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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 17:37
En mai 2008, ce ne sera pas seulement  mon anniversaire, mais aussi le 40eme de mai 68.
Comme la France  va a vau-l'eau et les francais a velo (vu qu'ils n'ont plus les moyens de se payer de l'essence et que de toute facon ils ne peuvent pas acheter de voiture), comme Naboleon est au plus bas dans les sondages et qu'il expose allegrement sa bonnasse en string et ses rolex pendant que Monsieur Bidochon  lutte  pour manger autre chose que des pates (surtout depuis qu'elles ont augmente de 50%), comme les notaires, les pharmaciens, les taxis, les chercheurs, les cheminots, les fonctionnaires, les vieux, les jeunes, les laics sont extremement mecontents, dans un esprit de communion nationale rarement atteint ces derniers temps, je  me demandais s'il allait se passer quelque chose d'interessant pendant ce mois de printemps (apres tout, il faut liquider l'heritage de Mai 68, c'est lui qui l'a dit).
Je n'ai rien trouve de special sur ce sujet en fouillant un peu sur la Toile, et bien sur le propre des "revolutions" est de ne pas etre trop planifie, mais si mes deux lecteurs et demi ont par hasard des informations (ou des rumeurs, ne chipotons pas) sur le sujet, qu'ils n'hesitent pas a me le faire savoir.
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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 23:10
Aujourd'hui, notre Distingue President a promis qu'il irait chercher Ingrid Bettencourt dans la jungle si c'etait une condition a sa liberation.
Outre le fait qu'il y ait surement des choses plus urgentes a faire pour un President (avec tout le respect que je dois a Ingrid Bettencourt,  et bien que  ca soit tres triste pour elle et ses enfants, sur le plan national, avouons qu'on s'en bat un peu... mais c'est ca la nouvelle politique, dite des chiens ecrases), je voulais rappeler que la derniere fois que le President a dit qu'il irait chercher quelque chose ("avec les dents s'il le faut"), c'etait, souvenons-nous, la croissance.
Et force est d'admettre que la croissance, elle est restee ou elle etait. En tout cas, on ne l'a pas vue par chez nous.
Bref, m'est avis que la mere Bettancourt, elle en a encore pour un moment a en baver.
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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 16:59
Eh ben voila, je suis aux US depuis trois semaines,  je vis chez une  mamie et son fils ingenieur informaticien, je n'ai pas d'amis et je ne vois ma dulcinee que les week-ends. Du coup,  pour occuper mes soirees, je me lobotomise devant Fox TV  et l'un des programmes que je suis le plus assidument est  l'Idole Americaine (pour ceux qui l'ignorent, c'est comme la Nouvelle Star, enfin c'est plutot la Nouvelle Star qui est comme l'Idole Americaine, mais  bref, la n'est pas le propos).

Donc,  les jeunes selectionnes sont plutot pas mauvais et varies (du rocker aseptise a la diva en passant par la tarlouze et le clone de Bonnie Tyler), il y a de l'emotion mais pas trop (genre la nenette qui a perdu son pere 2 jours avant l'audition mais qui y est allee quand meme et qui a dechire sa race parce que c 'est ce que papa aurait voulu. D'un autre cote, le gamin qui est parti de chez lui a 16 ans et qui  dort dans sa bagnole en sillonnant les US s'est fait jeter comme une merde), le jury est plutot bien (une gentille, un mechant, et un juste, ca fonctionne pas mal), bref c'est bien foutu.

Mais il y a un truc qui m'exaspere, surtout chez les gonzesses je dois dire (et ce n'est pas que le mysogyne qui parle): cette propension a vouloir a tout prix montrer qu'on SAIT chanter, alors qu'on leur demande simplement de chanter. Et vas-y que je t'envoies du vibrato (vous savez, les ehehehheheheeeee a la fin des mots, un peu comme un belement), et vas-y que je remplace les silences par des yeah i yeah o yeah pour epater la galerie., vas-y que je braille meme sur les ballades pour que tout le monde puisse s'extasier devant mon coffre.

