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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 11:43

Je suis en train de lire les Mystères du Peuple, d'Eugène Sue.

Sue est un romancier français, un poil tombé en désuétude, dont les romans-feuilletons étaient d'énormes succès entre 1840 et 1850. Il fut, comme Hugo, impliqué dans la vie politique (député socialiste), et les Mystères de Paris ont probablement, dans une certaine mesure, influencé les Misérables.

 

Les Mystères de Paris, le plus connu de ses romans, et ayant eu à l'époque de sa sortie un succès au moins équivalent à celui des Trois Mousquetaires, possédait, quand je l'ai lu, un charme certain, malgré les défauts inhérents au roman-feuilleton (suspense de bas de page, digressions oiseuses parce qu'on était payé à la page, grosses ficelles narratives, etc).

On pouvait aussi reprocher un certain manichéïsme (les gentils feraient passer Zorro et l'abbé Pierre pour des marchands de sommeil pédophiles, et les méchants Ben Ali et Francis Heaulme pour des enfants de choeur) à côté duquel l'oeuvre d'Hugo est un modèle de subtilité.

Cependant la galerie de personnages est attachante, les aventures prenantes, et la description des bas-fonds parisiens avant Haussmann est délectable (Sue a joué pour son roman au journaliste de terrain).

 

Bon, je trouve pour l'instant que les Mystères du Peuple, roman inachevé écrit dix ans après et retraçant aux travers des siècles la vie d'une famille de prolétaires, est moins prenant, et, si la chose est possible, plus caricatural. Quoique bien documentée d'un point de vue historique, l'analyse politique, qui prend malheureusement le pas sur le côté romanesque, est assez simpliste, même si à l'époque elle était novatrice et dénonciatrice (le roman a été censuré et mis à l'index par le clergé, Sue contraint à l'exil par Napoléon 3): on croirait lire un Zemmour de gauche. Certes, Eugène a au moins l'excuse d'avoir écrit ça il y a 150 ans, mais tout de même.

 

On peut toutefois retenir l'une des thèses centrales de l'ouvrage: "Il n’est pas une réforme religieuse, politique ou sociale, que nos pères n’aient été forcés de conquérir de siècle en siècle, au prix de leur sang, par l’insurrection".

Thèse, qui, notamment illustrée par la description des insurrections de 1848 ayant conduit à la chute de Louis-Philippe 1er et à la proclamation de la 2nde République, fait diablement écho à la situation tunisienne:  

 

"Un immense flot de peuple, toujours grossissant, accompagnait et précédait ces sinistres clartés. Les clameurs devenaient de plus en plus terrible. On distinguait parfois, dominant le tumulte, les cris: - Aux armes! Vengeance! A ces cris répondaient des exclamations d'horreur. "

 

"-Assez de tueurs de peuples! Vive la République!"

 

"Le combat a cessé depuis quelques temps. Le fils du marchand a apporté la nouvelle que le roi et la famille royale sont en fuite, que les troupes fraternisent avec le peuple, que la Chambre des députés est dissoute, et qu'un gouvernement provisoire est établi à l'Hôtel de Ville".

 

On sent les mêmes espoirs pour le futur: "c'est l'inauguration de notre République, loyale et généreuse, elle appelle à un pacte solennel d'oubli, de pardon, de concorde, juré sur les cendres des derniers martyrs de nos libertés. Partout la liberté s'éveille: union, fraternité des peuples, travail, industrie...".

 

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/monde/afrique/les-dernieres-photos-de-lucas-mebrouk-dolega_952931.html

 

 

Hélas, tout optimiste qu'on soit, on ne peut s'empêcher d'être plus circonspect quand on pense au coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte, 4 ans plus tard.

Ou, encore plus, quand, connaissant l'Histoire du 20ème siècle, on lit ceci, quelques lignes plus bas: "l'Humanité marche toujours vers le progrès, parfois lentement, mais jamais elle n'a fait un pas en arrière".

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 18:00

Hier, 22 février, j’allais à la Chambre des Paris. Il faisait beau et très froid, malgré le soleil de midi. Je vis venir rue de Tournon un homme que deux soldats emmenaient. Cet homme était blond, pâle, maigre, hagard ; trente ans à peu près, un pantalon de grosse toile, les pieds nus et écorchés dans des sabots avec des linges sanglants roulés autour des chevilles pour tenir lieu de bas ; une blouse courte, souillée de boue derrière le dos, ce qui indiquait qu’il couchait habituellement sur le pavé ; la tête nue et hérissée. Il avait sous le bras un pain.

Le peuple disait autour de le lui qu’il avait volé ce pain et que c’était à cause de cela qu’on l’emmenait. En passant devant la caserne de gendarmerie, un des soldats y entra, et l’homme resta à la porte, gardé par l’autre soldat.

 

Une voiture était arrêtée devant la porte de la caserne. C’était une berline armoriée portant aux lanternes une couronne ducale, attelée de deux chevaux gris, deux laquais en guêtres derrière. Les glaces étaient levées, mais on distinguait l’intérieur, tapissé de damas bouton d’or. Le regard de l’homme fixé sur cette voiture attira le mien. Il y avait dans la voiture une femme en chapeau rose, en robe de velours noir, fraîche, blanche, belle, éblouissante, qui riait et jouait avec un charmant petit enfant de seize mois enfoui sous les rubans, les dentelles et les fourrures.

 

Cette femme ne voyait pas l’homme terrible qui la regardait.

Je demeurai pensif.

 

Cet homme n’était plus pour moi un homme, c’était le spectre de la misère, c’était l’apparition, difforme, lugubre, en plein jour, en plein soleil, d’une révolution encore plongée dans les ténèbres, mais qui vient. Autrefois, le pauvre coudoyait le riche, ce spectre rencontrait cette gloire ; mais on ne se regardait pas. On passait. Cela pouvait durer ainsi longtemps. Du moment où cet homme s’aperçoit que cette femme existe, tandis que cette femme ne s’aperçoit pas que cet homme est là, la catastrophe est inévitable.

 

Victor Hugo, Choses Vues, 1846

 

2 ans après, Louis-Philippe était renversé par la révolution de février 1848, la 2ème République proclamée.

 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 14:43

Il y a quelques temps, j'avais recensé certaines catégories de personnes qui me sortaient par les yeux. Les bureaucrates avaient, eux, pour l'ensemble de leurs attentions à mon égard, eu droit à un article personnalisé, et à plusieurs références au fil du temps.

 

En me relisant, pas grand chose à changer, mais cette liste demande à être complétée.

 

Il faut dire que, depuis que je suis "en pratique" célibataire, ma sérénité compacte et sans fissures n'est plus ce qu'elle était.

Il y a des gens faits pour le célibat, synonyme d'éclate et d'expériences, sexuelles ou non, sans cesse renouvelées.

