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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 10:15

Dans un labo que je connais, il était extrêmement courant, jusqu'à il y a peu, de prolonger en 4ème voire 5ème année les thèses par un ATER, ou d'inciter les jeunes docteurs à rester au labo faire un post-doc, un petit contrat industriel, etc.

 

Je trouve que ça symbolise bien cette fausse empathie, ou empathie intéressée, qui semble bénéfique et bienveillante à court terme mais s'avère néfaste à moyen terme, qu'on rencontre dans notre milieu.

 

Ok, à court terme, on a l'air sympa: on offre un job, fût-il temporaire, à un jeune. Dans le contexte actuel, c'est déjà pas mal. Pour le doctorant en fin de thèse, qui est souvent un peu dans le doute métaphysique, c'est la solution de facilité. Sauf qu'à moyen terme, il n'y a généralement aucune intention de l'embaucher pour de bon (même si parfois ce genre de choses est évoqué comme argument), et ça le grille au minimum un peu, parfois complètement, le CV pour une carrière académique. Dans les commissions de recrutement, "tiens, mais pourquoi il a fait 5 ans dans son labo de thèse?". Il n'est pas non plus facile de justifier face à un industriel ces contrats "alimentaires".

Ainsi, je me souviens de cette personne, qui a du passer 5 ou 6 ans d'affilée dans le labo entre sa thèse et ses différents contrats. Elle était devenue en quelque sorte le "super technicien", qui connaissait toutes les manipes du labo, formait tout le monde, et n'en retirait personnellement pas grand chose. Finalement, tout ce petit monde sympa qui la prolongeait de six mois en six mois a vu arriver la loi Sauvadet et a conclu en réunion "bon ben faut qu'elle dégage". Mais ils la regrettent beaucoup aujourd'hui: normal, certes elle n'apprenait pas beaucoup scientifiquement et se flinguait un peu la carrière, mais c'était bien pratique pour les permanents qui lui refilaient leurs étudiants en formation...

 

Or, quand on essaye de s'affranchir de la sympathie qu'on peut éprouver pour une personne et qu'on tente de réfléchir à la situation dans sa globalité ou sur du long terme, on passe pour un connard sans coeur (tant du point de vue des collègues, qui soit ne sont pas conscients de leur cynisme, soit font semblant, que parfois du point de vue des jeunes chercheurs, ce qui est plus triste). Mais est-ce que le mec sympa, c'est vraiment celui qui, au final, t'aura pourri ton CV et te jettera au bout de 3 ou 4 ans parce qu'il n'a "pas les moyens de te titulariser", tout en ayant bien profité de tes compétences?

 

Ces pratiques ont un peu stoppé, pas parce qu'il y a une épiphanie dans le labo au sein des permanents, mais simplement parce que le nombre de postes d'ATER ont fortement baissé, et que les durées moyennes des thèses ont été épinglées par l'AERES (je vous ai dit que j'aimais bien l'AERES...).

 

 

On a le même genre de situations avec les personnels de catégorie C ou certains contractuels gestionnaires payés sur contrats de type 10 mois sur 12. Il y a plein de gens sympas pour prendre la défense individuelle de ces personnes, et pour leur donner plein de boulot à un salaire horaire bien en-dessous du SMIC. Si on s'élève contre l'existence même de ces contrats ou de ces conditions de travail, on est implicitement accusé de vouloir mettre des gens au chômage, de ne pas prendre en compte la bonne marche du système, etc.

 

 

(Désolé, texte écrit un peu sur le vif, sans avoir pris beaucoup de temps pour le peaufiner, il y a sans doute des passages légers tant sur le fond que sur la forme - encore plus que d'habitude, je veux dire)

(Cela rejoint aussi un peu mon article sur la sélection à l'université)

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 11:06

Merci à @GillesFrison pour m'avoir expliqué ce qui n'était pas clair pour moi dans l'article d'hier (les 80% de projets financés, ce que sont les "projets supplémentaires" et les 28% de réussite là où je voyais 25: mon hypothèse selon laquelle ces "projets supplémentaires" auraient un taux d'acceptation très supérieur est d'ailleurs très certainement invalidée).

Les données étaient sous mes yeux, mais je les avais mal lues et/ou mal comprises, comme quoi, même pour des choses aussi "simples" le peer-review est intéressant 

 

Je pourrais faire un correctif directement sur l'article, mais cela alourdirait le propos je pense, et en bon converti de la communication, j'ai compris qu'écrire un truc faux, puis un 2ème pour corriger le 1er, c'était toujours mieux pour faire parler de soi.

 

Voici donc le tableau récapitulatif qui permet de comprendre mes erreurs 

 

tableau-recapitulatif-anr.png

 

Les résultats de vendredi ne concernent que la colonne du milieu, à savoir les projets collaboratifs inter-labos ou avec partenaires industriels (PPP), plus les projets jeunes chercheurs (JC).

Les résultats concernant la 2ème phase des projets "réseau de recherche" (RR) et internationaux (PI) ne sont pas encore connus.

 

Dans mes graphes "nombre de projets acceptés" et "budget" de l'article précédent, il faudra donc plutôt prendre les points rouges pour 2014 (je ne pense pas que je ferai un 4ème article pour ça, mais qui sait?).

Le 28% annoncé correspond bien à 711/2488 (et non le 711/2804 que j'évoquais dans l'article précédent).

Le "taux d'acceptation" dépassera probablement (de peu) la barre symbolique des 10% une fois tout pris en compte.

 

Encore que, ce paragraphe reste toujours pour moi un peu incohérent...

"Ces 711 projets représentent près de 80% des projets qui seront financés au titre de l'appel à projets générique 2014 [...]. Ils seront complétés par les résultats des projets soumis à l'appel générique dans le cadre d'accords internationaux et au titre de l'instrument "réseaux de recherche" , ce second lot de projets sélectionnés représentant une centaine de projets supplémentaires.

Une fois l'ensemble des résultats publiés, le taux de sélection s'élèvera à 28% des propositions complètes soumises en étape 2, soit une augmentation de 11 points par rapport au taux de sélection 2013 (16,5%)."

 

On nous parle d'une centaine de projets supplémentaires mais on nous dit que 711 représente 80% du total, donc on s'attendrait plutôt à 200 projets supplémentaires... Mais on nous dit que le taux de réussite "global" sera de 28% ce qui donne plutôt 90 projets supplémentaires parmi les RR et PI (et du coup, on n'atteindrait pas la barre des 10% en global)... Bref, je ne pige toujours pas bien (d'où mon 150 pifométrique dans le tableau).

 

 

PS: bon, ça suffit sur le sujet, c'est pas parce que c'est presque les vacances qu'il ne faut pas finir ce qu'il y a à finir...

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 12:06

Mon article sur les chiffres de l'ANR a connu l'un de mes plus beaux succès de blogueur sur les réseaux sociaux, lors de sa parution en mars, puis en début de week-end suite à la publication des résultats de la 2ème phase (qui, avouons-le, ont en moyenne fait beaucoup de mal - au cul, si j'ose m'exprimer ainsi- à la communauté).

 

Dans cet article, j'avais "anticipé pifométriquement" les données de 2014 concernant les projets acceptés (en me basant quand même sur certaines infos que j'avais pu obtenir). Il se trouve que ces prévisions étaient résolument optimistes.

 

Voici donc certains des graphes réactualisés.

 

Le nombre de projets acceptés au fil des ans:

 

acceptes-actualise.jpg

 

Ce qui nous fait tout de même une chute de 30% entre 2013 et 2014, alors qu'il y avait déjà eu -20% entre 2012 et 2013...

