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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 09:45

Je continue ma série sur les étudiants (encore un prof qui les déteste, se diront certains).

 

Je vais revenir sur quelques accrochages survenus (avec, en particulier, des sociologues et des psychologues) sur Twitter alors que je décrivais, me semble-t-il objectivement, des situations réelles. Situations réelles qui étaient donc contestées ou dont on rejetait la faute sur moi (membre de la caste des oppresseurs en tant qu'enseignant, mâle, et blanc).

Je mentionnais quelques cas d'étudiants étrangers qui postulent à une formation sans aucune intention de la terminer, mais dans l'unique but d'être inscrit à l'Université pour faciliter l'obtention d'un titre de séjour, cas qui finissent par se révéler problématiques d'un point de vue de "gestionnaire de filière".

Je ne dis pas que c'est bien ou mal, je dis juste que 1. c'est un fait (de tels étudiants existent), et que 2. si j'acquiers la certitude (hors de tout doute raisonnable) que la raison de la demande d'inscription est celle-ci en priorité, et que l'étudiant va déserter au bout d'un ou deux mois une fois son sésame en poche, je ne souhaite pas avoir ces étudiants en charge*. Bien sûr, lors des entretiens, personne ne dit clairement qu'il n'a pas l'intention de suivre la formation et que ce qu'il veut, c'est juste être inscrit quelque part. Il y a néanmoins des signaux que l'on apprend à discerner. 

Certains semblaient contester l'existence même de telles motivations (un étudiant est, par essence, toujours motivé, et s'il ne réussit pas, c'est la faute au système universitaire), je peux donc donner quelques exemples personnels:

- j'interviens dans un cadre de formation continue, qui en ce sens ne donne pas accès à un statut d'étudiant (et donc pas au visa correspondant). Dès que l'on précise cet état de fait lors du forum d'informations, la moitié des candidats potentiels disparaît sans demander son reste (et sans poser aucune autre question sur la formation elle-même).

- un copain d'école l'a fait. Ne trouvant pas de thèse et non désireux de devoir repartir chez lui, il s'est inscrit dans un 2ème master (DEA à l'époque), n'est jamais venu en cours et cherchait à la place du boulot/une thèse (qu'il a fini par trouver). C'est sûrement un cas isolé complètement cynique.

- un étudiant l'an dernier, que l'on avait accepté alors qu'il était déjà titulaire d'un master (chose que l'on ne fait pas souvent - voir lien plus haut) a aussi disparu très rapidement (moins de 2 mois). Très subtil, il a candidaté au poste d'ingénieur d'études que notre labo proposait au même moment. Autant dire que sa candidature n'a pas été examinée très avant (sans doute que ce n'est pas gentil de notre part). 

- un autre a fait la même chose, en disparaissant un peu plus tard (environ 1 mois avant la session d'examen du 1er semestre, sans faire le stage donc, et en étant ajourné lors du jury final). Celui là n'a pas candidaté à un poste d'ingénieur chez nous, mais par contre il a submergé l'équipe pédagogique de mails en fin d'année civile, donc 2 ou 3 mois après le jury final. Après avoir disparu de nos radars depuis quasiment 1 an sans aucune justification (autre que "je n'ai pas trouvé de stage alors que pourtant j'ai envoyé plein de candidatures"), il nous demandait urgemment et instamment de l'aider à renouveler son titre de séjour en lui fournissant notamment une "attestation d'assiduité". Il me semble naturel que l'on n'ait pas eu spécialement envie d'accéder à cette requête, dans la mesure où, déjà et principalement, il n'avait pas été assidu. D'autre part, je suis d'avis que quand on joue avec les règles du système, il faut un minimum d'honneur personnel et essayer d'assumer un peu en ne sollicitant pas l'aide de ceux qu'on a, quand même, un peu roulé dans la farine.

Bref, il a insisté, nous a soutenu qu'il avait été présent tout le premier semestre et jusqu'aux examens (les enseignants ont probablement tous perdu sa copie), puis qu'il avait du partir dans son pays d'origine pour raisons familiales, puis qu'il avait été très malade (toutes ces justifications venant, dans la même discussion, et ce 9 mois après les faits, bien sûr: j'ai tenté de lui expliquer que si je m'absentais 9 mois de mon boulot, je devais fournir des justificatifs au début, pas à mon retour). On a fini par lui fournir un bulletin de notes contenant les quelques notes qu'il avait obtenues et signifiant l'absence de notes à partir de janvier et la non-réalisation du stage. Nous n'allions quand même pas lui faire une fausse attestation de présence.

En conclusion, je pense que l'on a été plutôt sympa, mais on m'a expliqué sans rire que cet étudiant était probablement très gêné et affligé de la situation et que notre léger énervement, outre son côté irrationnel, avait quelque chose d'inhumain face à la détresse du jeune homme (qui a quand même pris le temps de nous expliquer qu'il refaisait un master et que ça se passait très bien). Je laisse chacun se faire sa propre idée, mais surtout les collègues qui ont déjà eu à faire à ce genre de situations. 

 

 

*Note: je suis tout à fait prêt à aider des étudiants que j'encadre dans leurs démarches, je l'ai déjà fait pour 1 de mes doctorants et 1 de mes post-doctorants (visite à 7h du matin à la préfecture, intrusion dans les bureaux de la DRH etc). Je le referai sans hésiter. Mais dans le cadre de mes activités d'enseignant, j'essaye de sélectionner les étudiants selon des critères académiques, je ne fais pas de politique ou de militantisme.  

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 16:37

J'enseigne quelques portions de modules à des étudiants de M1 et de M2 (Pro) dont la thématique principale est la science des matériaux, et qui sont de niveau assez moyen.

J'ai constaté des fortes lacunes

- mathématiques: l'incapacité, par exemple, à faire des opérations simples (addition, division, pourcentage...) s'ils n'ont pas de calculette ou à questionner le résultat donné par celle-ci dans le cas où il paraît complètement aberrant. Ne parlons pas de poser ou encore moins résoudre une équation, une partie non négligeable n'est pas capable d'écrire le théorème de Pythagore (je ne plaisante pas).

- physiques: cela revient à ce que je dis précédemment, mais très peu ont un quelconque recul sur la notion de grandeur physique. Récemment, un étudiant dans une copie d'examen a calculé que la taille caractéristique d'une chaîne de polymère était 10^27 angströms. C'est 1000 fois la distance Soleil-Pluton, ce qui paraît un peu grand pour une taille de molécule. Cet exemple est extrême, mais vraiment, la notion d'ordre de grandeur, ou d'homogénéité sont complètement absente de leurs réflexions.

 

Quand on a un bac + 5 science des matériaux, censé concurrencer un diplôme d'ingénieurs, je trouve ça problématique d'avoir un niveau de mathématiques et de physique de lycéen médiocre. Mais j'ai déjà parlé de ça. Depuis quelques années, je vois une autre lacune qui me semble encore plus problématique: en fait, on a l'impression que les étudiants (pourtant francophones dans leur majorité) ne comprennent plus le français. 

C'est une chose de ne pas savoir résoudre un problème de mathématiques ou de physique parce qu'on ne maîtrise pas l'outil ou qu'on ne parvient pas à faire la mise en équation ou sa résolution. C'en est une autre de ne pas comprendre la question posée.

 

Je vais donner un exemple récent. 

Dans un TD, je demandais si un mélange de composition donnée vérifiait la propriété lambda.