Resultat, zero emotion, et une exasperation qui me gagne au fur et a mesure de la soiree (surtout quand le jury s'extasie ensuite sur la "technique" de la (du) candidat(e)).

Bon, pour mon grand retour, je pense que vous allez etre un peu decus parce que niveau denonce, on a fait mieux que American Idol: contrairement a ce qui avait ete promis, ca a pas trop envoye... Mais soyez sympas, ca fait un mois que je n'ai pas ecrit, faut que je me chauffe un peu et que ca revienne...
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Published by mixlamalice - dans Musique
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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 18:04
Bon, depuis trois mois grosso merdo que je n'ai pas écrit, pas mal de choses ont changé.

Je suis docteur ès sciences (spécialité Matériaux macromoléculaires, je suis sûr que ça vous fait bander), reconnaissance fruit d'un travail laborieux posant les fondations de ma future gloire scientifique. Avec les félicitations du jury, s'il vous plaît (même si c'est surtout pour faire plaisir aux parents qu'ils les donnent, depuis que les tenants de l'égalité des chances à tout crin ont décrété que ce n'était pas très politiquement correct de dire qu'il y avait des travaux mieux que d'autres).

Le tout a été suivi d'une bonne murge, comme à la belle époque. Et cela a montré que, 7 ans après ma retraite internationale de buveur de shots, je ne supportais toujours pas la tequila: illico presto lavabo.

Je n'habite plus chez moi non plus. Fini le 5ème, BIENVENUE A GENTILLY, une ville qu'elle pulse. Cela dit, merci au collègue qui m'abrite pendant les 15 jours qui me séparent de mon voyage aux US. Où je pars en post-doc dans le fin fond du Massachussets, dans une ville (si on peut appeler cette quasi cité campus une ville) qu'elle pulse aussi. Enfin bon, ce n'est qu'à 1h30 de route de Boston. Et puis, après tout, j'y vais pour taffer. 

Du coup, quand je serai bien au chaud là-bas, le petit pleutre que je suis va pouvoir bien balancer... Quelques collègues de bureau, une connasse censée m'acheter des meubles, ça va chier. Bientôt. 
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Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 06:58
Bon, ça valait pas le coup de se lever rien que pour ça, mais tant que j'y suis, hein.

On peut coucher bourré, mais on peut aussi bourrer couché.

Voire, si l'on est mâle, coucher, et donc bourrer, bourré et couché.
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Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 07:54
-la droite décomplexée:

D'un côté, les fonctionnaires, les gauchistes et autres assistés qui vivent sur notre dos. Les "intellectuels" gauche caviar bardés de diplômes et donneurs de leçons alors qu'ils ne connaissent rien de la vraie vie. Les arabes qui, en plus de manger le pain des bons français, volent nos porte-monnaies,  violent nos filles et égorgent nos enfants. De l'autre, ceux qui "travaillent plus pour gagner plus".


-l'extrême gauche:

D'un côté, les salauds de patrons et Sarkozy. Les Américains et les Juifs qui sont méchants parce que sans eux, les musulmans intégristes ils existeraient pas (de toute façon les musulmans intégristes ils sont gentils et ils ont raison). De l'autre, "la rue": les étudiants label de vivacité et d'anti-establishement depuis 1968 et les classes laborieuses représentées par des syndicats courageux, honnêtes et solidaires.
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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 14:45
Apparemment, l'opinion serait majoritairement contre la grêve des cheminots. Pour avoir entendu quelques uns de leurs arguments, celui qui revient assez souvent ressemble à ça "pourquoi qu'ils auraient des privilèges que nous on n'en a même pas?", ces privilèges étant bien sûr la cause première du déclin de la France.

Et là, une réflexion me vient, sans connotation politique (me semble-t-il).

Tout n'irait-il pas mieux si chacun s'occupait un peu plus de ses fesses au lieu d'aller fourrer son nez dans celles des autres? Je veux dire, plutôt que de s'aggraver nos ulcères en allant vérifier chaque jour que l'herbe est plus verte chez le voisin, ne ferions-nous pas mieux d'essayer d'apprécier la nôtre (d'herbe), en l'acceptant telle qu'elle est? Voire même éventuellement, en essayant de faire en sorte qu'elle soit plus belle?

