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Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.

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La tete dans le cul et la prépa

Ce n'est pas le titre d'une nouvelle fable de ce vieux salopard de La Fontaine.
C'est juste que, depuis le début de la semaine, je me réveille ensuqué, fatigué. Et puis, ça ne passe pas pendant la journée. J'ai l'impression que mon cerveau est continuellement enrobé dans de la ouate. Quand je rentre chez moi en fin d'apres-midi, je m'affale dans mon rocking chair et je regarde sans écouter, un filet de bave a la commissure des levres, Fox TV. Et j'ai beau me coucher tot, faire des grasses mat' le week-end, ça ne passe pas.
Généralement, c'est signe qu'il faut que je prenne des vacances. Ce ne serait pas étonnant, car depuis un an et demi, j'ai du prendre moins de dix jours de vraies vacances (meme le dernier Noël-Jour de l'An, consacré aux fuckin' formalités administratives en vue du départ de ce coté-ci de l'Atlantique, n'a pas été du bon vrai repos les couilles dans la vaseline a ne strictement rien bouener. Allez, ç'avait été quand meme bénéfique apres les 4 derniers mois assez intenses dus a la soutenance de these).

Je me souviens, j'étais souvent dans cet état la pendant mes années prépa.

D'ailleurs, il y a un article sur la prépa dans le Monde en ce moment. Une psychiatre nous informe que dans son centre crée pour aider les lycéens et étudiants en grand désarroi psychologique, 50% de ses patients viennent des meilleures prépas parisiennes (Henri 4, Louis le Grand...). Le tableau dressé est celui d'un univers quasi-carcéral (avec les profs-matons sadiques, les éleves qui n'ont plus de vie a part la pougne - "une vie entre parentheses" dit-elle, la branlette comme seule activité sexuelle et sportive, mais quand meme la franche camaraderie basée sur le "on est tous dans la meme galere").
Un article qui donne du grain a moudre au moulin de ceux qui aiment dénigrer cette noble institution.
Il faut dire que, dans un pays ou tout ce qui est "inégalitaire" est considéré comme discriminatoire, que penser de ces formations de haut niveau qui, bien qu'inconnues a l'étranger (un peu comme les anglais, on aime bien aussi avoir des trucs que y a que nous qu'on les a), amenent des étudiants dans des écoles d'ingénieurs ou de commerce, dont les meilleures sont, elles, mondialement réputées, en tout cas dans les milieux ou ça a de l'importance (et si les écoles elles-memes ne sont pas connues, il me semble que les ingénieurs français ont peu de difficultés a s'expatrier, preuve que la formation, elle, est appréciée).
Oh, certes, tout n'est pas rose dans le royaume de la prépa: c'est vrai, c'est un domaine ou l'héritage a son importance (une majorité non négligeable d'éleves a papa-maman-grandpapa et les frangins qui ont aussi fait prépa). Du coup, pour l'ascenceur social, c'est pas nécessairement trop ça. Mais bon, on ne vous demande pas votre pedigree non plus (j'aurais été mal barré avec un seul parent bachelier), le plus important c'est vous et ce que vous avez dans le ventre. Ce n'est pas illogique d'avoir plus de chances d'etre un poil matheux si toute votre famille l'est que si elle travaille dans la restauration par exemple. On retrouve ce problemes dans pas mal de corps de métiers (médecins, notaires...), difficile de faire la part des choses entre le "piston" et la "génétique".

Mais bon, je voudrais rétablir quelques vérités suite a cet article.

D'une part, les usines a X du centre parisien mentionnés dans l'article sont, d'apres tout ce qu'on m'en a dit et comparativement a ce que j'ai vécu dans une des meilleures prépas de province, un monde a part. Des classes dites **, c'est a dire ou sur 30 éleves, 30 éleves visent Polytechnique ou Normale Sup rue d'Ulm. Les deux blaireaux qui n'ont QUE Centrale Paris ou les Mines sont considérés comme des gros losers. Pression maximale, niveau tres homogene, ça a pas l'air d'etre fun tous les jours (il y a malgré tout, meme dans ces prépas, de loin les meilleures de France, des classes moins fortes ou ça doit etre plus sympa).
Dans la plupart des autres prépas, il n'y a qu'une classe ou deux, donc le niveau est plus hétérogene. Dans ma classe, entre les plus mauvais qui visaient des ENSI moyennes et les meilleurs qui visaient l'X, il y avait un monde d'écart. Du coup, il y a moins d'esprit de compétition, chacun fait son truc sans se préoccuper de savoir s'il intégrera mieux que bidule. Et ça oblige les profs a etre un peu plus attentionnés.

