Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 08:44

La saison des appels à projets n'a pas été très fructueuse pour moi, mais j'ai pu en tirer quelques éléments intéressants.

Si vous êtes évaluateur et souhaitez défoncer un projet, il y a quelques arguments qui font mouche à tous les coups et ne nécessitent pas de justification. (Du coup, si je regarde d'un oeil objectif d'évaluateur d'évaluations - si je puis dire-, le problème est qu'il est extrêmement difficile de dire si c'est vrai ou faux).

Par exemple:

- le porteur n'est pas qualifié (on peut détailler: trop jeune, pas assez de publis, publis pas assez bonnes, pas de HDR, trop vieux, trop mou, trop Maître de Conférences, que sais-je). Bien sûr, c'est plus dur si le porteur a 50 ans et un h-index de 50, mais dans la majorité des cas des gens moyens qui font de leur mieux, on peut trouver quelque chose.

- le projet est mal rédigé. C'est sans doute souvent vrai, mais c'est aussi parfois certainement faux. En tout cas, on peut toujours le dire, celui qui évaluera les évaluations ne lira pas le projet, de toute façon.

- le projet est trop ambitieux (ou, au contraire, pas assez). La aussi, on peut détailler: les auteurs ne maîtrisent pas un certain nombre des concepts donc c'est risqué (ou au contraire: ils maîtrisent déjà tout donc c'est pas novateur).

- l'impact sociétal est difficile à évaluer. Une de mes préférées, tant personne ne sait ce que cela veut dire, concrètement.

- d'autres sources de financement sont plus adaptées. La aussi, j'aime beaucoup. Soit on n'est pas éligible et dans ce cas le dossier n'est pas évalué, soit on l'est et dans ce cas ce n'est pas le problème de l'évaluateur. Car à ce compte la, on peut dire pour quasiment n'importe quel projet: vous auriez pu demander des sous ailleurs.

 

Il y en a sûrement d'autres...

Edit: rajout suggéré par @chtruchet

- le consortium n'est pas crédible. Soit parce que vous avez déjà travaillé ensemble alors bon, on le sait que vous allez rien faire de neuf, soit parce que vous n'avez jamais travaillé ensemble et bon, on le sait que vous allez pas vraiment collaborer et faire des trucs chacun dans votre coin.

 

 

Au niveau des articles, pour faire un petit travail d'édition depuis quelques mois, je vois passer beaucoup de commentaires du même tonneau mais adapté aux articles:

- ce n'est pas assez nouveau. Le problème est: qu'est-ce qui est vraiment nouveau aujourd'hui? Je reconnais que dans les publications standards, il y a une différence parfois subtile entre le bon incrémental et le mauvais incrémental (comme entre le bon et le mauvais chasseur), ou qu'il y a des situations de plagiat ou d'auto-plagiat. Mais franchement, dans pas mal de cas, je vois des reviews "sloppy" qui se contentent, sans justifier, de dire "c'est pas nouveau" et ça me gêne de plus en plus.

- ce n'est pas assez bon pour le journal X. Le problème est que ce genre de commentaires est encouragé par les maisons d'édition, avec leurs formulaires type à remplir par le reviewer ("ce papier fait-il partie des 20% meilleurs papiers du domaine?": franchement, qui peut répondre à cette question en étant à peu près sûr de ce qu'il raconte?).

 

 

Pour conclure sérieusement, avant d'écrire ça dans vos revues ou évaluations, j'en viens à penser qu'il faut vraiment se demander si c'est vraiment un point critique ou juste une remarque comme ça, pour remplir (ou plomber un "concurrent"). Et si on pense que pour le coup c'est justifié, il faut argumenter. Parce que ces remarques, qui peuvent parfois avoir l'air innocentes, ont des conséquences souvent très importantes.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 15:56

(petite complainte administrative parce que ça fait longtemps et qu'il faut bien faire passer la pilule de l'ANR)

 

 

Quand on est fonctionnaire et qu'on veut exercer une activité complémentaire quelle qu'elle soit, il faut demander une autorisation de cumul. Il y a des règles, des plafonnements etc.

Les mauvaises langues diront que si tu ne la demandes pas, on ne te la demandera pas non plus.

Globalement, j'aime bien (même si parfois je cède à la facilité) faire les choses dans les règles. Mais ne venez pas me dire que dans certains cas, celles-ci ne sont pas débiles.

 

Un exemple:

Je suis parfois sollicité par le même ministère qui m'emploie (eg celui de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, affilié à l'Education Nationale) pour des expertises sur certains dossiers.

Je ne vais pas vous bourrer le mou en disant que j'accepte simplement parce qu'il faut bien faire tourner la machine: égoïstement, ça me permet de voir une autre facette du fonctionnement de la recherche, de rencontrer certaines personnes potentiellement intéressantes (le fameux "réseau" qui pour certains collègues est presque un gros mot), et aussi de mettre un poil de beurre dans les épinards (pas de quoi changer la vie, hein - autour de 1000€ brut l'an dernier - mais de quoi payer 2 grands restos ou une portion de vacances).

 

Bref, pour effectuer ces expertises qui m'occupent une vingtaine d'heures dans l'année, il faut remplir un dossier relativement conséquent TOUS LES ANS. Et tous les ans, on me redemande le remplissage intégral de ce dossier (en fait, même, de deux dossiers, un pour chaque partie), comprenant des informations aussi fondamentales pour ma qualité d'expert que la date de mon PACS ou encore le métier de ma compagne.