Le point rouge est lié à ce passage que je trouve peu clair dans la synthèse des résultats publiée par l'ANR. 

"Ces 711 projets représentent près de 80% des projets qui seront financés au titre de l'appel à projets générique 2014 et environ 65% du budget global qui sera distribué par l'ANR au titre de son plan d'action 2014. Ils seront complétés par les résultats des projets soumis à l'appel générique dans le cadre d'accords internationaux et au titre de l'instrument "réseaux de recherche" , ce second lot de projets sélectionnés représentant une centaine de projets supplémentaires."

Je ne sais pas à quoi ces 20% restants correspondent, ni comment ils sont obtenus, par quel type d'appels etc. On m'a parlé de projets "réservés" aux IRT, nouveaux machins très à la mode, je ne sais pas vraiment de quoi il retourne. Je ne comprends pas non plus également comment on arrive à "une centaine de projets supplémentaires" si 711 représente "près de 80%" du total...

Bref, dans le doute, j'ai rajouté 150 projets aux 711, d'où le 860. Si c'est une centaine, ce sera plutôt 810-820... (et donc une chute de "seulement" 20% à nouveau, ouf).

Si quelqu'un a plus d'infos, n'hésitez pas en commentaires...

 

Dans le même registre, avec les mêmes interrogations (cette histoire de 65% dans le paragraphe plus haut), voici donc le budget au fil des ans:

 

budget-actualise-2.jpg

 

Sur Twitter, on me suggérait de regarder le budget global de l'ANR, pour voir si la part de "gestion" (paiement des permanents et contractuels, des locaux, des rapporteurs) diminuait autant que la part allouée au budget. C'est une bonne idée, mais je n'arrive pas à trouver ces chiffres (probablement parce que je ne comprends pas le langage comptable: Dans les rapports annuels, on trouve les crédits d'engagement ou de paiement, plus élevés que les budgets dédiés aux projets. En 2012, respectivement 745 et 629M€ contre 555 pour les projets, mais je ne sais pas à quoi tout cela correspond). 

J'avais aussi dit que je tenterais une estimation pifométrique du coût des évaluations, n'étant pas convaincu par celle proposée par S. Huet, mais ça sera pour une prochaine fois (peut-être).

La aussi, si d'autres veulent rebondir...

 

Enfin, le taux d'acceptation:

 

taux-d-acceptation-actualise.jpg

 

On peut faire quelques remarques sur ce dernier. 

Les plus cyniques d'entre nous, sur Twitter ou dans les labos, pariaient déjà il y a presque un an (lorsque les nouvelles règles sont parues) que les décideurs communiqueraient sur un taux de sélection en hausse, en comparant le taux de la 2ème étape de cette année au taux "global" (1 étape) des années précédentes. 

Je me doutais que c'était possible, mais au fond de moi je croyais qu'un peu de décence les retiendrait.

Que non. Ni du côté de l'ANR, ni du côté du Ministère, le tout enrobé d'un peu de novlangue. Celle de l'ANR est dans le lien hypertexte donné plus haut, je vous copie celle du Ministère: "L'objectif [de la sélection en 2 étapes] est double : alléger la charge administrative pour les chercheurs et augmenter le taux de sélection final. Cet appel à projets 2014 le démontre : 28% des projets ayant donné lieu à un dossier complet, ont été retenus grâce à ces nouvelles modalités, contre 16,5% l'année passée". 

Du coup, je me demande bien qui est le plus cynique.

 

Autre petit point qui n'a je crois pas été soulevé mais que je trouve intéressant: ils annoncent 28% de réussite sur la 2ème phase, en prenant en compte la centaine de projets supplémentaire pour lesquelles les résultats de l'évaluation ne sont pas encore connus.

Or, actuellement, 711/2804 = 25%.

Si on considère qu'il reste 150 projets à financer (limite haute), pour arriver à un taux global de 28%, cela veut dire que le % de chances d'être financés pour ces projets est de 56%.

Si on considère qu'il reste 110 projets à financer (limite "basse" pour "une centaine"), on est alors à 90% de taux d'acceptation!!!

Bref, je ne sais pas par quels canaux passent ces projets, mais on n'est pas dans les pourcentages de réussite du chercheur lambda... 

 

 

Enfin, tant que j'y suis, je ne peux m'empêcher de corréler ça au nombre de postes ouverts au concours pour les Maîtres de Conférences (d'autres ont déjà fait la même chose pour le CNRS, et il y a également des données intéressantes de la CP-CNU).

Depuis 2006-2008, tout ça se ressemble quand même pas mal.

 

postes-mcf-an.jpg

 

Je trouve ça amusant de voir qu'une petite régression linéaire entre 2006 et 2014 marche pas mal. Si on la croit, l'année où le nombre de postes sera 0 est 2027. Cela me semble très optimiste...

Remarquez, c'est bien corrélé à l'estimation selon laquelle l'échelon 1 pour un MCF sera le SMIC en 2025...

 

 

 

Je conclurai en citant I. This Saint-Jean, ancienne Présidente de Sauvons la Recherche, au bureau national du PS pour les questions de l'ESR et VP de la Région IDF pour l'ESR, dans un tweet du 14 juillet: "Oui, soyons fiers et conscients des atouts de notre pays. Parmi les plus grands atouts de la France, sa recherche!" (avec en copie l'Elysée et B. Hamon)

 

 

 

PS: J'ai raté ma vie: plutôt que de faire Maître de Conférences, j'aurais du être journaliste type "Les Décodeurs" à 4k€/mois. Qu'on ne se méprenne pas, je trouve que c'est globalement plutôt bien ce qu'ils font, même si le "fact-checking" devrait être après tout le b.a.-ba du métier de journaliste, sans que l'on ait besoin de faire passer ça pour une "révolution". Outre ça, le vernis "scientifique" de leurs articles m'agace parfois, alors bon, je révèle mon secret: je lis des rapports publics, j'en tire des informations, et j'utilise excel pour faire des graphiques de ces données, le plus souvent brutes et avec en abscisse les années. Parfois, je les divise ou multiplie entre elles quand ça me semble pertinent, et je rajoute une régression linéaire. Bref, même moi je suis pas à 100% de mes capacités mathématiques. 

D'ailleurs, si vous utilisez mes graphes, merci de me demander la permission (autre b.a.-ba du métier, mais bon, précisons-le à tout hasard). Sinon vous pouvez toujours récupérer les valeurs et faire les votres, c'est pas bien compliqué.

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 14:04

J'ai très vaguement suivi hier, grâce aux tweets de @titechofie et @TotoroInParis et au lien radio de @b_abk6, les débats du comité national de la recherche scientifique (CoNRS) réuni en plénière pour discuter de la crise de l'emploi scientifique et de moyens d'actions éventuels (initiative qui me semblait aussi nécessaire que bien venue).

 

J'ai lu (via @lazette) le texte adopté par le comité et transmis au ministère.

 

C'est toujours une gageure de faire une synthèse rigoureuse et consensuelle d'une situation extrêmement complexe et de solutions potentiellement multiples. 

 

Donc, first and foremost, je précise que je suis globalement d'accord sur le constat, sur la nécessité d'essayer de faire quelque chose (même si ma posture personnelle est plutôt celle d'un nihiliste).

 

Quant aux propositions, mon coeur balance*, voici rapidement pourquoi:

- le CoNRS demande la création de "plusieurs milliers de postes" dans la recherche publique. Le texte fait bien soin de mentionner ingénieurs et techniciens, mais bon, je crois qu'on pensait plus aux chercheurs et enseignants-chercheurs (c'est quand même principalement d'eux dont on parle quand on mentionne la pression de sélection et l'envol de l'âge des recrutés). 

