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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 11:08
Les campagnes de recrutement nationales aux postes de chercheurs et d'enseignant-chercheurs commencent bientôt, et en tant que futur "recruteur", je suis déjà amené à dialoguer avec quelques potentiels candidats*.
 
Depuis la fin de ma thèse, je suis assez surpris de l'"ignorance" des "règles du jeu" d'un nombre certain de candidats pourtant prometteurs d'un strict point de vue scientifique.
 
Il y a un an et demi, je trouvais hallucinant qu'une candidate au dossier pourtant solide, arrive "avec sa bite et son couteau" à l'audition, sans avoir pris contact avec qui que ce soit dans le labo, pourtant connu comme adepte de la "présélection". L'ignorance des "règles officieuses" (c'est à dire non indiquées voire proscrites par le Journal Officiel) est déjà, je crois, une faute grave lorsque l'on cherche à faire carrière dans la recherche publique ou l'enseignement supérieur**.
 
Depuis, j'ai vu pire: deux "candidats", avec chacun deux ans de post-doc et une liste de publis raisonnable, m'ont contacté pour postuler au poste de Maître de Conférences qui va probablement s'ouvrir dans notre laboratoire. Il se trouve qu'aucun des deux n'est qualifié (non seulement dans la section du poste, mais tout court), et qu'ils me répondent benoîtement "ah oui, tiens, je n'ai pas eu le temps de le faire".
"Très bien, mais bon, vous avez quand même conscience que vous n'avez du coup pas le droit de candidater, hein?"
 
Alors merde, en fin de thèse, ça fait déjà pas très sérieux, mais alors après deux ans de post-doc...
Vous n'avez jamais parlé à personne dans votre labo?
Vous n'avez jamais cherché à lire le J.O., le site du ministère, celui du CNRS ou googlé pour obtenir des infos au moins sur les procédures et les calendriers?
Vous ne connaissez pas un post-doc qui galère et qui peut vous expliquer?
Vous pensez que parce que vous êtes docteur et que la recherche, ça vous plaît bien, on va vous accueillir à bras ouverts et vous donner un poste?
 
Les jeunes, faudrait voir à se prendre en main un peu, hein, c'est la crise (copyright babyboomer).
 
 
Donc, hop, je ressors mon article "Conseils aux candidats" qui me vaut encore pas mal de lectures quotidiennes, surtout en début d'année: http://laviedemix.over-blog.com/article-conseils-aux-candidats-66722414.html
 
Plus un petit article qui explique le "calendrier" interne d'un post-doc (pour trouver un boulot, oubliez le 100% recherche de la thèse): http://laviedemix.over-blog.com/article-une-annee-de-post-doc-47745119.html
 
Et quelques chiffres pour prendre conscience que nothing comes easy: http://laviedemix.over-blog.com/article-auditions-cnrs-quelques-chiffres-46403018.html 
 
Mais si vous ignorez le sens du mot "qualification" ne mettons pas la charrue avant les boeufs: commencez par aller voir https://www.galaxie.enseignementsup-recherche.gouv.fr/ensup/candidats.html pour les infos officielles, notamment le très important calendrier, et http://guilde.jeunes-chercheurs.org/Alire/guide/apres/index.html pour des infos de terrain.
 
 
Et une fois que vous avez tout compris, n'oubliez pas le conseil de N. Holzschuch: ne candidatez pas dans un endroit où vous n'avez aucune envie d'aller.
 
 
 
* Il est déjà trop tard pour le dossier d'inscription aux concours du CNRS (décembre). La session synchornisée pour les concours MCF est en mai, les postes publiés probablement en mars, mais il est temps pour les candidats de commencer à prospecter: les labos qui vont avoir un poste le savent déjà et certains communiquent déjà pour "préauditionner". Y a-t-il un poste, avez-vous un candidat local sont des questions qu'il faut commencer à poser sans tarder. En mars, beaucoup de choses sont déjà jouées.
 
** encore une fois, on peut regretter qu'elles existent, mais on ne peut pas faire comme si ce n'était pas le cas.
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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 15:23

Existe depuis 2009 pour les chercheurs et enseignants-chercheurs la PES ou Prime d'Excellence Scientifique*.