La résolution de la question consistait donc à écrire l'équation permettant de déterminer si la propriété lambda était vérifiée, et à rentrer dans l'équation la valeur de la composition du mélange. On obtenait comme réponse que ça ne marchait pas.

La deuxième question était donc: quelle est la composition limite pour que la propriété lambda soit vérifiée. Dans ce cas, il fallait donc écrire l'équation telle que la propriété soit vérifiée, et déterminer la composition.

Sauf que, tous mes étudiants (7 ou 8, de M2) ont repris pour valeur de composition celle de la première question. Bref, ils n'ont pas compris qu'ici, c'était l'inconnu. 

Je vous avoue que j'en suis resté comme deux ronds de flan et que j'ai eu peine à leur expliquer le problème de leur raisonnement.

 

Je suis encore assez jeune dans le métier, mais j'ai l'impression que cette mauvaise maîtrise du langage est assez récente, et se développe rapidement. Avez-vous constaté la même chose ou est-ce que je m'emballe?

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 11:13

Depuis un an, nous avons une nouvelle secrétaire pédagogique, après être restés quasiment un an sans personne. 

L'ancien secrétaire pédagogique n'était pas intrinsèquement incompétent, mais il détestait son travail, l'institution à laquelle il appartenait, les autres administratifs et l'équipe enseignante (en mode "tous des cons"). Sur son bureau on pouvait voir des ouvrages de sociologie avec des titres tels que "la désobéissance au travail", "l'anarchisme dans la vie professionnelle", ce genre de choses. Bref, il ne respirait pas le bien-être et annonçait à peu près la couleur: s'il faisait à peu près les choses (très) simples (poster le courrier ou réserver des salles), il ne fallait rien lui demander de plus compliqué: dans ce cas là au mieux il ne faisait pas, au pire il "sabotait". Le chef d'équipe pédagogique, malgré de nombreuses qualités, n'a pas vraiment celle de bien gérer les ressources humaines récalcitrantes, et donc on était dans une sorte de statu quo pourrissant depuis quelques années.

Bref, le secrétaire a fini par réussir un concours ou une mutation, je ne sais plus trop. On ne peut pas vraiment dire qu'on l'ait regretté. 

Pendant un an, on a donc fonctionné sans personne, ce qui, malgré le peu qu'il faisait, était assez pénible.

Nous étions donc plutôt heureux d'accueillir une nouvelle secrétaire pédagogique. A priori sans expérience du job mais il faut quand même admettre qu'il n'y a en soi rien d'extrêmement compliqué à comprendre. Il faut par contre beaucoup de rigueur, d'organisation, de la réactivité et de l'écoute. Et savoir se servir d'une boîte mail et d'Office.

La nouvelle arrivante, diplôme bac+4, passage dans des lycées en tant que CPE si je me souviens bien, dynamique, fait plutôt bonne impression.

Hélas nous allons vite tous déchanter. Il se trouve que le dynamisme est ici plutôt une forme d'agitation sans but ni résultat concret que l'on peut observer parfois dans une situation de panique extrême. Sauf qu'ici, cet état est permanent.

 

1. Elle s'avère incapable d'écouter. Quand tu lui expliques un truc en fait au bout de 2 minutes c'est elle qui te raconte sa vie. Sur 1h, tu parles 10 minutes, et sur ces 10 minutes, rien n'est imprimé. Elle ne prend jamais de notes non plus. Donc au bout d'un an, elle n'est toujours pas autonome pour régler les questions "basiques", par exemple d'aiguillage des étudiants.

2. Elle est incapable de saisir l'importance d'un calendrier: elle a transmis l'emploi du temps d'une formation aux intervenants extérieurs 2 semaines avant le début de celle-ci alors qu'il lui avait été fourni 3 mois avant. Nous avons perdu au moins 2 intervenants extérieurs, qu'il a fallu remplacer en extrême urgence.

3. Comme tous les procrastineurs elle va faire des choses absolument non urgentes ou très facultatives au détriment des choses pressées: dernièrement, elle nous a imprimé toutes les fiches de présence de telle UE jusqu'à fin février, par exemple. Ou alors, elle se déplace en personne pendant nos cours pour faire émarger plutôt que de nous laisser les feuilles. Ou encore, s'inquiéter que les étudiants n'aient pas trouvé de stage (censé débuter en mars) alors qu'elle n'a toujours pas trouvé le temps de leur envoyer l'emploi du temps annuel de la formation alors que nous sommes mi-novembre.

4. Comme tous les procrastineurs elle est toujours absolument débordée, et passe ainsi beaucoup plus de temps à expliquer pourquoi elle n'a pas encore pu faire telle chose urgente que le temps qui serait nécessaire pour le faire (par exemple, le suivi des absences sur un site web dédié, affaire de 5 minutes par mois, a engendré déjà 3 conversations de 20 minutes sur le manque de temps disponible pour effectuer cette tache, qui hélas, conditionne les reversements du centre de formation d'apprentis). 

5. Elle ne maîtrise absolument pas l'outil informatique: elle n'a toujours pas installée de boîte mail et fonctionne avec le webmail extérieur qui n'a que 50 Mo de capacité. Pour un secrétariat, c'est problématique. Sa messagerie a été déjà saturée 4 ou 5 fois en un an.

6. Il faut tout demander 40 fois, et il faut toujours tout vérifier puisqu'il y a en gros une connerie par action: mails envoyés aux mauvaises personnes, salles réservées le mauvais jour etc. Tout, même le plus simple, lui paraît compliqué. 

 

Mais rassurons-nous, elle a réussi le concours (je préfère ne pas savoir en quoi cela consistait exactement), et est donc désormais fonctionnaire stagiaire. Elle va donc rester avec nous probablement quelques années. Pour l'instant, on ne note aucune amélioration notable. On ne sait pas vraiment non plus ce qu'il est possible de faire (le chef d'équipe a déjà lâché l'affaire), de même qu'on a du mal à expliquer "rationnellement" tant d'incompétence (contrairement au précédent). Pour un autre collègue, il y a une forme de "pathologie" dont le traitement profond ne peut être qu'extrêmement long*. Quoi qu'il en soit, bientôt, elle va devoir s'occuper de nos fiches d'enseignement prévisionnelles: on a peur.

 

 

* j'avais bien rigolé quand le collègue avait souligné (un peu pour plaisanter mais pas entièrement) le rôle social de l'Etat, seul à pouvoir employer toutes ces personnes aussi manifestement inemployables...

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 15:32

Le sujet avait déjà fait couler beaucoup d'encre lorsque le projet de nouvel arrêté doctoral avait fuité il y a quelques mois. La propension qu'ont les gens (même les universitaires) qui ne savent pas de quoi ils parlent d'avoir un avis tranché étant parfois assez pénible, j'avais déjà fait un article à l'époque.

 

Las, le mot VAE (validation des acquis de l'expérience) apparaît de nouveau dans le nouvel arrêté (nouvel arrêté qui par ailleurs ne propose, en vrai, rien de bien nouveau comme l'a expliqué M. Clavey).

Peu importe qu'il ne concerne pas le doctorat, comme l'explique bien E. Ruiz (franchement, allez lire son billet), mais bien l'obtention d'un master permettant l'inscription en doctorat. 

Peu importe également que le dispositif d'obtention du doctorat par VAE existe en théorie depuis 2002, et en pratique depuis 2009. Peu importe qu'il ne concerne qu'une dizaine de cas par an (voir mon précédent article ou ces documents).  