D'autre part, c'est vrai qu'on en chie en prépa. Ca reste de loin les trois années les plus éprouvantes de ma vie (c'est sans doute la preuve que j'ai pas eu une vie bien difficile). Ceux qui disent que ce sont les deux ou trois meilleures années de leur vie (voir quelques commentaires dans l'article du Monde), je les plains un peu quand meme. Certes il y a de bons moments, on se fait des potes qui restent, mais tout de meme, il y a moyen de s'éclater plus apres. Personnellement, les deux premieres années d'école d'ingé étaient bien dans le genre on ne fait rien, on ne pense pas a l'avenir et on profite (sexe, non pas sexe, mais drogue, alcool, rock'n'roll). J'ai préféré pour ma part les un an et demi du milieu de these, plus équilibrés: boulot stimulant, pas trop de pression, relation amoureuse idyllique, et toujours le temps de voir les potes pour refaire le monde et s'en mettre une bonne derriere le cornet. Ca c'était de la balle, dommage que ça n'ait pas duré 20 ans.
Enfin bon, revenons a la prépa, certes on en chie, mais on n'est pas non plus obligé pour intégrer une bonne école de lacher le sport, la musique, les sorties et tout ce qui distrait du boulot. J'ai envie de dire au contraire.
Si certains ont besoin de laisser tomber toute activité externe pour parvenir a s'accrocher, c'est peut-etre, tout simplement, qu'ils ne sont pas fait pour ça. Généralement, ceux qui sont déja a bloc le nez dans le guidon au lycée, quel que soit leur niveau, auront de grosses difficultés en prépa.
Quant aux dépressifs dont parle l'article, eux non plus ne sont pas fait pour ça (la prépa c'est dur, mais s'il faut suivre une thérapie pour en sortir, le jeu n'en vaut pas la chandelle). Ou alors, qu'ils ont déja des problemes, car apres tout a 18-20 ans, on est souvent dans le doute, pré ou pa.
Un probleme toutefois: je reconnais que la prépa a tendance a retarder un peu la maturité. Comme on bosse beaucoup a un age ou on a pas vraiment envie (sauf cas bien particulier de futur Jean-Marie Messier), les détentes consistent a se murger, puis, en école, la vie consiste a se murger (et aux exams a éviter d'etre dans les 5% du bas du classement qui auront des problemes pour passer), au moins les premiers temps. Bref, on commence généralement a se poser des questions sur son avenir en troisieme année d'école, i.e. aux alentours de 23 ans. J'imagine qu'a la fac, il faut se prendre en main un peu plus tot et faire preuve d'une volonté et d'une pugnacité plus forte.

Il y a aussi les blaireaux qui parlent de formatage de la pensée, parce qu'ils ont entendu qu'il y avait en prépa quelques coutumes débiles institutionnelles et vaguement pompées sur les coutumes débiles institutionnelles de fac de médecine... Bof, c'est comme partout, il y a quelques bas du front, mais la majorité des prépas sont des gens plutot réfléchis qui savent prendre du recul. Pas forcément beaucoup pendant leurs deux ou trois années de prépa, mais plus tard, si. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait un réel moule prépa-école. Bien sur, il y a des comportements inhérents au groupe social fréquenté qui se créent, mais pas plus qu'ailleurs: effectivement les gens que je fréquente n'ont généralement que peu de points communs avec un étudiant d'Assas. Mais il y a également beaucoup de personnalités différentes et potentiellement incompatibles: je me serais probablement mieux avec bien des étudiants de Jussieu ou d'ailleurs qu'avec certains tetes de bite, rares mais puissantes (oui, Thierry, je pense a toi), rencontrées en prépa-école.