 

Derrière ce jargon de commercial mal dégrossi (la cellule qui s'occupe de ça aime visiblement foutre de l'excellence dans tout ce qui touche à la vie scientifique française) se cache une sorte de "prime au mérite", valable pour 4 ans, qui va bien dans le sens d'une certaine idéologie "fonctionnaires = feignants profiteurs inutiles qu'il faut supprimer ou refoutre au boulot".

 

Qu'on ne se méprenne pas: je pense qu'on peut trouver plein de bonnes raisons objectives d'attribuer de telles primes.

 

Mais comme souvent, le but premier semblant avant tout de communiquer là-dessus sans réel souci d'une quelconque efficacité, la mise en place s'est faite à la va-vite: l'opacité des règles d'attribution et leur modulation établissement par établissement ainsi que l'absence totale d'explications et/ou de recours en font une vaste usine à gaz étant, aujourd'hui, loin de récompenser les plus méritants.

Le plus important n'est-il pas (de faire semblant) d'y croire?

 

En quelques mots, comment cela se passe:

 

- l'enseignant-chercheur remplit chaque mois de mars un dossier assez volumineux et chronophage (vu qu'il doit faire la demande de PES tous les ans tant qu'il ne la touche pas, on pourrait qualifier ceci de perte de temps**) où il détaille à quel point il est génial suivant quatre critères pas forcément dissociés, qui sont la production, l'encadrement, le rayonnement et les responsabilités, tout en rappelant bien entendu un nombre certain d'informations purement administratives (le fameux NUMEN dont vous ignoriez l'existence ou pensiez qu'il ne servait à rien -petits naïfs-, par exemple).

Les "médaillés" CNRS et quelques autres sont, je crois, exonérés de cette démarche fastidieuse et touchent automatiquement la prime. Certains la refusent d'ailleurs.

 

- le dossier est ensuite transmis à la CNU (Conseil National des Universités) de rattachement dudit EC (ou au CNRS ou à l'organisme d'accueil pour les chercheurs, me semble-t-il) qui dispatche à des rapporteurs anonymes, évaluant chaque dossier en attribuant pour chaque critère la note A, B ou C. Ceci définissant ensuite une note globale au dossier, A, B ou C (apparemment un C dans l'un des critères attribue d'office la note finale C***, ce qui sera important dans la suite).

 

- On peut connaître ses notes, mais pas qui les a données ni ce qui les a motivées. Il n'y a pas de rapport écrit, rien de consultable, rien de contestable****.

 

- Les notes sont renvoyées à l'Université, qui, selon ses moyens et ses envies, définit les critères d'attribution de la prime.

Dans mon établissement, il fallait avoir au minimum AABB, ce qui fait que 11 personnes sur 370 l'ont touchée (soit moins de 3% des effectifs, waouh). Ailleurs, ils ne prennent en compte que la note finale: A conduit automatiquement à la prime, C élimine d'office, B est laissé à la discrétion du Président d'Université ou du Conseil d'Administration/Conseil Scientifique, option favorisant comme on l'imagine une grande objectivité.

L'excellence est certes subjective, mais je connais des jeunes MCF aux dossiers meilleurs que certains profs qui se sont fait bouler, et au contraire des semi-branleurs qui l'ont eu.

Encore une fois, l'excellence n'a plus grand chose à voir quand certains établissements ont les moyens (ou font le choix "politique") de financer des primes à hauteur de 1% des effectifs alors que d'autres peuvent se permettre de la payer pour 50% des chercheurs ou EC.

 

- L'établissement décide également du montant de la prime, dans une certaine fourchette: pour les MCF cela peut aller de 3500 euros/annuel à 6000, pour les Profs cela peut monter jusqu'à 15000. Tout cela est assez flou, et, de même que le nombre de "primés", semble avant tout dépendre de la santé financière de l'établissement de tutelle, et/ou de la "popularité" du primé (autant dire qu'à part pour ceux qui ont la chance de travailler dans des grandes écoles prestigieuses, ça ne va pas aller en s'améliorant).

