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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 11:07

L'"Etat Stratège" est de nouveau à la mode.

Le commissariat général au plan, supprimé en 2006, vient de faire sa réapparition, sous un autre nom, sans doute moins connoté (les plans quinquennaux, depuis la disparition de l'URSS, ça a un peu perdu de son attrait).

Je ne suis pas apte à juger de la pertinence d'un état stratège en général, mais dans le même registre j'ai été interpellé par la mise en place de la commission Innovation 2030, dont le but médiatiquement affiché est de "découvrir l'Apple français de demain".

En France, en 2013, on pense que le géant industriel du futur se trouve en faisant s'asseoir autour d'une table une vingtaine d'"experts" gouvernementaux.

Voila, il n'y aurait presque rien d'autre à rajouter.*

 

Mais quand même, quelques mots supplémentaires: 150M€ sont débloqués pour cette commission, sur les investissements d'avenir. On envisage notamment des concours d'innovation. Un peu sur la mode du concours Lépine 

Et puis, si on regarde en détail le pedigree des membres de la commission (voir lien plus haut), on peut faire une ou deux remarques saisissantes:

- sur les 20 membres, la moyenne d'âge est de 60 ans pile-poil. Soit 77 ans en 2030; une bonne partie aura passé l'arme à gauche d'ici là. 3 ont moins de 50 ans, aucun moins de 45.

- sur les 20 membres, on trouve 7 hauts fonctionnaires slash dirigeants d'entreprise, 2 économistes, 1 journaliste, 1 philosophe et 4 hommes politiques (dont 2 ont un passé "scientifique"). 15 personnalités sur 20 qui ne sont donc pas vraiment ce qu'on peut appeler des "acteurs" de l'innovation...

Enfin, il y a 4 chercheurs, réputés pour leurs liens présents ou passés avec l'innovation et 1 "web entrepreneur" d'Etat. 

En tout cas, le dirigeant de l'Apple français d'aujourd'hui (qui est-il? X. Niel?) ou de dans 5 ans, il n'est pas dans la commission.

- et pour conclure, la familiarité de certains noms et leur présence quasi-continuelle dans bon nombre de commissions passées et à venir, laisse vraiment penser qu'on tourne au sommet avec quelques centaines de personnes, quel que soit le sujet de réflexion.

 

 

 

* on pourrait naïvement estimer que faciliter administrativement la vie des entrepreneurs, par exemple en faisant le tri entre les structures de valorisation et les multiples dispositifs existants, aussi invisibles que concurrents, ou qu'examiner sérieusement l'utilisation du crédit impôt recherche pour l'attribuer efficacement à des entreprises innovantes et pas avant tout comme moyen d'optimisation fiscale, seraient déjà une bonne piste de travail.

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 14:19

Je ne vais pas parler de fraude fiscale, pourtant d'actualité, mais de fraude scientifique possible.

 

Je m'en suis aperçu complètement par hasard, en faisant de la biblio sur un sujet sur lequel j'ai commencé à m'intéresser il y a peu (ok, je fais ma biblio avec 6 mois de retard, mais mieux vaut tard que jamais); et surtout en tombant, après une discussion, sur un article un peu "ancien" (2007) avec une figure exactement semblable à celle d'un article plus récent (2012). Je ne m'en suis pas aperçu grâce à ma mémoire d'éléphant, mais simplement parce que je venais de présenter la dite figure lors d'un petit talk... ça se joue à peu parfois.

Ce qui est amusant, c'est que le papier de 2007 est cité dans le travail de 2012, mais pas du tout au sujet de la figure. Il faut signaler que les deux études sont chinoises (la plus récente comprend également un auteur américain), mais qu'il n'y a aucun auteur commun, et que les deux universités sont semble-t-il distantes de plus de 1500kms. Les journaux et les éditeurs sont aussi différents.

Est-ce qu'il y a fraude ou boulette (de la part des auteurs ou du journal), je n'en sais évidemment rien, mais je dirais que la probabilité pour que deux photographies TEM (microscopie électronique à transmission) de 500nm de côté de deux systèmes différents soient identiques (à une dilatation près) est du même style que celle de gagner le jackpot à l'euromillion...

 

etrange-ressemblance-copie-1.jpg

Photos pas très belles, 2007 est à gauche, 2012 à droite. La ressemblance est pour le moins troublante.

 

Voila, je vais probablement contacter l'éditeur de l'article de 2012 pour signaler le problème... si cela vous est déjà arrivé qu'avez-vous fait? Faut-il aussi contacter les auteurs du premier papier ou l'éditeur du premier papier, les auteurs de la ressemblance troublante, faire l'autruche? 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 16:47

On a parlé pendant les déjà oubliées Assises de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche du "mikado institutionnel" (l'expression est de V. Berger, et se distingue du millefeuilles car les couches ne sont pas parallèles mais toutes interpénétrées).

Ce n'est pas le pire: le pire, c'est le mikado intra-organisme.*

 

Bel exemple au CNRS où on doit rédiger une notice de 60 pages pour expliquer à celui qui aura le courage de la lire le fonctionnement de l'organisme.

 

Le préambule est déjà savoureux (mais joue au moins franc-jeu): 

"Ce guide vise à conduire son lecteur dans le labyrinthe des structures du CNRS, «briques de base» de l’organisation de l’établissement."

