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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 10:22

Suite à mon "brûlot" consécutif à une dépression post-correction de copies*, dans lequel je m'insurgeais contre l'inculture scientifique de futurs ingénieurs, on m'a opposé quelques arguments.

 

Le principal étant, en gros, qu'on ne peut pas tout retenir, et que comme ça (en prenant l'exemple de la surface d'un disque) ne leur servira à rien dans leur métier/vie futur(e), ce n'est pas si grave s'ils oublient (ou même ne l'ont jamais su).

 

Certes.

 

Je répondrai uniquement deux choses:

 

- Dans ce cas là, il ne faut pas s'offusquer des commentaires du style de ceux de N. Sarkozy qui trouvait idiot de proposer des questions de littérature aux concours d'entrée dans l'administration publique.

« L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur “La Princesse de Clèves”. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de “La Princesse de Clèves”... Imaginez un peu le spectacle ! »

Au contraire, il faut appeler de ses voeux les fameux "Master McDo" où un jeune n'est formé QU'en vue de son futur job. Finis les idéaux civilisateurs de l'"enseignement", on choisit l'ère de l'"apprentissage" pur et dur.

 

- Plus généralement, le fait de ne pas comprendre des concepts simples comme la notion d'ordre de grandeur ou de modèle, et de ne pas maîtriser les opérations mathématiques de base me semble préjudiciable pour analyser n'importe quelle idée politique, économique, et sociale. Même si on se targue d'être cultivé parce qu'on a eu une formation littéraire.

Quand on ne sait pas faire une addition, qu'on ne comprend pas ce qu'est un pourcentage, comment peut-on déterminer si une proposition est simplement cohérente et qu'on n'est pas en train de vous enfumer? 

Quand, à la fin de son cursus scolaire, on n'a toujours aucun recul sur ce qui a été enseigné 15 ou 20 ans auparavant (plus grave selon moi que de ne pas se souvenir d'une notion de base: être incapable de la retrouver en posant un problème simple), comment peut-on espérer avoir une perception claire de notions extrêmement plus complexes auxquelles on sera confronté au quotidien comme dans la vie professionnelle?

Je pense qu'on est alors clairement à la merci des idéologies**.

 

 

 

 

* ça ne s'est pas amélioré deux jours plus tard, en regardant le journal de 20 heures: on demandait à des élèves de prépa scientifique de résoudre à brûle-pourpoint un problème de CM2. "10 objets coûtent 22 euros, combient coûtent 15 de ces objets?". Pas un (sur une dizaine) n'a donné la bonne réponse. Ca n'a évidemment rien de représentatif (on ne sait pas combien de personnes ils ont interrogé, on ne sait pas quelles "coupes au montage" ont été faites etc), mais ça m'a quand même fichu un coup, deux jours après mes temps de refroidissement de saladiers en plastique de 1000 heures...

 

Le ministre de l'Education Nationale n'était pas capable de faire le calcul non plus: du coup, on peut se demander si les politiciens sont vraiment conscients des énormités de chiffrage qu'ils énoncent parfois, ou du fait qu'ils comparent souvent "oranges and apples"... je ne sais pas ce qui serait le plus inquiétant entre "malhonnête" et "incompétent" (copyright Lagardère), finalement.

 

 

 

** Loin de moi la prétention d'affirmer qu'on peut comprendre la macroéconomie, la crise des subprimes ou le déficit de la France simplement parce qu'on a des bases de calcul.

Par contre, comprendre que, par exemple, proposer une économie de tant quand il faudrait trouver 1000 fois plus, c'est bien mais pas suffisant, et donc probablement plutôt pour faire plaisir aux électeurs à peu de frais que dans un réel but d'amélioration, c'est intéressant (cas de la taxation supplémentaire des plus hauts revenus récemment, par exemple).

Ou alors, autre exemple, être conscient que Jacques Attali est à l'économie ce que Pierre Ménès est au football peut faciliter l'utilisation de la télécommande.

