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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 11:07

Je me dois de citer ici un article de l'excellent Guardian relevé par David Monniaux.

 

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/aug/29/academic-publishers-murdoch-socialist?CMP=twt_gu

 

"Les maisons d'édition scientifique font passer Murdoch pour un socialiste".

 

Le journaliste, G. Monbiot, au CV assez impressionnant, n'est pas tendre: "Of all corporate scams, the racket they run is most urgently in need of referral to the competition authorities."

" What we see here is pure rentier capitalism: monopolising a public resource then charging exorbitant fees to use it. Another term for it is economic parasitism. To obtain the knowledge for which we have already paid, we must surrender our feu to the lairds of learning."

 

Je vous engage à lire ce papier sur un thème peu connu du grand public car moins populaire que les dernières prothèses mammaires de Rihanna, mais qui commence à agiter de plus en plus la sphère scientifique (voir cet article de Tom Roud). Qu'un journal comme le Guardian s'en fasse l'écho ne peut être que positif.

 

 

Du point de vue des chercheurs, il est vrai qu'en y réflechissant un peu et en caricaturant à peine, un tel exemple de servitude volontaire et dont le principe est globalement bien accepté par l'ensemble d'une communauté composée paraît-il essentiellement de gens brillants, peut sembler surprenant.

 

- le(s) chercheur(s) cherche(nt) pendant plusieurs mois ou années.

- quand il(s) trouve(nt), il(s) écrit(vent) un article sur le sujet. Pour simplifier, je parlerai désormais de l'auteur. 

- l'auteur envoie l'article à un éditeur scientifique (plus précisément, à un journal appartenant à une maison d'édition scientifique: il y a plusieurs milliers de journaux couvrant tous les domaines de la science, même les plus obscurs).

- l'éditeur renvoie l'article sans coup férir à d'autres chercheurs, a priori spécialistes du domaine, (on parle de "rapporteurs" ou "referees"),  qui ont quelques semaines pour gratuitement commenter le papier, dire s'il est de bonne qualité ou non, suggérer des corrections, etc.

- une fois les recommandations des rapporteurs reçues, l'éditeur renvoie l'article à son auteur, qui doit le corriger/l'amender, et même depuis quelques années le mettre en forme selon les critères définis par l'éditeur.

- une fois cette étape de correction passée, l'éditeur envoie ensuite la facture à l'auteur (ou à l'organisme qui l'emploie) pour publication (avec supplément si les figures sont en couleur).

- l'auteur doit bien évidemment faire une dernière relecture pour corriger les coquilles orthographiques ou autres, qui sinon seront de sa responsabilité.

- les autres chercheurs (ou le public) doivent ensuite payer, soit au détail soit via un abonnement à l'année de l'institut qui les emploie, pour lire l'article en question.

- l'auteur lui-même -si on omet la version papier parfois généreusement envoyée par l'éditeur- doit payer pour accéder ensuite à son article, dont il a cédé le copyright ad vitam aeternam à la maison d'édition (il a quand même encore le droit d'utiliser les résultats)*.

 

Ca a l'air idiot, hein?

 

 

* c'est ainsi que j'ai publié 3 articles et en ait rapporté une dizaine dans un journal auquel mon institut n'est pas abonné. Théoriquement, je ne peux pas lire ces articles.

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 09:48

Alors que je pensais avoir une semaine un peu peinard pour, pourquoi pas, améliorer les cours pas tops de l'an dernier, apprendre à me servir d'un ou deux appareils et continuer mon projet, c'était, hélas, sans compter sur la correction des deux rapports de M2 ayant passé le semestre au labo.

 

Les soutenances de pas mal de stages semblent désormais se faire en septembre (de mon vieux temps, à l'époque où ça s'appelait encore DEA, tout était torché fin juin et c'était finalement pas plus mal).

Car désormais, les stagiaires quittent le labo fin juillet, après avoir discuté du plan de leur rapport avec leurs encadrants pendant 10 minutes. Tout ce petit monde part en vacances, les étudiants s'astiquent (et ils ont raison, car de toute façon les enseignants-chercheurs en vacances dans des contrées exotiques ne sont pas tous enclins à corriger des rapports pendant ce temps-là). Et arrive fin août et tout le monde est à l'arrache.

 

Je manque d'expérience, mais il semble logique qu'un rapport de M2 soit toujours un peu "douloureux": pour beaucoup d'étudiants c'est la première réelle expérience en terme de rédaction scientifique, et c'est donc souvent laborieux tant sur la forme (la partie bibliographie notamment) que sur le fond (manque de recul, propension à présenter les résultats sous forme chronologique, à mettre sur le même plan ce qui a un peu marché et ce qui a complètement échoué, etc).

 

Dans le cas présent, les rapports sont à rendre mardi prochain.

L'ingénieur de recherches qui les a supervisés n'est toujours pas rentré de vacances, et c'est donc mon collègue et moi qui y passons nos journées, sachant que nous n'avons suivi le travail expérimental que d'assez loin.

Les deux stagiaires sont assez différents: l'un est motivé mais n'est pas sur place car il a des rattrapages. Tout se fait par mail, ce qui renforce la difficulté, ce d'autant plus qu'il n'est pas français: son français écrit est meilleur que mon vietnamien parlé, mais ça reste délicat à saisir, parfois. Et il m'est difficile de voir ce qui pêche dans le fond d'un paragraphe quand je passe déjà 20 minutes à en comprendre la forme, a fortiori quand ce n'est pas un sujet que je maîtrise bien.

L'autre a, je pense, une compréhension assez bonne des choses, mais aussi un petit poil dans la main*. Beaucoup de choses, tant sur le plan expérimental qu'au niveau de l'analyse des résultats ou de la rédaction du rapport, sont "difficiles", "vont prendre trop de temps", "posent problème", etc. Après un premier jet aussi incomplet que médiocre, nous n'avons toujours pas eu de version 2: "j'ai travaillé jusqu'à 2h du matin mais là je fais une petite pause".

 

Les heures qui viennent s'annoncent pénibles.

 

clip_image002.jpg 

 

* à moins que ça soit la peur de mal faire ou des problèmes de concentration. Un exemple: on lui propose dans l'urgence une analyse simple d'une partie de ses résultats, au premier ordre, en lui faisant bien comprendre qu'on peut faire mieux mais qu'on n'a plus vraiment le temps, que ça suffira peut-être à donner des informations intéressantes et pertinentes, que c'est toujours mieux que de présenter les résultats sans aucune analyse, et qu'éventuellement on pourra s'y remettre plus tard, pour nous, quitte à ce que ce ne soit pas dans le rapport. Ok.

