Depuis le début "officiel" des vacances, vendredi à 19h (tellement officiel que l'établissement où j'effectue ma recherche comme celui où j'effectue mon enseignement sont fermés, jusqu'au 2 janvier), j'ai reçu quatre sollicitations, trois émanant d'élèves et une d'un éditeur scientifique. Cela n'a pas l'air énorme, mais c'est largement plus que la moyenne journalière habituelle des quatre mois qui ont précédé (de la part d'élèves et d'éditeurs, hein, pas tout compris)...
Si je mets de côté la démarche de l'éditeur scientifique (qui, tout WTF que soit le fait de demander une review le 22 décembre, me laisse la possibilité de jouer la montre, puis d'éventuellement refuser ou au moins quelques semaines pour faire le job si j'accepte) et me concentre sur les demandes des élèves, je trouve que cela révèle beaucoup sur l'image qu'ils ont des enseignants-chercheurs, et plus généralement la façon dont les gens conçoivent la notion de "service": en fait quelqu'un qui serait à leur disposition 24h/24, 7j/7, un domestique en quelque sorte.
Dans le cas des enseignants-chercheurs, homme à tout faire serait le bon mot puisqu'il peut s'agir aussi bien de répondre à des questions de cours que d'aider à résoudre des problèmes administratifs, aider à trouver du boulot, ou que sais-je encore.
Ainsi, parmi les 3 sollicitations, l'une me demandait de clarifier des points du cours qui avait eu lieu l'avant-veille (ce à quoi j'ai failli répondre "parfois il faut laisser décanter un peu plus de 48h et on finit par comprendre tout seul"), l'autre me demandait de déplacer une date d'examen parce que l'élève s'est inscrit à deux UEs dont les dates sont incompatibles (chose qui, même si elle était possible - je dois m'assurer de la cohérence des dates au sein de mon équipe, je ne peux pas m'occuper de vérifier tout ce qui se passe dans les autres départements-, ne serait pas de mon fait mais de la responsabilité de la scolarité et du service planification des examens).
Enfin, la troisième me demandait de mettre à disposition des annales corrigées pour l'examen qui a lieu dans plus de 6 semaines. Une fois ceci fait, j'ai ajouté à ma réponse "Nous sommes maintenant le 23 décembre et je souhaiterais profiter quelque peu de mes premières vacances depuis mi-août, merci de votre compréhension".
On me répond sur Twitter que j'"overreact" un peu et que je n'ai qu'à pas répondre ou pas lire mes mails, ou bien que les sollicitations n'ont pas nécessairement un caractère urgent. Certes, mais c'est plus subtil que ça. Aujourd'hui on sait très bien que tout le monde ou presque est connecté en permanence*. Quand on fait la démarche d'envoyer un mail à quelqu'un en période de vacances ou même pendant le week-end, on sait très bien, surtout s'il a moins de 40 ans, qu'il y a de grandes chances qu'il ne le lise avant la fin de la période non travaillée susmentionnée.
Psychologiquement, on l'incite donc à prendre sur son temps de repos pour répondre (je ne parle pas ici de tous les mails, on peut bien envoyer des FIY ou autres, mais de mails qui impliquent une action de la part de celui qui le reçoit, demandée par celui qui l'envoit) ou à ce que lui culpabilise s'il attend, comme c'est son bon droit, de le faire sur son temps de travail.
Cette technique très basique est utilisée par de nombreuses hiérarchies pour aliéner leurs cadres en les persuadant qu'ils sont indispensables et par les administratifs de l'enseignement supérieur et de la recherche qui donnent des deadlines le 3 janvier ou le lundi à 7h du matin pour ensuite avoir, eux, 8 mois pour agir tranquillou (cf les appels ANR, par exemple).
Bon, je surinterprète effectivement peut-être un peu. Alors, revenons au point basique.
Il me semble que ce n'est juste pas très poli, courtois, bienséant, de solliciter quelqu'un quand on sait pertinemment qu'il est en congés, sauf cas d'extrême urgence. Si urgence il n'y a pas, on attend gentiment qu'il se soit remis de son indigestion et de sa gueule de bois et qu'il ait recommencé le travail.
Dans le même registre, il me semble judicieux de prendre rendez-vous plutôt que de se pointer non annoncé dans le bureau à 18h15 en estimant naturel que l'enseignant-chercheur ait nécessairement 1h à vous consacrer right here right now.
De même qu'on ne rentre pas dans un magasin de prêt-à-porter pour essayer 10 pulls 3 minutes avant la fermeture alors que le vendeur est en train de faire la caisse et a commencé à ranger.
Qu'en pensez-vous? (si vous en pensez quelque chose)
Bon, sinon; ne nous laissons pas abattre, Joyeuses Fêtes quand même et mangez/buvez bien (sans modération) demain et après-demain.
* Il n'y a guère que quand je pars en vadrouille pendant les vacances d'été qu'il peut m'arriver de ne pas consulter mes mails au moins 1 fois par jour (pas d'internet pendant 5 jours cet été au Kazakhstan, record de l'année). C'est un comportement d'addict que je déplore, mais il existe (et c'est en partie pour ça que je ne veux pas de smartphone, je passe déjà suffisamment de temps comme ça sur Internet).