Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
Deuxième épisode pour ceux qui en redemandent (comment ça personne ?), suite à ce mail qui tourne en ce moment, rigolo la première fois qu’on le lit, et rapidement pénible.
Pour ceux qui ne l’ont pas encore reçu, ça commence comme ça :
« Qui a écrit :
Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé.
Réponse : Victor Hugo, dans Napoléon le Petit »
- JR : la comparaison Sarko – Napoléon 3 est pertinente (NdMix : sûrement, mais on n’en saura pas plus: est-ce un amour commun des talonnettes ou des Rolex qui les rapproche?…)
- Mix : Et dans le parallèle l'équivalent de Hugo ça serait qui? (NdMix : à ce moment là je ne tentais que de faire de l’humour)
- Ben pas toi en tout cas, vu que tu passes plus de temps à essayer de te foutre de la gueule des gens qui parlent de notre époque qu'à parler de notre époque toi même. Probablement es-tu au dessus de tout ça, dans la "Grande Littérature"... tu as déjà tout vu, tout vécu, entre 2 parties de coinche et un tutorat de physicochimie des polymères (NdMix : j’avais eu le bonheur d’être son enseignant en tutorats, et j’aimais bien jouer à la belote «coinchée » pendant mes pauses - déjeuner). Tu devrais arrêter de parler au petit vermisseau que je suis.
Nan sérieusement arrête, je me branle autant de ton avis, que je me torche avec celui des nouveaux philosophes.
- Tu sais, y a probablement largement autant à apprendre en lisant Hugo et la "Grande Littérature" qu'en se tapant les tracts du NPA ou des Jeunesses Communistes. Sinon peut-être un jour, quand Papa-Maman auront arrêté de te payer ton herbe et qu'il faudra bien que tu te tires les doigts au lieu de clamer "Société tu m'auras pas", rentreras-tu dans les basses conditions pécuniaires qui m'habitaient quand je donnais les tutorats (a savoir que perdre une heure de son temps a parler science fut-ce a des êtres totalement inintéressés – et inintéressants- dans ton genre pour augmenter son salaire mensuel de 10%, ça vaut le coup, et ça n'implique absolument pas qu'on ait une passion sans fin pour le sujet ni qu'on soit un salaud de capitaliste).
Zob a la fin: - Si tu ne supportes pas le monde dans lequel tu vis, et c'est ton droit, tu fais comme Jacques Brel, Antoine ou Alex McCandless, et des milliers d'anonymes, tu fermes ta gueule et tu te casses, seul ou a plusieurs, vivre dans un endroit reculé ou personne t'emmerdera. Ca existe encore, profites-en.
- Si tu supportes pas le monde dans lequel tu vis, et c'est ton droit, et que tu veux essayer de le changer, tu fermes ta gueule et tu t'engages dans l'humanitaire ou dans l'associatif. Si un jour tu deviens un porte-parole, tu ouvres ta gueule.
- Mais si tu prends tout ce que la société t'offre sans rien lui rendre, qu'en gros tu profites du système (et a la limite pourquoi pas) mais que ta seule activité consiste a lui chier dessus de façon infiniment non constructive et surtout a donner des leçons d'intégrité morale a tout le monde, je suis désolé ça me casse les couilles. Faut quand même être un peu honnête avec soi-même. Si tu branles rien et que ça te plait, tant mieux pour toi, mais aies au moins la décence de fermer ta gueule.
- Tu es perdu dans un univers que tu ne comprends pas, et ne cherche pas à comprendre, mais tu te rassures en te cachant derrière le "Style". Or ton style est bien plus proche de Bigard que de Céline, mais là n'est pas le point, "zob". Tu glorifies le style pur, non engagé, la forme sans fond, l'insignifiant, en fait, tu détestes les idées et te caches derrière les quelques fragments que tu es parvenu à arracher à l'océan d'incompréhension qui caractérise ta pensée. Ces fragments ne sont en fait que des opinions, toujours portant sur des sujets, des gens, jamais des objets. De plus, souvent ces opinions ne sont même pas les tiennes, tu t'es contenté de les lire sur internet. Enfin, comme les choses sont complexes, tu les simplifies volontiers en catégorisant les gens de façon très simpliste, et tu jubiles lorsque tu crois pouvoir faire rentrer quelqu'un dans une de tes catégories.
Mais le plus intéressant est que tu te justifies, même quand on ne te le demande pas, est-ce par insécurité personnelle, par peur du jugement de l'autre? Es-tu toujours comme un enfant se cachant derrière la jupe de sa mère lorsque quelque chose de nouveau arrive? La jupe de ta mère, c'est ton style désengagé, et tes catégories, mis à part ça tu n'as rien d'autre, et n'a jamais rien eu.
Aimer ou ne pas aimer les choses autour, c'est un choix mais plus encore un devoir, tu es juste un produit typique de la pensée post-2éme guerre, dégoûté par l'homme, dégoûté par les idéologies, les guides, au point de penser que toi, tu n'en as pas besoin. Mais tu as tes guides! comme tout le monde, on ne t'a pas seulement inculqué un code de la route, mais aussi un code de pensée, avec ses sens interdits, ses catégorisations, ses autoroutes autorisées et faciles d'accès. Tu te sens en sécurité à l'intérieur de ce code, ça te fait au moins un repère stable, avec tes parties de cartes, et les longues discussions à propos de ton travail passionnant de post-doc (facile de parler de boulot: pas de risque à prendre, ni d'idée à avoir, que de la récitation de son propre vécu sans interprétation ou analyse, quelque peu narcissique même).