Puis, on y apprend avec intérêt que les SOR, qui se distinguent des SOS, sont constituées de plusieurs sous-structures, à savoir des unités, des SFR, des gdR, et des FRE. Depuis 2007 existent également des LRC et des ERL, qui sont des SOR. Par contre, les gdRE et gdRI, comme les LEA et LIA, ne sont ni des SOR ni des SOS, contrairement aux UMI.

 

C'est là que j'ai stoppé ma lecture.

 

 

* ou intra-institut, ou intra-établissement

       

Via Twitter et @Maroui1

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 14:11

Où l'on reparle des activités du chercheur ou de l'enseignant-chercheur, comme je l'avais fait suite à un billet de Tom Roud.

 

Arthur Charpentier souligne ainsi que le blogging/twitting (si ça se dit) n'est pas que du temps perdu ou de la procrastination: cela peut être un moyen d'entretenir ou de créer un "réseau", et d'élargir son spectre de pensées. Je mets réseau entre guillemets car il ne s'agit pas ici, en général d'être introduit à Saint-Germain des Prés ou d'être admis au Siècle, mais plutôt de créer et garder des contacts avec des scientifiques qu'on ne croisait auparavant qu'en conférences, ou de dialoguer avec des spécialistes d'autres champs disciplinaires, aux réflexions souvent pertinentes et qu'on n'aurait pas rencontré autrement, même si cela peut rester uniquement virtuel. Le "réseautage 2.0", en somme. 

 

Sur une thématique un peu différente (l'anglais à l'Université), un article de David Monniaux a suscité un débat en commentaires, entretenu par les défenseurs de la langue française contre l'oppresseur anglo-américain. 

 

J'apprécie beaucoup le dernier paragraphe du commentaire numéro 17 de mon collègue (en réponse au professeur de lettres du secondaire fameux pour avoir piégé ses élèves en truquant Wikipédia) que je me permets de citer ici:

"Si l'on écoutait l'ensemble des personnes qui s'expriment au sujet de la recherche, il faudrait faire des activités de vulgarisation, aller dans les écoles, écrire des versions en français des publications, s'investir dans la relation science-société, tenir un blog de recherche, le tout en continuant d'encadrer quotidiennement les doctorants, de se battre contre l'administration, de demander et de gérer des financements, de recruter des doctorants et des post-doctorants, et, pour les enseignants-chercheurs, de faire cours, de rédiger des supports de cours, et de gérer la myriade de problèmes de gestion et d'administration liés à l'enseignement. Dans ce cas, excusez-moi, quand est-on censé faire de la recherche ?"

 

Pas grand chose à rajouter, si ce n'est qu'il oublie dans les activités qui devraient incomber au chercheur la valorisation (rédiger et déposer des brevets, et si possible les exploiter en fondant sa start-up), a priori inscrite dans les missions des universités dans le nouveau projet de loi, de développer la formation tout au long de la vie, et de s'investir à fond dans les massive online open courses, tout en militant pour l'open access.

 

Certains collègues y arrivent et je suis extrêmement admiratif*, de même que Jean-François Copé fait montre de ses capacités hors du commun en étant à la fois, avec un égal talent, député-maire, président de parti et avocat d'afffaires.

Mais on ne peut décemment exiger que l'exception soit la norme... c'est hélas un biais d'évaluation courant, qui relève du même ressort que celui consistant à évaluer la qualité de la recherche nationale uniquement sous le sceau des Prix Nobel et Médailles Fields, ou la politique à l'aune du talent de Jean-François pendant que des minables se contenteraient de 5k€ par mois.

 

 

 

il faut quand même noter que généralement, ceux-là évoluent dans un cadre "privilégié" et ont plus de fonds de roulement et/ou moins de problèmes administratifs ou de gestion de l'enseignement. Ou alors, que leur implication est sélective, et plus "CV oriented" que réélle.

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 16:50

Pour des raisons d'activité intense, je n'ai pas trop le temps de bloguer en ce moment, mais je participe à des discussions intéressantes on-line (plus besoin d'amis IRL maintenant).

 

Le sujet du moment, la qualification, l'une de mes obsessions (le mot est sans doute un peu fort) personnelles. La qualification est un sésame franco-français décernés aux docteurs pour avoir le droit de se présenter aux concours de Maître de Conférences. C'est une étape d'évaluation sur dossier, dont les critères peuvent être très variables selon sections ou domaines et sont le plus souvent flous, mais qui est quasi une formalité dans un bon nombre de sections (où on arrive à plus de 80% de réussite, comme au bac).

Cela permet aussi aux padawans de se familiariser avec l'application Galaxie qui hantera leurs nuits pendant plusieurs années.

 

Il faut signaler qu'il y a une qualification pré-MCF, puis une qualification pré-Prof pour les MCF souhaitant changer de grade.

 

Bref, le rapport final des Assises de V. Berger prônait leur suppression (chronophage, pas aussi égalitaire qu'annoncé, et très coûteux). Le CNU (Conseil National des Universités), qui gère la chose, a protesté (jusque là tout est normal).

Dans le rapport pré-projet de loi LeDéaut, du nom du député qui s'est inspiré du rapport Berger, on ne trouve plus mention de cette suppression (on y recommande par contre la suppression de la HDR, que le rapport Berger préconisait de garder tout en la vidant de sa substance).

Dans le projet de loi, on ne voit finalement rien venir, ni suppression de la HDR ni suppression de la qualification, mais ne crions pas trop vite à l'enterrement même si c'est probable, il se peut que cela fasse plutôt l'objet de décrets (je ne suis pas spécialiste de la question).

