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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 14:46

Quelques lectures récentes m'ont donné, modestement, à réfléchir.

- Huckleberry Finn, de Mark Twain.
Plusieurs choses me sont venues à l'esprit.
Je l'ai lu en "version originale": la langue utilisée est ici l'anglais parlé des milieux populaires (voire illétrés) du milieu du 19ème siècle dans la Bible Belt. Le tout retranscrit phonétiquement. C'est un peu dur au début, mais on s'habitue.
Généralement, ce genre de choses ne me plaît guère dans les romans français, car je trouve le procédé très artificiel: on imagine mal un enfant des rues écrire un livre de toute façon, donc à partir du moment où l'auteur demande à son lecteur d'assumer ceci comme une réalité, écrire dans un registre populaire ou argotique ne rend pas la chose plus crédible, au contraire même. Le postulat de départ qu'on finirait par oublier vous revient sans cesse devant les yeux - je pense par exemple à "la vie devant soi" de Gary-Ajar. L'autre solution consiste à faire comme si on avait une espèce de confession orale retranscrite par un narrateur-journaliste. La aussi le procédé est de toute façon artificiel.
Quoiqu'il en soit, ici, cela m'a moins gêné (ce qui ne veut pas dire que ça ne m'a pas gêné du tout), je ne sais pas vraiment pourquoi: est-ce le fait de lire dans une langue étrangère qui diminue mes aptitudes à analyser le style, ou qui le rend secondaire? Ou est-ce simplement suffisamment bien fait pour que ça passe plus inaperçu? Pour la deuxième hypothèse, il me faut souligner que les dialogues, fautes de grammaire et orthographe approximative inclus, me semblaient plutôt réalistes et ne donnaient pas l'impression de voir en arrière-plan l'écrivain chevronné qui s'applique à écrire peuple mais ne peut totalement s'empêcher d'employer des tournures soutenues.
A part ça, c'est un chouette roman d'aventures "à la Dumas", qui a visiblement inspiré Goscinny pour un certain nombre de Lucky Luke (en vrac, le Cavalier Blanc, l'Empereur Smith, voire même la Diligence...), malgré une fin un peu pénible placée sous le sceau du tête à claques Tom Sawyer.
L'autre chose que je souhaiterais souligner, c'est que la lecture et l'étude d'Huckleberry Finn à l'école sont aujourd'hui encore interdites dans un certain nombre d'Etats américains pour cause de "racisme", souligné par l'emploi du mot "nigger" (le "N word" comme on dit pudiquement ici). Ou comment le politiquement correct extrêmiste amène à des contresens ridicules: le mot "nigger" aussi méprisant qu'il soit, était le seul en usage à l'époque, et employé par les "niggers" eux-mêmes. Huckleberry Finn est une histoire d'amitié, ou comment un jeune pourtant non-éduqué parvient à aller au-delà d'un certain nombre de préjugés sociaux-culturels (et ils étaient plutôt nombreux à une époque où l'esclavage était encore en vigueur) pour libérer son ami "nigger". Certes, Huckleberry Finn est persuadé qu'il fait quelque chose qui le conduira directement en Enfer, qu'il vole "son nègre" à la propriétaire, et fait de temps à autre quelques remarques sur l'infériorité des nègres.
Mais "censurer" cet ouvrage (ou plus généralement tout livre en accord avec les idées de son temps, si nauséabondes soient-elles) me semble un déni de la réalité historique, un révisionnisme dangereux.

- Microfictions, de Régis Jauffret.

Un exercice de style, consistant en 500 histoires indépendantes de 2 pages chacune, écrites à la première personne. Je n'ai pas terminé (j'ai du lire environ 200 histoires). Jauffret écrit en préface "Je est tout le monde et n'importe qui". Dans ses microfictions, "Je" est surtout incestueux, meurtrier, pédophile, SM, parricide, violeur, maniaco-dépressif... On a peut-être la "tout le monde et n'importe qui", mais les proportions de tarés divers et variés me semblent légèrement surévaluées. Ok, rendre une histoire de deux pages intéressante si elle décrit un citoyen lambda vraiment lambda est une gageure. Mais je trouve qu'on tourne ici assez vite en rond. 
D'autre part, j'avais mentionné que j'aimais bien les chapitres courts, les pauses dans le récit etc, notamment parce que mes plages de lectures étaient elles-mêmes généralement brêves. Le format des Microfictions avait donc tout pour me plaire. Eh bien, c'est un peu l'exception qui confirme la règle, ou plutôt la confrontation à un extrême insupportable. Je me suis souvent retrouvé, juste après avoir lu 5 ou 6 histoires, à tenter sans succès de me remémorer de quoi elles parlaient. C'est tellement bref qu'on termine avant d'avoir réussi à s'immerger, et on finit par lire ça sans y penser comme un compte-rendu de Lorient-Valenciennes dans l'Equipe (si tant est qu'on n'est ni Lorientais, ni Valenciennois). Je me suis ensuite dit que j'allais le lire par à coups, chose que je ne fais jamais, pendant mes "pauses" entre deux "vrais" livres, mais ça n'a pas fonctionné non plus. 
J'ai laissé tomber.

- L'oeuvre posthume de Thomas Pilaster, d'Eric Chevillard.
Encore un exercice de style, plus à mon goût cette fois. La publication des oeuvres inédites d'un écrivain fictif récemment décédé, sous forme d'une anthologie réalisée par un second écrivain fictif, ami (ou pas) du précédent. Un procédé similaire, mêlant fiction et réalité, a notamment été utilisé par William Boyd dans les Nouvelles Confessions ou Nat Tate. C'est bien fait, distrayant et teinté d'un humour noir de bon aloi. De là à crier au génie... j'attendrai de lire d'autres ouvrages de Chevillard, apparemment très enclin à l'"expérimentation".

- Saturday, de Ian McEwan.
C'est un livre qui m'a assez profondément agacé. Vous en trouverez une critique positive ici.
McEwan est un écrivain que j'aime lire mais qui me laisse souvent un goût d'inachevé: ses histoires sont prenantes bien que manquant selon moi souvent de crédibilité. McEwan sait fort bien faire monter la tension, partir d'un évènement quasi-banal et le faire grossir, évoluer jusqu'à ce que tout dégénère. Généralement, je regrette un peu ses "twists" de fin, que je trouve téléphonés, "hollywoodiens". Souvent, McEwan suggère plusieurs pistes de conclusions possibles, et j'ai l'impression qu'il ne choisit pas la bonne...
En ce sens, Samedi m'a paru plus réussi qu'à l'accoutumée: l'action est plus resserrée, et le "twist" final (ou son absence) m'a semblé vraiment malin. Même si je reste toujours un peu dubitatif sur la crédibilité des évènements décrits.
Ce qui m'a énervé, ce sont plutôt les considérations politiques qui sous-tendent tout le roman, qui se passe (et a été écrit) juste avant le commencement de la guerre en Irak. Le personnage principal, Henry, qui apparaît comme le porte-parole de McEwan (il se peut que ça ne soit pas le cas mais les deux ont en commun d'être anglais, la cinquantaine, classe sociale aisée, cultivés...) ne cesse de trouver des arguments pro-guerre, tout en refusant d'ailleurs de reconnaître qu'il soutient l'invasion de l'Irak. Tous ces arguments apparaissent d'ailleurs aujourd'hui, à peine 5 ans plus tard, parfaitement obsolètes voire comiques: les armes de destruction massive, les américains qui vont ramener la paix et la démocratie dans le peuple irakien en le débarrassant d'un dictateur... Sous couvert de donner les deux points de vue, les opposants à la guerre sont présentés comme des pacifistes béats, qui ne comprennent rien au problème ou sont trahis par la fougue idéaliste de leur jeunesse, tandis qu'Henry, revenu de tout, boursouflé de la sagesse du vieux bourgeois, sait lui faire la part des choses et analyser objectivement la situation...
M'a fortement irrité également cette espèce de parano latente d'Henry, qui a tendance à voir tous les jeunes comme des drogués/dealers et tous les bronzés ou musulmans comme des voyoux voire des terroristes. Sans parler de ses craintes, quasi-obsesionnelles sur "un nouvel attentat" présenté comme quelque chose d'inévitable: avons-nous, français, été définitivement moins marqués par le 11 septembre que les anglo-saxons, ou est-ce autre chose? Toujours est-il que tous ces personnages, qui deux ans après les faits, semblent ne pas pouvoir passer une heure sans évoquer des attentats de fanatiques musulmans m'apparaissent bien loin du monde réel que je fréquente... Bref, au-delà des qualités intrinsèques du roman, tout cela m'a laissé un petit goût amer.
Je ne suis apparemment pas le seul, il y avait eu une polémique à ce sujet: http://www.newstatesman.com/200612110045, également relatée quelque part chez Pierre Assouline. 
 