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 10:24

Rien de tel pour finir l'année en beauté que la correction de copies.

 

Ca fait plus de 2000 ans que les vieux ou les moins jeunes clament que les jeunes sont de plus en plus nuls, donc soit l'humanité décline depuis ce temps là, soit mes conclusions n'ont que peu de valeur.

 

Mais tout de même, tout ce qui va suivre a été "produit" par des élèves ingénieurs en alternance à 1 an de leur diplôme, donc à bac+4. Ce sont des scientifiques, spécialisés en génie mécanique. Certes, on n'a pas affaire à des polytechniciens, mais tout de même, j'ai parfois l'impression que c'est grave et l'envie de chialer.

 

- Nous avons vu passer plusieurs copies où la surface d'un cercle vaut 2Pi*r ou Pi*d2 (au moins cette dernière formule est homogène). Ou alors où la Force est une Pression divisée par une Surface.

 

- Avant l'examen, j'entends un élève demander à un autre en quoi s'exprime une masse volumique: la question n'est pas de savoir si on l'exprime en kg/m3, en g/L ou en stones/pints. Elle est selon moi symptomatique d'une incompréhension de la langue française même, à un stade où on pourrait supposer que l'élève commence à avoir un peu de recul: masse volumique, ça veut bien dire, étymologiquement, "la masse d'une unité de volume quelconque", non? Et donc, même en supposant qu'un scientifique peut ignorer ce qu'est une masse volumique, on pourrait penser qu'il est capable de le retrouver avec un minimum de "bon sens".

 

- On ne compte pas les élèves à qui mon collègue avait dit "il y aura un exo de ce genre à l'examen", qui ont recopié le corrigé dans leur calculette* et l'ont restitué tel quel mot pour mot.

Oui, sans même adapter aux données du problème (changer les dimensions de la pièce qu'on étudiait, par exemple).

 

- On ne compte plus non plus les graphes sans légende, les axes non nommés, les résultats sans unités.

Plus grave, l'incapacité à tracer un graphe dont un axe va de 0 à 100 avec des intervalles constants entre dizaines...

Plus grave encore, les résultats absurdes sans autre forme de procès (refroidissement d'une pièce en production à la chaîne de 1000h, taille d'une molécule de 0.01 angströms, etc). 

 

 - "Elles se develloppe rappidement. Dès qu'elles se rencontre elle stopent leur develloppement"

Ecrit au traitement de texte: sans parler de la pauvreté stylistique (on n'en est plus là), visiblement le correcteur orthographique était off. Dire qu'à l'époque mon prof de français-philo nous mettait un point de moins pour cinq fautes (l'absence de point à la fin de la deuxième phrase et les absences d'accent à "develloppe" auraient compté, j'arrive donc à une douzaine de fautes pour treize mots). 

 

- Un élève m'a demandé s'il avait besoin d'une feuille pour l'examen. "Oui, et d'un cerveau stylo aussi".

 

- Le même, en TP, prenait en photo sur son iPhone ce que j'écrivais au tableau pour éviter d'avoir à sortir une feuille. Il m'avait aussi demandé mon mail le jour de l'examen (le dit mail étant écrit en gros sur la première page du polycopié...).

 

- Un autre s'est endormi pendant l'examen (une première en ce qui me concerne).

 

 

Ce qui est un peu tragique c'est que:

J'essaye de faire un cours sans trop de données mais pour faire comprendre avec les mains ce qu'est un polymère: ils s'en foutent et ne comprennent rien.

On pourrait alors se dire que le cours plus factuel de mon collègue, où on peut/doit bachoter et où il n'y a pas grand chose à comprendre va mieux leur convenir: nada.

On pourrait conclure que la "chimie" les emmerde (même s'il y a une large partie procédés/mise en oeuvre) vu qu'ils sont mécaniciens, mais ils sont incapables de calculer une force ou un module d'Young.