Mais 24h plus tard, rien de nouveau.

- J'ai réfléchi et je pense que ça marche pas, cette analyse au premier ordre.

- Mais tu as vérifié?

- Non. Mais y a un problème avec le logiciel, ça marche pas bien, c'est compliqué.

Je reprends le logiciel dont je ne me suis pas servi depuis 1 an et demi. 10 minutes plus tard, je lui montre comment on fait. Je ne le sens pas convaincu, je pense qu'il va encore se défiler avec une très bonne raison.

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 10:32

Mon établissement est censé être fermé: depuis le 14 juillet, jusqu'au 21 août.

Si on rajoute une dizaine de jours à Noël, cela veut dire que cet établissement d'enseignement supérieur et de recherche est fermé 15% de l'année.

Ah, on a le droit de venir bosser, mais il faut demander une dérogation. Et de toute façon on est foutu dehors à 16h45, 17h dernier délai.

 

Dans un autre établissement avec lequel nous collaborons étroitement, la période de fermeture n'est que de 3 semaines et demi. Il faut aussi une dérogation pour y travailler pendant cette période, mais les portes restent ouvertes jusqu'à 20h. Cela dit, il est expréssement et formellement interdit de maniper.

Ce qui, quand on fait de la science expérimentale, surtout si on est thésard ou post-doc, est assez rapidement problématique.

 

Cela m'inspire deux petites réflexions:

- sans vouloir faire mon libéral adorateur des US, est-ce que vous pensez que les labos s'arrêtent 3 ou 4 semaines en été, outre-Atlantique*? A l'heure où on ne parle plus que d'excellence, d'indicateurs de performances, d'évaluation globalisée, etc, est-ce bien raisonnable de stopper d'autorité toute activité expériementale pendant 10% de l'année sachant que les moyens à disposition sont déjà moindres qu'ailleurs?

 

- à l'échelle plus individuelle, et pour revenir à la "liberté" dans le monde de la recherche (liberté déjà toute relative lorsqu'on est enseignant-chercheur et donc assujetti aux semestres de cours): quand il faut demander une dérogation, émarger en rentrant, émarger en sortant, faire bipper son badge, que les horaires sont contraints et qu'on n'a pas le droit de sortir de son bureau pendant 4 semaines, peut-on vraiment encore utiliser le mot liberté?

L'idée derrière de telles mesures n'est-elle pas que tout le monde, à terme, prenne ses vacances en même temps?

Cela permettrait 1. de faire des économies en fermant pour de bon l'établissement pendant 4 semaines 2. d'avoir un meilleur contrôle de son personnel: l'idée étant que celui qui vient "bosser" pendant l'été est forcément un jean-foutre qui profite du système et ne cherche qu'à avoir double dose de vacances. Car comme il n'a personne pour le surveiller, il est évident qu'il ne fout rien, si même il vient. Et après, ce nanti de fonctionnaire ambitionne de prendre ses vacances en décalé. 

 

Holiday.jpg 

 

* l'activité de recherche est tout de même ralentie en juillet août**. Je dirais qu'en gros, à un instant t, entre 50% et 75% des effectifs sont présents, et que leurs horaires sont 20 ou 30% moindres que le reste de l'année (c'est à peu près la même chose, en plus marqué, entre Noël et le jour de l'An: je dirais qu'il n'y a alors que 25 à 50% des effectifs).

Les américains aiment quand même prendre 1 ou 2 semaines pendant cette période, les étrangers choisissent souvent ce moment là pour rentrer chez eux si leur chef est compréhensif, et les chefs en profitent souvent pour aller faire des écoles d'été ou séminaires à Hawaï ou en Crète avec la famille. Ceux qui viennent passe eux aussi en mode horaires d'été, et souvent le plus gros de la recherche est assuré par des stagiaires de niveau M1, pas forcément bien formés ou encadrés.

Quand je disais que je n'étais pas spécialement béat d'admiration devant de telles pratiques, c'est parce que cela peut donner lieu à des tragédies, sans que personne ne soit vraiment déclaré responsable (l'Université a payé 30000$ de dommages et intérêts et le Prof. en charge est toujours en poste).  

 

** Mon labo de thèse (et d'autres en France) fonctionnait un peu sur le même principe, en plus marqué: pas de fermeture formelle mais une activité fortement ralentie. Pendant la période entre fin juillet et mi-août, il devait y avoir une douzaine de personnes (dont deux ou trois permanents) sur 60 à 80 membres du laboratoire. 

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 13:32

Après mes fameux "conseils aux candidats" aux postes de Maître de Conférences (MC) ou de Chargé de Recherches (CR), billet dont la fréquentation explose entre mars et mai, quelques mots pour ceux qui sont à la recherche d'un poste d'ATER (toujours dans le cas des sciences dures)*.

En effet, je suis en charge du suivi des dossiers pour le recrutement sur le poste d'ATER ouvert au labo, et j'ai donc pu voir en quelques semaines à peu près tout ce qu'il ne fallait pas faire, et en déduire un certain nombre de choses qu'il était bon de faire.

 

Mes conseils peuvent être résumés comme suit, je détaillerai ensuite:

- si vous avez déjà une bonne expérience d'enseignement (typiquement au moins une centaine d'heures), et/ou si vous n'envisagez pas spécifiquement une carrière d'enseignant-chercheur, fuyez ces postes.

- évitez à tout prix d'avoir l'air complètement "clueless" dès le premier contact.

 

Point 1: il faut bien comprendre que dans la majorité des cas, et ce phénomène s'accentue depuis la mise en place de l'AERES et autres, les recrutements d'enseignants-chercheurs sont axés sur la production scientifique du candidat. Il y a probablement encore quelques exceptions dans les petits labos "familiaux", mais dans la plupart des cas, il n'y aura pas photo entre un candidat présentant un CV avec 10 publis et 150h d'enseignements, et un candidat à 2 publis et 500h d'enseignements, même si un "minimum vital" est souvent demandé (typiquement trois années de monitorat, des vacations substantielles ou déjà une année d'ATER).

Pour un poste de CR, c'est clair, l'enseignement ne représente rien d'autre qu'un (tout petit) plus éventuel, et la qualité scientifique est tellement compétitive que faire un ATER revient quasiment à se tirer une balle dans le pied. 

