Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
Je voulais vous faire un couplet sur l'automne de la Nouvelle-Angleterre: comment un p'tit gars de Paname comme moi, qui a toujours préféré les bouches de métro sentant le moisi ou la gerbe de clodo aux odeurs de rosée dans les champs ou s'ébattent les chevaux est malgré tout stupéfait par la variété des couleurs que prend la cambrousse massachusettsienne en ce mois de septembre. Malheureusement je n'ai pas le temps, alors en résumé, c'est beau, et ça change du tout vert de l'été et du tout blanc de l'hiver. Une petite photo pour s'en convaincre, hop:

Pourquoi n'ai-je pas le temps, me demanderez-vous peut-etre? Eh bien parce que je passe la moitié de mes journées a faire de la microscopie confocale (en gros et pour les non-initiés, ça veut dire passer 5 heures dans une piece noire avec un PC et un microscope, et faire des séquences consistant dans un premier temps a mettre en place son échantillon - 5 minutes - puis a prendre une image de cet échantillon - 10 minutes - et recommencer), le reste a faire de la bibliographie pour mon boss et pour moi aussi en vue des pré-auditions (visites de laboratoires et séminaires que je donne en novembre a Paris) censées me permettre de trouver un laboratoire pret a me sponsoriser pour les auditions CNRS de mars. Le reste du temps, je prépare mes échantillons pour la microscopie du lendemain. Ca ne va pas s'arranger dans les semaines a venir puisqu'il faudra aussi que je prépare les sus-mentionnés séminaires, ainsi que la conférence lyonnaise ou je me rends par la meme occasion.
Comme ma vie est sans doute trop fun, Dieu a voulu la pimenter un petit peu et je viens d'apprendre que l'avion censé me ramener en France dans 5 semaines n'existe plus: Air France a apparemment supprimé le vol. Celui-ci étant coopéré par Delat Airlines chez qui j'ai acheté mon billet, mais Air France ne s'occupant que de ses passagers, Delta Airlines a gentiment accepté de me rediriger, sans frais. Du coup je pars une heure avant, je passe par Cincinnati, et si je ne rate pas ma correspondance, j'arrive 3 heures apres l'heure initialement prévue. C'est la fetch.
Autre bonne nouvelle: comme la grosse connasse incapable du bureau des affaires étrangeres de l'Université a eu la bonne idée de ne me faire un visa valide qu'un an (oui, oui tu restes deux ans, mais c'est plus simple comme ça, la reconduction se fait facilement), je peux avoir une extension mais dans ce cas-la je ne peux pas rentrer en France autrement que définitivement, a moins de me retaper tout le dossier a 100 euros et 2 mois d'attente. Bref, autant dire que ça risque de compliquer les choses pour les auditions de mars, sans parler d'éventuelles vacances. Lui ayant demandé que faire, cette truie violette vient de me conseiller d'aller au Canada (juste 5 heures de route) refaire le dossier pour gagner du temps. J'hallucine. Je vais d'abord me calmer avant d'aller la voir sinon je risque de finir au gnouf pour lui avoir enfoncé mon passeport dans l'oignon.
Pour rester dans le petit monde de la Recherche, c'est assez rare pour que je le souligne, mais le Monde fait état d'une initiative louable de Mme Pécresse: " Au début de leur carrière, les maîtres de conférences seront mieux payés grâce à la prise en compte, dans le calcul de leur ancienneté, des années de doctorat et de post-doctorat. Actuellement, la rémunération d'un jeune maître de conférences s'établit sur la base de sa dernière activité, et le doctorat n'est pas considéré comme une expérience professionnelle. Un système injuste : beaucoup de jeunes doctorants poursuivent leurs études après leur thèse et sont recrutés par les universités en contrat à durée déterminée pour un ou deux ans, avant d'obtenir un poste de maître de conférences.
A partir de septembre 2009, le doctorat comptera comme deux années d'ancienneté, et toute activité scientifique ou pédagogique antérieure à la nomination comme maître de conférences sera additionnée. La rémunération minimum d'un maître de conférences (recruté tout de suite après son doctorat) s'élèvera à 2 328,60 euros bruts par mois contre 2 068,85 euros actuellement.
En fonction des situations, le gain salarial sera de l'ordre de 260 à 510 euros bruts mensuels. Cette revalorisation devrait concerner environ 2 000 maîtres de conférences. Elle coûtera, sur trois ans, 56,2 millions d'euros, dont 20,4 millions sont d'ores et déjà inscrits au budget 2009."
L'autre volet de la réforme me semble dans l'immédiat plus polémique (attribution de 130 postes "honorifiques" sur une durée de 5 ans pour de jeunes maitres de conférences prometteurs, avec moins d'enseignement, des primes conséquentes et des subventions pour leurs recherches). Apres tout pourquoi pas, mais j'espere que le concours pour attribuer ces postes sera plus lisible que les concours de recrutement...
Sur le long terme, cependant, le rapprochement des métiers universitaires - CNRS, voulu par le gouvernement, me semble inéluctable et nécessaire, sauf a transformer totalement les moyens d'évaluation pour les promotions. Cela fera toutefois surement grincer des dents chez les chercheurs CNRS qui ont souvent un petit complexe de supériorité.
Enfin, une petite remarque sur le Prix Nobel de Littérature attribué a Le Clézio. Encore un écrivain a rajouter dans ma liste, tiens. Et niçois qui plus est.
La rumeur bruissait, mais on attendait plutot un américain (Roth, Pynchon, DeLillo) ou un écrivain engagé comme c'est la coutume depuis quelques années (l'israëlien Oz par exemple). Et je me dis que ça fait du bien d’avoir un mec assez discret et “neutre” politiquement. En effet, depuis 5-10 ans, entre les féministes Lessing, Jelinek, les engagés comme Pamuk, les rescapés du nazisme comme Kersetz, les dissidents comme Xingjian, et la volonté de récompenser les “petits pays” (Afrique du Sud, Hongrie, Turquie…), on finissait par se demander, malheureusement pour eux, si c’était vraiment en premier lieu pour leurs qualités littéraires que ces écrivains se voyaient attribuer le Nobel.
PS: Si mon titre renvoie a Prévert, c'est bien un autre Grand Jacques qui a quitté le monde il y a 30 ans. Dommage. j'aurais bien vu Barbelivien a la place.