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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 11:58

Gilles Simon, tennisman suisse français de son état, est au coeur d'une polémique pour avoir déclaré: " L'égalité des salaires hommes-femmes ne marche pas dans le sport. On fournit un spectacle plus attrayant que les filles. Si Rome est devenu un tournoi mixte c'est pour sauver l'épreuve féminine, je me souviens d'une finale qui avait attiré 20

 

Du coup, entre autres joueuses ulcérées, la patronne de la WTA a déclaré "A notre époque j'ai du mal à croire qu'on puisse encore penser comme ça". Quant à l'Equipe dans un article d'aujourd'hui, ils manient l'ironie en disant qu'à ce compte là, il faudrait payer au spectacle proposé ou au nombre de jeux marqués, et qu'on ne s'en sortirait pas.

 

Et pourtant...



Commençons par une précision: je ne suis pas de ceux qui pensent que les sportifs gagnent trop de blé et méritent le lynchage pour ça. Tant qu'il y aura des millions de connards comme moi prêts à dépenser 50 ou 100€ pour aller voir un match, 20€ par mois pour s'abonner aux chaînes diffusant leurs sports préférés, 40€ pour des maillots de leurs équipes favorites, bref, tant que le sport générera des milliards de revenus, je ne vois pas pourquoi les têtes d'affiches qui les génèrent ne croqueraient pas une partie, plutôt faible d'ailleurs, du gâteau.

Et je préfère même que les sportifs touchent le blé plutôt que les agents de joueurs, les présidents homme de paille de clubs ou de fédération, et autres parasites du système pourtant riches à en crever.

 

Je suis d'autre part tout à fait pour l'égalité salariale hommes/femmes, à compétences et fonction équivalentes, et j'admets volontiers que de ce point de vue là, il y a encore du boulot.

 

Mais si l'on se place justement dans une optique purement économique ou capitaliste, reliée si l'on veut à la "fonction" de sportif ou de sportive: il faut reconnaître que le tennis féminin génère infiniment moins de revenus que son pendant masculin. La WTA a des difficultés financières, les sponsors et diffuseurs sont franchement méfiants, le public ne se presse pas aux matchs depuis qu'il n'y a plus vraiment de "stars"*. Le fait qu'elles jouent moins longtemps (2 sets contre 3 dans les Grands Chelems) est finalement anecdotique.

 

Bref, j'ai du mal à comprendre où est le machisme là-dedans: vu que dans le cas présent les femmes ne font "pas le même boulot" en ne "rapportant pas autant", il me semble anormal qu'elles touchent les mêmes revenus.

De même que le mec moyen qui ne passe jamais le 2ème tour en tournoi ne gagnera pas autant que Federer dans sa carrière. Et de même que personne n'a à ce jour trouvé foncièrement illogique que les meilleures footballeuses gagnent 1000 fois moins que leurs homologues masculins alors qu'elles sont nettement plus sympathiques sur et en dehors du terrain (mais qui a déjà été voir ou a déjà regardé un match de L1 féminine?).

 

 

Pour généraliser, j'ai quand même l'impression que l'égalitarisme à tous crins poussent à raconter pas mal de conneries, on le voit aussi dès qu'il est question de parité.

On parle beaucoup en ce moment de l'Assemblée Nationale, qui très clairement reste aujourd'hui un repère d'homme blanc d'âge mûr.

Ok pour le constat, mais faut-il pour autant "imposer" la parité? Est-ce aussi simple que cela?

Imaginons une question similaire dans un laboratoire de recherches en sciences dures, aujourd'hui encore, de façon générale, autre repère d'homme blanc d'âge mur, en tout cas aux postes élevés.

Doit-on imposer la parité dans les recrutements PU ou DR? Mais s'il y a moins de femmes que d'hommes au niveau inférieur, MCF ou CR, cela ne revient-il pas de facto à "avantager" les femmes lors de ces recrutements? Si on impose la parité au niveau MCF/CR, on a le même problème s'il y a plus d'hommes docteurs que de femmes docteurs. Faut-il imposer la parité dans les écoles doctorales? Mais s'il y a moins de femmes que d'hommes en école d'ingénieurs ou à la fac? Etc Etc

 

En conclusion, il me semble qu'une approche top down similaire à l'affirmative action à l'américaine est inappropriée pour toutes ces questions, et qu'une approche bottom up serait plus pertinente.