Et il y a des gens comme moi pour qui cet état est aussi naturel qu'un ballon de foot dans un aquarium à poulpe. Ayant été seul une partie non négligeable de ma période pubère, j'ai toujours eu l'impression qu'il me manquait un je ne sais quoi, malgré une vie plutôt agréable au jour le jour à pouvoir assez librement côtoyer des gens que j'aime et faire des choses qui me plaisent.

J'ai retrouvé ce manque, encore plus marqué, depuis que je ne vis plus avec Priscilla, qui avait comblé tous mes vides et plus encore. 

Bref, en attendant son désormais prochain, j'espère, retour, je suis rentré dans une routine qui, sans être profondément désagréable, a tendance à me rendre un brin morose et irritable. Parce que au fond, quand je suis tout seul chez moi, j'me fais chier. Et donc, les petites vexations et emmerdements du quotidien m'apparaissent en ce moment largement moins supportables qu'en sa présence apaisante. 

 

Tout ça pour dire qu'il y a pas mal de gens qui me gavent en ce moment.

 

Notamment:

 

- Ceux qui n'ont aucune notion d'"espace vital".

Je ne parle pas des théories hitlériennes, mais de cette "distance" individuelle, issue de nos instincts primaires, en deça de laquelle on a, plus ou moins consciemment (chez moi c'est très conscient) de se faire "agresser" par l'autre.

Ca a été théorisé par l'anthropologue E.T. Hall, mais l'idée, c'est qu'en gros, il y a une "distance personnelle", d'environ 80 cms, sous laquelle on ne "tolère" que les intimes (il y a d'autres sous-distances, mais je simplifie).

Et c'est pour cette raison entre autres que peu de gens kiffent le métro aux heures de pointe, et que généralement dans ces moments là la personne que vous détestez le plus est celle avec qui vous êtes en contact involontaire, même si ce n'est pas un pervers. Cette promiscuité n'est pas naturelle, vous révulse et vous irrite.

J'ai l'impression qu'à Paris, pas mal de personnes sont probablement plus évoluées que moi et semblent donc insensibles à ces considérations instinctives. Ou alors, elles sont en manque de chaleur humaine: typiquement, ceux qui viennent s'asseoir à côté de vous dans le RER ou au ciné quand celui-ci est vide. Ou encore ceux qui, pour se détendre d'une semaine de promiscuité dans les transports, les magasins, la rue, passent leur dimanche à faire une rando roller dans Paris agglutinés avec 10000 inconnus suants.

Une fois, il y a longtemps, dans une salle obscure d'une capacité de 150 personnes où nous étions facilement 7, une bonne femme est venue se foutre sur le siège à côté du mien, et je ne crois pas que c'était parce qu'elle me trouvait sexy. Ca m'avait pourri mon film, parce que je trouvais que c'était trop ouvertement malpoli, méprisant, de se lever et d'aller plus loin.

Mais maintenant, j'assume d'être un sale connard misanthrope qui apprécie fortement son pré carré. La semaine dernière j'ai donc bien fait comprendre au couple venant empiéter sur mon territoire qu'ils me les brisaient en accompagnant mon décalage d'un soupir irrité. Bizarrement, ça m'a calmé. Cela dit, ils étaient quand même casse-couilles puisque finalement, ils se sont levés 15 minutes après leur arrivée alors que le film venait de commencer, pour aller deux rangs plus bas, faisant ainsi lever une bonne dizaine de personnes. 

 

- Comme le dit une thésarde du labo, ceux "dont on a toujours l'impression qu'ils sont en train de s'excuser de vivre". Ainsi, une stagiaire dans le groupe, qui, à chaque fois qu'elle vous parle, vous fait penser que le ciel vient de lui tomber sur la tête. Moue pathétique, grimace d'excuse, front soucieux, tout le "body language" le plus insupportable. Quand elle demande un truc, on a l'impression qu'elle veut vous emprunter 100000 euros, et quand elle vient s'excuser d'avoir fait une connerie dans ses mesures, on a l'impression qu'elle vient de mettre le feu au labo.

 

060.JPG

A six mois, c'est mignon. A 25 piges, ça donne envie de cogner. 

 

Elle est probablement pas très à l'aise avec les conventions sociales d'un labo, mais comme c'est poussé à l'extrême et qu'en plus elle n'est pas très dégourdie (en stage de fin d'études de son cycle ingénieur, elle est largement moins indépendante et vive que le stagiaire bénévole de L1 venu en juin), elle a fini par gonfler tout le monde, et pas que moi.

 

- Ceux pour qui tout dans la vie est d'une complexité apparemment insurmontable.

Typiquement, les personnes infoutues de suivre des indications flêchées ou un mode d'emploi (je ne parle pas de ceux qui ne comprennent pas la langue, ni du cas bien particulier des formulaires de la sécu), ou qui te demandent de l'aide, une explication mais attendent en fait surtout que tu fasses le truc à leur place.  

Ainsi un exemple avec la stagiaire (qui cumule donc bien des qualités), totalement affolée à l'idée qu'il n'y avait plus de bus et qu'elle allait devoir aller à pied à l'arrêt de RER, parce qu'elle ne connaissait pas le chemin. Bon, déjà, en 5 ans sur le plateau on aurait pu espérer qu'elle avait déjà été confrontée à un problème similaire, et penser à consulter google maps.

Mais c'est pas grave, rien de plus simple, je lui explique: tu rentres dans le parking qui est en face de l'entrée du bâtiment et tu rejoins la petite route en contrebas dudit parking. Cette petite route descend, tu suis la plus grande pente, jusqu'à ce que tu ne puisse plus (en gros, quand la route finit et qu'il y a une maison face à toi). Alors tu prends à droite, et l'arrêt est à 200m. 10 minutes de marche, presque toujours tout droit.

Après avoir répété l'explication trois fois, comme j'ai senti que le vide grandissait dans son regard déjà naturellement bovin, j'ai offert (en le regrettant avant même de le proposer, parce que je savais que ce serait un grand moment de solitude) de l'accompagner vu que j'allais pas trop tarder moi-même.

Une fois sur le chemin, elle m'avoue qu'elle n'avait pas compris et aurait sans doute pris la mauvaise route, c'est à dire la nationale qui longe le parking, entre celui-ci et le bâtiment. Bref, rien à voir avec "la petite route en contrebas du parking". Assez bouillant, je lui explique qu'au pire, à 17h30, elle n'a qu'à suivre le mouvement, puisqu'a priori les 20 mecs qui sortent des bâtiments à cette heure là et nous suivent ou nous précèdent ont de bonnes chances d'aller au RER. Elle hésite avant de me répondre qu'ils vont peut-être chercher leur bagnole. "MAIS LE PARKING EST DERRIERE NOUS PUTAIN!!!!!" "Le parking est derrière nous, presque vide, à 20m de l'entrée du bâtiment, et on est sur un chemin vicinal avec une pente de 20% à 500m du labo. Est-ce que ce que tu dis te semble logique?".