Bon, ça me vaudra peut-être le prix Ana Gavalda du meilleur bon sentiment. Encore que. Parce que, finalement, je ne l'ai pas rencontrée souvent cette interprétation des maux de notre société, qu'on pourrait résumer audacieusement par "l'Enfer, c'est se mêler de la Vie des Autres".

PS: Notez la double référence dans l'aphorisme ci-dessus.
PPS: attention, l'herbe est ici utilisée comme métaphore, ce n'est pas un article sur le jardinage.
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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 14:26
Une fois n'est pas coutume, je recopie ici la lettre d'un jeune astrophysicien, post-doc à Grenoble, interpelant le Président (si je puis dire) sur l'état de la recherche en France. Cette lettre est bien écrite, bien tournée et bien "vulgarisée" (ce qui n'est pas si facile à faire), ce qui a permis par exemple à mes parents (pas scientifiques pour deux sous) de l'avoir comprise et appréciée. Elle a d'ailleurs été reprise avec un certain succès (en terme de réactions de lecteurs) par le Monde, il y a quelques semaines.

"Mr. le Président,

Je vous écris pour vous parler de la recherche française. Pas de recherche et développement, ou d’innovation, mais de recherche fondamentale publique civile. Ma démarche est totalement personnelle. Je ne viens pas simplement vous dire que la recherche va mal. Vous le savez déjà, et d’autres vous l’ont déjà dit beaucoup mieux que moi. Le problème je pense, c’est que vous n’avez pas du tout compris pourquoi ni comment la recherche fonctionne, et quel est son intérêt fondamental pour tout le monde. Cette incompréhension me gêne, et surtout, me semble décider de mon avenir. Je viens donc insister sur un seul point central : la liberté. Rassurez-vous, je vous épargnerai la bête énumération des conséquences d’un sous-financement chronique, bien que, vous l’aurez compris, je viens quand même vous réclamer beaucoup d’argent. Et même plus, puisque je souhaiterais que vous, et tout le monde à travers vous, compreniez que lier la recherche fondamentale à ses applications industrielles, c’est assurément détruire la première aujourd’hui, mais également les secondes demain.

Sachez avant tout que je suis, économiquement parlant, parfaitement inutile. Je n’ai par exemple aucun contact avec une quelconque industrie ou entreprise de ce pays ou d’un autre, grande ou petite, et cela ne m’intéresse pas du tout. C’est précisément ma parfaite inutilité économique directe qui me fait également croire que mon cas, aussi minuscule soit il, est représentatif d’une large portion silencieuse du corps des chercheurs de ce pays. Comme beaucoup d’autres également, je fais mon métier inutile avec passion. Je suis astronome. J’observe les étoiles. Oh, pas toutes évidemment. Ma spécialité — il y en a bien d’autres possibles — ce sont les étoiles qui deviennent des trous noirs. Vous avez certainement dû en entendre parler. Je fais cela tous les jours (vraiment tous), puisque mon esprit scientifique ne s’arrête pas en sortant de mon laboratoire, de même que mon esprit citoyen ne s’arrête pas quand j’y entre. Bref, l’étude des trous noirs dans la Voie Lactée, sérieusement et passionnément, c’est ma préoccupation quotidienne. Étonnant, non ?

Et très franchement, vous n’imaginez pas à quel point vous avez besoin de moi, Mr. le Président. Ou plus précisément, à quel point vous avez besoin de gens “inutiles” qui passent leur temps à observer les étoiles. J’aimerais vous en convaincre, et pour cela je vais faire comme vous : je vais rompre avec les discours pontifiants habituels du genre : "Il faut développer une économie du savoir", ou "la vie sans la culture et le savoir n’est pas digne d’un pays moderne..." ou plus inepte encore "depuis la nuit des temps, les hommes regardent le ciel."