Bien souvent, l'important est le contexte de l'énonciation plus que l'énonciation elle même, mais toi tu te vautres systématiquement dans la critique directe, instantanée et hargneuse de l'énoncé de l'autre que tu considères souvent comme ton adversaire, sauf s'il ne signifie rien. En plus tu imposes ta lourdeur en prétendant élever le débat! Un peu comme Sarkozy, tu n'acceptes l'autre que quand il ne dit rien ou est d'accord avec toi, et un peu comme les nouveaux philosophes, tu ne sers à rien, ne dis rien, et n'est là que pour occuper la place d'un autre (c'est encore plus vrai sur Néo que tu aurais dû quitter il y a 5 ans déjà). Qu'est ce qu'il y a, ils sont méchants avec toi les gens d'espci.org, ou bien trop vieux est pas assez faciles à casser, ou bien encore est-ce trop risqué pour toi, mix le justicier de la pensée commune, de t'attaquer à eux et tu préfères les p'tits taupins de 19 ans? Pédophile de la pensée, va.
Bon j'arrête là, sinon je risque de commencer à ne plus être courtois.
- Vaut mieux admettre qu'on ne comprend pas tout plutôt qu'être persuadé de détenir la vérité. "La science apprend avant tout a douter", mais douter, ça fait pas partie de ton système de pensée visiblement (ceci explique peut-être cela, vu ton niveau scientifique). Enfin si ça te rassure de penser que le monde c'est simple et scénarisé comme raconté sur Dailymotion.
Mon style est sans doute plus proche de Bigard que de Céline, on fait ce qu'on peut. Je n'aime pas vraiment Céline de toute façon. Après j'y peux rien, j'ai eu une éducation bourgeoise (j'écris ce mot pour te faire rougir) et on m'a appris a aimer les mots, mais aussi par courtoisie a essayer de faire des phrases qui ont un sens.
Tu me dis que je simplifie les choses et que je pompe mes idées sur Internet, on croit rêver... C'est peut-être un début de brin de lucidité qui vient de te frapper. Puisqu'on parle de catégories, dans ta "pensée" j'en vois deux: "ceux qui ont ouvert les yeux" et "les sarkozystes" (synonymes: "capitalistes" ou "libéraux" ou "néocons"). Ca fait léger. A la limite, je préfère le système ou les deux catégories sont "ceux qui racontent des conneries" et "ceux qui en racontent moins". Les gens binaires font généralement plutôt partie de la première catégorie (attention il y a un paradoxe dans ce que je viens d'écrire, te fais pas péter un neurone).
Je pourrais te dire que je parle rarement de mon boulot en dehors des heures de boulot, que je passe probablement beaucoup plus de temps que toi a essayer d'apprendre toutes sortes de choses (pas que scientifiques), bref, a essayer de m'ouvrir un peu l'esprit (d'avoir des guides si ça peut faire plaisir a ta nostalgie terminologique maoïste) plutôt que de rester dans un schéma bien manichéen comme le tien, mais tu me répondras sans doute que je suis "narcissique".
Mais bon t'as pas tort sur un point: pour te faire plaisir, par rapport aux catégories dont je parlais ci-dessus, y en a une autre à laquelle, je crois, j'appartiens. Celle des mecs qui sont pas forcément en accord avec le monde dans lequel ils vivent mais qui ont ni l'envie, ni l'énergie, ni le courage peut-être, de se barrer ou de lutter contre. Alors ils s'adaptent. Pour s'adapter, eh ben t'essaies de trouver un boulot plutôt stimulant intellectuellement (parce que, dans l'optique ou tu n'es pas un héritier il faut bien bosser pour vivre, et que faire 45 ans 8h par jour un truc qui te fait grave chier, ça doit pas être facile), sans trop de possibilités de se faire emmerder, qui laisse du temps libre pour faire autre chose (lire, écrire, voyager, faire de la musique, apprendre, ce que tu veux) et relativement assez de moyens pour le faire. Et finalement, en ce qui me concerne, faire de la recherche ça correspond bien à ça (même si pour toi visiblement avoir un boulot c'est forcément la preuve qu'on est qu'un mouton: j'imagine même pas ce que tu peux penser d'un mec qui aime son boulot, je ne sais d’ailleurs pas si tu peux assimiler ce concept).
Mais sinon t'as pas répondu: tu comptes t'engager un jour pour de vrai pour combattre le système, ou tu comptes passer ta vie a faire l'ectoplasme qui voudrait bien avoir l'air mais qui a pas l'air du tout, a faire un boulot pour lequel tu n'auras aucun intérêt et a vitupérer contre le monde de merde dans lequel tu vis? Ca va finir par te paraitre long, je pense.
En conclusion, il me semble qu’avoir une pensée suffisamment subtile pour que selon votre interlocuteur, vous soyez tantôt assimilé à un néo-conservateur, tantôt à un gauchiste (dans les cas où le dialogue reste cordial), n’est probablement pas une condition suffisante pour affirmer que la-dite pensée est profonde, mais est sans doute nécessaire.
PS: Désolé pour la mise en page, mais over-blog fait toujours un peu des siennes avec les gros articles. Et puis, avec tout ça, bon week-end, et bonne lecture (si j'ose dire: à votre place j'irais acheter l'Equipe plutôt).