On pourrait espérer alors qu'ils sont en alternance, que ce qui leur plaît c'est la manipe, le côté pratique. Que dalle, ils ne manipent même pas bien et ne font aucun effort d'analyse des résultats.**

 

 

Je discutais avec un responsable industriel haut placé qui me disait que selon lui l'alternance, c'était la fausse bonne idée par excellence***. Je manque d'éléments pour généraliser, mais de ma petite chapelle, je ne risque pas de le contredire... 

 

 

 

* amusant que cette technique de gruge, éminemment fastidieuse et pas franchement 2.0, soit toujours aussi prisée.

 

** on a beau douter de ses qualités de pédagogue, de la pertinence de son cours ou de sa structuration bancale, on relativise rapidement face à certaines classes...

 

*** dans l'idée: acquérir un diplôme d'ingénieur par une formation pratique plus que théorique, tout en étant salarié d'une entreprise pendant la durée du cursus (en gros 2000h de cours et 12-15 mois en entreprise contre 3000h de cours et 6 mois en entreprise dans une école "classique").

dans les faits visiblement: connaissances théoriques très faibles des apprentis, et ils ne sont pas forcément beaucoup plus dégourdis que les élèves ingénieurs classiques, car on s'en sert souvent comme "bouche-trou" longue durée sans réelle formation à la vie de l'entreprise ou autre.

En fait, beaucoup de choses reposent sur la qualité du "tuteur entreprise" et de son degré d'investissement. 

 

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 11:27

Je sors juste d'une semaine à plus de 25 heures (HED) d'enseignements. Soit quasiment 15% de mon service annuel (192HED).*

 

Certes, ce n'était pas une semaine très sympa, et en dehors des heures de cours, je n'ai pas accompli grand chose (quand je n'étais pas réduit à l'état de légume devant mon ordinateur, je bossais mes cours...).

 

Mais si l'on imagine que toute mon année s'effectuait à ce rythme là, je serais sur une configuration 2 mois d'enseignement à temps plein, et donc 8 mois de recherche à temps plein (et 2 mois de vacances, soyons fou).

 

Je pense que ça serait pas mal, en terme de productivité scientifique.

 

En effet, en ce qui me concerne, le temps passé sur un cours n'est pas constant: plus j'ai la possibilité d'y consacrer du temps, plus je vais y revenir, le relire, chercher des exercices, etc. Ne serait-ce que parce que c'est plus "facile" que de bouger son cul pour aller rater des manipes. Ainsi, une semaine surchargée, plus que des enseignements diffus, oblige à accepter de passer un temps fini et limité sur chaque cours.

 

C'est donc une piste à suivre: cette année, je ne me suis pas trop mal débrouillé puisque j'ai réussi à caser un gros tiers de mon service en deux mois, et deux tiers dans le premier semestre. Mais il y a moyen de mieux faire.

 

 

 

 

 

 

 

* si seulement tous les contempteurs des enseignants pouvaient passer 15 ou 20 heures face élèves en une semaine une fois dans leur vie, je suis persuadé qu'ils comprendraient bien des choses. Et encore, je n'ai pas -trop- affaire à des populations en plein bouleversement hormonal...

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 11:21

Les directives des responsables de filière alternance sont implacables: un élève en alternance n'est pas un étudiant, c'est un salarié d'une entreprise. Quand il est en cours, il est toujours salarié de l'entreprise, et de ce point de vue, être en retard ou absent est équivalent à rater totalement ou partiellement une journée de travail. Les absences doivent donc être soigneusement justifiées, et nous enseignants, sommes sommés d'être intransigeants sur les retards.*

 

Oui, mais comment être crédible quand il est de facto impossible de commencer un cours à l'heure?

 

Exemple typique:

Quand je passe voir la secrétaire à 8h pour mon cours qui commence à 8h15, elle me dit qu'elle n'a pas encore récupéré l'ordinateur que j'ai réservé une semaine à l'avance et qu'elle me l'apportera.