L’idée que je veux vous montrer tient en peu de choses, Mr. le Président. Vous avez certainement déjà utilisé un GPS, chose devenue commune aujourd’hui. Il y a pourtant un ingrédient essentiel du GPS qui provient directement de la recherche publique fondamentale qui s’appelle la relativité générale, découverte par Albert Einstein. Ce n’est pas seulement qu’un GPS ne peut pas fonctionner sans la relativité, mais bien l’idée même de positionnement précis par satellites qui est impossible à envisager, sans la relativité. Pas de relativité, pas de GPS. C’est aussi simple que cela. L’argument du GPS est évidemment simpliste, mais il est juste. Mieux : pour avoir, demain, les prochaines technologies, les prochains matériaux, les prochains concepts, les prochaines possibilités, on a besoin de comprendre la nature dans les détails, tous les détails. Encore mieux : pour avoir le choix de nos orientations futures, on a besoin de comprendre ces détails. On a aussi besoin évidemment d’appendre à manipuler les nouvelles possibilités matérielles offertes par la recherche, mais les deux choses ne sont pas faites par les mêmes personnes. Bien que les chercheurs soient aussi les utilisateurs de la technologie, ce sont les industriels qui dépendent ultimement de nous, les chercheurs et les ingénieurs de recherche, et de nos résultats, et certainement pas l’inverse. Nos buts (et nos rêves) ne sont pas du tout les mêmes : la relativité vient avant le GPS.

Pour comprendre le monde dans les détails on utilise la physique. Certes également la biologie, la chimie, les autres sciences de la nature, et tout le reste, mais je veux vous parlez de ce que je connais. La physique, c’est notre manière de comprendre — assez efficace jusqu’ici vous en conviendrez — le monde. La raison pour laquelle, vous, Mr. le Président, avez besoin de gens qui observent les étoiles toute l’année est très simple : la planète Terre elle-même n’est pas un laboratoire suffisamment grand. Pas assez grand, pas assez confiné, pas assez chaud, pas assez vide, pas assez dense, que sais-je. Certes, il existe des laboratoires géants comme le CERN et ITER dans quelques années, mais ça n’est pas suffisant. La planète Terre n’est pas assez grande pour nos idées, Mr. le Président. Et de très loin. Donc on utilise l’univers et les étoiles. C’est le seul "laboratoire" qui nous permette d’atteindre les conditions extrêmes de la nature nécessaires au tripatouillage incessant de nos idées, à l’exploration permanente des frontières de notre ignorance. Les trous noirs sont d’ailleurs un exemple parfaitement adapté, puisqu’à ce jour seule la relativité (la même que celle des GPS) permet de les appréhender, presque complètement.

En résumé, pour que nous (et donc vous) ayons des choix devant nous, nous avons besoin de comprendre les détails, et pour cela, il faut observer et comprendre l’univers. Ce qui peut vous paraître étrange, mais qui est pourtant essentiel, c’est le découplage souvent total entre les motivations qui poussent la recherche en avant, et celles qui nous font construire des GPS. La relativité générale sert à faire des modèles d’univers et de trous noirs, notamment. Et aussi des GPS. Mais on ne l’a pas trouvée en cherchant des GPS. Les astronomes veulent comprendre l’univers et les étoiles, et ce faisant, élargissent lentement le champ des possibilités. Lentement, les chercheurs élargissent le terrain de jeu des ingénieurs. Pas l’inverse. Malgré la confusion aujourd’hui instantanée entre science et technologie, en permanence relayée par la presse, c’est bien une découverte de physique fondamentale sur le magnétisme de la matière que le dernier Prix Nobel de physique récompense. Les nouveaux disques durs sont venus après.

Sachez aussi que la recherche est, par essence, infiniment libérale dans son fonctionnement. On ne fait pas de recherche "sociale", dans le sens où l’on ne cherche aucunement à prendre soin des idées les plus pauvres. De plus, la réussite scientifique doit faire face à une intense concurrence. Rien qu’en astrophysique, durant les 2 ans qu’une simple nouvelle idée, au minimum, met à émerger, environ 25000 autres articles sont déjà sortis... La compétition et la culture des résultats, on connaît très bien, et on n’a pas de leçons à recevoir des économistes, ni de personne d’autre. Si c’est comme cela, c’est évidemment que l’on pense que ça produit les meilleures idées, à court terme. A long terme aussi certainement, mais on ne peut pas le prouver.