- My unwritten books, de Georges Steiner.
J'ai déjà évoqué ce livre ici.
Je l'avais mis sur ma "to buy list" suite à la lecture d'un article de, encore, Pierre Assouline, et parce que je trouvais le concept (parler des livres qu'il n'avait pas su, pas pu, ou au dernier moment pas voulu écrire, et en expliquer les raisons) potentiellement très intéressant.
J'ai eu au départ quelques réticences, notamment parce que je me disais que ses "unwritten books" auraient sûrement fait partie de mes "unread books": faut dire que le premier essai traitait du sinologue Needham, et le second d'un obscur écrivain italien rival et contemporain de Dante...
La suite s'est avérée plus intéressante: une réflexion sur le Judaïsme, un essai sur le rapport entre l'Amour, charnel ou spirituel, et les différents langages (Steiner parle quatre langues), une étude comparative des systèmes éducatifs anglais, français et américains. Les deux derniers essais, sur l'existence de Dieu et la condition étaient pas mal aussi mais un peu plus "mineurs", en tout cas pour moi.
Globalement, ça m'a donné à réfléchir, ce qui est après tout ce qu'on demande avant tout à des essais sociologiques ou philosophiques. Steiner construit fort bien ses raisonnements, vous amène là où il veut aller de façon progressive et pédagogue sans trop ramener sa science plus que nécessaire. 
De ce point de vue là, c'était donc une lecture fort enrichissante, même si, comme à chaque fois que je lis des essais, j'oublie assez vite ce qu'ils racontent en détail et ce qu'ils m'ont évoqué. Sans doute une conséquence de la porosité sélective de mon cerveau, qui me permet par contre de connaître par coeur les paroles de dizaines de chansons aussi stimulantes spirituellement qu'un film de Michael Bay.
Mais tout de même, je souhaiterais formuler un reproche: en quelque sorte, dans ce livre, Steiner écrit les livres qu'il n'a pas écrits, puisque, un peu paradoxalement, il explique en détail ce qu'il aurait voulu écrire, une trentaine de pages à chaque fois. Certes, 30 pages ne font pas un livre, mais font tout de même un essai plutôt développé. Au contraire, les raisons qui l'ont amené à ne pas écrire ces livres, que j'attendais de voir détaillées, sont elles consignées dans les quatre ou cinq dernières lignes de chaque essai. A la rigueur, avec cette construction, j'aurais aimé un chapitre introductif ou conclusif s'attardant sur les mécanismes de la non-écriture et sur comment cette non-écriture forge elle aussi, malgré tout, autant que l'écriture, la personnalité de l'écrivain. Tout cela est évoqué dans une préface de dix lignes, qui, aussi intéressante qu'elle soit, m'a, je l'avoue, un peu laissé sur ma faim...
 

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 00:54
J'imagine que chaque "gros" lecteur - j'entends par la lecteur compulsif, hein, pas lecteur obèse - a ses petites habitudes. En tout cas, j'ai les miennes. En voici quelques-unes.

- J'aime lire les journaux. En France, j'achetais quotidiennement l'Equipe, hebdomadairement le Canard. Ici, je lis USA Today ou le Boston Globe. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je commence toujours cette lecture par la dernière page et je lis a rebours (sauf dans le cas particulier du Canard que je lis de facon, disons, anarchique, peut-être parce qu'il le vaut bien).
- Concernant les bouquins, je commence par le debut, mais par contre j'aime bien connaitre le nombre de pages du livre que je commence. D'ailleurs je commence à réfléchir au choix du livre d'après avant d'avoir fini celui que je suis en train de lire.
- Je ne fais jamais de pause entre deux livres (sauf si on peut appeler une nuit maximum une pause).
- J'ai tendance, lorsque la lecture n'est pas assez prenante, à calculer le nombre de pages qu'il me reste à lire (faire des calculs mentaux inutiles, c'est mon occupation quand je ne trouve vraiment rien d'autre à faire, et c'est devenu quasiment inconscient).
- Il est désormais très rare que je ne finisse pas un livre commencé, alors que c'était très fréquent lors de mes années lycée. Cette habitude a radicalement changé pendant l'école d'ingénieurs, je ne sais pas vraiment pourquoi. Comme je l'ai déjà dit ailleurs, ma première impression est rarement contredite.
- J'aime bien réfléchir a posteriori sur le bouquin que je viens de finir (s'il en vaut la peine), sur le style plus que sur differents niveaux de lecture potentiels, mais pendant la lecture je reste assez basique: est-ce que ca me botte ou est-ce que ca m'emmerde.
- Tous les quatre ou cinq livres, j'aime bien me réfugier chez un des auteurs dont je sais sans risques que je passerai au minimum un bon moment pas prise de tête (plus jeune, c'était King, Conan Doyle ou Agatha Christie, maintenant, ca serait Lodge, Amis, McEwan, McCauley etc... il est temps que je trouve une nouvelle niche car cette dernière s'épuise).
- Je considère la SF et les polars un peu comme de la sous-littérature, et j'en lis très peu. Ignorance et prejugés...
- Je ne lis jamais plusieurs livres en même temps (et j'ai du mal a comprendre comment c'est possible).
- Je n'utilise jamais de marque-page et j'ai tendance à considérer que ceux qui s'en servent ne sont pas des puristes.
- J'aime les livres en tant qu'"objets de collection" et j'ai peine à comprendre que les metiers de l'edition puissent considérer Internet comme une menace: je n'arrive pas à imaginer quels lecteurs envisagent de lire sur des feuilles volantes A4 photocopiées. J'ai aussi horreur des gens qui maltraitent leurs bouquins, cornent les pages ou la couverture (sauf si c'est du Ana Gavalda), c'est d'ailleurs pour ca que je suis toujours réticent à prêter mes bouquins et que je les achète toujours neufs. C'est aussi pour ca que je trimballe toujours mes bouquins dans un sac plastique, pour eviter de les plier ou même de les salir.
- Je n'aime pas les "hardcovers" comme on dit ici: comme je lis souvent couché sur le dos, je préfère les livres au format poche, ça m'évite des crampes aux bras.
- Je n'aime pas quand c'est écrit trop gros (comme souvent dans les "hardcovers"). Même si c'est vrai qu'un pavé à la Guère Epais, 2000 pages en police 6, ça a tendance à me décourager, plus maintenant que quand j'étais jeune d'ailleurs.
- Je lis par à coups: je lis rarement plus d'un quart d'heure d'affilée. Par contre je peux tres bien lire deux heures par tranches de 15 minutes entrecoupées de 5 minutes de pause.
- En conséquence, j'aime bien les livres "aérés", c'est à dire avec des chapitres plutôt courts ou au moins des sauts de ligne entre paragraphes au sein d'un chapitre relativement fréquents. Des chapitres de 70 pages ou pas de chapitres du tout, ca me met tout de suite dans de mauvaises conditions, et j'ai tendance à m'impatienter, à lutter pour arriver à une pause dans le récit comme un spectateur attendrait desesperement l'entracte au théâtre.
- Je ne lis jamais les titres de chapitre, par contre je lis les petites citations que certains auteurs mettent en introduction de chapitres.
- Je lis rarement les préfaces et lorsque je le fais, j'essaie de le faire apres avoir lu le livre (car souvent ceux qui l'écrivent en profitent pour raconter la fin du bouquin comme si elle coulait de source). Je suis plus enclin à les lire quand elles viennent de l'auteur lui-même.
- J'aime bien découvrir des auteurs par le biais d'autres auteurs que j'apprécie (interviews, "filiations" critiques, essais...), ce qui donne parfois un petit cote arbre généalogique littéraire à rebours à mes lectures.
- J'ai besoin de lire avant de m'endormir.
- J'ai besoin de lire quand je fais caca (avec une prédilection pour les journaux).
- J'aime lire en prenant un bain (chose de plus en plus rare malheureusement).
- Je n'aime pas vraiment qu'on me conseille des lectures (et généralement je ne suis pas les conseils), même si j'ai tendance à souvent donner mes avis. Plus grave, j'ai tendance à ne pas lire les livres qu'on m'offre (ou tout au moins a les mettre au fond de ma liste d'attente) sauf si bien sur j'ai explicitement demandé ou approuvé l'achat.
- J'achète toujours beaucoup plus que ce que je ne suis capable de lire, les livres non-lus s'accumulent dans ma bibliothèque plus vite que les livres lus.

Et vous?
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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 15:24
Qui n'est pas de moi, mais de Nick Hornby. Mais qui aurait pu. Enfin, si j'avais été une version écrivain anglais de moi, c'est quelque chose que je me serais bien vu écrire. Bon, vous voyez ce que je veux dire, merde.

"I recently discovered that when my friend Mary has finished a book, she won't start another for a couple of days - she wants to give her most recent reading experience a little more time to breath, before it's suffocated by the next. This makes sense, and it's an entirely laudable policy, I think. Those of us who read neurotically, however - to ward off boredom, and the fear of our own ignorance, and our impeding deaths - can't afford the time."


Quand un mec est capable d'écrire ce genre de choses, comment voulez-vous que je ne lui pardonne pas d'avoir pondu quelques romans moyens après "High Fidelity", et que je ne lui reste pas fidèle, justement?
En tout cas, si vous pouvez vous procurer ses "critiques littéraires" mensuelles pour le magazine américain The Believer, disponibles en trois petits volumes: "The Polysyllabic Spree", "Housekeeping vs the Dirt" et "Shakespeare wrote for Money", foncez. Je ne crois pas qu'un éditeur français ait pris la peine de les traduire, mais ça se lit facilement ("The Polysyllabic Spree" est le premier bouquin que j'ai lu en V.O.) et vite, c'est drôle et ça donne des idées de lecture. Plus que des critiques détaillées avec analyses profondes, ça ressemble a un "Journal de lecteur", avec chaque mois, les livres achetés, les livres lus, et des réflexions sur la lecture ou l'écriture, le tout sur un mode léger et ironique. A la Hornby, quoi.
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 16:52

Andy Warhol, qui, comme la plupart des "artistes contemporains" dotés d'un cerveau, avait probablement pertinemment conscience de se foutre de la gueule du monde, n'était donc pas dénué de lucidité.

Ainsi, il avait prédit, comme vous le savez tous, que dans le futur tout le monde aurait son quart d'heure de gloire. Certes on n'y est pas encore, mais avec l'explosion de la télé-réalité et des sites de partage, on s'en rapproche assez vite: dernierement, pour les infiniment médiocres qui ne parviennent pas a attirer les producteurs pourtant pas tres regardants, la mode est a se suicider en direct sur Internet, moyen efficace quoiqu'un peu radical d'avoir son nom mentionné dans les breves AFP.

 

Alors voila, moi c'est arrivé, il y a peu. Mon quart d'heure de gloire, hein, pas mon suicide en direct. Ben oui, réflechissez un peu: sinon comment c'est que je vous écrirais ces quelques mots?

 

Quand je parle de quart d'heure de gloire, je n'entends pas mon exposé ovationné par pas moins de 300 personnes lors de ma derniere conférence ("ovationné" = ils se sont réveillés quelques instants, au son de "je vous remercie de votre attention", pour applaudir mollement avant de se rendormir pendant que le prochain conférencier s'avançait) ni mon formidable papier récemment accepté qui sera lu par facilement 10 groupes de recherches de par le monde. 

