remarqué dans les grandes villes un nombre certain de personnes aux neurones quelques peu fondus qui parlent toutes seules dans les transports en commun. Je pense que l'activité trépidante des mégapoles doit fatiguer les cerveaux fragiles... Bizarrement, ce phénomène semble plus répandu à Paris qu'ailleurs, et ça ne date pas d'hier (Günter Grass en parle déjà dans Le Tambour, qui date de 1961).

Bref, je n'en suis pas (encore) à ce stade-là, mais il m'arrive à l'occasion de me parler à voix haute, de chanter quand j'écoute mon walkman voire d'effectuer des pas de danse, ou du air guitar/drums. Parfois aussi, je rigole niaisement.

Ca m'est arrivé hier, dans le bus qui me ramenait chez moi.
En effet, la passagère à côté de moi arborait fièrement, en grosses lettres brodées sur son sac, le sigle de sa sororité (ces associations étudiantes dont le but est, hors quelques implications dans la vie de la communauté et du campus, principalement de se beurrer, de fourrer, et de se faire un réseau: en groupe, on est toujours plus con fort). Zeta Phi Beta.

Ce qui donne ceci:
 

Comment ça vous ne voyez rien de drôle? Mais si, cherchez bien.

Ben oui, ça fait "ZOB". Ben oui again, Priscilla vous le confirmerait, je ne suis pas toujours très mature, surtout quand il s'agit d'humour. Et donc, je l'avoue sans trop de honte, voir écrit "ZOB" en gros sur un sac à main, ça m'a fait rigoler comme un crétin*.
Ce qui a fait sourire ma voisine (pas celle au sac, celle au méga-décolleté) - qui n'a sans doute pas compris pourquoi d'ailleurs -, mais les américains semblent moins perturbés par les comportements "iconoclastes" que les français, et sont également plus sympathiques envers les inconnus: je l'ai déjà dit, mais on peut se sourire ou se regarder dans les yeux (dans les seins aussi, mais ça c'est moins inédit en France) dans les transports en commun, se dire bonjour dans la rue, ou discuter avec son voisin dans un bar sans passer pour un exclu en mal d'amitié ou pour quelqu'un trop gentil pour être honnête.

*J'ai cherché en rentrant chez moi la liste des fraternités et sororités, mais il semble que Zeta Omicron Beta ou Beta Iota Tau n'existent pas.
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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 19:36
Au moment où j'écris ces lignes, je ne sais pas si je mettrai cet article dans la catégorie "L'Amérique" ou dans celle intitulée "C'est bon de rire parfois".

Bon, je suis un peu fainéant, donc ce sera avant tout du copié-collé d'articles lus ici et la.

Pour résumer, les lois visant à la protection de l'enfance sont aux USA extrêmement préventives et puissantes. Principalement, il existe des fichiers listant tous les criminels sexuels, consultables publiquement, qui permettent à une famille inquiète de vérifier que le monsieur qui bave dès qu'il voie fifille et qui habite en face n'a pas déjà été condamné pour touche-pipi.
Comme ça, ça a l'air bien.
Malheureusement, comme souvent, le système a ses effets pernicieux. Ainsi, certains Etats un poil rétrogrades ou politiques un rien démagogues en font des caisses et jouent avec les peurs primitives des parents, de telle sorte qu'aujourd'hui, plus de 650000 personnes se retrouvent sur les dits registres. Or, sur ces 650000 personnes, il n'y a pas que des Marc Dutroux, loin de là (voir exemples ci-dessous).
Le problème est alors double: la vie de ces gens est, pour faire simple, à peu près foutue. Ostracisés par la loi, condamnés à vie à la vindicte populaire, ils courent un risque assez grand de se faire tabasser, de perdre leur boulot, ou même de se faire lyncher. Et la vie des policiers devient dans le même temps très compliquée, puisqu'ils doivent passer un temps fou à essayer de faire un distinguo entre une personne condamnée à 17 ans pour avoir sucé son petit copain de 16 ans dans un Etat où les relations sexuelles consenties entre mineurs étaient interdites jusqu'en 2006, et un bon vieux violeur-tueur: sur les 17000 délinquants du registre Géorgien, seul un millier sont considérés très dangeureux, et environ 10000 ont été condamnées pour des faits aussi crétins que ceux présentés ci-dessous...