Pour conclure, on n'apprend pas grand chose en prépa scientifiquement parlant, ou plutot ce qu'on apprend on l'oublie tres vite (hormis les bases qui servent dans l'école intégrée). Il serait d'aolleurs amusant de faire revenir aux concours un éleve d'école d'ingé un an apres son intégration. A part les quelques tres doués, je suis sur que les résultats seraient comiques (j'ai d'ailleurs fait plusieurs fois ce cauchemar).
Cependant, la formation est ailleurs:
- On apprend a bosser sous pression. En prépa, on a toujours énormément de boulot, entre les DM (devoirs maisons), les kholles, les DS (devoirs sur table), les TPs a rédiger, le TIPE (travail d'intéret personnel encadré, si si ça veut dire quelque chose) a préparer... Du coup, il faut etre:
- organisé. Savoir déterminé ce qui est important et ne l'est pas.
- efficace. Savoir faire en deux heures ce qu'on faisait auparavant en quatre.
Et c'est mine de rien un apprentissage essentiel, totalement empirique et pas du tout théorisé (chacun développe sa propre méthode, j'imagine), pour beaucoup de situations futures. En ce qui me concerne, ça m'a énormément servi en fin de these.
C'est la, ou, je pense, les éleves ingénieurs sont globalement meilleurs que ceux de la fac, et pas tellement en terme de compétences scientifiques: je respecte énormément les universitaires, car, a leur place, quasi sans encadrement, je n'aurais probablement pas été flamboyant (un peu feignasse, j'ai toujours eu besoin qu'on me pousse au train, sinon je me contentais d'etre dans le premier quart sans trop me fouler, chose sans doute insuffisante en fac). 
Toutefois, la plupart de ceux que j'ai cotoyés bossaient vraiment tres mal: aux exams de DEA, leur méthodologie m'a plus d'une fois laissé pantois, et je me suis retrouvé avec de bien meilleures notes qu'eux en y passant probablement quatre fois moins de temps. 

Bref, malgré tous ses défauts, la prépa, c'est pas si pire, ne croyez pas les psychodemesdeux et autres universitaires maoïstes frustrés qui voudraient les supprimer ainsi que les grandes écoles (ils ont du boulot vu la puissance de ces institutions) pour que tout le monde y soit égaux dans la médiocrité anonyme de la Fac. Et la on verrait vraiment ceux qui ont des couilles pour arriver a quelque chose.