Plusieurs milliers de postes est un peu vague. Dans la suite, on lit "1% du CIR = 1000 postes". Je ne sais pas s'il y a eu un calcul un peu sérieux effectué, m'est avis que ça ressemble à du bon gros coin de table.

Démonstration: 1% du CIR ~ 50M€. 1 poste ~ 50k€ brut chargé/an.

Ca m'interpelle dans la mesure où cela suppose quand même que le montant actuel du CIR est "éternel" (parce qu'un poste permanent, c'est pas qu'un an, c'est 40). Même s'il est actuellement "sanctuarisé", cela me semble malgré tout une hypothèse forte. Mais soit.

Il faut quand même donner quelques chiffres: on diplôme en gros 10000 docteurs/an, toutes disciplines confondues.

Cette année, entre les postes MCF et CNRS, on est à 1700 recrutements de chercheurs et enseignants-chercheurs. Il faut rajouter les autres EPST (~100 à l'INSERM, 40 à l'INRA, ~20 à l'INRIA...) et on pourrait discuter de la pertinence de rajouter des EPIC, Pasteur etc. Il faudrait aussi probablement rajouter les postes d'ingénieurs de recherche qui ne concernent guère plus que des docteurs aujourd'hui.

Bon, en gros, on doit être à 2000 postes de docteurs dans la recherche publique**.

Comme je l'avais souligné, on devait être à pas loin de 2500 il y a moins de 5 ans (localisation du pic des départs en retraite des baby-boomers), ce qui confirme bien la préoccupation du CoNRS.

Cela dit, je ne suis pas complètement convaincu que le malfonctionnement de l'ESR ne soit que le fruit d'une pénurie de postes, finalement assez récente. Je suis par contre complètement persuadé qu'il y a des efforts importants de restructuration à faire: le CoNRS en parle, même si son exemple concernant les investissements d'avenir me semble très mineur vis-à-vis de ce qui devrait être fait dans le cadre d'un choc de simplification.

De plus, il n'est pas clair pour moi que le public doit absorber beaucoup plus de 25% des docteurs "produits"***.

Quelle est cette proportion à l'étranger, par exemple? Sous-entendre que le public doit absorber une très large partie des docteurs ne viendrait-il, dans un effet de balancier mal évalué, pas renforcer les "préjugés" du privé vis-à-vis de ces diplômés? 

 

- Ce qui m'amène à mon deuxième point: un pote encore plus cynique (et probablement encore plus de mauvaise foi consciente) que moi, qui bosse dans une grosse boîte faisant pas mal de R&D (et d'aussi loin que je puisse juger, plutôt de la bonne), défendait un soir assez fortement le CIR. 

Il m'expliquait notamment que si le CIR cessait, probablement qu'une bonne partie de l'activité recherche de sa boîte cesserait aussi, en tout cas en France. 

On buvait des bières alors, même s'il suffit que l'un dise blanc pour que l'autre dise noir, on n'est pas allé très loin dans la discussion. Quoi qu'il en soit il me semble étonnant (je suis soit trop coco, soit trop libéral, je ne sais plus) qu'un groupe mondial ait besoin de subventions de l'Etat pour faire ce qu'elle devrait faire anyway. D'autant plus que, de ce que je m'étais laissé dire, le chercheur R&D français bossant en France était plutôt moins cher que dans pas mal d'autres pays développés (ce qui n'est pas le cas des ouvriers/techniciens: si les usines ferment, le "high tech" ne se porte pas si mal).

Alors, tous les "défauts" du CIR sont largement énumérés dans la communauté des chercheurs du public: son coût qui a fait quelque chose comme x30 en 10 ou 15 ans si je ne m'abuse, l'absence de contrôle sur l'utilisation des crédits ayant induit tout un business parallèle d'optimisation fiscale, de boîtes de conseils etc****, la relative complexité des mécanismes faisant qu'il finance largement plus les "gros groupes monopoles ronronnants qui n'ont pas besoin de ça" que les "petites start-ups qui font la vraie innovation", corrélation avec les indicateurs de l'innovation peu clairs...

Il y a néanmoins une contribution du CIR que je trouve intéressante et qui rejoint ce dont je parle plus haut: celle qui incite les entreprises à embaucher en CDI des jeunes docteurs (par jeune, on entend 1er CDI: ainsi, Priscilla a pu en bénéficier malgré quelques années de contrats post-doctoraux divers après sa thèse) en les finançant intégralement pendant 2 ans

La encore, probablement que Total, Saint-Gobain, Michelin, et consorts, devraient pouvoir faire sans, mais ça me semble un très bon mécanisme pour les start-ups et PME.

Bref, le CIR mériterait probablement une remise en cause assez profonde, mais on y trouve des choses pas mal qui me semblent oeuvrer pour une revalorisation du doctorat en France et plus pertinentes que doubler les postes de MCF.

 

 

 

* Le texte manque de détails, donc je ne sais pas si je suis en désaccord ou en accord "masqué". Et puis, je suis en pleine réflexion avec moi-même, d'où l'écriture de ce billet, ça m'aide toujours.

** Il faut noter que pour les postes de MCF, 15% des recrutés sont étrangers. C'est plutôt autour d'1/3 au CNRS si ma mémoire est bonne.

*** Même si je simplifie en ne tenant pas compte de flux pluriannuels, mais bon, on fait ce qu'on peut.

**** "faire réparer la photocopieuse par le cir" est un cliché dont j'ignore la véracité, ne serait-ce que partielle, mais qui revient souvent.

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 17:24

L'une des principales raisons du reconduction de Fioraso à la tête du secrétariat d'Etat à l'Enseignement Supérieur et la Recherche, serait, selon des propos que l'on prête à Hollande, d'avoir mené quelques réformes tout en réussissant à "ne pas mettre pas les chercheurs dans la rue".

 

Certes, après 2 ans de mandat Hollande, c'est presqu'un exploit, mais je m'étonne que cela suffise à symboliser une réussite, tant il me semble que la population des chercheurs, peu syndiquée (les principaux efforts des syndicats universitaires concernent surtout les personnels des catégories B et C), n'est pas particulièrement adepte de ce genre de moyens de revendications.

 

Il n'y a guère eu, si je me souviens bien, que le mouvement assez spontané de 2004 (ayant contribué à placer l'organisation Sauvons la Recherche sur le devant de la scène, organisation peu politisée au départ avant de quasi-disparaître médiatiquement tout en devenant un beau moyen de promotion sociale pour ses meneurs).

 

Il y a eu quelques actions en 2007, mais surtout en 2009, d'assez forts et longs (quasiment un semestre, je crois, mais je n'étais pas sur le territoire à ce moment) blocages dans beaucoup d'universités au sujet de la loi Pécresse.

 

Bref, pas de quoi vraiment avoir peur de nous, et ce d'autant plus quand on voit les résultats, par exemple de la ronde infinie des obstinés.

 

Les universitaires sont des gens qui s'expriment (tribunes régulières personnelles ou de groupes plus ou moins organisés), souvent ai-je l'impression de façon relativement réfléchie (un biais professionnel assez général est d'au moins apprécier le factuel), mais on ne peut pas dire que les "rapports de force" soient leur point fort.

Finalement, en réunissant 12000 noms dans la pétition contre sa reconduction, Fioraso a quand même largement plus "fédéré" contre elle que d'autres grands noms du ministère, comme par exemple Wauquiez...

 

Alors, d'où nous vient cette réputation d'"agitateurs", que je vois ressurgir périodiquement même chez certains collègues? Y a-t-il quelque chose qui m'échappe?