 

 

 

* il n'y a plus vraiment de rivalités marquantes depuis le déclin des soeurs Williams et la retraite de Justine Hénin, qui étaient déjà loin des Graff Seles ou autres. Aucune numéro 1 mondiale ne s'est imposée sur la durée depuis probablement 5 ans, à tel point que S. Williams à mi-temps et en surpoids ou K. Clijsters revenant de 2 ans d'interruption et 1 grossesse gagne à nouveau des Grands Chelems. Les seules joueuses générant beaucoup de sponsoring, hormis Sharapova qui allie les deux, le sont plus pour leur physique que pour leur palmarès (Wozniacki, par exemple).

spectateurs. Résultat, quand toi tu veux un cours d'entraînement y en a plus".

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 16:09

Petite réflexion rapide de fin de journée:

 

Il y a une tribune publiée dans Libération d'hier, avec laquelle on peut ne pas être d'accord, mais qui énonce néanmoins, me semble-t-il, une vérité intéressante: les vingtenaires et trentenaires d'aujourd'hui n'ont, en général, pas le même rapport à l'entreprise et de façon plus globale au travail que nos parents.

 

On peut trouver plein de raisons à cela, mais l'une d'elles est probablement qu'il est désormais clair pour tout le monde que la "carrière à la papa", 40 ans dans la même crèmerie en arrivant relativement en haut de l'échelle quel que soit le degré d'études initial, ça n'existe plus. Même s'il y a beaucoup de monde que ça n'intéressait pas de toute façon, cela avait un côté rassurant, un peu flatteur aussi, donnant l'impression d'être "quelqu'un", comme avoir la possibilité de devenir propriétaire.

Désormais même les plus qualifiés peuvent être soumis à des périodes de chômedu, délocalisations intempestives et plus généralement accidents de carrière en tout genre.

Les entreprises en jouent souvent et font pression sur leurs salariés (mutations à intervalles réguliers qu'on ne peut pas vraiment refuser, par exemple) et ne semblent plus faire beaucoup d'efforts pour les fidéliser. La mode est plutôt au "si t'es pas content, on a 150 connards prêts à tuer pour prendre ta place ici, et dix fois plus en Roumanie" (même si ce n'est probablement pas dans le milieu des cadres sups, que je connais le mieux, que c'est le plus marqué).

Malgré tout, il semble que dans les cabinets de direction (et donc principalement parmi des gens appartenant à la génération de nos parents), on ait du mal à concevoir que cette évolution du cadre de l'entreprise s'accompagne nécessairement d'un certain "désintéressement": non, les jeunes ne considèrent plus leur gros employeur mondialisé ou leur petite start-up ultra préssurisée comme un substitut familial, et oui, ils ne s'impliquent pas autant qu'eux à leur époque dans les réunions à 19h, les déplacements le week-end, et autres contraintes, qu'on peut être heureux de faire si l'on se sent respecté et utile mais moins si l'on n'a l'impression de n'être qu'un numéro facilement interchangeable.

 

 

On retrouve un phénomène similaire dans la fonction publique. Pour ne parler que de l'Université: quand on instaure la précarité avec plus de 40% de CDDs payés au lance-pierre, que sous couvert d'économies on flique le petit personnel en faisant vérifier par 5 instances différentes chaque mission effectuée ou chaque achat de crayon papier, qu'on dégrade les conditions de travail, du chauffage à l'entretien des amphis, les hautes instances ne devraient pas s'étonner si le "sacerdoce" de la mission de fonction publique n'est plus qu'un vain mot, et que les jeunes enseignants et personnels techniques refusent désormais de résoudre des problèmes (surtout s'il s'agit de se confronter au mécontentement des "usagers") "pour la bonne cause" lorsque cela ne fait pas partie explicitement de leur service ou de leurs attributions.

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 09:49

Je l'ai peut-être déjà mentionné, mais ça a vraiment tendance à me perturber: depuis que je suis en poste, je constate que, pour un grand nombre de responsabilités, l'important est que "quelque chose soit fait".

Que ce quelque chose soit bien fait, fait dans sa globalité, etc n'est finalement qu'un détail, du moment qu'un vide est comblé.