Peu importe que des universités réputées le pratiquent depuis cette date (UPMC entre autres). Et qu'elles sont parfaitement conscientes qu'elles seront scrutées sur ce point et n'ont donc pas vraiment intérêt à faire n'importe quoi (cf ci-dessous, le profil des "bénéficiaires").

Peu importe que la démarche à accomplir soit tout sauf une sinécure, comprenant la rédaction d'un manuscrit, une soutenance devant un jury d'enseignants-chercheurs, d'avoir à justifier au cours de sa carrière en entreprise d'un travail de recherche ayant donné lieu à publications, brevets etc. 

Peu importe que les quelques cas dont on peut voir des témoignages aient tous un pedigree très solide et pouvant démontrer des résultats scientifiques "académiques" que beaucoup de doctorants aimeraient avoir à la fin de leur thèse: voir par exemple ici, la ou la. 

Peu importe que, selon toute vraisemblance, le nombre tendra plutôt à diminuer qu'à augmenter (le profil, en sciences dures, des candidats à cette voie d'obtention du doctorat, est plutôt celui de personnes qui ont intégré des centres de R&D de groupes industriels il y a une vingtaine d'années, à une époque où le doctorat n'était pas "obligatoire" pour cela. Aujourd'hui, de ce point de vue, la France s'est uniformisée avec les pratiques internationales, en tout cas dans les grands groupes et dans les start-ups: par exemple, dans le centre R&D de Saint-Gobain, 90% des "ingénieurs de recherche" sont docteurs)

 

Non, malgré tout ça, on voit fleurir tout un tas de tribunes aussi mal informées, alarmistes, et disons le franchement, je n'ai pas d'autre mot, plus nullissimes les unes que les autres, sur ce qui serait la porte ouverte à toutes les fenêtres. 

Hélas, elles se sont répandues comme une traînée de poudre: moi qui pensais que ce qui était excessif est insignifiant, je suis bien naïf.

 

On y trouve de la théorie du complot à la petite semaine, comme quoi le but caché est que les ingénieurs et hauts fonctionnaires fainéants mais désireux de briller à l'international  - où seul le beau doctorat est reconnu - pourront en obtenir un sans transpirer un bon coup.

Le fait que le procédé existe depuis près de 10 ans, qu'il ne concerne que 10 personnes par an depuis tout ce temps, ne semble hélas calmer personne.

Le fait qu'aujourd'hui, quelque chose comme 1/3 des nouveaux doctorants soient des diplomés de grande école non plus.

On y évoque un aspect financier que les universités cupides chercheraient à développer quitte à brader le diplôme. Je n'ai pas les chiffres exacts, mais j'ai en tête un coût pour une demande VAE qui dépend du nombre de "crédits" demandés (fixés par le LMD) et qui est de l'ordre de grandeur du k€. On m'a parlé dans certaines disciplines d'un chiffre plus élevé (plus proche de 10k€) sans que je puisse le vérifier. Quoi qu'il en soit, le budget typique d'une université chiffrant dans les environs de 100M€, et en vertu des volumes discutés plus haut, on voit qu'il y a quand même plus à miser sur les contrats de recherche, européens ou même CIFRE, ANR etc. Et qu'au niveau de l'enseignement, les formations directes pour industriels sont par exemple une voie largement plus rentable (4 jours de formations dans le cadre du DIF peuvent se chiffrer facilement à 10k€, avec beaucoup plus de demande potentielle...).

 

Et puis, on y trouve (non seulement dans ces tribunes mais également dans les commentaires de ceux qui les ont diffusées, bien souvent des doctorants) une certaine idée "romantique" du doctorat qui me paraît bien éloignée des réalités du terrain. 

Non, un doctorat n'est pas toujours un travail fondamental, ni un projet unique de 3 ans (ou plus) "indépendant" mené de A jusqu'à Z, ni un travail qui fera date dans le domaine. 

Il peut s'agir de quelque chose de très appliqué, il peut s'agir de multiples projets autour d'une thématique donnée (regardez certaines thèses de physiques, par exemple: "quelques processus dynamiques aux interfaces" dont la 1ère phrase est "this work presents three topics of research"). Il peut s'agir d'un petit bout d'un énorme projet (cf les thèses sur projets européens). Il peut s'agir, soit parce que l'étudiant est moyen soit même parce que le sujet n'est finalement pas si bon que ça, d'une thèse médiocre, moyenne, ou même bonne, mais sans impact majeur. Il peut même dans certains cas s'agir d'un travail qui ne serait pas si éloigné que ça d'un travail "d'ingénierie" pour un ou plusieurs industriels dont la valeur ajoutée du point de vue recherche est difficile à cerner (je pense à certaines thèses CIFRE ou financées par des FUI ou autres). 

Pour moi, ce que le diplôme de doctorat valide, ce n'est ni une hyperspécialisation sur un sujet bien précis (dans la majorité des cas, on n'a, il faut l'admettre, plus jamais l'occasion de retoucher à ce sujet), ni une capacité à "survivre" (certains doctorants se vivent visiblement comme un Soljenitsyne masochiste au goulag, et on retrouve parfois cette conception chez certains encadrants pour décerner le diplôme: "untel n'est absolument pas qualifié pour être docteur, mais ça fait 3 ans qu'il s'acharne"), ni l'accomplissement d'un chemin personnel vers la sagesse (ce n'est pas Shaolin non plus).

Ce que ça valide, c'est une certaine capacité à s'imprégner d'un sujet (qu'on a souvent pas vraiment choisi), développer une méthodologie, pour aller (plus ou moins) au-delà de l'existant. Et à être capable de restituer ceci via un manuscrit, des articles ou des brevets, et une soutenance. Je ne vois rien qui ne puisse se faire, en théorie, dans un cadre industriel.  

 

Je trouve d'autre part étonnant que cette mythologie de la thèse comme le grand oeuvre d'une vie, cette quête personnelle dont la pureté est mise sur un piédestal, soit véhiculée majoritairement par des gens provenant de disciplines où l'on tolère que 2/3 des thèses soient effectuées comme un (pardonnez-moi, je vais être provocant) "hobby", e.g. en dehors d'une activité principale, le soir et le week-end, sans être financé spécifiquement pour ce travail. Qu'il s'agisse, au mieux, de personnes avec un emploi stable (par exemple, professeurs du secondaire), au pire de personnes sans sources de revenus connues et qu'on voit, en parallèle, se plaindre de leur précarité. Tout en défendant, bien sûr, son caractère de "première expérience professionnelle".

Je vois plus de dangerosité à ce que des directions d'écoles doctorales tolèrent encore, allant à l'encontre des missions qui leur sont confiées ("le directeur de l'école doctorale s'assure que les conditions scientifiques, matérielles et financières sont réunies pour garantir le bon déroulement des travaux de recherche du candidat et de préparation de la thèse" dit l'arrêté), l'inscription en thèse de personnes en grande précarité, que dans la possibilité pour un actif ayant, dans le cadre de son activité professionnelle, effectué une activité de recherche quantifiable, d'obtenir un diplôme que pour une raison X ou Y il n'a pu obtenir en "formation initiale". Je vois aussi, finalement, plus de facilité à évaluer un tel travail qu'un travail qui aurait été mené en "hors temps de travail".