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 09:09

Aujourd'hui, c'est la deadline des remplissages de dossier  PEDR, PES , PEDR (prime d'encadrement doctoral et de recherche, anciennement prime d'excellence scientifique mais le terme excellence était pour certains trop connoté droite méchante, plus sérieusement avait, en terme de communication, ce petit côté déplaisant très copéiste que le monde se divise en quelques excellents et une très large majorité de nullos. La réalité est souvent, heureusement ou malheureusement, un peu plus complexe).

 

Comme l'a dit Rachel, le dossier était une fois n'est pas coutume plutôt simple, très calqué sur celui de la PES d'ailleurs. Le document CV modèle a un peu changé sur la forme, quasiment pas sur le fond, bref, tout change mais rien ne change. 

 

Là n'est pas la question (même si j'ai enfin pris la décision de le remplir de façon exhaustive, afin qu'en cas d'échec - dont la probabilité est d'environ 100%*- cela aille au moins vite la prochaine fois).

 

Ce qui m'étonne, c'est que dans les 4 grandes cases (production, encadrement, rayonnement, responsabilités) telles que ma section CNU veut que je les remplisse, les activités d'"encadrement" ou de "direction scientifique" des chercheurs post-doctorants n'apparaissent nulle part. 

 

On m'explique que, le chercheur contractuel étant Docteur, il ne s'agit plus de "formation à la recherche" et donc que cela ne rentre pas dans la case "encadrement". 

Ok, why not, à vrai dire je serais plutôt d'accord. 

Mais je trouve quand même étrange qu'il n'y ait aucune "case" dans le dossier prévue à cet effet. Si "encadrement" ne convient pas, on peut appeler ça "direction" ou "management" ou que sais-je, il n'empêche qu'il s'agit, je trouve, d'un critère important d'évaluation. 

Ainsi, trouver 2.5k€ et parfois un bout d'idée pour recruter un M2 Recherche est comptabilisé dans l'excellence**, alors que réussir à financer un projet à hauteur de 100k€ pour recruter un chercheur en CDD pendant 2 ans ne compte pas. Ou plutôt si (on peut mettre dans les responsabilités le fait d'être partenaire responsable ANR, coordinateur d'un projet européen, etc), mais on considère alors que le seul mérite est d'avoir dégoté le fric.

Ensuite, avec le pèze, probablement qu'on recrute un type qui fait sa vie comme il veut, sans aucune interaction avec celui qui le paye?

 

Cela m'étonne d'autant plus qu'on m'explique que la thèse est un "vrai travail", donc que l'"encadrant" n'est après tout qu'un collègue/supérieur hiérarchique dont le rôle de formateur n'est pas différent de celui de tout salarié dans le privé vis-à-vis d'un nouvel arrivant. 

Du coup, je vois encore moins bien la différence dans l'"encadrement" d'un post-doctorant par rapport à celui d'un doctorant: on est le "supérieur hiérarchique", le "chef de projet" qui amène la thune, la gère, et est chargé de mener le projet à bien ou tout au moins de le faire avancer.

Bref, si l'un est symbole d'excellence, j'ai du mal à comprendre en quoi l'autre ne l'est pas. 

 

Et puis, pour revenir à mon exemple d'encadrement de Master Recherche: il est assez rare de voir sa "carrière scientifique" brisée parce qu'on a fait un stage de M2 dont le sujet était mal pensé et qui n'a pas conduit à des résultats transcendants ou une publication. Le pire, souvent, c'est d'avoir 13 au lieu de 16 en note de stage.

Un projet foireux pour un post-doctorant, eg 2 ans où il n'y a pas de résultats, pas de publications, c'est généralement la fin dans l'optique d'un poste dans le public (qui est aujourd'hui, à part l'envie de découvrir le monde et l'alternative au chômage, la seule bonne raison de faire un post-doc).

Donc, en tant que "responsable hiérarchique", on a quand même une obligation de résultats: celle de publier ou faire publier, d'envoyer le post-doc en conférence pour qu'il puisse réseauter, de le recommander aux collègues, d'essayer de l'aider à trouver un emploi, pour ses candidatures etc. Et puis, scientifiquement, de lui apprendre des trucs nouveaux qui pourront lui servir et qu'il pourra valoriser: bien sûr, on peut recruter un post-doctorant pour ce qu'il a déjà fait, mais l'idée que j'avais, moi, en tant que post-doc, et qui est je pense la plus raisonnable, c'était de faire une post-formation (on appelle ça "reconversion thématique"), pas de refaire mon sujet de thèse pour un autre boss.

 

Je trouve donc étrange, ou plutôt paradoxal, que dans un système où on promeut l'excellence individuelle et où on cherche donc à valoriser des "chefs de groupe à l'américaine" et pour prendre un exemple bête, il soit mieux considéré d'encadrer 1 thésard et 3 stagiaires de M2 que d'avoir dans son groupe 1 thésard et 3 post-docs.

 

 

 

* la couleur est annoncée: dans la case encadrement, ne comptent que les thèses soutenues. Les thèses non encore soutenues sont un facteur d'appréciation. Les M2 comptent avec un ratio 0.3 par rapport à une thèse. A priori, pour ne pas avoir C, il faut au moins 1 thèse soutenue dans les 4 ans encadrée à 100% ou tout autre combinaison équivalente (4 stages de M2 à 100%, 2 stages de M2 à 100% et 1 thèse soutenue encadrée à 50%). Bref, pour les non-HDR qui ne peuvent pas encadrer de thèse à plus de 80% dans certaines écoles doctorales, 70% dans la mienne, ou 50% dans d'autres, autant dire que le C est vite arrivé (et est quasiment inévitable pendant les 4 ou 5 premières années de fonction), et devrait me concerner.

 

** il faut expliquer que quand on est dans un labo dont les enseignants gèrent tout ou partie un master recherche, on recrute facilement, même parfois sans le vouloir ("j'ai trois étudiants qui galèrent pour un stage, vous en voulez pas un?" "j'ai pas de sujet, pas de temps" "mais on s'en fout!" "j'ai pas d'argent" "c'est bon, je te le paye sur un reliquat" - je caricature mais pas tant que ça).

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 17:29

D'un côté, mon établissement nous (les enseignants-chercheurs) explique que l'activité minimale, pour obtenir des postes, en enseignement est de 192hed devant élèves. Autrement dit, toutes les activités d'enseignement autres, rebaptisées sous le vocable référentiel (jurys, responsabilités de diplômes, tutorat, direction de laboratoire, création de cours ou de formations...) n'est prise en compte qu'une fois les 192hed devant élèves effectuées.

Ainsi  on vient de sucrer dans notre équipe pédagogique 1.5 ETP en 3 ans (sur un total d'environ 10) alors que nous sommes en moyenne à plus de 250HED/an/EC MAIS environ 180 HED devant élèves et le reste en responsabilités diverses (nous sommes très impliqués dans diverses formations par apprentissage, dont un master, qui génère pas mal d'"activités de référentiel") pour lesquelles nous ne faisons strictement qu'appliquer les barêmes qui nous été soumis. On nous le justifie en nous disant que "nous ne faisons pas notre service".* 

 

Dans le même temps, on nous explique qu'il est normal que les services gestionnaires de nos conventions de recherche soient fermés 3 mois dans l'année, qu'on ait     besoin de 3 mois pour signer une convention de stage ou faire un contrat pour un post-doctorant, ou encore qu'on ait absolument besoin d'un RIB pour passer une commande à l'étranger ou qu'il soit impossible de faire un bon de commande prévisionnel chez Sigma ou VWR pour pallier les 3 mois de fermeture. J'en passe et des meilleures, comme le fait qu'aucun nouvel arrivant MCF n'ait droit à une quelconque décharge d'enseignement, par exemple.