 

Soit je suis trop cynique, soit trop naïf. Ou alors je me pose trop de questions.

 

Un ou deux exemples:

 

- les cours. Un enseignant-chercheur n'a aucun retour sur la qualité de ses enseignements, il n'y a pas ou peu de vérification de l'adéquation du cours avec le programme validé par la CTI ou équivalent. L'important, c'est que le cours soit donné. Il y a quelques établissements qui pratique l'évaluation par les élèves. Pour l'avoir "subie", son importance me semble pour le moins relative (la encore, c'est quelque chose qui "devait être fait"... ça y est c'est bon, on passe à autre chose).

 

- le "reviewing". Encore un domaine où le retour est assez nul. Pour un éditeur, la qualité principale d'un referee semble être de rendre le rapport dans les temps (de plus en plus courts).

Le "pedigree" du referee est assez secondaire, et devient négligeable une fois que celui-ci est rentré dans la "base de données"; idem pour ce qu'il raconte visiblement, du moment, j'imagine, que les divergences avec les autres rapports ne sont pas extrêmes et systématiques.

Récemment, on m'a contacté pour donner mon avis sur un bouquin, parce que mon ancien chef de post-doc, initialement sollicité, a refusé et mentionné mon nom... 

Je me suis dit que c'était une bonne expérience, j'ai accepté et ça m'a plu, et mon contact était visiblement très content, mais ai-je bien fait ce que j'avais à faire? Le contact a-t-il pris le temps de se renseigner sur mon parcours ou avait-il simplement besoin d'une réponse rapide et a donc suivi l'avis qu'on lui a donné sans se poser plus de questions?

 

Je pourrais également multiplier les exemples ayant trait à des responsabilités administratives...

 

 

C'est peut-être lié à un manque de confiance en soi, dont la cause (ou la conséquence?) est la structure historiquement très pyramidale des labos de recherches français.

Possible, mais il me semble aussi faire preuve d'une certaine lucidité: en y réfléchissant, je me dis que, élément "de base", ma force est que je peux compenser moyens et pratiques limités par du temps.

 

En clair, une review d'un "débutant" qui ne sait pas trop ce qu'on attend de lui mais qui a pu y consacrer une journée entière est-elle moins profitable que la review d'un ponte qui aura fait ça en 3 fois 13 minutes entre deux salles d'attente d'aéroport et l'aura rendue avec 2 mois de retard?

Difficile de trancher, mais de mon expérience personnelle, je préfère recevoir un rapport de deux pages argumenté, même si je ne suis pas d'accord avec toutes ses recommandations, que deux lignes disant que c'est nul ou au contraire génial.

 

 

Plus généralement, si mon chef ou quelqu'un d'autre de très occupé me donne une tâche à effectuer, c'est souvent qu'elle est suffisamment mineure (en tout cas de son point de vue) pour qu'il n'ait pas le temps de s'en charger lui-même.

Dans ce cas, même si ce que j'accomplis est relativement médiocre, c'est toujours mieux que ce qui lui aurait fait (à savoir rien).

 

Et donc, ce qu'on appelle souvent l'"efficacité", c'est de simplement accomplir les tâches assignées, que personne d'autre ne pouvait/voulait effectuer. En temps et en heure si possible, mais sans réelle évaluation qualitative.

 

 

 

Je pourrais définir ainsi 4 comportements successifs, généralement corrélé au degré de responsabilité (mais pas toujours):

- ceux qui, au bas de l'échelle, ont le temps de (presque) tout faire assez soigneusement.

- ceux qui discriminent de façon raisonnée entre l'"important", qu'ils font eux-mêmes, et le "moins important" qu'ils délèguent (catégorie assez rare des bons managers, surtout s'ils discriminent bien et parviennent à durer).

- ceux qui ne font plus rien de "palpable": ils sont tellement partout qu'ils ne sont nulle part. On peut distinguer ceux qui en au moins conscience de ceux qui s'imaginent toujours indispensables... Mais on trouve là ceux dont le rôle est d'avoir "une vision" (on peut discuter de la pertinence d'une vision de l'horizon quand on n'a pas vu ses pieds depuis des lustres, mais c'est un autre débat).