 

- Généralement, tous ces résultats mettent 11 mois à revenir, donc comme ça, on peut direct commencer le dossier 2012 quand comme moi on s'est fait jeter pour 2011. Je n'ai pas la prétention d'être excellent, mais il y a aussi probablement un effet "file d'attente" (qu'on retrouve par exemple dans les concours CNRS).

Et puis, 100% des gagnants ont tenté leur chance.

D'autres, qui ont des convictions et donc toute mon admiration, refusent de participer à ces conneries.

 

 

 

* Cette prime remplace la prime d'encadrement doctoral et de recherche (PEDR) que je n'ai pas connue, mais dont les critères d'attribution semblaient plus explicites, à défaut d'être plus justes.

 

** Rajoutons à cela l'évaluation quadriennale individualisée qui commence cette année (censée reprendre le modèle d'une HDR mais une fois tous les 4 ans au lieu d'une fois dans sa vie auparavant).

 

*** L'un des défauts de la PEDR était qu'elle excluait de facto les MCF sans HDR (habilitation à diriger les recherches) puisqu'il fallait "encadrer", et que la HDR est obligatoire pour encadrer "légalement".

On a beaucoup communiqué sur la PES sur le mode "la valeur n'attend pas le nombre des années". De facto, comme il y a un critère explicitement intitulé "encadrement" dans la notation, qu'un MCF débutant est très rarement impliqué dans l'encadrement de thésard pendant les premières années (et que les stages de M2 ne comptent quasiment pour rien), et comme la lettre C est "éliminatoire", cela n'a quasiment rien changé de ce point de vue là.

 

**** Problème potentiel tant une communauté scientifique donnée est, en France, un tout petit monde. Les connivences/inimitiés des uns et des autres jouent souvent un rôle important pour les recrutements, il n'y a pas de raison de penser que la transparence la plus totale règne ensuite. 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 09:25

Juste après avoir atterri à Nice jeudi après-midi pour quelques jours d'hibernation nécessaire, mon collègue "coordinateur" m'appelle pour me dire que, contre toute attente, l'ANR vient d'accepter notre projet soumis en janvier 2011, et qui était sur liste d'attente depuis mai sans autre retour ou presque.

 

Un sentiment ambivalent nous a envahi: beaucoup de joie, du soulagement aussi de ne pas avoir à bosser pendant les vacances pour le resoumettre à la rentrée.

Au fond, on l'a quand même un peu saumâtre, puisque ça fait déjà une dizaine de jours qu'on remodèle notre "oeuvre", qu'on a contacté d'autres partenaires éventuels etc: au niveau calendrier, il y a mieux que d'obtenir une réponse pour l'appel à projets de l'année en cours 10 jours avant la deadline de soumission de l'appel à projets de l'année prochaine...

Mais ne mégotons pas, pour une fois que tout est bien qui finit bien, on peut se dire que rebosser sur le projet nous a rafraîchi la mémoire et nous permettre d'être plus efficace le temps venu.

Et c'est un cadeau de Noël sympathique.

 

Environ 500000 euros à partager en 3 sur 4 ans, c'est pas mal: en ce qui me concerne, ça me permettra de payer un post-doc pendant 2 ans, de monter une petite manipe sympa, de partir régulièrement en congrès et de renouveler le matériel courant, des solvants à la bureautique, sans me prendre le chou.

Bref, que du positif. En plus, bien sûr, de la collaboration désormais effective avec un tas de gens très bons (et, qui plus est, sympas).

 

Une bonne fin d'année donc. J'espère la même chose pour vous.

Bonnes fêtes, et à bientôt.

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 10:23

Je n'ai pas d'éléments suffisants pour analyser en profondeur la situation, et y démêler la part:

- de la nouvelle "circulaire Guéant" et/ou la modification de la loi relative à l'immigration concernant les titres de séjour.

- du statut particulier de l'établissement dans lequel je travaille (dont la préoccupation majeure n'est clairement pas la vie doctorale).

- de la nationalité d'un thésard de notre laboratoire, du fait que son pays soit aux prises à une guerre civile - ou une révolution-, et que son financement soit une bourse dudit pays (apparemment plus vraiment versée depuis quelques temps).