Quand j'arrive devant ma salle à 8h05, celle-ci est fermée à clef. L'appariteur arrive la bouche en coeur à 8h14 en me sortant les mêmes pipots que les élèves (je croyais que la salle était ouverte, mon train a eu du retard**, etc). La secrétaire m'apporte l'ordi à 8h20.

Le temps que je branche tout, si tout se passe bien, il est 8h25, et je commence à 8h30.

 

Du coup, je ne me sens pas en position de force pour réclamer à celui qui arrive à 8h32 d'aller chercher un billet de retard.

 

 

 

 

* il faut admettre que cette réalité n'est absolument pas ancrée dans l'esprit de la plupart des apprentis. Je ne sais pas comment ils se conduisent en entreprise, mais à l'école ils sont on ne peut plus élèves, avec un comportement plus marqué lycée populaire que ENA.

 

** hormis grèves nationales ou accidents graves de voyageurs qui ne sont tout de même pas si fréquents, je ne suis jamais arrivé en retard à cause des transports en commun. Alors certes, j'ai une pathologie anti-retard et je suis plutôt du genre à prévoir des temps de transport très larges. Mais tout de même, l'excuse quotidienne pour certains du "mon train a eu du retard" me semble un peu fallacieuse, quelle que soit la réalité des difficultés de la RATP et de la SNCF.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 14:42

Je viens de me rendre compte que, dans le cadre de certaines formations spécifiques proposées dans mon établissement, la rémunération des intervenants externes (EC ou C d'autres établissements, ou industriels) prend en compte des heures de préparation, ce qui n'est pas le cas pour les personnels internes (EC, C, IR ou IE).

 

Exemple: pour un cours de 3h, ma rémunération est calculée sur la base de 3h de cours magistral (soit 4.5 HED, 185 euros brut), que je peux faire passer dans mon service statutaire ou en HC.

Pour ce même cours, un collègue Maître de Conférences en poste ailleurs sera payé en vacations via une autorisation de cumul, sur la base de 3h de cours magistral + 2h de préparation, soit 7.5HED (305 euros brut).

De même pour un salarié du privé (sans l'autorisation de cumul).

 

On m'explique (je ne sais pas si c'est la raison "officielle", je ne sais pas s'il y en a une) que c'est pour parvenir à faire venir des intervenants extérieurs de qualité, qui ne se déplaceraient pas une demi-journée pour 185 euros.

 

Certes, mais pourquoi les personnels de l'établissement sont-ils alors considérés différement?

Parce qu'on est sur place, parce qu'on ne prépare pas, parce qu'on est nul?

Je trouve ça un peu court... *     **

 

 

 

Rappelons que les heures de préparations sont normalement déjà comptées dans le calcul savant qui détermine le paiement d'un enseignant-chercheur, et le nombre d'heures de cours qu'il doit assurer dans une année:

à raison de trois heures de préparation pour une heure face aux élèves en équivalent TD, on arrive sur l'année à (3+1)*192 h = 768h.

En considérant une activité 50% recherche - 50% enseignement, on arrive à un temps de travail sur l'année de 768h*2 = 1536 h.

Si on divise par 35h de travail hebdomadaire (durée légale du temps de travail, différent du temps réel passé sur le temps de travail, lui-même parfois différent du temps effectif de travail, mais ça n'est pas la question ici), on arrive à 44 semaines de travail, et donc 8 semaines de congé, le compte est bon à quelques pouièmes près.

 

Rappelons aussi qu'un EC en milieu de carrière, à l'échelon 4, a un traitement de 2900 euros brut/mois (je ne compte pas les primes pour le calcul).

Si on ramène ça au salaire "enseignement", on a donc 1450 euros/mois. Soit, avec un taux d'enseignement mensuel de 192h/12 = 16 h, 90 euros brut/ heure de cours équivalent TD.  

Soit plus de deux fois le prix de l'heure de cours payée en heure complémentaire (41 euros /brut)...