Joie, bonheur, nous sommes allés ensemble jusqu'à Denfert.

Depuis, elle a tendance à aller voir d'autres gens, cumulant l'excuse perpétuelle et l'incapacité à prendre des initiatives.

 

Dernièrement, j'ai, dans le genre, vu une petite vieille (même pas si vieille) à la Poste qui s'est déclarée incapable de comprendre comment marchait la machine pour peser sans avoir même essayé (de lire les indications sur l'écran). Elle a préféré attendre en pleurnichant dans la queue de 27 personnes (pour ne pas changer, la petite vieille se déplace aux heures de pointe) pour acheter ses deux timbres, jusqu'à ce qu'une gentille jeune fille pas blasée ne l'aide. Il y a les mêmes aux bornes Air France, par exemple.

Alors, des fois, je suis de bonne humeur et je fais une bonne action, mais souvent c'est plutôt C'est arrivé près de chez vous qui me revient à l'esprit.

 

 

- En addendum à ma petite diatribe sur les malpolis et ceux qui répondent pas aux mails (voir chronique précédente), une mention spéciale aux gens incapables de dire "merci". C'est déjà insupportable au quotidien, quand par exemple on tient une porte ou cède sa place, ça l'est encore plus quand on reçoit un mail de deux lignes sollicitant un service qui va vous demander deux heures, mais jamais de deuxième message d'une ligne signifiant "merci gars". Trop occupé, sans doute.

 

- Et puis, pour finir, as usual, un petit mot sur les lourdeurs administratives. La ce ne sont pas des personnes en particulier, plutôt un système.

Ce système qui fait que par exemple, pour disposer un badge permettant d'entrée dans le labo au mois d'août, il faut une demande signée du chef d'équipe à la directrice du labo, une validation de celle-ci ou de sa secrétaire, avant que le badge n'arrive deux semaines plus tard dans le bureau du service logistique, lequel vous prévient par mail. Ne reste ensuite plus qu'à réussir à le trouver aux heures auxquelles il travaille (pas facile), pour signer le reçu et récupérer l'objet. Et si vous avez oublié de récupérer votre badge, comme tous les maillons de la chaîne sont en vacances, bonne chance. Parce que l'avoir laissé au remplaçant, ç'aurait été trop simple.

Ce système qui fait que, pour le reclassement salarial MdC dont bénéficient les nouveaux recrutés en fonction de leurs années d'ancienneté, il faille fournir la preuve que tu as bien été docteur-moniteur, ces preuves n'ayant bien sûr pas déjà été jointes au dossier de candidature avant l'audition. D'ailleurs, pour rire, ils ne demandent pas les mêmes (le diplôme de doctorat et la lettre du CIES ne suffisent plus, il faut les contrats de travail ainsi qu'une attestation de l'employeur prouvant que tu n'as pas arrêté ton doctorat au milieu. Parce que c'est vrai que si tu as arrêté ton doctorat au milieu, tu es sûrement devenu docteur, et tu as donc pu sans problèmes obtenir le diplôme, la qualif' et passer les concours).

Quant aux contrats étrangers, ils doivent être "traduits par un traducteur assermenté" pour être acceptés...

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 13:46

Avec mes gros a priori de français moyen, je croyais qu'il n'y avait que des thésards américains pour claquer approximativement 20% de leur salaire dans une bagnole, quand un réseau de bus gratuit sillonnait la ville avec une fréquence de l'ordre du quart d'heure.

Et en plus, l'arrêt était au pied du labo alors que le parking étudiants était en bas de la côte...

 

Aux US, j'avais calculé que ma caisse m'avait coûté, tout compris (achat, parking, péages, essence, réparations, contrôle technique, assurance, péage, etc, et en déduisant le prix de la revente), quelque chose comme 150-200$ par mois.

Et je n'avais fait "que" 10000 kms par an avec, préférant le bus ou mes pieds en semaine, et ne m'en servant que pour aller à Boston, faire les courses au mall, ou en vacances.

Pour le thésard moyen qui avait une bagnole plus grosse, plus consommatrice que la mienne, qui payait plus cher à l'assurance (conducteur moins expérimenté) et qui payait en plus le parking de la fac, on arrive bien à au moins 20% ou plus des revenus, qui doivent tourner autour de 1300$/mois avant impôts.

Je persiste à penser que c'était une hérésie, mais je voyais bien que c'était avant tout culturel. Il faut voir le réseau de bus et de train, hors mégapoles ou villes campus, pour comprendre à quel point les non motorisés sont les symboles de la lose dans ce pays.

Et si on ne vit pas dans une grande ville comme Boston ou New-York, on a finalement peu le choix.

 

Ce qui me chagrine, c'est qu'apparemment, ce n'est pas aussi proprement américain que je ne le pensais...

Ainsi, au labo de la fac dans la prairie, plusieurs collègues vivent comme moi à Paris, et viennent tous les jours en bagnole au lieu de prendre le ReuReuReu. 

Se rendre compte qu'il est aussi con que l'américain moyen, ça met un coup au français moyen, quand même.

 

Ces collègues ont tous plein de justifications, mais je dois avouer que malgré tout, je ne pige pas. Ou plutôt, je les considère absolument non valides.

Je ne parle même pas de l'empreinte écologique, parce que, s'il m'arrive de me donner bonne conscience ou du courage parfois en évoquant cette raison, elle n'est pas vraiment rentrée en jeu dans mon choix de faire confiance aux transports publics*. 

 

Parlons chiffres, plutôt.

 

- En RER, porte à porte, c'est à dire entre le moment où je ferme la porte de mon studio à clefs et celui où je pose mon cul sur la chaise de mon bureau, il s'écoule 55-60 minutes quand tout marche bien.

Typiquement, d'après une étude indépendante sur le respect des horaires dans les transports parisiens (dont je n'arrive pas à retrouver le lien, mais d'expérience ça me semble ok), c'est le cas 80% du temps. Je dirais que 15% du temps, le retard est inférieur à 15 minutes, et qu'il est supérieur à 1h moins de 1% du temps (hors grêves, j'ai eu droit à 2 grosses merdes en 5 mois de RER, soit environ 250 trajets).

En voiture, en partant sensiblement du même endroit, on met, en été, 30 minutes. Cool, 20 minutes de gain. Cela dit, le reste du temps, c'est à dire à des périodes où il n'y a pas la moitié de population coincée dans les embouteillages dans le sud, d'après les témoignages, c'est également de l'ordre de la cinquantaine de minutes le matin, et souvent au-dela de l'heure le soir (perso, les deux fois où je l'ai fait le soir, j'ai mis 1h30).