 

 

Mais les faits sont ceux là:

 

Lors de sa visite biannuelle à la préfecture, on a fait comprendre à ce thésard, qui a commencé son doctorat il y a un an, que son statut* ** n'était plus reconnu et qu'on ne lui renouvèlerait pas son titre de séjour.

 

La haute administration de notre établissement, d'ailleurs convoquée à la préfecture pour qu'on lui explique les nouvelles procédures et qu'on insiste sur la rigueur extrême de leur application, nous a déjà clairement annoncé qu'elle s'en lavait les mains ("je viens d'être nommé, je suis là pour appliquer les règles et je ne ferai pas d'exception").

 

 

Donc, j'imagine les conséquences: sa thèse va être stoppée définitivement, on va le renvoyer en Syrie, et il pourra rejoindre, si j'ai bien compris, une bonne partie de sa famille en taule (dans le meilleur des cas).  

 

Grâce à ça, le système français sera sauvé, n'en doutons pas.

 

 

 

* ce n'est pas étonnant: même pour un "bon français de souche" (copyright Droite Populaire), le statut de doctorant est toujours un affreux bâtard, ni vraiment salarié, ni vraiment étudiant. Cf par exemple ce problème toujours pas réglé depuis au moins dix ans qu'il se pose...

 

** il semblerait que son statut soit passé d'"étudiant" (pour la préfecture: bien) à "élève" (pas bien), sans que je sache vraiment à quoi cela correspond, et si c'est propre à mon étalissement ou potentiellement généralisable (histoire d'âge limite du thésard, par exemple).

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 09:29

Déposer une demande de financement ANR, à l'échelle locale, ce n'est pas toujours une sinécure.

 

Heureusement, tout est ensuite géré de main de maître à l'échelon national.

 

Ainsi, au sujet de notre projet soumis en janvier 2011 et classé en liste complémentaire en mai/juin, mon collègue "porteur" du projet a fini par s'inquiéter de n'avoir pas eu d'autre retour depuis.

 

Après plusieurs tentatives restées lettres mortes, il a écrit ceci il y a quelques jours:

"

Mon ANR est sur la liste complémentaire depuis la parution des projets sélectionnés. Pourrais-je avoir des nouvelles du statut afin de savoir si je dois reprendre contact avec mes partenaires pour l’appel à projet 2012 ?

De plus, pourrais-je avoir les rapports la concernant ?  

Je tiens également à dire que je n’ai jamais reçu de nouvelles, que ce soit pour me dire de consulter la liste des projets sélectionnés ou quoi que ce soit d’autre concernant mon projet.

"

 

Un correspondant à l'ANR a fini par lui répondre ça:

"

Concernant les listes complémentaires, il y a actuellement des négociations. Ceci étant,  il est très peu probable que suffisamment de projets soient financés pour que le votre en fasse partie. Je vous conseille donc de resoumettre ce projet en 2012.

Je vous joins l’avis du comité concernant votre projet.

"

 

 

Donc: nous n'avons toujours pas de réponse définitive concernant notre projet de 2011, alors que les appels à projet de 2012 ont commencé.

Donc: nous allons retravailler et resoumettre notre projet pour 2012, comme j'imagine à peu près tous ceux dont le projet est toujours aujourd'hui officiellement en liste d'attente.

 

Ca évitera à qui que ce soit d'avoir à prendre une décision après 1 an de procédure...

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 10:00

Il paraît que le désamiantage de ce furoncle parisien qu'est le campus Jussieu n'a pas été une opération publique d'une grande clarté et d'une grande réussite.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/11/17/la-cour-des-comptes-denonce-le-couteux-desamiantage-de-jussieu_1605745_3224.html

 

Faisant partie, certes de loin*, de ceux qui ont vécu/vivent la situation, j'ai envie de dire: "Etonnant, non?".

 

 

Les chiffres de la Cour des Comptes donnent de fait le tournis: "Lancée en 1996 pour trois ans et 183 millions d'euros, cette opération ne sera pas achevée avant 2015 et son coût final est estimé à plus de 1, 850 milliard d'euros".