Je pense aussi qu'il y a eu et qu'il y a encore suffisamment de doctorats de "complaisance" décernés, à des célébrités (les frères B., Elizabeth T., Jean-Christophe C.) mais aussi à des anonymes (qui n'a jamais assisté à une soutenance dont on se dit à demi-mot qu'elle n'aurait jamais du avoir lieu mais qu'on a fini par accepter pour sauvegarder les apparences ou quelle que soit la raison?) pour que l'on s'inquiète plus de ce contrôle de qualité là, dans un cadre de "revalorisation" du diplôme, que d'un phénomène qui ne sera de toute façon jamais plus qu'epsilonesque. En ce sens d'ailleurs, je suis un fervent partisan des comités de thèse mis en place dans un certain nombre d'écoles doctorales depuis quelques années, et qui sont généralisés dans le nouvel arrêté. 

 

Pour conclure, je reviens vers une considération plus générale: il y a en France une obsession du diplôme obtenu en formation initiale. Je peux comprendre qu'au moment de la première embauche, avoir tel diplôme ou tel niveau d'études ouvre la porte à certains métiers et à certaines rémunérations. Je suis par contre toujours surpris quand 25 ans plus tard, des gens de toute évidence extrêmement compétents, à qui on a confié des responsabilités, ne peuvent, par exemple, passer "ingénieur" ou obtenir un "statut cadre" dans leur entreprise parce que leur diplôme "initial" n'est pas suffisant. Je me leurre peut-être mais j'ai l'impression que les anglo-saxons sont plus pragmatiques de ce point de vue là (eg qu'au bout d'un certain temps, celui que tu es devient plus important que celui que tu as été pendant tes études). Et je suis donc favorable à toute démarche qui tendrait à diminuer un peu ce qui m'apparaît comme une ineptie. Si le développement de la formation continue et de la VAE en est une, je prends. 

 

 

PS: je ne blâme pas ceux qui ne connaissent rien à la VAE. Moi-même, pur produit "formation initiale", je n'en avais jamais entendu parler jusqu'à il y a 5 ans. Mais il se trouve que depuis, j'ai été amené à participer en tant que jury/examinateur de dossier, à 2 à 3 VAE par an, du niveau bac+2 au niveau bac+5 (jamais doctorat pour l'instant, notamment pour les raisons de rareté expliquées ci-dessus...). Je blâme plutôt leurs opinions tranchées sur des sujets sur lesquelles ils n'ont fait aucun effort pour se renseigner. Pas vraiment très "pro" pour des universitaires.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 21:12

Une étudiante m'a envoyé 13 ou 14 mails de questions (plus un coup de fil) en moins de deux mois depuis que l'UE a commencé.

Des questions assez compliquées à traiter par mail tant elles montrent une incompréhension assez forte de tout ce que j'ai pu raconter.

J'ai donc répondu 12 fois courtoisement, consciencieusement, longuement et de mon mieux, bien qu'intérieurement un peu tendu au fil du temps.

 

Aujourd'hui, à peine envoyée la 12ème réponse (un mail de 20 lignes tout de même), que je recevais le 13ème mail de question.

La question cette fois (exceptionnellement il n'y en avait qu'une) était "pouvez-vous me donner la définition de telle grandeur physique?".

Après un juron sonore (entendu par mon collègue du bureau d'à côté) j'ai renvoyé le lien vers la page wikipédia correspondante, ainsi qu'un laconique "je ne vais plus pouvoir répondre à vos questions".

J'ai reçu quelques heures plus tard une réponse outrée mettant en doute mon professionnalisme.

 

J'ai donc pris ma plus belle plume pour écrire ceci.

 

"

Bonsoir,

 

Nous avons échangé 27 mails si je compte bien depuis le début de l'UE il y a moins de deux mois.

Parfois, je vous réponds tard (comme ici) ou bien pendant le week-end, ou bien même pendant mes vacances. Je passe du temps à vous répondre et j'essaye d'être le plus clair possible et de ne pas me contenter de 2 lignes. Répondre à quelques uns de vos mails a occupé plus de 5% du volume horaire d'un certain nombre de mes journées. J'aimerais que cela soit apprécié ou au moins reconnu.

 

Maintenant, je souhaite vous faire partager quelques chiffres:

1. Je reçois environ 100 mails par semaine.

2. J'ai ce semestre dans les UE où j'interviens plus d'une centaine d'étudiants. Si chacun m'envoyait 10 mails/mois, cela ferait 1000 mails à traiter par mois (en sus des 500 que je reçois déjà), 6000 sur le semestre.

3. Je suis enseignant-chercheur, l'enseignement n'est censé représenter que la moitié de mon temps de travail soit 800 heures annuelles environ.

 

En vertu de ces chiffres, ce que je vous dis n'a rien d'offensant, mais est simplement mathématique. Je n'ai vraiment pas le temps de répondre à tous vos messages.

D'autant plus quand il s'agit de vous redonner des définitions de grandeurs qu'à défaut de connaître on peut trouver, excusez-moi, facilement (dans google, premier lien, définition aussi claire que celle que je pourrais vous donner). Je ne peux pas réexpliquer tout ce qui est censé être acquis dans une UE de L3.

 

J'en suis désolé.

Je continuerai à répondre à vos questions si j'estime que mon aide est nécessaire à votre compréhension. Je ne traiterai pas celles dont je pense que vous pouvez obtenir la réponse moyennant un peu de travail personnel.

 

Cordialement,

"

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 09:50

J'ai déjà beaucoup écrit sur les concours et les modalités de recrutement de Maître de Conférences, tant du côté candidat que membre de comité, et pas toujours en bien (voir les liens sur cette page).

 

Récemment, j'ai eu quelques "débats Twitter" (vraiment pas le meilleur lieu pour le débat selon moi) avec plusieurs personnes sur une (relativement) nouvelle règle imposée par le Ministère (depuis la loi Sauvadet de 2012 et donc mise en place pour les comités depuis 2013 ou 2014) concernant la composition des comités de sélection, à savoir respecter "une proportion minimale de 40% de chaque sexe" (sauf dérogations particulières pour quelques sections CNU, par exemple le génie électrique, section 63, qui ne compte que 16% de femmes...).

 

Quand on voit ce genre de graphiques, on se dit que ça tombe sous le sens:

 

Parité et comités de sélection

Néanmoins, on va voir qu'en réalité c'est un peu plus compliqué que ça...

Déjà, d''un point de vue d'ancien "organisateur" de comité, cela fait un peu rire jaune quand on regarde l'ensemble des règles à respecter (voir ici). Cela donne lieu à d'amusantes notices explicatives délivrées par les Universités pour constituer un comité de sélection. Pour mémoire, il faut respecter un "triple quorum" (parité rang A et rang B ou assimilés*, au moins autant de membres extérieurs que de membres internes dans le comité, et donc 40% de chaque sexe, le tout sur 2 réunions "physiques" avec les mêmes membres, la visioconférence n'étant pas toujours tolérée, notamment pour les auditions).

Cela dit, ce n'est pas la nouvelle règle de mixité que je critique mais plutôt l'amoncellement de règles hyper strictes censées prévenir toute "dérive" supposée (localisme, favoritisme, sexisme, etc) et garantir l'"égalité républicaine devant le concours". Tout cela pendant qu'on méprise assez ouvertement les candidats (auditions de 15 minutes, déplacements à leurs frais etc) et que chaque année plusieurs auditions sont publiquement critiquées et parfois retoquées.

Mais bref, la n'est pas le propos.

Pour revenir à cette règle de proportion minimale de 40%, j'aimerais déjà comprendre quel problème elle est censée résoudre (fut-ce partiellement): s'agit-il du déficit d'attrait des carrières académiques pour les femmes? Si tel est le cas, c'est, je crois, en amont qu'il faut travailler (lycée etc) plutôt qu'en bout de chaîne.

