Rapido, parce que je dois quand même travailler un minimum la semaine si je veux pouvoir m'astiquer le poireau le dimanche (et le samedi aussi).
Aujourd'hui, "les députés ont adopté la proposition de loi qui prévoit la possibilité d'ouvrir les commerces le dimanche dans les communes dites "d'intérêt touristique" ou thermales ainsi que dans les grandes zones commerciales des agglomérations de Paris, Lille et Marseille" (source, Le Monde).
Je ne souhaite pas m'étendre sur l'intérêt économique de la chose, n'étant pas apte à juger, même si a priori j'aurais tendance à penser que l'argent qu'une bonne partie des consommateurs ne dépense pas (parce qu'elle ne l'a pas) pendant la semaine n'apparaîtra pas subitement le dimanche.
D'un point de vue social, le progrès a bon dos: comme d'habitude, l'UMP nous vend sa soupe, et nous explique que tout cela se fera sur la base du volontariat* **. Soit, mais qui est volontaire? En gros, des étudiants, et des personnes comme ce lecteur du Monde: "J'espère que cela va passer, je fais €1300 brut avec 3 enfants à charge, je ne peux pas leur payer même des "petites" vacances... pour moi €50 de plus c'est la possibilité de leur offrir un petit quelque chose qu'ils n'ont pas en ce moment mais je comprends que les "nantis" trouvent ça infernal de travailler un jour ou mon employeur me payera 2.5 fois plus par heure..."
A savoir les toutes petites classes moyennes, à qui on ne donne pas les moyens de joindre les deux bouts en travaillant toute la semaine, à qui on vend donc le travail le dimanche comme un progrès indéniable, et qui jouent le jeu parce qu'elles n'ont pas vraiment le choix.
Travailler plus pour gagner assez, en somme.
D'autre part, parmi les gens favorables à la mesure, on trouve, hormis les travailleurs pauvres, surtout des personnes qui elles, ne travailleront pas le dimanche. Qui seront de l'autre côté de la barrière, et veulent la "liberté" d'aller claquer du fric quand bon leur chante, comme cette lectrice: "Enfin! Expatriée à l'étranger,c'est une des choses les moins pratiques quand je rentre en France,de me rendre compte que tout est fermé le dimanche... ca rend quand même bien service!".
Tout est dit: je suis moi-même à l'étranger (aux US, parce qu'en Allemagne ou en Hollande, ça ne se passe pas comme ça) depuis 18 mois, et, c'est vrai, je profite des librairies ouvertes le dimanche, des disquaires ouverts jusqu'à 22h, et des marchands de vin ouverts jusqu'à minuit. Oui, c'est pratique de pouvoir aller acheter le best-of de Mickaël Jackson n'importe quand. Non, ce n'est pas nécessaire. Je vivais très bien à Paris où je trouvais toujours autre chose à faire que d'aller à la Fnac le dimanche.
Sans doute mon côté gauchiste, mais je suis prêt à céder un peu de ce confort, de ce côté "pratique", aller au Parc Montsouris plutôt qu'à Conforama ou aux Galeries Lafayette perdre mon dimanche. Et si le salaire minimum d'un employé à temps plein lui permettait de vivre correctement, je ne pense pas qu'on trouverait beaucoup de "volontaires" pour aller faire la caisse au Carrouf' le dimanche.
* Il se peut que je raconte une connerie, en termes de législation, mais il me semble que cette histoire de volontariat soit assez facile à contourner lors des entretiens d'embauche. "Au fait, envisageriez-vous d'être volontaire pour travailler le dimanche?". "Non, jamais? d'accord, on vous rappellera". Avec un peu plus de subtilité, il sera difficile de montrer (si tant est que cela soit discriminatoire ou illégal) que c'est à cause de ça qu'on n'a pas été embauché et que c'est Jean-Pierre qui a eu le poste parce qu'il est prêt à bosser les jours fériés et même de nuit.
J'imagine que le futur salarié peut toujours pipoter ("mais oui bien sûr, bosser le dimanche, j'en rêve"), mais j'imagine aussi que ça peut ensuite créer quelques tensions avec l'employeur ("oui à l'entretien je vous ai enfumé mais là vous pouvez toujours vous brosser, le dimanche je vais à la plage avec Martine").
** L'autre argument de vente, c'est que le dispositif est réservé aux seules zones d'"intérêt touristique", concept vague et fumeux qui englobe déjà 500 communes et touche la moitié des départements français. On n'est pas franchement dans la démarche d'exception...