 

Autour d'un ordre de grandeur d'erreur en durée et en coût, un physicien vous dirait qu'il y avait probablement quelque chose de faux dans le modèle.

 

Image1-copie-1.png 

 

Un citoyen plus terre à terre vous dirait peut-être que certains ont sûrement pu refaire la maison de campagne aux frais du contribuable.    

"Une opération mal pilotée, mal conduite, et qui fait l'objet d'une dérive des délais et des coûts extrêmement forte. L'Etat n'a pas joué son rôle, et cette opération est devenue un cas d'école de ce qu'il ne faut pas faire".

 

 

 

 

 

* J'ai fait mon DEA là-bas, ainsi que mon monitorat. Je collabore avec des gens de P6 qui ont été déménagés temporairement - avec 5 ans de retard au moins- à Ivry. Je connais des gens qui ont fini par se barrer pour se faire muter ailleurs, etc...

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 16:32

"A partir d'octobre 1939, il est interdit de citer un auteur juif dans une thèse de doctorat, à moins que cela ne soit absolument indispensable pour des raisons académiques, et dans ce cas sa qualité de juif doit être clairement indiquée".

 

C.R. Browning, Les origines de la Solution finale (Points).

 

Quelque part, j'y vois autant la folie du régime nazi que dans le génocide proprement dit.

Qu'au beau milieu des ratonnades et privations civiques, en chemin vers les éxecutions sommaires puis l'assassinat de masse organisé, il y ait eu des bureaucrates pour penser à édicter ce genre de règles quasi-futiles (comparées au reste) et les faire appliquer, est, je trouve, extrêmement difficile à conceptualiser.

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 14:36

"Bois mort".

 

Expression utilisée dans le domaine académique américain pour désigner les Professeurs inactifs.

 

Si on se réfère au système académique français, nous avons tous l'impression que ça existe, qu'on en a rencontré, qu'il y en a dans tous les labos.

 

Cela dit, il me semble qu'il convient d'abord de s'entendre sur une définition commune de ce qu'est un "deadwood", ou de ce qu'est l'"inactivité" pour un Professeur (ou un personnel technique) dans un laboratoire.

 

En fait, définir clairement ce qu'on entend par deadwood n'est pas si facile:

 

Pour FSP, "la" blogueuse académique scientifique américaine, un "deadwood" est un Professeur mâle, âgé, qui n'a jamais été très productif car embauché à une époque où les critères de réussite étaient plus coulants.

C'est un peu vague.

Le critère de l'âge est d'autre part assez propre aux US où il n'y a d'une part pas de retraite obligatoire pour les Professeurs, d'autre part le système de "tenure track" qui pousse les gens à se bouger fortement pendant les 5-10 premières années de leur carrière.

En France, techniquement, on peut glander dès nomination (ou au bout d'un an, après la titularisation), mais il faudra partir à 60-65 ans (encore que, c'est susceptible de changer...).

 

 

 

Faisons donc une petite étude de cas, appliquée au système français:

 

- dans une grande école d'ingénieur. Un Professeur sans cours magistral (pourtant, a priori, seuls les Professeurs dispensent des CM dans cette école, les MC étant affectés aux TPs-TDs), qui se contente d'un TP dans l'année, qui n'a plus d'étudiants ni de projets financés (même quand il en demande on fait en sorte qu'il ne les obtienne pas), qu'on a mis seul dans un bureau le plus loin possible des autres permanents.

Oui, mais il a été (très) productif à une époque.

Oui, mais il possède toujours des équipements assez peu courants qu'il est le seul à maîtriser, forme des étudiants dirigés dans d'autres instituts ponctuellement, et finit par se retrouver sur suffisamment de publis pour être considéré comme publiant pour l'AERES. Voire, pour plus publier que certains collègues qui pourtant le méprisent.

 

- dans un établissement d'enseignement supérieur un peu à part (ni Université, ni IUT, ni grande école). Un Professeur classe exceptionnelle qui a construit une superbe carrière avant tout sur le relationnel, dans une "boutique" et à une époque où les critères d'évaluation ne sont pas ceux que l'on connaît (selon Web of Science, 11 articles publiés, h-index = 4, tout en se débrouillant pour n'assurer qu'une moitié de son service voire moins).