Auquel il faut joindre, TOUS LES ANS, les mêmes documents que sont RIB, dernières fiches de paye etc. Le tout doit bien sûr être signé (et autorisé) par le directeur du labo, le directeur de la composante, et le chef d'établissement.

 

 

Voila, j'avoue que j'ai du mal à comprendre pourquoi le Ministère qui m'emploie et me paye demande au Ministère qui m'emploie et me paye de m'autoriser à m'employer et me payer. Et encore plus qu'il se le demande tous les ans, le tout de façon extensive et surtout pas un poil automatisée, pour des sommes globalement dérisoires.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 09:51

J'ai déjà dit il y a quelques temps ce que je pensais de l'HDR (habilitation à diriger les recherches): pour résumer, c'est à mon sens un "rite de passage" comme on les aime en France, hérité d'un temps ancien ou cela avait (peut-être) un intérêt, mais n'en ayant plus du tout dans le système actuel où on présuppose par ailleurs qu'un "jeune" est un chercheur de pognon comme les autres*. Et ce "rite de passage" ne subsiste, grosso modo, que par "fainéantise" (à quoi bon supprimer, après tout c'est pas si important) et suivant des arguments que l'on entend pour justifier tout ce qui relève du bizutage ("moi j'y suis passé, c'est pas si terrible, pourquoi pas toi?").

 

Ceci étant dit, j'ai pu assister à quelques belles soutenances, avec du fond, un beau résumé de 10 ans de résultats scientifiques de qualité, un jury costaud qui pose des questions pointues et pertinentes, bref, un exercice intellectuel intéressant. 

 

Mais j'en ai aussi vu où, surtout par la faute d'un jury un peu moins haut niveau (et je précise que ce n'est pas toujours le futur habilité qui choisit son jury, certaines UFR de certaines Universités imposent tout ou partie de celui-ci selon des règles complexes et variables), l'exercice perdait le peu d'intérêt qu'il pouvait trouver à mes yeux.

Franchement, il m'est difficile de m'enthousiasmer quand une bonne moitié des questions tourne autour de l'impact factor des journaux où le candidat soumet, et/ou plus ou moins directement du pognon qu'il peut ramener, et quand les questions purement scientifiques restent très en surface.

Alors je comprends que dans le système actuel, où les labos sont en compétition pour l'obtention de moyens, où la survie même n'est pas toujours facile, et où les évaluations sont constantes, ces points purement métriques (pognon, h-index, IF etc) soient importants quand on envisage de recruter quelqu'un, surtout au niveau PU (mais aussi au niveau MCF, visiblement). Mais bon, pour ça, pas besoin d'une soutenance, a priori, le CNU peut très bien faire ça sur dossier pour donner la qualification PU.

Vous me direz que l'HDR, c'est censé valider le fait que vous êtes capables d'encadrer un doctorant, et que ni le dossier ni la soutenance n'évaluent vraiment ça de toute façon: ça peut évaluer la capacité à mener une activité de recherche en autonomie (et encore, j'ai assisté à des HDR où le candidat remerciait "son chef"), mais ça ne permet pas de prendre vraiment en compte l'aspect "managérial" ou humain de l'encadrement...

 

Quoi qu'il en soit, il faut hélas "play the game" si l'on veut un peu évoluer, et plus vite c'est passé moins j'aurai à continuer à râler, donc vivement d'ici un an ou deux que je la soutienne à mon tour pour parler d'autre chose. Mais à défaut, ce serait bien que l'habilitation reste un moment pour parler très majoritairement de science.

 

 

* et donc si on présuppose qu'il est capable de le ramener tout seul, le pognon, on devrait aussi partir du principe qu'il est capable de le dépenser tout seul sans chaperon.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche La vie de Mix
commenter cet article
8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 10:59

Lemmy Kilmister (Ian de son vrai prénom), chanteur bassiste fondateur de Mötörhead, est décédé fin décembre 2015, d'un cancer foudroyant. Il faut dire qu'il avait été assez mal en point l'an dernier déjà, et que son mode de vie proche de celui de Keith Richards (toujours pas mort lui, à la grande incompréhension du monde de la médecine) en a terrassé plus d'un beaucoup plus jeune.

 

Lemmy, c'était surtout une "attitude", rock'n'roll jusqu'au bout des ongles. Des bacchantes au look veste militaire/chapeau de cow-boy/jean/santiags en passant par le mode de vie putes/bourbon/amphètes depuis 50 ans... sa basse Rickenbacker (superbe) et sa façon de chanter (micro très haut et tête en l'air) sont aussi devenues iconiques.

Cela avait été bien résumé dans un documentaire sur sa vie (ci-dessous), dans la veine de Spinäl Tap ou Anvil! (je vous recommande l'anecdote de Scott Ian d'Anthrax sur le short en jean très près du corps de Lemmy - un peu moins sa fascination pour les objets militaires et particulièrement nazis).

 

 

 

Mötörhead, c'était du "rock énervé" plutôt que du heavy-metal, assez basique, joué fort et vite par ce qu'on appelle un power trio ("à la" Jimi Hendrix - Lemmy avait d'ailleurs commencé en tant que roadie pour Hendrix, entre autres, avant de rejoindre Hawkind, groupe toujours en activité de "space rock" - progressif teinté de science fiction-, dont il avait été viré pour "abus de drogues" - ça devait être quelque chose, vu ce que les autres s'envoyaient, on était au début des seventies). Musicalement, il faut quand même avouer que ce n'est pas hyper intéressant et qu'on ne va que rarement s'en enfiler 90 minutes d'affilée. Après, c'est catchy, brutal, rapide, et certaines chansons sont sympas ou marrantes, et devenues assez mythiques, notamment Ace of Spades.

