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Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.

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Réformer la nuit, réformer le jour, réformer partout, réformer toujours...

Extrait d'un article du Monde d'hier:

La réforme du statut des enseignants-chercheurs va-t-elle enfin aboutir? Jeudi 15 janvier, la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, devrait présenter la dernière mouture d'un décret qui bouleverse la carrière des universitaires, régie par des textes qui n'avaient pas été modifiés depuis 1984. Les universités, désormais responsables de la gestion des carrières des personnels, pourront moduler le temps de service des enseignants entre enseignement, recherche, et tâches administratives. Un enseignant pourra donc faire davantage d'heures de cours si la qualité de ses recherches est jugée insuffisante. A l'inverse, un chercheur jugé excellent pourra être dispensé d'heures d'enseignement.

Autre nouveauté, les maîtres de conférence et les professeurs d'université seront évalués tous les quatre ans. Actuellement, ils ne le sont que lorsqu'ils demandent un changement de grade.
Catherine Rollot "

Je reste circonspect.

Comme je l'ai déjà dit ailleurs, il est vrai qu'il y a comme dans tous les troupeaux, des brebis galeuses dans celui des enseignants-chercheurs: à savoir des personnes qui ne publient quasiment rien, se contentent de faire plus ou moins consciencieusement leurs 192 heures d'enseignement puis généralement quelques tâches administratives que le directeur de labo leur a refilées (ou qu'ils ont choisi de faire pour occuper un peu leurs journées quand même et mettre du beurre dans les épinards).

Il semble, pourquoi pas, pertinent d'essayer de favoriser ceux qui font bien leur boulot au détriment des glandus.
Mais, car il y a un mais. Et même plusieurs.

- Le premier mais est d'ordre statistique. Mes données personnelles sont limitées, puisque je n'ai cotôyé qu'une trentaine d'enseignants-chercheurs dans les deux trois labos où j'ai travaillé, mais je ne suis toujours pas convaincu que la proportion de branleurs soit plus élevée dans notre corporation qu'ailleurs, que cet ailleurs soit privé ou public (je dirais en nombre, de l'ordre de 5 à 10%). J'ai également l'impression que cette proportion est relativement inaliénable, et que vouloir à tout prix la faire diminuer pompe beaucoup de temps et d'argent pour des résultats de l'ordre du pouième. Alors bon, peut-être y a-t-il plus urgent (comme dirait un de mes amis syndicaliste, la revalorisation des carrières par exemple).

- Le deuxième point contestable me semble la méthode: d'après l'article, la Ministre envisage une évaluation tous les quatre ans de ses enseignants-chercheurs, sur le mode de ce qui se fait pour l'HDR (habilitation à diriger des recherches) ou pour le passage Maître de conf' - Prof'. En gros, cela implique la rédaction d'un dossier compilant les résultats obtenus par le passé et donnant les grandes lignes des recherches à venir, le tout ensuite évalué par des spécialistes, et enfin une "audition" devant un jury (ces mêmes spécialistes).
La encore, ça me semble la fausse bonne idée: d'après mes collègues passés par là, ça demande un temps fou. Alors six mois de "perdus" (parce que faut pas se leurrer, pendant ce temps là la recherche avance pas toute seule) deux fois dans sa vie, ça va, mais tous les quatre ans, ça risque de devenir lourd. De plus, comme notre système se rapproche désormais du système américain, et que les chercheurs passent désormais la moitié de leur année qui n'est pas consacrée à l'enseignement à quémander des financements à droite, à gauche et même au milieu, cela les conduira à passer encore un peu plus de temps dans la paperasserie: la recherche n'avancera de nouveau pas toute seule, surtout avec la raréfaction de l'espèce "thesardus domesticus".