Quelques exemples rigolos (si on veut) donc:
- En 1996, Wendy W., joli brin de fille de 150 kilos pour 1m50, avait 17 ans. Un jour, en classe, le professeur éteint la lumière pour y diffuser une vidéo, et son voisin lui propose de profiter du noir pour lui faire une fellation. Le garçon allait avoir 16 ans - probablement l'âge de la "majorité sexuelle" dans l'Etat- trois semaines plus tard…

Wendy Whitaker fut donc accusée de “sodomy” (en Géorgie, état qui rigole pas trop avec la braguette, et dans le cadre de la loi, c'est le terme générique pour désigner les comportements sexuels déviants, i.e. en gros tout ce qui n'est pas la position du missionnaire lumières éteintes le samedi soir). Wendy a rencontré son avocat 5 minutes avant l’audience. Il l’a incitée à plaider coupable. Elle ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait.

Wendy a été condamnée à 5 ans de prison avec sursis, et a été incarcérée un an. Elle est inscrite au registre des délinquants sexuels, de Georgie, consultable sur l’internet, où n’importe qui peut trouver son nom, sa photographie et son adresse, ainsi que le motif de sa condamnation: il y est inscrit “sodomy“, sans autre explication.

Du fait de son inscription dans le registre, Wendy n’a pas le droit d’habiter ni de travailler à moins de 300 mètres de tout endroit susceptible d’accueillir des enfants (écoles, parcs, bibliothèques, piscines…).

140 villes ont porté cette distance à 750 mètres. A Miami, une centaine de délinquants sexuels ont ainsi été contraints de se réfugier sous un pont, parce qu’ils ne peuvent pas vivre ailleurs.

Jusqu’à récemment, il était également interdit aux personnes figurant dans le registre d’habiter près d’un arrêt de bus, ce qui ne revenait à interdire aux personnes fichées d’habiter dans quelque agglomération que ce soit.

Cette interdiction a finalement sauté, mais, et après avoir acheté une maison avec son mari, un juge a découvert que l’église de son quartier accueillait occasionnellement une garderie, et elle a été contraint à déménager. Son mari a perdu son emploi dans la foulée.

Pourtant, ce qu’a fait Wendy n’est plus considéré comme un crime en Georgie : en 1998, une cour de justice a finalement autorisé les fellations (qui étaient interdites, même entre époux), et depuis 2006, les relations sexuelles entre adolescents consentants ne sont plus traitées comme des crimes. Mais la loi n’est pas rétroactive.

- Dans cinq états, le simple fait d’aller voir une prostituée suffit à y être fiché, tout comme le fait d’uriner en public, dans 13 d’entre-eux, et 29 y inscrivent également les adolescents ayant eu une relation sexuelle consentie avec un autre adolescent.

On y trouve même des personnes qui, depuis, se sont mariées avec celle ou celui avec qui ils avaient eu des relations sexuelles consenties, mais qui, prohibées par la loi, leur avaient valu d’être condamnées.

Mais aussi des adolescents qui, parce qu’ils ont reçu, ou envoyé, des “sextos” d’eux nus à leur petit(e) ami(e), y ont été condamné pour “pédo-pornographie“.

On y trouve également des parents accusés de complicité pour avoir autorisé leur adolescent, mineur, à faire l’amour: Janet Allison was found guilty of being “party to the crime of child molestation” because she let her 15-year-old daughter have sex with a boyfriend. The young couple later married. But Ms Allison will spend the rest of her life publicly branded as a sex offender.

Bon, c'est pas tout ça, je ne sais toujours pas où ranger mon article... "L'Amérique" quand même, parce qu'il y a des fois où vraiment je me dis que c'est un beau pays dont on a raison d'essayer de nous imposer le modèle.