Oui, mais il ramenait au labo des étudiants, des contrats industriels et même du matos, pour des raisons qui m'échappent.  

Oui, mais il contribue aussi au lancement d'antennes au Maghreb (même s'il en profite visiblement bien aussi) et a lancé un certain nombre de formations.

 

- un collègue qui n'a plus fait de recherche depuis les années 80.

Pour certains, c'est un critère déterminant de deadwoodisme.

Oui, mais il assure quasiment double service d'enseignements (certes payés en HC sur ce qui devrait être son temps de service*), accepte les cours pénibles que personne ne veut faire, et gère un peu les emmerdements liés à la réservation des salles, les plannings etc.

Et il ne passera jamais Professeur.

 

- un ingénieur de recherches fervent adepte du 9 to 5, responsable d'un appareillage mais jamais disponible pour former sur la machine (et qui vit mal quand de guerre lasse on finit par demander à quelqu'un d'autre), qui explique qu'il n'est pas la pour préparer les échantillons et qu'il faut recruter un technicien pour ça, et qui refuse de participer à des enseignements depuis qu'on lui a expliqué qu'il ne serait plus possible de lui rémunérer 200 heures complémentaires.

 

- il y a aussi ces EC ou Professeurs avec tellement de décharges administratives et autres délégations qu'ils en deviennent invisibles au laboratoire, tant en enseignement qu'en recherche.

 

Etc.

 

 

A mon humble avis, je dirais que dans ces exemples, il n'y a qu'un seul "deadwood" et il n'est pas enseignant-chercheur.

On peut critiquer les règles qui permettent ce qu'on peut considérer comme des écarts dans les autres exemples: heures complémentaires d'enseignement réalisé pendant ce qui devrait être un statutaire de recherche, décharges administratives "à la Luc Ferry", etc.

Mais dans tous les cas, ces personnes sont utiles au système, même si ce n'est pas forcément dans l'établissement qui les emploie ou en effectuant la fonction première pour laquelle ils sont censés oeuvrer.

 

 

Si on entend par "deadwood" le plus petit dénominateur commun: pas du tout de recherche, enseignement réduit au strict minimum sans aucun investissement pédagogique, pas de gestion/d'administration universitaire, je pense que ça concerne vraiment peu de monde. 

 

 

 

 

 

* certaines personnes considèrent ceci comme un outrage. Personnellement, je m'en tape. S'il y a des gens qui sont disposés à faire ce qui me sort par les trous de nez, tant mieux pour moi. S'ils sont rémunérés pour ça, tant mieux pour eux.

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 17:27

Les rapports d'activité, conclusions de journées prospectives et autres bilans sociaux, on a tendance à s'en foutre un peu quand on se considère comme un chercheur.

Jargon technocratique, bla-bla, et conclusions dont on se dit souvent, au mieux, qu'avec un peu de bon sens il aurait été possible de s'éviter 4 heures de réunion voire 2 mois de commission.

 

Pourtant, pour peu que l'on s'y plonge quelques instants, on peut aussi y trouver pléthore d'informations importantes, voire nécessaires à la compréhension "chiffrée" de ressentis quotidiens.

 

Exemple: dans mon établissement, je déplore, après une année un peu usante, une lourdeur administrative inhabituelle (même comparée à la moyenne française), et des mentalités parfois "sclérosées" chez un certain nombre de mes collègues enseignants-chercheurs.

 

Eh bien, j'apprends que:

- sur 1150 BIATOSS, 150 seulement sont affectés à des activités de recherche.

- ceci implique qu'il y a 1000 admnistratifs et personnels techniques (ménage, gestion du parc informatique, des salles de cours, électriciens, plombiers etc) pour 700 personnels dédiés à l'enseignement et à la recherche. 

- la moyenne d'âge des enseignants-chercheurs est de 50 ans.

- environ 25% des enseignants-chercheurs ont plus de 60 ans (37% ont plus de 55 ans).

- 55% du personnel (BIATOSS + EC) est "dans la maison" depuis plus de 10 ans (et environ 25% depuis plus de 20 ans).