D'autre part, la recherche est un métier créatif. Comme tout métier créatif, la production n'est pas linéaire. Les chutes d'activité (mesurable par la publication d'articles et/ou le nombre de brevets et/ou le nombre de collaborations et d'étudiants etc) sont le plus souvent temporaires et peuvent avoir de nombreuses raisons: familiales (la recherche exigeant beaucoup de sueur, un chercheur moyen aura rarement son pic de créativité en même temps qu'il deviendra parent), personnelles (un chercheur peut souhaiter à un moment de sa carrière prendre du recul pour se consacrer à l'enseignement, à l'écriture d'ouvrages etc) ou simplement parce qu'on a suivi une mauvaise piste ou eu une mauvaise idée (2 ans de travail pour rien ou presque, c'est monnaie courante dans la recherche). Par contre, les temps caractéristiques associés à cette créativité sont relativement longs: la décade me semble une bonne échelle de temps pour évaluer l'activité d'un chercheur. Avec une évaluation tous les quatre ans, j'ai l'impression qu'un bon nombre de chercheurs auront à un moment donné une évaluation médiocre, puisque deux ans, voire même un an sans résultats plombe forcément le bilan.
Comme cette mauvaise évaluation se traduit par plus d'enseignements, plus d'administratif, cela implique moins de recherche: ainsi la perte de créativité qui n'était que temporaire devient permanente puisque de toute façon le chercheur n'a plus de temps à consacrer à la recherche. Bref, un "mauvais" chercheur sera quasiment condamné à le rester.

- Cette définition du "mauvais" chercheur m'amène à mon troisième et dernier point: en gros, grâce à cette réforme, les étudiants auront comme professeurs les rebuts du système, ceux dont la production est jugée insuffisante. Les stars, elles, pourront se consacrer à leurs expériences et faire monter les universités dans le classement de Shangaï. J'admets que la corrélation "bon" chercheur - "bon" enseignant est loin d'être évidente, mais avouez que cela ne donne pas une image très positive de l'idée que le gouvernement se fait de l'enseignement supérieur: une punition, réservée aux médiocres... Sans compter que la qualité de l'enseignement (même si elle est difficile à évaluer) n'est jamais prise en compte dans les évaluations actuelles pour le passage au grade de professeur et qu'a priori elle ne sera pas plus considérée dans la nouvelle réforme.  