-  le cas le plus grave, proche du "burnout", est atteint pour ceux qui ne sont plus capables de distinguer le nécessaire du futile, ou qui sont tellement en retard qu'ils perdent des journées à régler des problèmes qui ont déjà été réglés par les sous-fifres 2 semaines plus tôt...

 

 

 

 

Bon, sur ce, bonnes vacances (je parle pour moi) et à dans dix jours.

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 14:37

Je trouve "dommage" (le mot est très mal choisi mais je n'en trouve pas d'autre) que M. Merah ait été tué dans l'assaut du RAID.

 

Comprendre, au cours d'un procès, même partiellement, ses motivations, mais surtout son parcours, se serait avéré extrêmement intéressant.

 

Comment passe-t-on de "petit voyou" (conduite sans permis, vols à la tire...), à intégriste assassin? *

 

Le cheminement ne me semble pas évident, même s'il doit aujourd'hui l'être pour certains...

 

Il y a sans doute un côté "rassurant" à imaginer que ces choses là peuvent être expliquées simplement (ou, au contraire, ne doivent pas être expliquées du tout). Mais je crois l'Humanité à la fois complexe et perfectible, et qu'une meilleure compréhension de ce qui nous paraît inhumain peut faire tendre vers un progrès. 

 

 

L'histoire de Merah est également, de façon troublante, presque celle traitée dans un récent film, Désintégration, que je n'ai pas vu mais qui a eu plutôt bonne presse même si parfois jugé trop caricatural.

 

Le faire parler eut peut-être été le moyen d'essayer d'appréhender la réalité, de voir si elle est elle-même caricaturale ou en réalité très complexe.

 

 

 

De nombreux historiens se sont intéressés à ces questions concernant les crimes nazis et les interprétations divergent. Christopher Browning a fait polémique en publiant Ordinary Men, suivant un bataillon dont la mission s'est petit à petit transformée en extermination des Juifs sur le front russe. Selon lui, ces hommes n'étaient pas des fous furieux ni des nazis sanguinaires, mais des patriotes sensibles à la "pression de groupe" et à l'"autorité".

Daniel Goldhagen se trouve en désaccord en estimant que la société allemande dans son ensemble était antisémite à tendance exterminationniste. J'ai lu le premier livre, pas le second (qui a lui aussi suscité une vive polémique), qui me semble par trop manichéen.

Et puis, on peut aussi parler de la thèse d'Hannah Arendt sur la banalité du mal, même si les motivations d'un bureaucrate qui décide d'en haut ne sont pas nécessairement les mêmes que celles du soldat qui doit, réellement, appuyer sur la gachette...

 

 

 

 

* Et puis, combien de temps cela a-t-il pris? A quel moment aurait-on pu comprendre? Aurait-on pu agir?

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 10:11

Comme l'a dit un grand philosophe, "on n'est pas à l'abri de la gentillesse des gens".

 

Rien n'est plus insupportable pour moi que quelqu'un qui essaie de m'aider alors qu'il n'a visiblement aucune arme pour le faire, le résultat étant inévitablement de la perte de temps pure et simple.

 

Exemple:

 

- "Est-ce que Machin est là?"

- "Non"

- "Vous savez quand il rentre?"

- "Pas exactement mais il devrait être là dans l'après-midi".

- "Très bien, je rappellerai (ou je repasserai)".

Durée: 12 secondes.

 

- "Est-ce que Machin est là?"

- "Non mais si vous voulez je peux essayer de le joindre sur son portable...

Ah en fait je ne trouve pas son numéro...

Je peux lui laisser un message, attendez deux secondes que je trouve un post-it...

Comment s'écrit votre nom? M comme Nadine ou N comme Marcel?

Et quel est votre numéro de poste pour qu'il vous rappelle?

C'est à quel sujet?"

...

Durée: 12 minutes.

Efficacité: nulle, puisque 9 fois sur 10 on finit de toute façon par rappeler soi-même.

 

 

Exemple 2:  

 

- "Est-ce que vous connaissez tel règlement?"

- "Non"

- "Ok, merci". (Eventuellement "est-ce que vous connaissez quelqu'un susceptible de le connaître?")

 

- "Est-ce que vous connaissez tel règlement?"