Mais bon, cela sent le statu quo, ce qui n'empêche pas de discuter entre nous.

 

 

Quelques analysesrécentes tout d'abord, qui peuvent permettre de se faire une meilleure idée sur l'intérêt (ou pas) de la qualification:

Chez B. Coulmont, et O. Bouba-Olga

 

 

Puis, la question posée crûment chez Gaïa Universitas qui résume également bien les points principaux, discussion qui pour l'instant ne déchaîne guère que mes passions.

 

Je m'autorise à reproduire mon avis que je partage (Pierre Assouline ayant fait un bouquin à partir des commentaires sur son blog, je ne sais pas quelle est la jurisprudence à ce sujet) (si j'avais le temps, je relirais et reformulerais quelques points mais baste):

 

Je pencherais pas mal pour la suppression de la qualif’ (en tout cas au niveau MCF; au niveau Prof’, les arguments sont un peu différents, et c’est plus le doublon avec la HDR qui me chiffonne): un calcul raisonnable lu dans une contribution aux Assises évalue son coût à 10M€. http://www.assises-esr.fr/var/assises/storage/original/application/845315e2797958e8e83dff136362af9b.pdf

Dans le document annuel (toujours très intéressant: http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/statistiques/13/9/qualif2012_238139.pdf) du ministère sur les statistiques à la qualification, on se rend compte que le taux de qualifiés, si on enlève les éliminés pour cause de « hors-section », est de 68% (hormis le droit à 45%, il est de presque 80% sur l’ensemble des disciplines de sciences dures, avec des pointes à 98%, p.4).
Bref, dans beaucoup de sections, il s’agit d’une « formalité » (avoir fait quelques heures d’enseignement et avoir publié un truc, aussi riquiqui soit-il), mais coûteuse en argent et en temps pour le candidat comme pour les EC qui évaluent. Cette formalité ne joue pas vraiment le rôle de « filtre », car on ne peut pas non plus dire que l’on ne reçoive que des dossiers de candidatures excellents… (1 candidat avec 1 article publié et 50h d’enseignement aura sa qualif’, il aura du mal à avoir un poste voire même à être auditionné, dans mes sections).

Il me semble aussi que cela renvoie (ou conforte) une mauvaise image du doctorat assez franco-française: implicitement l’Université reconnaît que 30% des doctorats qu’elle délivre ne sont pas au niveau, à tel point que l’on ne veut même pas que les gens candidatent. On a ensuite beau jeau de critiquer les politiques d’embauche du privé vis-à-vis des docteurs: « 30% de vos docteurs ne correspondent pas à vos standards, mais à nous de faire avec eux? ».
Ce n’est pas très raisonnable: si l’on pense que certaines thèses n’auraient pas dûes être soutenues (ce qui est probablement le cas: en sciences dures, à part si le doctorant quitte de lui-même, il est extrêmement rare qu’il ne soutienne pas…), c’est en amont qu’il faut travailler (avec les comités de thèse par exemple, si tant est qu’ils aient du pouvoir), pas après en disant « bon ok, on te donne ta thèse, mais n’y reviens pas ».

On me dit que cela permet de lutter contre le localisme et autres magouilles: outre que je suis toujours réticent à justifier l’existence d’une structure qui créé des biais simplement parce qu’elle pseudo-corrige un autre biais (là aussi, approche assez française), je suis sceptique. Encore une fois, les chiffres le montrent, le filtre est globalement faible… et la « pression » (nationale et internationale, en termes de budgets, d’existence même de certains labos ou unités, d’ouvertures de postes) sont des incitations autrement plus efficaces pour faire baisser le localisme que la qualification. Le taux de candidats locaux recrutés a baissé de plus de 5 points (de 25 à 20 si ma mémoire est bonne en moins de 10 ans, la qualification existait déjà avant…).

Bref, je vois un machin qui coûte très cher, en temps et en argent, et dont l’utilité me semble faible. Avec des procédures assez illisibles (peu voire pas d’affichage des critères) et peu égalitaires (étrangers dispensés, etc), qui favorisent les insiders.
Il me semble que le « contrôle qualité », s’il doit être fait, doit l’être a priori et non a posteriori. Ou alors, on fait un truc comme en droit, une vraie « pré-sélection », en publiant/affichant très clairement des critères académiques très clairs, section par section, permettant de justifier aux employeurs non-universitaires que les non-retenus ne sont pas des tâches, mais des gens très compétents qui ne remplissent juste pas certains critères purement académiques (publis, enseignement etc).

 

 

Bientôt, on parlera de loi Sauvadet...

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:42

Le principal problème dans la recherche en France n'est pas, malgré les 15% de réussite sur les appels à projets en moyenne et l'absence désormais quasi-totale de dotation récurrente, de trouver du pognon pour bosser, mais bien de le dépenser une fois qu'on l'a.

 

Par exemple, chez nous:

- 16 novembre: fin des commandes annuelles pour pouvoir faire la clôture budgétaire*.

- 14 janvier: réouverture du logiciel de commande sans prévenir personne.

- 25 janvier: fermeture du logiciel de commande en ne prévenant pas grand monde, pour une maintenance informatique. Bien évidemment, la maintenance ne pouvait pas se faire "pendant" la période de clôture, et personne n'est responsable de ce choix de date.