 

 

 

 

On peut également citer des chansons aux titres un rien surréalistes, venus au cours de nuits d'insomnie (dues aux amphètes), telles qu'Orgasmatron ou Killed By Death (superbe clip très 80's).

 

 

 

Dans le même temps, 4 nouveaux éléments chimiques ont été découverts (ou plutôt viennent d'être rajoutés au tableau périodique, ayant été découverts il y a 5 à 10 ans). Je n'ai pas trop suivi l'histoire moi-même mais vous pouvez écouter les explications d'un collègue dans le lien audio ici.

Il se trouve que l'un de ces éléments est un métal lourd (ou heavy metal en anglais) et qu'on ne leur a encore pas attribué de noms.

 

En conséquence, une pétition "pour rire" a été lancée par un fan pour rebaptiser cet élément "Lemmium" il y a moins d'une semaine. Elle compte aujourd'hui presque 110000 signatures (dont la mienne)...

 

Pour conclure, une reprise sympa de "Sympathy for the devil", issue du dernier album, enregistré quelques mois avant la mort de Lemmy. Chanson de circonstance, R.I.P.

 

 

 

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Musique La recherche
commenter cet article
26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 09:50

J'ai déjà beaucoup écrit sur les concours et les modalités de recrutement de Maître de Conférences, tant du côté candidat que membre de comité, et pas toujours en bien (voir les liens sur cette page).

 

Récemment, j'ai eu quelques "débats Twitter" (vraiment pas le meilleur lieu pour le débat selon moi) avec plusieurs personnes sur une (relativement) nouvelle règle imposée par le Ministère (depuis la loi Sauvadet de 2012 et donc mise en place pour les comités depuis 2013 ou 2014) concernant la composition des comités de sélection, à savoir respecter "une proportion minimale de 40% de chaque sexe" (sauf dérogations particulières pour quelques sections CNU, par exemple le génie électrique, section 63, qui ne compte que 16% de femmes...).

 

Quand on voit ce genre de graphiques, on se dit que ça tombe sous le sens:

 

Parité et comités de sélection

Néanmoins, on va voir qu'en réalité c'est un peu plus compliqué que ça...

Déjà, d''un point de vue d'ancien "organisateur" de comité, cela fait un peu rire jaune quand on regarde l'ensemble des règles à respecter (voir ici). Cela donne lieu à d'amusantes notices explicatives délivrées par les Universités pour constituer un comité de sélection. Pour mémoire, il faut respecter un "triple quorum" (parité rang A et rang B ou assimilés*, au moins autant de membres extérieurs que de membres internes dans le comité, et donc 40% de chaque sexe, le tout sur 2 réunions "physiques" avec les mêmes membres, la visioconférence n'étant pas toujours tolérée, notamment pour les auditions).

Cela dit, ce n'est pas la nouvelle règle de mixité que je critique mais plutôt l'amoncellement de règles hyper strictes censées prévenir toute "dérive" supposée (localisme, favoritisme, sexisme, etc) et garantir l'"égalité républicaine devant le concours". Tout cela pendant qu'on méprise assez ouvertement les candidats (auditions de 15 minutes, déplacements à leurs frais etc) et que chaque année plusieurs auditions sont publiquement critiquées et parfois retoquées.

Mais bref, la n'est pas le propos.

Pour revenir à cette règle de proportion minimale de 40%, j'aimerais déjà comprendre quel problème elle est censée résoudre (fut-ce partiellement): s'agit-il du déficit d'attrait des carrières académiques pour les femmes? Si tel est le cas, c'est, je crois, en amont qu'il faut travailler (lycée etc) plutôt qu'en bout de chaîne.

S'agit-il de sexisme à l'Université? Les histoires de harcèlement sont nombreuses en France et ailleurs (probablement, je le regrette, qu'elles sont moins "médiatisées" en France qu'ailleurs). Les comportements "inappropriés" aussi, mais cela me semble une problématique un peu différente, même si connectée (surtout s’ils arrivent pendant les auditions, il paraît – je n’en ai jamais été témoin mais j’ai entendu comme tout le monde des histoires- j’y reviendrai).

Y a-t-il des problèmes également au niveau du recrutement? C'est possible, mais ça mérite d'être documenté. De mémoire j'avais en tête une proportion beaucoup plus faible de femmes "de rang A" (Professeur) que de "rang B" (Maître de Conférences), mais j'avais envie de creuser un peu, c'est donc ce que j'ai fait.

Pour ceci, le bien-aimé site du Ministère qui met publiquement en ligne tout un tas de rapports et dans certains cas même les fichiers de données.

J'ai regardé les chiffres pour trois années, 2008, 2011 et 2014 (désolé, je n'ai pas le temps de faire plus...)

2008 est une année intéressante car on y trouve une analyse détaillée non seulement des postes, mais aussi des candidatures.

Donc, en 2008, nous avions sur la cohorte de qualifiés Maître de Conférences, 43.5% de femmes, et sur la cohorte de qualifiés Professeur, 30% de femmes.

Pour les candidatures aux postes (ce n'est pas parce qu'on est qualifié qu'on candidate, et de plus la qualification est valable 4 ans), on avait 29% de candidatures de femmes sur des postes PU, et 44% de femmes sur des postes MCF.

Pour les postes pourvus, on trouve 43% de femmes sur des postes MCF, et 28% sur des postes PU.