- "Non mais j'en connais un qui n'a pas grand chose à voir mais peut-être un peu quand même donc je vais vous l'expliquer en long en large et en travers".

 

Ou variante:

- "Non mais allons voir si José est au courant, suivez-moi".

José n'est pas au courant mais pense que Benoît a déjà vu ça, Benoît nous emmène voir Micheline, et on se retrouve en procession dans les couloirs à 15 pendant 2h, pour finir par repartir avec autant de réponses contradictoires que d'interlocuteurs.

 

 

Donc, par pitié, no bullshit: si vous n'avez aucune idée de la réponse à une question précise, ne tournez pas autour du pot 3 heures, ce n'est pas grave. Au contraire, ça me fera gagner du temps.

 

 

Ce qu'il y a d'étrange, c'est que certains semblent rechercher ce genre de dialogues profondément inutiles.

 

Pas plus tard qu'hier, un brave homme me demande:

- "Savez-vous si le Professeur Bidule est là?"

- "Non, car je ne connais pas ce Monsieur"

- "Le Professeur d'électrotechnique appliquée?"

- "Non, je ne connais toujours pas ce Monsieur, je n'appartiens pas à ce labo".

- "Mais si, un grand, brun, un peu chauve".

- "Eh merde".

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:16

Je me demande depuis quelques temps pourquoi il y a, quasiment devant chaque boulangerie parisienne, un mendiant, et ce à l'exclusion d'autres commerces.

 

Bon, cela veut surtout dire qu'il y a énormément de mendiants à Paris, mais pourquoi ceux qui "choisissent" de mendier à la sortie des magasins (par opposition à ceux qui utilisent un mode plus actif comme la guitare dans le métro) ont-ils une nette préférence pour les boulangeries?

 

On me répond que c'est très simple et qu'il y a deux raisons:

- tout le monde va à la boulangerie (ou: il y a toujours du monde dans une boulangerie).

- on a plein de petite monnaie quand on sort d'une boulangerie.

 

Cela me semble un peu court: je connais plein de gens qui achètent du pain de mie dégueulasse ou de la baguette industrielle dans leur supermarché de quartier favori et ne vont jamais chez le boulanger.

Moi-même, je ne vais chez le boulanger que deux ou trois fois par semaine.

Hormis le week-end et la pause sandwich le midi, il y a beaucoup de "périodes creuses" chez un boulanger.

Est-il donc si clair qu'une boulangerie draine plus de clientèle que d'autres commerces de proximité?

 

Concernant la petite monnaie, il me semble qu'on en a, de façon équivalente, dans ses poches dans plein de petits commerces de quartier (primeur, boucher, tabac presse...).

 

Bref, selon moi, si seuls ces deux critères étaient d'actualité, il serait aussi voire plus "rentable" de se placer à la sortie d'un tabac-presse ou d'une petite supérette, qui génèrent probablement un trafic similaire.

En tout cas, je trouve qu'ils ne suffisent pas à expliquer cette uniformité de choix de la boulangerie devant par exemple, le primeur.

 

Alors, je rajouterais au moins une raison, moins prosaïque mais que je pense importante:

- le côté "chaleureux" de la boulangerie. Le pain chaud, les viennoiseries, ça sent bon, ça réconforte, et ça met de bonne humeur. Quand on sort d'une boulangerie, qu'on croque dans son quignon tiède, on est probablement plus facilement touché par la misère humaine par opposition à son propre bonheur relatif que quand on sort d'une poissonnerie avec son kilo de harengs ou du PMU avec son paquet de clopes montrant des poumons calcinés.

 

Y aurait-il aussi une dimension historique ou culturelle qui m'échappe?*

 

Ou faut-il y voir tout simplement la signature d'une certaine propension au conformisme ou "effet de mode" chez les mendiants (de même que les bobos ont tous un iPad alors que personne n'a jamais été capable d'expliquer à quoi ça servait, juste parce que le voisin en a un et qu'il fallait bien s'offrir un truc pour Noël)?

 

 

En conclusion, je serais curieux de savoir s'il existe des travaux, études sérieuses avec statistiques et tout, sur ce genre de sujets. Si vous avez des références sous le coude, n'hésitez pas en commentaires.