 

Bref, les postes d'ATER, qui impliquent une grosse charge d'enseignement sur un temps réduit et rendent difficile une grosse production scientifique, ne sont, je pense, qu'utiles à ceux qui doivent absolument étoffer leur dossier enseignement dans le cadre d'une candidature à un poste de MC.

Si vous ambitionnez uniquement le CNRS, que vous avez déjà un bagage d'enseignant potable, ou que vous envisagez de postuler à terme dans le privé, optez pour un post-doctorat 100% recherche.

C'est un conseil qu'on m'a donné il y a longtemps déjà, et avec un peu plus d'expérience, j'y adhère totalement: il faut bien prendre conscience qu'"aimer l'enseignement et y consacrer beaucoup de temps" n'est en aucun cas un critère suffisant (ni parfois même nécessaire) pour un recrutement MC**.

Les exceptions acceptables pouvant être pour finir la rédaction de son manuscrit de thèse en évitant de passer par la case chômedu, ou lorsqu'un labo a de grandes chances de recruter l'année d'après et considère donc son recrutement d'ATER comme une espèce de pré-recrutement (c'est notre cas).

 

Point 2: les postes d'ATER étant ce qu'ils sont, à savoir, parlons franchement, globalement assez peu considérés, j'admets que la situation n'est pas toujours facile. Peu ou pas de pub sur les postes, calendrier et procédures de recrutement floues et à géométrie variable, c'est pas le paradis du candidat.

Mais tout de même, quand on fait l'effort d'afficher un profil détaillé, de le transmettre aux sociétés savantes, de fournir des liens vers les pages où la procédure de candidature est explicitée, d'encourager les candidats à nous contacter, on attend au moins qu'ils en fassent la lecture attentive.

Donc:

- les mails qui commencent par "votre thèse (ou votre post-doctorat) m'intéresse" finissent directement à la poubelle (et, si j'étais plus méchant que je ne le suis pour l'instant, contribueraient à discréditer toute candidature future de l'étudiant).

- les mails "candidature-type" avec juste le nom du poste qui change sont à proscrire.

- les candidatures "hors profil" peuvent être appréciées, mais dans une certaine limite: si vous avez fait de la physique théorique, ne candidatez pas sur un poste d'ATER de chimie organique. Si vous sentez que votre profil se situe à la marge, signalez-le d'emblée et indiquez que vous souhaitez élargir vos domaines de compétences. N'attendez pas qu'on vous en fasse la remarque pour vous montrer surpris, et évitez le vieux bluff ridicule du type "non, mais ça je connais, j'ai fait un projet de deux mois en licence sur ces questions". 

- les mails "je candidate" envoyés à l'enseignant-chercheur quand il est clairement indiqué sur la fiche que pour candidater il faut envoyer un dossier à la DRH ne font pas sérieux (même s'il est toujours apprécié de contacter en parallèle directement l'équipe d'accueil, je pense).

- les mails "comment faut-il faire pour candidater?" ou encore "je vous envoie les pièces et je compte sur vous pour les transmettre à qui de droit" quand tout est expliqué dans la pièce jointe, encore moins.

- proposer une visite ou en cas d'impossibilité géographique un contact téléphonique sera toujours apprécié, car montrant un certain intérêt pour le poste: dans ce cas-là, allez jusqu'à consulter le site web du labo et éventuellement jusqu'à lire un ou deux abstracts sur les travaux récents, plutôt que de répondre "pas du tout" quand on vous demande si vous êtes un peu au courant des activités du labo.

- etc

 

Bref, globalement, faites preuve, une fois de plus, de bon sens et ne vous sabordez pas en passant pour le clampin type "j'ai vu de la lumière alors j'ai sonné".

Conseil apparemment stupide, mais qui, s'il est bien suivi, suffit déjà à faire sortir du lot votre candidature: dans mon cas, sur une quinzaine de candidatures, un gros tiers seulement en faisait preuve. Si on rajoute la courtoisie élémentaire et l'adéquation entre le profil du candidat et celui du poste, j'ai déjà probablement mon top 3...

 

 

 

* je vais bien entendu partir du principe qu'une candidature à un poste d'ATER est un choix motivé relevant d'un plan de carrière, et pas uniquement "parce qu'il faut bien manger" ou parce que c'est un moyen de renouveler sa carte de séjour, raisons compréhensibles mais qui rendent l'analyse un poil plus complexe (je peux juste dire qu'à mon avis, c'est toujours une mauvaise idée).

 

** on peut le déplorer et oeuvrer pour ou espérer que cela change, mais c'est un fait.

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 12:07

Quand on est en école d'ingénieur et qu'on part faire un stage de 4-6 mois aux US, les choses sont un peu complexes, mais généralement l'école maîtrise à peu près la situation (en tout cas dans la plupart d'entre elles, qui envoient chaque année la moitié de la promo à l'étranger).

 

Quand on part en post-doc ou en thèse, ou en année de césure à la fac, c'est souvent la panique à bord. En tout cas, ça l'était dans mon cas.

On passe des semaines à lire le site du consulat, à obtenir des infos de potes qui sont déjà partis, à glaner des infos qu'on ne comprend pas vraiment, etc.

Visas J-1, F-1, mach-1?

Assurance santé, compte en banque, logement, salaire, permis de conduire, bagnole... qui contacter à l'Université, etc?

Bref, on a l'impression de partir avec sa bite et son couteau, et advienne que pourra.

 

J'ai appris il y a quelques semaines un peu par hasard qu'il existait une commission franco-américaine, dérivée des programmes Fulbright, dont j'ignorais également l'existence, mais qui sont paraît-il très prestigieux aux US: aide à l'échange international, par le biais de bourses de diverses sortes, etc. Certains "alumni" boursiers Fulbright sont particulièrement éminents et obtenir une bourse Fullbright est paraît-il un bon moyen de s'ouvrir bien des portes là-bas.

 

Bref, cette commission, outre la distribution de quelques bourses, de voyage ou même de post-doc (a priori plutôt pour les sciences sociales), organise chaque année, au printemps, une réunion d'information générale pour les futurs expatriés, traitant de toutes les questions dont je parle ci-dessus, et plus encore.

Le prix de l'inscription est de 5 euros, les infos sont loin d'être exhaustives dans la mesure où la réunion dure 4 heures. Mais ça permet de poser quelques bases franchement utiles, d'avoir une vision d'ensemble des différents problèmes, et de prendre contact avec des gens qui seront par la suite en mesure de vous aider ou de répondre à des questions plus spécifiques.