 

Et pourtant, en parallèle, nous recevons des messages enflammés nous expliquant à quel point la recherche est prioritaire aux yeux de la direction, nous poussant à demander des primes d'excellence (ou dite "d'encadrement doctoral" aujourd'hui), s'insurgeant de l'auto-censure des personnels, mais aussi du faible taux de réussite des rares déposants**, ce qui impacte les évaluations de l'établissement par les instances. On nous explique aussi que des personnalités très importantes montent au créneau pour faire bouger des critères d'évaluation peu adaptés aux spécificités de notre bel établissement.

 

Alors, je me demande: est-ce qu'on se fout de notre gueule, ou est-ce que les directions protéiformes sont inconscientes du merdier dans lequel elles nous mettent?

 

 

* il y a d'ailleurs une autre contradiction ici puisqu'on nous demande de "rationaliser" notre enseignement (supprimer les UE doublons assurées par des départements différents, mutualiser le plus possible, fermer les formations n'attirant plus assez de monde, minimiser les doublements de tds etc). Or, on se rend compte que ceux qui "jouent le jeu" se voient reprocher l'année d'après de ne pas faire assez d'heures et se voient donc refusées leurs demandes de poste, pendant que ceux qui expliquent dès le départ que leur enseignement est génial et pensé de façon optimisée, et qu'ils ne changeront rien, récupèrent les postes.

 

** de mémoire, il y a quelques années, il y avait une dizaine de PES pour plus de 300 EC dans l'établissement. Je ne pense pas que ça ait grandement changé depuis.

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 16:06

On a beaucoup discuté sur twitter des résultats des prépropositions ANR, sortis en début de semaine. On avait déjà bien disserté à l'époque de l'annonce des nouvelles modalités de dépôt en août septembre.

 

J'ai pris le temps de consulter les rapports d'activité depuis la création de l'agence, et de regarder l'évolution par année:

- du budget alloué aux (engagé dans les) AAP

- du nombre de projets déposés

- du nombre de projets acceptés

Pour l'année 2013, les chiffres ne sont pas encore disponibles publiquement (ils devraient l'être dans quelques mois), mais j'ai pu en voir certains par le biais d'un collègue insider (nombre de projets acceptés, et budget). Il reste deux ou trois valeurs que je n'ai pas formellement, mais qu'on m'a communiquées oralement avec l'incertitude qui va avec. Elles sont encerclées en rouge.

 

Je vous mets les graphes (moches, j'ai pas que ça à faire non plus) sans commentaires autres que, depuis 2 ans, "the rate is accelerating". Vous en faites ce que vous voulez.

Amis journalistes, si vous me lisez et que ça vous intéresse, prévénez-moi avant de vous en servir (ou à tout le moins citez-moi, même si comme me l'a dit un jour une journaliste réputée d'un quotidien tout aussi réputé, ce n'est pas votre façon de procéder). Je dis ça à tout hasard...

 

graphe-global.jpg

Graphe global, ordonnée en log

 

deposes.jpg

 

En 2014, changement en profondeur des règles avec passage à une sélection en 2 étapes, et pour la 1ère aux prépropositions de 5 pages (quand avant il n'y avait qu'une seule étape avec un document d'une quarantaine de pages)

 

acceptes.jpg

 

 

taux-d-acceptation.jpg

 

Le point 2014 sera réactualisé en juillet...

 

budget-copie-1.jpg

 

 

 

Edit: une idée dont je ne sais pas si elle est légitime, une évaluation du nombre de projets financés par rapport au budget (ce qui serait relié à un coût moyen par projet). Le chiffre est à peu près constant (2.2 + ou - 0.2 projets financés par M€, ou si vous voulez un coût moyen de projet de 450k€ - ce qui ne semble pas absurde pour un projet collaboratif typique de 3 ou 4 ans).

Le fait que ça soit constant semble indiquer que, quand le budget baisse, on ne baisse pas l'enveloppe par projet, mais le nombre de pojets, proportionnellement (ce qui est un "choix politique").

 

nb-projet-over-budget.jpg

 

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 13:18

Le CNRS recrute. De moins en moins... 

 

Image2

 

La communication du CNRS est, probablement malgré elle, éloquente (puisqu'il suffit de comparer les affiches d'une année sur l'autre pour se rendre compte de la chute), même si @nholzusch avait montré que c'était un petit peu plus compliqué que ça. Malgré tout, au niveau "jeunes chercheurs" (CR2 et de plus en plus CR1), on passe grosso modo de 350 recrutements constants de 2005 à 2010 à 280 en 2013.

 

 

Pour les postes MCF, on constate une tendance similaire, par exemple dans ce compte-rendu de 2012 (p.7): à part un pic en 2006, on a environ 2000 nouveaux MCF, toutes sections confondues, par an entre 2004 et 2009. On arrive à 1700 en 2012, et la liste galaxie actuelle (consultable ici) fait état de 1403 postes (1403 postes aujourd'hui, mais inclue les postes annoncés non encore ouverts. Il peut manquer certains postes qui ouvriront en fin d'année au fil de l'eau, mais il semble peu probable que le total final dépasse 1500). 

 

En somme, quoi, quelque chose comme -15% sur 3 ans sur l'ensemble des recrutements "juniors" de la recherche publique (les autres EPST suivent des tendances similaires et représentent des effectifs plutôt plus faibles)?

 

 

Alors voila, je sais bien que la réalité est plus complexe que déshabiller Paul pour habiller Jacques (eg que ce n'est pas parce qu'il y a 25 gestionnaires, chargés de mission divers ou communicants scientifiques recrutés en plus qu'il y a 25 chercheurs recrutés en moins) mais bon, quand on évoque les millions d'€ pour les MOOC, les milliards d'€ pour Paris-Saclay, les embauches en pagaille de community managers et webmasters pour les divers instituts, je ne dis pas que ce n'est pas important*, mais je pense qu'on perd de vue la priorité ** ***...

De fait on joue un peu le jeu des gouvernements, qui de ce point de vue se suivent et se ressemblent tous: "la recherche est une, si ce n'est la priorité pour la France". Mais oui.


Sauf si bien sûr, on estime qu'un système à 90% de précaires et 10% de permanents dans les labos est the way to go. Ca se discute, en effet, mais qu'on l'assume si c'est réellement l'agenda...

 

 

* oui, les sites webs des labos et des instituts français sont souvent un peu merdiques, oui les chercheurs eux-mêmes doivent apprendre à être plus "vendeurs"...

 

** la deuxième priorité étant la baisse de tous les crédits, qu'ils soient sur appels à projet ou récurrents, ce qui fait que comme le résumait @JaromilD, "on m'a jugé assez bon pour me recruter pour 40 ans, mais on ne me juge pas assez bon pour me financer 150k€ pour lancer mon activité", ce qui finit par concerner bon nombre de jeunes chercheurs. 

 

*** venant d'un établissement qui a pendant un temps eu de graves problèmes financiers au point de mettre 2 ans à payer primes et heures sup' (quand il les payait) et a même pendant quelques semaines imposé la rédaction de note d'opportunité pour tout achat, et qui dans le même temps continuait à proposer des affiches 4*3 dans le métro disant "viendez-chez nous, c'est génial", je reconnais que ça m'agace un peu...

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 11:00

Résumé de ce point de vue: Le doctorat est une formation diplômante (on passe un "examen" à la fin, qu'on est en théorie susceptible d'échouer) ET une expérience professionnelle (je m'intéresse au cas des sciences dures où le contrat de travail de 3 ans pour le doctorant est la règle, pour les SHS je me déclare incompétent).