L'argument du gain de temps est donc franchement bof. La plupart du temps, c'est kif kif, on perd à certaines périodes de l'année ce qu'on va gagner à d'autres.

Et précisons que pourtant le RER B est largement le transport parisien qui fonctionne le plus mal (les autres sont plutôt autour de 90% en terme de respect des horaires).

 

- La carte d'abonnement aux transports, pour ces zones, ça coûte 105 euros/mois, avec 40% remboursés par la fac (généralement, le remboursement est plutôt de 60 à 100%). Et il faut se souvenir que ça permet de prendre le métro/bus à l'année en région parisienne, pas que d'aller au taf.

La bagnole, avec l'essence plutôt beaucoup plus chère que chez les ricains, ça va vite coûter dans les 200 euros/mois. Voire facilement 100 euros de plus si vous devez payer un parking dans Paris. Sans compter qu'a priori, vous aurez quand même besoin de vous acheter une carte intégrale zone 1-2, à 60 euros/mois (ou de fonctionner avec des tickets, ce qui amène vite à au moins 30 euros/mois même si on utilise peu les transports en commun).

Finalement, chez nous aussi on tourne autour de 20% du budget mensuel pour un thésard, engloutis par le dieu bagnole.

Même avec les déductions d'impôts du kilométrage, même en comptant qu'un non motorisé louera une caisse quelques fois dans l'année pour ses villégiatures, niveau pognon y a pas photo en faveur des transports en commun.

Une économie de l'ordre de la centaine d'euros/mois, quand on est doctorant, c'est franchement pas négligeable: c'est ce qui permet de se payer un beau voyage en été, ou un grand resto de temps en temps...

 

On va rentrer dans le plus subjectif maintenant:

- "Le RER, ça pue et on est serré".

C'est pas faux, surtout en été (le nombre de train supprimé pour les horaires d'été étant supérieur au nombre de personnes parties en vacances, et la clim' étant une utopie, c'est pas tous les jours la fête).

Cela dit, depuis le mois de mars, après avoir tatonné au début, j'ai pris le pli d'avancer mon départ d'un quart d'heure le matin (8h15 au lieu de 8h30), et vu que je le prends presque au terminus le soir en plus d'être plutôt à contre-sens du trafic, j'ai quasiment réussi à être assis tous les jours.

Et personnellement, en règle générale, je préfère être assis à bouquiner, qu'à devoir, la tête dans le fion, me concentrer pour rouler roue à roue sur l'autoroute au milieu de parisiens agressifs.

Ca reste subjectif: certains me soutiennent qu'ils préfèrent largement se faire chier dans leur bagnole, parce qu'au moins ils se font chier TOUS SEULS. Well, j'adhère pas trop, mais je peux comprendre. Après deux ans aux US, la philosophie du "chacun pour sa gueule et qu'on m'emmerde pas", je m'y suis fait et je peux même en conçevoir les bons côtés, parfois.

 

 

article rer

Tu kiffes? Non? 

 

embouteillage.jpg

Et ça? 

 

- "La bagnole, ça permet d'aller faire des trucs entre midi et deux si t'as besoin".

Alors ouais, c'est imparable. Mais en pratique, on est au milieu de la pampa, et y a pas grand chose à faire alentours, voiture ou pas. Peut-être que trois fois dans l'année, ça va permettre d'aller au centre commercial de Vélizy acheter une friteuse, ou de partir en week-end plus tôt...

C'est un peu le succès de la consommation moderne que d'arriver à te faire croire que tout ce dont tu t'étais très bien passé jusque là t'est en fait indispensable parce que ça va très exceptionnellement et ponctuellement te simplifier la vie (et le reste du temps, ne servir à rien mais te coûter un pognon fou).

Dans le même registre, on me parle de la possibilité de prendre la bagnole le week-end pour aller se balader. 

Ok, mais je connais pas grand monde qui part très souvent quand même: si c'est pour aller au Parc de Sceaux, ou à Fontainebleau les 4 week-ends où il fait beau, on peut prendre les transports. Si c'est pour aller dans une ville de province, le train va généralement aussi vite et reste moins cher ou de prix équivalent si l'on est seul ou à deux. Et pour les cas exceptionnels, il reste la location.

 

 

Alors, je conçois que pour ceux qui ont un ou des gamins, le problème soit différent. De même pour les banlieusards, tant les transports de banlieue à banlieue sont pourris (du coup, partir en banlieue pour économiser sur le loyer, ça reste à calculer proprement au cas par cas, si ça implique d'acheter une bagnole). Ou encore pour ceux qui vivent dans des villes de province ou le réseau de transports urbains n'est pas aussi développé que le parisien (par exemple, Nice).

Mais pour les couples ou les célibataires de Paris intra muros, qui en plus possèdent souvent une voiture ET un deux roues, désolé, je reste, la plupart du temps**, peu convaincu de l'utilité de la chose. Pour faire dans la litote.

 

 

* Mais bon, ça me fait toujours marrer de voir des gens qui conduisent 50 bornes par jour te faire un caca nerveux parce que t'as jeté le carton dans la poubelle verte.
** Oui, vous pouvez toujours me parler du cas de ce pote à vous qui a besoin de faire 5 changements et qui gagne 2h de temps en prenant sa caisse, et je serai d'accord avec vous. Mais je reste peu convaincu que ça soit la majorité des cas.
Photos tirées de 20 minutes et rue89 par le biais de Google images.
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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 09:45

Vous connaissez sans doute le sketch de l'ascenceur du regretté Pierre Desproges. Sinon, voyez ci-dessous:

 

 

 

J'ai une variante: que faire quand vous rencontrez dans un wagon de RER ou de métro (vide) un collègue ou une vague connaissance avec lequel vous ne partagez absolument aucun sujet de discussion?

 

Soit vous vous asseyez à côté de la personne, et vous passerez donc une demi-heure interminable entre évocations de la météo, anecdotes platissimes sur le week-end passé ou à venir ou sur la semaine de boulot, et silences fleurant le malaise*. Soit vous vous mettez plus loin, ce qui peut passer pour de l'impolitesse ou de la franchise un poil trop assumée, et faire passer une relation de virtuellement non-existante à tendue, ce qui est toujours dommageable.

 

Certes, si vous l'avez vue venir de loin, il est toujours possible de se plonger dans son journal et d'essayer de faire semblant de ne pas l'avoir remarquée. Si elle est un peu psychologue, elle fera de même et ira se foutre à l'opposé du wagon en faisant également semblant de ne pas vous voir. Il vous suffira ensuite, d'un commun accord tacite, de regarder dans deux directions opposées pendant le trajet pour veiller à l'absence totale de eye contact, c'est jouable.