 

 

Dans le même style, je me demande aussi pourquoi les "musiciens" du métro jouent tous la même merde (les Gipsy Kings pour les guitareux, par exemple) alors qu'il est facile de voir qu'un mec un peu original dans son choix de chansons attirera plus facilement l'attention (ou en tout cas moins le rejet: qui n'a pas eu envie d'égorger le mec qui vous braille faux pour la 5ème fois de la journée la bamba avec une guitare désaccordée?).

J'ai vu un reggaeman aussi émouvant que Ben Harper ou un type déchirer Sultans of Swing de Dire Straits se faire probablement 20 euros dans le wagon, quand le violoniste massacrant Those were the days doit péniblement atteindre les 2 euros. 

 

 

Voila: c'était la question con de la semaine du bourgeois qui détourne les yeux et marmonne "bonjour" quand il sort de la boulangerie en bas de chez lui avec ses croissants sous le bras, mais qui a un coeur (ou au moins un cerveau analytique) sous son indifférence cynique et glacée.

 

 

* Par exemple, on pourrait imaginer que les boulangeries étaient construites à proximité des églises ou quelque chose comme ça? C'est ce que semble entendre cet article.

Il y a également toute une symbolique du pain et du misérable chez Victor Hugo et beaucoup d'"humanistes" du 19ème: quand on n'avait même pas de pain, on était au plus profond de la misère. Cette idée subsiste peut-être dans le subconscient collectif?  

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 17:21

Entre Hollande qui veut "réenchanter le rêve" et l'UMP qui prétend "éclairer le chemin" du futur, et après les "fêtes de la Fraternité" de Royal, je ne sais que choisir.

 

Peut-être des politiques qui assument un certain pragmatisme et osent des propositions concrètes plutôt que de passer un an de campagne à psalmodier de belles paroles ronflantes de gourous de sectes auxquelles ne peuvent (faire semblant de) croire que les plus fidèles disciples...

 

Ce n'est visiblement pas pour demain.

 

http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/10/26/l-ump-veut-eclairer-le-chemin-des-annees-a-venir_1594160_823448.html

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 09:16

L'inefficacité suprême d'une bureaucratie est atteinte quand l'usager doit expliquer ou faire connaître lui-même aux bureaucrates les règles qu'ils sont censés faire appliquer (et les convaincre ensuite de le faire).

 

 

Situation qu'on retrouve extrêmement souvent dans l'Enseignement Supérieur et la Recherche*, que ce soit pour le paiement des heures complémentaires, les modalités de décharge d'enseignement ou de modulation de service (pour pouvoir enseigner dans d'autres établissements, par exemple), la gestion des projets de recherche, voire même la grille salariale.

 

Je passe un temps fou à éplucher les règlements divers que j'arrive à obtenir (à tel point que mes collègues se moquent de moi et me conseillent de devenir délégué syndical): ce n'est pas spécialement parce que j'aime ça, même si ça entretient une mauvaise humeur qui contribue à mon efficacité.

 

C'est aussi parce que j'ai rapidement compris que:

- ce n'est pas parce qu'on vous affirme qu'une chose est impossible administrativement parlant qu'elle l'est vraiment.

- les erreurs sont fréquentes, volontairement ou non. Et, volontairement ou non**, elles sont rarement en votre faveur***.

- je n'aime pas qu'à demi-mot, on m'assimile à un voleur ou un rapace, chose assez fréquente dans le monde académique, quand vous réclamez ce qui vous est légalement dû.

- passer 2 heures pour comprendre un problème (à défaut de forcément le résoudre) permet de gagner du temps, ou au moins de ne pas être surpris quand il y aura récurrence (pour les dépôts de projets ANR ou le paiement des HC, il y a des chances que ça revienne).

- parfois, la satisfaction d'avoir contribué à régler une situation absurde: l'an dernier, quand, avec j'imagine beaucoup d'autres, j'ai réussi à faire prendre conscience qu'exiger la remise du dossier complet deux semaines avant la date limite à l'administration, suivi de 5 tours de signature en remontant jusqu'à l'administration générale pour obtenir le droit de déposer un projet dont le taux de réussite ne dépassait pas 10% était un peu too much****. Que vouloir prélever 25% du budget quand la quote part pour l'établissement est prévue et fixée à 4.87% ne marcherait pas non plus.