 

Je me suis retrouvé à intervenir lors de la réunion cette année (pour des raisons de logistique, il y a plusieurs journées "identiques", cette semaine et la suivante), pour raconter mon expérience, et j'ai trouvé ça très bien (pas ce que j'ai raconté, hein, la journée entière). Bonne idée, bonne réalisation dans la limite d'assez faibles moyens. Bonne ambiance, hormis les quelques auditeurs habituels qui tiennent absolument à ce que l'on aborde leur cas particulier au détriment du "plan de travail" global et du timing serré.

 

Je ne sais pas quelles sont les modalités d'inscription et il semble que le site ne fasse pas spécialement de la pub pour l'évènement, mais je pense que c'est à connaître si vous envisagez de partir. Le public classique est composé d'étudiants en échange (type 3ème année d'école de commerce ou d'ingé) qui savent déjà qu'ils vont partir (on n'aborde donc pas les recherches de financement et autres), mais les informations sont suffisamment générales pour être d'intérêt pour tous les futurs expatriés US (dans le cadre d'un visa non-immigrant).

Typiquement, le type d'évènements dont j'aurais aimé connaître l'existence avant de partir, plutôt que deux ans après être revenu...

 

N'hésitez pas à contacter l'équipe, très sympa, qui j'imagine prendra soin de vous tenir au courant. Seul inconvénient, comme souvent en France, il faut habiter Paris (ou être prêt à y venir)...

 

http://www.fulbright-france.org/gene/index.php?sizeup_=&sizeup2009=&referer2=&poste=

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 10:40

Notion de concentration critique - démonstration par l'exemple.

 

 

Cas A:

Dans l'Ecole où j'ai fait ma thèse, comptant environ 200 chercheurs, autant d'ingénieurs-techniciens, et une dizaine de laboratoires, le nombre de personnels administratifs était quasi-nul (visiblement une volonté de l'ancien directeur): une ou deux secrétaires pour tout l'établissement, un service comptabilité réduit au strict nécessaire, et c'était à peu près tout.

Les fonctions de direction (scientifique, des études etc) étaient assurées, et le sont encore, par des chercheurs (même si le nombre de personnel administratif a bien augmenté, notamment dans le désormais sacro-saint "service comm'").

 

La résolution des divers problèmes administratifs dépendait donc très largement de la compétence et de la bonne volonté de la secrétaire propre à chaque laboratoire. Ou sinon, du chercheur lui-même.

 

Bref, ça ne marchait pas très bien, mais au moins personne n'était surpris et ça ne coûtait pas cher.

 

 

 

 

Cas B:

Dans le labo américain où j'ai fait mon post-doc, il y avait finalement, et contrairement à ce qu'un français a tendance à croire, beaucoup de personnel administratif. Il faut d'ailleurs préciser que la "paperasserie" américaine est extrêmement lourde et complexe - ceux qui viennent de suer deux semaines sur leur avis d'imposition US et les 200 pages de notice l'accompagnant peuvent en témoigner.

 

Il y avait donc tout un service propre au laboratoire (ou département), comptant une bonne douzaine de personnes pour une vingtaine de Profs, plus tout le service de l'Université itself, dans un énorme bâtiment à l'autre bout du campus. Et puis, d'autres services dispersés à droite à gauche.

Bref, c'était un peu le boxon, il était difficile pour le profane de s'y retrouver (d'autant qu'ils aiment les acronymes encore plus que nous), et je n'irais pas jusqu'à prétendre que tout le monde avait une tâche indispensable et clairement définie.

Cependant, même quand comme moi vous ne compreniez rien: on vous indiquait assez rapidement le bon interlocuteur. Celui-ci était presque toujours réactif (au moins pour la partie "contact humain"). Et finalement, assez rapidement, on prenait en charge votre problème.

 

Ca n'était pas idéal et pouvait être certainement optimisé, ça mettait parfois du temps, mais généralement ce qui devait être fait finissait par l'être sans que vous ayiez à intervenir de nouveau.

L'administration était, donc, plutôt là pour vous aider à résoudre les problèmes et à vous décharger de cette activité qui n'est pas censée être la vôtre. 

 

 

 

 

Cas C:

Là où je suis désormais, il y a encore plus de personnel administratif, dans une succession de couches et de sous-couches parallèles ou connectées (l'organisation globale doit, lorsqu'on la schématise, ressembler un peu à ça), où se mêlent services historiques et services fraîchement créés suite à une énième restructuration, le tout étant digne des plus beaux cas d'étude de la science des systèmes complexes.

Dans ces services, même le personnel ne sait pas toujours qui fait quoi et quel est son rôle, ce d'autant plus que, comme dans toute administration, la valse des mutations et des emplois court-terme font que la moitié du service est renouvelée tous les six mois.

Bref, c'est un bordel innomable.

Et ça finit, un peu paradoxalement, par coûter nettement plus cher en temps et en énergie à l'enseignant-chercheur qu'un fonctionnement tel que celui présenté dans le cas A.

Parce que:

- nous n'avons pas les moyens d'agir directement sans passer par le service "compétent" (dommage, car dans ce genre de cas, le court-circuit est souvent une méthode efficace et éprouvée).

- la responsabilité est extrêmement diluée au sein d'un service.

- les règles internes de fonctionnement sont, quelle que soit la procédure, même celle qui paraît la plus simple, extrêmement complexes, et doivent absolument être respectées dans leur intégralité.

- le service "compétent" est généralement introuvable, et, quand il l'est, "compétent" est souvent un bien grand mot: donc, au bout d'x temps le problème n'est pas réglé, on doit le resignaler, on ne retombe pas sur la même personne, qui n'a pas fonction à résoudre ce problème ou ne connaît pas la nouvelle procédure, etc. Il faut vraiment avoir la chance de tomber sur quelqu'un qui est à la fois serviable, motivé et qui connaît son boulot (dans ce cas-là, noter son nom et son numéro en gros, ne pas le perdre et espérer qu'il ne demandera pas sa mutation pour dépression dans les 6 mois*).

- en tout état de cause, quand il y a une merde, c'est vers l'enseignant que les élèves se tournent: c'est le seul dont l'adresse et le numéro de téléphone sont clairement indiqués. C'est le seul qui est encore dans son bureau après 18h. C'est lui dont on pense que l'enseignement et ses à-côtés sont son boulot à temps plein.

 

Exemple: au premier semestre, mon collègue et moi avons signalé dès novembre que deux examens avaient été planifiés à la même heure le même jour au mois de février, et qu'un certain nombre d'élèves était inscrit aux deux UE (les joies de l'informatique quand le programme est bien fait).