 

Je parle de mon apparition dans le livre de Pierre Assouline "Breves de blog", qui est en quelque sorte un "best-of" des commentaires des intervenautes comme il dit, sur son blog La République des Livres (RdL).

Le bouquin est sorti il y a quelques mois déja, mais ne commentant qu'assez épisodiquement sur la RdL, je ne pensais absolument pas en etre. Et puis dernierement, sur ce blog, tenu par l'une des habituées (ou ex habituée, l'histoire est compliquée a suivre), un autre intervenaute régulier, Montaigneacheval, avait au détour d'une phrase sous-entendu que je faisais bel et bien parti du livre.

Profitant de mon retour en France, titillé que j'étais par la curiosité, je suis allé vérifier a la Fnac la plus proche, pour effectivement trouver a la page 105 un petit bout de l'un de mes commentaires, qui ressemble un peu a ce que je raconte ici, en un peu plus percutant. A mon humble avis ce n'est pas ce que j'ai écrit de plus drole sur la RdL mais ne chipotons pas: 

je dois avouer que j'en ai ressenti une certaine fierté. Et que j'ai acheté le bouquin (21 euros tout de meme).

 

Ok, techniquement, ce n'est pas vraiment un quart d'heure de gloire: d'une, c'est un bouquin qui n'a été acheté probablement que par les intervenautes et les fans absolus de Pierre Assouline. De deux, je n'ai droit qu'a un seul commentaire perdu au milieu de 600, il faut donc avoir l'oeil attentif pour le remarquer. De trois, le commentaire est publié sous mon pseudonyme "mixlamalice", pseudonyme qu'assez peu de gens peuvent rattacher a un visage. Bref, les bains de foule et les photos dans Closer, c'est pas encore pour demain.

 

Mais quand meme, je remercie Pierre Assouline de m'avoir offert la chance d'etre publié dans un vrai livre imprimé, meme sur 5 lignes et sous pseudonyme. J'en suis encore tout retourné. Et je suis content d'avoir laché béatement mes 21 euros, ce qui n'est pas si fréquent (bon la en fait, c'était ceux de mon pere, donc la pillule serait tout de meme passée).

Certes l'ami Pierrot a fait son beurre a peu de frais: parce que bon, lire ou faire lire pendant un an quelques milliers de messages pour en sélectionner de quoi remplir 400 pages sans rien demander d'ailleurs aux contributeurs (Maitre Eolas, tout cela est-il bien légal: un message déposé sur un blog appartient-il au propriétaire du blog ou a celui qui écrit le message?), c'est probablement fastidieux, mais en tout cas moins exigeant que de se fendre d'un nouveau roman. On notera cependant la présence de 50 pages de préface sur "le nouvel age de la conversation" (pas inintéressantes d'ailleurs) pour que ça fasse moins scandaleux.

Enfin, je suis sur que plein de contributeurs ont réagi comme moi, a savoir qu'"écrivains" plus ou moins frustrés, ils étaient au fond bien contents d'avoir été publiés, et pardonnaient généreusement a Monsieur Assouline, en bon capitaliste, d'avoir fait un peu de profit sur leur dos.

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 04:57
Si vous avez une heure a perdre (et que vous comprenez un peu l'anglais), regardez la vidéo de la "Last Lecture" donnée par Randy Pausch.


C'est l'Amérique dans sa quintessence qui s'exprime la. Presque aussi irritant qu'admirable, en tout cas tellement différent de la mentalité d'un franco-français pur jus (je parle de moi).

Une vidéo émouvante, touchante, amusante aussi, et qui au-dela du destin de Randy Pausch, peut aider a dépasser un peu les a priori et éclairer sur les richesses et les faiblesses de l'identité culturelle américaine. 

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 04:01
1 Harry Potter and the Sorcerer's Stone - J.K. Rowling, art by Mary GrandPre
2 Dr. Atkins' New Diet Revolution - Robert C. Atkins
3 The Da Vinci Code - Dan Brown
4 Harry Potter and the Deathly Hallows - J.K. Rowling, art by Mary GrandPre
5 Harry Potter and the Order of the Phoenix J.K. Rowling, art by Mary GrandPre
6 Harry Potter and the Half-Blood Prince J.- K. Rowling, art by Mary GrandPre
7 Harry Potter and the Chamber of Secrets - J.K. Rowling, art by Mary GrandPre
8 Harry Potter and the Prisoner of Azkaban - J.K. Rowling, art by Mary GrandPre
9 Harry Potter and the Goblet of Fire - J.K. Rowling, art by Mary GrandPre
10 Who Moved My Cheese? - Spencer Johnson
11 The South Beach Diet - Arthur Agatston
12 Tuesdays With Morrie - Mitch Albom
13 Angels & Demons - Dan Brown
14 What to Expect When You're Expecting - Heidi Murkoff, Arlene Eisenberg, Sandee Hathaway
15 The Purpose-Driven Life - Rick Warren
16 The Five People You Meet in Heaven - Mitch Albom
17 The 7 Habits of Highly Effective People - Stephen R. Covey
18 The Kite Runner - Khaled Hosseini
19 Men are from Mars, Women are from Venus - John Gray
20 The Secret - Rhonda Byrne

Ceci est la liste des 20 livres les plus vendus aux US ces 15 dernieres années. Elle n'est pas sans rappeler cette autre liste que j'avais dressée.

Alors, pour ne rester que dans les listes, autant quand je regarde celle des Nobels, du Booker Prize ou du Pulitzer, j'ai un peu honte, autant la bizarrement je suis presque fier de n'avoir lu aucun des bouquins ci-dessus. Ca doit etre l'élitiste parisien qui est en moi.
Mais quand meme, sept Harry Potter, deux bouquins de régime, 1 bouquin sur les relations homme-femme (le seul que j'ai chez moi: a l'époque ou je cherchais a conclure, j'ai a un moment réalisé que le personnage du male sur de lui et respirant la testostérone ne m'allait pas trop. J'ai donc cherché des alternatives, ce bouquin me semblait pas mal pour le personnage du mec romantique qui cherche avant tout a comprendre les femmes*) et 5 sur ces trucs de coaching ou de réalisation personnelle ésotérico-foireux supers a la mode... ça fait pas rever.
Qui reste-til?
Mitch Albom: j'ai vu entreposé a la Fnac son bouquin classé 16eme, mais je n'en sais pas plus.
Khaled Hosseini: je crois que ce livre a donné un film récemment, mais sorti de ça... (d'apres Wikipédia, je dirais que ça a l'air de loin le livre le plus intéressant de la liste).

Sur USA Today on peut consulter la liste étendue aux 150 meilleures ventes. Cette liste compte certes quelques classiques (Salinger, Lee...) et quelques livres de non-fictions estimables (Krakauer, Pausch...), mais n'est dans l'ensemble pas beaucoup plus reluisante.

Alors, pour conclure, je vous renvoie a cet autre article que j'ai pondu il y a longtemps (ou celui-la, plus récent): vous le lisez, et puis on se recontacte dans 15 ans pour en reparler.






* Bon en fait ce personnage ne marche pas du tout: les femmes ne cherchent pas un mec romantique. Pas pour une relation en tout cas. Eventuellement elles peuvent rechercher un mec dans ce genre la comme "meilleur pote", i.e. un équivalent du copain gay pas gay ou de la copine avec des poils, justement pour se plaindre des gros machos qu'elles se tapent. Bref, si vous voulez "rester ami", c'est tout bon. Si vous voulez pouvoir t(c)oucher aussi, évitez (il y a un excellent épisode de Friends sur le sujet).
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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 18:55
Comme quoi, la lecture d'un bon blog stimule les neurones. Ou au moins pousse a se tirer les doigts pour écrire ce qui aurait du l'etre il y a un bail s'il n'y avait eu cette damnée flemmite aigüe.

La problématique est la suivante: est-ce que l'émotion, ou plus généralement ce qu'on peut ressentir face a l'Art est la meme lorsqu'on est un Candide ou lorsqu'on s'y connait a donf'? Comme la réponse est probablement non, est-ce qu'il y a de fait une situation préférentielle (sachant qu'a priori on peut passer de Candide a connaisseur mais difficilement l'inverse et qu'a priori encore, quand on est s'intéresse a une forme d'art, ou qu'on est attiré par elle, on finit me semble-t-il nécéssairement par avoir envie de s'y connaitre un minimum)?
La seconde interrogation est ici plus rhétorique qu'autre chose, hein: ça fait partie de ces questions existentialo-philosophicomiques ou les différences d'opinion argumentées se valent bien, qui n'ont d'autre but que d'exercer les méninges et de faire passer le temps pour oublier un peu la mort. Donc le premier qui répond de façon péremptoire, je lui sors le fameux dicton de Mme Michu "tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir".
Du coup, cet article n'est absolument pas conclusif, mais plutot le récit de mes pérégrinations mentales sur le sujet. 

Je vais commencer par un exemple: 
Bien avant d'avoir des problemes de sébum, j'adorais lire. Pour autant je ne connaissais rien a la Littérature. La seule question qui m'habitait était  "est-ce que ça me botte ou pas?". Du coup j'ai lu et relu les Misérables, j'ai chialé comme un veau a chaque fois, pareil avec les Six Mousquetaires tout ça. A l'opposé, je n'ai jamais dépassé la page 40 de Madame Bovary ou la page 2 de A la Recherche du Temps perdu, pour ne parler que des classiques. Ainsi, alors que je ne m'interrogeais absolument pas sur la Forme et ne m'intéressait qu'au Fond, c'était pourtant dans une certaine mesure cette Forme qui déterminait au fond mon appréciation de l'oeuvre (ben oui, puisque si le style ne me convenait vraiment pas je ne terminais pas le roman). Mais si, relisez, c'est tres clair.