 

Mais parfois, l'effet de surprise est réel, malheureusement. Si le siège voisin de celui ou vous souhaitiez poser votre fondement est occupé par la personne en question, you're screwed, la bienséance ne vous laisse plus le choix. Qaund on se voit d'un peu plus loin cependant, le choix vous est laissé, mais il faut prendre sa décision en une fraction de seconde.

 

La mésaventure m'est arrivée récemment, avec une étudiante du labo. Nos goûts, musicaux, cinématographiques, littéraires, nos opinions politiques, sociales, nos hobbies ou sujets d'intérêts sont, de ce que j'en sais, on ne peut plus disjoints. De plus, un peu jeune et buveuse d'eau, elle a tendance à trouver beaucoup de choses "trop géniales" ou "trop marrantes", du dernier blockbuster américain en passant par l'ultime accessoire in, ce qui porte un peu sur les nerfs du misanthrope blasé que je suis.

 

 

Notre façon de bosser même est assez incompatible, mais heureusement nous ne travaillons que rarement sur les mêmes manipes voire dans les mêmes salles. Bref, dans le cadre d'une pause café en groupe, ça passe, mais dans l'ensemble nous n'avons pas grand chose rien à nous dire.

Généralement nos horaires sont également dissemblables, tout va donc pour le mieux.

Il nous est cependant arrivé de rentrer ensemble une première fois il y a quelques temps. Je venais d'arriver, je souhaitais "m'intégrer", et même si je soupçonnais déjà qu'on n'avait que peu de points communs, j'ai tenté le coup. Comme ce fut l'une des demi-heures les plus longues de ma vie, lorsque la situation s'est représentée dernièrement, je n'ai donc pas franchement hésité, ai simplement fait un petit salut de la tête avant d'aller m'asseoir ailleurs avec l'Equipe et mon walkman.

A priori, la conscience de note incompatibilité est assez partagée (c'est toujours mieux que les casse-couilles qui ne se rendent pas compte qu'ils le sont), donc je pense qu'elle ne m'en tiendra pas spécialement rigueur. Et puis, je me barre dans deux mois, et entre les vacances et les congrès, les jours où l'on va se croiser sont comptés, donc, who cares?

 

 

 

* Il y a des gens que ce genre de discussions ne semble absolument pas déranger, parfois même ils semblent les apprécier. Sont-ils un peu "creux" ou plus doués que moi pour faire semblant? Je dois avouer que de mon côté, j'ai beaucoup de mal, et que ce côté taciturne qui s'empare alors de moi montre un peu trop clairement que je me fais grave chier.

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 16:49

Je serais bien allé au Hellfest voir Kiss et les autres, mais ce n'est pas de ça que je voulais vous causer.

 

Ca a trait, indirectement, au parcours tragi-comique de l'équipe de France de football (sur lequel je ne m'étendrai pas non plus maintenant).

 

Il se trouve qu'aujourd'hui, on a eu droit à une interview de l'inénarrable Finkielkraut par France Inter à leur sujet. Il avait déjà donné son brillant avis à Europe 1 samedi. Sur le même sujet, Attali a publié hier une tribune.

Comme notre bon Président y a aussi fait allusion, en direct de Russie, que Zemmour en a parlé chez Ruquier samedi, que Noah a donné une interview dans l'Equipe, je crois qu'il ne manque plus que les avis de BHL, d'Alain Minc et de Claude Allègre pour que tous les plus grands penseurs français se soient exprimés.

 

Outre le fait que, après tout, ça n'est que du football, et que les analyses sociales qui en découlent servent surtout à révéler les monomanies de leurs auteurs (le déclin de la France, l'islamisation galopante, l'impunité des racailles etc), je crois que ce qui m'exaspère le plus, c'est l'omniprésence de ces détenteurs de la pensée en France.

Ils sont une petite dizaine, ceux que j'ai nommés plus haut et quelques autres, ils ont un avis sur tout, ou comme disait Coluche, surtout un avis. Et ils ne se font malheureusement pas prier pour nous le donner. 

 

Economie, société, politique, sport, littérature, santé, science, quel que soit le sujet, on voit partout, tout le temps ces spécialistes du tout, énoncer poncifs laborieux ou contre-vérités honteuses (que personne ne relève jamais), les sourcils froncés et la mèche rebelle pour illustrer la réflexion profonde, et masquant difficilement un profond contentement de soi.

Ils sont d'autant plus insupportables que leur vie, dans la plupart des cas, se borne depuis plusieurs dizaines d'années à donner leurs avis, souvent contradictoires à quelques temps d'intervalle (pour paraphraser un grand homme politique, Charles Pasqua, les avis n'engagent que ceux qui les écoutent), sans aucune réalisation personnelle d'envergure quelconque à mettre à leur crédit.

 

Les media qui leur servent la soupe sont aussi largement responsables: parce que ces mecs là parlent bien, ont l'habitude de la caméra et qu'en termes d'audience, il vaut mieux des conneries bien présentées que des réflexions pertinentes et chiantes, ils monopolisent l'espace médiatique.

Résultat, on préfèrera toujours interviewer Allègre ou Debré qu'un climatologue ou un virologue. On choisira Minc pour nous éclairer sur l'économie mondiale, lui qui s'est à peu près fait virer de partout où il est passé. Et ne doutons pas que BHL pourra continuer à faire rire le monde en nous éclairant sur la philosophie de Botul.

Et les anciens de France 98 sont eux aussi majoritairement insupportables, mais ils ont à mon goût un poil de plus de légitimité pour parler foot que l'ami Finkie. Au moins, ils restent au ras des pâquerettes niveau du terrain, c'est mieux. Ou moins pire.

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 09:28

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais depuis vendredi, les aéroports français sont fermés et le trafic aérien est interrompu dans la majorité de l'Europe.

En ce qui concerne les aéroports de la région parisienne, on savait dès jeudi soir qu'ils étaient fermés jusqu'à nouvel ordre.

Quand je dis "on savait", je parle de ceux qui écoutent la radio, regardent la télé, lisent le journal, consultent internet, ou même écoutent les messages d'informations dans les stations de train ou de RER.

 

Eh bien, vendredi matin, en allant au boulot, j'ai quand même croisé dans le reureureu ou sur le quai un bon paquet de bourrins avec leurs 60 kilos de bagages, qui se rendant à Roissy, qui se rendant à Orly.

De même, à la téloche le samedi, on interviewait un certain nombre d'abrutis qui "restaient à l'aéroport parce qu'on sait jamais".

 

Alors, certes, il y a pour un bon nombre d'usagers des circonstances atténuantes:

- le fait que cela tombe pendant les vacances est malvenu.