Eminemment libéral pour faire les meilleures idées, le système de la recherche fondamentale publique civile doit, lui, être éminemment stable, encore pour une raison simple : même si aujourd’hui la recherche se diversifie toujours plus, ouvrant de nouveaux champs conceptuels, les chercheurs ne pensent pas plus vite qu’avant. Dans l’histoire de l’humanité, nous sommes certainement les mieux équipés (le GPS), mais on "pense", on réfléchit probablement aussi lentement que dans l’Antiquité. Ainsi, alors que l’accroissement de l’innovation industrielle peut éventuellement être corrélée avec le nombre d’ingénieurs, ce n’est pas le cas de la recherche fondamentale, des chercheurs, et de tous ceux qui oeuvrent dans les laboratoires de recherche publique civile. Parce que le critère d’excellence de la recherche n’est pas la rapidité d’exécution d’un projet, ni le nombre de ses brevets, mais la liberté de ses acteurs. Plus la liberté est grande, meilleure sera la recherche. Bien sûr, la liberté a un prix : dans tous les cas de figures, peu importe les règles et les structures, il est certain que la plupart des chercheurs ne trouvera rien de fondamental. Tous contribuent néanmoins au brassage vital et incessant des idées, qui permettra à quelques-uns de sortir la tête de l’eau, et de faire LA découverte. Vous voyez, le système est très libéral, et totalement injuste, puisque le résultat et la reconnaissance ultime ne sont pas corrélés à la quantité de travail. Je ne travaille pas moins, ni moins bien que le dernier Prix Nobel.

Donc parlons franchement, Mr. le Président. Parlons de ma liberté. Ma liberté de penser, et de mouvement. Comment voulez-vous que je développe une recherche de qualité si mon horizon matériel est de 2 ans, c’est-à-dire grosso modo le temps de réalisation d’une seule idée ? Comment voulez-vous que je développe la recherche de pointe dont vous aurez besoin, si je dois envisager sérieusement d’être payé un peu plus que le SMIC, à 33 ans, bac+9+5 ans de post-doc, parlant 3 langues, avec des idées et des ambitions, déjà 8 ans d’expérience à l’étranger, sans fonds pour voyager et collaborer, et sans moyen réel d’engager des étudiants ? Qui va me payer, Mr. le Président, si ce n’est pas vous ? J’ai besoin de moyens, et ceux que vous m’offrez sont très insuffisants. Mon université est au bord de la cessation de paiements, la faillite. Mon labo a "eu de la chance" cette année puisqu’avec un effectif en croissance de 20 %, il est un des deux seuls labos français qui n’a pas vu sa minuscule dotation de base diminuer. L’équipe dans laquelle je travaille ne recevra pas un rond de mon labo. Nous allons tant bien que mal réussir néanmoins à récupérer péniblement 10 000 euros, par parties, dans la multitude de programmes nationaux. Nous sommes 16 personnes dans mon équipe : 625 euros par chercheur cette année ! Vous avez une préférence pour la couleur des crayons ? J’aimerais voir grand (j’ai besoin de 10 fois plus), seule attitude raisonnable pour réussir. Pour cela, j’ai besoin d’un environnement matériel serein (je suis jeune père de famille), pour que mon activité mentale tourne vite, bien, et longtemps. Je ne veux pas devoir me demander si l’on manque de stylos, et si j’ai le droit, ou pas, de me faire rembourser mes aspirines.