- 25 février: réouverture du logiciel de commande. Mais à cette date, les crédits, eux, ne sont toujours pas ouverts (enfin, si je comprends bien, l'argent est là, hein, puisque l'ANR par exemple l'a donné, mais il n'y a pas de ligne budgétaire correspondante). Donc on ne peut toujours pas commander.**

- 26 février: j'essaie de trouver le responsable de ce merdier. L'identifier est malaisé, ils sont probablement plusieurs en cause. Le nom qui revient le plus souvent est bien évidemment en vacances en ce moment. Les autres sont en formation, absents ce jour, ne répondent pas au téléphone, etc. 

 

Cela fait donc 3 mois et demi que l'on est bloqué. Si l'on rajoute les 3 semaines de fermeture en été auxquelles il faut bien rajouter 3 semaines parce qu'avant ça ralentit et après ça recommence doucement, il y a presque 5 mois de blocages. On essaie de s'arranger avec des comptes externes ou prévisionnels chez certains fournisseurs, mais ce n'est pas toujours évident de prévoir 4 mois à l'avance ce dont on aura besoin, surtout en sciences expérimentales où le matériel peut vite coûter assez cher (même si cette fois on l'a plutôt bien fait, car on avait prévu que beaucoup d'argent se libérerait à la dernière minute en novembre, et on avait donc fait des devis dans tous les coins, dépensant 50k€ ou quelque chose comme ça en 10 jours)...

J'ai failli chialer hier, vraiment. J'ai pourri (et je m'en veux un peu) un pauvre mec en bas de l'échelle juste parce que c'est le seul gars que j'ai réussi à avoir au téléphone. Et j'attends des réponses des gens que je suis parvenu à identifier comme ayant a priori un pouvoir d'action (qui me répondront probablement qu'ils n'y peuvent rien et que je devrais plutôt contacter bidule qui peut-être...).

 

 

 

* Attention, il faut aussi que le matériel ait été livré avant le 30. Et être vigilant: si vous avez transmis votre bon de commande avant le 15, il faut encore que le service financier l'ait validé avant le 18, sinon vous risquez de devoir réengager l'argent l'année suivante si les crédits ne sont pas reportables... Enfin, comme nous l'a dit le chef comptable, vous travaillez pour un établissement, vous devriez être content qu'il récupère de l'argent grâce à vous.

 

** pendant ce temps là on m'appelle pour me demander de remplir des fiches imbittables aux acronymes encore plus imbittables pour justifier de combien j'ai besoin l'année à venir, ce à quoi je ne peux visiblement pas répondre "j'ai besoin de ce que l'ANR m'a donné bordel à cul, démerdez-vous avec vos fiches et laissez-moi dépenser en paix".

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 11:37

Une petite histoire vraie. Elle soulève quelques questions, de fond comme de forme, intéressantes. Autant savoir ce que les lecteurs en pensent. Je vais essayer de raconter les choses de la façon la plus objective possible, avec les éléments en ma possession.

 

L'an dernier, une jeune (par l'âge de ses membres et la durée de son existence) et petite (par le nombre de ses membres et leur reconnaissance nationale et internationale) équipe a été délocalisée de son établissement d'accueil pour être intégrée dans un laboratoire de taille plus respectable, selon une logique gagnant-gagnant (le laboratoire gagnant 5-6 membres d'un coup, l'équipe gagnant en visibilité, qualité de l'environnement, et moyens matériels).

Probablement en partie pour des raisons liées à un souci d'intégration de cette équipe dans le laboratoire, on a demandé à l'un de ses membres (qui n'avait rien demandé et que nous appellerons le "nouveau") de coencadrer un stage de M2, sur un sujet qui pourtant paraissait assez loin de ses préoccupations. Ou plutôt dont le traitement était assez loin de ses compétences. 

En effet, il s'agit d'un sujet "classique" (voire l'un des marroniers du domaine datant de la la fin des années 90) sur lequel il avait bossé il y a plusieurs années, et dont il maîtrisait encore assez bien la "biblio de base", voire certains travaux actuels (ceux-ci étant dans une large mesure effectués par des gens qu'il croise régulièrement en conf' ou ailleurs). Mais la façon de l'aborder était relativement novatrice, plus mécanique là où la question était généralement plutôt traitée de manière physique, et basée sur un concept expérimental assez neuf (concept expérimental faisant lui partie des sujets de recherche du nouveau). Pour ces raisons, le nouveau a accepté de co-encadrer.

 

Le stage se passe plutôt bien à tout point de vue, les résultats sont intéressants; l'implication du nouveau est il faut le dire relativement faible. Le stagiaire est un bon élément, sa formation le rend plus pointu que lui sur les méthodes employées, et le co-encadrant est lui aussi à l'aise sur ces thématiques. Il se borne à suivre et valider les réunions d'avancement*, à apporter sa connaissance biblio du sujet, expliquer quelques notions fondamentales sur les matériaux au stagiaire**, et suggérer quelques améliorations/hypothèses de travail quand il lui semble avoir une idée pertinente. 

 

Peu après le départ du stagiaire, le nouveau discute brièvement avec le co-encadrant, suggère que les résultats ne sont pas mal, qu'il y a peut-être moyen en faisant quelques manipes complémentaires et en réfléchissant à l'interprétation, d'écrire un petit truc sympa. Il élude.

 

Environ six mois plus tard, le nouveau reçoit un mail pour une réunion interne, initiée par deux autres chercheurs, pour discuter des résultats du stagiaire et de leurs avancées sur le sujet.