Le problème, après plusieurs coups de fil, mails, et tentatives désespérées de tomber sur la bonne personne ET d'obtenir une réponse, a finalement été résolu largement une semaine avant l'examen.

Charge aux enseignants, bien sûr, de prévenir les élèves.

Nous avions signalé que le problème existait également pour la session de rattrapage prévue en avril (qu'est-ce qu'on se marre).

Bien évidemment, celui-ci n'a pas été réglé en même temps.

C'est donc la même limonade depuis trois semaines: mails sans réponses, coups de fil type "oui monsieur je m'en occupe tout de suite" ou "ah on a crée une adresse mail spéciale pour résoudre ce genre de problèmes, envoyez un message" (traduction: arrêtez de nous emmerder pendant la sieste), et examens ce samedi, inchangés, toujours à la même heure.

J'en ai profité pour signaler que la même chose se produirait aussi au second semestre avec deux autres UE, mais autant pisser dans un violon.

Et j'ai fini par laisser tomber parce que, à la fin, zob.

 

Mais qui croyez-vous que les élèves paniqués contactent? Qui passe pour un blaireau incapable? Qui vient de passer 3h en trois semaines sur un problème dont la résolution devrait prendre 1 minute? C'est bibi.

 

 

 

 

* Je pense par exemple au secrétaire du département: il vient d'arriver, il ne maîtrise pas tout, mais il est toujours prêt à se renseigner et à vous aider dans vos démarches (pour la partie recherche). Tout le monde l'a bien compris et il est du coup, le "tampon" à emmerdes collectif... je ne sais pas combien de temps il va tenir.

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 18:44

... la recherche, en France.

L'excellence scientifique: on ne prête qu'aux riches. Et les riches qui ne le méritent pas vraiment... ben on leur prête quand même, après intervention réflexion.

http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2011/03/31/laboratoires-dexcellence-le-president-du-jury-sexplique-sur-ses-choix/

 

Extraits pour les flemmards:

 

" La procédure de désignation des cent laboratoires d’excellence (labex, doté de 1 milliard d’euros de capital) a été particulièrement longue et chaotique.

... Le président du jury labex explique qu’il a remis une liste de 83 projets (sur 241 projets déposés), classés A+ ou A, au comité de pilotage du grand emprunt. 

La liste des autres projets, classés B et C, n’est pas transmise... Les candidatures B n’ont pas été retenues “en raison des défauts sérieux de fond et/ou de forme."

La sélection proposée n’a pas été acceptée comme telle par le gouvernement... Donc, le comité de pilotage - où se retrouve des représentants du gouvernement - a demandé au jury de choisir dans les projets classés B, dix-sept projets supplémentaires. [La commission a obéi et proposé des projets] comme ceux portés par l’économiste Alain Trannoy (Aix-Marseille School of economics), Jean Tirole (institut d’études avancées de Toulouse), Marc Mézard et Alain Aspect (Physique : atomes, lumière, matière; Institut d’Optique à Saclay), Vincent Courtillot (Terre, planètes, univers) ou encore Mathias Fink (ondes et images, du fondamental à l’innovation)…

...“en Allemagne, lors de l’initiative d’excellence en 2006, le jury international a menacé de démissioner si son choix n’était pas suivi par les autorités politiques.”

"

 

 

 

P.S: vous pouvez également consulter la lettre du président de la commission dont le lien est donné en commentaire par JF.

http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Investissements_d_avenir/03/9/lettre-president-jury-labex_172039.pdf

 

On retiendra notamment ce passage: "Le comité de pilotage a demandé de lui indiquer parmi les candidatures classées B celles contenant des scientifiques de très grande qualité. En réponse, le Président a mentionné a titre personnel plusieurs candidatures, en regrettant que ces projets n'aient pas été retenus car ne répondant pas correctement à l'appel d'offres en ne présentant pas de programme de recherche suffisamment formalisé".

 

Effectivement, en termes galants ces choses là sont mises, mais ça balance pas mal.

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 16:40

J'ai déjà parlé de ce classique de la littérature américaine de la deuxième moitié du 20ème siècle.

 

Je m'interrogeais notamment sur le succès de ce roman un peu rébarbatif car tournant très vite en rond, succès obtenu malgré ou peut-être grâce à sa vision "décalée" (en tout cas par rapport à la culture américaine de l'époque) de la guerre...

 

Je voulais revenir ici sur le titre du livre, devenu depuis une expression du langage courant aux US (comme on peut par exemple parler chez nous d'une "madeleine de Proust" pour désigner un objet "banal" nous évoquant des souvenirs forts). Je vais me citer, non par égocentrisme mais par pur fainéantise (de toute façon, j'avais déjà du plagier l'article wikipédia correspondant à l'époque): "Catch-22 désigne un règlement de l'armée qui dit grosso modo que tous ceux qui acceptent sans rechigner d'aller au combat sont probablement fous et devraient être révoqués. Mais on ne peut révoquer que ceux qui en font expressément la demande; or tous ceux qui font cette demande ne sont pas fous, puisqu'ils ne veulent pas aller au combat, et ne peuvent donc pas être révoqués. Si, si, relisez, ça devrait finir par être clair, et c'est assez proche du style du roman lui-même. Par extension, ce terme est entré dans le langage populaire comme désignant une situation paradoxale dont l'issue est de toute façon perdant-perdant."

 

Dans mon institut, il y a pas mal de "Catch 22":

 

- l'accès au wifi, par exemple: pour installer le wifi sur un ordinateur, il faut installer un logiciel, qui se trouve téléchargeable sur le site web intra de l'institut. Bef, pour avoir un accès internet, il faut un accès internet...*

 

- les demandes de financement, ANR, projets européens, etc: toutes les demndes doivent être évaluées avant dépôt par le service comptabilité ou assimilé. Il estime d'une part qu'un contrat n'est valable que s'il amène 40% de bénéfice, ce qui est, si je comprends bien, parfaitement incompatible avec la façon dont est construite une ANR, qui est une enveloppe budgétaire bien définie "à dépenser" pour des tâches elles aussi bien définies sur x années. D'autre part, nos salaires sont comptées dans les cases débit des fiches de rentabilité: e.g. si on ne fait rien et qu'on touche notre salaire, cela ne pose pas de problèmes. Mais si on mène un projet de recherches, il est considéré qu'on coûte de l'argent à l'institut, ce qui est intolérable. Grâce à ces mesures frappées au coin du bon sens, aucun projet n'est validé, ou alors dans le meilleur des cas ils nous prélèvent, au cas où la demande est ensuite acceptée, 25% (voire plus) dessus.  