 

Si quelqu'un a des explications raisonnables... pour moi c'est un peu la quadrature du cercle.

 

 

 

* il me faut aussi reconnaître que dans le cadre de ces formations, l'organisation pédagogique est prise en compte (et plutôt bien).

 

** c'est encore pire pour les IR et IE de l'établissement, qui eux aussi se font payer en vacations (puisqu'ils n'ont pas de charge d'enseignement). Pour une raison qui m'échappe, ils ne peuvent être rémunérés que s'ils abandonnent l'équivalent en RTT des heures données (bon, vu qu'ils ont 45 jours + 13 jours RTT, à leur place, je n'hésiterais pas à lâcher 5 jours contre 1500 euros).

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 09:32

François Fillon expliquait récemment, au sujet de l'Education Nationale, qu'on peut faire mieux avec moins (budget et nombre d'enseignants en baisse).

 

On peut admirer une certaine constance dans le propos dès qu'il touche à la fonction publique, reflet d'une idéologie libérale bien assimilée plus que d'une quelconque étude sérieuse.

Encore que, si j'ai bien compris, un libéral, pas un démagogue, dirait plutôt "l'Etat ne sert pas à grand chose, il doit faire peu avec beaucoup moins".

 

 

Illustrons ce propos par une petite anecdote: je ne prétends pas que c'est une vérité générale, mais elle décrit la réalité "du terrain".

 

 

Il y avait une petite structure indépendante qui proposait au sein d'un établissement d'enseignement supérieur des formations hors cursus (professionnelles), qui fonctionnait bien, et dégageait pas mal de bénéfices (~50-100000 euros annuels pour un budget global de 600000 euros)*.

 

Après quelques années et suite à la restructuration globale de l'établissement, il a été décrété qu'on ne pouvait pas continuer comme ça: gestion qu'on disait opaque, prix des formations établis avec une bonne dose de pifomètre, intervenants extérieurs surpayés, personnels accumulant les heures complémentaires au détriment de leur "mission quotidienne", offre pas assez globale, etc.

Il y avait donc pas mal de bonnes raisons pour rattacher plus concrètement cette structure à l'établissement: rationalisation de l'offre et des budgets, meilleur contrôle de l'activité des personnels, etc. 

Et quelques mauvaises aussi: notamment, un certain nombre de mandarins locaux désireux de s'accaparer le succès du truc, et les gestionnaires qui eux lorgnaient sur le fric dégagé pour combler les déficits d'autres services.

 

Aussitôt dit, aussitôt fait: ceux qui pilotaient de loin la structure ont été relégués à des titres honorifiques de "conseillers", la secrétaire qui de facto s'occupait de tout et a fait valoir ses droits à la retraite a été remplacée par un "responsable" parachuté là. Ce responsable, fort de sa maîtrise des gestions humaines, ne s'est pas embarrassé de connaissances inutiles sur les spécificités de la structure, et a réussi en moins de six mois à ce que l'agent comptable et une secrétaire pédagogique obtiennent leur mutation.

Aujourd'hui, pour faire tourner la boutique, il n'y a plus que le responsable, une secrétaire en CDD payée 10 mois sur 12, et un stagiaire. Ces trois personnes, contre 5 auparavant qui avaient toutes plusieurs années de pratique sur ces postes, n'étaient pas là il y a 1 an.

La comptabilité a été externalisée sur d'autres services de l'établissement, et il y a désormais un fameux fichier excel qui permet de déterminer le juste prix du stage et son seuil de rentabilité sans lequel il est devenu impossible de discuter. 

 

Entre temps, l'offre des formations a été doublée, puisque généralisée à l'établissement entier.

 

 

Pour l'instant, le résultat n'est pas probant:

- Plusieurs intervenants extérieurs se plaignent de ne pas avoir été payés de leurs interventions de l'an dernier, et refusent désormais d'intervenir.