Un peu avant la réunion et au cours de celle-ci, il apprend que le co-encadrant a au cours d'une discussion informelle suivant la soutenance (auquel le nouveau n'a pas assisté pour une raison idiote) autorisé les deux chercheurs à continuer l'étude.  

L'étude est désormais auto-suffisante, et il est évoqué cette fois-ci une collaboration avec la jeune équipe notamment pour ses connaissances expérimentales, pour aller plus loin.

 

Quelques échanges mails plus loin, le nouveau apprend enfin qu'un papier a été écrit, est prêt à être soumis, et qu'il n'est pas dedans. 

Après s'être expliqué avec le co-encadrant qui a fait son mea culpa (il n'avait pas le temps de continuer le projet, il a pensé que c'était une bonne idée, a été pris par d'autres activités, s'est retrouvé devant le fait accompli, etc) et avoir donné sa vision de l'histoire aux deux chercheurs, il est semble-t-il, suite à une intervention du co-encadrant, réintégré dans la publi, dont il a pu lire le draft en catastrophe et à laquelle il a proposé (sans réactions) d'apporter quelques modifications mineures qui pourraient donner selon lui plus de force au texte (le traitement est certes nouveau, mais il fait un peu trop fi dans ses interprétations des 15 années d'études sur le sujet).

 

 

Cette histoire pose selon moi plusieurs questions de fond et de forme:

- le nouveau devait-il être sur le papier? 

Tel quel, peut-être pas, probablement pas. Mais lorsqu'on écarte quelqu'un d'un travail, qu'on bosse six mois sur un sujet sans qu'il soit au courant, et qu'on lui mentionne presqu'au détour d'une conversation l'existence d'un draft "final" sans possibilité de modification, on a beau jeau de dire qu'il n'a pas contribué.

Est-ce qu'une discussion constructive à l'issue du stage n'aurait pas été plus intelligente qu'un non-dit explosant à la gueule de tout le monde une fois qu'il est presque trop tard pour changer quoi que ce soit? 

Cela pose également la question de l'encadrement: encadrer un étudiant ou un post-doctorant est-il une condition suffisante pour être sur une publi? La question est complexe tant le travail fourni dépend de l'encadrant, de sa maîtrise du sujet (qui dans l'histoire ci-dessus était loin d'être totale, mais cette situation n'était pas totalement du fait du nouveau: ce n'est pas comme si il avait de lui-même proposé un sujet qu'il ne maîtrisait pas)  mais aussi du niveau de l'étudiant... D'expérience, je dirais plutôt oui (c'était aussi vrai aux US même si les co-encadrements y étaient assez rares), même si le problème de la HDR en France pousse alors à mettre sur les publis des "prête-noms" qui n'ont qu'une existence officielle, ce qui favorise une certaine forme de "mandarinat"...

Enfin, est-ce que le nouveau a eu raison de pousser une gueulante? Est-ce que cette situation marque la fin de toute relation future "ok pour cette fois n'y reviens pas" ou est-ce que la conclusion est synonyme de "fresh start", désolé tout le monde a merdé et on fera mieux la prochaine fois? Vaste question, que l'on peut prolonger comme suit...

 

- qu'est-ce qu'un coencadrement; qu'est-ce qu'une collaboration?

Selon moi, un coencadrement est basé sur l'idée qu'il y a, pour certains sujets, une synergie potentielle basée sur les compétences distinctes des deux encadrants, cette synergie pouvant être bénéfique au sujet et à l'étudiant. Dans ce cas, il faut accepter que certains sujets ou certaines portions de sujets ne sont pas encadrés symétriquement par les deux personnes, l'idée étant que cela se compense globalement sur le projet, voire sur un ensemble de projets. C'est tout l'intérêt de monter des équipes un peu interdisciplinaires...

Ma thèse a été encadrée par un chimiste et un physicien, il m'aurait semblé absurde de publier mon papier de chimie uniquement avec le nom du chimiste et mes deux papiers de physique avec seulement le physicien, puisque le sujet n'a existé que parce qu'ils avaient décidé de bosser ensemble... leur apport a switché au cours de la thèse, il s'est globalement équilibré, et je ne vois pas le problème.

Dans le même registre, j'ai du mal à concevoir une "collaboration" comme une situation où chacun bosse de facto dans son coin, et ne se parle qu'une fois tous les six mois quand on a vraiment besoin de l'autre pour continuer à avancer. Cela ne veut pas dire qu'on doit se voir tous les deux jours, mais quand même qu'on doit se tenir au courant régulièrement des avancées bonnes ou mauvaises, et pas juste une fois toutes les morts d'évêque parce que "tiens là sur ce truc là on sait vraiment pas faire nous-même, on vous demanderait bien votre aide". 

 

 

 

* maintenant, on demande même aux stagiaires M2 de faire des diagrammes de Gantt et des bilans d'avancement.

 

** je suis toujours étonné du peu d'intérêt pour les matériaux (de quoi sont-ils faits, comment sont-ils micro ou nano structurés etc) de la part des mécaniciens du solide, qui semblent avant tout aimer poser des équations compliquées dont il importe finalement souvent peu qu'elles aient une réalité physique du moment qu'on sait les résoudre analytiquement ou numériquement.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:22

L'AERES, agence d'évaluation de la recherche et l'enseignement supérieur créée en 2006, disparaît, par volonté gouvernementale.

 

Cette agence évaluait tous les laboratoires français une fois tous les quatre ans, mais aussi les établissements dans leur ensemble.