En 2011, on n'a pas d'informations sur les candidatures, simplement sur les qualifiés et sur les postes pourvus.

Ce qui nous donne pour la qualification, 29.5% de femmes qualifiées PU, et 43% MCF.

Au niveau des postes, 44.5% de femmes nommées sur des postes MCF, et 34% sur des postes PU.

En 2014, 47% de femmes qualifiées MCF et 33% PU. On peut aussi regarder les candidatures à la qualification: les femmes représentent 48% des dossiers examinés MCF, et 34% des dossiers examinés PU. Le taux de réussite est de 68% pour les femmes en MCF (71% pour les hommes), et 73% pour les femmes en PU (74% pour les hommes).

Pour le recrutement, 43.5% de femmes MCF et 36% de femmes PU.

Enfin, sur la population totale des enseignants-chercheurs (environ 53000 personnes), il y a 36% de femmes, représentant 43% des Maîtres de Conférences, et 22.5% des PU.

De façon générale, il y a bien une diminution significative de la proportion de femmes nommées aux postes de rang A par rapport à la proportion aux postes de rang B. Il faudrait pour mieux cerner les causes aller voir les recrutements 10 à 15 ans plus tôt (le temps de passer de MCF à PU) mais on (je) ne trouve les données genrées qu'à partir de 2003 (en 2003, 42.5% de femmes nommées MCF, et 26.5% de femmes PU).*

Si on regarde les données de façon "horizontale" (sur une année donnée), on constate qu'il y a un très bon accord entre les proportions respectives de qualifiées et de nommées. Soit, en gros, toutes sections confondues, 43% de femmes au niveau MCF (constant depuis 10 ans) et par contre une proportion plus variable au niveau PU.

Si on regarde donc les données de façon "verticale" (au cours du temps), la proportion de femmes nommées MCF est comme on l'a dit constante, et la proportion de femmes nommées PU en augmentation de presque 10 points. Cela semble s'accompagner aussi d'une plus grande proportion de femmes qui "demandent" (et obtiennent) la qualification (en 2005, dernière année où les données sont disponibles, seulement 25% de femmes qualifiées PU, 42% MCF).

Voilà pour les données et l'analyse "brutes". Je vais maintenant rentrer dans l'interprétation (discutable, elle).

Je ne vois pas de problèmes dans les recrutements MCF, en tout cas en termes d'attributions de postes favorisées pour les hommes, et au "premier ordre". Il y a 40-45% de femmes qui se présentent, il y a 40-45% de femmes qui ont un poste. Doit-on atteindre 50%? Je n'en sais rien (certains domaines fonctionnent avec 60% de femmes, d'autres avec 20, et là il faudrait faire, je crois, quasiment une analyse par section et qui remonterait également jusqu’au secondaire**)... J'aimerais connaître la proportion de femmes dans les cohortes de docteurs aussi...

Au niveau PU, on identifie clairement une baisse de la proportion de femmes, qui tend à s'atténuer avec le temps (en 11 ans, on passe de 26% de femmes nommées PU à 36%, mais il faut bien sûr "intégrer" ces effets sur plusieurs années pour voir la proportion de femmes PU en poste augmenter significativement). Ceci s'accompagne cependant d'une baisse similaire du nombre de candidatures par rapport au vivier de femmes MCF (si j'assume que les candidatures sont liées à la qualification, ce qui me semble une hypothèse raisonnable). Or, la qualification n'est pas plus refusée aux femmes qu'aux hommes, ce sont les femmes qui en proportion la demandent moins.

La « vraie question » me semble donc être : « pourquoi les femmes demandent-elles moins la qualification PU? » (qui est généralement, une « formalité »).

Je vois deux hypothèses :

Une forme plafond de verre ou d'auto-censure (ou de syndrome de l’imposteur). Il me semble qu'elle ne peut pas être corrigée par la parité des comités de sélection, puisqu'elle se situe en amont.

Des carrières académiques encore « en moyenne » plus lentes chez les femmes pour des raisons extérieures (vie de famille etc). Or, dans les sections que je connais, il y a une distribution assez faible autour de l’âge moyen, concernant les recrutements PU. On retrouve d’ailleurs ce phénomène pour les recrutements MCF (pour schématiser, en 2 ans on passe de « encore un peu jeune » à « trop vieux » pour le poste). Et donc, si on a le « bon dossier » pour candidater PU à 45 ans quand la moyenne de recrutement est 40, on ne demande pas la qualification parce qu’on sait bien qu’on n’aura pas de poste.

Cette question est d'ailleurs assez proche de ce qu'on a pu observer pour la PES (prime d'excellence scientifique, 2009-2012): si les femmes l'ont moins (29% de femmes MCF bénéficiaires, 20% de femmes PU bénéficiaires) c'est avant tout parce qu'elles la demandent moins (32% de candidatures de femmes MCF, 21.5% de candidatures de femmes PU).

Pour conclure, j'ai l'impression (peut-être fausse) que cette règle de parité ne répond pas vraiment aux problèmes posés au niveau du recrutement. Peut-être qu'elle répond à d'autres problèmes (par exemple, améliorer l'implication des femmes dans les instances décisionnelles) ?. Je constate aussi que le phénomène d'auto-censure semble s'atténuer ces 10 dernières années et donc la proportion de femmes accédant à des postes de rang A a largement augmenté. Je pose une question naïve: y a-t-il eu des actions menées (et si oui, lesquelles précisément) ou cette correction de la communauté s'est-elle faite "naturellement"?