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C
Je ne suis pas ça de trop près mais en ce moment, les personnels paris 7 du labo sont en état de siège. Il y a même eu réunion exceptionnelle du labo ce midi. Mais comme je n'y était pas je ne peux pas en dire plus. Pour l'instant le seul effet de la grève c'est que ma boite mail regorge d'appel à la révolution et d'incitations au lancer de chaussure. J'espère qu'il en restera pour la lutte contre les mines anti-personnel.
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M
<br /> Si meme les labos de notre école se mettent a faire la greve, c'est bien la preuve que l'heure est grave. Meme pendant les manifs de 2004, personne n'était venu alors qu'alentour, a l'ENS ou au<br /> Collège c'était le branle-bas de combat... Et si le LOA se met a faire greve, ça veut dire que la chute du régime est proche.<br /> <br /> <br />
M
Et un autre plus favorable aux reformes menees, mais que j'ai trouve assez mesure (Axel Kahn a bien change s'il est devenu un franc partisan du gouvernement actuel). L'un de l'autre, il me semble que les deux points de vue se recoupent pas mal, l'un voyant plutot le verre a moitie plein et l'autre le verre a moitie vide.Dans un point de vue publié par Le Monde, Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg; Yvon Berland, président de l'université de Méditerranée, Axel Kahn, président de l'université Paris-Descartes et Jean-Charles Pomerol, président de l'université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC), estiment qu'il faut améliorer le projet de décret sur l'activité des enseignants-chercheurs.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Les enseignants-chercheurs ont une triple mission dont chaque aspect peut se décliner de manière différenciée selon les disciplines : enrichir les savoirs (la recherche), les transmettre (l'enseignement) et participer à la gouvernance de l'enseignement, des laboratoires, et des établissements (le pilotage).<br /> Ces trois activités sont essentielles à la vie d'un établissement d'enseignement supérieur et doivent être, au niveau collectif, assurées conjointement. Entre elles, nulle hiérarchie n'est possible, car la défaillance d'une seule suffit à ruiner la qualité d'un projet universitaire.<br /> En revanche, il est à la fois irréaliste et faux de prétendre que chacun peut les mener, de façon équilibrée, toute sa vie, au même niveau. Dans les faits, la part consacrée à chaque mission varie tout au long de la carrière. Souvent, les plus jeunes gagnent à s'investir plus dans la recherche alors que les autres missions prennent de l'importance plus tard. Parfois, un projet pédagogique prioritaire et enthousiasmant nécessite une disponibilité presque totale. Les talents et les préférences individuelles interviennent aussi dans la répartition des activités des enseignants-chercheurs.<br /> Or, le décret de 1984 fixant les obligations de service ne reconnaît nullement la multiplicité des tâches à l'université et les fige dans un carcan à ce point absurde que ses règles étaient largement bafouées. Il instituait un nombre d'heures d'enseignement annuel de 192 heures de travaux dirigés, le reste du temps de travail annuel qui est de 1607 heures, comme partout dans la fonction publique, étant consacré à l'ensemble des autres activités.<br /> En bref, les enseignants-chercheurs sont supposés consacrer au moins la moitié de leur temps à la recherche. La réalité est parfois fort différente. En effet, si certains sont conduits à se consacrer davantage à des travaux de recherche compétitifs qu'à l'enseignement, d'autres ont une production scientifique plus faible mais s'investissent souvent dans des entreprises pédagogiques innovantes et (ou) contribuent au pilotage de l'université ou de leur faculté. L'évaluation nationale de l'activité des enseignants-chercheurs par le CNU (Conseil national des universités) ne portant en fait que sur la qualité scientifique, seuls les premiers étaient promouvables et évoluaient dans leur carrière, les autres ayant le sentiment d'être laissés pour compte. C'est absurde et injuste. C'est pourquoi, la communauté universitaire demande depuis des années que le décret de 1984 soit modifié.<br /> TROIS VOIES POSSIBLES : L'ANCIENNETÉ, L'ARBITRAIRE… OU L'ÉVALUATION ÉQUITABLE ET DANS LA TRANSPARENCE<br /> Un projet de décret introduisant des modifications dans ce sens a été rendu public. C'est ce projet qui suscite aujourd'hui une large contestation. Le nouveau texte propose de sortir de l'arbitraire et du non-dit en autorisant la modulation en fonction d'une évaluation de l'ensemble des activités d'un enseignant-chercheur. Là où le bât blesse, c'est que, malheureusement, dans une première présentation, il était implicitement suggéré que le quota d'heures d'enseignement pourrait être augmenté pour ceux qui font peu de recherche.<br /> Cette présentation qui pouvait donner à penser qu'un mauvais chercheur est un bon enseignant, alors que c'est rarement le cas, avait le grand inconvénient de présenter l'enseignement comme une punition et de faire peu de cas de sa qualité, donc indirectement de mépriser les étudiants. C'est sans doute ce qui, au départ, a justifié la réaction indignée de nombreux collègues. Il existe sans doute des abus individuels. Une minorité d'enseignants-chercheurs, sans activité de recherche, obtient des rémunérations complémentaires d'activités exercées à la place de leur service statutaire non effectué. Les cas sont cependant rares et ne peuvent servir à eux seuls de prétexte à une loi jetant la suspicion sur tous.