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F
<br /> Disons que si l'on accuse tous ceux qui disent "ne pas avoir mal vécu leur prépa" et "y avoir appris des choses" de "syndrome de Stockholm" ou de "corporatisme", le débat a du mal à avancer...<br /> surtout si tous ceux qui disent du mal de l'institution sont en grande partie ceux qui s'en sont fait jeter.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Vous confirmez.<br /> <br /> <br /> Menacer du bonnet d'âne public ceux qui cherchent à expliquer en quoi la forme d'enseignement des prépas est un formattage dont les conséquences échappent nécessairement à ceux qui sortent le<br /> diplôme si chèrement acquis en main est un excellent moyen de les faire taire.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Sauf rares, témoignages, c'est gagné.<br />
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F
<br /> Marronnier? Références svp sur ces témoignages d'"échoués".<br />
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M
<br /> <br /> Eh bien, déjà, l'article du Monde auquel je fais référence dans le billet ci-dessus. Il date de juin 2008, donc je doute qu'on puisse encore le consulter.<br /> <br /> <br /> Et donc celui du we dernier, toujours dans le Monde, et toutes les réponses qui ont suivi. http://www.lemonde.fr/recherche/resultats.html?token=MTMyODY4OTkxMDIxMzlKREoxMkoz&keywords=pr%E9pa<br /> <br /> <br /> D'autres journaux se sont, je n'en doute pas, penchés sur la question avec la même régularité...<br /> <br /> <br /> Et d'autres blogs, comme celui de Tom Roud, ont déjà évoqué la question également.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> Donc en gros, prépa apprend à bien travailler mais surtout à travailler vite.<br /> <br /> <br /> Ces établissements sont élitistes, qu'ils le restent. Mais les centaines d'élèves qui ont échoué et échouent chaque année, et sont découragés ou écoeurés ont le droit à la parole, même si cela<br /> énerve l'institution, les profs et ceux ont réussi les examens (et sont payés en conséquence = reconnaissance de diplômes =  position forcément corporatiste, même si inconsciente).<br /> <br /> <br /> L'institution et ses diplômés, sauf exception, ne sont évidemment pas ceux qui vont aller écrire dans un journal que ce type d' enseignement, (comme d'autres, d'ailleurs) comporte des tares.<br /> <br /> <br /> S'il y a une dénonciation un peu facile des établissements élitistes, je n'ai jamais lu dans les journaux d''ex-élèves recalés osant dire que prépa leur a nui plutôt que de leur profiter, parce<br /> qu'il est pratiquement impossible d'écrire une telle chose, car la réaction est garantie. "En plus d'être un incapable, tu oses venir te plaindre?"<br /> <br /> <br /> Et pourtant, vu le nombre de recalés, il doit y en avoir pas mal des écoeurés. Il en allait de même dans l'enseignement jésuite. Des réussites, beaucoup d'échecs et détestation argumentée des<br /> Jésuites parmi ceux qui avaient reçu leur enseignement.<br />
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M
<br /> <br /> J'ai plein de choses à reprocher à la prépa, où plutôt à la dualité de l'enseignement supérieur en France.<br /> <br /> <br /> Par contre, au contraire de vous, je n'ai pas l'impression que dire du mal de la prépa soit "tabou", mais au contraire que c'est un marronnier récurrent dans la presse... cf l'article un peu naze<br /> de Desplechins dans le Monde de ce we.<br /> <br /> <br /> Disons que si l'on accuse tous ceux qui disent "ne pas avoir mal vécu leur prépa" et "y avoir appris des choses" de "syndrome de Stockholm" ou de "corporatisme", le débat a du mal à avancer...<br /> surtout si tous ceux qui disent du mal de l'institution sont en grande partie ceux qui s'en sont fait jeter...<br /> <br /> <br /> <br />
M
Suite à une discussion enflammée chez Tom Roud, discussion née d'ailleurs d'une remarque que je pensais totalement anodine (http://tomroud.com/2009/02/08/tiens-moi-aussi-je-donne-mon-avis/#comments), une petite remarque supplémentaire. Les opposants à la prépa, sortis du débile 'dégat psychologique, y a qu'à voir comment se comportent les élèves en première année d'école d'ingé" (pour info, certes ça fume pas mal de pétards, mais à la fac certains de mes élèves se les roulaient pendant le TD, avant d'aller les fumer au bout du couloir à 15 mètres de là: je suis pas sûr qu'on puisse corréler aussi facilement la consommation de pétards - ou de binouze - avec le passage par la prépa), me disent que c'est scolaire, et qu'on apprend des tas de trucs qui servent à rien (pour le côté infantilisant c'est un peu ce dont je parle dans l'article: à 18 ans, si on ne vous pousse pas à bosser dur, c'est pas généralement quelque chose que vous faites de votre plein gré. Si on mise sur le fait que vous êtes un "adulte" capable de choisir librement ce qu'il a envie d'apprendre, ça donne l'embouteillage en fac de socio parce que dans l'esprit de beaucoup la au moins on peut glandouiller pépères).  