Ce couplage est probablement l'une des spécificités du doctorat, qui reste assez méconnu en France, même de ceux supposés pouvoir avoir besoin de leurs compétences.

Des associations se sont données pour but de valoriser le doctorat. L'une de leurs actions est centrée sur la communication autour du doctorat.

Leur communication est quasi-exclusivement centrée sur le caractère "expérience professionnelle". C'est selon moi une erreur. Je pense que c'est l'aspect formation qui est le plus important (ce que j'ai appris versus ce que j'ai fait). Mais surtout je crois que cette communication sur le caractère professionnalisant ne permet pas de faire comprendre facilement la spécificité du doctorat (eg ce qui fait que les docteurs ont des compétences "uniques"). Dans un pays où l'ingénieur demeure l'alpha et l'omega du recrutement, on continue à se placer en concurrence avec eux (en étant probablement désavantagé), au lieu de se placer en parallèle.

Ce recadrage autour de l'expérience professionnelle est, toujours selon moi, responsable de l'apparition de CV où le mot "docteur" n'est écrit nulle part, et où les expériences de post-doctorat sont décrites sous le titre "ingénieurs de recherche". 

 

 

 

Réponse version courte à mon titre: les deux.

 

Mais la question que je veux traiter ici est plus spécifique: comment le présenter dans un CV, ou plus généralement comment le vendre dans un entretien d'embauche pour un poste dans le privé (pour un poste dans la recherche publique, la question se pose mais est moins cruciale, j'y reviendrai). Dit autrement, où place-t-on le curseur de la communication: plutôt sur l'aspect formation, ou plutôt sur l'aspect expérience professionnelle?

 

Ma position sur la question tranche avec celle de la CJC et d'autres associations affiliées de "jeunes doctorants" ou "jeunes docteurs" (qui se multiplient à divers échelons plus ou moins locaux) dont le but affiché est de promouvoir le doctorat. C'est aussi un débat récurrent que j'ai, notamment avec @lazette (membre d'une association membre de la CJC) et quelques autres sur twitter, et nous devrions probablement "agree to disagree", mais je me dis qu'avant de clore ce chapitre, je devrais profiter d'avoir un blog pour expliciter mon point de vue en un peu plus que 140 caractères x 5 ou 6*. 


Le fait que j'ai rencontré il n'y a pas si longtemps certains représentants de ces associations (pas la CJC, mais une autre nationale, ainsi qu'une plus locale) et qu'ils m'aient semblé en général aussi ouverts au dialogue que des syndicalistes de Sud-Rail** ne doit pas faire oublier, je pense, que nous sommes d'accord sur le constat:

- le doctorat manque de reconnaissance en France, il faut faire en sorte de mieux le valoriser principalement aux yeux des employeurs potentiels.

- cette mise en valeur du doctorat, nécessaire dans un contexte de mondialisation, doit venir d'une approche top-down (initiatives du ministère, des industriels...) mais aussi bottom-up (les jeunes docteurs eux-mêmes, c'est le but de ces associations dont je loue l'existence, même si de nature je suis un one man wolfpack).

 

Une fois que l'on a fait ce constat, la question est de savoir, en tant que jeune chercheur, où placer le curseur pour expliciter son parcours et le valoriser au mieux. Doit-on insister plutôt sur le côté formation par la recherche (formation sanctionnée par un diplôme d'état, le doctorat) ou le côté expérience professionnelle (dans le cas - pas universel, mais j'y reviendrai plus bas- où le doctorant est payé pendant 3 ans avec un contrat doctoral qui est un "contrat de travail", on peut considérer le doctorat comme un "CDD de 3 ans").

 

Avant de continuer, il est bon que je précise, comme toujours, d'où je parle, tant les pratiques concernant le doctorat varient d'un secteur scientifique à l'autre (rendant d'ailleurs délicat la définition de constats généraux et de politiques d'action communes...). Pour ceux qui me connaissent déjà bien, toute cette partie est en italique et vous pouvez aller directement à la suite. 

Dans ce qui touche à la science des matériaux (et de façon je pense à peu près générale la physique, la chimie, la mécanique, et les sciences de l'ingénieur):

-  les doctorants du domaine, sont tous, effectivement, d'une façon ou d'une autre, rémunérés, depuis au moins 15 ans. Depuis 2 ans environ, les "bourses" et autres "allocations", qui donnaient lieu à des rémunérations et cotisations très variables selon leur provenance (Ministère, CIFRE, BDI, bourses propres à certaines écoles...) ont été plus où moins harmonisées (pas en termes de rémunération) sous une forme de "contrat doctoral" (je ne connais pas plus que ça les détails). Il subsiste encore quelques rares cas douteux (bourses de pays étrangers, thèses prolongées sans financements...) mais la situation de ce point de vue là est plutôt bonne. Je précise ce point puisque chez beaucoup de mes collègues SHS, le doctorant non financé reste encore, hélas, la règle (ce qui change l'analyse).

- il y a de l'emploi dans le privé sur des thématiques proches de celles des thèses, il y a des collaborations industrielles dans les labos. Il y a des grands groupes qui embauchent (pour ne parler que de ceux liés de près ou de loin au domaine des matériaux, Michelin, Saint-Gobain, Arkema, Rhodia, Total, Essilor...) et sont suffisamment implantés internationalement pour avoir fini par développer une certaine culture du doctorat. Cela ne veut pas dire nécessairement qu'elles embauchent majoritairement des docteurs sur tous types de poste, mais au moins qu'elles recrutent, pour des postes de chercheurs dans leurs centres R&D, spécifiquement des titulaires de doctorat (souvent des ingénieurs-docteurs d'ailleurs, il faut l'avouer).

C'est encore loin d'être le cas dans toutes les entreprises, PME ou même grands groupes au management encore très franco-français. Dans ces cas là, le docteur est le plus souvent, sur une embauche, en concurrence avec des jeunes diplômés ingénieurs. C'est donc là-dessus qu'il faut travailler: faire comprendre qu'un docteur et ingénieur n'ont pas les mêmes compétences et ne devraient pas postuler en général sur les mêmes postes (cela revient aussi à faire comprendre que la recherche et le développement ne sont pas identiques, qu'il y a différents types d'innovation, ce qu'est une rupture technologique etc, bref, c'est un problème français assez profond dont la perception du doctorat n'est qu'une manifestation, selon moi).

 

Enfin, quelques mots me concernant: tout le monde le sait, ou tous ceux qui lisent ce blog, je suis MCF. Je suis ingénieur-docteur de formation***. Je n'ai jamais candidaté dans le privé pour autre chose que les stages obligatoires au cours de ma formation, même si j'avais entamé des démarches pour le faire après ma 4ème 2ème place à des concours MCF: je commençais à me lasser, mais le 1er à l'un des postes s'est finalement désisté (vous pouvez aller voir sur le blog la période mai-août 2010 si les détails vous intéressent).

L'immense majorité de mes connaissances et collègues, dans le public comme dans le privé, est docteur-ingénieur, les autres sont docteurs tout court, ou ingénieurs tout court. C'est aussi le cas d'une bonne partie de mes amis.

Je côtoie des industriels quasi au quotidien, en tout cas très régulièrement, du fait de mes sujets d'étude, mais aussi de la structure qui m'héberge, historiquement branchée industrie. Les interactions vont de la discussion, à la collaboration de recherche, en passant par de la prestation de service axée "ingénierie". Je les côtoie aussi dans le cadre de mes enseignements, certaines formations que j'assure leur étant dédiées (soit par exemple dans le cadre de reprise d'études, soit dans le cadre du droit à la formation).