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 15:43

Je reviens sur ma série d'articles qui avait déclenché les passions, en m'attardant cette fois-ci sur les comportements hors du terrain des sportifs aux USA.

Amateurs de sport, vous avez sûrement plus d'une fois pensé de sportifs qu'ils étaient, en dehors du terrain où leurs talents s'exprimaient, complètement crétins, vulgaires ou immatures, et même généralisé cette opinion.
Vous avez ri, pleuré ou simplement soupiré en entendant Piquionne comparer sa situation contractuelle à de l'esclavage, en suivant les jérémiades et blessures diplomatiques de Ribéry pour aller au Real, en écoutant les justifications de Richou Gasquet concernant sa prise de coke, en suivant les frasques de Ronaldinho en boîte, etc.
Vous avez peut-être même corrélé le degré de débilité du sportif au niveau de professionalisme (i.e. notamment la quantitié de pognon impliquée) de son sport: l'exemple le plus frappant de ce lien est à mon sens le rugby. Le rugby en effet, est devenu professionnel récemment, il y a environ une dizaine d'années. La transformation s'est effectuée assez rapidement, et, outre les métamorphoses physiques spectaculaires associées, on voit désormais de plus en plus des néo-pros préparés depuis leur plus tendre enfance dont on peut entendre les rouages neuronaux crisser dès qu'ils doivent aligner trois mots. Bref, c'est presque fini le bon temps des humanistes rugbymen, des médecins ou avocats qui vous faisaient passer une interview pour du Audiard: Michalak a l'air largement aussi bourrin que Rothen, et je ne parle même pas de la rocambolesque affaire Bastareaud...

Mais si vous n'avez pas vécu aux USA, ou si vous ne suivez pas attentivement la NFL, la NBA ou la MLB, vous n'avez rien vu. Eh oui, les Etats-Unis restent le pays de la démesure, dans le meilleur comme dans le pire.
Quelques exemples au hasard:
- Michael Vick, une star montante de la ligue de football il y a quelques temps, vient de sortir de taule où il a passé presque trois ans pour avoir pratiqué dans sa cave des combats de pittbulls à mort, avec paris clandestins...
- Il va être remplacé en taule, la aussi pour deux ans, par Plaxico Burress, artisan majeur du SuperBowl gagné par les New-York Giants en 2007. Qu'a-t-il fait? Tenez-vous bien.
Il se baladait dans un établissement de nuit à New-York avec un flingue dans son survêt'. En voulant l'attraper pour une raison x ou y, il a par inadvertance appuyé sur la détente et s'est shooté la cuisse (sans gravité). Trimballer un flingue en boîte suffisait pour l'inculper, mais plus grave encore il n'avait pas de port d'armes valide...
- Il a failli être rejoint par Adam Pacman Jones, autre joueur de NFL, impliqué dans une fusillade à la sortie d'un club de strip-tease de Las Vegas où il avait été remarqué pour avoir jeté dans la foule 10000$ en billets de 1$. 
- Moins tragi-comique, je ne voudrais pas oublier de mentionner Brett Favre. Favre est l'un des meilleurs quaterbacks de l'histoire, qui, jusqu'en 2008, avait en plus la réputation du gendre idéal et du sportif fidèle à ses couleurs, celles des Green Bay Packers (chose encore plus rare aux US que chez nous) ou il a passé 17 ans. A la fin de la saison 2008, à 37 ans, âge plus que respectable surtout en NFL, il annonce sa retraite sportive, et sa carrière glorieuse (il possède quasiment tous les records personnels pour un quaterback, plus un titre de champion) va le conduire tout droit au Hall of Fame. Las, trois mois plus tard, il déclare qu'il a envie de revenir: malheureusement Green Bay avait pris acte de sa première décision et commencé à former son successeur - l'entraînement a déjà repris-. Le manager décide de ne pas changer d'avis. Brett Favre fait jouer les violons, joue au martyr à qui l'on refuse ce qui lui est simplement dû et finit par signer chez les New-York Jets où il réalise une saison moyenne, terminant notamment par quatre matchs catastrophiques qui coûtent les play-offs à son équipe. Quelques uns de ses partenaires le critiquent dans la presse pour son attitude de diva, et il reprend sa retraite à la fin de la saison 2009, il y a quatre mois. Après s'être fait opérer d'un tendon de son bras de lancer, il déclare que finalement il reconsidère un nouveau comeback. Il est alors contacté par les Minessota Vikings, l'"archrival" des Packers (ce que Barcelone est au Real Madrid, Liverpool à ManU, Galatasaray à Fenerbahce etc). Suite à une première visite, il annonce que finalement non, son bras n'est pas suffisamment rétabli. Puis finalement, cette semaine, alors que l'entraînement a une fois encore déjà repris, il signe avec les Vikings, poussant sur le banc les deux quaterbacks qui avaient commencé la présaison, et s'aliénant un bon paquet de ses anciens fans.
Niveau "drama queen", admettez que les atermoiements de Ribéry, à côté, c'est de la roupie de sansonnet.  