<br /> Un autre élément alimente les protestations actuelles, qui nous semble plus singulier et, pour tout dire, peu recevable : celui d'un refus de l'évaluation des activités enseignantes. Or, comment reconnaître la justesse d'un objectif de revalorisation des autres fonctions que la recherche, désirer qu'elles méritent elles aussi gratification et promotion, et s'offusquer qu'elles fassent l'objet d'évaluation? En matière de promotion, il n'existe que trois voies possibles : l'ancienneté, l'arbitraire… ou l'évaluation équitable et dans la transparence.<br /> Ce qu'il faut obtenir, c'est une organisation du service de chacun selon ses talents et ses penchants, en fonction des besoins de l'université et des propositions des équipes en charge de l'enseignement et de la recherche. L'évaluation, dont les critères varient selon les disciplines reposera, comme par le passé, avant tout sur l'évaluation d'experts en ce qui concerne la recherche et sur des critères, incluant l'avis des étudiants, dans le domaine de la pédagogie et du pilotage.<br /> D'autres activités que l'enseignement devant des étudiants (qui ne dépassera en aucun cas les 192 heures) devraient être comptées dans le service d'enseignement (accompagnement des étudiants, organisation et encadrement de stages, etc.) en reconnaissant des équivalences dans un cadre discuté au niveau national. De plus, pour éviter l'arbitraire des modulations et assurer une transparence des évaluations, le CNU effectuera une évaluation quadriennale des personnels.<br /> Enfin, il nous faut aborder un troisième ordre de critique à la réforme en cours; il concerne le rôle du CNU et des établissements dans les promotions des enseignants-chercheurs. Le CNU est l'organisme qui, autrefois, gérait les promotions des universitaires de toute la France, à 90 % sur des critères de recherche car ses membres n'avaient guère d'éléments d'appréciation sur l'action locale en particulier au service des étudiants. Il regroupe d'une part des élus souvent sur listes syndicales, d'autre part des membres nommés représentants de chaque discipline.<br /> Cette composition joue sans doute un rôle important dans l'énergie mise à défendre toutes les prérogatives du CNU dont le rôle a cependant déjà diminué. En effet, depuis quinzeans, la moitié des promotions sont décidées par les établissements, ce qui permet à ceux qui se dévouent le plus aux étudiants d'obtenir des promotions locales. Le nouveau décret propose de faire décider l'ensemble des promotions par les établissements sur la base d'une évaluation de toutes les activités des enseignants-chercheurs. En cas de contestation, un réexamen est prévu par le CNU qui peut décider d'accorder la promotion sur un contingent réservé à cet effet. Soutenir que seule la décision souveraine des pairs de la discipline au niveau national serait pertinente pour décider des priorités au niveau local revient à nier la valeur d'un projet collectif d'établissement, élaboration collective de collègues appartenant à des domaines différents. En quelque sorte, le refus de la dimension "universelle" de l'université.<br /> Les aspects positifs du texte nous apparaissent donc l'emporter sur les risques éventuels du localisme qui semblent bien encadrés par la publicité donnée aux choix des établissements et par leur examen par le CNU. Au-delà des formulations initiales, inappropriées et même choquantes, le projet actuel, remanié en conséquence ouvre grand la porte à la transparence de l'évaluation, il met tous les établissements au même niveau en leur permettant de prendre en compte dans les services l'ensemble des activités des enseignants-chercheurs, en particulier celles au service des étudiants. La conjonction entre ce chantier nécessaire et une réduction de 250 postes a alimenté le spectre d'une utilisation "économique" de la réforme, revenant à compenser par des surcharges de service le manque d'enseignants-chercheurs, ce qui serait en effet inacceptable.<br /> Nous affirmons, en effet, que l'université française n'est pas surencadrée. L'équivalence entre travaux pratiques et travaux dirigés, réforme logique et nécessaire, a elle-même encore accru le déficit d'encadrement, déficit qui ne pourra être résolu uniquement par des redistributions à l'intérieur des universités ou entre elles.<br /> Aussi, en appelons-nous à tous nos collègues de l'université, dont nous comprenons les interrogations et partageons certaines critiques légitimes. Personne ne peut cependant aujourd'hui se fixer comme objectif le maintien du dispositif de 1984, contraignant, contourné en coulisses et préjudiciable à tous ceux et notamment les jeunes enseignants-chercheurs qui s'engagent avec passion et qualité en faveur de leurs étudiants et de leur établissement.
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M