Il se trouve que depuis quelques temps le processus de création m'intéresse un peu plus: a la fin, la question fondamentale reste la meme ("est-ce que ça m'a botté?..."), mais je cherche a en savoir plus sur l'auteur, éventuellement sur sa vie lorsqu'elle est en relation avec le bouquin que je suis en train de lire, sur sa conception de l'écriture ou du roman... Je ne me pose pas moi-meme beaucoup de questions quand je lis, mais apres coup j'aime bien savoir que l'Auteur s'en est posé, lui, avant d'écrire ou meme pendant (il n'est jamais trop tard pour bien faire)*.
Bref, a l'occasion je lis quelques bouquins d'analyses littéraires appliquées (Vargas Llosa sur les susmentionnés Misérables, David Lodge ou Martin Amis sur Sterne, Joyce, James ou Nabokov etc: a vrai dire dans ce genre la je ne lis que des bouquins de critiques qui sont avant tout des écrivains, c'est plus facile a comprendre, plus crédible et pour tout dire ça me parle plus que si c'est écrit par un universitaire pompeux).
Du coup maintenant j'ai tendance a finir les bouquins que je commence meme s'ils m'emmerdent, histoire de pas mourir idiot (de passer de "j'aime pas c'est naze" a "tiens, pourquoi j'aime pas?") et des fois que je change d'avis en cours de route**. A m'intéresser a des auteurs qui a priori ne m'attirent pas plus que ça, a élargir mon champ de connaissances. Et a faire un peu d'analyse a posteriori pour comprendre pourquoi j'ai aimé ou pas, s'il y a des points communs avec d'autres auteurs que j'ai lus etc. Bon des trucs basiques hein, mais quand meme, mon comportement de lecteur a changé. Le paradoxe s'est aussi un peu inversé: je m'interroge plus sur la Forme, et pourtant elle a plutot moins d'importance qu'avant dans mon appréciation de l'Oeuvre (puisque désormais j'arrive a terminer, et donc potentiellement apprécier meme si c'est rare, un roman dont le style ne me plait pas).
Illustration (s'il y a un littéraire dans la salle, qu'il ne me jette pas de pierres si ce que je raconte est une hérésie): je me suis un peu fait chier a la lecture de McCarthy (De si jolis chevaux). Les histoires de chevaux, de cow-boys et de soleil couchant dans la prairie avec l'herbe qui bruit, c'est pas mon trip: j'ai un peu de mal avec les notions d'intemporel, d'immuable etc. Quand il ne se passe vraiment rien, et ça marche aussi pour le cinéma, faut vraiment que celui qui raconte soit tres fort, sinon je m'emmerde. Mais ce qui m'a surtout déplu est le fait que seules sont consignées les actions du héros. Ses sentiments ne sont jamais analysés ou meme décrits, comme s'il n'en avait tout simplement pas, ou comme si le narrateur se plaçait dans la posture d'un "journaliste" qui suit l'action mais n'a aucun moyen d'en connaitre les motifs, se contentant donc de la rapporter. C'est sans doute une posture réaliste (dans la vraie vie, un narrateur omnisicent, quelqu'un qui sait ce que l'autre pense, ça n'existe pas, a part bien sur Monsieur Boubakar marabout a Pigalle) mais que je trouve pour ma part on ne peut plus artificiel. Quand on lit un roman, c'est pour se plonger dans un univers différent. Cet univers, c'est celui de l'Auteur et en faisant le choix de lire son roman on accepte de facto qu'il nous l'impose. Si l'Auteur me dit prétendre qu'il ne connait pas l'univers qu'il a crée, que les zones d'ombre sont majoritaires, j'ai du coup du mal a y rentrer. 
Ce parti pris artistique me rappelle Hemingway ou Camus - et c'est la que les littéraires vont peut etre pousser des hauts cris- qui l'avaient amené encore plus loin puisque dans L'adieu aux armes ou l'Etranger, le narrateur est aussi le personnage principal. Je ne parviens pas a apprécier un roman écrit a la premiere personne qui n'est que factuel: le personnage principal est censé savoir ce qu'il pense. A moins qu'il ne veuille pas nous en faire part, mais dans ce cas pourquoi nous raconter sa vie malgré tout? A moins que ça ne soit censé passer pour un récit raconté oralement? Meme a l'oral on ne se contente pas que du factuel. Bref, pour moi ça ne fonctionne pas.
 
Mais revenons un peu au sujet et a la premiere de mes interrogations: comme l'exemple ci-dessus l'illustre peut-etre, il mesemble que le plaisir que l'on peut ressentir face a une oeuvre devient différent lorsque l'on passe du statut d'amateur naïf a celui d'amateur un poil plus éclairé.
Ce qu'on gagne en savoir, en moyens de compréhension, il se peut qu'on le perde en spontaneïté, en émotion. Et du coup, en mettant l'émotion au second plan, est-ce qu'on ne perd pas de vue l'essentiel, hein, Dieu me tripote? Parce que bon, qu'est-ce que l'Art sinon un vecteur d'émotions entre l'Artiste et son public?

Prenons un autre exemple: je suis un peu "cinéphile": j'entends par la que j'aime bien aller au cinéma (ça semble etre la condition minimum pour se déclarer cinéphile) en gros 1 fois par semaine pour voir toutes sortes de films, du blockbuster plein d'explosions a la comédie débile en passant parfois par le film d'auteur ouzbekhe. Je connais un peu les réalisateurs et acteurs "principaux", au moins contemporains, je m'intéresse un peu a la critique. Mais je ne connais rien a la technique, et pas grand chose a l'histoire du cinéma, les différents courants... Du coup, je m'en bats l'os de savoir que le mec a filmé en plan séquence de 13 minutes 27, a utilisé le champ contrechamp pour faire passer tel message ou que sais-je: si un réalisateur me plait, c'est plutot son univers, le genre d'histoires qu'il raconte, qui m'intéressent, meme si je peux etre sensible a certaines grosses ficelles comme les filtres de Jeunet, les ambiances glauques de Fincher ou les caméras a l'épaule pour faire réaliste (ou pour filer la gerbe au spectateur).
Bref, mes préoccupations de base devant un film restent assez basiques et reviennent a celles que j'énonçais pour la Littérature: me suis-je emmerdé ou ai-je passé deux heures agréables hors tu temps?. Si vous regardez le Cercle (une émission de ciné sur Canal, plutot bien faite car le panel de critiques présents est suffisamment vaste pour que chacun puisse trouver un ou deux chroniqueurs avec des gouts proches du sien) vous voyez tout de suite ceux qui raisonnent comme moi et ceux qui se tirlipotent sur les intentions du réalisateur. Alors c'est a l'occasion légitime et intéressant, ça permet aux crétins dans mon genre de se cultiver, mais des fois on a aussi envie de demander au gars qui se la raconte  - surtout, d'ailleurs, quand soi-meme on s'est fait chier comme un rat devant le film- : "non mais bon ok tu as bien tout analysé la technique et tu nous a fait une psychanalyse a la petite semaine du réal, mais au fond, vraiment, tu as aimé?". Et souvent on se rend compte que le critique est finalement bien incapable de répondre a cette simple question, tant il a intellectualisé son expérience, tant il est aussi dans le paraitre: parce que quand on parle d'Art, avoir vu et compris des choses que les autres ont pas vu et pas compris, ça fait toujours du bien a l'ego. Et la, paf, la question de l'émotion passe totalement au second plan.
  
Question subsidiaire: plaçons nous du point de vue de l'Artiste. Préfere-t-il etre jugé par des gens qui n'y connaissent rien (avec la tentation lors d'une critique négative de dire ouais mais toi t'y connais rien) ou par des personnes éclairées (avec la tentation de dire lors d'une critique négative ouais mais toi t'es qu'un gros frustré qui a jamais pu devenir artiste alors tu défonces ceux qui ont ça en eux)? Parce que bon, comme le disait Lodge et beaucoup d'autres, le but primal d'un artiste, qu'il l'admette ou non, c'est quand meme d'avoir un public et d'etre aimé (ou a défaut de susciter autre chose que l'indifférence: ça explique pourquoi les Houellebecq et autres sont finalement tres heureux de croire qu'ils sont haïs).

*D'ailleurs je ne me pose pas beaucoup de questions quand j'écris non plus, ça doit sans doute etre un signe et expliquer la pauvreté de mon style... Visiblement, certains écrivains contemporains ne doivent pas beaucoup s'interroger non plus.

** C'est marrant comme la premiere impression est souvent la bonne: un bouquin qui me fait chier les 50 premieres pages me fait tres rarement changer d'avis...
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Published by mixlamalice - dans Littérature
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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 15:38

De temps en temps, je me fais des petites listes de bouquins à acheter. Une fois que je les ai achetés, plus tard, je me refais une petite liste des bouquins que j'ai achetés mais que j'ai pas lus. Après, des fois, j'en lis un ou deux et ça permet à mes listes de garder des proportions humaines.
Le problème, c'est que ces listes, je les paume. Donc, je vais en faire une maxi ici, surtout pour moi, mais peut-etre que ça vous servira aussi. Je vais essayer de lister par pays les écrivains (romanciers) que je n'ai pas encore eu la chance de découvrir, que j'ai déja un peu lus (et qui ne m'ont pas plu), histoire de leur donner une seconde chance ou dont je n'ai jamais terminé un livre. La plupart de ces écrivains sont, de ce que j'en connais, "majeurs", pas forcément immensément connus, mais respectés du petit monde des lettres ou ayant au moins commis une oeuvre d'importance.  
Je complèterai au fur et a mesure que des noms traverseront mon esprit (par hasard ou au cours de mes pérégrinations en librairie). Et puis je reste ouvert aux suggestions (si c'est pour me recommander Marc Levy, ça ira merci).
Pour une liste concernant mes favoris parmi les livres et auteurs que j'ai déjà lus, voyez ici et .