Je n'ai ici que mentionné quelques exemples de comportements affligeants en me focalisant sur la NFL: j'aurais pu également rappeler le cas O.J. Simpson, entre meurtres présumés et braquages à main armée, ou encore l'histoire de Charles Rogers. En NBA, on peut citer l'affaire Kobe Bryant et sa confession publique (un viol présumé et un adultère avoué), LeBron James faisant disparaître avec l'aide de Nike les vidéos où on le voit se faire dunker sur la tête par un lycéen lors d'un camp d'été, la bagarre générale (i.e. impliquant les joueurs ET le public) lors d'un match Detroit-Indiana il y a quelques années, Paul Pierce qui se fait poignarder dans un bar douteux etc. En MLB, je pense au transfert houleux de Manny Ramirez des Red Sox aux Dodgers, à l'affaire Alex Rodriguez-Madonna, aux photos compromettantes de Josh Hamilton etc.

Pour reprendre mon argumentaire sur le lien entre sport professionnel, sommes impliquées, et degré de débilité du sportif moyen, quelques données:
- Aux US, comme je l'ai déjà souligné, le sport universitaire est aussi populaire que le sport pro. Et même au niveau lycée ou avant, même s'ils ne sont pas encore payés, il n'est pas rare d'avoir des retransmissions sur ESPN et des stades de plusieurs milliers de personne. Bref, même si la plupart des fédérations exigent maintenant au minimum un an de fac avant que les jeunes joueurs puissent être recrutés, de facto les jeunes sportifs sont dans le bain du professionnalisme très tôt: même s'ils sortent avec un diplôme, c'est à mon avis autre chose que le "sports-études" à la française en terme de ratio quant à la pratique des deux activités. Bon, intelligence, maturité et éducation ne sont pas forcément liés, mais avoir étudié et mené une vie "normale" jusqu'à 16-18 ans c'est toujours mieux que jusqu'à 12-14.
- D'autre part, un bon joueur de base-ball gagne 1 million par mois, un bon joueur de basket environ 500000$ et probablement dans les mêmes eaux pour un footballeur. Pour les stars, ça monte à 2 millions et plus, quant aux quiches elles touchent quand même dans les 40000.
En France, le salaire moyen d'un footballeur de L1, le sport le mieux payé, est il me semble dans les 20000 euros mensuels, les meilleurs 10 fois plus. Si l'on sort de France, Cristiano Ronaldo, de loin le joueur de foot le mieux payé du monde, est le seul qui peut rivaliser avec les sommes américaines (1,5 million d'euros), même des joueurs comme Messi ou Kaka touchent presque 2 fois moins. Ne parlons pas des rugbymen, encore moins des handballeurs, volleyeurs ou autres basketteurs.
- Si le base-ball est un sport relativement "bourgeois", le basket ou le football c'est un peu l'eldorado des jeunes ghettoïsés. Mais voila, si un mec de 20 ans, qui a arrêté l'école à 14, se met à gagner 1 million de dollars mensuels et a gardé ses relations et son comportement du ghetto, ça peut facilement donner Pacman Jones. Vous me direz que c'est un peu pareil avec le foot et les banlieues chaudes, mais là encore, au risque de froisser la fierté nationale, les gangs de L.A., c'est autre chose que les frappes de Saint-Denis...