- il y avait aussi plein de gens bloqués là en transit et qui n'avaient pas trop le choix, les hôtels à proximité étant de toute façon saturés.

- certains tour opérateurs irresponsables ont demandé à leurs clients de venir au cas où, les laissant ensuite poireauter dans l'incertitude plusieurs heures.

 

Mais il me semble quand même que cette propension à se rendre dans les gares ou aéroports en dépit de tous les avertissements officiels est un syndrome bien franco-français.

Petite anecdote illustrative: quand j'étais du côté de Boston, j'ai une fois dû prendre l'avion une douzaine d'heures après le passage d'une tempête de neige*. La très grande majorité des vols intérieurs étaient annulés, seuls les vols internationaux étaient assurés: cette information, il suffisait aussi d'allumer sa télé, sa radio ou son ordi pour la connaître. Pour être sûr, on pouvait consulter le site oueb de l'aéroport ou de sa compagnie, mais bon, personne ne vous prenait individuellement par la main pour tout bien vous expliquer non plus.

Malgré tout, quand je me suis rendu sur place pour prendre mon Boston-Paris, l'aéroport était quasi-désert. Pas de panique, pas de yeux de biches éplorées ou de vociférations intempestives à la mode "vous savez qui je suis?" ou "on est au courant de rien".

C'était bien.

 

J'imagine que notre côté auto-dépréciateur fait qu'on aime bien se mettre de plus mauvaise humeur que ce que l'on est déjà, et que se taper 2 heures de transport en commun pour aller pourrir une hôtesse au sol ça aide à se calmer les nerfs... Quant à ce qui nous pousse à ne pas considérer un message d'information générale et à exiger un contact personnalisé sans lequel on est en droit de clamer qu'on est vraiment très mal informé dans ce pays, c'est peut-être un mauvais reflet du côté "centre du monde" ancré en chaque français.**

 

 

Autre exception culturelle, celle la plus agréable:

Nos footballeurs, comme tant d'autres sportifs, aiment visiblement tripoter d'autres types de ballons une fois les matchs terminés.

D'ailleurs, quelque part, ça me rassure de savoir qu'un mec comme Ribéry est obligé de payer pour consommer, mais la question n'est pas là.

Globalement, je trouve qu'on en parle assez peu. Si l'une des prostituées n'avait pas été mineure au moment des faits et s'il n'y avait pas la Coupe du Monde dans deux mois, on n'en aurait probablement pas parlé du tout.

En France, qu'un homme aille aux putes et fasse cocu sa femme, ça n'émeut pas encore vraiment les foules***.

Même dans le cas du couple présidentiel, ce qui a fait jaser fut plutôt l'intervention des services de renseignements, et l'intervention de certains conseillers prétendant qu'il s'agissait là d'un complot international avec des mouvements financiers... Tant qu'il s'agissait de Nico, Chantal, Carlita et Benji, on en parlait sur quelques blogs et ça faisait sourire dans les soirées branchées, mais bon.

Aux US, entre Tiger Woods, David Letterman, Eliot Spitzer ou Ben Rothlisberger  pour ne parler que des plus récents, on a eu droit à du matraquage médiatique (franchement, rien à voir), du détail croustillant, de la confession larmoyante en direct avec les enfants dans les bras et tout et tout. On a eu de l'opinion publique outrée et déçue, parce qu'aux US, les gens sont, naturellement ou culturellement, vraiment persuadés que ceux qui ont l'air "irréprochable" le sont. Et que quelqu'un qui a un statut un tant soit peu iconique est forcément digne de ce statut, quelque chose d'un surhomme.

 

Comme quoi, être un peu cynique a aussi de bons côtés.

 

 

 

 

* Rebondissons sur l'anecdote pour signaler ceci: je me souviens là aussi d'avoir vu des "français moyens en colère" cet hiver parce qu'il y avait de la neige dans les aéroports français et que des vols étaient annulés ou retardés. Bon ben, ailleurs dans le monde, quand il neige sur les pistes, c'est aussi annulé, c'est aussi le merdier, et il n'y a pas besoin de 20 cms pour que ça le soit. La différence principale, c'est que le consommateur moyen est un poil plus fataliste et accepte plus facilement la situation.

 

** "Auto-dépréciateur" et "centre du monde" peut sembler paradoxal. En fait non. Pour caricaturer, je dirais qu'un américain pense quelque chose du style "Je suis très bon, et les autres je m'en fous, mais si on me demandait je dirais qu'ils sont bons aussi", alors qu'un français pensera "Les autres sont très importants parce qu'ils sont vraiment nuls et qu'en me comparant à eux je suis vraiment bon, même si je me trouve pas terrible".

 

*** On pourrait disserter sur le côté toujours machiste de notre société qui accepte probablement un peu moins l'inverse...

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 09:16

Hier soir, j'ai, comme souvent, regardé la télé.
La ligue des Champions n'était pas en clair, il n'y avait pas de JCVD sur la TNT, et même après 2 ans de télé américaine, "Moundir l'aventurier de l'amour" reste au-delà de mes forces.
Alors, j'ai regardé le documentaire de France 2, à propos du pouvoir actuel de la télé sur un individu lambda.

Au début, je n'avais pas tellement envie: la télé qui s'auto-dénigre, qui "ne cautionne pas" les émissions d'ailleurs tout en en profitant pour nous montrer des images trash, c'est classique. Et un peu facile.

Et puis finalement, le documentaire était franchement bien fait.
Pédagogique: j'ai appris ce qu'était l'expérience de Milgram, sur l'obéissance de l'individu face à l'autorité, et ça fout un peu les jetons. L'équipe de C. Nick a adapté, avec l'aide du Prof. J.L. Beauvois, cette expérience à la télé, l'autorité représentée dans l'expérience de Milgram par des scientifiques étant ici une animatrice d'un jeu débile et violent, croisement entre le Maillon Faible et Fear Factor.
J'ai trouvé que le documentaire présentait clairement les protocoles expérimentaux (voir les liens plus haut), les enjeux, et analysait plutôt bien les similitudes et/ou différences, que ce soit entre les deux expériences ou entre les réactions même des "cobayes".

Ce n'était pas trop sensationnaliste, et ça évitait pas mal d'écueils aussi. Pas tous, certes: on en finissait par célébrer un peu trop ceux qui refusaient d'envoyer des décharges au candidat enfermé comme des héros au courage extrême, des "résistants". De là des comparaisons pas toujours bien venues avec les systèmes totalitaires, le nazisme en tête, surtout dans le débat franchement moyen qui a suivi (je suis vite allé me coucher à ce moment là).