 

 

Note:

Je remercie vivement @chtruchet, que ces questions intéressent beaucoup et qui a accepté de relire avec bienveillance mon texte bien qu’elle ne partage pas une bonne partie de l’analyse.

Je tiens également à citer deux-trois remarques très intéressantes qu’elle m’a faites, et auxquelles je n’avais pas songé (et qui sont largement susceptibles de faire évoluer mon opinion sur le bien-fondé de cette nouvelle règle même si par principe, après quelques années de pratique, je serais plutôt pour la suppression de toute règle administrative dans l’ESR):

« - un nombre non négligeable de femmes dans un COS agit comme une garantie. Garantie d'une part, côté jury, qu'il n'y ait pas de remarques ou questions déplacées (ça existe, ou du moins ça a existé les : « vous allez faire des enfants? » Ou "là on a le choix entre elle et lui, on va prendre lui comme ça on est sûr qu'il nous emmerdera pas avec ses maternités"). Garantie côté candidat que tu te retrouves pas avec une nana devant 12 mecs, situation inconfortable s'il en est. Même si les 12 mecs sont irréprochables d'ailleurs : ça, la candidate, elle ne peut pas le savoir !

- Que ce soit les femmes qui ne veulent pas monter, ou les hommes qui les éliminent, peu importe en réalité : dans tous les cas, c'est un pb de RH. Pour devenir clean, la première chose à faire est d'éliminer les biais faciles (ensuite, c'est compliqué, on réfléchit). Un biais énorme est de laisser le recrutement à un seul sexe***. On ne sait pas dans quel mesure il pèse, mais c'est de toute façon pas sain. Donc, je pense qu'il faut l'éliminer même sans forcément en attendre la révolution. […] Car évidemment, ça ne suffit pas. Il faut l'intégrer dans une politique plus générale, ce qui est maintenant le cas dans la majorité des Universités.

- être dans un COS, ça donne un vrai pouvoir. Une fois que tu y es, tu sièges, tu votes, tu pèses. Si tu fais bien le job, en plus, ça te donne un énorme carnet d'adresses. […] C’est quand même un vrai plus je pense. »****

 

 

* on me dit qu’il existe un « indicateur d’avantage masculin », et qu’on peut m’envoyer de la documentation dessus. Je la lirai.

** ici les analyses divergent : on me dit parfois qu’il faut regarder le problème « général », ce que j’ai fait ici, et parfois le problème « section par section » (ce que j’avais vaguement essayé de faire sur Twitter, sans pousser trop loin, car c’est long et un rien fastidieux). Cela dit, à l’occasion, je regarderai les données de quelques sections bien choisies dans le genre de la 63ème, je pense qu’elles se trouvent sans problèmes.

*** ou plutôt « la possibilité de » (ne pas imposer de critère de mixité ne signifie pas forcément que le comité sera non paritaire) (NdeMix)

**** pour le dire plus clairement, il s'agit d'activités qui, de façon générale, sans être fondamentales, sont de potentiels "accélérateurs de carrière" ou en tout cas "valorisables" dans un dossier PU (case "responsabilités administratives et activités collectives" + "reconnaissance de la communauté"). Cela peut donc jouer favorablement selon un type "positive feedback" (NdeMix)

Repost 0
20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 11:37

Mon établissement, comme tant d'autres, semble partir du principe que l'enseignant-chercheur a priori (au mieux) dépense inopportunément l'argent public ou (au pire) est profondément malhonnête.

 

Donc, bien sûr, on nous demande pour des sommes toujours plus faibles d'obtenir des devis contradictoires, d'écrire des notes d'opportunité, de faire valider la demande d'achat par le chef d'équipe, le directeur du labo, le directeur du département, etc etc. Evidemment, ce même sur les crédits dont on est censé être premier responsable (concernant les projets dont on est le coordinateur, par exemple). 

 

Et puis, on a fini par nous interdire (alors que cela fut possible pendant longtemps) de faire des "bons de commande prévisionnels" ou de prendre des "cartes prépayées" chez certains fournisseurs de consommables et autres produits chimiques (Sigma, VWR etc), bien pratique pour ne pas perdre l'argent en fin d'année (l'argent est engagé avant d'être dépensé) mais aussi pour court-circuiter les niveaux de signature et multiples formulaires (commande "en direct" avec le contact commercial sur la ligne de compte xxx ou la carte yyy).

Ben oui, ça donnait beaucoup de liberté au chercheur, ma bonne dame. Et puis des fois que je m'achète 50L d'éthanol pour ma consommation personnelle, ou des cartons de béchers pour tenter un mobilier alternatif chez moi.

 

Et en parallèle, alors que je demandais hier un devis chez Sigma, j'apprends que je ne peux obtenir ce devis, mon établissement ayant été blacklisté récemment pour factures impayées.

 

Voila. Je voulais pousser un peu l'analyse, mais les faits parlent d'eux-mêmes, je pense.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 09:30

Question qui agite beaucoup sur Twitter ou sur Gaia, le salaire (ou plutôt traitement) des enseignants-chercheurs; notamment dès que l'on compare à ce que gagnent les profs de CPGE.

 

Je laisse à d'autres le soin de faire le petit calcul "moyen" pour les profs de CPGE (encore qu'il faudrait peut-être le faire pour les agrégés), mais je vais ici exposer quelques éléments concernant les enseignants-chercheurs.

 

La durée moyenne de la thèse est de 4 ans. A ce stade, si la personne a eu une scolarité normale, elle soutient donc à 27 ans. 