Un communique interessant sur les reformes actuelles par des chercheurs reputes qui ne sont pas reputes pour l'ouvrir au dela du raisonnable.<br /> Réforme des universités et de la recherche : des discours aux actes Par : Bruno Chaudret, chimiste, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche, Albert Fert, physicien, prix Nobel 2007, professeur, Yves Laszlo, mathématicien, professeur, Denis Mazeaud, juriste, professeur.<br /> Depuis des mois, le gouvernement proclame sa volonté de réformer le système de l’enseignement supérieur et de la recherche pour le hisser au meilleur niveau mondial.<br /> De nombreux représentants de la communauté scientifique, parmi lesquels des signataires de ce texte, ont manifesté un grand intérêt pour ce projet et ont proposé de nombreuses pistes de réflexion. Le ministère les a pieusement écoutés pour ensuite ne tenir aucun compte de leurs suggestions et remarques. Et les orientations finalement retenues, souvent en contradiction avec le but affiché, sont extrêmement préoccupantes.<br /> Ainsi, alors que l’objectif affiché est l’excellence de nos universités et de notre recherche, alors que Mme Pécresse a proclamé sa volonté de porter nos meilleurs établissements aux premiers rangs du fameux classement de Shanghai, comment comprendre que les réductions d’effectifs annoncées touchent notamment les universités les mieux placées dans ce classement ?<br /> Le ministère réplique que ces suppressions de postes pourront être compensées par la possibilité de moduler la charge d’enseignement des universitaires en fonction de leur activité de recherche, possibilité qu’introduit un récent projet de décret. Une modulation des services, dans son principe, pourrait avoir l’intérêt de réduire la lourdeur de la charge d’enseignement qui handicape l’activité de recherche de nombreux universitaires, notamment vis-àvis de certains collègues étrangers. Mais ses modalités de mise en oeuvre en font une mesure dangereuse, hypocrite et contre-productive.<br /> La modulation envisagée est dangereuse : elle dépend du seul pouvoir du président d’université et de son conseil d’administration, nullement liés par l’avis seulement consultatif du Conseil National des Universités. Cet organe représentatif, chargé de l’évaluation des universitaires, tire pourtant sa légitimité de son indépendance à l’égard du pouvoir central (ministère) et des pouvoirs locaux (président et conseils d’université) ainsi que de sa composition, qui garantit une évaluation des universitaires par des pairs compétents, ce qui est indispensable à toute évaluation impartiale et équitable. En le confinant à un rôle subalterne et en conférant des pouvoirs exorbitants aux présidents d’université, la réforme porte gravement atteinte au principe d’indépendance des universitaires. Or ce principe est consacré dans tous les pays dotés d’universités performantes, tout simplement parce que l’indépendance est indispensable à une recherche créative et à un enseignement de qualité. « L’université est une communauté de chercheurs scientifiques libres de suivre leurs idées dans n’importe quel domaine du savoir » a dit un président de l’université Rockfeller, célèbre université privée américaine. Loin d’améliorer la qualité de la recherche et de l’enseignement supérieur, la réforme projetée aboutira ainsi au « clientélisme » et au « localisme » si souvent dénoncés par le ministère.<br />  La modulation envisagée est également hypocrite. Alors qu’on la présente comme un moyen d’améliorer la qualité de la recherche, on doit craindre qu’elle soit seulement un moyen d’alourdir la charge d’enseignement des universitaires. Comment le ministère peut-il supprimer des postes dans de très bonnes universités et soutenir, en même temps, que la modulation servira à alléger les charges d’enseignement de la majorité d’excellents chercheurs de ces universités ? L’érosion du potentiel d’enseignement empêchera de facto la modulation à la baisse et imposera la modulation à la hausse, quel que soit le niveau des Universités et des universitaires.<br /> Et cette modulation s’avèrera ainsi finalement contre-productive. A l’inverse de la volonté affichée par le ministère, cette mesure, si elle aboutit donc à alourdir la charge d’enseignement, affaiblira durablement le potentiel de recherche des universitaires. Le souci de ne pas gaspiller l’argent des contribuables est légitime et nécessaire. Encore faut-il que ces économies s’avèrent productives. A l’heure où l’économie réelle a besoin d’investissements d’avenir aux dires mêmes du président de la République, la politique à courtevue de coupes claires sans discernement dans la recherche et l’enseignement supérieur est suicidaire.<br /> Et là ne résident pas les seules contradictions.<br /> Premier exemple, les « chaires organisme-université ». Ces postes, destinés à attirer les jeunes chercheurs les plus brillants, offrent une meilleure rémunération, des crédits de recherche et un service d’enseignement allégé pendant 5 ou 10 ans. L’idée, si elle ne doit pas cacher la « misère universitaire française », était assurément séduisante. Mais sa mise en oeuvre est désastreuse. Dans la configuration actuelle, en effet, chaque chaire, avec ses crédits de recherche budgétisés avec les salaires, coûte presque autant que deux postes d’enseignant-chercheur ou de chercheur : à budget constant, chaque chaire « consomme » donc deux postes ou presque et conduit ainsi à diminuer le nombre global de postes disponibles. Et le ministère a refusé tous les modes de financement alternatifs, même ceux n’entraînant pas d’augmentation du budget de l’enseignement supérieur. Cette diminution des postes disponibles réduira le nombre global de brillants chercheurs recrutés et ira donc à l’encontre du but recherché : attirer ou retenir les meilleurs. Une bonne idée potentielle a ainsi été travestie en « une idée astucieuse pour rendre des postes à Bercy ».