Ainsi, dans l'ANR que j'ai déposée, je viens de me rendre compte qu'entre le budget demandé à l'ANR et celui validé par mon institut, environ 25000 euros d'investissement matériel avaient disparu. Je préfère ne pas m'exciter maintenant, alors qu'il y a 80% de chances qu'elle ne passe pas, mais dans le cas où cela se produirait, il y aura du coup d'autres beaux combats administrativo-perdus d'avance en perspective.  

 

 

* Comme les ordinateurs non-inscrits au service informatique ne peuvent pas non plus être connectés par câbles réseau, que pour inscrire un ordinateur il faut contacter le service informatique qui répond aléatoirement au téléphone et même à l'interphone (les rascals ont tout prévu et se sont barricadés) autant dire que quand on a un invité, on s'amuse...

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 16:29

Je vois que les auditions approchent aux recherches google qui mènent à mon blog: en ce moment "audition" "projet de recherche" "CR2" "maître de conférences" etc se taillent la part du lion.

 

Maintenant que je suis de l'autre côté de la barrière, je peux essayer de synthétiser les clefs du succès, souvent déjà mentionnées ici et là sur le blog, pour obtenir un poste de chercheur ou d'enseignant-chercheur dans la fonction publique.

Attention, ça vaut ce que ça vaut, puisqu'après tout, je n'ai jamais été classé premier à une audition (3 fois 2ème, 1 fois 3ème, sur 6 tentatives).

Ceci s'adresse aux candidats non estampillés "candidats locaux" (si vous ne savez pas ce qu'est un candidat local, ne vous inquiétez pas, ça veut dire que vous n'en êtes pas un), et à ceux qui ne sont pas des génies purs que tout le monde s'arrache.

 

La plupart de ces "conseils" sont suffisamment généraux pour s'appliquer au concours de CR comme aux concours de MdC. Pour certains, cela paraîtra avant tout du bon sens: mais quand je vois les lieux communs que les so-called "coachs" en tout genre se font payer extrêmement cher, et après avoir croisé ces dernières années certains candidats totalement paumés, je me dis que ça peut toujours servir. 

 

 

- Sachez ce que vous voulez faire: obtenir un poste de chercheur ou enseignant-chercheur est un travail de longue haleine, qui demandera en gros trois ans d'efforts post-thèse. Post-doc et ATER ne sont pas toujours des activités très gratifiantes (professionnellement et pécuniairement). Si post-doc n'est pour vous qu'un moyen de gagner du temps en gagnant un peu d'argent (et dans ce cas-là, autant en profiter pour voyager un peu), et la recherche publique qu'une option comme une autre, je déconseille. Faites fructifier votre doctorat et/ou votre diplôme d'ingé le plus tôt possible, dans les boîtes qui le valorisent (Saint-Gobain, Loréal, Michelin, Rhodia, Phillips, etc).

 

- N'attendez pas d'avoir fini votre thèse, et encore moins votre deuxième post-doc, pour commencer à vous renseigner sur les modalités des concours... les subtilités sont nombreuses: pour les connaître, il faut discuter, avec des collègues passés par là récemment ou des gens qui maîtrisent bien le système tels des membres de commission, et discuter franchement. Attention à la langue de bois en vigueur.

 

- Comme je l'ai déjà dit ailleurs, je pense qu'il est, dans une pure optique d'obtention de poste, préférable de ne pas faire de post-doc à l'étranger, contrairement à l'idée reçue. Loin des yeux, loin du coeur: le système français fonctionne encore suffisamment en vase clos pour qu'on vous oublie très vite. Un changement thématique est par contre assez nécessaire (on vous reprochera le manque de prise de risque, la sur-spécialisation), mais il est suffisant.

Le mieux étant bien entendu de choisir un labo dont le potentiel de recrutement est fort (et qui n'a pas déjà de candidats sous le coude, bien sûr).

 

- Faites votre propre pub, régulièrement: consultez les pages web des labos, contactez-les, demandez des noms à vos boss, allez faire des séminaires et des congrès. Faites du relationnel: conservez de bonnes relations avec vos chefs et anciens chefs, rencontrez les gens suceptibles de recruter, les membres de commission. Essayez par eux d'obtenir en "off" des infos sur des postes susceptibles d'être ouverts, avant leur parution officielle: cela permet d'avoir un temps d'avance sur la concurrence. Pensez aussi à devenir membres des sociétés savantes liées à votre domaine (sfv, sfc, sfp, gfp, que sais-je encore).

 

- Apprenez à maîtriser le calendrier, à ne pas attendre la publication au Journal Officiel pour agir. Apprenez à connaître les labos qui ont déjà recruté il y a peu et ne recruteront pas de sitôt, ceux qui n'ont pas recruté depuis longtemps et auront sûrement un poste ouvert sous peu, ceux qui sont dans les petits papiers du ministère et ont donc un poste par an... et commencez les prises de contact dès l'automne précédant.

 

- Car de façon générale, rappelons encore que ce qui fait obtenir un poste n'est pas indiqué sur le site du ministère. Respecter la règle du jeu "officielle", c'est l'assurance de ne pas avoir de poste, et de n'être auditionné que pour faire le nombre (voir plus bas). Tâchez de connaître les spécificités de votre discipline, et plus encore celles du ou des labos où vous candidatez...

 

- Apprenez à reconnaître les postes moisis. Les labos où on ne recrute que local, ceux où le poste est promis à machin parce qu'il y a un service à rendre à truc ou parce que ça fait trois fois qu'ils essaient de le recruter. Ceux où le management est mandarinal et où une seule personne décide de tout. N'y participez pas: ça coûte cher, c'est mauvais pour l'ego (on a vite l'impression qu'on est le bon con de service, qui a payé de sa poche son rôle de figurant permettant de rendre l'audition légale), et ça aigrit très vite.

 

- Je déconseille les candidatures "spontanées", que ce soit au CNRS ou pour un poste de MdC: une candidature dans un labo ou personne ne vous connaît, non soutenue en interne, au moins par une équipe à défaut de par tout le labo, est souvent vouée à l'échec, notamment au CNRS.

Bon, vu que c'est par une candidature de ce type que j'ai obtenu mon poste, quelques précisions: si vous tentez le coup, soyez, comme pour le reste, pro-actif. Contactez les gens dès parution du poste, allez les voir, présentez-leur vos travaux, posez des questions, tâchez de savoir si les choses sont ouvertes... faites en sorte, pendant les deux mois entre la parution du poste et le choix des candidats, de vous imposer comme une possibilité crédible.