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 17:25
J'avais écrit un petit texte il y a quelques temps dans lequel je me demandais pour quelles raisons certaines oeuvres accédaient au rang de "culte" alors que leurs qualités me semblaient pour le moins douteuses.

Je voudrais m'attarder cette fois sur un autre phénomène que je trouve intéressant:  les oeuvres "cultes" uniquement dans leurs pays d'origine et quasiment inconnues partout ailleurs.

Un exemple au hasard - pas vraiment au hasard puisque c'est le livre que je suis en train de lire en ce moment- Catch-22 de Joseph Heller.
Je n'ai pas une culture hors du commun, mais généralement je connais les "classiques" de la littérature, au moins de nom. Ce roman était pourtant totalement inconnu de moi avant d'arriver aux Etats-Unis, où j'ai commencé à le voir un peu partout, dans les bibliothèques les moins fournies et sur tous les présentoirs de librairie.
Ma curiosité titillée, après quelques recherches, je me suis rendu compte que ce bouquin, publié en 1961, s'était vendu à plus de 10 millions d'exemplaires, et qu'il était considéré comme l'une des oeuvres majeures de la littérature américaine (voir par exemple la section "rankings" dans l'article Wikipédia en lien). Le titre est même rentré dans le langage courant américain.
Mais il semble pour de bon relativement méconnu en France et dans les pays non-anglophones (les pages Wikipédia, pour rester sur le même exemple, sont réduites à quelques lignes).  

Quelques explications potentielles concernant ce cas précis:
Pour résumer, c'est une satire de l'armée et de la guerre, basée sur l'expérience de l'auteur qui fut bombardier pendant la Seconde Guerre Mondiale, où les soldats cherchent avant tout à sauver leurs fesses par tous les moyens, même les moins avouables, et où les gradés sont soit des planqués soit des bureaucrates obtus, tous ces personnages se retrouvant confrontés à des situations absurdes et abracadabrantesques.
Catch-22, par exemple, désigne un règlement de l'armée qui dit grosso modo que tous ceux qui acceptent sans rechigner d'aller au combat sont probablement fous et devraient être révoqués, mais qu'on ne peut révoquer que ceux qui en font la demande, et que tous ceux qui font la demande ne sont pas fous, puisqu'ils ne veulent pas aller au combat, et ne doivent donc pas être révoqués. Si, si, relisez, ça devrait finir par être clair, et c'est assez proche du style du roman lui-même. Par extension, ce terme est entré dans le langage populaire comme désignant une situation perdant-perdant.
Rentre en compte dans ce succès, je pense, le thème du roman: dans un pays où majoritairement, même encore aujourd'hui, la guerre est considérée comme quelque chose de noble permettant de révéler les natures héroïques, un livre où les soldats sont des pleutres - ou plus simplement des êtres non surhumains- avait des chances d'attirer les yeux sur lui, et de devenir un symbole controversé.
En effet, deuxième point, le roman est sorti "at the right time, at the right place": peu de temps avant la guerre du Vietnam et l'émergence des mouvements non-violents qui l'adoptèrent comme description de l'absurdité de la guerre et de ses têtes pensantes. Cette absurdité, tant dans les dialogues que dans les situations impliquant les règlements et la bureaucratie, n'est pas sans rappeler Kafka, qui était devenu extrêmement populaire aux Etats-Unis à peu près à la même période.
Cet argument historique peut sans doute être appliqué à mon étude précédente (voir lien plus haut): certaines oeuvres d'art sont devenues "cultes" parce qu'elles reflétaient leur époque ou parce qu'elles introduisaient un bouleversement profond dans l'art tel qu'il était pratiqué avant elles. Mais soit justement parce qu'elles symbolisaient trop leur époque, soit parce que leur originalité du moment est depuis tellement rentrée dans les moeurs qu'il est impossible pour le contemporain d'imaginer l'effet que cela a pu provoquer sur le public de l'époque, elles sont dans le même temps devenues obsolètes.