L'âge moyen de recrutement est 34 ans (31.5 ans pour les sciences exactes).

Suite aux réformes de 2009 concernant le reclassement, l'échelon d'entrée est l'échelon 4 (maximum de départ, et si les 4 ans de thèse + les 6 ou 7 ans suivantes sont des activités d'enseignement et de recherche et peuvent donc être comptabilisées à hauteur de 6 ans et 8 mois, soit la durée des échelons 1 à 3).

 

L'âge moyen de l'enseignant-chercheur est 47 ans. 

 

L'âge moyen de passage PU est 44 ans. On compte 1/3 de PU pour 2/3 de MCF. En considérant que, à 47 ans, une bonne part des MCF qui ne sont pas passés PU sont MCF hors classe, on va considérer pour le salaire moyen la moyenne entre MCF classe normale et MCF hors classe/PU 2ème classe.

 

A 47 ans, le MCF classe normale gagne 2976€ net. Le PU/MCF Hc gagne 3120€ net, soit une moyenne à 3050.

 

A cela il faut rajouter une indemnité de résidence, qui oscille entre 0 et 3% du traitement brut, soit en gros 100€ net, prenons donc 50 comme moyenne.

 

A cela il faut rajouter un supplément familial de traitement, environ 110€ net pour 2 enfants. 

 

A cela il faut rajouter une prime d'enseignement supérieur, que touchent tous les enseignants-chercheurs, et qui compte pour environ 90€ net/mois. 

 

Ensuite, la PEDR concerne environ 15% des enseignants-chercheurs, son montant varie beaucoup mais fixons le à 6000€ brut (celui des PU "normaux" et des MCF "majorés"), ce qui, moyenné sur toute la population, rajoute 60€ net/mois. 

 

Enfin, les heures complémentaires, moyennées sur toute la population, représentent environ 15% d'un service par enseignant-chercheur, soit 25 à 30HED, à 38€ net l'HED, soit 80€ net/mois.

 

Au total, 

 

3050+50+110+90+60+80 = 3450€ net mensuels pour un enseignant-chercheur "moyen" (d'âge moyen, à la carrière moyenne etc). 

 

Pour les sciences exactes seules, où les carrières sont un peu accélérées, rajoutez typiquement 150€ net mensuels. 

 

Amis agrégés, à vos chiffres.

 

-----------------

Sources:

http://laviedemix.over-blog.com/article-reclassement-64739328.html

http://caillaud.blogspot.fr/2009/11/salaire-et-traitement-des-enseignants.html

http://www.fonction-publique.gouv.fr/indemnites-de-residence-et-supplement-familial-de-traitement

http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/statistiques/13/4/Prime_d_encadrement_doctoral_et_de_recherche_2014_412134.pdf

http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/statistiques/09/8/Origine2014_FINAL2_395098.pdf

https://www.univ-lille3.fr/drh/votre-carriere/remuneration/primes/

http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr//file/statistiques/90/2/bilan_social_superieur_2014_435902.pdf

Repost 0
7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 14:20

Un nouveau big boss est arrivé dans l'établissement il y a peu. Comme le précédent, il a déclaré tout de go que l'organisation dudit établissement laissait à désirer, qu'il fallait tout revoir, et a mis en place des comités et autres commissions chargées de réfléchir à la nouvelle organisation super géniale qui réglerait tous les problèmes.

 

Quand je suis arrivé il y a 5 ans, on était en pleine réorganisation initiée par le précédent big boss après consultations, commissions etc.

 

Donc, en grosso modo 10 ans, on aura connu trois organisations différentes de l'établissement.

 

Vous me direz que ça occupe les gens, surtout en cette période de rentrée scolaire toujours excessivement calme, et ça permet d'éviter de se poser d'autres questions sans doute plus complexes (qu'est-ce qu'on enseigne, pour qui, comment, quelle place pour la recherche, le tout avec quels moyens? - par exemple-).

 

Cela dit, outre le temps perdu, tant sur le moment que sur le moyen terme le temps que tout le monde retrouve sa place et comprenne ses nouvelles activités, il faut quand même probablement se poser la question du nombre possible d'organisations différentes au sein d'un établissement comme le nôtre: ce n'est probablement pas infini. Est-ce qu'au bout de 3, on n'aurait pas fait le tour?

 

J'ai l'impression que cet espèce de "mouvement perpétuel" induit par les nouveaux chefs qui veulent laisser leur marque (tout en suggérant que le prédécesseur était une buse) est une constante de l'organisation publique, mais sans doute aussi privée.

 

Ne peut-on pas y couper?

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 11:07

Une petite réflexion un rien désabusée en revenant de vacances.

 

Il est de bon ton de taper sur les enseignants-chercheurs vénaux qui ont abandonné la recherche pour se consacrer à l'enseignement, profitant de ce système étrange faisant qu'il est possible de se faire payer des heures complémentaires (d'enseignement) sur le service "normal" qu'on ne fait pas ou plus (la recherche).

Je ne vais même pas m'étendre sur certains problèmes inhérents à la fonction, et surtout sur la rigidité de la "fiche de poste", présupposant que l'on fait le même travail dans une école d'ingénieur où les enseignants ont 40h de service annuel et des labos richement dotés, et un IUT où tous les enseignants sont en double service avec 0 moyens pour la recherche.