 

 

Je recolle ici deux réflexions un peu disjointes:

J'ai l'impression que l'un des gros problèmes de certains services bureaucratiques est qu'ils sont basés sur un "catch 22".

Les personnels qui ont une vraie importance ne sont ni les "guichetiers", ni les hauts "gradés", mais les cadres intermédiaires.

A ces postes, il faut être actif et réactif, savoir s'adapter, et avoir un bon contact humain avec une bonne dose de calme et de pédagogie. Ce n'est pas si facile.

Problèmes: le boulot est souvent peu stimulant intellectuellement, et pas très bien considéré (tant par l'employeur qui recrute en CDD, que par les supérieurs d'une part et les usagers du service d'autre part).

Faire preuve d'efficacité est le drame de ces gens-là: rapidement cela se sait, et tout le monde leur refile les patates chaudes plutôt qu'aux collègues pantouflards. Ils se retrouvent très vite sous pression et la tête sous l'eau.

Résultat: ils partent dès que possible, en réussissant un concours ou en obtenant une mutation. Soit ils ne sont pas remplacés, soit ils sont remplacés par quelqu'un du même genre qui se barre aussi vite, soit arrive enfin un nullos, qui lui, restera là 20 ans.

Cornélien, je vous dis.

 

 


 

 

 

* je n'ose penser que c'est un plan machiavélique à grande échelle (avec entre autres les financements sur projets et labels d'excellence) pour complètement stériliser les chercheurs et enseignants-chercheurs, permettant de conclure que la recherche française est nulle, que l'Université française est nulle, que l'argent du contribuable est gaspillé et qu'il faut tout privatiser (par exemple). 

 

** je veux encore croire que c'est majoritairement involontaire: les erreurs sont souvent faites par les personnels aux bas échelons, pas formés, peu payés, et dont la durée de vie à un poste est généralement inférieure au temps de formation souhaitable... que les supérieurs hiérarchiques ferment les yeux ensuite ou ne se rendent compte de rien car ils ont d'autres chats à fouetter est une autre et vaste question. Compliquée par le fait que non seulement les personnels, mais aussi les règles changent radicalement et unilatéralement tous les six mois...

 

*** Parce que l'Etat n'est pas toujours un employeur modèle pratiquant la transparence.

 

**** la régle préconise une simple signature du directeur du laboratoire...

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 16:06

Je ne voulais pas faire comme tout le reste de la blogosphère, mais il y a quand même quelque chose qui me turlupine (de cheval) dans l'histoire de DSK: son côté "incroyable", voire absurde, quel que soit l'angle par laquelle on l'attaque, qu'on le croit innocent ou coupable.

 

- Coup de folie subit à 62 piges, lui faisant oublier que vouloir jouer à touche-pipi ou même simplement montrer son chibre à une employée d'hôtel, spécialement dans un pays comme les USA, dont il doit commencer à discerner la mentalité après l'affaire Nagy, lui causera des soucis.

- Stupidité totale de l'arrogant persuadé que sa stature lui permettra de s'en tirer à bon compte: mais dans ce cas-là, où est l'homme brillant qu'on nous vendait partout comme l'envoyé de la Providence que la France attendait pour tout arranger?

- "auto-destruction" plus ou moins inconsciente pour échapper à son destin: selon les psychologues de comptoir, on appelle ça une Zidane Coupe du Monde 2006.

- prédateur sexuel qui aurait été couvert pendant 30 ans par les media et la classe politique française.

- confusion malheureuse entre une call-girl attendue déguisée en soubrette et une employée de chambre.

- complot sarkozyste avec ou sans l'appui d'Obama et du PS.

...

tout cela est ridicule.

Devant un film proposant un tel scénario et de telles hypothèses quant à sa conclusion, on zapperait, fut-on un samedi soir désoeuvré. Même les prémices, "l'explosion en plein vol de la carrière d'un des hommes les plus puissants de la planète en moins de 24h suite aux révélations d'une courageuse mère célibataire du Bronx" font penser à un direct-to-video librement inspiré d'un mauvais John Grisham.

 

Se peut-il que l'employée ait simplement mythonné après avoir vu DSK, ne l'ayant pas entendue sonner, sortir à poil de sa douche?