 

- Chiadez votre projet de recherches. Obligatoire au CNRS, il est souvent demandé officieusement aussi pour les postes MdC. Le plus simple est de le rédiger avec l'aide de votre future et potentielle équipe d'accueil si elle l'autorise (si non, vous pouvez tenter de jouer la carte du flou artistique qui ne fâchera personne, mais cela ne suffira probablement pas dans le cadre d'une audition CR).

Attention à ce que votre apport personnel y apparaisse visiblement (typiquement, il ne faut pas que ça ressemble à une ANR refusée refourguée, ou "n'importe quel post-doc" pourrait faire le job: il faut que le projet vous corresponde). A l'opposé, il ne faut pas que le projet donne trop l'impression que vous ferez ce que vous avez envie de faire sans vous préoccuper des thématiques de l'équipe d'accueil: le projet doit montrer une adéquation labo-candidat (et profil recherché, dans le cas des postes MdC).

 

- En conséquence, je pense qu'il vaut mieux cibler quelques candidatures (disons 1 pour le CNRS, en mars, et 3-4 maximum en MdC au mois de mai, sur les postes dont les profils vous semblent a priori intéressants) que se disperser et candidater partout au petit bonheur avec un projet bateau qui ne convaincra nulle part.

Il me semble assez nécessaire de "choisir", dans une certaine mesure, son poste, surtout pour un MdC qui sera amené à y rester au moins 3 ans et où les mutations sont assez complexes: se retrouver dans un environnement, avec des collègues qu'on ne supporte pas, ou devoir bosser sur des sujets dont on se contrefout éperdument, ça fait vite retomber la joie d'avoir enfin un poste.

 

- Préparez à fond l'audition: une bonne planche peut largement rattraper un dossier "moyen" (surtout pour les postes MdC où on prendra en compte les "qualités d'enseignant"). Respectez le timing, soyez pédagogue, ni trop technique ni trop vulgarisateur. Ne faites pas trop dans la récitation, ne soyez pas "surpris" par vos slides, faites preuve d'enthousiasme sans paraître grande gueule.

N'oubliez pas que vous avez entre 10 et 20 minutes (temps variable fixé par la commission) pour présenter tout ce que vous avez fait (thèse, post-doc(s), enseignements) et tout ce que vous allez faire (projet de recherches), soit grosso modo un slide par an de travail. C'est un exercice de style très particulier qui doit se travailler...

Potassez les questions, essayez d'amener en douceur le jury sur ce dont vous avez envie de parler... bon, facile à dire, mais si vous êtes nul à l'oral depuis le bac français et que vous n'osez pas parler de vos travaux dans les congrès, je vous conseille d'aller lire les points ci-dessous.

 

- Sachez aussi ne pas vous acharner. Plus on s'attarde dans l'antichambre postdoquesque, plus la reconversion est délicate, et plus ces années sont considérées comme perdues par les futurs employeurs. Si vous enchaînez les classements dans toutes les auditions où vous vous présentez, je pense qu'il faut continuer même si le découragement pointe (les commissions connaissent les classements antérieurs et il y a de nombreux cas de "récompense pour efforts fournis"). Si par contre vous n'avez jamais été classé en deux campagnes, sachez dire stop, parce que ça signifie qu'il y a probablement quelque chose de rhédibitoire dans votre dossier.

 

- Toujours dans la continuation: interprétez intelligemment ce qu'on vous dit. Ou, souvent, ce qu'on vous sous-entend. Si un ancien chef, embêté, ne répond pas à vos mails et finit, contraint et forcé par vous marmonner au téléphone "ouais non, la lettre de recommandation, euh, je pense pas, tu comprends, je serai pas là j'ai pas le temps tout ça...", si on vous dit "non, non, rien n'est joué, mais quand même, tu es sûr que tu veux candidater?"... comprenez à demi-mot. Soyez honnête avec vous-même: si vous avez sorti un papier en 5 ans, si vous êtes incapable d'aligner trois mots en public, si ça se passe mal partout où vous passez, si vous avez eu un gros conflit avec un big ponte qui a la réputation d'être rancunier... sachez dire stop. Vite.

Ne garnissez pas les rangs des intérimaires de la recherche de plus de 35 ans, voguant de contrats de 12 mois en contrats de 6 mois, qui semblent avoir abandonné depuis longtemps toute espérance mais ne paraissent plus en mesure de faire autre chose. 

 

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 12:05

Jeudi 13 janvier, je soumettais en ligne une demande ANR, avec mes anciens collègues de la grande fac dans la prairie, et un théoricien de la montagne à Paris.

 

Le lendemain, nous recevions une fiche récapitulative, sorte d'attestation ou de procès-verbal à faire signer par tous les auteurs et leurs directeurs de labos respectifs, et à renvoyer à l'ANR avant le 10 février, les projets étant ensuite soumis à expertise scientifique.

 

Dans une UMR (unité mixte de recherches, appellation administrative correspondant à l'entité "laboratoire", regroupant donc typiquement personnels du CNRS et d'une ou plusieurs universités) classique, on imprime le papier, on le signe dans la case voulue, puis on l'amène à son directeur. Comme, toujours dans une UMR classique, quasiment chaque permanent soumet une ou plusieurs ANR, le directeur, ayant d'autres choses à faire que d'ergoter sur une demande dont il ne maîtrise pas forcément l'aspect scientifique et qui a de toute façon moins de 20% de chances d'aboutir, se contente de signer sans demander son reste. S'il n'est pas là, il y a souvent une secrétaire en charge de l'imitation de la signature du boss (exemple: la secrétaire personnelle de PGG au Collège de France), et au pire, on attend qu'il revienne.

 

Vendredi, je passe donc voir le théoricien, qui, encore plus simple, a la chance d'être son propre directeur. Il signe à gauche (comme auteur ou "responsable scientifique"), il signe à droite (comme directeur), rajoute un coup de tampon et me donne le document.

Par chance mon directeur est au labo ce jour là, je lui fais signer et tamponner.  

Lundi, je poste le tout au coordinateur, dans sa prairie, et je crois être débarrassé.

 

Comme nous ne sommes hélas pas une UMR, le directeur du labo me suggère d'informer poliment la hiérarchie quant à ma demande de financement, histoire de ne pas se faire taper sur les doigts plus tard.

Je m'éxécute.

 

Naïvement, on aurait pu croire que cette hiérarchie:

- soit ne lirait pas le mail.