 

Je ne vais pas discuter ici de politique (l'agence sera remplacée par une autre avec, semble-t-il, des contours assez similaires), ni des dérives un peu débiles que cela a pu créer localement dans les laboratoires, les mois précédant l'évaluation (efforts démesurés pour cacher sous le tapis des inimitiés entre personnes, réunions innombrables pour définir des acronymes "sexy" sur le nom des équipes etc).

 

Je voudrais simplement souligner que, selon moi, les rapports "publics" (tout le monde, chercheur ou simple quidam, peut y accéder sur le portail de l'AERES, quel que soit le laboratoire ou l'établissement) notamment concernant les établissements dans leur ensemble, donnent des indicateurs chiffrés intéressants et nécessaires, qui devraient permettre de tirer la sonnette d'alarme et de, le cas échéant, tenter de corriger des politiques d'établissement sur un temps relativement court plutôt que d'attendre 30 ans avant de constater le problème.

 

Ainsi, quand dans un établissement de taille respectable et relativement réputé, pris au hasard, on constate, en noir sur blanc dans l'introduction du rapport, que:

- il y a 50% de non-publiants*

- moins de 15% des personnels BIATOSS participent aux activités de recherche

- aucun laboratoire n'a été évalué A+ (contre plus de 20% à l'échelle nationale) et la proportion de notés C (note sanction signifiant plus ou moins la mort de l'équipe ou du laboratoire qui la reçoit) est plus de deux fois plus élevée que la moyenne nationale

- près de 40% de doctorants non financés

 

On peut pointer individuellement du doigt les chercheurs et enseignants-chercheurs qui ne sont probablement pas exempts de tout reproche.

Mais comme cela est une moyenne sur une vingtaine de laboratoires et environ 1500 personnes, on peut aussi penser qu'il y a une politique désastreuse de l'établissement en terme de recherche, qui non seulement n'est pas incitative, mais est même très certainement contre-productive.

 

J'apprécie que ces chiffres soient visibles de tous, et j'aimerais qu'ils le restent.

Je souhaiterais juste que cela ne soit pas un rapport de plus, mais que cela induise une véritable prise de conscience de la direction de l'établissement concerné et/ou de vraies mesures drastiques de la part du gouvernement.

 

 

 

 

 

* le critère "non-publiant" est je crois variable selon le domaine, mais il est en gros de 1 papier tous les 2 ans pour un enseignant-chercheur dans une revue à comité de lecture, le tout sans tenir compte de la place de l'auteur, soit 2 papiers sur les 4 ans de l'évaluation (sachant que les brevets peuvent compter et que l'on n'est pas très regardant sur les journaux). Cela me semble un critère a minima: un "non-publiant" ne fait vraiment pas de recherche, n'en déplaise à certains activistes.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 15:41

Je voudrais écrire quelques mots sur la "Tenure", le système nord-américain régissant l'emploi des Professeurs d'Université.*

 

En effet, on en parle souvent sur Twitter, mais:

- le système est complexe et ne survit pas toujours aux approximations inhérentes au dialogue en 140 caractères.

- il me semble malgré tout qu'un certain nombre de personnes a une vision un peu simpliste de ce système (cela, de façon générale, des politiques aux particuliers, est je trouve assez fréquent quand on parle des Etats-Unis)

 

Je ne prétends pas avoir tout compris moi-même, mais je vais essayer de coucher ce que je sais (j'ai posé beaucoup de questions à beaucoup de gens pendant mes deux ans là-bas, et continue à le faire dès que je rencontre un collègue américain, ce qui est assez fréquent), ce que je pense être vrai, les quelques chiffres que j'ai pu trouver, ce qui permettra de poser les bases de discussion, précisions, corrections etc.

 

 

Définition rapide:

Après un processus de recrutement sur lequel je ne reviendrai pas (extrêmement différent à tous niveaux du système français), un "département" (l'équivalent français serait typiquement le laboratoire ou l'UMR) embauche un Assistant Professor.

La différence avec un Maître de Conférences est significative en termes de recherche: un Assistant Professor a pour mission de "construire" un groupe. Activité de recherche propre, recrutement d'étudiants, recherche de financements (très important) etc. Il est généralement nommé pour "combler" un trou thématique d'un département (et donc pas pour joindre une équipe préexistante).

Ce poste est en quelque sorte "à l'essai", on dit que le Prof est sur la "tenure track".

 

Au bout de 3 ans, il subit une "mid-review", de la part du département (puis ensuite du "college", échelle supérieure constituée d'un conglomérat de département, puis de l'administration centrale de l'Université elle-même). Le but est d'évaluer à quel point les missions (enseignement, financements, publications, nombre d'étudiants etc) sont bien remplies**: c'est, de ce qu'on m'a dit, un processus qui, bien que stressant, est surtout "administratif", dont il ne ressort le plus souvent que peu d'informations ou de décisions concrètes, même si la sonnette d'alarme peut être tirée à ce moment là, sur un point précis ou sur tous.

 

Au bout de 6 ans (cela peut être moins si la personne est exceptionnelle, plus notamment s'il y a eu des arrêts maladie, parentaux etc), le même processus est réédité, mais il s'agit de l'évaluation finale.

 

Soit l'Assistant obtient la tenure et devient Associate Professor (avec une revalorisation salariale, relativement mineure d'après ce qu'on m'a dit - le saut se faisant surtout au passage Full Professor, ~5 ans plus tard-).