 

Je voudrais ici plutôt stigmatiser l'évolution actuelle en France et prendre un cas lambda, le mien. Je suis dans un labo correct (difficile à définir, mais de taille raisonnable, bien évalué mais pas excellement par l'AERES ou sa nouvelle mouture, quelques chercheurs réputés nationalement, pas de "star" internationale), niveau enseignement je fais mes 192h plus de 10 à 50 heures complémentaires bon an mal an (dont un bon nombre en jurys ou autres "responsabilités pédagogiques" moins contraignantes que des cours magistraux). Je pense que c'est assez représentatif, ni "privilégié" ni "France d'en bas".

 

J'ai eu la chance d'avoir une ANR blanche lors de ma 1ère année (elle finit dans quelques mois). L'année d'après, une bourse permettant de mettre en place une cotutelle et de payer un étudiant américain pour venir travailler un an avec moi dans le cadre de son PhD. De façon non formelle, je me suis retrouvé également actif dans 2 ou 3 projets obtenus par les 2 collègues de l'équipe.

 

L'an dernier, les 2 ANR dans lesquelles j'étais impliqué n'ont pas été retenues. J'ai également reçu un avis négatif pour un appel à projets jeune chercheur local, ainsi que pour une nouvelle demande de bourse d'échange d'un étudiant américain.

J'ai quand même obtenu un contrat doctoral, après pas mal de négociations (en gros, nous avons du "partager" un sujet de thèse à partir de deux très différents, avec un collègue...). Mes collègues de l'équipe ont obtenu un FUI: hyper industriel, mais bon, ça fait toujours une petite poire pour la soif pour des congrès ou le maintien de quelques équipements.

Cette année, 2 nouveaux sujets ANR rejetés (dont 1 où j'étais porteur). Encore un échec pour un dossier de partenariat international. J'attends sans beaucoup d'espoir la réponse pour l'appel à projet jeune chercheur. Pas plus de succès chez mes deux collègues.

Certains projets méritent sans doute plus de réflexion ou peut-être même manquent d'intérêt, mais d'autres ont été extrêmement bien évalués et malgré tout non financés.

Bref, en ce moment j'ai deux thésards co-encadrés financés. Il me reste environ 20k€ sur l'ANR, à écouler dans les 6 mois. Ensuite, plus rien, en propre, niveau fonctionnement ou équipement. Le fonctionnement mutualiste avec les collègues permettra de vivoter un an ou deux, de finir les thèses. Et après?

 

Bon an mal an, je publie mes deux ou trois papiers par an. C'est pas de la "paradigm shift" science, mais je pense que c'est honorable, que les papiers sont globalement lus par la communauté. Quand je suis évalué par le CNU, on m'explique que je suis nul ou médiocre au mieux.

On m'explique qu'il faut aller voir à l'Europe, mais mon CV étant jugé médiocre à l'échelle nationale, comment peut-il être suffisant à l'échelle européenne?

 

Alors, franchement, combien de temps vais-je accepter de passer pour un gland de tous les côtés? Quand est-ce que je vais finir par me dire que le jeu de dupes, ça fait chier, et que, si je n'ai pas le courage de me barrer, autant au moins prendre le peu de pognon que je peux ramasser? Parce que franchement, les collègues (et parfois même le Ministère directement) qui te tannent pour te refiler des cours, des trucs administratifs, des évaluations de machins divers, le tout payé en sus, ce n'est pas ce qui manque. Et comme ça peut monter à ~10k€ annuels en plus sur la fiche de paye sans trop d'efforts...

 

 

Plutôt que de blâmer les collègues qui n'ont pas la chance d'être "excellents" ou jugés tels de faire un choix qui apparait de plus en plus raisonnable, il faudrait sans doute s'interroger sur ce système si décourageant. Ce n'est certainement pas ce gouvernement qui s'y penchera: beaucoup trop terre-à-terre quand on est dans la stratosphère.

 

On peut parfois céder à la tentation complotiste et se demander si tout cela n'est pas voulu, pour créer deux corps de métier différents, l'un dédié à la recherche (d'excellence uniquement), l'autre aux sombres tâches et à l'enseignement, avec un ration d'environ 20% pour 80%, le tout couplé à une transformation du paysage universitaire, avec une dizaine de pôles d'excellence axés sur la recherche et le reste basé sur le modèle des "college" américains (délivrance des licences majoritairement). Mais la vérité, je pense, est plus prosaïque: les politiques se foutent complètement de l'enseignement supérieur et de la recherche, le bateau vogue on ne sait où et tout le monde s'affaire dans son petit coin pour faire tourner la machine comme il peut sans aucune vision. Il se trouve juste que c'est vers la qu'on se dirige, mais ça pourrait aussi bien être ailleurs (on appelle ça Hanlon's razor).

Repost 0
12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 13:45

Comme souvent, en France, tout le monde s'accorde à dire que la situation va mal mais dès qu'on parle de changer quelque chose, le statu quo apparaît comme la moins pire des solutions.

 

Par exemple, je pense qu'il y a une sorte de consensus sur le fait que la situation des docteurs dans notre beau pays n'est pas terrible, que ce soit au niveau de leur insertion et employabilité académique ou privée, de la reconnaissance du diplôme, parfois même au niveau de la qualité moyenne des thèses soutenues (argument ressorti pour défendre le besoin de la qualification), et du côté des doctorants de l'encadrement, des ressources etc.

 

Mais les levées de bouclier lors du fuitage de l'arrêté pourtant bien innocent montre que, finalement, la communauté s'accommode assez bien de la situation.