<br /> Deuxième exemple, la réorganisation de la structuration de la recherche. La France doit nombre de ses succès scientifiques aux organismes (CNRS notamment) qui garantissent la cohérence de l’effort national de recherche. La recherche universitaire est particulièrement performante dans les laboratoires dits mixtes, associant en partenariat l’organisme de recherche avec une université ou une entreprise. Il est surprenant d’entendre le président de la République annoncer le 22 janvier la transformation totale du CNRS en agence de moyens, ce qui serait la fin de cette fructueuse mixité, au mépris du plan stratégique de l’organisme pourtant accepté par l’Etat il y a 6 mois. Ce dans un discours où il célèbre l’un de nous, qui effectue sa recherche dans un laboratoire… mixte ! S’il importe de moderniser les Organismes, c’est en instituant un partenariat équilibré avec l’Université. Il faut aussi donner des moyens réels aux Organismes. Or, la réorganisation du CNRS en Instituts s’accompagne de nouvelles missions (notamment le développement de projets transdisciplinaires nationaux) pour lesquelles des moyens supplémentaires n’ont pas été déployés, ce qui handicape sa capacité de soutien aux laboratoires. Sans parler de la baisse du nombre de ses recrutements, dont la qualité est pourtant reconnue, ni du risque d’éclatement pur et simple de l’organisme qui sonnerait le glas d’une vision nationale pluridisciplinaire de la science française. <br /> Troisième exemple, la politique de financement des projets de recherche. Le gouvernement connaît les dangers d’un excès de financement de projets à court terme ou trop ciblés, aux dépens des dotations annuelles des laboratoires et des financements de projets libres (dits blancs). Pourtant, la part réelle des dotations annuelles dans le budget des laboratoires diminue tandis que l’augmentation réelle des projets blancs est dérisoire à l’aune des standards internationaux. La ministre elle-même avait pourtant reconnu la nécessité d’en augmenter significativement la part.<br /> Les enseignants-chercheurs sont, quelle que soit leur affinité politique, largement opposés à la réforme actuellement engagée, incohérente et mal pensée. La gravité de la situation et la stérilité des discussions avec le ministère contraignent le milieu à des actions de protestation inhabituelles dans une atmosphère explosive : appel de la conférence des présidents d’université au président de la République, rétention de notes, signature de pétitions, appel à la grève… Certains envisagent la cessation des responsabilités collectives qu’ils assument.<br /> Nous en appelons au Gouvernement pour une réforme respectueuse des libertés universitaires et soucieuse réellement de la qualité de la recherche française. Madame la ministre, Messieurs les conseillers, la recherche et l’enseignement supérieur valent mieux que des mesures incohérentes et contraires à l’ambition affichée : la performance !<br />
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K
Entièrement d'accord avec ton analyse. Sur la politique menée par Valérie Pécresse, je suis plus que circonspect...
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M
<br /> Je suis d'ailleurs assez circonspect (pour rester dans l'euphemisme) sur la politique du gouvernement en general...<br /> <br /> <br />
T
Un autre point sur la complémentarité enseignement/recherche est que l'enseignement permet au chercheur de "réviser ses fondamentaux" et de ne pas trop se déconnecter de la vraie vie, tandis que la recherche permet à l'enseignant de rendre son cours plus vivant et plus attractif en rapprochant au maximum les cours de la science "chaude" comme dirait Enro. On est en train avec cette histoire de refaire la séparation entre enseignement/recherche qui est à mon avis l'un des points faibles du système français.
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M
<br /> Cela dit, de fait elle existe deja pas mal. Comme il est quasiment impossible de faire tout bien, ceux qui veulent faire carriere ou qui sont plus "recherche" traitent souvent l'enseignement<br /> par dessus la jambe, et ceux qui ont ca dans le sang sont presque condamnes a rester MdC jusqu'a la fin de leur mort... Tant que le volume moyen d'enseignements par enseignant-chercheur ne sera pas<br /> reduit, on ne s'en sortira pas, je crois.<br /> Un autre truc auquel ma douce m'a fait penser: ces histoires d'evaluation ne vont pas favoriser les changements de thematique: quand on passe de la physique des polymeres a la biophysique, par<br /> exemple, on est rarement tres productif les premiers temps, vu qu'on repart de zero. C'est pourtant la que se situe a mon sens l'avenir de la science (les ponts entre disciplines voisines mais qui<br /> s'ignoraient jusqu'a il y a peu)... Tout ca va encore renforcer la pratique de la science mandarinale ou des vieux pontes font la meme chose pendant 40 ans...<br /> <br /> <br />