S'agit-il de sexisme à l'Université? Les histoires de harcèlement sont nombreuses en France et ailleurs (probablement, je le regrette, qu'elles sont moins "médiatisées" en France qu'ailleurs). Les comportements "inappropriés" aussi, mais cela me semble une problématique un peu différente, même si connectée (surtout s’ils arrivent pendant les auditions, il paraît – je n’en ai jamais été témoin mais j’ai entendu comme tout le monde des histoires- j’y reviendrai).

Y a-t-il des problèmes également au niveau du recrutement? C'est possible, mais ça mérite d'être documenté. De mémoire j'avais en tête une proportion beaucoup plus faible de femmes "de rang A" (Professeur) que de "rang B" (Maître de Conférences), mais j'avais envie de creuser un peu, c'est donc ce que j'ai fait.

Pour ceci, le bien-aimé site du Ministère qui met publiquement en ligne tout un tas de rapports et dans certains cas même les fichiers de données.

J'ai regardé les chiffres pour trois années, 2008, 2011 et 2014 (désolé, je n'ai pas le temps de faire plus...)

2008 est une année intéressante car on y trouve une analyse détaillée non seulement des postes, mais aussi des candidatures.

Donc, en 2008, nous avions sur la cohorte de qualifiés Maître de Conférences, 43.5% de femmes, et sur la cohorte de qualifiés Professeur, 30% de femmes.

Pour les candidatures aux postes (ce n'est pas parce qu'on est qualifié qu'on candidate, et de plus la qualification est valable 4 ans), on avait 29% de candidatures de femmes sur des postes PU, et 44% de femmes sur des postes MCF.

Pour les postes pourvus, on trouve 43% de femmes sur des postes MCF, et 28% sur des postes PU.

En 2011, on n'a pas d'informations sur les candidatures, simplement sur les qualifiés et sur les postes pourvus.

Ce qui nous donne pour la qualification, 29.5% de femmes qualifiées PU, et 43% MCF.

Au niveau des postes, 44.5% de femmes nommées sur des postes MCF, et 34% sur des postes PU.

En 2014, 47% de femmes qualifiées MCF et 33% PU. On peut aussi regarder les candidatures à la qualification: les femmes représentent 48% des dossiers examinés MCF, et 34% des dossiers examinés PU. Le taux de réussite est de 68% pour les femmes en MCF (71% pour les hommes), et 73% pour les femmes en PU (74% pour les hommes).

Pour le recrutement, 43.5% de femmes MCF et 36% de femmes PU.

Enfin, sur la population totale des enseignants-chercheurs (environ 53000 personnes), il y a 36% de femmes, représentant 43% des Maîtres de Conférences, et 22.5% des PU.

De façon générale, il y a bien une diminution significative de la proportion de femmes nommées aux postes de rang A par rapport à la proportion aux postes de rang B. Il faudrait pour mieux cerner les causes aller voir les recrutements 10 à 15 ans plus tôt (le temps de passer de MCF à PU) mais on (je) ne trouve les données genrées qu'à partir de 2003 (en 2003, 42.5% de femmes nommées MCF, et 26.5% de femmes PU).*

Si on regarde les données de façon "horizontale" (sur une année donnée), on constate qu'il y a un très bon accord entre les proportions respectives de qualifiées et de nommées. Soit, en gros, toutes sections confondues, 43% de femmes au niveau MCF (constant depuis 10 ans) et par contre une proportion plus variable au niveau PU.

Si on regarde donc les données de façon "verticale" (au cours du temps), la proportion de femmes nommées MCF est comme on l'a dit constante, et la proportion de femmes nommées PU en augmentation de presque 10 points. Cela semble s'accompagner aussi d'une plus grande proportion de femmes qui "demandent" (et obtiennent) la qualification (en 2005, dernière année où les données sont disponibles, seulement 25% de femmes qualifiées PU, 42% MCF).

Voilà pour les données et l'analyse "brutes". Je vais maintenant rentrer dans l'interprétation (discutable, elle).

Je ne vois pas de problèmes dans les recrutements MCF, en tout cas en termes d'attributions de postes favorisées pour les hommes, et au "premier ordre". Il y a 40-45% de femmes qui se présentent, il y a 40-45% de femmes qui ont un poste. Doit-on atteindre 50%? Je n'en sais rien (certains domaines fonctionnent avec 60% de femmes, d'autres avec 20, et là il faudrait faire, je crois, quasiment une analyse par section et qui remonterait également jusqu’au secondaire**)... J'aimerais connaître la proportion de femmes dans les cohortes de docteurs aussi...

Au niveau PU, on identifie clairement une baisse de la proportion de femmes, qui tend à s'atténuer avec le temps (en 11 ans, on passe de 26% de femmes nommées PU à 36%, mais il faut bien sûr "intégrer" ces effets sur plusieurs années pour voir la proportion de femmes PU en poste augmenter significativement). Ceci s'accompagne cependant d'une baisse similaire du nombre de candidatures par rapport au vivier de femmes MCF (si j'assume que les candidatures sont liées à la qualification, ce qui me semble une hypothèse raisonnable). Or, la qualification n'est pas plus refusée aux femmes qu'aux hommes, ce sont les femmes qui en proportion la demandent moins.

La « vraie question » me semble donc être : « pourquoi les femmes demandent-elles moins la qualification PU? » (qui est généralement, une « formalité »).

Je vois deux hypothèses :

Une forme plafond de verre ou d'auto-censure (ou de syndrome de l’imposteur). Il me semble qu'elle ne peut pas être corrigée par la parité des comités de sélection, puisqu'elle se situe en amont.

Des carrières académiques encore « en moyenne » plus lentes chez les femmes pour des raisons extérieures (vie de famille etc). Or, dans les sections que je connais, il y a une distribution assez faible autour de l’âge moyen, concernant les recrutements PU. On retrouve d’ailleurs ce phénomène pour les recrutements MCF (pour schématiser, en 2 ans on passe de « encore un peu jeune » à « trop vieux » pour le poste). Et donc, si on a le « bon dossier » pour candidater PU à 45 ans quand la moyenne de recrutement est 40, on ne demande pas la qualification parce qu’on sait bien qu’on n’aura pas de poste.

Cette question est d'ailleurs assez proche de ce qu'on a pu observer pour la PES (prime d'excellence scientifique, 2009-2012): si les femmes l'ont moins (29% de femmes MCF bénéficiaires, 20% de femmes PU bénéficiaires) c'est avant tout parce qu'elles la demandent moins (32% de candidatures de femmes MCF, 21.5% de candidatures de femmes PU).

Pour conclure, j'ai l'impression (peut-être fausse) que cette règle de parité ne répond pas vraiment aux problèmes posés au niveau du recrutement. Peut-être qu'elle répond à d'autres problèmes (par exemple, améliorer l'implication des femmes dans les instances décisionnelles) ?. Je constate aussi que le phénomène d'auto-censure semble s'atténuer ces 10 dernières années et donc la proportion de femmes accédant à des postes de rang A a largement augmenté. Je pose une question naïve: y a-t-il eu des actions menées (et si oui, lesquelles précisément) ou cette correction de la communauté s'est-elle faite "naturellement"?

 

 

Note:

Je remercie vivement @chtruchet, que ces questions intéressent beaucoup et qui a accepté de relire avec bienveillance mon texte bien qu’elle ne partage pas une bonne partie de l’analyse.