- Les stages se télescopent, ce qui crée des problèmes logistiques (pas assez de salles, de matériel, de personnel, etc). En tant que responsable scientifique d'une formation, j'ai du aller chercher la pause café moi-même car personne ne pouvait s'en charger.  

- La secrétaire est complètement paniquée: elle fait ce qu'elle peut, mais elle découvre les choses "sur le tas".

- Les documents se perdent.

- Il n'y a plus d'interlocuteurs au courant des subtilités d'organisation.

- Le prix des stages a augmenté de 10 à 20%.

- On est informé de leur ouverture à la dernière minute: organiser un planning d'une semaine avec des interventions de chercheurs ou MC est alors un véritable casse-tête.

- Les barêmes de rémunération autrefois bien établis ont été remis en cause et sont désormais du domaine du flou total (en gros, l'organisation de stage par un enseignant-chercheur pouvait rentrer dans le service statutaire, il y a de bonnes chances pour que ce soit désormais à l'oeil).

 

A tel point qu'on est allé demandé aux anciens qu'on avait mis sur la touche peu élégamment en évoquant leur probité, de remettre la main à la pâte, en faisant probablement appel à leur "sens civique" ou une variante.

On en a entendu certains gueuler, je crois que je peux comprendre.

 

La direction, comme à chaque fois, explique qu'il y a une période d'adaptation délicate à franchir, mais que le bateau vogue désormais dans la bonne direction.

Il est effectivement trop tôt pour juger, mais on est en droit de douter.

 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, il ne semble évident à personne ayant un quelconque pouvoir décisionnel qu'une structure basée sur deux conceptions parfaitement antinomiques, exerçant d'un côté un contrôle accru, infantilisant et fondé sur la suspicion vis-à-vis de ses personnels, et de l'autre quémandant leur bonne volonté, ne peut pas fonctionner à long terme.

 

 

 

 

* ces bénéfices étaient ensuite reversés (partiellement?) aux labos de l'établissement qui dispensaient/organisaient les formations, pour entretien des machines servant aux démonstrations, achat de matériel, etc.

La aussi, quel sera le prorata reversé dans l'avenir, y en aura-t-il même un?

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 11:29

- Changements de règlements incessants pour s'assurer que personne ne s'y retrouve, même ceux censés les faire appliquer

- Rotations de personnels (ou compressions drastiques) dans les services pour supprimer toute efficacité potentielle

- Deadlines impossibles à tenir pour rentrer dans les budgets

- Paperasses immobilisées des mois durant pour signature, quand elles ne sont pas égarées dans une faille spatiale faisant que plus personne ne sait où ces papiers sont réellement

- Note générale pour interdire tout achat de bureautique jusqu'à nouvel ordre, même sur fonds propres, sauf cas de force majeure après "production de note d'opportunité" et examen d'icelle

- Fermeture de deux semaines du logiciel de commande, pour "mise à jour technique", histoire d'être bien sûr que la note précédente sera respectée

- Appel au sens civique (si, si, textuellement)

 

 

On ne fait pas ce métier pour le blé, ça se saurait.

Mais en ce qui me concerne, je ne suis pas non plus prêt au bénévolat pour sauver le service public en péril.

 

Et qui plus est, perdre des journées entières à essayer (sans succès) de me faire payer ce qui m'est dû (prévu par les textes), tout en m'entendant jouer du pipeau sur le thème du sens civique, des caisses vides et de la patience par des gens qui se planquent dans des bâtiments loués à prix d'or sur l'un des plus grands boulevards de Paris par l'institution, ça me casse les burnes.

Grave.

 

Et j'en fais surtout une question de principe (sommes en jeu: entre 250 et 500 euros net). 

 

"Que dites-vous ?… C'est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile ! "

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostang

 

 

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 12:52

- Je dois me faire payer 4,5 heures sup' (!!) par l'école d'ingénieurs de l'établissement, gérée de façon indépendante.