Il peut sembler assez misérable de venir mendier de l’argent comme cela, en public. Mais je ne viens pas vous demander quelques piécettes, Mr. le Président. Je ne vous demande ni l’aumône, ni la Lune. Je vous demande des milliards d’euros. Vite. Je vous demande d’arrêter de financer, avec l’argent des contribuables français, la recherche américaine. Je vous demande d’arrêter de prendre implicitement les chercheurs pour des employés de Total ou de l’armée. A charge à ces entreprises, et à elles seules, d’entreprendre précisément leurs recherches. Tout est fait aujourd’hui comme si la lente décantation nécessaire entre la découverte fondamentale et ses applications industrielles pouvait être organisée, ou pire, optimisée. Einstein pensait-il au GPS ? A-t-on trouvé la magnétoresistance géante en cherchant des disques durs ? Le croire, c’est plomber les chercheurs avec des contraintes ineptes, c’est détruire leur métier. La recherche fondamentale ne peut pas être optimisée. Seulement encouragée. Par la liberté, et la liberté d’action, d’entreprendre. Je vous demande de vrais moyens. En retour, je ne vous promets absolument rien. Mes pairs, et eux seulement, jugeront de la qualité de mon travail, et de ma motivation. Je vous demande à vous qu’une chose simple, mais essentielle : la compréhension et la reconnaissance (notamment matérielle, mais pas seulement) du rôle essentiel que nous jouons, des résultats que nous obtenons, pour tout le monde.

Je sais, c’est dur de payer correctement des gens qui ne vont pour la plupart, en apparence, rien trouver d’important. Cela semble à la fois injuste face à ceux qui se lèvent tôt (les astronomes se couchent très tard), et surtout si difficile à évaluer. Mais pourquoi croyez-vous que tout semble aller si mal aujourd’hui en France ? Ne serait-ce pas un simple mais monumental déficit d’investissement dans l’intelligence ? Le gain de la recherche pour la société est précisément “incalculable”, dans tous les sens du terme. La recherche est puissante, mais lente. La rendre "rapide" et "évaluable", c’est la vider de son utilité même. Bien sûr, ce gain se fera surtout sentir pour nos enfants et petits-enfants. Vous êtes père de famille, et donc savez qu’il faut prévoir longtemps à l’avance, alors que tant de problèmes semblent si urgents déjà aujourd’hui.

Une vraie liberté de moyens ne va évidemment pas sans une modification profonde du système en place. Je ne vois qu’une seule raison pour laquelle cela n’a pas été déjà fait : le contrôle, le pilotage. Autant je peux comprendre qu’il faille déterminer une politique scientifique globale à l’échelle nationale, pour engager de lourds investissements dans un domaine (ITER), autant cette conception est ontologiquement impossible et désespérément épuisante à l’échelle du chercheur que je suis. Vous voulez pilotez mes projets, Mr. le Président ? Sur les trous noirs galactiques ?...

Il faut simplifier le système à un point que je n’ai jamais vu évoqué dans les médias. Mais les gens se mettront d’accord si l’argent est dans les comptes, sans entourloupes comptables répétées comme c’est le cas depuis des années. Vous ne pouvez tout simplement pas imaginer la quantité de sueur mise dans la justification de la recherche, justification que vous exigez, structurellement, par le biais d’une constellation de comités d’évaluation, plutôt que dans la recherche elle-même. On se retrouve dans la situation paradoxale où des chercheurs de talent nous présentent en grandes pompes des immenses projets interdisciplinaires fallacieux, supposément à la pointe de la recherche, alors qu’il ne font que ramasser le maximum de miettes. Voir des astronomes atteindre le même niveau de vacuité dans leur vocabulaire que les politiques est ubuesque. Quels intérêts intergalactiques cherchent-ils donc à protéger ?