- France:
La Fayette - La Princesse de Cleves (le livre préféré de Sarkozy, voyez le blog de Pierre Assouline pour plus d'infos)
Chateaubriand - Les Mémoires d'outre-tombe
Sade - commencé Aline et Valcour, a retenter (échos pas terribles cependant)
Saint-Simon - Mémoires: un mec qui raconte sa vie en 25 volumes de 1000 pages, ça ne peut etre qu'intéressant, non?
Flaubert - Bouvard et Pécuchet, c'était chiant. Je n'ai jamais réussi a me farcir l'Education Sentimentale, faudrait que je tente Madame Bovary
Maupassant - Bel Ami, mais les "romans d'éducation", c'est un peu tout le temps pareil quand meme
Ponson du Terrail - Rocambole
Malot - Sans famille. Les aventures du petit Rémi. Assez étonnemment, le dessin animé est finalement extrêmement fidèle. Sinon, c'est un roman d'aventures du 19ème siècle avec les qualités (lecture prenante et facile) et les défauts (morale sociale qui a pas forcément très bien vieilli, incohérences dans le récit, suspense parfois un peu fastoche, personnages binaires...) du genre. On a depuis assimilé ça à un roman pour la jeunesse, mais elle doit avoir le coeur bien accroché, avec toutes ces morts affreuses qui s'enchaînent. 
Proust - 1 seul suffira je pense
Peguy - ?
Aragon  - ?
Colette - j'ai acheté Chéri. Ca devrait être pour bientôt.

Kessel - jamais lu le Lion, tiens
Radiguet - Le diable au corps. Radiguet a été peut-être le premier "phénomène littéraire" vendu comme tel par son éditeur et son protecteur Cocteau, par le biais d'une campagne de pub annonçant l'avènement du "plus jeune romancier de France". Radiguet fréquentait les cercles littéraires et artistiques parisiens dès l'adolescence, juste après la Première Guerre, et a écrit le Diable au corps à 16 ans. Il mourut à 20 ans pour se faire un destin à la Rimbaud. En ce qui concerne le Diable au corps, c'est un roman (plutôt une nouvelle) que j'ai trouvée insupportable. Pas tant au niveau du style, somme toute assez classique, qu'au niveau du fond: le narrateur, qui se trouve être l'alter ego de Radiguet, est un jeune homme prétentieux, qui à travers l'histoire d'amour qu'il raconte, ne parle que de lui. La jeune femme qu'il séduit semble juste un prétexte, une abstraction. Le narrateur est également un pleutre, qui justifie ses actions comme mûrement pensées alors qu'elles sont juste le reflet d'une couardise sans nom. Enfin, comme un certain nombre d'adolescents, il est assez primaire mais est persuadé d'être le seul être humain doué d'intelligence et de sensibilité. Dans ce sens c'est intéressant, puisque rare sont les adolescents qui écrivent (ou en tout cas qui sont publiés), qui plus est sur les émois de l'adolescence. Bref, insupportable, mais probablement à lire (et puis ça fait 100 pages écrit gros).
Valéry - ?
Martin du Gard - Les Thibault, mais a-t-il écrit autre chose?
Mauriac - Noeud de viperes c'est bien ça (je confonds toujours avec Vipere au poing de Bazin, Dieu sait que ç'a pas l'air d'avoir grand chose a voir)
Bernanos - Il y a soleil dans le titre je crois
Bataille - ?
Céline - Pas fini Voyage au bout de la nuit, j'avais trouvé ça vieillot (super, il parle en argot... so what? cf mes commentaires sur Orange Mécanique). A retenter quand meme.
Duras et Yourcenar - En bon misogyne, je suis sur que c'est le meme genre intello-chiant (de Beauvoir ca doit etre bien dans le genre aussi)
Vian - Faudrait que j'arrive a finir l'Ecume des jours ou que j'essaye J'irai cracher sur vos tombes
Camus - J'ai lu l'Etranger et Noces, j'ai trouvé ça bof. Je viens de finir la Peste, j'ai trouvé ça bof aussi. En fait, ces trois bouquins sont en quelque sorte des "romans philosophiques" et je crois que la philosophie de Camus c'est pas quelque chose à laquelle j'adhère franchement, et d'autre part je trouve ça pas très puissant, entre "être un homme c'est pas facile parce qu'on sait pas vraiment pourquoi on est là" et "communier avec la nature, y a que ça de vrai". Soit, mais 300 pages là-dessus, entre personnages désabusés ou surblasés, c'est pas très folichon...
Sartre - la Nausée, les Mains Sales, je vais peut etre aller acheter Minute a la place...
Gide - Les faux-monnayeurs
Malraux - La condition humaine
Cohen (suisse) - Belle du Seigneur
Gracq -?
Le Clézio - Le Procès-Verbal (commencé et pas fini)
Echenoz - Je viens de finir Cherokee, c'est pas mal. Un exercice de style "polar à l'ancienne" bien mené. J'essaierai de lire le Méridien de Greenwich un de ces quatre. J'ai depuis fini "Je m'en vais" qui est finalement assez semblable, avec la aussi un petit côté parigot désuet et une histoire policière "à la papa". Ca se laisse lire avec plaisir, mais j'espère que d'autres romans se renouvellent plus: sinon, c'est à pratiquer de façon espacée, pour ne pas se lasser.   
Chevillard - J'ai récemment terminé "l'Oeuvre posthume de Thomas Pilaster". Amusant, dans l'esprit (une espèce de biographie fictive) cela ressemble beaucoup au Nat Tate de William Boyd. Chevillard a l'air assez éclectique (même s'il a une forte attirance pour des aphorismes dont je ne suis pas toujours fan), donc j'y retournerai probablement.
Green - ?
Kundera - L'insoutenable légéreté de l'etre, ou un autre

- Allemagne:
Mann - J'ai Faustus dans ma liste d'attente, ou alors le truc avec la Montagne la
Bernhard - ?
Hesse - Le loup des steppes
Grass - Le tambour : pas facile, intéressant cependant, et a par certains cotés, me semble-t-il, beaucoup influencé les Enfants de Minuit de Rushdie (en terme de construction du roman, et de personnalité du narrateur).
Musil - L'homme sans qualité (Autriche)

- Russie:
Tolstoï - Guere épais... je dois avouer qu'apres 200 pages et 150 personnages en ov, j'avais craqué
Tchekov - ?
Dostoïevski - jamais venu a bout, que ce soit les freres Karamazov ou Crime et Chatiment. Si j'essayais l'Idiot?
Gogol - On m'a offert ses Oeuvres en version Pléïade, je piocherai dedans
Pouchkine - ?
Boulgakov - ?
Pasternak - Docteur Jivago
Grossman - Son gros bouquin la, de toute façon c'est le seul qu'on trouve facilement

- Italie:
Malaparte - Kaputt, dans ma liste d'attente
Svevo - oublié le titre, entendu beaucoup de bien
Eco - La aussi, Eco c'est plus fort que moi, que ce soit le Nom de la rose, le Pendule de Faux cul ou meme ses essais littéraires. Mais dans certains cas je n'aime pas perdre
Calvino - J'en ai lu un qui m'a prodigieusement fait chier (Si par une nuit d'hiver un voyageur, ou quelque chose comme ça). Je suis pret a donner une seconde chance un de ces quatre

- Angleterre:
Fielding - Tom Jones, parce que la chanson de Springsteen est bien. Et Sexbomb aussi.
Thackeray - la foire au vanités ou Barry Lindon
Dickens - David Copperfield, Oliver Twist j'ai eu envie de le baffer dans le film de Polanski
Austen - Orgueil et préjugés (j'en ai beaucoup sur ce livre...)
Wilde - Le Portrait de Dorian Gray, 5eme tentative?

Jerome - (K. Jerome) Trois hommes dans un bateau. L'un des premiers écrivains "populaires" (je veux dire issu de la classe moyenne, pas parlant du peuple). Comique à l'anglaise, mais pas encore très subtil, le vaudeville n'est pas loin. Ca se lit bien dans le métro, quoi.
James - Portrait de femme...
Joyce - J'ai acheté Ulysse il y a 7 ans avec beaucoup d'espoir. Je compte sur les longues soirées d'hiver de Amherst. Ou alors, j'irai acheter les Gens de Dublin, apparemment plus sympa.
Woolfe - ?

Waugh - Grandeur et décadence de l'humour à l'anglaise, ça se lit bien même si ça a un peu vieilli. Un peu comme Wodehouse quoi. Peut être un peu plus "universel" malgré tout.
Poe - j'ai du lire quelques histoires extraordinaires gamin mais ça ne m'a pas marqué plus que ça
Lawrence - Lady Chatterley meme si je crains que ça ait mal vieilli
Kipling -  Le livre de la jungle
Wodehouse - J'ai lu un des livres de la série "Jeeves and Wooster", en VO. C'est sympathique, "délicieusement suranné" diraient sans doute les critiques, très très british. Je crois que les dialogues de Astérix chez les Bretons ou du Pied-Tendre (Lucky Luke) viennent de là... Je ne vois pas très bien ce que ça peut donner en VF, pour le coup (l'anglais très années 20 des dialogues est pour beaucoup dans le capital sympathie du livre). Enfin, en lisant ce bouquin, je me suis rappelé une discussion que j'avais eu récemment avec une amie: dans le "culte", il y a une large part liée à l'époque d'une part, et au caractère précurseur d'autre part. Mais bon, quand on découvre hors contexte, on a toujours du mal à ne pas penser à ce qui a été fait depuis sur ce filon, souvent en mieux. 
Amis (pere) - difficile a trouver en France et aux US. Un jour que j'irai en Angleterre peut etre. Sinon, ça sera Lucky Jim, le seul que j'arrive à trouver.
Greene - ?
Selby Jr - Last exit to brooklyn ou Requiem for a dream.
Pratchett - ? je crois pas que ça ait beaucoup d'importance non plus...
Lowry -  Au-dessus du volcan
Welsh (écossais) - Trainspotting