 

Cela dit, quelques chiffres parlants:

- Sur 80 cobayes, seuls 16 se sont arrêtés avant la fin, 9 au début des protestations du "candidat-comédien", 7 plus tard, alors qu'il était déjà évanoui ou qu'il criait de douleur. 80% sont donc allés au bout (c'est à dire ont appuyé sur le bouton décharge de 460V), contre 60% dans l'expérience de Milgram.
- 40% sont allés au bout sans faire une seule remarque à l'animatrice (je crois que c'est ce chiffre qui me trouble le plus).
- 15% ont déclaré après coup qu'ils "savaient" que c'était du chiqué.

Voila, selon moi c'est à voir si vous en avez l'occasion: de la télé qui fait un peu réfléchir -sur elle-même ok, mais c'est déjà ça-, le service public a parfois du bon quand même.
M'enfin, je me ferais bien "Kickboxer" maintenant.

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 10:43

Un article qui dénonce, un peu dans l'esprit de Presse qui roule (Florent Pagny grande époque).

Tel le mammouth C. Allègre*, ce visionnaire, je voudrais m'insurger contre une certaine frange de l'ecobusiness.

Plus particulièrement, contre cette nouvelle mode, visiblement bien généralisée pendant mes deux années à l'étranger, qui consiste dans les supermarchés et autres enseignes, à ne plus vous donner de sacs plastiques, mais à vous les vendre.

Alors, certes, les sacs plastiques, c'est mal, c'est caca, c'est pas développement durable.
Certes encore, je vois bien ce que la double incitation, consistant pour le consommateur à avoir à demander explicitement des sacs au caissier, puis à raquer, peut avoir de bénéfique pour remédier au moins partiellement à ce problème: ça pousse un peu les flambis dans mon genre, pleins de bonnes intentions mais pas forcément prompts à l'action, à penser plus facilement à prendre leur cabas, sac à dos ou sac réutilisable pour stocker leur PQ.
On évite ainsi les comportements caricaturaux à l'américaine, où le préposé au remplissage vous met les oeufs dans un sac, les viandes dans un autre, les légumes dans un troisième, les produits d'entretien dans un quatrième etc (comme si avoir déjà les courses bien rangées dans les sacs plastique vous dispensait d'avoir à les ranger chez vous), ce qui fait que vous vous retrouvez avec 8 sacs en main là où tout aurait pu sans forcer être casé en 3. Et donc, au bout de six mois, avec 3000 sacs plastiques roulés en boule dans le placard sous l'évier.
Alors ouais, peut-être bien que c'est la meilleure solution.

Mais tout de même, je ne peux pas m'empêcher d'être un peu agacé par ce gagnant-gagnant pour la grande distribution (mon côté gauchiste qui remonte).
Je m'explique:
Sachant que, jusqu'à nouvel ordre, on a quand même un peu besoin de sacs plastiques, pour stocker les déchets ménagers notamment, la grande distribution gagne sur tous les tableaux (le corollaire étant que le consommateur, lui, perd).
Les enseignes se la jouent défenseurs de l'environnement et se refont une petite virginité à peu de frais (hors ceux de communication): on ne fournit plus de sacs plastiques pour sauver la planète.
Et, parce qu'avoir le beurre c'est bien, mais son argent c'est mieux: ils en profitent pour se faire du pognon de tous les côtés:
- en achetant moins de sacs plastiques à leurs fournisseurs ou en en fabriquant moins eux-mêmes.

- en n'ayant pas, à ma connaissance, répercuté cette économie par une baisse des prix (prix qui comportaient une fraction représentant le coût des sacs plastiques).
- en nous les revendant (3 centimes le sac quand même). Parce que les donner, c'est contre leur politique de sauvegarde de la planète, mais si vous êtes prêts à payer, ils peuvent quand même vous dépanner.

- en nous vendant des sacs réutilisables tous plus moches les uns que les autres, et tous d'un beau vert pour bien montrer que c'est écolo sous le slogan "changeons le monde tous ensemble".

 

Voila, je crois que ça me fait autant gerber que les constructeurs automobiles qui nous expliquent que nous sommes des héros parce qu'on a acheté le dernier SUV, mais hybride... 

* Claude Allègre, qui, le premier à gueuler comme un putois pour dénoncer l'incompétence et la corruption du GIEC à cause de "la" typo dans le rapport de 1000 pages, joue la vierge effarouchée quand le journaliste du Monde relève un bon paquet de boulettes dans son dernier bouquin de 100 pages écrit gros... boulettes allant parfois plus loin que la faute de frappe (cautions scientifiques inventées, interprétations contestables - et parfois contestées par leurs auteurs même - de travaux, etc).

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 19:02

Un article placé sous le sceau de la loi de Godwin.

Je voudrais ici montrer quelques similarités, dans la méthode ou les arguments, entre les sceptiques d'aujourd'hui (les sceptiques du réchauffement climatique, les sceptiques de l'affaire du World Trade Center) et ceux d'hier (les négationnistes).
Je n'assimile pas les uns aux autres, je remarque simplement des anologies, amusantes si l'on peut dire, en tout cas intéressantes à mon sens.

Aujourd'hui, tout fait historique ou scientifique a ses négateurs; "sceptique" étant la désignation politiquement correcte donnant à la chose une légitimité n'ayant pas toujours lieu d'être.
Que le medium Internet, permettant la diffusion instantanée de tout et surtout de n'importe quoi, ait favorisé cet état de fait, probablement.
Mais le phénomène n'est pas nouveau, et quel que soit le sujet remis en cause, on trouve dans une certaine mesure les mêmes arguments transposés, les mêmes méthodes employées: potentiellement recevables, ils ne sont pourtant pas toujours utilisés de bonne foi ou à bon escient.

En voici quelques exemples.

- L'utilisation du "scepticisme scientifique" ou du "révisionnisme historique" comme caution intellectuelle.
Certes, presque par essence, le scientifique et l'historien doutent et doivent douter. Des modèles scientifiques ou des interprétations de l'histoire peuvent être remis en cause par des découvertes plus récentes. Mais, outre que cela est assez rare, cela signifie encore plus rarement "virage à 180 degrés" par rapport à l’interprétation initiale. Le plus souvent, on permet simplement de pousser plus loin le modèle, ou d'affiner la compréhension d'un fait historique. D'autre part, et cela peut sembler une évidence: si "douter" est légitime, il ne signifie pas pour autant que, parce que vous doutez, vous avez raison.