Premier point assez important: dans ce cas, le job est "à vie"***, sauf dans le cas où l'Université coule ou décide de fermer un département entier, dans le cas où le Professeur tue ou viole un étudiant, etc. Un peu comme un fonctionnaire donc, mais au niveau de l'Université et pas de l'Etat. Il faut d'ailleurs noter qu'il n'y a pas de "retraite obligatoire" pour les "tenured faculty", ceci ayant été considéré il y a une quinzaine d'années comme une discrimination par l'âge. C'est donc dans certains cas vraiment "à vie": ceci coûte extrêmement cher et pousse les Universités à proposer des départs volontaires très généreux à leurs professeurs de plus de 65 ou 70 ans... (voir par exemple ici ou la). 

 

Dans le cas contraire, on lui "dénie" la tenure (tenure denial). Eg, la personne doit quitter l'Université, et trouver un autre job si elle peut (qui peut être dans une autre Université, ou dans le privé par exemple). Il faut noter que dans ce cas, le groupe construit depuis six ans est dissout et les étudiants sont dans la merde aussi, mais on ne s'attardera pas sur la question (je suis un permanent, hein, rien à foutre des étudiants). 

 

 

La question qu'il faut se poser est: quel est le pourcentage de "tenure denial"?

Hélas, comme le regrette cet article, il n'existe pas de statistiques au niveau fédéral, voire même au niveau des Universités pour la plupart d'entre elles.

 

L'article en question s'intéresse au cas de Penn State University, Université d'Etat plutôt renommée, avec des données relativement anciennes et très générales (aucunes distinctions, si elles existent - ce qui serait, d'expérience, mon "gut feeling"-, entre sciences molles et dures, ou entre colleges...): entre 1990 et 1998, 55% des Assistant Professors ont obtenu la tenure en 7 ans.

Il faut souligner que cela ne veut pas dire que 45% ont vu leur tenure "denied": en effet, un nombre non nul d'Assistant Professor quitte l'Université sans aller jusqu'à la "review" (soit parce qu'ils savaient qu'on les virerait, soit parce que ça n'était pas leur trip finalement, soit parce qu'on leur a proposé plus de thunes ou un meilleur job dans une autre Université, soit parce qu'ils sont partis dans l'industrie quand ça s'y prête, soit parce qu'ils ont arrêté plus d'un an, etc).

Il faut d'ailleurs noter que les "appréciations positives" des demandeurs au niveau du college sont, au bout de 6 ans, de 90%.

 

Le taux de tenure est donné, pour une seule année (04-05) et pour 10 Universités, et on voit qu'il varie énormément (de 33% à 67%), même si la moyenne est elle très proche du 55% susmentionné.

 

Deuxième point important: il me semble que pour un certain nombre de français, l'imaginaire est que le taux de succès à la tenure est extrêmement faible, de l'ordre de 20 ou 30%. Or, on voit que cela est très variable selon l'Université, et qui plus est ne semble pas vrai en général. Cela existe, mais ce n'est pas la norme.

Ainsi qu'on me l'a expliqué, pour une majorité d'Universités et de départements, le but a priori est vraiment de garder les gens: embaucher pour 6 ans est un investissement lourd, virer peut être désastreux (on ne sait pas si on pourra réallouer le poste, ce n'est pas bon pour l'image à tous les niveaux, etc), bref on veut que (et on fait tout pour que) ça marche, même si on se garde la porte ouverte.

D'ailleurs, il semble que le processus aille rarement à son terme "négatif": autrement dit, beaucoup de ceux à qui on "dénierait" probablement l'application quittent de leur "plein gré" le système avant les six ans (notamment après la mid-review).

Je pense que cela est dur à comprendre pour nous français tant cela diffère de notre mentalité depuis tout petit (par exemple l'examen qui n'est jamais là pour simplement vérifier que c'est compris mais toujours là pour piéger, etc).

Que cela soit un processus stressant et compétitif, je ne le nie pas: mais je pense que la vision que l'on a souvent en France selon laquelle il s'agit d'ultra-darwinisme social est exagérée.

 

 

Je vais maintenant donner des chiffres "invérifiables", ceux que m'ont donné à la louche divers collègues de diverses institutions, allant de Harvard ou du MIT, à des universités plus obscures comme University of North Dakota).

Les chiffres, outre qu'ils sont à prendre avec des pincettes, concernent les domaines que je connais (soit les départements de Physics, Chemical Engineering, Mechanical Engineering, Materials Science etc), ce qui peut expliquer les différences d'avec ceux de l'article.

 

A Harvard, le taux de réussite à la tenure est effectivement très faible (autour d'un tiers): cela s'explique par la politique de l'établissement, assez simple à comprendre. Recruter les "meilleurs aux dents longues" pour les faire bosser comme des chiens pendant 6 ans, ramener un max de thunes et produire à mort. Une fois qu'on les a crevés, on garde les tops du top, et pour le reste on recrute comme "Associate" en siphonnant les autres Universités. Il faut voir que les recalés d'Harvard ne finissent que rarement sous les ponts, et que plein d'universités un peu moins côtés sont contents de les accueillir à bras ouverts.

Cette politique est également pratiquée (avec des taux un peu plus élevés, autour de 50%, par le MIT, Stanford etc).

