Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.

Publicité

Rock'n'roll attitude

Je viens de m'acheter le best-of de Creedance Clearwater Revival, un groupe mythique de rock américain, un peu moins connu chez nous mais dont quelques chansons ont tout de même traversé et l'Atlantique et les années (Fortunate Son, Proud Mary etc).
En regardant leur discographie, je m'aperçois qu'ils ont sorti 8 albums studio entre 1968 et 1972, date à laquelle le groupe se sépare.
Si l'on s'intéresse aux groupes de l'époque depuis entrés dans la légende, on constate que c'est là pratique courante. Quelques exemples: les Rolling Stones ont sorti quasiment un album par an pendant 15 ans entre la fin des années 60 et le début des années 80. Les Beatles ont à leur actif 10 albums studio en 8 ans, Jimi Hendrix 4 en 4 ans. Même les Pink Floyd, auteurs de compositions plus "complexes" tournaient à un album par an au début de leur carrière.
En gros, le schéma était le suivant: 6 mois de tournée, composition de la moitié de l'album suivant dans le tour bus, puis finalisation en studio en un mois, et emballé c'est pesé on pouvait repartir en tournée fourrer de la groupie.
Certes, il y a sûrement dans le tas quelques chansons un peu fatiguées, mais il y a aussi dans chacun de ces albums plus de méga-tubes que de nombreux groupes rêvent d'en avoir dans toute leur carrière.

Or, que constate-t-on aujourd'hui?
Que les groupes qui sortent un album par an sont considérés souvent comme des groupes commerciaux sans aucune prétention artistique.
Que les groupes "novateurs", porteurs d'une "vraie démarche artistique", les groupes de puristes, à la Radiohead, se sentent le devoir de ne publier qu'un album tous les 4 ans pour bien montrer qu'ils ont passé beaucoup de temps à trouver leur nouveau son, à mûrir leur nouvelle direction musicale.
Même les groupes de métal s'y mettent: pondre un riff sanglant à 200 bpm sur 3 accords de puissance semble devoir demander une réflexion profonde, trois rimes avec les mots warrior, Satan et metal doivent réellement délivrer un message introspectif et psychosocial.

Comme si longueur de temps était synonyme de qualité. Comme si rapidité était synonyme de manque d'exigence.

Bref, moi je vote que tous ces groupes la y bluffent: ils ne glandent rien pendant trois ans et vivent de leurs royalties, puis ils nous torchent leur nouvel opus comme ça se faisait dans les 60's et 70's, en dix jours de studio. Sauf qu'ils nous font un service après-vente basé sur l'intégrité musicale et le temps de la maturation nécessaire à la démarche artistique. 
Ou alors, ils passent vraiment 3 ans en studio et ça donne des albums à la Chinese Democracy (le nouveau Guns & Roses, ou plutôt le nouveau Axl Rose): des albums où chaque chanson comporte 348 pistes, dont l'auditeur moyen ne percevra de toute façon que les 5 premières, sans aucune spontanéité et complètement surproduit. Bref l'opposé de ce que doit être le rock'n'roll. Brut.



P.S.: On retrouve cette attitude également chez les écrivains contemporains. Les écrivains "qui comptent", sans doute pour se démarquer de ceux qui vendent 200000 exemplaires de leur nouveau livre (je dis nouveau bien que ce soit souvent le même à chaque fois) à la rentrée littéraire, publient le plus rarement possible, suivant l'adage "ce qui est rare est cher".
C'est oublier un peu vite que tous les écrivains majeurs du 19ème siècle publiaient de façon acharnée, pas forcément par amour de l'art d'ailleurs mais simplement pour gagner leur croûte. Alors certes, les Dumas, Balzac, Zola ... ont eu des temps faibles où ils ont publié des trucs un peu foireux, mais dans l'ensemble ça restait du lourd. Un peu comme les albums des Beatles.
P.P.S: Je me suis toujours demandé dans quelle mesure cet état de fait était aussi lié à la "dilution" de la scène artistique. Là où au siècle dernier on comptait 100 écrivains on en compte maintenant 10000. Là ou dans les années 60 on comptait 1000 groupes de rock on en compte aujourd'hui 100000. Mais dans le même temps, pour contrebalancer un peu, les moyens d'exposition sont également plus nombreux... difficile à dire.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Cela faisait bien dix ans que je n'avais plus entendue parler de Creedance. Et là, hier tu sors un article en le mentionnant, je regarde Die Hard 4 où ils l'écoutent en voiture, et ce matin sur Nova, ils le passent.Il est où Marcel Béliveau ?
Répondre
M
<br /> Enfin, CCR, reste quand même un groupe loin d'être obscur même par chez nous ou il n'a pas la notoriété d'un Led Zep. Je veux dire, en entendre parler ou tomber sur une de leur chanson trois<br /> fois dans une journée me semble pas quelque chose de si improbable que ça.<br /> Quand tu entendras parler trois fois de Mago de Oz dans la même journée là tu pourras être scié.<br /> <br /> <br />
G
J'attendais le parallele sur les scientifiques qui publient souvent et ceux qui sortent un papier tous les ans.
Répondre
M
<br /> Le parallèle me semble délicat, car le spectre comportemental du scientifique est trop vaste: un thésard ou un post-doc qui publie un papier par an publie plutôt beaucoup. Un chercheur de<br /> 50 ans qui publie un papier par an, c'est plutôt peu, en tout cas en physique-chimie. Mais il faut aussi noter qu'un chercheur qui encadre 10 étudiants a des chances de publier plus qu'un chercheur<br /> qui encadre un thésard tous les 10 ans...<br /> <br /> <br />