- Un peu dans le même registre: la plupart des courants sceptiques étant (ultra-)minoritaires, on les entend souvent se comparer aux exemples historiques de celui qui a eu raison seul contre tous (typiquement, Galilée). La aussi, il paraît bon de rappeler que, 999 fois sur 1000, celui qui défend une théorie seul contre tous, a, simplement, tort. Et que, sans même rentrer dans ces considérations, le fait d'émettre une opinion à contre-courant n'est pas une preuve de sa validité. 
On peut également mentionner que les courants sceptiques ultra-minoritaires sont généralement eux-mêmes divisés en différentes fractions, dont le principal ou seul point commun est de remettre en cause la théorie "officielle": dans le cas du climat, il y a ceux qui nient tout réchauffement, ceux qui contestent l'amplitude du réchauffement, ceux qui valident le réchauffement mais nient son caractère anthropique... pour le 11 septembre, on a ceux qui pensent que les avions volent encore, ceux qui pensent que tout a été organisé par la CIA, ceux qui pensent que la destruction a été aidée par des bombes en sous-sol par le propriétaire pour toucher l'assurance... en ce qui concerne la Shoah, il y a ceux qui en nient l'existence, ceux qui mettent en doute son caractère planifié, ceux qui veulent en minimiser les chiffres ou son caractère unique...

- Souvent, les figures de proue des mouvements sceptiques sont des non-spécialistes: Courtillot et Allègre sont des géologues, Jean-Marie Bigard est un humoriste, Butz est un Professeur d'"Electrical Engineering", Faurisson était Professeur de Lettres, etc. La aussi, c'est utilisé comme argument en tant que tel ("un non-spécialiste apporte un oeil neuf, non façonné par l'establishment"). On peut rétorquer qu'un non-spécialiste a aussi plus de chances de raconter des conneries sur un sujet qu'il ne maîtrise pas complètement, voire pas du tout : voyez sur Internet tous ces "non-spécialistes" qui "démontent" la théorie de la relativité, par exemple. Encore un argument souvent entendu et qui, en tant que tel, ne signifie rien. 

- Les sceptiques aiment à se poser en victimes médiatiques, à qui l'establishment ne laisse pas la possibilité de s'exprimer. Or, c'est fou le nombre de tribunes que ces personnes obtiennent pour dénoncer cet état de fait (encore une hier dans le Monde en ce qui concerne le climat), le nombre d'interviews qu'on leur accorde, le nombre de "débats" auxquels ils participent (c’est un peu moins vrai pour les négationnistes depuis les lois Gayssot, mais Faurisson notamment a eu beaucoup de publicité dans les années 80). Si l'on y réfléchit, leur exposition est proportionnellement bien plus importante que la fraction "scientifique" qu'ils représentent, tant il est vrai qu'un medium d'information préfèrera un "non-spécialiste" charismatique qui raconte des choses simples (la véracité de ces choses étant parfaitement accessoire), qu'un spécialiste casse-burnes qui va énoncer des choses complexes diminuant le temps de cerveau disponible et obligeant le journaleux à réviser ses fiches.

- Puisque je parle de débat : on entend souvent les sceptiques "ne demandent qu'une chose, c'est qu'il puisse y avoir débat". Les media ne demandent que ça. Mais science et histoire ne sont pas culture et politique. On peut discuter des mérites du dernier film de Mickael Youn ou de l'ultralibéralisme, mais comme le disait
Tom Roud, la science n'est pas, en ce sens là, démocratique.
En science, il y a d'un côté la vérité (e.g., typiquement, des résultats expérimentaux reproductibles, et un modèle expliquant convenablement les données, modèle pouvant être affiné au fur et à mesure selon l'intérêt du problème), de l'autre le bullshit (données foireuseset modèles capillotractés ou plus simplement faux). 
Le but pour la communauté scientifique est d'arriver à un consensus: le débat peut exister pendant plusieurs décennies (dans mon domaine, la physique des films minces de polymères reste, je crois, un sujet à controverses depuis une bonne quinzaine d'années - même si on commence au moins à s'accorder sur les données expérimentales), mais lorsque 99,9% des spécialistes s'accordent sur une réponse, il n'y a plus débat pour convaincre les 0,1% restant. Lorsque 99,9% des spécialistes s'accordent sur une réponse, le fait que 55% de la population non-spécialiste n'y croit pas n'est pas une
remise en cause.
Pierre Vidal-Naquet soulignait, dans les Assassins de la Mémoire, la difficulté intrinsèque du "débat" avec les négateurs: accepter de débattre avec eux leur permet une exposition qu'ils ne méritent pas, et tend à mettre sur un pied d'égalité ce qui ne doit pas l'être (la vérité et le bullshit). Refuser le débat donne par contre un côté hautain au scientifique, et un côté victime (voir point ci-dessus) au sceptique.

- Les sceptiques considèrent toujours que les milliers de preuves qui accréditent la thèse officielle sont fausses ou sujettes à caution, mal comprises, etc. Par contre, les quelques faits inexpliqués, inexplicables, ou dont l'interprétation pourrait éventuellement remettre en cause cette thèse, sont, eux, "parole d'Evangile". Un crédit illimité est également accordé aux théories alternatives, en dépit de leur légitimité le plus souvent contestable (témoignages d'anciens SS, articles scientifiques publiés dans d'obscures revues inconnues au bataillon...).
Dans la même veine, il y a tendance par les sceptiques à assimiler toute erreur ou déontologie douteuse à une preuve irréfutable que toute la thèse officielle est erronée, voire qu'il y a complot pour étouffer l'affaire (alors que généralement, les erreurs sont parfaitement admises par ceux qui les ont commises): on peut mentionner les trois mails déontologiquement contestables envoyés par des climatologues (sur plus de dix ans d'échanges piratés), l'erreur du rapport du GIEC (sur 600 pages de rapport)... ou encore les premiers chiffres surévalués de la Shoah, les quelques pages falsifiées du journal d'Anne Franck, les rares témoignages de faux survivants mais vrais mythomanes, la reconstruction de la chambre à gaz d'Auschwitz par les polonais... S’il est bon de signaler les erreurs et de condamner les comportements non professionnels, il ne faut pas confondre pour autant cas isolé et remise en cause générale.

- Terminons par une petite analyse, de non-spécialiste, des profils psychologiques: parmi les points communs, je sens une attirance certaine pour la lumière, nécessairement plus facile à obtenir en étant l’un des rares contradicteurs que l’un des multiples défenseurs d’une thèse "à la mode". Egalement une volonté plus ou moins consciente de se démarquer, de ne pas être comme tout le monde, de ne pas être un "mouton".
Je pense qu’il y a aussi chez beaucoup de sceptiques la peur, ou l’incapacité à accepter des idées effrayantes, difficiles voire impossibles à "comprendre" (philosophiquement), justement à cause de leur simplicité même (un fanatique ultra-motivé peut déjouer sans moyens ou presque les systèmes de sécurité les plus élaborés, l’Homme est en train de détruire sa planète, l’Homme est capable d’exterminer de façon planifiée son prochain, etc). D’où l’élaboration de théories alternatives, plus complexes mais paradoxalement conceptuellement plus faciles à saisir.

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