Je tiens également à citer deux-trois remarques très intéressantes qu’elle m’a faites, et auxquelles je n’avais pas songé (et qui sont largement susceptibles de faire évoluer mon opinion sur le bien-fondé de cette nouvelle règle même si par principe, après quelques années de pratique, je serais plutôt pour la suppression de toute règle administrative dans l’ESR):

« - un nombre non négligeable de femmes dans un COS agit comme une garantie. Garantie d'une part, côté jury, qu'il n'y ait pas de remarques ou questions déplacées (ça existe, ou du moins ça a existé les : « vous allez faire des enfants? » Ou "là on a le choix entre elle et lui, on va prendre lui comme ça on est sûr qu'il nous emmerdera pas avec ses maternités"). Garantie côté candidat que tu te retrouves pas avec une nana devant 12 mecs, situation inconfortable s'il en est. Même si les 12 mecs sont irréprochables d'ailleurs : ça, la candidate, elle ne peut pas le savoir !

- Que ce soit les femmes qui ne veulent pas monter, ou les hommes qui les éliminent, peu importe en réalité : dans tous les cas, c'est un pb de RH. Pour devenir clean, la première chose à faire est d'éliminer les biais faciles (ensuite, c'est compliqué, on réfléchit). Un biais énorme est de laisser le recrutement à un seul sexe***. On ne sait pas dans quel mesure il pèse, mais c'est de toute façon pas sain. Donc, je pense qu'il faut l'éliminer même sans forcément en attendre la révolution. […] Car évidemment, ça ne suffit pas. Il faut l'intégrer dans une politique plus générale, ce qui est maintenant le cas dans la majorité des Universités.

- être dans un COS, ça donne un vrai pouvoir. Une fois que tu y es, tu sièges, tu votes, tu pèses. Si tu fais bien le job, en plus, ça te donne un énorme carnet d'adresses. […] C’est quand même un vrai plus je pense. »****

 

 

* on me dit qu’il existe un « indicateur d’avantage masculin », et qu’on peut m’envoyer de la documentation dessus. Je la lirai.

** ici les analyses divergent : on me dit parfois qu’il faut regarder le problème « général », ce que j’ai fait ici, et parfois le problème « section par section » (ce que j’avais vaguement essayé de faire sur Twitter, sans pousser trop loin, car c’est long et un rien fastidieux). Cela dit, à l’occasion, je regarderai les données de quelques sections bien choisies dans le genre de la 63ème, je pense qu’elles se trouvent sans problèmes.

*** ou plutôt « la possibilité de » (ne pas imposer de critère de mixité ne signifie pas forcément que le comité sera non paritaire) (NdeMix)

**** pour le dire plus clairement, il s'agit d'activités qui, de façon générale, sans être fondamentales, sont de potentiels "accélérateurs de carrière" ou en tout cas "valorisables" dans un dossier PU (case "responsabilités administratives et activités collectives" + "reconnaissance de la communauté"). Cela peut donc jouer favorablement selon un type "positive feedback" (NdeMix)

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 09:30

Question qui agite beaucoup sur Twitter ou sur Gaia, le salaire (ou plutôt traitement) des enseignants-chercheurs; notamment dès que l'on compare à ce que gagnent les profs de CPGE.

 

Je laisse à d'autres le soin de faire le petit calcul "moyen" pour les profs de CPGE (encore qu'il faudrait peut-être le faire pour les agrégés), mais je vais ici exposer quelques éléments concernant les enseignants-chercheurs.

 

La durée moyenne de la thèse est de 4 ans. A ce stade, si la personne a eu une scolarité normale, elle soutient donc à 27 ans. 

L'âge moyen de recrutement est 34 ans (31.5 ans pour les sciences exactes).

Suite aux réformes de 2009 concernant le reclassement, l'échelon d'entrée est l'échelon 4 (maximum de départ, et si les 4 ans de thèse + les 6 ou 7 ans suivantes sont des activités d'enseignement et de recherche et peuvent donc être comptabilisées à hauteur de 6 ans et 8 mois, soit la durée des échelons 1 à 3).

 

L'âge moyen de l'enseignant-chercheur est 47 ans. 

 

L'âge moyen de passage PU est 44 ans. On compte 1/3 de PU pour 2/3 de MCF. En considérant que, à 47 ans, une bonne part des MCF qui ne sont pas passés PU sont MCF hors classe, on va considérer pour le salaire moyen la moyenne entre MCF classe normale et MCF hors classe/PU 2ème classe.

 

A 47 ans, le MCF classe normale gagne 2976€ net. Le PU/MCF Hc gagne 3120€ net, soit une moyenne à 3050.

 

A cela il faut rajouter une indemnité de résidence, qui oscille entre 0 et 3% du traitement brut, soit en gros 100€ net, prenons donc 50 comme moyenne.

 

A cela il faut rajouter un supplément familial de traitement, environ 110€ net pour 2 enfants. 

 

A cela il faut rajouter une prime d'enseignement supérieur, que touchent tous les enseignants-chercheurs, et qui compte pour environ 90€ net/mois. 

 

Ensuite, la PEDR concerne environ 15% des enseignants-chercheurs, son montant varie beaucoup mais fixons le à 6000€ brut (celui des PU "normaux" et des MCF "majorés"), ce qui, moyenné sur toute la population, rajoute 60€ net/mois. 

 

Enfin, les heures complémentaires, moyennées sur toute la population, représentent environ 15% d'un service par enseignant-chercheur, soit 25 à 30HED, à 38€ net l'HED, soit 80€ net/mois.

 

Au total, 

 

3050+50+110+90+60+80 = 3450€ net mensuels pour un enseignant-chercheur "moyen" (d'âge moyen, à la carrière moyenne etc). 

 

Pour les sciences exactes seules, où les carrières sont un peu accélérées, rajoutez typiquement 150€ net mensuels. 

 

Amis agrégés, à vos chiffres.

 

-----------------

Sources:

http://laviedemix.over-blog.com/article-reclassement-64739328.html

http://caillaud.blogspot.fr/2009/11/salaire-et-traitement-des-enseignants.html

http://www.fonction-publique.gouv.fr/indemnites-de-residence-et-supplement-familial-de-traitement

http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/statistiques/13/4/Prime_d_encadrement_doctoral_et_de_recherche_2014_412134.pdf

http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/statistiques/09/8/Origine2014_FINAL2_395098.pdf

https://www.univ-lille3.fr/drh/votre-carriere/remuneration/primes/

http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr//file/statistiques/90/2/bilan_social_superieur_2014_435902.pdf

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 11:07

Une petite réflexion un rien désabusée en revenant de vacances.

 

Il est de bon ton de taper sur les enseignants-chercheurs vénaux qui ont abandonné la recherche pour se consacrer à l'enseignement, profitant de ce système étrange faisant qu'il est possible de se faire payer des heures complémentaires (d'enseignement) sur le service "normal" qu'on ne fait pas ou plus (la recherche).

Je ne vais même pas m'étendre sur certains problèmes inhérents à la fonction, et surtout sur la rigidité de la "fiche de poste", présupposant que l'on fait le même travail dans une école d'ingénieur où les enseignants ont 40h de service annuel et des labos richement dotés, et un IUT où tous les enseignants sont en double service avec 0 moyens pour la recherche.

 

Je voudrais ici plutôt stigmatiser l'évolution actuelle en France et prendre un cas lambda, le mien. Je suis dans un labo correct (difficile à définir, mais de taille raisonnable, bien évalué mais pas excellement par l'AERES ou sa nouvelle mouture, quelques chercheurs réputés nationalement, pas de "star" internationale), niveau enseignement je fais mes 192h plus de 10 à 50 heures complémentaires bon an mal an (dont un bon nombre en jurys ou autres "responsabilités pédagogiques" moins contraignantes que des cours magistraux). Je pense que c'est assez représentatif, ni "privilégié" ni "France d'en bas".

