L'une des premières choses qui m'a frappé, voire choqué en vivant ici, et dont j'ai déjà un peu parlé, ce sont tous ces petits boulots pas très gratifiants (ramasseurs de poubelle, manutentionnaires ou remplisseurs de sacs au supermarché, préposés au nettoyage de la cafète de la fac...) effectués par des mongolos, trisomiques, autistes, handicapés mentaux ou physiques, et autres Forrest Gump. Des fois aussi par des vieux dont la date de péremption est largement dépassée, mais je ne m'y attarderais pas pour cette fois.
Pourquoi ça me choque? Eh bien, avec ma bonne conscience à la française, j'y vois là l'exploitation à moindres frais de personnes qui auraient avant tout besoin de soins pour leur faire faire les boulots de merde dont personne ne veut.
Désolé, quand je vois un mec avec un seul bras ou qui bavoche me remplir mon chariot de courses, ça me fait un peu honte et je préférerais le faire moi-même comme un grand garçon, plutôt que de faire le flambi bouffi de graisses insaturées n'ayant même plus la décence de porter lui même ses affaires.
Cependant, un pote qui vit ici depuis plus longtemps que moi, qui a donc eu le temps de s'habituer ou qui est plus pragmatique, me faisait remarquer ceci: Est-ce vraiment mieux en France, où on leur file une pension de misère leur permettant tout juste de subsister, tout en les parquant du mieux possible pour que le commun des mortels n'ait pas trop à les croiser?
Il n'a pas tout à fait tort: d'ailleurs, une association à laquelle mon père participe (il y en a probablement d'autres) a pour but de collaborer avec diverses entreprises pour trouver un travail à ceux des mongolos qui peuvent être indépendants et éxécuter des tâches simples. Il paraît que les intégrer au "monde réel" les rend beaucoup plus heureux que de rester cloîtrés dans un centre, ce qu'on n'a pas trop de peine à imaginer.
Alors voila, je suis dans le doute: cynisme déplacé, ou volonté d'intégration par le travail? Ou les deux en même temps, imbriqués dans quelque chose de délicat à juger?