Ces industriels peuvent être ingénieurs ou docteurs, leurs entreprises vont de la start-up au grand groupe international, certains connaissent bien le fonctionnement de l'enseignement supérieur français, d'autres pas du tout (mes "étudiants" me voient souvent comme une sorte de prof de lycée par exemple).

Je ne connais donc, comme je l'ai dit plus haut, pas directement le domaine des ressources humaines dans le privé, mais toutes les interactions ci-dessus, des "formations" en France ou aux US, l'observation de CVs de quelques jeunes recrutés dans divers groupes, ont fait émerger quelques idées ou impressions, sans doute très naïves, sur la question. 

D'autre part, je ne suis pas RH moi-même, mais en tant que chercheur dans le public, je reçois mon lot de CV, et il m'arrive de recruter, pour une thèse, un post-doc, ou une candidature MCF. J'ai participé à 2 jurys de recrutement, dont un en tant que "secrétaire", ce qui m'a permis d'avoir la main sur une bonne cinquantaine de CV... Je suis aussi passé par les US, où les chercheurs permanents comme les doctorants et post-doctorants publicisent beaucoup leurs CV.

Ah, et dernière petite précision, je ne maîtrise pas toujours bien le "jargon" du ministère, des associations, et du Journal Officiel.

 

 

Ceci posé: je pense comprendre la position de la CJC et des autres associations de ce genre (peut-être me trompè-je, à la fois sur ce que je crois être leur position, et sur ma compréhension d'icelle). Leur point de vue, c'est que le jeune universitaire souffre face aux ressources humaines du cliché "éternel étudiant qu'a jamais bossé" (notamment face aux élèves d'école d'ingénieurs pour rester dans le cas évoqué ci-dessus, qui eux du haut de leur stage obligatoire de 6 mois, maîtrisent hachement bien l'entreprise). Ce point de vue a certainement été partagé par les ministères qui ont introduit assez dernièrement divers stages obligatoires dans le cadre des formations universitaires.

Leur communication en tant qu'association consiste donc à dire et redire que le doctorat est avant tout une activité professionnelle, et à encourager ceux qui les écoutent à axer leur communication de recherche d'emploi sur l'expérience professionnelle qu'ils ont acquise.

Ils en viennent à quasiment occulter l'aspect "formateur" du doctorat (le texte en lien est révélateur puisque cet aspect n'est abordé qu'au 4ème paragraphe, et encore uniquement pour justifier que, certes, on a un statut d'étudiant mais surtout de personnel).


Selon moi, c'est une double erreur:

- ce qui fait la spécificité du doctorat, c'est son aspect formation. On "apprend" à devenir un chercheur avec tout ce que cela comporte. S'approprier un problème (voire, dans certains pays, "définir" son problème), prendre le temps, pendant 3 ans ou un peu plus, de réfléchir, de maîtriser l'état de l'art sur une question, de travailler en autonomie mais pas de façon solitaire, de développer sa curiosité, des compétences transverses, de merder aussi, pour finir par apporter une solution ou un regard neuf sur la question posée. Qui sont évalués par un "examen" (la soutenance, mais surtout la lecture du manuscrit par deux rapporteurs - la France manque d'"examens intermédiaires" et parfois de sérieux sur l'étape diplômante, mais, bien que ce soit un problème connexe, je ne vais pas l'aborder plus en détails ici)****. Franchement, le sujet d'études importe le plus souvent peu dans la suite de la carrière, publique comme privée.

D'autre part, le doctorat me semble franchement assez éloigné d'une "expérience professionnelle représentative", la encore dans le privé ou dans le public. Je vais idéaliser un peu (je sais que ça ne se passe pas tout le temps comme ce que je vais décrire, mais c'est a priori l'idée), mais à quel autre moment de sa vie peut-on travailler 3 ans de façon autonome sur un projet unique, sans vraiment prendre en compte l'aspect budgétaire, sans deadline "cruciale" avant ces 3 ans, avec un chef dont le but est plutôt de vous aider à grandir que de vous plomber ou de tirer la couverture à lui, et sans aucune responsabilité autre que la sienne? 

Pour les pas stressés ou pas pressés de décrocher un sacro-saint CDI, 2 ans de post-doc (voire plus, je connais une post-doc de 41 ans, qui change de pays tous les 3 ans, et qui a l'air de bien kiffer sa vie) à l'étranger peuvent perpétuer dans une certaine mesure cette expérience (mais on va bien finir un jour par vous refiler des activités "conventionnelles", recherche de pognon, gestion de personnel, administration...). 

En tout cas, en tant qu'enseignant-chercheur, je tiens à rappeler que mon job n'a pas grand chose à voir avec ce que j'ai fait en thèse, non seulement mon sujet d'études, mais surtout mes activités au quotidien, même si je me sers de ce que j'ai appris.

Si je comprends bien l'argumentaire de la CJC, on "apprend dans le cadre de son travail": certes, mais mon point de vue, c'est que la thèse n'est justement pas un travail comme un autre. Ce qui m'amène à mon second point.

-  Il me semble qu'en occultant quasiment l'aspect formateur, la CJC et ses collègues, à l'insu de leur plein gré, obtiennent l'inverse de l'effet escompté, et que cela risque au contraire de contribuer à renforcer les préjugés sur le doctorat. 

Si j'étais un recruteur, privé ou public, qui connaît le doctorat, je me demanderais pourquoi le candidat donne l'impression de ne pas vraiment "assumer" son parcours (je donnerai des exemples concrets -eg auxquels j'ai été directement confrontés- plus bas).

Si j'étais un recruteur ne connaissant pas le doctorat, je ne verrai alors pas très bien en quoi ce "truc" est spécifique, unique. Et entre un M2 ou un ingénieur qui a fait un "truc" qui équivaut à une expérience pro de 3 ans dans un laboratoire, bref pas vraiment dans les canons de ce que je connais, et un M2 ou ingénieur qui a bossé 2 ou 3 ans dans une boîte "classique", il y a des chances que je choisisse le second. On me rétorquera que ce recruteur ne chercherait de toute façon pas à en savoir plus quoi qu'il arrive (le fameux "un centralien on sait ce que sait, un docteur on ne sait pas ce que c'est" de l'université du MEDEF). Probablement; mais si le but est de faire changer les mentalités à long terme, autant poser les couilles sur la table, affirmer fièrement qu'on est docteur, et expliquer ce que ça implique, plutôt que de faire le "docteur honteux".

 

Enfin, 3ème point, très court: j'ai du mal à voir en quoi on peut justifier qu'il s'agit d'une expérience professionnelle concernant tous les doctorants non financés (qui doivent représenter au moins 1/3 du total des inscrits en doctorat, peut-être 40% ou plus). Autant je peux comprendre qu'on puisse "communiquer" sur le côté formateur (ou auto-formateur), le fait que le travail résultant de cette formation a été évalué par les pairs et a résulté en un diplôme reflétant un "contrôle qualité", autant j'ai du mal à voir comment on peut décrire ceci comme une expérience pro. Que l'on soit bien d'accord, je suis un farouche opposant aux doctorats non financés, mais je constate que ça existe, que ce n'est pas négligeable, et que la complexité de la situation***** fait que ce n'est pas prêt de disparaître: on est donc un peu obligé de le prendre en compte dans la réflexion.

 

 

Voila pour l'argumentaire théorique, je vais conclure en tentant de l'illustrer par la pratique, en revenant aux CV, notamment le concept de "docteur honteux".