 

J'ai eu la chance d'avoir une ANR blanche lors de ma 1ère année (elle finit dans quelques mois). L'année d'après, une bourse permettant de mettre en place une cotutelle et de payer un étudiant américain pour venir travailler un an avec moi dans le cadre de son PhD. De façon non formelle, je me suis retrouvé également actif dans 2 ou 3 projets obtenus par les 2 collègues de l'équipe.

 

L'an dernier, les 2 ANR dans lesquelles j'étais impliqué n'ont pas été retenues. J'ai également reçu un avis négatif pour un appel à projets jeune chercheur local, ainsi que pour une nouvelle demande de bourse d'échange d'un étudiant américain.

J'ai quand même obtenu un contrat doctoral, après pas mal de négociations (en gros, nous avons du "partager" un sujet de thèse à partir de deux très différents, avec un collègue...). Mes collègues de l'équipe ont obtenu un FUI: hyper industriel, mais bon, ça fait toujours une petite poire pour la soif pour des congrès ou le maintien de quelques équipements.

Cette année, 2 nouveaux sujets ANR rejetés (dont 1 où j'étais porteur). Encore un échec pour un dossier de partenariat international. J'attends sans beaucoup d'espoir la réponse pour l'appel à projet jeune chercheur. Pas plus de succès chez mes deux collègues.

Certains projets méritent sans doute plus de réflexion ou peut-être même manquent d'intérêt, mais d'autres ont été extrêmement bien évalués et malgré tout non financés.

Bref, en ce moment j'ai deux thésards co-encadrés financés. Il me reste environ 20k€ sur l'ANR, à écouler dans les 6 mois. Ensuite, plus rien, en propre, niveau fonctionnement ou équipement. Le fonctionnement mutualiste avec les collègues permettra de vivoter un an ou deux, de finir les thèses. Et après?

 

Bon an mal an, je publie mes deux ou trois papiers par an. C'est pas de la "paradigm shift" science, mais je pense que c'est honorable, que les papiers sont globalement lus par la communauté. Quand je suis évalué par le CNU, on m'explique que je suis nul ou médiocre au mieux.

On m'explique qu'il faut aller voir à l'Europe, mais mon CV étant jugé médiocre à l'échelle nationale, comment peut-il être suffisant à l'échelle européenne?

 

Alors, franchement, combien de temps vais-je accepter de passer pour un gland de tous les côtés? Quand est-ce que je vais finir par me dire que le jeu de dupes, ça fait chier, et que, si je n'ai pas le courage de me barrer, autant au moins prendre le peu de pognon que je peux ramasser? Parce que franchement, les collègues (et parfois même le Ministère directement) qui te tannent pour te refiler des cours, des trucs administratifs, des évaluations de machins divers, le tout payé en sus, ce n'est pas ce qui manque. Et comme ça peut monter à ~10k€ annuels en plus sur la fiche de paye sans trop d'efforts...

 

 

Plutôt que de blâmer les collègues qui n'ont pas la chance d'être "excellents" ou jugés tels de faire un choix qui apparait de plus en plus raisonnable, il faudrait sans doute s'interroger sur ce système si décourageant. Ce n'est certainement pas ce gouvernement qui s'y penchera: beaucoup trop terre-à-terre quand on est dans la stratosphère.

 

On peut parfois céder à la tentation complotiste et se demander si tout cela n'est pas voulu, pour créer deux corps de métier différents, l'un dédié à la recherche (d'excellence uniquement), l'autre aux sombres tâches et à l'enseignement, avec un ration d'environ 20% pour 80%, le tout couplé à une transformation du paysage universitaire, avec une dizaine de pôles d'excellence axés sur la recherche et le reste basé sur le modèle des "college" américains (délivrance des licences majoritairement). Mais la vérité, je pense, est plus prosaïque: les politiques se foutent complètement de l'enseignement supérieur et de la recherche, le bateau vogue on ne sait où et tout le monde s'affaire dans son petit coin pour faire tourner la machine comme il peut sans aucune vision. Il se trouve juste que c'est vers la qu'on se dirige, mais ça pourrait aussi bien être ailleurs (on appelle ça Hanlon's razor).

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 17:39

Il faudrait que j'en fasse un article plus creusé, notamment mieux expliquer en quoi cela consiste puisque cela semble assez mal connu (ne vous fustigez pas: moi-même, pur produit "formaté initial", j'ignorais à peu près tout sur le sujet avant d'enseigner, depuis 5 ans, pour partie à ce public dans le cadre de mes enseignements), mais permettez-moi de reprendre ma série de tweets d'hier, car je souhaiterais que la formation continue (autrement dit la reprise d'études par les salariés, conduisant à un diplôme - par opposition à la formation courte même certifiante, dans le cadre du droit individuel à la formation ou DIF), soit plus publicisée.

C'est vraiment un processus auquel je crois, qui me semble l'un des derniers favorisant vraiment, encore, l'"ascenseur social". Hélas, je suis pessimiste, je pense qu'au lieu de se développer, il est plutôt en perte de vitesse, en tout cas pour les sciences de l'ingénieur (comprenez, ça rapporte pas, faut tout miser sur l'apprentissage, enfin c'est ce qu'on nous dit...)

 

 

 

Et, même au sein des enseignants-chercheurs, je trouve étrange que, lorsqu'on parle de "2ème chance" pour les étudiants, on n'évoque jamais la formation continue.

Exemple symptomatique: le débat en cours chez Gaia, où mon commentaire sur le sujet a été complètement ignoré, à part une brève réponse de FBLR, dont je sais qu'il s'y intéresse aussi (mais, visiblement, nous sommes les seuls).

J'en déduis que tout le monde s'en fout, ou que personne ne connaît. Dans les deux cas, il y a un effort de communication à faire, donc, à ma petite mesure, voila déjà un article.  

 

 

 

 

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 11:32

Parce que j'aime me faire du mal, je suis sur Twitter des membres de l'UNEF. Je ne vais pas revenir sur ce que je pense de ce syndicat et de sa représentativité, je pense que cela rejoint l'avis de beaucoup de mes collègues, même ceux que l'on qualifierait de gauche, progressistes, tout ce que vous voulez.

 

Bref, hier, c'était visiblement leur congrès annuel, qui permet surtout aux membres de leur bureau de rencontrer des responsables socialistes, parce qu'il faut bien se trouver un point de chute, quand, au bout de 9 ans d'études supérieures, on n'a toujours pas validé un master.

 

 

 

Au cours de ce raout, un responsable politique, C. Clergeau, a affirmé "L'élévation du niveau de formation est la clé du développement humain".

J'ai réagi en expliquant que je trouvais cette assertion bien péremptoire, j'aurais pu m'auto-citer aussi ainsi:

 

 

Or, on me répond "ce n'est pas comme si c'était sujet à controverse".

 

Pourtant, pour moi, ça n'a rien d'une évidence. De même, que, par exemple, bien que je ne sois aucunement spécialiste, affirmer qu'un modèle économique basé sur la croissance est la seule alternative, ou que le progrès technologique est la clé du progrès social. J'ai l'impression qu'on est plutôt dans la pensée positive, ou dans la réponse simple et naïve à un problème complexe.