- Portugal:
Pessoa - L'intranquilité

- USA:
Twain - Huckleberry Finn Un bon roman d'aventures bien prenant. Dommage qu'il y ait le personnage de Tom Sawyer, que je trouve assez fatigant. D'un point de vue stylistique, c'est l'un des premiers romans où le langage parlé est utilisé comme langage narratif (j'en ai parlé plus en détails ailleurs).
Stowe - La case de l'Oncle Tom
Cooper - Le dernier des mohicans
Lewis - je sais meme pas qui c'est, un Prix Nobel sans doute... mon coté snob
London - J'ai du lire l'Appel de la foret gamin, je sais pas si ça vaut le coup d'y retourner...
Faulkner - ?
Fitzerald - Gatsby le magnifique ou Tendre est la nuit
Steinbeck - Des souris et des homnes ou les raisins de la colere
Abbey - The Monkey Wrench Gang je crois
Miller - Sexus, Nexus... Tropique du cancer, du capricorne
Pynchon - Un des rares romans que j'ai pas fini ces dernieres années (vente a la criée du lot ...). Deuxieme chance?
Heller - Catch 22 Pff, j'en ai chié. Lu en VO, pas facile, il m'a fallu du temps pour m'habituer au style, touffu. Un livre plutôt épais et assez répétitif même si j'ai fini par accrocher un minimum (j'ai vraiment failli laisser tomber pendant les 150 premières pages mais je n'avais à ce moment là rien d'autre à lire qui me fasse vraiment envie). Pour une analyse un peu plus poussée, voir ici.
Kerouac - Sur la route
Kesey - Vol au dessus d'un nid de coucous
Millhauser - La vie trop brêve d'Edwin Mullhouse, écrivain américain C'est assez space: en gros, c'est la biographie d'un écrivain fictif décédé à l'âge de 11 ans, par son meilleur ami du même âge. Les deux manuscrits ont été retrouvés tardivement par des universitaires (fictifs eux aussi). Oui, ça ressemble un peu au bouquin de Chevillard dont j'ai parlé plus haut, enfin chronologiquement c'est plutôt le bouquin de Chevillard qui ressemble à celui-la (1972 contre 1999, les deux devant beaucoup à Pale Fire de Nabokov, 1962, probablement le plus ambitieux et le meilleur des trois). Je ne sais pas trop quoi en penser, l'exercice de style, le jeu littéraire, est bien mené surtout quand on pense que c'est le premier livre de Millhauser, pas encore 30 ans à l'époque. Mais bon, au-delà de ça, sans estimer que tous les romans doivent avoir un message profondissime à faire passer, c'est assez vain, je trouve. J'ai également fini Martin Dressler, Prix Pulitzer en 1997, un livre sur l'épopée, de la grandeur à la décadence, d'un jeune entrepreneur américain, dans le New-York de la fin du 19ème siècle. C'est un livre assez éthéré, assez "old school", plutôt facile à lire mais qui ne m'a pas vraiment passionné.
Bradbury - Farhenheit 451 Impression mitigée: c'est la premiere fois, depuis que je lis en V.O., que j'ai l'impression qu'un livre est vraiment pas très bien écrit. Répétitions, longueurs, métaphores supers clichés etc. Il y a aussi des passages qui ne fonctionnent pas (le chien mécanique, j'ai trouvé ça assez naze). Par contre, l'idée de départ, à savoir que les gens, abrutis par la téloche, ont progressivement arreté de lire (a part les BDs et les tabloïds), ce qui a ensuite permis au gouvernement d'interdire les dits bouquins sans que ça choque personne ou presque, est super "clever", surtout quand elle est énoncée dans les années 50. Du coup, il y a dans le bouquin des prémices de la société actuelle, avec des gens qui ont 5 télés dans leur appart, et des émissions de "télé-réalité", et un monde qui tourne autour de l'"entertainment" immédiat sans jamais prendre le temps de la réflexion. De ce coté la, le bouquin est vraiment bien, et peut-etre plus "prophétique" que 1984. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi Fahrenheit est rangé au rayon SF chez nous, alors que c'est un livre d'anticipation dans la veine de 1984 ou Le Meilleur des Mondes.  
Lee - How to kill a mockingbird
Bellow - Ravenstein était tres chiant, il a sans doute fait mieux dans les vieux trucs.
Herbert - Dune
Asimov - Fondation, c'est ça?
Toole - Jamais allé au bout de la Conjuration des imbéciles. De toute façon il en a écrit qu'un.
Wolfe - Acid test Intéressant historiquement, pour comprendre le milieu hippie aux US à la fin des années 60, la vie de Kesey (l'auteur du Vol au dessus d'un nid de coucou), leader plus ou moins contre son gré du mouvement, leurs relations avec les beatniks et les hell's angels etc. Après, c'est un peu pénible à lire. Je tenterai peut-être Le bucher des vanités.
Auster -  Je n'ai jamais fini La trilogie new-yorkaise mais je viens de finir Travels in the Scriptorium, une nouvelle assez perchée mais qui m'a beaucoup plu. Difficile à résumer, mais c'est court, pas dur à lire, mi-polar, mi-fantastique avec moult interprétations possibles.
Proulx - Brockeback Moutain ou Cartes postales que j'ai chez moi
Ondaatje - Le Patient anglais (Canada)

Updike - grand écrivain "comique" (mais pas que), décédé récemment. Styliste et reconnu pour ses critiques littéraires aussi. Ses romans (nouvelles) les plus connues sont celles tournant autour du personnage Rabbit et celles sur l'écrivain Bech. J'ai lu le premier tome de cette dernière série, Bech: a book. Un peu compliqué pour moi en anglais. Un écrivain qui écrit à propos d'un écrivain qui souffre du blocage de l'écrivain. Méga métafictionnel donc, plein de références ou semi-private jokes qui ont dû m'échapper. Les chapitres sont en fait des petites histoires indépendantes, très vaguement reliées, et qui ont tendance à se répéter un peu. A revoir.

Joyce Carol Oates - j'en ai lu cinq ou six et en ai parlé ailleurs. Ecrivain excessivement prolifique. J'aime beaucoup son univers sombre, dérangé. Zombi était franchement marquant, "Viol, une histoire d'amour" était pas mal aussi.

Don DeLillo -   écrivain américain très médiatisé, l'une des grandes figures contemporaines avec Oates, Roth etc. J'avais lu Chien galeux, l'un de ses premiers bouquins, un polar mou du genou qui m'avait plutôt ennuyé. Je m'étais ensuite attaqué à Libra, une fiction complexe sur la vie de Lee Harvey Oswald, que je n'avais pas finie. J'ai depuis lu L'Homme qui tombe, réflexion assez étherée sur le 11 septembre, qui ne me marquera probablement pas plus que ça malgré de jolis passages. Bref, je ne suis pas convaincu, même si ses oeuvres majeures sont paraît-il Underworld et White Noise. Un écrivain exigeant, mais je n'accroche pas.  
Palahniuk - J'ai lu un recueil de "non-fiction", qui regroupe des essais autobiographiques et des sortes de reportages journalistiques sur les tarés de l'Amérique (récit d'un festival annuel de sexe en plein air et en tout genre, tournoi annuel de batailles de moissonneuses-batteuses etc). C'est pas très bien écrit, à mon goût, il y a cependant des réflexions intéressantes, mais globalement ça ne m'a pas emballé. J'ai enfin fini Snuff, son dernier dont le pitch était accrocheur: une actrice de porno en préretraite qui veut faire un retour fracassant en se faisant fracas battant le record du gang-bang... Cette lecture confirme mon sentiment que finalement plus à un scénariste qu'à un écrivain (un grand nombre de ses bouquins ont donné lieu à des films plutôt bien accueillis). Le bouquin est raconté selon quatre points de vue différents, 3 des acteurs en attente d'aller tirer la pornstar, et la manager de l'actrice. C'est plutôt malin, mais d'un point de vue formel, les trois voix se confondent entre elles et, me semble-t-il, avec celle de Palahniuk, qui n'est pas un grand styliste. Après, c'est plutôt prenant, drôle et malsain même si la fin est assez débile.  A vous de voir.

McCann - (Colum) Let the great world spin très joli bouquin dont j'ai parlé ailleurs, qui m'a donné envie d'en lire plus de cet écrivain poétique.

Chabon - écrivain américain juif. Je précise parce que ses bouquins tournent beaucoup autour du judaïsme. J'ai lu "Gentlemen on the road", un bouquin d'aventure "à l'ancienne" ("à la Dumas", pourrait-on dire), sur des chevaliers errants dans un monde lointain, avec des princesses, un méchant usurpateur, tout ça. Classique, mais efficace, et assez drôle. J'ai ensuite lu "Le club des policiers yiddish", plus sombre: un polar dans un monde parallèle (monde où les juifs n'ont pas fondé Israël mais se sont retrouvés en Alaska). Un peu dur à pénétrer, mais prenant une fois qu'on y est (a obtenu le Prix Hugo en 2008, même si à mon sens ça relève plus du polar que de la SF). 


- Chine:
Xingjian - la Montagne de l'ame, ou un autre

- Inde:
Naipaul - Le Masseur mystique son premier roman. Je suis un peu passé à côté, je ne l'ai pas vraiment lu au bon moment.


- Japon:
Kawabata - j'ai lu le joueur de Go, ça m'est passé un peu au-dessus et puis ce n'est pas vraiment un roman. A retenter
Mishima - c'est un pote au précédent, j'ai un de ses bouquins chez moi
Oe - Je viens de finir une de ses nouvelles, c'est assez contemplatif, poétique, et ça fleure bon l'autobiographique. Un peu court pour dire si j'ai adoré ou pas, à réessayer sur un roman.
Soseki - Je suis un chat   Plutot chiant, et je pese mon mot: on sent que c'est une collection de chapitres écrits dans un mensuel littéraire. Du coup, meme si le premier chapitre est pas trop mal, ça tourne tres vite en rond et présente certaines similitudes de ce point de vue la avec Bouvard et Pécuchet (avec un poil plus de fil conducteur mais des évenements encore moins intéressants). Et puis les tiraillements des intellectuels japonais au moment de la transition entre culture ancestrale et culture "occidentalisée", c'est un theme assez récurrent dans les romans japonais de cette époque (premiere moitié du 20eme) et je dois avouer que ça m'en touche une sans remuer l'autre. Il me semble enfin que le roman a pas mal inspiré certains passages de Kafka sur le Rivage de Murakami.

- Pérou:
Vargas Llosa - je viens de finir son essai sur les Miséroïdes, j'aimerais essayer un roman maintenant

- Argentine:
Borges - comme Naipaul, les quatrieme de couv' ne me font pas trop bander

- Afrique du Sud:
Coetzee - J'en ai lu un qui ne m'a pas emballé, la encore j'accorderai peut etre une seconde chance. Peut-être avec Journal d'une année noire dont le pitch m'a intéressé.