 

Comme je le disais précédemment, il y a en SHS 2/3 de thèses non financées spécifiquement, dont une partie seulement (autour de la moitié probablement) est salariée par ailleurs (professeur dans le secondaire par exemple, ou autre). Le taux d'abandon est de l'ordre de 1/3, et la durée moyenne pour ceux qui finissent est de 5.25 ans.

 

En parallèle, les thèses de sciences dures sont financées à 90%, le taux d'abandon de 6%, et la durée moyenne des thèses de 3.5 ans.

 

Concernant l'insertion professionnelle (voir vers page 49), il y a plusieurs sous-catégories au sein des sciences dures et des LSHS. En gros, celles à plus de 12% de chômage et celles à moins de 8.

A plus de 12, on trouve les lettres et sciences humaines mais aussi la chimie et la biologie.

A moins de 8, on trouve les maths, la physique et les sciences de l'ingénieur mais aussi le droit et l'économie.

Couplé à cela, dans les catégories avec peu de chômeurs, on trouve également moins de 25% de CDD, contre plus de 30 (et jusqu'à 40) dans les catégories à fort taux de chômage.

 

On peut d'ailleurs corréler ça de façon amusante à l'âge moyen de recrutement dans le public, par exemple en tant que maître de conférences: 35 ans pour la biologie, 36 pour les lettres, mais 30 pour les maths, 31 pour l'info, et la physique, seule la chimie ne fitte pas bien avec 31-32 également.

 

 

S'il est donc difficile de conclure sans bémol que l'encadrement strict de la durée des thèses et des financements des doctorants leur ouvre grand toutes sortes de débouchés (notamment pour des secteurs industriels en crise comme la biologie ou la chimie), je crois que, en moyenne, la situation pendant la thèse et post-thèse des 60% de docteurs en sciences dures est plus enviable que celle des 40% de docteurs en LSHS. Et que, globalement, la situation pourrait être meilleure pour tout le monde si l'on compare à ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. Il m'apparaît également délicat de communiquer sur le doctorat comme première expérience professionnelle quand de facto, il n'y a rien eu qui ressemble de près ou de loin à un contrat de travail...

 

Est-ce qu'instaurer (ou imposer) des "bonnes pratiques" au niveau des directeurs de thèse réglera tous les problèmes? Probablement pas. Comme je l'ai dit plus d'une fois, il y a beaucoup de pédagogie à faire du côté des entreprises pour culturellement modifier le rapport de force avec les écoles d'ingénieur, de commerce, ou les ScPo, ENA etc pour améliorer la lisibilité du diplôme (si tant est que cela soit possible).

 

Mais j'avoue que quand j'entends des permanents refuser tout encadrement de la durée des thèses, toute obligation de financement des doctorants; quand le permanent n'a de fait aucune responsabilité dans l'encadrement, d'autant plus qu'il m'explique qu'en sciences humaines, on réfléchit fort et que donc c'est le doctorant qui doit définir son propre sujet; quand enfin, après tout, s'occuper du devenir du doctorant c'est pas son problème; et quand, pour justifier tout ça, on me parle de "liberté académique", je fais une syncope.

La liberté académique, c'est celle du permanent de pouvoir chercher ce qu'il lui plaît (et Dieu sait qu'elle est mise à mal avec les impératifs du financement). La liberté académique du précaire, c'est quoi? C'est la même que celle de l'employé qui dit qu'il veut travailler le dimanche parce qu'il n'a pas assez pour vivre avec son travail de la semaine, et que le patron montre en exemple... Pendant ce temps là, le permanent, lui, "encadre" et met bien ça en avant pour ses primes ou dossiers de promotion.

 

Plus ça va (ou en fait plus je lis de choses qui me font tomber de mon siège), plus j'approuve le projet d'arrêté qui va passer aux oubliettes. Pour tout dire, j'irais même plus loin.

- Inscription en thèse uniquement des doctorants financés ou des salariés, avec durée de 3 ans plus 2 de dérogation pour soutenir la thèse (ou 6 + 2 pour les salariés). Dérogations accordées que si financement pour l'année supplémentaire.

- Pour ces doctorants là, suivi, par l'école doctorale, l'HCERES et les comités de thèse, du rôle du directeur de thèse, des durées de thèse et du devenir des doctorants. Publication ouverte des statistiques sur le site de l'école doctorale, par laboratoire et par encadrant.

- Vrai pouvoir donné aux comités de thèse pour stopper celle-ci si le candidat ne répond (vraiment) pas aux attentes. 

- Pour les autres (les non financés, soit environ 20000 personnes en préparation de thèse à un temps donné, mais dont seulement 12 ou 13000 soutiendront un jour...), simplification de la procédure pour la validation de la thèse en VAE ou procédure de ce style. Le suivi universitaire serait assuré par un "tuteur pédagogique" (activité que l'on dissocierait de celle de directeur de thèse dans les dossiers des encadrants; un peu dans l'esprit de ce qu'on fait pour l'apprentissage). Mon idée, c'est qu'à terme ce genre de doctorats représente quelques dizaines de cas par an, pas 10000...

 

Et puis bien sûr, suppression de la qualification (ça n'a rien à voir mais bon, tant que j'y suis), et de la HDR, parce qu'il faut être consistant: on ne peut pas fonctionner dans un système par appels à projets où le jeune permanent doit chercher du fric et recruter pour bosser, sans lui donner le droit d'encadrer pendant ses 5 ou 10 premières années... 

 

Voila, votez pour moi et tout le monde sera dans la rue très rapidement.

 

(article écrit dans l'émotion de l'instant, sans relecture, je prie mes lecteurs de bien vouloir m'excuser, je relirai asap)

 

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article