- soit en prendrait acte en se disant éventuellement, tiens, c'est bien, un jeune recruté qui a l'air de se bouger.

 

 

La réalité est pourtant bien différente: se déclenche une tempête de mails, sur plusieurs jours, tantôt alarmistes, pontifiants, agressifs, obscurs, dont il ressort  néanmoins que j'ai totalement court-circuité la procédure (qu'on m'envoie en pièce jointe, 10 pages imbittables de jargon administrativo-technique en police 10).

Et surtout que la signature du directeur du laboratoire est "impropre à engager l'établissement". Bref, qu'en l'état, le procès-verbal est nul et non avenu.

J'appelle en urgence le coordinateur, tente de lui expliquer ce que je n'ai qu'approximativement compris, et lui demande d'attendre quelques jours pour que je lui renvoie le document valide.

 

 

Presque deux semaines, une trentaine de mails impliquant une boucle de 8 ou 9 personnes, une dizaine de coup de fils et un bon nombre de rendez-vous plus tard, j'ai enfin avec moi le document paraphé par la bonne personne, qui se trouve être rien moins que le directeur général de l'établissement.

 

Je peux maintenant reconstituer la procédure qui a été suivie et qui est donc visiblement la norme chez nous:

- validation par le directeur du laboratoire.

- validation par le secrétariat du département dont notre laboratoire fait partie.

- constitution d'une fiche prospective économique (imbittable document excel destiné à déterminer si le projet va être rentable pour l'établissement ou non). 

- validation du dossier et de la fiche par la directrice du département.

- validation du dossier et de la fiche par la responsable "contrats" de la direction de la recherche.

- validation du dossier et de la fiche par le secrétariat général de l'école.

- validation du dossier et de la fiche par le directeur de la recherche.

- validation par le directeur adjoint de l'établissement.

- validation et signature par le directeur de l'établissement.

Par validation, j'entends simplement un mail général du type "j'ai vu" ou une signature/tampon sur une feuille annexe propre à l'établissement, sésames nécessaires pour pouvoir accéder au n+1. 

 

Remarques cocasses:

- normalement, cette procédure aurait dû être faite avant soumission du dossier scientifique. Celui-ci ayant été finalisé 2h avant la deadline, cela aurait été compliqué... Et de façon générale, comme les appels se font juste avant les vacances et les dossiers doivent être déposés peu après, il y aurait problème sachant que la procédure peut difficilement prendre moins de dix jours et que tout ce beau monde doit bien prendre ses deux semaines de congés...

 

- à l'étape 7, le dossier m'a été renvoyé car, n'étant que stagiaire (les maîtres de conférences ne sont titularisés qu'au bout d'un an), je ne peux, pour l'établissement, être auteur du projet que j'ai pourtant écrit. Il a donc fallu que je fasse contresigner mon paraphe par celui de mon directeur de laboratoire, dont on m'expliquait pourtant depuis dix jours qu'il n'avait aucune valeur. Preuve s'il en était besoin que les six validations précédentes ont été faites sans jamais jeter un coup d'oeil au dossier, juste parce que c'est le réglement. Heureusement, je n'ai pas eu à recommencer à  l'étape 1 ensuite.

Il est d'ailleurs à noter que pour l'administration de l'établissement, ne pas avoir ma signature du tout n'aurait pas dérangé, même si je suis la seule personne de l'établissement impliquée dans la rédaction du projet.

 

- mon directeur de laboratoire occupe un poste éminent à l'ANR, cette histoire l'a outré et il va probablement s'énerver un peu, sur le mode "qui joue au con finit par gagner une bite" (ce sont mes mots à moi, il s'exprime de façon plus subtile). Il est d'autre part à peu près certain qu'au niveau de l'ANR, il n'y aurait eu aucun problème avec son seul cachet. On peut toutefois penser que, si le projet était passé, on m'aurait ensuite fait en interne des misères pour avoir court-circuité tout le monde. Avec risque de voir l'argent de l'ANR refusé: le jeu n'en valait donc pas la chandelle. 

 

- l'un des acteurs de ce vaudeville m'a plus ou moins ouvertement souligné que je ne savais pas lire, puisque l'ANR spécifie clairement, d'après lui, dans son document "signature du directeur de laboratoire ou de la personne habilitée à engager l'établissement". Ceci étant censé justifier cela.

Mais il est en fait écrit: "signature du directeur de laboratoire ou de la personne habilitée à engager l'entreprise".

Je ne suis pas juriste, cependant il me semble que dans les paperasseries à vocation juridique, les mots sont pesés et ont un sens précis. Notre établissement n'étant pas aux dernières nouvelles une entreprise, je suis assez persuadé que cette mention s'adresse uniquement aux industriels éventuellement partenaires, cas fréquent dans les ANR, et pas à des établissements publics pinailleurs.

 

 

Voila, l'un dans l'autre tout est bien qui finit bien. Je ne peux quand même m'empêcher de penser qu'on a mobilisé une dizaine de personnes et beaucoup de mon temps (qui, paraît-il, devrait être consacré à la recherche et à l'enseignement) sur des problèmes qui ont été crées de toutes pièces par les services ou personnes qui m'ont ensuite aidé, généralement très gentiment d'ailleurs, à les résoudre*. 

Là où, dans beaucoup d'endroits, la chose aurait pris bêtement 3 minutes chrono.

Et puis franchement, vu la situation de l'établissement, délicate pour dire le moins, je préférerais que le directeur s'occupe de choses plus urgentes et importantes que de signer toutes les ANR et demandes de financement des personnels... 

 

 

 

 Je ne résiste pas au plaisir de remettre ce monument d'humour réaliste (d'ailleurs, c'est un universitaire qui a mis la vidéo en ligne).

 

* Je crois que cette procédure ultra-lourde a été mise en place pour mettre un terme à certains contrats de type "petites prestations de service entre amis", apparemment pas mal en vigueur à une époque, qui faisaient perdre beaucoup de pognon à l'établissement tout en en faisant beaucoup gagner aux acteurs.

Je peux comprendre.

Cela dit, l'ANR est tout de même quelque chose d'assez "visible", et à ce que je sache, est plutôt faite pour rapporter gros (c'est le but affiché).

Il me semblerait judicieux d'avoir quelque chose d'un peu simplifié dans le cadre d'appels d'offre standardisés, tels que les projets européens, etc...

Enfin, ça mettrait probablement au chômage technique des services qui existent depuis Mathusalem, ce serait dommage.

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