- Turquie:
Pamuk - Mon nom est Rouge

- Israël:
Oz - Soudain dans la forêt profonde  Un conte pour enfants gentillet, même si dans le genre j'avais préféré Haroun et la mer des histoires de Rushdie, pour la multiplicité des niveaux de lecture. Enfin, c'est un peu court pour me faire une idée.

N.B.: L'ordre est vaguement chronologique, mais ne venez pas me boursoufler le cortex parce que machin est placé avant truc alors qu'il est né dix ans plus tard.
N.B. bis: environ 80. Arrondissons a 100 le temps que je complete ma liste, sachant que je lis environ 25 livres par an, si j'en consacre 4 sur ces 25 a cette liste, j'en ai pour 25 ans. En espérant que mon coeur tienne le coup et que la 3eme guerre mondiale ou le réchauffement climatique se fassent attendre un poil, c'est jouable.

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20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 19:27

J'ai coutume de dire que, plus que le succes critique ou commercial immédiat, le véritable juge de paix de la qualité d'une oeuvre est le Temps (ou l'Histoire si vous préférez). Seule la postérité permet d'accorder les adjectifs génial, majeur, révolutionnaire et autres superlatifs au mot art. Et de lui mettre une majuscule.
Généralement, cela se produit lorsque succes critique et populaire finissent par coincider. La durée est donc variable, le phénomene peut etre quasi-immédiat (Victor Hugo), post-mortem (Van Gogh) ou bien ne jamais arriver (qui se souvient des peintures d'Adolf Hitler, hein?).
Il existe quelques exceptions a cet axiome de la postérité: je soupçonne qu'Ulysse de Joyce, joyau du courant de conscience, n'a jamais eu de succes populaire majeur. Probablement que meme les universitaires qui en parlent le plus ne se le sont pas tous farci. Des exemples de succes commercial sans succes critiques, lorsqu'ils sont étendus sur plus d'une génération, sont plus difficiles a trouver. La plupart des critiques, qui ont oublié d'etre cons, peuvent concevoir que quelques millions de blaireaux, moutondepanurgisme aigü, puissent se ruer tous en meme temps sur la meme fiente: les exemples actuels sont nombreux, de Harry Potter en passant par Da Vinci Code ou encore Christophe Maé. Cependant, quand la popularité ne se dément pas au fil des décennies voire des siecles, la Critique finit par se dire que, peut-etre, elle a raté quelque chose de majeur, et révise son jugement. Bref, en quelque sorte, l'application artistique du "you can fool some people some times, but you can't fool all the people all the time".

Je souhaite ici évoquer une exception plus rare: ou quand le succes critique et populaire d'un livre me semble incompréhensible. J'ai lu récemment "Au coeur des ténebres" de Conrad. Conrad, anglais d'origine polonaise, est l'un des écrivains majeurs du début du 20eme siecle, qui a influencé d'autres grands auteurs tels que Graham Greene ou Ernest Hemingway, et a popularisé le roman d'aventures ainsi que des héros plus sombres qu'a l'accoutumée.
Au coeur des tenebres est sans conteste sa nouvelle la plus célebre, qui a notamment inspiré Coppola pour Apocalypse Now ou encore Iron Maiden dans une chanson éponyme de l'album X-Factor. Avouez que ce n'est pas rien.

Eh bien, parlons cru parlons vrai, je dois dire que j'ai trouvé ça tout bonnement a chier par terre.
Il ne se passe rien pendant 130 pages sur 150 (un marin arrive au Congo puis descend le fleuve sur un bateau). A la fin ils tombent sur un vieux fou, Kurtz, en train de crever, qui regne en tyran sur une tribu locale. Le tout est décrit dans un style, a la traduction tout au moins, alambiqué et pénible (apres tout, des fois, quand c'est bien écrit, on peut tolérer qu'il ne se passe rien), avec des relents de colonialisme classiques pour l'époque. Je ne comprends pas que le personnage de Kurtz ait marqué tellement de gens estimables, étant donné qu'on ne le voit que dans les dix dernieres pages du livre, qu'il est a l'article de la mort et gateux. Quelques anecdotes éparpillées ci et la sont censées foutre les jetons en rendant la noirceur de son ame, mais bon, 100 ans apres, c'est un peu comme regarder l'Exorciste ou Orange Mécanique (deux autres exemples d'oeuvres cultes qui selon moi n'auraient pas du passer le cap du temps...): en trois mots comme en mille, ça a vieilli. Plutot mal. *

Donc, cette exception personnelle a ce jugement non moins personnel le confirme-t-il ou au contraire dois-je revoir mon schéma de pensée? Le doute me taraude. 

Il a tendance a disparaitre quand, par exemple, je m'aperçois que 
Christine Angot racontant ses fornications avec Doc Gynéco ("d'accord mais attention, te trompe pas de trou") dans un style illisible plus plat qu'une sole passée sous un 33 tonnes ("J'ai besoin de l'amour. J'ai besoin de voir quelqu'un de près pris par l'amour, quelqu'un de près mû par l'amour, heureusement encore que j'inspire l'amour. Que ça m'est arrivé dans ma vie d'inspirer l'amour. Mais vraiment l'amour. Heureusement encore. Sinon je ne saurais toujours pas ce que c'est que l'amour. Je sais, je le vois, je le vois, c'est beau, et j'aime passionnément celui que je vois aimer parce que c'est si beau, si beau, si mystérieux. Alors ne pars pas, par pitié ne pars pas, mon objet précieux, mon amour.Tu me retires tout si tu t'en vas. Ne pars pas mon petit objet précieux, je t'en prie. C'est si beau, si beau, si beau. Moi qui ne savais pas ce que c'était tu m'apportes un si joli cadeau. Mon amour. C'est si beau, tu m'apportes un si joli cadeau." Ca dure 200 pages, n'en jetez plus), Christine Angot donc, va encore avoir un best-seller a son actif et vit sans doute tres confortablement de son absence totale de talent.
Apres tout, peut-etre inscrira-t-elle son nom dans l'Histoire comme l'un des pionniers d'une nouvelle race d'écrivains n'ayant rien a dire et par-dessus le marché ne sachant pas écrire. C'est vrai que c'est a la mode. Mais cela passera-t-il le cap du temps?
Comme la "culture" est désormais un bien de consommation jetable, on peut espérer que non: on ne se souvient déja plus du groupe a la mode d'il y a six mois, mince comment ils s'appelaient déja avec leurs meches et leurs jeans slims? Alors, Angot dans cent ans, vous pensez... D'un autre coté, depuis les conneries a la Duchamp du type tout est art, et encore plus a l'heure de la télé-réalité et d'Internet ou l'on se sent presque tous obligés d'avoir un
avis qu'on estime pertinent sur des sujets qui nous sont pourtant aussi familiers que la fondue savoyarde a un texan, la norme n'est plus d'avoir du talent pour faire une carriere artistique. On peut donc craindre le pire: dans l'immonde tas de semi-vedettes médiatiques actuelles, il y a peut-etre un futur panthéonisé.

En attendant, tous les aigris dans mon genre n'ont rien d'autre que se foutre de la gueule d'Angot et autres Ana Gavalda pour supporter leurs propres échecs. Ca change rien et c'est pas vraiment beau joueur mais ça soulage.
 

* J'ai une petite explication a ce succes: le titre, lui, est frappant, est plus encore en anglais (Heart of Darkness). On imagine tout de suite de quoi ça va parler, i.e. la noirceur potentielle de l'ame humaine. On n'oublie pas ce titre, meme sans avoir lu la nouvelle, et mieux encore, meme apres l'avoir lue. Bref, tout serait dans le titre. Un peu court jeune homme?

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 23:27
Comme je l'ai mentionné subrepticement ici, je m'essaye pour la premiere fois a la lecture en anglais dans le texte. En effet, il se trouve que j'ai fini les 7-8 bouquins en français que j'avais ramenés, et que la seule librairie bostonienne vendant des livres dans la langue de Moliere ne propose que des auteurs francophones (vous me direz que c'est logique. Certes, mais, ça aussi je l'ai dit ailleurs, je n'aime pas trop les écrivains contemporains français, et je ne suis actuellement pas d'humeur a lire des classiques). Alors, tant qu'a faire, pourquoi ne pas?

A vrai dire, je n'étais pas sur d'en etre capable, et finalement ça s'est pas trop mal passé.

Toutefois, l'un dans l'autre, ça m'a conforté dans mon jugement a priori, que je vais vous exposer illico.
Cet avis, j'avais pu le murir au cours d'une discussion quelque peu enflammée avec l'une des personnes les plus stimulantes intellectuellement que j'ai pu rencontrer. Sans rentrer dans des détails intimes, nous nous sommes légitimement mais malheureusement un peu perdus de vue, et je dois avouer que parfois je le déplore. Bon, treve de guimauve, je ne pense pas qu'elle lise ces lignes, mais si c'est le cas, je pense qu'elle se reconnaitra et donc salut a toi. Ah, pour finir, comme j'avais (ai) plus tendance qu'elle a désirer avoir le dernier mot, j'avais (ai) tendance a devenir, au fur et a mesure de l'argumentation, de mauvaise foi (plutot consciemment, pour ma défense). Bref, je vais essayer d'etre plus pondéré (vu qu'ici je n'aurais pas a potentiellement avoir a admettre que quelqu'un d'autre puisse etre dans le vrai).

Je crois que nous parlions de Lolita de Nabokov.
Pour ceux qui l'ignorent, Nabokov, émigré russe, d'abord en France puis aux Etats-Unis, a, vers l'age de 40 ans alors qu'il était un écrivain en langue russe reconnu, choisi de composer la suite de son oeuvre littéraire en anglais. Lolita est son troisieme ou quatrieme roman dans cette langue, et, selon beaucoup, l'un de ses chef-d'oeuvre d'un point de vue stylistique (en plus du reste).

