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Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.

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De l'autre côté du miroir

Cette chronique n'a pas pour but d'analyser un joli roman écrit par un gentil monsieur qui aimait photographier des petits enfants tous nus, contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire (NdMix: Lewis Carroll).

Non.

Les faits: depuis un an, je suis devenu enseignant (en sus de mes activités de thésard - en plus d'être une expérience nouvelle, enrichissante et qui fait bien sur le CV, ça met du beurre dans les épinards, soyons franc). Ayant été élève les 24 années précédentes ou presque, la transition a été brutale et instantanée.

Je souris donc intérieurement lorsque je vois un élève me balancer un énorme pipo pour s'excuser de ne pas avoir fait ce qu'il avait à faire. Grande est la tentation de lui dire "écoute, johnny, il y a deux ans j'étais à ta place, et tes excuses bidons, je sortais les mêmes. Alors arrête, ça nous évitera de faire semblant: toi, d'être désolé de ne pas avoir bossé, et moi de te croire". Soulignons aussi le petit coup de vieux qui m'assaille lorsqu'ils me vouvoient et m'appellent monsieur.

Je m'aperçois d'autre part qu'il peut être ardu de faire passer un message à un candide, surtout et même d'autant plus lorsque ce message vous apparaît évident.

Je comprends mieux également certains professeurs totalement blasés ou qui paraissent tels: quand un élève, deux ans après le bac, ne sait pas lire un thermomètre ou ne sait pas résoudre une équation mathématique du programme de 4ème, il y a là de quoi désespérer, voire perdre son sang-froid, quelle que soit votre motivation profonde.

Je ne me sens pas enseignant dans l'âme, ce qui, je pense, est un fort obstacle à devenir un jour un bon enseignant. Je suis d'avis que l'enseignement est l'un des rares métiers qui exige véritablement de la passion, un sacerdoce, pour être bien dispensé. Toutefois, le système français est tel que les chercheurs universitaires DOIVENT effectuer 200 heures de cours annuelles -soit, en termes de semaines ouvrables à l'université, environ 8 heures par semaine- en complément de leurs recherches, sur des sujets qui ne leur sont pas forcément proches (d'autant plus que pour un certain nombre, la recherche est leur vrai métier, et l'enseignement un à côté obligatoire qui ne les attire pas vraiment), ainsi que je l'ai déjà mentionné dans une chronique précédente. Bon, je m'aperçois que je commence à prêcher, ce qui ne me plaît pas, vous emmerde sans doute, et m'éloigne du sujet. Passons.

Je ne me sens pas enseignant dans l'âme, mais j'apprécie ce travail. D'une part parce qu'il est amusant d'être de l'autre côté du miroir, lorsqu'on n'a pas encore oublié son passé estudiantin (j'ai côtoyé quelques enseignants, qui ont tendance à ne pas se souvenir de leur jeunesse, si tant est qu'ils l'aient un jour connue. Quoi qu'il en soit, ils répriment sévèrement les comportements peu sérieux, qui pourtant, ne sont la plupart du temps pas bien méchants et n'empêchent pas le travail d'être fait). D'autre part parce qu'expliquer un savoir est différent de simplement le posséder, et oblige à prendre un recul qui s'avère intéressant également dans un cadre personnel. Enfin parce que la plupart des élèves sont intéressants, et qu'essayer de les aider, en adaptant sa psychologie et sa personnalité à chacun, est réellement motivant.

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