 

Dans la plupart des Universités, il semble qu'on tourne typiquement autour de 80% (voire plus dans les "petites"):

 

Au sein de mon département, qui, même s'il n'appartenait pas à une Université globalement prestigieuse, fait régulièrement partie du "top 5 US" dans son domaine**** n'a encore jamais "dénié" la tenure à qui que ce soit, sur une quinzaine de Professeurs. Deux sont partis avant la fin du processus (l'un parce qu'on lui aurait probablement dénié, l'autre simplement parce que ça ne lui plaisait pas et qu'on lui offrait mieux dans l'industrie).

 

Un collègue dans un petit département d'une petite Université m'a expliqué qu'ils avaient mis un an à pourvoir le poste avant son arrivée, que les attentes étaient modestes et qu'il faudrait vraiment qu'il y mette du sien pour ne pas avoir sa tenure.

 

 

 

Voila pour quelques éléments qu'il me semblait important de préciser.

Si vous avez des compléments d'informations, des contradictions, des sources à apporter en commentaires, n'hésitez pas...

 

 

 

* je signale qu'il existe des postes, relativement peu nombreux, sans "tenure" mais permanents malgré tout, dits de Research Scientist. On les trouve dans les instituts nationaux (type NIST) mais aussi au MIT ou ailleurs: ils n'impliquent pas d'enseignement, et généralement moins de responsabilités en termes de financements, vie de groupe etc. On pourrait les placer, je pense, à la frontière entre IR et CR. Je pense que les perspectives d'évolution ne sont par contre pas super excitantes.

 

** il faut noter que ces missions peuvent varier extrêmement en proportion d'un endroit à l'autre, entre "college" (instituts ne formant pas de docteurs, centrés sur l'enseignement même si les plus prestigieux prennent aussi en compte la recherche, faite en formant les "undergrads") et universités ultra-prestigieuses et compétitives comme Harvard.

 

*** les Professeurs perdant de l'activité en recherche, soit parce qu'ils décrochent moins de contrats soit parce que cela les intéresse moins, sont peu à peu assignés à des activités plus administratives ou d'enseignement. Les aller-retours sont possibles au long de la carrière.

 

*** autre détail qui a son importance: aux US il y a des bons départements dans des universités médiocres. Il y a aussi de bons chercheurs dans des départements médiocres.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:02

Je suis de plus en plus convaincu que, dans une majorité des cas, le "mérite scientifique" personnel n'est qu'un facteur mineur dans la réussite d'une carrière scientifique. Et que les indicateurs de performance ne révèlent au mieux que quelque chose de très partiel.

 

Si je prends mon propre exemple. 

Aujourd'hui, ma production scientifique est probablement dans la moyenne de mon domaine, peut-être la moyenne basse. J'ai sorti 3 papiers premier auteur pendant ma thèse, plus un proceeding avec comité de lecture. Puis 2 papiers premier auteur pendant mes 2 ans de post-doc aux US. Rien pendant les 6 mois de post-doc de retour avant de trouver un poste, puis rien pendant ma 1ère année MCF. Cette année, un brevet, un proceeding avec comité de lecture et un papier reprint author. A priori, un papier premier auteur devrait sortir l'an prochain, plus un ou deux co-auteur. Comme j'ai maintenant deux étudiants, cela devrait rouler au moins pour les 2 ans à venir.

Bref, 5 papiers 1er auteur, 1 brevet, 1 papier reprint author, 2 proceedings à comité de lecture, en ayant commencé à publier en 2006: pas de quoi avoir honte (et pas encore de quoi se dire que passer Prof relève à tout jamais de l'utopie), mais pas de quoi se taper le cul par terre. 

 

Toutefois, il s'en est fallu de peu pour qu'à l'heure où j'écris ces lignes, sans être en aucune façon "plus excellent" que je ne le suis, je compte quasiment deux fois plus de papiers: quand je suis parti de mon labo de thèse, une post-doc était censé continuer sur mon boulot. Il se trouve qu'elle n'était pas très dégourdie et qu'au bout de quelques mois, mon chef a décidé de changer son fusil d'épaule et de lui faire faire autre chose. Pouf, un ou deux papiers potentiels qui tombent à l'eau.

En post-doc, j'ai mis au point, avec un autre post-doc, une manipe. Nous en avons tiré un papier. Cette manipe (que j'ai fini par reconstruire dans mon labo français) a permis à mon chef de publier une dizaine de papiers depuis que je suis parti, dont une bonne moitié est vraiment la pure continuation de mon boulot. Bref, ce papier est du coup bien (auto-)cité, mais je connais un certain nombre de laboratoires où j'aurais été "co-auteur" automatique (au moins pour les papiers qui incrémentent la manipe ou traitent de la physique qu'elle met en jeu).

Du coup, je pourrais très bien aujourd'hui avoir une liste de 15 papiers au lieu de 8. A priori, je ne serais pourtant ni meilleur ni moins bon que je ne le suis.

 

Enfin, il me semble que l'environnement est un élément clé pour un MCF: entre certains collègues en école d'ingé qui bénéficient de décharges, de bons étudiants à disposition, et dans certains cas de fonds importants, d'autres dans des labos "de pointe" qui ont 2 doctorants à disposition dans l'année qui suit leur nomination, et d'autres collègues à qui on demande d'assurer 300HED et dont les laboratoires ne fonctionnent qu'avec des stagiaires de L3, la production scientifique va rapidement diverger même si le "niveau d'entrée" est souvent assez similaire.

Ce n'est pas comme si l'offre était pléthorique et que la part de chance dans les auditions était nulle et qu'on pouvait affirmer "vu mon niveau, je n'irai que dans la crème des labos".

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