 

Et puis d'autres choses intéressantes comme par exemple:

- 30 EC cumulent 950 jours de congés "ordinaires" (c'est-à-dire hors longue maladie, longue durée, maternité...), sachant que nous avons, je crois, environ 45 jours de congés annuels (57 pour les BIATOSS qui ont des RTT, mais eux doivent faire valider les congés, alors qu'il n'y a aucun contrôle sur les EC).   

 

Il faudrait que je puisse comparer quantitativement à d'autres établissements, mais il me semble qu'il y a là, entre autres, quelques "spécificités" dommageables à la bonne santé de mon établissement...

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 10:10

Vous vous en doutiez. Votre expérience personnelle vous disait qu'il ne pouvait en être autrement.

 

Des études le confirment.

 

Les casse-couilles gagnent mieux leur vie que les gentils garçons (de 18%, dit l'étude*).

 Mais, de façon plus surprenante, cela est beaucoup moins vrai chez les femmes: être une bitch n'est pas aussi bénéfique pour l'avancement (+ 5%).

 

Plusieurs raisons avancées:

- Les gens sociables et altruistes ont tendance à faire passer, dans une certaine mesure, le relationnel avant leur carrière. L'inverse étant vrai pour les gens désagréables.

- Le côté pénible d'une personne peut être perçu comme de la compétence. "les individus au bas niveau d'agréabilité sont susceptibles d'être considérés comme plus compétents".

- un mec "gentil" n'est pas conforme aux stéréotypes en vigueur sur la virilité (d'où doutes sur sa compétence, etc).

- L'agressivité au boulot chez une femme est beaucoup moins bien considérée que chez un homme.

- Les femmes peuvent avoir tendance à adoucir leur comportement pour se conformer aux stéréotypes féminins.

 

Bien sûr, comme dans toute étude sociologique, on peut discuter plusieurs points. 

Il faut déjà savoir comment est définir l'agréabilité: ici entre autres par un test psychologique permettant d'analyser une personnalité selon 5 critères, l'extraversion, l'agréabilité, la conscience (des limites sociales, par exemple), le névrosisme (ou stabilité émotionnelle) et l'ouverture (d'esprit). 

Il faut savoir à quel point ce test, "conçu" par des chercheurs, révèle bien ce qu'il est censé révéler: je trouve ça toujours plus délicat à trancher que dans les sciences dures, mais c'est peut-être un biais personnel.

Dans l'hypothèse où ce test est effectivement révélateur d'une personnalité, il faut aussi savoir dans quelle mesure on peut découpler les différents critères et isoler l'agréabilité.

Savoir si l'échantillon, ici plusieurs milliers de personnes répartis sur 4 études de quasiment 20 ans, est suffisant pour conclure.

Etre capable de déterminer si on peut comparer les quatre études, dans lesquelles l'"agréabilité" a été "mesurée" de différentes façons.

Etc.

 

N'étant quoi qu'il en soit pas un spécialiste, je vous laisse vous faire votre propre opinion au travers des 70 pages de l'article: http://nd.edu/~cba/Nice--JPSPInPress.pdf

 

Malgré tout, le résultat est intéressant. Ou au moins amusant.

Même si d'aucuns penseront qu'il enfonce avant tout des portes ouvertes. Ainsi, tous ceux qui connaissent cet aphorisme américain, "nice guys finish last" (l'expression étant d'ailleurs reprise dans le titre de l'article).

 

 

 

* l'étude est limitée à l'aspect pécuniaire et ne considère pas d'autres aspects potentiels influencés par une "bad attitude" (stress affectant la vie privée, changement de personnel plus important au sein d'une entreprise, etc).

 

 

Pour écrire cet article, en plus de l'abstract et de la conclusion de l'étude, je me suis aidé d'un article du Libé d'aujourd'hui (http://www.liberation.fr/vous/01012357914-casse-pieds-et-mieux-payes), d'un article du Wall Street Journal (http://online.wsj.com/article/SB10001424053111904823804576502763895892974.html), et d'un article de Psychology Today (http://www.psychologytoday.com/blog/wired-success/201108/do-nice-guys-finish-last-and-get-paid-less).

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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