Alors, pour le côté scolaire, je vais reprendre ce que j'ai dit chez Tom: De toute façon le système français est par nature assez “scolaire” (la récitation par exemple est typiquement franco-française apparemment), en prépa ou ailleurs. Ca n'a pas que des bons côtés et de ce que je vois aux US, les undergrads et grads sont plutôt plus débrouillards et imaginatifs que l’étudiant français moyen, école ou pas, car ils commencent à passer beaucoup de temps dans les labos des leur première ou deuxième année d'université, alors que chez nous ça ne commence vraiment qu'au master. Le revers de la médaille c’est qu’ils sont pas beaucoup à savoir faire un calcul qui est pas dans le textbook, une approximation physique, avoir un regard critique sur leurs manipes, ou se rendre compte quand le prof raconte des conneries (choses qu’on apprend plutôt bien chez nous en tout cas en prépa et en école d’ingé, en tout cas la mienne: les ordres de grandeurs et les chiffres significatifs - c’était d’ailleurs la conf’ inaugurale du regretté PGG. A la fac je suis moins sûr, mes élèves aimaient bien me donner des pHs calculés au papier millimétré avec 3 chiffres significatifs ou bien des masses molaires moyennes de polymères polydisperses avec 8 chiffres significatifs).Pour conclure sur le scolaire, bachoter la physique et les maths d'il y a deux siècles, c'est sûr que ça manque de sexy et que probablement ça brise des vocations potentielles. Cela dit il me semble difficile de commencer l'apprentissage par la théorie de la reptation ou les expériences de retournement temporel si on a jamais vu une équation avant. A un moment ou à un autre, en science, le bachotage bête et méchant me semble nécessaire. Autant le faire le plus rapidement possible. Ca rejoint un peu l'idée d'apprendre des trucs qui servent à rien: certes, et c'est un dada sarkozyste, on peut se contenter de vivre en ne sachant faire que ce qu'on est payé pour faire (c'est pour ça qu'il voulait supprimer l'épreuve de culture dans certains concours de fonctionnaires avec l'argument béton: à quoi ça sert qu'un facteur ait lu La Princesse de Clèves, hein?). Cela dit, une culture de base en physique chimie et maths me semble le point de départ pour ne pas se fermer de portes et finir par trouver enfin un domaine (scientifique) qui vous botte vraiment (ou alors d'aller voir ailleurs si vraiment rien ne vous branche). L'autre avantage, ça c'est aussi du à l'enseignement pratiqué dans mon école, c'est qu'on vous parle de trucs qui a priori ne vous serviront à rien, mais... De plus en plus, la physique se passe à l'interface entre domaines. Le physicien qui n'a aucunes bases de chimie se coupe pas mal de collaborations intéressantes (surtout en polymères). Alors bien sûr il y a plein de domaines où je ne suis pas pointu et où j'ai oublié presque tout ce qu'on m'a aprris, mais voila, si on m'explique simplement, j'ai souvent les bases physiques et les souvenirs qui vont avec pour comprendre à peu près de façon pertinente un problème donné même s'il n'est pas rigoureusement dans ma partie. Donc pour ceux qui considèrent que la solution à tous les problèmes de l'Université française passent par une suppression des classes prépas (voir des écoles d'ingé) et que tout le monde aille à la fac, je réponds (et je suis d'accord que c'est plus un sentiment profond qu'un argument réfléchi):Je pense que ce serait un profond nivellement par le bas. Oui les élèves qui vont en prépa sont censés être les meilleurs du lycée et probablement qu'ils le resteraient en fac. Donc oui ça augmenterait un chouille le niveau de la fac. Mais je suis persuadé qu'ils n'utiliseraient pas leur potentiel autant que s'ils avaient du passer par ces trois années difficiles. Quand on a moins à fournir, on fournit moins, c'est humain. Quand on se retrouve dans un amphi de 300 personnes avec des enseignants-chercheurs qui n'ont pas que ça à foutre, on a pas la même qualité d'enseignement qu'en prépa où on a un prof à l'année pour 40. Je vous conseille d'ailleurs de lire Georges Steiner sur la question, dans son essai School Terms, paru dans "My unwritten books" (notamment parce que le mec est trilingue, et qu’il a étudié aux US et en France, et a été prof aux US, en France, en Angleterre et en Italie). 
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C
En effet, la prépa ce n'est pas pour tout le monde, et alors?Certes, il y a un biais au départ, et il y a, d'une certaine façon, des délits d'initiés : comment se fait-il que les enfants de profs soient sur-représentés? Concernant les prépas parisiennes **, effectivement, il y a une grosse sélection au départ, mais ces gentils élèves ont aussi la chance d'avoir des profs qui proposent les épreuves, ce qui leur permet d'être très bien préparés à l'écrit...À l'oral, en théorie, on ne peut pas tomber sur un prof qu'on connait ou qu'on a eu en kholle, hélas, dans les faits, c'est différent : certains de Masséna ont eu Désidéri ou Becker au concours Mines Ponts. Je n'ose pas imaginer comment ça se passe pour les élèves des lycées parisiens...Enfin, oui, pendant quelques années, on met un peut sa vraie vie en pause, on vit au ralenti sur certains points, mais je ne regrette pas. Ce n'étaient surement pas les meilleures années de ma vie, mais j'en garde de très bons souvenirs (notamment ces concerts d'anthologie à l'Aventure;)).Ce qu'on y apprend (contenu) sert surtout pour les concours et la sélection (bête et méchante, mais il faut bien un critère), mais, comme tu dis, on apprend à être efficace, à prendre du recul et je trouve que c'est un très bon bagage pour la suite...
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M
<br /> Oui, encore que pour la selection il y en a ou justement on teste un peu plus le recul de l'eleve (a l'ecrit en tout cas, X un peu et surtout ENS, contrairement a Centrale ou la c'est vraiment bete<br /> et mechant).<br /> Sinon, je ne regrette pas Massena elite de la nation ou j'ai quand meme passe 7 ans plutot cools (lycee avant, je n ai pas fait 15/2 meme si mon prof de chimie pensait que c'etait dans mes<br /> cordes...), mais je suis content d'avoir fait ma prepa la bas au soleil plutot qu'a Henri 4 (je suis pas sur que l'ambiance soit tres foot-belote tous les midis, et ne parlons pas de Ginette<br /> ou les moments de detente sont eux aussi planifies: genre le jeudi apres-midi c'est detente sportive ok, pas le droit d'aller a la bibliotheque). Ne generalisons pas, mais j'ai quelques bons potes<br /> qui ont vraiment mal vecu l'ambiance prepa parisienne (pas tous). Je pense quand meme qu'on a eu la chance de bosser dans une ambiance plus relax (relativement).<br /> <br /> <br />