Tout d'abord, j'approuve les associations quand elles répètent que, dans un CV, les termes "thésard" ou, plus tard, "stagiaire post-doctoral", sont à bannir. Ce qui semble du bon sens est encore trop souvent rencontré. Les recruteurs n'aiment déjà pas les CDD (même s'ils représentent la majorité des contrats), mais encore moins les stages... Le post-doctorat, c'est un poste de "chercheur contractuel" ou toute autre dénomination équivalente, c'est pas à mettre sur le même plan que votre stage de M1.

Mais à l'inverse, j'ai vu passer des CV de certains membres de ces associations qui ne comprenaient nulle part la mention de "doctorant", mais par exemple celle de "jeune chercheur". Ca ne veut rien dire, franchement. Vous n'assumez pas? Vous pensez vraiment que jeune chercheur (ce que vous apprenez à être et que vous n'êtes pas encore, si on croit à la valeur du diplôme, ne vous en déplaise), ça en jette plus? Que ça "revalorise le doctorat"******? 

Dans un registre similaire, j'ai vu des "docteurs-moniteurs" fraîchement diplômés qui se présentaient comme "enseignant-chercheur pendant 3 ans". La, on me semble proche du RachidaDatisme vis-à-vis de son CV. C'est peut-être de plus en plus la norme, mais je ne cautionne pas.

Je vois aussi assez couramment passer des CV où les post-docs sont définis comme des fonctions d"ingénieur de recherches". Probablement parce que les candidats pensent que c'est l'intitulé des postes de chercheurs dans le privé, ou parce qu'il y a une confusion avec ce que désigne ce poste dans un labo public (il s'agit généralement de quelqu'un qui a lui-même un diplôme de docteur - ce n'était pas initialement le cas mais cela fait plusieurs décennies, je crois, qu'avec la diminution du nombre de postes ouverts, un "ingénieur" n'a pas obtenu un tel poste - qui peut avoir plusieurs fonctions, mais est souvent en charge d'une partie du parc expérimental et est donc impliqué dans les projets qui y touchent). Quoi qu'il en soit, ça ne vend pas très bien le doctorat et les expériences professionnelles qui en découlent.

De façon générale, j'ai l'impression que cette approche revient à vouloir montrer qu'on est à tout prix un "professionnel" et pas qu'on a passé 8 ans à la fac. 5 ans à la fac, et 3 dans un labo de la fac ou affilié à la fac. D'une part ce n'est pas grave, et d'autre part c'est la réalité.

A mon sens, ça ne contribue donc en rien à valoriser le doctorat et un parcours universitaire, mais au contraire fait le jeu des écoles et de ceux qui vendent la formation universitaire comme une voie de garage. 

 

 

Pour finir, c'est quoi alors un bon CV?

Même si dans l'académique, je suis ce qui se rapproche le plus d'un RH (nos services RH se "contentent" de gérer les aspects administratifs d'un recrutement mais ne portent pas de jugement), il faut avouer qu'on regarde assez peu la forme. Je pense que la façon de se présenter importe peu, même si quelques exemples dans le genre de ceux ci-dessus font un peu red flag (probablement pas éliminatoire, mais ça irrite). 

Il doit y avoir docteur dans le titre. Ou Docteur-Ingénieur si c'est le cas. Personnellement (je ne sais pas si c'est bien, mon titre de CV était: docteur en xxx, et en dessous, en police un poil plus petite, ingénieur yyy). 

Pour le privé, je dirais que si vous avez la place, mettez le doctorat dans les deux cases: activités professionnelles, et formation. Dans la partie formation, vous indiquez le diplôme, la spécialité, la date d'obtention, la mention. Dans la partie professionnelle, vous pouvez utiliser par exemple le vocable "chercheur doctorant", et expliquer en quelques mots clés votre projet.

Si vous n'avez pas la place, notamment parce que vous avez fait 5 post-docs avec 2 reconversions thématiques, et qu'on vous demande 1 CV d'une page, je mettrais le doctorat dans la case formation. Pour les post-docs, parler de "chercheur contractuel" me semble une bonne option, mais peut-être que "chercheur" tout court suffit? (après tout, on voit bien la date de début et de fin...). La, ça atteint mes limites.

Après quelques années de vie professionnelle, la question ne se posera de toute façon plus vraiment, et vous mettrez le doctorat dans la section formation. De même qu'on y rajoutera la HDR pour ceux qui la rédigent et l'obtiennent.


J'encourage enfin tout le monde à aller voir des sites de labos américains de son domaine: tout le monde ou presque y met son CV en ligne. Pour ceux que j'ai regardés, c'est assez simple; Section Education: PhD, MSc, BSc (en gros, chez nous, D, M, L). Je ne me suis pas amusé à faire de même pour d'autres pays, mais ça peut valoir le coup aussi.

On ne résoudra pas un problème franco-français avec une solution franco-française sans aller voir pourquoi ça marche ni comment ça marche ailleurs...

 

Un autre article de Gaia sur le sujet.

Et comme toujours les commentaires sont les bienvenus, pour me dire que ce que je dis est très juste ou au contraire de la merde.

 

 

* C'est tout de même une question sur laquelle j'ai un peu réfléchi et où j'ai fini par atteindre une sorte de consensus avec moi-même, ce n'est pas si fréquent. D'autre part, j'ai encore la faiblesse de penser que certains points de vue, certains problèmes ne peuvent être complètement disséqués en 140 signes. Comme le fait de ne pas avoir de smartphone, c'est probablement une position que je ne pourrai pas défendre encore 10 ans...

** le fait qu'ils insistaient toutes les 5 minutes sur la suppression dans le vocabulaire du terme "thésard", péjoratif et symbole de tous les maux, ne m'a je l'avoue pas très bien disposé à leur égard. Si c'est la l'essentiel (même si j'approuve cette "directive"), si le climax de leurs revendications et propositions pour revaloriser le doctorat, c'est ça... ceux que j'ai rencontrés avaient aussi une certaine tendance à répéter leur discours de manière mécanique et un rien agressive, quelle que soit la tentative de débat que l'on souhaitait instaurer. Il faut dire aussi que, bizarrement, la plupart des dirigeants de ces associations que j'ai rencontrés ne se destinaient pas du tout à une carrière de chercheur, ni dans le public ni dans le privé.

*** cela aussi fait déjà de moi et de mes semblables un hérétique pour certains "défenseurs du doctorat" (l'un d'eux m'ayant par exemple dit: "les ingénieurs ont les cifre, vous devriez être interdits de candidater aux bourses ministère". "Ecoute coco, j'ai fait un DEA - et un vrai à temps plein avec même un stage rallongé, hein, pas un pipot aménagé spécial écoles - et j'ai fini - beaucoup - mieux classé que toi, scousi hein, j'ai vraiment pas l'impression d'avoir volé qui que ce soit").

**** j'ajoute, que doctorant ou moniteur, dans le cadre du "contrat", il y a des formations plus "scolaires" à suivre, théoriquement imposées par les écoles doctorales (même si le suivi est souvent peu ou prou nul). Le volume horaire peut-être conséquent, 60 ou 90h, une quarantaine ou cinquantaine pour les moniteurs.

***** imposer à certaines disciplines de financer leurs doctorants reviendrait à soit leur donner beaucoup d'argent pour le faire, soit à les faire disparaître. Ce n'est pas quelque chose qui peut vraiment se faire par décret, sans réfléchir...

****** j'ai d'ailleurs du mal à comprendre qu'une association qui se donne pour mission de promouvoir le doctorat n'en fasse pas mention dans son nom. CJC, confédération des jeunes chercheurs, vraiment, c'était le nom le plus approprié pour mettre le doctorat en avant?

 

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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