 

Alors j'ai essayé de regarder quelques données, parce que c'est bien de se bra*** la nouille, mais au bout d'un moment, faut discuter sur des faits, ou au moins des représentations partielles de ces faits. 

J'en ai tiré un graphe, que voici.

Sources: Ici et la (la représentation des données de la 2ème source de cette façon est un peu audacieuse mais je pense qu'au premier ordre, ce n'est pas trop faux).

 

La confirmation de l'hypothèse de départ ne me saute pas aux yeux... Vous me direz, que, en regardant le taux de chômage, je suis resté assez terre-à-terre face à la dimension philosophique de la tirade. Et qu'en ne m'intéressant qu'à la France, je rate l'aspect universaliste et ne m'intéresse pas aux pays en développement pour lesquels le raisonnement est sans doute bien différent... Mais bon, à ce stade, on peut aussi dire, à la Florent Brunel, que la guerre c'est (généralement) pas bien.

Plus prosaïquement, le raisonnement de l'UNEF concernant l'enseignement supérieur français, qui selon moi est un sophisme, est le suivant: les diplômés bac+5 sont moins au chômage et ont des métiers plus stimulants et mieux rémunérés que les diplômés bac+2 ou 3. La sélection à la fin de la troisième année ou à tout autre moment est donc une injustice. Au contraire, si tous ceux qui le souhaitent peuvent aller en master et l'obtenir, notre beau pays ne comptera plus que des cadres riches et épanouis.

 

Diplôme = connaissance = emploi = progrès ?

Cela dit, quelques mots d'explication sur le graphe. J'ai commencé en 83 parce que j'ai voulu essayer de regarder ce qu'il se passe dans un contexte de "chômage de masse", dont on peut, je pense, qualifier l'apparition en France au début des années 80.

Je me suis intéressé à des périodes de 5 ans pour pouvoir comparer plus facilement entre elles les données.

Sur la période 83-2012, le taux de chômage global (moyenné sur périodes de 5 ans) a finalement assez peu varié (passage de 7 à 8.5%, pointe à 9).

Dans cette même période, le taux de chômage des jeunes a progressé 20% plus vite, de 14 à 20%.

Pendant ce temps là, le taux de diplômés du supérieur doublait, de 20 à 40%.

Ca me semble assez parlant: on voit plutôt l'inverse de ce qu'on aimerait voir.

 

Je n'ai pas les moyens ni le temps de pousser plus loin... il serait intéressant de regarder le taux d'emploi sous-qualifié (mais je ne pense pas que ces données existent). Je ne sais pas si on peut prendre en compte l'effet de la crise économique ou ce genre de choses, comme la désindustrialisation ou l'automatisation etc.

 

Ce que l'on peut dire de plus, en utilisant ces données de l'INSEE et ce rapport ESR (p.48), c'est:

1. qu'il y a effectivement de grosses différences en termes d'emploi, tout au long de la carrière, entre les gens niveau bac ou moins et ceux diplômés du supérieur. Un diplôme du supérieur conduit à un taux de chômage "initial" (après son obtention) typiquement deux fois plus faible que la moyenne de la classe d'âge (autour de 10%), quand les non diplômés sont à 25 voire 50% (pour ceux qui n'ont pas de diplôme du secondaire non plus).

2. mais que la différence est, en moyenne, inexistante entre filières courtes (bac+2), longues (bac+5), ou très longues (bac+8). D'ailleurs, le ratio études supérieures longues versus courtes a assez peu évolué (autour de 1.5x plus de diplômes "longs", augmentation vers 1.8 ces dix dernières années, qui demandent je pense à être confirmées). 

Bien sûr, c'est un indicateur limité, dans la mesure ou, en situation d'emploi, il ne préjuge pas de la qualité de l'emploi en question, ou même de son adéquation avec le diplôme obtenu... 

Mais il y a largement plus de différences inter-disciplinaires, ou entre master et diplôme d'ingénieur, par exemple, que lorsque l'on regarde ces chiffres globaux.

Bref, pas franchement de confirmation évidente non plus que "formation supérieure plus longue" = "vie professionnelle meilleure".

 

Ce que l'on ressent sur le terrain, c'est plutôt qu'une absence totale de sélection (celle à l'entrée M2 est encore préservée, sous réserves, mais pour combien de temps?) ainsi qu'une multiplication des compensations et des recours possibles pour valider conduisent plutôt nécessairement à une diminution du socle de connaissances minimal qu'un diplôme donné est censé représenter. Et qu'il s'ensuit une course à l'échalotte, à savoir qu'un employeur demandera un bac+5 là où il prenait un bac+3 auparavant, etc. 

Bref, on nous demande aujourd'hui, sans moyens, d'accueillir de plus en plus de monde et surtout on exige quasiment que tous en sortent diplômés. L'échec étant nécessairement le fait des enseignants. Les "privilégiés" (sociaux ou culturels) continueront, je le crains, à soigneusement éviter l'Université, et aller n'importe ou ailleurs, parfois même sur des formations courtes (un certain nombre d'IUT recrutent aujourd'hui des mentions bac uniquement, et les emplois en sortie sont nombreux et intéressants, à mon sens...)

 

 

 

Les commentaires sont les bienvenus, surtout ceux qui démonteraient cette pseudo-analyse: je ne demande qu'à changer d'avis. Les sources également, j'imagine qu'un tas de gens plus intelligents que moi ont conscré beaucoup plus de temps à ces questions (mais factuelles les sources hein, pas du blabla).

 

 

Remarque: On me dit que la tranche des 20-24 ans n'est pas pertinente puisque les 20-24 ans étant souvent étudiants, ils ne sont pas au chômage (et réciproquement). Je m'étais fait la remarque, même si a priori on finit un master à 23 ans (et un BTS/DUT à 20), mais on ne trouve pas facilement les statistiques par tranche d'âge de 5 ans (en gros, c'est souvent 25-49 ans). 

J'ai fini par trouver une courbe ici. En "extrayant à la main" les données (c'est un peu moche mais bon, ça ira pour ce que je veux dire), je trouve que pour les 15-29 ans, le taux de chômage "moyenné sur 5 ans" n'a pas bougé entre 1983 et 2010 (on passe de 17.8% à 18%, avec une petite baisse à 15% à la fin des années 1980-début des années 90).

Encore une fois, pendant ce temps là, le taux de diplômés du supérieur à doublé.

On peut aboutir à la même conclusion en regardant uniquement les 25-29 ans, pour lequel on a un taux de chômage de l'ordre de 11-12% depuis le milieu des années 90 (et 9-10% avant).

Peut-être après tout, que la conclusion est du genre "c'est pas plus mal que si c'était pire" (un peu comme ceux qui justifient le CIR en disant que sans, les grands groupes auraient encore plus licencié de chercheurs), mais personnellement ça m'excite moyen.

 

Précision: Que l'on me comprenne bien, je ne défends pas de thèse ici, je ne suis simplement pas convaincu que l'élévation du niveau de formation, ou plutôt l'augmentation généralisée du nombre d'années d'études, soit forcément une solution pour l'emploi des jeunes. Parce que, vu du terrain, ce n'est pas l'impression générale. Il faut se méfier de ces impressions, mais je n'aime pas que l'on balance comme des évidences des choses qui ne le sont, selon moi, pas. Donc j'essaye de trouver des arguments. Ici, ils sont plutôt "contre", mais je suis conscient 1. des limites de mon argumentaire 2. de mes limites en analyse statistique de données. En fait, je serais même très content que l'on me prouve que ce que je raconte est faux.

 

 

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