Dans ce cas-là, aurait-il été maintenu en détention provisoire?  

Sans bien connaître le fonctionnement de la justice américaine, j'aurais tendance à penser a priori que le procureur a quelques atouts dans sa manche pour convaincre la juge de refuser à une caution de 1 million $.

Et qu'une histoire totalement bidon aurait été rapidement éventée.

 

S'il est par contre coupable d'avoir "forcibly made contact with his penis and informant's mouth twice" et qu'on s'en réfère au rasoir d'Occam, l'hypothèse la plus simple est la plus vraisemblable: à savoir, comme le font entendre de plus en plus de journalistes et politiciens français courageux depuis hier, qu'il est coutumier du fait.

Bref, les mots de "séducteur", "Don Juan", voire de "libertin" qu'on accolait à cet homme n'étaient que du flan**. Parce que, et je paraphrase ici, une fois n'est pas coutume, BHL, il y a une différence de taille entre ces mots et les comportements qu'ils décrivent, et ce qui se serait passé au Sofitel, à savoir un viol.

Et donc, si ce n'est pas "la première fois que ça arrive", comme on l'entend beaucoup depuis hier, j'en conclus que la politique française est encore plus à gerber que ce que je pensais jusque là. Parce que cela impliquerait qu'outre une loi du silence sur les financements occultes, les petits et gros arrangements financiers, les conflits d'intérêt, et les adultères des uns et des autres, on couvre aussi, entre gens bien éduqués, des agressions sexuelles***.

Et what else? 

S'il ne venait d'un journal berlusconien, on pourrait ici citer l'edito d'Il Giornale, dénonçant "la subtile hypocrisie d'une France où la presse (et la classe politique, NdMix) n'hésite jamais à donner des leçons de transparence et de moralité aux autres, mais qui face aux puissants de son propre pays se montre extraordinairement lâche, jusqu'à l'omerta".

 

 

 

 

* En France, la tradition des hommes de pouvoir "queutards" est séculaire... les derniers présidents français avaient ou ont tous une solide réputation dans le domaine, réputation souvent confirmée par un grand nombre de faits tangibles. A mon échelle, je connais plusieurs directeurs de labos, profs brillants etc, dont on prétend qu'ils ont une vie sexuelle agitée, de type relations privilégiées avec certaines thésardes, etc.

La frontière entre "droit de cuissage" (népotisme, abus de pouvoir...) et attrait féminin pour le pouvoir et le charisme est souvent mince et je ne me sens pas apte à en faire un essai philo-sociologique ici. Mais disons que les gigolos, ça existe aussi depuis longtemps, et considérons dans un premier temps que ça reste différent d'un viol (même si ça ne l'est pas nécessairement d'un point de vue légal, raison pour laquelle les entretiens Profs-étudiants ont toujours lieu porte ouverte aux US, par exemple).

 

** bon, je suis sans doute trop naïf... entre les suicides douteux, les liens entre politiques et mafieux dans le sud, etc, est-ce que la dissimulation de viols pour ne pas ruiner une carrière brillante devrait m'effaroucher?

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 15:10

Au Japon, ils ont un tsunami.

 

Nous, on s'inquiète d'une vague non contrôlée d'immigrants d'Afrique du Nord, forcément des délinquants ou des assistés en devenir: Zemmour remplace l'outil statistique par un très scientifique "on voit bien que" et se fait ovationner par l'UMP, Claude Guéant assène que "Les Français veulent que la France reste la France" sans que l'on sache très bien ce que cela veut dire, et les lecteurs du Monde (pas ceux de Minute, hein) assimilent teints ébènes ou basanés à une absence de nationalité française quand ce n'est pas à de l'immigration clandestine ("je suis le seul gaulois dans le métro le matin", "y avait pas autant de noirs à Belleville dans les films des années 70"...).

 

Je ne sais pas ce qui me fout le plus les jetons: l'ordre des priorités actuel, ou la désormais banalité d'une xénophobie décomplexée et plus caricaturale que celle de De Funès dans Rabbi Jacob*.

 

En tout cas, quand on aura Sarkozy - Le Pen au deuxième tour, Papa ira à la pêche.

 

 

 

 

 

* sorti tout de même en 1973, ce qui ne rajeunit pas les idées de merde

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