Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.

Publicité

Fonds de tiroir

Même remarque que pour l'article précédent.

Marcel Prout a écrit:
Mon père haussait les épaules et il examinait le baromètre, car il aimait la météorologie, pendant que ma mère, évitant de faire du bruit pour ne pas le troubler, le regardait avec un respect attendri, mais pas trop fixement  pour ne pas chercher à percer le mystère de ses supériorités. Mais ma grand'mère, elle, par tous les temps, même quand la pluie faisait rage et que Françoise avait précipitamment rentré les précieux fauteuils d'osier de peur qu'ils ne fussent mouillés, on la voyait dans le jardin vide et fouetté par l'averse, relevant ses mèches désordonnées et grises pour que son front s'imbibât mieux de la salubrité du vent et de la pluie. Elle disait "enfin, on respire !" et parcourait les allées détrempées - trop symétriquement alignées à son gré par le nouveau jardinier dépourvu du sentiment de la nature et auquel mon père avait demandé depuis le matin si le temps s'arrangerait- de son petit pas enthousiaste et saccadé, réglé sur les mouvements divers qu'excitaient dans son âme l'ivresse de l'orage, la puissance de l'hygiène, la stupidité de mon éducation et la symétrie des jardins, plutôt que sur le désir, inconnu d'elle, d'éviter à sa jupe prune les taches de boue sous lesquelles elle disparaissait jusqu'à une hauteur qui était toujours pour sa femme de chambre un désespoir et un problème.


Ce court passage, si merveilleusement bien écrit, est à mes yeux le révélateur ultime de tout ce qui fait de Marcel Prout un écrivain qu'il fait bon avoir dans sa bibliothèque pour briller lors des dîners mondains, mais qu'on n'a en fait pas lu parce que, avouons-le, oui, c'est chiant.

Oui, écrire une phrase de quinze lignes grammaticalement correcte, et qui plus est, sans faute d'orthographe, possédant d'autre part des mots de plus de trois syllabes ainsi que de multiples subordonnées plus surchargées d'adjectifs les unes que les autres, et dont la poussivité relève de l'inommable est une gageure, mais j'estime cependant que cela n'a rien avoir avec une quelconque qualité de plume, tant il est vrai que, comme le parlé du reste, l'écrit se doit d'aller à l'essentiel, et ne pas se laisser aller à des circonvolutions douteuses dans le but non-avoué, ce qui le rend d'autant plus exécrable, de distraire le lecteur et de lui faire oublier qu'on n'a rien à raconter, procédé que l'on peut également retrouver dans le cinéma d'auteur -je pense par exemple à un film comme Lost in translation, encore que ce choix ne soit peut-être pas le plus pertinent qui soit puisque ce film reçut un certain succès commercial dans notre beau pays, ce que l'on peut toutefois concevoir puisque nous sommes toujours à la pointe de l'élitisme - encensé par les intellectuels voyant du talent dans ce qui n'est que de la loghorrée épuisante et appellant art tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la merde, du moment que cela intéresse moins de dix personnes, reflétant ainsi au comble du ridicule leur besoin irrépressible et pourtant vain de ne pas être ou faire comme toute cette plèbe vulgaire au point qu'il faut à tout prix en être différent, comme si cela était une preuve d'une incontestable supériorité spirituelle.
Pouf pouf.

P.S.: D'après mon expérience personnelle des dix dernières minutes, non seulement c'est épuisant à lire ce genre de cacas boudas, mais ça l'est au moins autant à écrire.
Je suis cependant relativement satisfait du résultat, que je considère lui aussi merveilleusement bien écrit, en toutes modestie et objectivité comme de juste. D'ailleurs, je vais arrêter les études, car désormais, dans la vie, je veux faire Marcel Prout, je sens que j'en ai les capacités, tant au niveau du vide intersidéral de mes propos que de la lourdeur de mes constructions de phrase.
Je vous ai raconté la dernière fois que ma grand'mère est allé acheter du pain et que mon chien a fait caca dans le petit parc en bas de chez moi? Je me sens inspiré, cela pourrait donner lieu à des envolées lyriques qui confineraient au sublime. Au bouleversifiant.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article