Pour cela, c'est très simple (!! bis), je dois leur envoyer le justificatif de mes heures inspecté, validé et signé par le directeur du département, puis par le directeur du pôle, pour que tout cela soit inspecté, validé et contresigné par la direction de l'école d'ingénieurs.

Pour pouvoir être payé avant août, il fallait à tout prix envoyer cette fiche à l'école d'ingénieurs avant la dernière semaine de juin.

 

Comme pour les recrutements, voila encore une deadline impossible fixée par des administratifs pour qu'eux puissent bénéficier de 4 semaines pour faire un truc qui prend 4 jours. A moins que ça ne vienne de plus haut, par exemple pour réaliser des prêts à taux zéro sur le dos des enseignants-chercheurs...: parce qu'à cette date, nous, enseignants, devions avoir fini nos activités d'enseignement (qui finissent d'après mon calendrier la dernière semaine de juin), tapé notre fiche selon les critères en vigueur (activité oiseuse qui prend une bonne demi-journée), l'avoir fait valider par la secrétaire à l'oeil de lynx qui remarque toutes les virgules qui ne sont pas exactement au bon endroit, fait signer par le directeur du département qui n'est là que 5 jours par mois, contresigner par le directeur de pôle qui n'est là que 2 jours par mois, puis envoyer par courrier à l'école d'ingénieurs.

 

Et donc, ma fiche est, comme prévu, délicatement posée sur le bureau de la secrétaire du directeur de département depuis plus de trois semaines.

En effet, celle-ci, en vérifiant méticuleusement ma fiche, a constaté une incohérence entre une note de service et un tableau récapitulant la comptabilisation des heures envoyés par la DRH en octobre 2010 (oui, visiblement, personne ne s'est rendu compte de rien depuis).

Plutôt que de risquer la boulette et bien que ce point clé ne concernait que 2 heures sur mes 196 annuelles, elle a courageusement enterré le bébé.

A chaque fois que je l'appelais, elle m'expliquait que c'était la faute de la DRH qui faisait rien qu'à pas lui répondre.

J'ai fini par prendre un peu de mon temps pour y passer moi-même en court-circuitant la secrétaire - partant du principe assez bien vérifié que si des gens ne répondent pas aux mails, ils répondront peut-être au téléphone et encore plus si on ne leur laisse pas le choix et s'incruste dans leur bureau- et réglant ainsi, comme je le subodorais, le "problème" en moins de 10 minutes.

Il m'a fallu plus de temps pour convaincre la susmentionnée secrétaire que bon, maintenant, tout roule et est-ce que ça pourrait avancer s'il te plaît (que j'aie fait le boulot à sa place ne semble bizarrement pas l'avoir réjouie).

 

Mais, de toute façon, le directeur de département n'est pas là jusqu'à la semaine prochaine: quand je parviendrai enfin à envoyer tous ces papelards, il n'y aura plus personne dans les bureaux pendant au bas mot cinq semaines... et l'école d'ingénieurs nous a informé que, quoi qu'il en soit, les heures complémentaires demandées après la fin juin ne seraient pas payées avant au mieux le vote du prochain budget, donc probablement à l'horizon automne-hiver 2011-2012.

 

 

 

- J'ai entièrement retapé le site web du labo cette année. Il a été mis en ligne avec l'aval de l'établissement en avril. Depuis, je reçois, pour je ne sais quelle raison, un courrier par mois de la part de plusieurs services dont j'ignorais jusqu'à l'existence, paraphés par diverses personnes toutes plus éminentes les unes que les autres, m'informant (c'est gentil de leur part) qu'un nouveau site web du labo a été crée et mis en ligne, et que le responsable en est Mixlamalice, enseignant-chercheur.

Ces courriers finissent illico à la poubelle dans mes archives, mais le truc con, c'est qu'ils diffusent aussi mon login et mon password pour l'administration du site web. Et qu'à vue de nez, au moins une bonne vingtaine de personnes les a eus sous les yeux... 