Je ne travaillerai jamais pour Total ou l’armée, ni pour le prochain GPS. Je travaille avec acharnement pour dépasser Albert Einstein. Pour cela il faut supprimer l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), parce que la recherche fondamentale publique civile est un flux, pas une collection de petites boîtes appelées “projets”. L’ANR, même généreuse, est une agence à financer des projets qui sont déjà structurellement actifs, fonctionnant autour d’une communauté de spécialistes reconnue. Mais il est de ma responsabilité de jeune chercheur de ne surtout pas devenir un simple employé de cette recherche. Certes, jusqu’ici, un petit 30% des crédits de l’ANR ont été reservés à des projets dits “blancs”, qui ne dépendent pas d’une politique scientifique ou technologique plus globale. Mais la hauteur relativement élevée de leur financement, nécessitant de nous transformer en gestionnaires responsables, est irréconciliable avec l’ultime front de la recherche, l’ultime front des idées, de l’inconnu. C’est pourtant là, et le long apprentissage de mon métier m’y a préparé, qu’il me tarde d’aller. L’ANR, et tous les financements connexes qu’elle assèche, est une atteinte à ma liberté de penser, qui elle, est essentielle, puisqu’elle seule peut me faire croire (et c’est le début de la réussite) que je pourrais peut-être un jour faire mieux qu’Einstein. Je veux juste vous faire comprendre que les meilleures recherches sont celles qui ont des résultats totalement imprévisibles. C’est même à cela qu’on les reconnaît. Si vous voulez une vraie recherche, qui donne des résultats, il vous faut engager des chercheurs permanents et libres (pas de simples employés de recherche) qui délirent ensemble le plus possible, avec un flux constant et abondant de crédits. Le risque est virtuellement nul, puisqu’il n’arrive dans la pratique jamais que l’on ne trouve “rien”. Et surtout ne me demandez pas de passer un énième diplôme ou une Habilitation à Diriger des Recherches. Des diplômes, on en a tous suffisamment. Là, on a surtout besoin de liberté, et de liberté d’action.

Il serait puérilement facile de ma part de vous demander, Mr. le Président, à chaque fois que vous levez les yeux vers le ciel, de penser aux astronomes de ce pays. Mais sachez que nous, en regardant les étoiles, on est bien obligé de penser à vous, aux moyens que vous nous donnez, et de maudire à la fois le ciel de nous révéler si petits, et votre politique de nous promettre de le rester.

Veuillez agréer, Mr. le Président, mes salutations très respectueuses.

Cédric Foellmi

Post-doc au Laboratoire d’Astrophysique de Grenoble"


Je voudrais ajouter quelques mots à cette missive. Comme je l'ai dit en introduction, la "vulgarisation" était à la fois une gageure et à la fois nécessaire pour que les arguments exposés soient compréhensibles du plus grand nombre, même sans culture scientifique importante. De ce point de vue là, c'est un succès.

Toutefois, cela crée quelques problèmes, même si nul texte n'est parfait. Une certaine naïveté (que l'auteur est d'ailleurs le premier à admettre) d'une part. D'autre part, si parler d'Einstein est la certitude d'être intelligible, cela donne du grain à moudre aux détracteurs pour au moins deux raisons.

La première est qu'Einstein faisait partie des plus grands. Les contempteurs peuvent alors arguer qu'"à 30 ans, il avait déjà écrit la théorie de la relativité, alors que vous à 30 ans qu'avez-vous fait?". Hélas (ou heureusement, je ne sais pas), tous les chercheurs ne sont pas des Einstein. Cela ne veut pour autant pas dire qu'ils sont inutiles, ou oisifs, ni même mauvais. Je ne sais pas si cet exemple est pertinent, mais peut-on dire qu'un chef d'entreprise n'est pas fait pour ce métier parce qu'il n'a pas eu la même carrière que Bill Gates?

La  deuxième raison, qui rejoint la première, est qu'Einstein était un théoricien. Pour vulgariser moi aussi, un crayon, une feuille de papier ou un tableau et son cerveau suffisaient. De Gennes était de la même veine. Or, effectivement, cette recherche là n'a besoin que de peu de moyens (maintenant, ils se servent quand même d'ordinateurs). Juste de temps, et d'énormément d'intelligence. Toutefois, la recherche "fondamentale", ce ne sont pas que des théoriciens. Il y aussi des expérimentateurs, qui bâtissent les expériences pour, c'est selon,  vérifier ou contredire les théories (quand une théorie est proposée, le consensus est rarement immédiat et il faut la soumettre à l'expérience). Ce sont ces chercheurs là qui ont besoin de moyen, car surtout de nos jours, les expériences doivent souvent être extrêmement précises et utiliser du matériel de haute précision .

