Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
Je continue ma petite série (a partir de deux, on peut parler de série) qui a eu un franc succes.
Depuis 9 mois que je suis ici, j'ai assisté a trois moments sportifs quasi-historiques. Et franchement super excitants a regarder, meme pour le candide détaché que je suis. A savoir (ceux qui ne connaissent absolument pas les regles ou que le sport américain laisse completement froid, ce qui était mon cas il y a moins d'un an, peuvent passer directement au prochain paragraphe ou je m'intéresserai au pourquoi du comment):
- le match 4 de la finale NBA ou les Celtics ont remonté 24 points en un quart temps et demi pour gagner sur le fil et effacer le plus gros déficit dans un match de finale. Les Lakers avaient failli faire la meme chose au match 3 mais ils avaient échoué sur le fil.
- le match 6, ou les Celtics l'emportent de 39 points, soit la plus grosse branlée dans un match décisif pour le titre (les Bulls de Jordan avaient mis 42 points aux Jazz de Malone mais c'était lors du match 1 ou 2 de la série).
- Hier, les Red Sox, en finale de conférence face aux Tampa Bay Rays, étaient menés 7-0 au milieu du 7eme inning (un match de base-ball compte 9 innings, en gros un temps de jeu). A domicile, c'est a dire a Fenway Park, autrement appelé le "Green Monster" ou les Red Sox n'ont pas été éliminés d'une série depuis 1918, et ou ils n'ont jamais perdu 3 matchs d'affilée dans une meme série (ce qui aurait été le cas s'ils avaient perdu hier). Fin du 7eme inning, 2 batteurs éliminés, Dustin Pedroia, batteur des sox a pris 2 strikes: on est a 1 strike de la fin de l'inning. Mais Pedroia réussit a batter, les Sox scorent un point, puis David "Big Papi" Ortiz, muet depuis le début de la série, réussit un home-run qui rapportent 3 nouveaux points aux Sox*. Dans l'inning suivant le pitcher (lanceur) des Sox musele les batteurs des Rays, puis les Sox scorent trois nouveaux points sur un HR et un duel épique entre le batteur Coco Crisp et le pitcher des Rays, s'étendant sur 10 lancers. Le score est donc de parité 7-7 et le reste a la fin du 9eme inning. Du coup, prolongations, et un extra-inning, ou les Sox finissent par s'imposer. Joie intense sur et en dehors du terrain, les supporters qui avaient quitté le stade en cours de match doivent se les mordre. Dans la presse on parle de "miracle" et on rappelle que c'est le 2eme plus gros déficit remonté par une équipe en finale de conférence (et probablement le plus gros dans un match décisif). Rappelons que les Red Sox, apres avoir été "maudits" 85 ans suite a la vente de Babe Ruth aux New-York Yankees (alors qu'ils étaient la meilleur équipe du début du 20eme siecle ils n'ont plus rien gagné apres cet épisode), ont remporté le championnat en 2000 contre ces memes Yankees alors qu'ils étaient menés 3-0 (la finale se joue en 4 matchs gagnants). Cet autre exploit est unique dans l'histoire du sport américain: que ce soit en hockey, en basket ou en base-ball, que ce soit pour une finale ou aux premiers tours des play-offs, il n'avait jamais été accompli et n'a pas été réédité depuis.
Ce ne sont que les trois principaux grands moments que j'ai vus, je pourrais aussi vous parler de Pierce qui sort sur blessure au match 1 de la finale avant de revenir sous une standing-ovation crucifier les Lakers par deux trois points en 20 secondes, ou des Giants qui défoncent les Patriots ultra-favoris et invaincus depuis un an lors du Superbowl.
Alors, comment expliquer cette abondance de matchs d'exception? Parce que bon, en ce qui concerne les sports européens, je pourrais citer les deux France-All Blacks des dernieres coupes du monde de rugby, les matchs a élimination directe de la France de football en 1998 et 2000, la finale de coupe d'Europe Manchester-Bayern, la demi-finale Toulouse-Stade français avec la cuillere de Fillol, la victoire de Montpellier en Coupe d'Europe de Handball grace a un coup-franc a l'ultime seconde de Greg Anquetil, la victoire de l'équipe de France de handball au championnat du monde de Bercy contre la Suede... Bref une petite dizaine de matchs tous sports collectifs confondus en 10 ans.
J'ai plusieurs explications a avancer, j'ai tendance a penser que c'est un mix de tout ça:
- Leurs sports co favorisent les retournements de situation. Je vous disais que l'une des raisons pour lesquels le soccer ne perce pas ici est l'impossibilité de passer de la pub en dehors de la mi-temps. Il y a aussi sans doute le fait que pour un américain c'est chiant a regarder (surtout quand on connait la Ligue 1 et ses 80% de 0-0). Certes, le base-ball nous parait casse-couilles, mais il y a plus de retournements de situation et de home-runs que de buts au foot.
- Les sports américains sont souvent "typiquement" américains (a part le basket, qui reste malgré tout de par ses regles assez différent de la version européenne): du coup, le championnat national attire les meilleurs joueurs du monde (le salaire doit jouer aussi), et on a donc une compétition extremement relevée qui finalement ressemble plus aux Coupes du Monde (ou d'Europe) des sports classiques qu'a la Ligue 1 ou a un championnat national de seconde zone. Du coup, ils ont tous les ans une compétition du niveau de celle qu'on ne voit que tous les deux ou quatre ans en Europe. Seule les compétitions type Ligue des Champions peuvent rivaliser, mais, si elles sont annuelles, elles sont aussi diluées sur la saison et pas le seul point d'intéret.
- le coté winner-loser culturellement ancré chez les américains est parfait pour le sport. On a donc une nation passionnée: comme je le disais dans mon billet précédent, qui d'autre diffuse du sport universitaire en prime-time, dans des stades de 90000 personnes? Du coup, le sport est fortement représenté a la télé, encore plus que chez nous, et surtout sur des chaines "mainstream" ne nécessitant pas comme Sport + ou Canal + d'abonnements particuliers. C'est également, le plus souvent, en prime time. Cela explique pourquoi j'ai assisté a ces moments intenses, alors qu'une partie des matchs marquants européens m'ont sans doute échappé pour cause de retransmission sur une chaine obscure et/ou a des horaires a la mords-moi le noeud.
- Il y a 200 matchs de base-ball par an et par équipe, 100 de basket.... avouez que ça augmente les chances de voir des matchs de fous, comparés a nos 50 matchs de foot ou 30 matchs de rugby toutes compétitions confondues.
- Boston est probablement LA ville de sport aux Etats-Unis, avec deux équipes historiques (les Red Sox et les Celtics), et une sur le point de le devenir (les Patriots). En gros, pour donner une idée c'est un peu comme si Toulouse et Marseille étaient réunis en une seule ville pour le foot et le rugby. La passion est palpable, les stades sont chargés d'histoire et parmi les plus vieux des Etats-Unis... bref, pour les joueurs de ces équipes, ça doit favoriser la production de gros matchs. Le fait de vivre dans le Massachusetts m'y rend aussi probablement plus sensible que si je me trouvais dans l'Iowa.
Avant de rentrer, faut que je m'achete mes maillots "Big Papi" et "KG". J'ai des objectifs dans la vie.
* A ce propos, illustration de la malédiction qui me frappe. Comme a chaque fois, je suis parti pisser 10 secondes avant et ait ainsi raté le tournant du match.