La personne en question avait lu l'opus dans la langue de Shakespeare (ou de Nabokov en l'occurence). Connaissant mes opinions sur le bouquin (que j'avais lu, en traduction, quelques années auparavant), elle a tenu a m'informer qu'il l'avait également profondément marquée, et, notamment, par sa forme (autant sinon plus que par son fond). Elle m'a ensuite tenu a peu pres ce langage: "pour moi ce livre est intraduisible". 

Je passerai outre la legere humiliation que j'ai ressentie (oui, elle savait que je l'avais lu en français. Oui, je pense que sa remarque était sincere et sans réelle volonté de me faire passer pour un noeud. N'empeche, ça peut expliquer une partie de la mauvaise foi qui a suivi). 

Ce n'est pas non plus le coté "intello" ("bobo", "parisien", "inrock", "snobinard", "teleramesque", choisissez votre insulte favorite d'aculturé qui s'assume) qui me rebute dans la tirade entre guillemets avec des pincettes, encore que: je me doute bien que dans le tas de crétins qui s'extasient devant l'art contemporain, le dogme et Lars Von Trier ou encore le rock lo-fi, il y en a des honnetes qui aiment vraiment ça. Apres tout, tous les gouts sont dans la nature, pour faire dans le plus abject des lieux communs. 
Mais, parfois j'ai beau essayer tres fort, ben j'y crois pas: quand je vois, par exemple, cette sombre merde qu'est "Rois et Reines", mal joué, nombriliste, totalement vain et sans intéret encensé, analysé, décortiqué par tous les critiques la bouche en cul de poule, je me doute. Je persiste a croire qu'il y en a un bon paquet qui se sont autant fait chier que moi, qui n'ont rien compris non plus parce qu'il n'y a rien a comprendre, mais qui creveraient plutot que d'admettre qu'ils auraient préféré aller voir Scary Movie 3 (c'est dire), plutot que d'admettre qu'ils se sentent obligés de dénigrer tout ce qui est "populaire" et d'encenser tout ce qui plait a moins de 6 blaireaux, simplement pour cette raison.
Ainsi, ce qui n'est probablement qu'une fiente (le peuple a mauvais gout, certes, et il peut se tromper, recertes, mais pas toujours) est élevé au rang de chef d'oeuvre conceptuel pour initiés du bulbe*.
Je prends ici l'exemple du cinéma, car par association d'idées, je me rappelle nos débats houleux également sur le principe voisin de la V.O.S.T. pour les films. La, pour le coup, je dois reconnaitre que j'abusais en défendant le point de vue opposé au sien -i.e. la V.O.S.T. c'est quand meme mieux-, car effectivement c'est quand meme mieux, a de rares exceptions pres (les animés par exemple, avouez qu'on s'en fout meme si le progres fait qu'ils en sont presque a restituer le mouvement des levres... autre exemple, certaines "voix" françaises collent si bien au personnage et ont tellement marqué qu'elles sont presque mieux que la vraie, comme pour Bruce Willis ou Eddie Murphy).
J'admets meme que je me fourvoyais en prenant comme exemple les comédies: je disais que de toute façon les blagues intraduisibles on ne les comprenait pas en V.O., donc on ne perdait pas grand chose a voir la V.F.. Bof, peut-etre, mais de toute façon, pour ces films, généralement, le budget doublage doit etre de 23 euros et on se retrouve avec des voix nazes, mal calés et des dialogues traduits en version pas drole.

Oups. Je m'égare quelque peu, comme a l'accoutumée.

"Pour moi, ce livre est intraduisible". Tout simplement, je considere que cette affirmation péremptoire est globalement non fondée. 
En effet, a part quelques personnes totalement bilingues, meme les gens maitrisant bien la langue (i.e. ceux qui, comme moi, peuvent soutenir correctement une conversation quel que soit son sujet, comprendre dans sa globalité un film sans les sous-titres - on y revient- etc) sont, forcément, moins a l'aise que dans leur langue natale et ont donc des lacunes, de vocabulaire notamment. En gros, il y a souvent des subtilités qui leur échappent, que ce soit a l'ecrit ou a l'oral. 
En ce qui concerne l'écrit, il existe toujours la possibilité de lire avec un dictionnaire sous la main, mais a mon sens, s'il y a bien quelque chose qui annihile le processus d'implication dans l'oeuvre lue, c'est bien de passer deux minutes toutes les deux pages a chercher trois mots dans le dico: je le réserve aux cas de nécessité majeure, par exemple si c'est un passage clé du bouquin que je ne saisis pas. Si c'est moins important, je laisse pisser et tente de deviner le sens de ce qui m'a échappé.

Du coup, il y a deux sortes de bouquin. Ceux ou l'anglophone basique comprend 99% ou plus de ce qui est écrit. Pour ces livres la, on peut se dire que, probablement, un bon traducteur saurait rendre l'essence meme du livre (a part peut-etre trois jeux de mots, deux alitérations ou oxymores et une référence culturelle que de toute façon 99% des lecteurs ne remarquent pas meme dans la version originale). Donc, pour ces livres la, on ne perdra sans doute pas beaucoup a la traduction. Un exemple dans mes lectures récentes: Haroun and the sea of stories de Salman Rushdie (je suppute, car je ne me suis pas encore amusé a le relire en français pour vérifier). Comme c'est un conte pour enfants, la forme est assez simple. Il y a quelques seconds sens, j'en ai compris quelques uns et ai du en rater beaucoup d'autres, mais, l'un dans l'autre, j'ai tout saisi.  

Et puis il y a les bouquins plus complexes, ou l'anglophone lambda pige l'histoire dans sa globalité et la majeure partie de ce qui se passe, mais ou certains dialogues ou disgressions - pour le fond-, certaines constructions de phrases - pour la forme- lui échappent. Dans ces cas la, une traduction - bonne (j'insiste et j'y reviendrai) - meme, nécessairement, imparfaite, sera donc plutot bénéfique. Je termine en ce moment le dernier Martin Amis (The House of Meetings): aucune incompréhension majeure, mais certains apartés historiques (le livre traite des camps d'internement en URSS) ou métaphysiques ont pu m'échapper, ainsi que certains procédés stylistiques. Cela dit, je pense que l'originalité du style d'Amis vient plus de la construction de ses bouquins que de la langue qu'il emploie, qui n'a me semble-t-il, rien de spécialement intraduisible. Je suis heureux d'avoir tenté l'expérience et apres un démarrage délicat, je suis parvenu a rentrer dans l'histoire. Toutefois, je n'aurais pas été contre le lire en français pour mieux apprécier, et il me semble que j'ai atteint ma limite linguistique, ou pas loin.

Je ne parle pas de la troisieme sorte de bouquins, celle ou le langage, le style, la forme sont si soutenus que seul le pur bilingue bittera quoi que ce soit (je n'ai pas essayé mais Ulysse de Joyce doit etre un bon exemple). 
 
Ainsi, il me semble qu'il y a généralement plus a gagner qu'a perdre en lisant la version française. Et normalement, apres cette démonstration sans faille, vous devez adhérer, tout ébaudis, a mon point de vue.

Pour conclure, je reviens au concept de "bonne" traduction. Difficile de juger de la qualité d'une traduction sans avoir lu la version originale. Cependant, quelques indices qui me semblent prouver la bonne tenue d'une version francaise:
généralement, les auteurs reconnus ont un traducteur attitré. Cela permet une certaine symbiose entre un auteur et un traducteur, une connaissance de la personnalité de l'auteur et de son style littéraire. Dans les contemporains, je peux citer Lodge (qui évoque d'ailleurs le probleme dans l'un de ses ouvrages de théorie littéraire). Certains auteurs multilingues surpervisent meme leurs traductions (Nabokov, encore et toujours). Certains traducteurs sont aussi des écrivains marqués par une oeuvre au point qu'ils veulent ne laisser a personne d'autre le soin de la retranscrire (Chateaubriand a passé plusieurs années sur le Paradis Perdu de Milton, au point que la version française est sans doute un peu son oeuvre aussi, Baudelaire a traduit Edgar Allan Poe).
D'autre part, quand on lit une version française superbement écrite, on peut penser que le traducteur a bien fait son boulot et a su retranscrire une oeuvre de qualité (et s'il a vraiment fait de l'excellent boulot en transformant de la merde en bronze - attention jeu de mot intraduisible- eh bien, on ne va pas se plaindre). Je citerais par exemple les Enfants de Minuit du meme Salman Rushdie. Ce livre était étourdissant, non seulement par son histoire, mais également par son style. Sachant que Rushdie est réputé pour son talent d'écrivain, je dis chapeau au traducteur. Je ressens la meme chose lorsque je lis la plupart des textes de Haruki Murakami: le coté onirique ressort magnifiquement, je suis persuadé que le traducteur n'y est pas pour rien.
Attention, ce n'est pas réciproque: un livre traduit pourri est peut-etre bien en V.O.. Je pense a ce livre de Donald Westlake recommandé par cette - encore- meme personne: la traduction était visiblement minable - fautes d'orthographe, de syntaxe... comme je l'ai souvent remarqué pour les polars et la SF (l'équivalent des comédies au cinéma...). Puis-je vraiment conclure que Westlake est un écrivain merdique? Ce n'est vraisemblablement pas le cas).

Mais baste, treve de bavardages: l'important reste de lire, en anglais, en français ou meme en mandarin si ça vous botte. D'ailleurs, moi, j'y vais.

* Desproges analyse bien mieux que moi ce phénomene dans sa chronique de la Haine ordinaire intitulée la démocratie, extrait: "... les intellectuels démocrates les plus sincères n'ont souvent plus d'autre but, quand ils font partie de la majorité élue, que d'essayer d'appartenir à une minorité. Dans les milieux dits artistiques, où le souci que j'ai de refaire mes toitures me pousse encore trop souvent à sucer des joues dans des cocktails suintants de faux amour, on rencontre des brassées de démocrates militants qui préféreraient crever plutôt que d'être plus de douze à avoir compris le dernier Godard. Et qui méprisent suprêmement le troupeau de leurs électeurs qui se pressent aux belmonderies boulevardières."
Ah tiens, pour le "crever plutot que", c'est un hasard. Sisi, je vous assure.

** L'accouchement a été laborieux...
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