Bref, pour revenir à Catch-22, pour des raisons culturelles et historiques plus que pour son mérite littéraire propre (d'un point de vue personnel, je trouve ça répétitif, lourdingue et alambiqué), ce roman est considéré comme majeur aux USA mais n'est pas devenu un roman "globalement" vénéré: au-delà du style, être pacifiste et ironique vis-à-vis de la guerre était probablement moins iconoclaste en Europe dans les années 60 qu'aux Etats-Unis, et d'autre part l'épisode du Vietnam est avant tout un traumatisme américain.

Difficile de généraliser à partir de mon exemple, mais je peux citer d'autres cas de "nationalisme artistique": Tristram Shandy de Sterne est un classique littéraire en Angleterre qui en France n'est connu que des relativement fins lettrés. Kiss n'est pas un groupe inconnu, mais la Kissmania qui a envahi les US dans les années 70 (et continue à perdurer dans une certaine mesure) s'est répercutée au Japon, mais pas vraiment en Europe. Certains chanteurs de country ont ici un statut de star alors qu'ils me font penser aux chanteurs qu'on rencontre dans les mariages ou les salles de bal. Marcel Proust est, j'ai l'impression, plus "vraiment" lu et considéré comme une influence majeure aux USA qu'en France. Jean-Jacques Goldman n'a pas traversé les frontières, seuls les plus grands fans de Céline Dion connaissent son existence hors de France. Etc...

J'aurais tendance à penser que ces artistes font vibrer une fibre culturelle propre au pays dans lequel ils connaissent un succès majeur (qui n'est pas forcément le leur: des groupes comme Supertramp ou un artiste comme Ben Harper ont longtemps été adulés en France avant de finir par devenir prophètes en leurs pays), mais qui n'existe pas ailleurs.

D'où, pour conclure, ma nouvelle classification des oeuvres cultes:
- le culte national (Catch-22, Kiss, les films et acteurs Bollywood...)
- le culte international temporel (Heart of Darkness, Orange Mécanique, L'exorciste...)
- le culte international intemporel (Les Misérables, Guerre et Paix, 1984, Le Seigneur des Anneaux...)
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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 15:56

Internet a changé nos vies.

En particulier, toutes les options "suivi en temps réel", qui permettent au consommateur lambda de voir minute par minute l'évolution de l'état de sa commande.

Il y avait eu un article récent dans le Boston Globe à ce propos, et l'auteur semblait quelque peu inquiet de voir l'extension de cette pratique - plutôt utile dans certains cas comme les livraisons longue distance - à tout et n'importe quoi:par exemple, chez Domino's Pizza ou Pizza Hut, le client peut suivre sa pizza en direct, du four à sa maison. Je crois que je comprends le point de vue de l'auteur: sachant que la livraison est garantie en moins de trente minutes, on peut, sans doute à raison, trouver ça un peu inutile voire "Internet addict"...

Enfin bref, ce qui est amusant, c'est que ce système a été également étendu à la publication scientifique: sur le site web du journal auquel j'ai soumis mon article, je peux chaque minute accéder au statut du manuscrit.
Ainsi depuis dix jours, je peux par exemple voir qu'il n'a probablement pas bougé de la pile sur le bureau de l'éditeur, voire de sa boîte mail. En effet, je doute que l'éditeur scientifique travaille de façon acharnée, voire travaille tout court, sur mon manuscrit depuis ce temps-là: s'il l'avait lu, il l'aurait soit rejeté directement - ce que je n'espère pas- soit envoyé fissa à des reviewers pour leur refiler le bébé. Il n'a donc probablement rien fait du tout - cela dit, après 10 jours, en plein mois d'août, ça ne m'étonne pas vraiment.

Mais oui, je crois que décidément, je comprends le point de vue de l'auteur. On n'arrête pas le progrès, même si des fois on se demande un peu à quoi il peut bien servir.

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