Ajoutons qu'aujourd'hui, les bases de la physique sont quasiment posées dans tous les domaines, ce qui conduit à une recherche plus "morcelée": les gens peuvent avoir plusieurs domaines de compétence, mais il est rare de trouver un astrophysicien également micro-biologiste. Donc, hélas encore, il n'y aura sans doute plus de physiciens à la Newton (ou même à la Einstein), qui d'un coup de génie révolutionnerons la physique entière. Espèrons cependant qu'il y aura encore en France, dans quelques années, des gens payés pour révolutionner leur domaine de recherche.

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 10:45

Bon, je ne vais pas faire ici un essai philosophique sur Diogène et l'école grecque. Je vais parler du cynisme moderne (ou tout au moins du sens moderne qu'on donne à ce mot), à savoir une immoralité consciente, assumée, voire fière d'elle-même.

Je me demande souvent si les célébrités sont cyniques ou complètement cons. Essayez, vous verrez, c'est amusant.

Par exemple, quand Matt Pokora se prend pour le "French Justin Timberlake", eh bien, j'ai des doutes. Bon, Timberlake ce n'est pas ma tasse de thé, mais c'est quand même autre chose (il suffit de regarder la moyenne d'âge du public). Un peu comme si on comparait Blanche Neige à Massacre à la Tronçonneuse. Comme, sans vouloir être offensant, quand j'entends parler M.P., je ne me sens pas transporté par sa faconde culturelle, j'ai tendance à penser (peut-être avec un brin d'élitisme) qu'il doit faire partie de la seconde catégorie.

Prenons maintenant un autre cas de figure. Notre (très, surtout depuis quelques jours) cher Président. Quand il déclare la larme à l'oeil qu'il veut être le "Président de tous les français", le "Président du pouvoir d'achat", puis qu'il annonce qu'il veut "se retirer au calme, quelques jours, pour habiter la fonction" et qu'il se barre trois jours sur un yacht à Malte, que faut-il penser? Idem, quand il annonce aux fainéants de syndicats que la réforme des retraites n'est pas négociable, que la France est en faillite, qu'il faut travailler plus pour gagner plus et qu'il s'augmente dans la foulée de 140% pour "plus de transparence dans le budget de l'Etat", je me doute. Ne se foutrait-il pas un peu de notre gueule, quand même? Car, quand on l'entend parler, quand on le voit mener sa barque, on ne peut pas soupçonner Naboléon d'être un crétin, qu'on l'aime ou pas. Il a certes un côté nouveau beauf', culte du pognon et rolex en berne, mais il sait sans doute parfaitement ce qu'il fait. Donc, j'en déduis qu'effectivement, il nous encule, bien franchement et avec le sourire (contrairement à ses prédécesseurs qui avaient au moins la décence de mettre un peu de vaseline et de faire ça en loucedé), qu'en plus on en redemande et que ça le fait rigoler. Après tout, il aurait peut-être tort de se priver.

A vous de jouer maintenant. Mais sachez que parfois, il est difficile de se faire une opinion aussi tranchée.

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 09:45
Pour tous ceux qui se piquent d'écrire (même au niveau modeste du blog ou de la carte postale).

N'avez-vous jamais ressenti la sensation irritante d'avoir un bon sujet, et de ne pas réussir à le mettre en forme?
Je ne parle pas ici du manque d'inspiration total (ou syndrome de la carte postale, justement). Plutôt de doigts gourds, d'un cerveau embrumé, focalisé sur ce qu'il a envie d'écrire sans parvenir à se concentrer sur le comment.

Cela conduit généralement à des textes ampoulés, lourds et mal construits, malgré tout un peu attachants car on ne peut s'empêcher de penser, à leur lecture, que l'idée en était bonne.

Un exemple: le texte ci-dessous. Et peut-être aussi celui ci-dessus. Non, pas tous ceux que j'ai écrit, ne soyez pas vaches (d'ailleurs, certains n'avaient même pas un sujet intéressant pour se faire pardonner).
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Published by mixlamalice - dans La vie de Mix
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