Le courrier a fini par revenir dans les mains du service informatique qui gère les sites web, qui, se rendant compte du côté pas très "charte informatique" de l'affaire, m'a donc envoyé un nouveau mot de passe... 

 

 

 

Tout ce petit monde ne se repose donc jamais?

Même quand je crois que je vais pouvoir faire un peu de recherche, ça* m'épuise.

 

 

 

 

 

* Je parle notamment de cette faculté à dépenser des ressources folles en personnel, en temps, et donc en pognon, pour essayer souvent sans succès de régler des situations qui ne sont problématiques que parce qu'on a décidé qu'elles devaient l'être ou pensé, souvent à tort, qu'elles pouvaient l'être.

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 14:32

Hier soir, pour la première fois, je me suis montré grossier envers un élève.

Une jeune fille, au dernier rang, qui a passé une demi-heure à glousser peu discrètement, en me regardant assez fréquemment dans les yeux. J'ai fini par en déduire qu'elle se foutait de ma gueule, soit directement, soit au moins indirectement...

J'aurais sans doute du lui dire plus tôt d'arrêter, mais je n'ai jamais été formé aux notions de respect de la discipline. Et j'estime que ça n'est pas le rôle premier d'un enseignant du supérieur...

Mais bref, une fois que j'ai eu vérifié que ma braguette n'était pas ouverte, ça a fini par m'énerver, mon humeur étant probablement également affectée par le fait que c'était le 3ème cours magistral de 4 heures en 3 jours, dont le deuxième en cours du soir, et que je suis un peu malade...

"Mesdemoiselles, au fond, ça commence à me gaver. Soit vous arrêtez tout de suite, soit vous sortez vous mettre de l'eau sur la gueule pour vous calmer, soit vous vous barrez, je n'en ai rien à foutre mais ça suffit. Vous arrêtez immédiatement de rigoler comme une conne et de vous foutre de ma gueule. Ok?"

Bref, le sarkozyste en moi a ressurgi, et n'aurait pas du. 

Je crois que j'ai tendance à me la jouer, plus ou moins inconsciemment, comme "le prof djeun's", probablement pour me rassurer de ne pas être vraiment devenu comme ceux dont je me moquais souvent quand j'étais vraiment djeun's.

Je pense qu'en fait, c'est une attitude complètement "uncool", surtout face à des élèves en formation initiale. Pour les èlèves "adultes" qui reprennent leurs études, on peut plus facilement rentrer dans une relation quasi-amicale*, mais pas avec des "vrais jeunes". Peut-être à la limite quand on n'est "que" le chargé de TD ou l'encadrant de TP, mais pas quand on donne un cours magistral.

Et la grossièreté est de toute façon toujours à proscrire, même face à un comportement insupportable, et la fatigue n'étant pas une excuse.

Il faut que j'apprenne à me maîtriser et à agir avant d'être vraiment en colère. Et à admettre d'"habiter un peu plus la fonction", moi aussi...

 

 

* notamment parce qu'ils sont dans une vraie démarche personnelle d'apprentissage, avec une forme un peu old school de respect du professeur, et pas dans l'optique de la majorité des étudiants classiques, qui est d'attendre plus ou moins tranquillement que ça se passe.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 09:25

3 fois 3h30 de cours magistraux sur les 3 prochains jours (dont 7h de cours du soir).

 

Mais après, 4 jours pour m'en remettre, et, hormis 2 jours et demi de TPs, un dernier cours, des exams à préparer-surveiller-corriger, la partie enseignement de mon année sera terminée.

 

Ensuite, un petit séminaire à préparer, et, j'ambitionne de pouvoir faire 3 semaines peinard de recherche avant 3 semaines de vacances qui, sans aller jusqu'à dire qu'elles sont bien méritées, feront du bien (notamment parce que ce seront les premières vacances de plus de 7 jours en commun avec Priscilla depuis 4 ans).

 

Comme on dit, ça commence à sentir l'écurie.

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